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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Jeanne ne faisait jamais aucun retour sur elle-même!!

17 Avril 2012, 03:11am

Publié par Father Greg

 

Ste-Jeanne-d-arc--1412--2012.jpgVous faites de Jeanne d’Arc un maître spirituel. Comment nous aide-t-elle à faire grandir en nous ce qu’il y a d’Éternel ?

 

Tout d’abord par sa disponibilité à Dieu, dans le service de l’autre et dans le silence de la prière, qui sont les lieux où ne manifeste sa présence. Sans doute est-ce cette transparence à la Lumière qui lui a permis d’entendre l’appel qui lui était adressé et d’y répondre sans tergiverser.

Très important, Jeanne ne faisait jamais aucun retour sur elle-même. Elle était tout élan, accueil et don dans le même mouvement. La première leçon qu’elle nous donne, c’est qu’il faut vivre à chaque instant à l’Eternel présent.

 

Son combat intime pour obéir à la volonté de Dieu – elle va mettre quatre ans à quitter le foyer familial et confiera : « Je préférerais rester chez ma mère… » -, n’est-ce pas un peu le nôtre, à chacun ?

 

Oui, bien sûr. En Jeanne comme en chacun de nous, il y a toujours des résistances. À commencer par la crainte de n’être pas à la hauteur de ce que Dieu nous demande. Lorsqu’elle prend connaissance de la mission qui lui est confiée (lever le siège d’Orléans et mener le roi se faire sacrer à Reims), celle-ci lui apparaît sans commune mesure avec la petite paysanne qu’elle est. Mais si elle ne se fait pas confiance, devant l’insistance de son appel, elle finit par s’oublier elle-même pour faire confiance entièrement à Dieu.

À partir de ce moment-là, rien ne l’arrêtera plus. Comme le dit l’Évangile, « à Dieu, rien n’est  impossible », et il n’est nul obstacle qu’Il ne donne la force de surmonter à celui qui s’élance pour faire sa volonté.

 

« À une époque où la vocation naturelle des femmes était de se marier ou d’aller au couvent, écrivez-vous, Jeanne, forte de sa virginité et de ses voix, avait revêtu le bouclier de la foi, le casque du salut, l’épée de l’Esprit et l’armure du chevalier. » Elle suit Saint Paul à la lettre ?

C’est en effet à dessin que j’ai paraphrasé Saint Paul (Ép 6, 14-17). Car ce qu’il disait, en employant une rhétorique guerrière, du combat spirituel, Jeanne le porte en actes jusque dans l’ordre temporel. Et c’est ce qui fait sa spécificité, ce que j’ai appelé la « sainteté casquée ».

« Agissez et Dieu agira, avait-elle coutume de dire à ses soldats, mais aussi : « Sans Dieu, je ne saurais rien faire ». Mettant tout son génie personnel au service de la grâce dans une collaboration de chaque instant avec Dieu, elle a cherché à faire advenir le Royaume céleste dans le royaume terrestre, l’un dans l’autre et l’un par l’autre. Sachant que le Royaume de Dieu ne sera jamais totalement de ce monde – sa mort sur le bûcher, comme celle du Christ sur la croix, étant la pour nous le rappeler. C’est la raison pour laquelle Benoît XVI en a fait « un exemple de sainteté pour les laïcs engagés dans la vie politique ».

 

Vous écrivez également : « L’ennemi à combattre était tout autant intérieur qu’extérieur ». C’est-à-dire ?

 

Au temps de Jeanne, on avait tendance à considérer que la guerre était non seulement un mal à réduire, mais aussi un fléau envoyé par Dieu pour punir les péchés des hommes, les dérèglements intérieurs étant la principale cause des dérèglements extérieurs.

Cette guerre contre les Anglais, qui était une guerre de libération, devait donc aussi passer par une libération de l’emprise du péché. Et la paix ne se gagnerait pas seulement par les armes, mais par la purification de soi. En commençant par la tête, puisqu’il est bien connu que le poisson pourrit d’abord par la tête. Jeanne demanda donc au roi d’être assidu dans la prière et de se comporter de manière exemplaire. Elle incitait aussi les soldats à se confesser et à communier, à renoncer aux blasphèmes et aux prostituées, et ordonnait une procession au chant du Veni Creator pour faire descendre sur eux l’Esprit de Dieu avant chaque combat.

 

Quelles furent, au cours de sa fulgurante carrière – un an de combat, un an de prison -, ses principales tentations ?

 L’orgueil, sans aucun doute. Ce que j’aime chez Jeanne, c’est qu’elle n’est pas une sainte à l’eau de rose. La modestie n’était pas son fort et l’assurance que lui donnait ses voix la rendait extrêmement intransigeante. Mais pendant la phase des combats, c’est plutôt une force qui lui permet de mobiliser et de projeter toutes les énergies autour d’elle dans une direction claire.

Jeanne se retrouve seule face aux « obscurantistes » comme aux « tenants de fausses lumières ». N’est-ce pas un peu l’image du chrétien dans le monde ?

Jeanne, en effet, est celle qui a le courage, détachée de tout intérêt personnel, d’être rebelle aux idéologies de son temps par fidélité à l’Éternel. Si nous avions trois mots à retenir d’elle, c’est « Dieu premier servi », en toutes choses, à temps et à contretemps. Elle nous donne le plus bel exemple qui soit de cette vertu d’insolence dont nous avons le plus grand besoin aujourd’hui !

 Pourquoi fascine-t-elle toujours autant ?

 Il y a la fascination pour la magnifique héroïne qu’elle fut, évidemment, en plus de la sainte. Il y a aussi la fascination pour cette vie totalement consumée par sa mission. Où il ne faut pas exclure que les hommes de notre temps, aussi éloignés se croient-ils de la foi, perçoivent encore obscurément un peu de la lumière du mystère de la Croix. Et où se manifeste, en creux et par-delà l’épanouissement personnel, la quête plus profonde d’une vérité qui rend libre.

                                  

Pauline de Préval, ‘Jeanne d’Arc, la sainteté casquée ‘

Propos recueillis par Luc Adrian

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