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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

livre

Le doux appel de l'amour

19 Juin 2020, 12:04pm

Publié par Grégoire.

Le doux appel de l'amour

Je trouve bon et juste de t' avoir écrit cette lettre ma chère Helga. Bien que tu sois morte et ne puisses la lire, ça m'aura comme réconforté de griffonner ces lignes.

Hier j'ai pris ma canne et suis allé me promener, sur mes vieilles jambes foutues. Je me suis couché dans l'herbe entre les Mamelons d'Helga, comme je l'ai fait si souvent. Au sud, de gros nuages se déplaçaient vivement et de la lumière filtrait entre les cumulus. C'est alors qu'un merveilleux rayon de soleil a transpercé les nuages pour se planter sur moi et aux alentours, pour ne pas dire sur nous, puisque j'étais couché là, contre ta poitrine.

C'est à ce moment qu'elle est arrivée, la petite bergeronnette ; elle s'est posée tout près, sur une motte herbue. Je lui ai demandé, comme grand-mère Kristin me l'avait appris, où je passerais l'année prochaine. La bergeronnette a hoché la queue mais ne s'est pas envolée et j'ai compris que le poseur de question n' en avait plus pour longtemps. Le rayon de soleil inondait la colline d'un tel flot de lumière que j'y ai vu le signe qu'un grand esprit me faisait, de l'autre côté de la vie. Alors je me suis mis à pleurer, vieillard sénile que je suis, échoué entre deux protubérances en terre d'Islande, les Mamelons d'Helga, et je compris que le mal, dans cette vie, ce n'étaient pas les échardes acérées qui vous piquent et vous blessent, mais le doux appel de l'amour auquel on a fait la sourde oreille — la lettre sacrée à laquelle on répond trop tard, car je le vois bien à présent, dans la clarté du dénouement, que je t'aime moi aussi.

Bergsvein Birgisson, Lettre à Helga

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mon visage et le sien -4-

27 Décembre 2018, 02:52am

Publié par Grégoire.

mon visage et le sien -4-

Dans un village du Mâconnais absolument désert en plein midi, mon vélo appuyé contre le portail, mon corps lentement se calmant, séchant de la sueur qui s'en était écoulée comme s'il fuyait, je plongeais dans le déjà-là, dans ceci qui est là et peut entendre ce que je dis, et je peux entendre ce qui est dit, sans qu'il soit besoin de rien prononcer, et cette possibilité seule, en forme d'accueil, est une bienveillance profonde qui me maintient en vie.

Je ne peux dire à quoi ceci ressemble, je ne peux en donner d'image, car si le moi-tout-autre-que-moi me constitue à son image, je ne le perçois que selon ma forme, donc assez mal, car je sais mes limitations. Quelque chose est là que je ne vois pas, mais que je peux percevoir si je fais silence, et dans ce silence ceci a toute la place pour venir jusqu'à moi, et dans ce vide qui n'est pas rien, je me déploie et m'agrandis de ceci qui vient. La vie éternelle est déjà là.

Ce jour d'été, entre les pattes de trois éléphants de pierre qui soutenaient la voûte, je sentis la vie éternelle autour de moi et en moi, la vie éternelle et sa lumière qui est dans les interstices entre les objets, qui leur donne naissance et les maintient dans l’existence.

Ceci qui est là se montre à peine, il faut pout le percevoir baisser la lumière, ne faire presque aucun bruit, et c'est là, c'était là depuis toujours, et on ne le savait pas parce qu'on était trop bruyant. Maître Eckhart raconte cela, dans un commentaire de l'épi_ sode des Évangiles où le Christ chasse les marchands du temple : « Enlevez-moi ça! Débarrassez-moi ça!» dit-il. Il se fait d'une corde un fouet, et il chasse du temple tous les marchands d'animaux, qui attendent là qu'on leur achète de quoi faire un sacrifice. Mais Eckhart n'accuse pas les marchands de faire du commerce là où ne devrait avoir lieu que la prière, peu lui importe : ils ne faisaient rien de mal, ils vendaient des tourterelles qui sont belles choses, et agréables à Dieu. Il n'a rien contre les tourterelles et le Christ les chasse. Il dit : « Débarrassez-moi ça!» Pourquoi? Ce n'est pas mauvais, mais cela dresse des obstacles à la vérité limpide. L'âme est un temple, et il veut qu'elle soit vide pour l'accueillir, lui. Il veut débarrasser l'âme des dix mille êtres qui l'encombrent dès qu'elle s'agite, comme une étendue d'eau que l'on trouble, et le reflet qu'elle portait se fragmente en mille reflets qui en voilent la transparence, que l'on ne retrouvera que lorsque l'eau aura retrouvé son calme, et dans ce silence, l'image apparaîtra.

J'ai entendu les mêmes paroles dites par des gent vivants, ô combien vivants, par des carmélites qui devant moi décrivaient leur vie avec les mêmes mots les mystiques médiévaux. Elles parlaient du silence, qui est la vie même qu'elles ont choisie, qui est la condition pour elles de l'accueil de cette vie. «Le Christ ne parle pas fort, disaient-elles. Il faut faire silence pour l'entendre. » Par le silence consenti, elles débarrassent leur coeur de ce qui l'encombre, et en font une église romane vide où par de fines fenêtres peut entrer la lumière. « Le silence agrandit notre espace intérieur, disaient-elles, et permet d'accueillir la présence de Dieu qui est murmure. » Elles choisissent de ne pas parler pour entendre ; elles écoutent. 

Alexis Jenni, mon visage et le sien.

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Mon visage et le sien -3-

25 Décembre 2018, 02:45am

Publié par Grégoire.

Mon visage et le sien -3-

Michel Cassé, qui réécrit la physique moderne pour en faire apparaître la poésie, définit le vide comme l'état d'énergie minimum du système des champs qui constituent le monde. Le vide est l'espace serein, hypersensible, où n'existe encore rien ; et quand il réagit à ce qui le trouble, ses excitations sont les particules.

Le vide quantique est tendu comme une corde de violoncelle, et ses oscillations comme des notes seraient la matière. Le monde matériel tel qu'on le perçoit n'est qu'un vide troublé, les vaguelettes d’un lac où la surface s'apaise enfin, le lac est toujours là.

Je trouvai dans ce vide la place d’un mouvement, dans ce silence la possibilité d'écouter une parole qui n'a pas besoin d'être prononcée, j'avais trouvé le temps et l'espace nécessaires pour me retourner comme un fœtus se retourne dans sa poche qui le serre de tous côtés, et ainsi voir brusquement mon existence sous un tout autre angle. J'avais eu un peu de place ; peu importe la taille de cette place, sa simple existence permet de se retourner. Dans un monde bien rempli rien ne bouge, sinon par choc ; sans le vide, sans cette réserve, le monde serait figé comme un mausolée de marbre, et il ne bougerait que par fissures et effondrements.

Le silence n'est pas vide, pas plus que le vide n’est silencieux. En ce moment précis où mon corps martelé soupirait, se reposait enfin après avoir tant agi, tant fait, autant qu'il le pouvait, à ce moment là j'entendis ce qui reste, ce qui ne s'entend pas vraiment mais qui est là. J'entendis ce qui est déjà là, ce qui est toujours-là, j'entendis ce qui donne vie, ce qui est en moi et en dehors de moi, partout, j’entendis ceci que seuls l’épuisement, et le refuge instant dans ce cocon de pierre, m'avaient fait entendre.

Mon corps calmé, lessivé par l'effort, avait perçu le monde tel qu'il est avant qu'on le touche, avant qu'on le dérange, avant qu'il s'anime et se charge d'objets : le monde l'état neuf, toujours vivant et fécond, mais au calme, le monde toujours présent et moi dedans, et lui en moi, sans plus d'avant ni d'après. Tous les qui m'entouraient, les objets, les circonstances, mes états d'âme, n'étaient que le commentaire assez inutile de la parfaite présence. J'étais là, au coeur d'un rocher de pierre blanche creusée d'une voûte ma taille, et cela suffisait.

Assis sur un banc de bois ciré qui avait le velouté et la fraîcheur d'une peau, j'écoutais le silence, silence de mon corps calmé, silence de cette formidable construction de pierre qui avait la pureté de forme d'un instrument de musique. Ceci, que j'écoutais, savait me parler et je savais lui parler, même s'il n'y avait rien à dire; ceci était mon image et j'étais à son image, même s'il n'est pas besoin de la dessiner. C'était là, mouvement immobile, murmure muet, toujours présent sans que je sache où. C'était moi-tout-autre-que-moi, matrice de ma propre vie et de toute vie, qui était forme de vie, et j'en étais l'image. On peut lui donner un visage si l'on veut, mais ce serait le visage de tous les visages, Et ceci m’était bienveillant, à moi personnellement comme à tous, et je lui en étais reconnaissant.

Alexis Jenni, Mon visage et le sien.

 

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Spiritualité d'en bas

15 Décembre 2018, 06:23am

Publié par Grégoire.

Spiritualité d'en bas

Un ermite voulait s’entretenir avec un moine célèbre. Dès les premiers instants de sa rencontre, il se met à lui parler de l’Écriture et des choses spirituellement célestes. À sa grande surprise, le moine détourne la tête, totalement indifférent aux propos de l’ermite. Dépité, il veut repartir. Le moine l’arrête et lui dit : « Tu es d’en haut et tu parles de choses célestes. Moi, je suis d’en bas et je m’entretiens de choses terrestres. Si tu m’avais parlé des passions de ton âme, je t’aurais répondu bien volontiers. » L’ermite lui parle, alors, des passions qui s’emparent de son âme, de ce qu’il vit et l’anime. Il se refuse de poursuivre sur le registre religieux et ce qu’il croyait savoir sur Dieu.

Anselme GRÜN, moine thérapeute allemand, rapporte ce récit dans un de ses derniers livres Spiritualité d’en Bas. Il veut inviter ses lecteurs à retrouver le chemin de la vie intérieure. Bien souvent, dit-il, nous restons marqués par la tradition de la « spiritualité d’en haut » qui consiste à vouloir atteindre des idéaux spirituels présentés par l’Écriture et la tradition de l’Église. Cette poursuite des objectifs peut refouler les personnalités et entraîner la culpabilité. Ce ne sont pas nos propres efforts volontaristes qui nous permettent d’atteindre Dieu ; ses bienfaits ne sont pas à la mesure de la multiplicité de nos pratiques. Bien au contraire ! Nous ne pouvons trouver un accès à Dieu, pas seulement par la vertu et l’ascèse, mais plutôt par la reconnaissance de notre propre impuissance.

Pour nous guider sur ce chemin spirituel, l’auteur évoque les grandes figures qui ont guidé le peuple hébreux : Abraham, Moïse, David et par la suite Pierre, Paul. Ces leaders spirituels, loin d’être parfaits, ont été marqués par leur fragilité. C’est à cause de leur faute qu’ils crient vers Dieu. Dans l’évangile, par contre, les pharisiens incarnent la spiritualité d’en haut par leur pratique rigoureuse de la loi, entraînant l’autosatisfaction. Nous sommes bien loin de l’attitude de ce publicain qui, à l’entrée du temple, se reconnaît pécheur.

Anselme Grün attire l’attention sur des dérives contemporaines, quand nous risquons de trop mettre l’accent sur des pratiques religieuses pour avoir bonne conscience, tout en oubliant les mouvements plus intimes de notre être. C’est pour cela qu’il invite à la descente en nous-même pour avancer sur le chemin de la spiritualité. « Si tu veux connaître Dieu, apprend d’abord à te connaître toi-même. »

Nos contemporains, refusant d’être emprisonnés dans les rites religieux, ne sont-ils pas plus sensibles à la quête de Dieu au plus intime d’eux-mêmes ? Leur rejet du légalisme et du pharisaïsme n’en est-il pas le signe ?... À nous d’allier, à la fois, la spiritualité d’en haut avec ses idéaux et ses modèles mais aussi la spiritualité d’en bas, toute faite d’humilité pour aller à la rencontre de Dieu. Avec une pointe d’humour, Anselme Grün nous livre les recommandations d’un certain Antonios : « Si tu vois qu’un jeune moine désire aller au ciel de son propre chef, saisis-le par les pieds, fais le trébucher, car cela n’est pour lui d’aucune utilité. »

La spiritualité d’en bas est un courant qui pense que Dieu ne se limite pas à nous parler dans la Bible et par l’Eglise, mais qu’il s’adresse à nous, à travers nos pensées et nos sentiments, à travers notre corps, nos rêves, et même nos blessures et ce que nous considérons comme des faiblesses. »

« Pour cette spiritualité d’en bas, le chemin vers Dieu n’est pas comme une rue à sens unique qui permettrait de progresser toujours davantage vers Dieu. Le Chemin qui mène à Dieu s’effectue plutôt par des tours et des détours, il passa par des échecs et des déceptions personnelles. Ce n’est pas vertu qui m’ouvre en premier lieu à Dieu, mais bien ma faiblesse, ma détresse et même mon péché. »

« La spiritualité d’en bas, telle que l’on pratiquée les premiers moines, se trouve confirmée par la psychologie, selon laquelle il est évident que l’homme peut accéder à sa nature profonde seulement en passant par la connaissance de soi la plus sincère possible. »

La spiritualité d’en bas, implique bien davantage de nous ouvrir à une relation personnelle avec Dieu, précisément à partir de la situation qui est la nôtre quand nous sommes à bout de nos possibilités. Selon les moines, la véritable prière jaillit des profondeurs de notre détresse et non pas de notre vertu.

«  Les évangélistes n’ont pas cherché à enjoliver les défaillances de Pierre. Il était pour eux manifestement important de reconnaître sans complaisance que Jésus n’avait pas choisi des apôtres pieux et fidèles, mais des hommes pécheurs et imparfaits. Or, il a fondé son Eglise sur eux. Ils étaient les témoins choisis de la miséricorde de Dieu telle que Jésus l’a proclamée et dont il a témoigné par sa mort. Ce sont ses fautes qui ont permis à Pierre de devenir un roc pour les autres. Car il a découvert que ce n’était pas lui-même qui était le roc, mais seulement sa foi à laquelle il s’est raccroché, afin de pouvoir être, dans son combat, fidèle au Christ. »

« Nous trouverons le trésor qui est en nous seulement quand nous serons au plus près de nos blessures. 

La blessure n’est pas seulement le lieu où nous entrons en contact avec notre Moi. C’est là quand nous sommes à bout, sans aucune autre perspective que d’abandonner, que la relation avec le Christ peut se développer et que nous pouvons pressentir que nous dépendons totalement du Christ. »

« Le chemin spirituel vers la contemplation et l’union  à Dieu passe par la prise en compte des pensées et des passions. »

Anselme GRÜN, Spiritualité d’en Bas.

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L'inconnu me dévore

11 Mai 2018, 03:53am

Publié par Grégoire.

L'inconnu me dévore

L’inconnu me dévore n’est pas un livre. C’est une rencontre. C’est un testament spirituel, que l’auteur dit avoir songé à l’intituler Lettre à mes filles sur l’amour de Dieu. C’est sans aucun doute le plus bel héritage qu’a pu laisser Xavier Grall à ses cinq « Divines », appellation qu’il emprunte à Saint-Pol-Roux. À l’heure où l’opinion publique se préoccupe des querelles dérisoires d’héritage financier dans la famille Hallyday, cet ultime livre de Xavier Grall nous élève loin de l’empire des illusions pour concentrer notre regard sur la vie, sur le seul authentique héritage que nous puissions donner à ceux que nous avons aimés. Xavier Grall ne lègue pas des objets morts, terrestres, à ses Divines et à ses lecteurs. Il leur lègue les quelques trésors qu’il a amassé dans les Cieux.

La Croix et le sens païen de l’Ouvert

Xavier Grall était breton. À son retour de ses longues années à Paris, il a appris à voir sa terre maternelle. La voir, c’est-à-dire l’aimer, au point d’en éprouver un certain sentiment nationaliste. Son amour pour la Bretagne justifie chez lui son amour des mers et de la navigation. Pour le poète, l’amour de la terre coïncide avec l’amour de la mer : le sol dans lequel il puise sa liberté n’a pas la froide rigidité du rocher, ou l’épaisse surdité de la glaise. Son sol d’eau, lui, se meut, il tangue, il brusque. Il se dérobe sous la saisie de l’homme et le conduit entre Héraclite et Platon pour s’émouvoir à la façon d’un Charles Péguy disant: « Meuse, toi qui passes toujours et qui ne part jamais. »  Cet amour de la terre qui est ici un amour de la mer, dresse le sublime paradoxe qui illumine au fil des pages son expérience de l’amour de Dieu : il faut chercher le lointain dans le prochain, et le prochain dans le lointain. « Je crois que ceux-là qui ont prié devant la mer seront bénis par Celui qui a créé la Mer. » Prier devant la mer, c’est prier l’Ouvert : c’est être ici dans l’ailleurs en unissant son âme à la mélodie des deux cieux qui se regardent face à face. Le paysage maritime est pour le poète breton un aperçu de la béatitude, le seul qui ne soit pas indigne de sa « nostalgie de l’Immense ». 

Au fil des quatre chapitres principaux, Xavier Grall établit donc un véritable carnet de bord de sa quête amoureuse de Dieu. Il le cherche dans tous les recoins de sa vie, dont il nous propose plusieurs tableaux. Du souvenir douloureux de son enfance à la solitude des chapelles abandonnées, du murmure angélique des retables au « son des jazz déchirants », des délices de l’Orient au Maghreb de feu dont la légèreté rajeunit la foi dans le Nazaréen, jusqu’au souvenir tragique et heureux de son frère défunt. « Tout est dans Tout », peut-il alors écrire avec la ferme certitude de celui qui a aimé. « Tout est Bible, Testament, Signe ». Au cœur de ce spectacle, bien sûr le dogme a son autorité. Il guide les brebis vers le Seigneur dans les sûrs chemins de la raison, loin des forêts ténébreuses de l’égarement. Pour autant, le poète nous met en garde, à la suite du Fils de l’homme: « Il faut avoir des yeux pour voir et des oreilles pour entendre », car « tout est fabuleux pour qui sait regarder ». Xavier Grall, qui est un amant éloigné de l’Orient dont il chérit la légèreté, nous dit qu’elle est essentielle pour ne pas perdre « le secret du salut » : « étrange sensualité du christianisme » en effet, qui annonce la résurrection des corps. Étrange sensualité de la femme qui se repent en mouillant et en parfumant les pieds du Roi de Miséricorde. Sensibilité étrange du culte marial qui a épousé la poésie des peuples s’étendant de la Samarie jusque sur la baie de Lindisfarne… C’est cette poésie mystique que Xavier Grall nous exhorte à raviver et à chérir. A la fois chrétien et païen, le poète est en fait la reprise catholique et mystique du tonnerre nietzschéen. « Nous avons, dit-il, perdu le gai savoir en perdant le sens de l’Air, de l’Eau, du Feu. L’État, l’Usine, le Président, la nouvelle trilogie de la dépendance. Je voudrais être le dernier Indien de l’Amazonie échappé à la déchéance et rendre hommage au Soleil. Pour être libre. »

Xavier Grall, père aimant et témoin du Lointain

Charles Péguy disait du père de famille qu’il est le dernier héros du monde moderne. Le livre de Xavier Grall est d’abord le livre d’un père de famille. Il est la trace écrite d’un homme qui a trouvé la foi là où elle s’éprouve : dans l’amour et la souffrance. Critique implacable, parce qu’aimant, d’un certain catholicisme, des bigots jusqu’aux ecclésiastiques profanateurs tout droit issus de la blessure de l’aggiornamento, Xavier Grall leur oppose une conception profonde et authentique de la foi, celle de la vie mystique et du sens du sacré. Cette vie devient chez ce père de famille un legs : un soleil à distribuer, écrit-il dans son incipit. Elle est l’œuvre légère d’un chrétien léger, comme l’est la grâce face à la pesanteur de l’existence. Cette œuvre, en tant qu’elle est celle d’un père, est une leçon de vie en même temps qu’un témoignage. Elle est le témoignage du saint paradoxe d’un père à ses filles sur « la souffrance humaine et la dignité du chrétien qui s’en va, lucide et déchiré ». Elle est leçon de vie, car elle nous apprend à voir Dieu à partir de notre œil à travers lequel le Père a un jour décidé de se chercher. La foi, sous la plume de Xavier Grall, est ainsi une occasion d’émerveillement. L’émerveillement est sa sève de vie, qui s’ouvre et se découvre dans la saisie tragique de l’éternel dans le fugace. Elle est aussi apprentissage et rencontre, car « il faut beaucoup vivre pour donner du sens à la Parole apprise ». Si la foi est mouvement, « la religion est voyage ». Combien superstitieux et prétentieux serait le chrétien qui croirait un jour posséder Dieu ! La foi, rappelle Xavier Grall, est un éternel dépassement, persévérance infinie dans l’infinie vision de la Face des faces. Le soleil se lève à l’Est : il nous faut redécouvrir la poésie et l’intensité du christianisme oriental, réinsuffler la vie mystique dans nos vieux grimoires de théologie. « Risque spirituel : les âmes stagnantes sont des âmes mortes. » Il n’y aura d’amour du prochain que dans l’amour du Lointain qui est Dieu, toujours irréductible à notre prise et à nos assurances. « Aller loin, loin, loin: telle est la vocation de l’homme. » Contre les « sédentaires de l’Esprit », « âmes stagnantes » donc « âmes mortes », Xavier Grall en père de famille dresse un ode au dessaisissement de soi dans l’amour de l’Inconnaissable, condition de possibilité d’une authentique charité fondée sur le don perpétuel et total : « Donner, se donner, nous sommes tous dans les mains du grand Amant. »

Cet « inconnu » qui dévore Xavier Grall est ainsi ce Dieu Inconnu du Panthéon grec que saint Paul disait être le Christ. Cet inconnu dévore, tant le désir qu’il suscite est grand et sans fin. Il dévore délicieusement celui qui se prend à le goûter dans les œuvres rédemptrices de la tribulation, à s’y désaltérer auprès de son Sang débordant du calice eucharistique. Avec la Révélation chrétienne, l’Inconnu du panthéon hellénistique ne perd pas son nom. Il le révèle, il l’habite, pour que la fête universelle continue, et pour que commence le Grand Voyage. Dans son dernier souffle, Xavier Grall nous livre ainsi l’ultime souhait d’un homme de foi qui, comme saint Paul dans son exil hors des terres de Judée, a trouvé Dieu dans le voyage risqué de la vie divine. Ce souhait, ce don ultime et récapitulatif, c’est l’abandon de soi dans le mystère de la mort. Trente-sept printemps sont nés depuis.  Dans les orgues du firmament, ils continuent de chanter les louanges de la Création.  Et le Dieu caché joue en lui-même avec ses morceaux d’infini, comme au commencement du monde.

https://philitt.fr/2018/03/12/xavier-grall-ou-la-mystique-du-lointain/

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C'était mieux avant ?!

25 Février 2018, 03:31am

Publié par Grégoire.

«Dix grands-papas ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire, qui paiera longtemps pour ces retraités: «C’était mieux avant.» Or, cela tombe bien, avant, justement, j’y étais.» Editions Le Pommier, 96 pages.

«Dix grands-papas ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire, qui paiera longtemps pour ces retraités: «C’était mieux avant.» Or, cela tombe bien, avant, justement, j’y étais.» Editions Le Pommier, 96 pages.

«L’espèce humaine est constituée de braves gens»

Le philosophe et historien des sciences publie «C’était mieux avant!», un manifeste aux accents intimes qui pulvérise le déclinisme actuel et rappelle, avec son humour et son amour de l’humanité habituels, tous les progrès qui nous offrent un présent tellement mieux qu’hier. Un joli anxiolytique de 96 pages

 

Il a 87 ans, a écrit 65 livres, reçu toutes les distinctions, et siège à l’Académie française. Et pourtant, Michel Serres reste cet homme merveilleusement espiègle, qui peut conclure un entretien d’un: «L’essentiel, c’est de s’amuser.» Il se désole surtout de tous ces «grands-papas ronchons» qui «créent une atmosphère de mélancolie sur les temps d’aujourd’hui», au point de nous offrir un nouveau voyage pour énumérer toutes les plaies cautérisées par le progrès. Et s’il se présente dans cet essai comme un «vieillard», il conserve l’enthousiasme de cette nouvelle jeunesse à qui il rêve que les grands-papas ronchons cèdent enfin la place.

Le Temps: Votre livre s’adresse aux «grands-papas ronchons», vous pensez qu’ils sont nombreux?

Michel Serres: Ce livre n’est pas une critique des vieux, dont je fais partie, mais j’entends une parole très négative sur les jeunes et le monde tel qu’il est devenu. J’ai voulu rappeler qu’il y a un peu plus d’un demi-siècle, nous avions Hitler, Staline, Franco, Mussolini, Mao Zedong, qui ont fait quarante-cinq millions de morts. Evidemment, je m’incline avec beaucoup d’empathie et de pitié devant les victimes des attentats et guerres civiles d’aujourd’hui, mais par rapport à ce que j’ai vu pendant la Seconde Guerre mondiale ou durant les crimes d’Etat tels que la Shoah ou le goulag, il n’y a pas de comparaison possible. Un chercheur américain l’a d’ailleurs confirmé, nous assistons à une baisse tendancielle de la violence. Et si beaucoup sont persuadés que notre monde est violent, nous n’avons jamais connu une telle paix.

 

La notion de paradis perdu est une constante de l’humanité. Durant ma jeunesse, certains de ma génération disaient déjà c’était mieux avant. Le monde a radicalement changé sous l’influence des sciences exactes: la biochimie et la pharmacie, qui ont fait progresser la santé, et les mathématiques, qui ont développé les nouvelles technologies. Or ceux qui ont la parole aujourd’hui, des administrateurs aux politiques, sont formés aux sciences humaines. Ce qui provoque un décalage entre la vérité des sciences humaines, qui est relative, et la vérité scientifique. Par conséquent, le problème n’est plus de savoir si l’aspirine est efficace, mais de savoir combien de gens pensent que l’aspirine est efficace. Et ce glissement est dangereux. C’est dramatique de ne plus croire aux vaccins. Par exemple si les gens peuvent se montrer presque nus sur la plage, c’est parce qu’en 1974 la petite vérole qui avait défiguré tant de corps a été éradiquée par les vaccins. Aujourd’hui, on ne meurt d’ailleurs plus que de maladies pour lesquelles on n’a toujours pas de vaccin.

Il semble pourtant y avoir eu un âge d’or: les Trente Glorieuses, période de paix, prospérité et plein emploi…

Durant les Trente Glorieuses, il y avait aussi Mao Zedong, Pol Pot, Ceausescu, le Rideau de fer… Et ces Trente Glorieuses étaient quand même très localisées, alors qu’aujourd’hui le confort est plus général. Ce que l’on peut effectivement interroger, c’est la croissance du chômage. Car le travail a beaucoup évolué avec les outils, qui nous ont dispensés de nombreux travaux pénibles. Mais plus il y a d’outils, moins il y a de travail. Nous dirigeons-nous vers une société sans travail? Si cela arrive, il faudra repenser complètement la société qui reste entièrement organisée autour de celui-ci. Et personne ne peut dire si c’est une bonne ou mauvaise nouvell

Vous rappelez en tout cas qu’avant, ça puait, car l’hygiène était déplorable.

Vous n’imaginez pas à quel point! Dans les années 50, le magazine Elle a même fait scandale en recommandant de changer de culotte chaque jour. A l’époque, évoquer l’hygiène intime était non seulement tabou, mais oser imaginer changer quotidiennement de sous-vêtement était folie. Avant, il y avait aussi beaucoup de maladies que la pénicilline a éradiquées. Et sur dix patients dans une salle d’attente médicale avant-guerre, on croisait trois tuberculeux et trois syphilitiques. C’est terminé. La médecine et l’hygiène ont même fait bondir l’espérance de vie. Aujourd’hui, une femme de 60 ans est plus loin de sa mort qu’un nouveau-né en 1700…

Alors d’où vient ce pessimisme ambiant?

Les riches savent rarement qu’ils sont riches, et plus on est dans le confort, plus on est sensible aux petits moments d’inconfort. D’ailleurs pendant les Trente Glorieuses, peu de gens avaient conscience de vivre une période de prospérité. On râlait déjà. C’est une affaire de tempérament, surtout français. En France, on ne dit jamais «c’est bien», mais «c’est pas mal». Cette culture fondée sur la critique date de Voltaire. L’optimiste est resté un candide, et donc un imbécile, alors que le pessimiste serait celui qui voit clair. J’assume de passer pour un imbécile.

Dans «Petite Poucette», vous louez Internet, qui met le monde à portée de clic… Mais il apporte aussi les «fake news», le narcissisme des réseaux sociaux. Le remède et la maladie, en somme?

Depuis que j’ai écrit Petite Poucette, les réseaux sociaux sont effectivement arrivés, avec les maladies que vous évoquez. Mais je préfère rappeler une fable. Il était une fois un riche propriétaire qui avait un esclave qu’il aimait beaucoup, car celui-ci cuisinait admirablement. Un jour, le maître lui réclame le meilleur plat du monde, et l’esclave sert de la langue. Le maître se régale, puis commande le pire des plats. L’esclave lui sert le même. «Tu te moques», s’écrie le maître. L’esclave, qui s’appelle Esope, rétorque que la langue est la meilleure et la pire des choses possibles, puisqu’elle sert à dire je t’aime ou à calomnier. Et tous les moyens de communication apportent le meilleur ou le pire, comme dans le théorème d’Esope. J’ai bien connu la Silicon Valley, où j’ai vécu trente-sept ans. A l’époque, il y régnait une idéologie très libertaire et égalitaire. Depuis, ils sont devenus les maîtres du monde, et la propriété exclusive des données par quatre ou cinq entreprises est une catastrophe qu’il faut régler vite.

Mais vous persistez à dire que l’humanité est meilleure?

Il y a des statistiques intéressantes sur l’augmentation de la bonté, oui. Quant à moi, je pense que 90% de l’espèce humaine est constituée de braves gens qui sont prêts à rendre service si l’on se casse la gueule, et qu’il n’y a que 10% de gens abominables. Hélas, ce sont ces 10% qui prennent le pouvoir. Je viens du Pays cathare, et les cathares disaient que plus on grimpe vers le sommet de la société, plus on s’approche des puissances du mal. L’expérience de la vie m’a prouvé que ce n’est pas faux. Mais comme on est des braves gens, on laisse faire ces 10%.

Dans votre livre, vous rappelez aussi à quel point la condition des femmes s’est améliorée.

C’est l’un des progrès majeurs. J’en ai honte: en France, le droit de vote des femmes n’existe que depuis 1946, et quand je me suis marié, ma femme avait besoin de mon autorisation pour avoir un compte bancaire. Tout n’est pas gagné pour les femmes, mais c’est mieux.

Que pensez-vous du mouvement «balance ton porc»?

Je suis pour dans la mesure où l’on ne rencontre jamais une femme à qui cette situation n’est pas arrivée, et même parfois de façon cruelle. Il faut donc légiférer de façon cruelle aussi. Cela dit, j’espère que l’on conservera un petit brin de cour, qui est l’un des trésors des relations humaines.

Vous êtes donc féministe?

Profondément. Je milite, même. Il m’arrive de faire des conférences dans des entreprises où l’on ne voit que des patrons, et je commence toujours par: «Messieurs les talibans.» Quand ils demandent pourquoi je leur parle ainsi, je propose aux femmes de l’assistance de se lever, et il n’y en a jamais plus de 2%. Je réplique alors: «Aucun doute, vous êtes vraiment des talibans…» Heureusement, il suffit d’aller dans les universités pour constater que les médecins, juges et ingénieurs de demain seront des femmes. D’ailleurs, si j’ai appelé mon livre précédent Petite Poucette, et non «Petit Poucet», c’est parce que toute ma vie, mes meilleurs étudiants étaient des étudiantes. Elles étaient plus sérieuses et accrochées, alors que les hommes ont toujours été un peu plus flasques.

Il y a un élément du passé que vous évoquez avec nostalgie, c’est la paysannerie, dont vous êtes issu. Là, c’était mieux avant?

Dans les années 1900, il y avait 70% d’agriculteurs, et la campagne était très peuplée car l’agriculture exigeait des bras. En 2000, ils n’étaient plus que 3%. Le plus grand événement du XXe siècle reste la disparition de la paysannerie, car nous étions des paysans depuis le néolithique. Autrefois, dans ma jeunesse, il n’y avait pas un avocat, préfet ou médecin des villes qui n’avait pas de rapport avec la paysannerie, parce que son père ou son grand-père était agriculteur. Nous sommes aujourd’hui coupés de ce monde, et c’est une révolution, qu’on le regrette ou non. Un jour, j’ai dû rectifier une institutrice de ma petite fille qui avait dit en classe que les vaches n’avaient pas de cornes parce que c’étaient des femelles. Notre distance avec la paysannerie est désormais énorme.

Sincèrement, qu’est-ce que vous trouvez moins bien maintenant?

Les inégalités financières et sociales, qui se creusent. Si vous supprimez la classe moyenne, et si vous créez des inégalités toujours plus fortes, il n’y aura plus de démocratie. C’est d’ailleurs ce qui se passe avec Donald Trump… Les grandes inégalités de revenus et de culture sont ce qui nous met le plus en danger.

Et demain, ce sera mieux ou pire?

Posez la question à Madame Soleil! Même si beaucoup aiment prédire l’avenir, il est impossible de le savoir. Ce sera aussi inattendu. Par exemple, le téléphone fut d’abord un petit gadget qui permettait aux dames de la haute société d’écouter l’opéra à distance, sans se déplacer. Et personne n’imaginait que ce gadget servirait autrement. Par conséquent, à l’avenir, des petites choses d’aujourd’hui deviendront énormes, et d’autres qui nous semblent considérables disparaîtront. C’est comme la célébrité. Des personnes peu connues aujourd’hui seront peut-être les personnages historiques de demain. Nous avons d’ailleurs déjà sous les yeux des enterrements grandioses.

Vous parlez de Johnny Hallyday?

Moi qui ne regarde jamais la télé, j’ai passé trois heures devant. Bergson disait qu’une société est naturellement une machine à fabriquer des dieux. Et là, nous y étions, avec une véritable analyse sociologique de la religion. Les romains appelaient cela le processus d’apothéose: la transformation d’un homme en dieu. Nous avons assisté à une cérémonie polythéiste où l’on a transformé un homme en dieu. Et les invités autour étaient également des idoles du cinéma, de la télé, de la politique, c’est-à-dire des gens en attente d’apothéose, demi-dieux devant un vrai dieu. Et dans cette grande église, le monothéisme chrétien reculait devant une marée polythéiste. C’était prodigieux. J’en ai tiré l’idée que croire en Dieu est une affaire individuelle, mais que le collectif continue de produire du polythéisme.

 

C’était mieux avant!
«Dix grands-papas ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire, qui paiera longtemps pour ces retraités: «C’était mieux avant.» Or, cela tombe bien, avant, justement, j’y étais.» Editions Le Pommier, 96 pages.

 

Le questionnaire de Proust

Votre progrès préféré?

La condition féminine.

Le pire?

L’américanisation générale de la culture et des entrées de ville, qui sont devenues abominables, un hurlement de laideur.

Si vous étiez une femme?

N’importe quelle femme de tous les jours menant son existence quotidienne héroïque alors que le monde l’ignore.

Votre meilleur remède au pessimisme?

L’exercice régulier de l’intelligence, qui conduit à la lucidité.

L’expression contemporaine qui vous amuse le plus?

«Mais pas que.» Grammaticalement incorrecte, mais très drôle.

Celle qui vous agace le plus?

Le terme résilience, alors que nous avons tant de mots en français, tels que ressource, par exemple. Ou think tank, au lieu de dire réunion de réflexion. Je n’aime pas tous ces pseudo-anglicismes. J’appelle cela le «globish», le langage global des imbéciles.

L’appli la plus précieuse de votre smartphone?

La fonction téléphone.

Le livre que vous n’écrirez jamais?

Des poèmes d’amour. Il vaut mieux être Ronsard pour le faire.

Propos recueillis par Julie Rambal

https://www.letemps.ch/societe/michel-serres-lespece-humaine-constituee-braves-gens

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l'oeuvre d'art contre la société du mépris : réinventer la vie intérieure

17 Novembre 2017, 04:55am

Publié par Grégoire.

l'oeuvre d'art contre la société du mépris : réinventer la vie intérieure

L’esprit contemporain nous vole nos intériorités. Il entend façonner nos goûts et nos imaginaires. Orienter nos expériences. Nous détourner de nous-mêmes dans un divertissement généralisé, une mise en réseau et un art consommé de l’inquiétude qui est une autre manière de nous emporter dans son flux.

C’est un homme mutilé, abruti, amoindri spirituellement que produit ce monde dominé par la technique qui ose appeler progrès les régressions qu’il programme.

L’art – entendu non comme savoir ou culture mais comme passion de la liberté et exploration de nos sources enfouies – est l’un des derniers moyens qui nous restent pour nous savoir humains. Tout art digne de ce nom est insurrection, quête d’absolu, tentative désespérée pour dire l’amour incommensurable qui nous taraude.

Emmanuel Godo, ici, nous provoque et nous convoque. Et si nous faisions l’épreuve de notre humanité – pour en avoir la preuve – en nous confrontant à des oeuvres d’art ? Mais pas à des simulacres sans épaisseur ou à des joujoux insipides, non ! Car ce n’est pas en millions de dollars que s’évalue une oeuvre mais à sa capacité à faire se lever en nous nos forces en sommeil. Un plaidoyer magistral pour l’art contemporain, le vrai.


Professeur de littérature et de théâtre en classes préparatoires, Emmanuel Godo enseigne depuis 27 ans. Il poursuit une recherche sur le sens spirituel de la création artistique qui nourrit aussi bien sa pratique pédagogique que son écriture.

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