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Retour sur la Terreur qui conduisit au génocide vendéen

11 Janvier 2012, 04:25am

Publié par Father Greg

"Le détenteur de la vérité et du bien se doit d’éliminer l’autre qui incarne le mal et qui est, par nature, irrécupérable". Robespierre.

robespierre_2.jpgIl est toujours extrêmement difficile et délicat en France de parler de la Révolution de 1789 sans déchaîner les passions. Pourtant, dans l’histoire de l’Europe contemporaine, c’est elle qui, la première, a fait passer dans la réalité l’idée du meurtre de masse et sa justification dans un système construit à cet effet.

D’emblée, les tenants du pouvoir révolutionnaire ont une approche catégorielle de la population française et la divisent en deux groupes : les révolutionnaires et les contre-révolutionnaires, selon le principe du « avec moi ou contre moi ». Robespierre affine cette distinction et identifie quatre grands groupes d’individus : les ultra-révolutionnaires, les purs révolutionnaires – ceux de la majorité morale, modérés et indulgents –, les « citra » et les contre-révolutionnaires, ces derniers étant de facto considérés comme idéologiquement irrécupérables et dangereux pour le devenir de la Nation. La dictature qu’il instaure systématise cette vision intellectuelle et, en ce sens, Robespierre est le premier des dictateurs à faire passer la ligne de partage entre le bien et le mal, non plus à l’intérieur du cœur de chaque homme, mais entre les hommes. Dès lors, le détenteur de la vérité et du bien se doit d’éliminer l’autre qui incarne le mal et qui est, par nature, irrécupérable d’autant qu’il ne peut changer :

La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier qu’une conséquence du principe général de la démocratie appliquée aux plus pressants besoins de la patrie[1].

En clair, il ne peut y avoir de rédemption d’où les slogans : « Point de salut pour les ennemis de la liberté », « La liberté ou la mort ». Il faut donc « régénérer », « humaniser », « républicaniser » le peuple selon le principe qu’il faut créer « l’homme nouveau » – l’expression est aussi d’époque – selon un modèle idéal. Le Conventionnel Jean-Baptiste Carrier[2] ne dit rien d’autre lorsqu’il déclare : « Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière et de manquer le but que nous nous sommes proposé[3]. »

L’historien Hippolyte Taine, dans Les Origines de la France contemporaine, explicite avec intelligence les finalités de cette ambition des Conventionnels : « En quoi consistait cette régénération de l’homme. [...]. La tâche était double : il fallait démolir puis construire en dégageant d’abord l’homme naturel pour édifier ensuite l’homme social[4]. »

L’entreprise est immense. Billaud-Varenne déclare :

Il faut [...] recréer en quelque sorte le peuple qu’on veut rendre à la liberté puisqu’il faut détruire d’anciens préjugés, changer d’antiques habitudes, perfectionner des affections dépravées, restreindre les besoins superflus, extirper des vices invétérés[5].

L’œuvre est sublime car il s’agit de « remplir les vœux de la nature, d’accomplir les desseins de l’humanité, de tenir les promesses de la philosophie », comme l’explique Robespierre :

Nous voulons substituer la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux à un peuple aimable, frivole et misérable, c’est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la République à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie[6].

L’objectif doit être atteint quel qu’en soit le prix humain pour la France, car les révolutionnaires travaillent pour les générations futures au risque de sacrifier leur vie : « Ce que j’ai fait dans le midi, dit Baudot, je le ferai dans le sud. Je les rendrai patriotes, ou ils mourront ou je mourrai[7]. »

Reynald Secher http://www.atlantico.fr

Extraits de Vendée : du génocide au mémoricide : Mécanique d'un crime légal contre l'humanitéCerf (octobre 2011)