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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La foi s'enracine dans le désir naturel de Dieu

4 Décembre 2012, 03:38am

Publié par Fr Greg.

 

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Chers frères et sœurs,


Le chemin de réflexion que nous faisons ensemble dans cette «Année de la foi» nous amène à réfléchir aujourd'hui sur un aspect fascinant de l'expérience humaine et chrétienne: l'homme porte en lui un désir mystérieux de Dieu. Très significativement, le Catéchisme de l’Église catholique s'ouvre avec la considération suivante: «Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l'homme, car l'homme est créé par Dieu et pour Dieu; et Dieu ne cesse d'attirer à lui l'homme, et seulement en Dieu l'homme trouvera la vérité et le bonheur qu'il ne cesse de chercher»(n. 27). 


Une telle affirmation, qui, même aujourd'hui, dans de nombreux contextes culturels, semble tout à fait acceptable, presque évidente, pourrait au contraire sembler un défi dans le milieu de la culture occidentale sécularisée. Beaucoup de nos contemporains pourraient en effet objecter qu'ils ne ressentent nullement ce désir de Dieu. Pour de larges pans de la société, il n'est plus l'attendu, le souhaité, mais plutôt une réalité qui passe inaperçue, face à laquelle on n'a même pas besoin de faire l'effort de se prononcer. 

En réalité, ce que nous avons défini comme «le désir de Dieu» n'a pas complètement disparu et apparaît encore aujourd'hui, à bien des égards, au cœur de l'homme. Le désir humain tend toujours à des bien concrets spécifiques, souvent bien loin d'être spirituels, et cependant se trouve face à la question de ce qu'est vraiment «le» bien, et donc à affronter quelque chose au-delà de soi, que l'homme ne peut pas construire, mais est appelé à reconnaître. Qu'est-ce qui peut vraiment satisfaire le désir humain? 


Dans ma première encyclique, Deus Caritas est, j'ai essayé d'analyser comment ce dynamisme se réalise dans l'expérience de l'amour humain, une expérience qui à notre époque est plus facilement perçue comme un moment d'extase, de sortie de soi-même, comme un lieu où l'homme ressent le désir d'être traversé par un désir qui le dépasse. 

A travers l'amour, l'homme et la femme expérimentent de manière nouvelle, l'un grâce à l'autre, la grandeur et la beauté de la vie et du réel. Si ce que je ressens n'est pas une simple illusion, si je veux vraiment le bien de l'autre comme chemin vers mon bien aussi, alors je dois être disposé à me "dé-centrer", à me mettre à son service, jusqu'à renoncer à moi-même. La réponse à la question sur le sens de l'expérience de l'amour passe donc à travers la purification et la guérison de la volonté, requête du bien lui-même qui se veut à l'autre. On doit s'exercer, s'entraîner, et même se corriger pour que ce bien puisse vraiment être désiré.


L'extase initiale se traduit ainsi en un pèlerinage, «exode permanent allant du "je" refermé sur lui-même vers sa libération dans le don de soi, et justement de cette façon, vers la redécouverte de soi-même, et même la découverte de Dieu »(Encyclique Deus caritas est, 6). 


A travers ce chemin, la connaissance de cet amour qu'il avait initialement expérimenté pourra progressivement s'approfondir pour l'homme. Et le mystère qu'il représente se profilera d'autant mieux: pas même l'être aimé, en effet, n'est en mesure de satisfaire le désir qui habite le cœur de l'homme; en réalité, plus l'amour pour l'autre est authentique, plus il laisse ouverte la question de son origine et de son destin, les possibilités dont il dispose de durer pour toujours. Donc, l'expérience humaine de l'amour a en soi un dynamisme qui mène au-delà de soi-même, c'est l'expérience d'un bien qui conduit à sortir de soi et à être confronté au mystère qui entoure l'existence toute entière. 


Des considérations similaires peuvent également être faites sur d'autres expériences humaines, telles que l'amitié, l'expérience de la beauté, l'amour de la connaissance: tout bien expérimenté par l'homme tend vers le mystère qui entoure l'homme lui-même; tout désir qui émerge dans le cœur de l'homme se fait l'écho d'un désir fondamental qui n'est jamais pleinement satisfait. 

 

 

Benoit XVI

© Libreria Editrice Vaticana