Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le travail (VI)

21 Mai 2012, 02:49am

Publié par Father Greg

 

 

5.jpgLa philosophie de l'homme-travailleur doit nous permettre de saisir une dimension réelle de l'homme: L’homme capable de dominer l'univers en le transformant, en l'utilisant au moyen des outils qu'il se fabrique (du silex à l'ordinateur). La philosophie de l'homme-travailleur nous révèle donc un type particulier d'homme, et un aspect très spécial de sa liberté. Car ce qui est très net, c'est que le travail—coopération de l'homme avec la matière (capacité d'être transformé)—développe chez l'homme un sens très aigu de son pouvoir, de sa supériorité sur tout ce qui est capable d'être transformé — ce qui lui donne une conscience de plus en plus aiguë de sa liberté et de sa dignité d'homo faber qui peut, s'il le veut, si bon lui semble, œuvrer ou ne pas œuvrer: le travail augmente le sens de son autonomie, de sa sécurité et de sa valorisation. En revanche, si l'homme-travailleur est réduit à n'être plus que l'esclave de l'outil, de la machine, un sentiment de frustration peut se développer en lui. N'y a-t-il pas là, en effet, une anomalie radicale? Le travail, qui devrait ennoblir l'homme, le dégrade, L’abîme. L'efficacité de son travail ne lui appartient plus, puisqu'il est lui-même tout relatif à l'efficacité de la machine. Et si la machine appartient à un autre, il est, par le fait même, comme doublement désapproprié de son propre travail. Le sentiment de frustration qui en découle peut conduire l'homme-travailleur à une sorte de destruction ou à une sorte de révolte; car il lui est intolérable de dépendre à la fois de la machine et de celui qui la possède.


N'oublions pas que le travail, comme nous l'avons noté au point de départ, est notre expérience fondamentale, radicale, celle qui nous marque le plus profondément dans notre conditionnement humain, celle qui est la plus proche de notre conscience psychologique. Elle est aussi celle qui nous donne le sens le plus aigu du temps: tout le devenir du travail peut être mesuré par le temps, même si son aspect qualitatif et son contenu essentiel échappent à cette mensuration. Or ce devenir est essentiel au travail, il le caractérise en son conditionnement propre; il n'est donc pas seulement un aspect secondaire. C'est pourquoi, tant que le travail qualifie l’homme en l'ennoblissant, il l'épanouit, il fait partie de sa croissance humaine et le maintient dans un état d'euphorie; mais dès que le travail dégrade l'homme, dès qu'il l'étouffe, il lui devient intolérable. L'homme le subit un temps, mais il ne peut l'intégrer sans se détruire; aussi, très vite, le rejette-t-il en se révoltant.


Si le travail, qui devrait ennoblir, dégrade, c'est qu'il y a eu à un moment donné une erreur, une fausse orientation. II y a eu un détournement progressif. On n'a plus regardé la vraie finalité du travail — L’oeuvre —, ce pour quoi le travail devait être; on s’est replié sur l’efficacité pour elle-même, on n'a plus regardé que l'outil dans son efficacité, en oubliant l’homme!


MDP, Lettre à un ami.