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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

hisse-toi jusqu’au sans-souci, sans-projet, jusqu’au rien.

3 Septembre 2016, 05:03am

Publié par Grégoire.

hisse-toi jusqu’au sans-souci, sans-projet, jusqu’au rien.

 

 « Un ténor changeait mes os en cristal. Ce n’était rien, juste un chant d’oiseau dans le jardin que traversait une armée en marche des couleurs, sous le casque des fleurs. Je ne voyais pas le prophète, je n’entendais que ses leçons. Il réveillait le soleil. Dieu me rentrait par l’oreille. J’étais reconduit au paradis d’être vivant, donc immortel. Des murailles invisibles s’effondraient sous le chant d’un oiseau inconscient de son sacre, de son don, de sa race divine.

Ses notes tombaient comme une eau surnaturelle sur les flammes de l’enfer. Sois présent, disait l’oiseau : garde tes soucis, garde tes projets, garde tes liens, puisque tu as la faiblesse de tenir à tout ça. Garde tout, mais élève toi d’un cran, ne serait-ce qu’un instant. Hisse-toi sur ce tabouret de joie que je t’apporte, oui hisse-toi un instant qui ne sera plus qu’un instant jusqu’à cette note que je tiens, jusqu’au sans-souci, sans-projet, sans-lien. Jusqu’au rien. 

Chemise gonflée par le vent, l’oiseau chantait à tue-tête les amours de la lumière et du vide. Je goûtais à ce que les morts ne savent plus et que les vivants négligent : la liqueur bleutée de l’air, l’ivresse de renaître par décret solaire. La joie qui me traversait réveillait un consentement à vivre, donc à perdre.

Puis l’écriture sainte s’est envolée. Le soleil a tourné la tête. Une caravane de nuages a traversé le ciel. Je suis rentré dans mon cœur où, par grâce, plus rien n’était en ordre. J’ai cherché dans les livres quelque chose, je ne savais quoi. La bouteille me parle, dit l’ivrogne : bois-moi. Les livres me disent la même chose. Quand je lis, ma tête est coupée et je ma porte dans mes mains comme les saints des vieilles images. Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu.

Vivre, c’est gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés. Cette lumière, ce feu volant de crête en crête, de mot en mot ! (…) 

La vie est un flux de particules lumineuses dont les saints et les oiseaux aident la circulation infinie. Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je me demande pourquoi tant de livres quand un seul chant d’oiseau dit tout.»

 

Christian Bobin.

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Fulgurances

1 Septembre 2016, 04:48am

Publié par Grégoire.

Fulgurances

L'extrême sensibilité est la clé qui ouvre toutes les portes mais elle est chauffée à blanc et brûle la main qui la saisit.

 

J'ai entrevu assez du paradis pour comprendre qu'il peut être partout.

 

L'essentiel on l'attrape en une seconde. Le reste est inutile.

 

L'éternel est là, sous nos yeux, sous nos pieds, dans une phrase.

 

Christian Bobin, la grande vie.

 

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Et peut-être même l'échec entraîne-t-il une joie plus grande

30 Août 2016, 05:06am

Publié par Grégoire.

Et peut-être même l'échec entraîne-t-il une joie plus grande

 

Une des joies éphémères de l'été, c'est de traverser une rivière en sautant sur des pierres.
On écarte les bras comme s'ils étaient des ailes. On appuie les mains sur l'air. On peut glisser, se mouiller un peu, beaucoup. Si on est plusieurs à vivre cette époqée on rit aussi bien de l'échec que de la réussite. Et peut-être même l'échec entraîne-t-il une joie plus grande. On a dix ans, quinze ans.
C'est l'âge des bandes. On ne sait pas alors qu'on est en train de traverser la chambre en feu de la vie, celle dont chaque fenêtre donne sur l'éternel. On ne sait pas non plus qu'il est aussi indifférent de perdre que de gagner. Il faudra encore des années pour comprendre que les années ne sont rien et qu'il n'y a ni vrai, ni faux, juste la vie-rivière et nos bonds maladroits d'une parole à l'autre.

Christian Bobin, la grande vie.

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C'est harassant de convaincre...

28 Août 2016, 05:43am

Publié par Grégoire.

C'est harassant de convaincre...

Une petite fille mange du chocolat. Il y a plus de lumière sur le papier d'argent enveloppant le chocolat que dans les yeux des sages.

Le livre que je tiens entre les mains se met parfois à sourire.

J'apprends que je suis vivant. Je dois cette bonne nouvelle à l'air qui circule sous une phrase en faisant flotter ses mots, très légèrement, au dessus de la page.

Je ne cherche pas à vous convaincre. C'est harassant, vain et au fond un peu cruel de convaincre. Je voulais juste vous dire qu'un jour j'ai vu, planté dans un livre d'André Dhôtel, un panneau indicateur du paradis. La distance marquée ? Il n'y a pas de distance. L'Eternel est là, sous nos yeux, sous nos pieds, dans une phrase.

Christian Bobin, la grande vie.

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"Louise Amour" à la maison...

26 Août 2016, 04:51am

Publié par Grégoire.

Pourquoi vouloir plus que la stupéfiante lumière des jours sans histoire...?

Pourquoi vouloir plus que la stupéfiante lumière des jours sans histoire...?

à la suite de sa présentation au festival off 2016 en Avignon, Louise Amour part en tournée, à domicile...

Première tournée du 24 sept (Annecy) au 17 oct région parisienne, Reims...

 

Organisez et réservez votre soirée en écrivant à brgregoire@hotmail.com

https://www.facebook.com/louiseamour/?fref=ts

 

"Le visage d'une mère est pour l'enfant son premier livre d’images. Ma mère avait un visage de bon pain et j'aimais, quand elle me soulevait de terre et me portait à la hauteur de ses yeux, tapoter de mes doigts boudinés de garçon de trois ans la mie de ses joues claires. Un peu plus tard, quand je commençai à écrire, vers six ou sept ans, je m'amusai à dessiner de mes doigts quelques mots sur ses joues. Elle fermait les yeux, me laissait faire puis, sans jamais se tromper, disait à voix haute le mot que je venais d'appuyer sur sa chair : eau, feu, terre, lune. Ainsi, celle dont la patience m'instruisait sur l'éternel était-elle devenue ma première page blanche."

Christian Bobin, Louise Amour.

 

 

 

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Parfois la grâce d’une blessure vient congédier cette somme fabuleuse de savoirs sur tout

24 Août 2016, 05:16am

Publié par Grégoire.

Parfois la grâce d’une blessure vient congédier cette somme fabuleuse de savoirs sur tout

 

Les lumières s’attardent. La noirceur des arbres quand la nuit les enserre est moins grande, moins dure. De grandes choses dorment en nous, toujours, d’un sommeil qu’agite un peu plus la longueur accrue des jours. Quelque chose manque, toujours. A tout ce que nous pouvons faire et dire et vivre, quelque chose manque, toujours. Cette conscience-là, tôt venue, irréductible. On peut vouloir passer outre, s’arranger. Ce qui n’est qu’un seul et inépuisable jour on peut l’oublier, on peut l’amoindrir en jours, en semaines, en mois. S’occuper. Parler et croire que l’on parle. Faire des choses et croire que l’on fait quelque chose. Je préfère pour ma part ne rien faire. Je préfère en rester à ce premier âge du monde, de la nuit, du froid. De cette épaisseur de la nuit, de l’ombre, du gel, je n’ai rien à dire, je ne pense rien. En penser quelque chose serait déjà s’en éloigner. C’est à l’intérieur de cette nuit, de cette non lumière de la vie que je vous écris, mais ce n’est pas d’elle que je vous parle, c’est de tout le reste, de tout ce qui en elle s’abîme, les gestes, les choses, les visages, les mots.  Tout s’en va. Tout lentement s’approche puis lentement s’éloigne. Tout glisse doucement – les voix, les regards – tout glisse doucement sur le côté, sans heurts, comme indépendamment de tout vouloir, comme un glissement de terrain. Et tout se poursuit aussi bien. Les mêmes, choses, toujours. Rien n’est empêché. Apparences du travail, apparences des conversations, apparences des mouvements divers. Vie apparente. Je suppose que c’est là chose banale.  Je suppose qu’il est possible de vivre ainsi longtemps, sur un long temps. Dans cette mort merveilleuse de l’indifférence.  Dans cette horrible aptitude à vivre en l’absence de tout, dans la plus silencieuse des absences. Sans âge. Sans plus vieillir, sans plus souffrir de rien. Sans doute est-ce là cette vie, que l’on dit ordinaire. On peut y mourir. On sait qu’on peut y mourir. On sait aussi que mourir est impossible. On sait tout cela et bien d’autres choses encore, toutes aussi inutiles, toutes aussi encombrantes. Parfois aussi la grâce d’une blessure vient congédier cette somme fabuleuse de savoirs sur tout, ce fatras. 

Christian Bobin, Souveraineté du vide

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Eloge de la solitude

22 Août 2016, 05:01am

Publié par Grégoire.

Eloge de la solitude

 

Ce qu’on ignore, on l’appelle, on le nomme. On voit l’amour et la solitude : une seule chambre à vrai dire, un seul mot. De la solitude, nous ne viendrons pas plus à bout que de notre mort. C’est ce qui fait que l’on aime et que le temps passe ainsi, dans l’attente lumineuse de ceux que l‘on aime : car même quand ils sont là, on les espère encore. On touche leurs épaules, on lit dans leurs yeux, et la solitude n’est pas levée pour autant. Elle gagne en beauté, elle gagne en force, mais elle est toujours là. Ce qui a commencé avec nous – avec l’étoile de notre naissance – n’en finira jamais de nous isoler dans l’espace : chacun séparé de tous les autres. Chacun enclos dans son désir, dans son attente.

Nous sommes seuls dans le jour. Nous avons besoin de quelqu’un qui nous conduise dans la pleine nuit du jour, comme on mène un enfant jusqu’aux rives étincelantes du sommeil. Nous sommes seuls dans le jour, mais nous serions incapables de découvrir cette solitude si quelqu’un ne nous en faisait l’offrande amoureuse. La révélant, en pensant l’abolir. L’aggravant, en croyant la combler. Cette solitude est le plus beau présent que l‘on puisse nous faire. Elle brûle dans le jour. Elle s’illumine de nos absences.

Christian Bobin, Lettres d’or

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Poussières. Un ange anglais

20 Août 2016, 05:03am

Publié par Grégoire.

Poussières. Un ange anglais

 

Je me suis précipité dehors et j'ai levé la tête vers le ciel où les dieux dorment depuis deux mille ans : des flammes jaillissaient de la cheminée. Elles avaient la beauté d'un drapeau de prière tibétain. Un bruit sortait du conduit, aussi fort que celui d'un bombardier. Le feu venait de me déclarer sa guerre. Je ne saurai jamais ce qui l'avait irrité. J'ai appelé les pompiers. Ils sont venus dans leur camion jouet d'enfant. Je les ai regardés travailler. Leur manière de ne s'assoupir dans rien, pas même dans l'expérience acquise. Le ralenti de leurs gestes : Confucius grimpant à l'échelle. Puis ils sont partis. Les anges sont du côté du réel. Le plus beau spectacle, c'est de voir quelqu'un faire son travail avec une passion calme. Je me souviens des mains de Glenn Gould sur son clavier : une précision de chirurgien comme s'il fallait, en appuyant chaque touche, déclencher la réponse la plus nette, et vite retirer les doigts de crainte de toucher un nerf. Les anges sont de toutes sortes. Ce qu'ils ont en commun est l'attention à la vie fragile. Je pense à cette femme de ménage qui avait pris un jour de congé pour aller à l'enterrement de Simone Weil où il n'y eut que sept personnes. Elle jeta un petit bouquet tricolore dans la fosse. Ceux qui étaient là, voyant le geste de cette femme pauvre, comprirent alors qu'ils venaient d'enterrer une sainte. La vie est la chose la plus délicate au monde. D'ailleurs ce n'est pas une chose. Comment dire : une grande délicatesse circule dans l'air, confondue avec lui. Une délicatesse que nous respirons et dont nous n'avons que rarement conscience. La nonchalance d'un roseau écoutant un ruisseau lui faire la cour. C'est là un ange supérieur qui fait tout en ne faisant rien. Un jour, j'ai vu une mousse dans la fissure d'un trottoir. Une espérance verte poussée là, plus forte que le ciment et infiniment moins prétentieuse. Je me suis accroupi pour mieux voir. Un ange a traversé mon crâne. C'est avec ses yeux à lui que j'ai vu la mousse couvrir sans bruit la ville industrielle, réenchanter de sa lumière fluorescente nos amours imprécis. La ville a disparu et moi avec. Je me suis relevé quelques siècles après. Un autre monde luit, proche comme une belle pomme tombée dans l'herbe. La délicatesse des poètes protège ce monde, en tient la porte ouverte. Les anges font leur nid dans les poèmes comme les abeilles dans un arbre creux. Deux jours après l'incendie j'ai fait venir le ramoneur. Le soin qu'il donnait aux cendres, au bois et aux tuiles, était le même soin que les poètes essaient d'avoir pour leurs phrases, exactement le même. Nos catastrophes attirent des anges plus sûrement que nos triomphes.

Christian Bobin

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QUI IRA LE PREMIER ENTERRER L’AUTRE ?

18 Août 2016, 05:57am

Publié par Grégoire.

QUI IRA LE PREMIER ENTERRER L’AUTRE ?

Chaque jour, je reçois beaucoup de livres, beaucoup de livres que je n’aurais jamais achetés, beaucoup de livres que je garde parce que je ne jette pas les livres, beaucoup de livres accompagnés de lettres qui me rendent d’autant plus hommage que l’index, les notes et la bibliographie m’ignorent, beaucoup de livres à compte d’auteur, autrement dit, de non-livres… Depuis plus de vingt-ans, je peux compter sur les doigts de la main ceux que je reçois et dont je m’étais dit que je les achèterais…

Au courrier du deux janvier, je découvre dans une enveloppe trois petits livres parus dans la collection Blanche de Gallimard : Un peuple de promeneurs, sous-titréHistoires tsiganes, Sur l’épaule de l’ange (avec une demie page de préface de Christian Bobin dont le nom n’est pas sur la couverture), et Paroles perdues (avec une préface de Jean Grosjean). Leur auteur ? Alexandre Romanès. L’un des trois ouvrages possède une (belle) dédicace écrite horizontalement sur la page.

Il faut toujours moins d’une minute pour savoir ce que vaut un livre : le tout est dans la partie, le grand tout se trouve même dans la petite partie. Dix phrases disent dix livres. Je tombe en arrêt… J’ignore tout de cet auteur qui me stupéfie… Ce joueur de luth, ancien dompteur de lions ayant créé le seul cirque tzigane au monde, publie des poèmes qui pulvérisent ce petit monde de la poésie qui s’agenouille habituellement devant l’ésotérisme, l’intellectualisme, le cérébralisme…

Cet homme qui a appris tardivement à lire et à écrire fut l’ami de Genet et de Grosjean. Il écrit comme Dieu devait écrire après avoir créé le monde : simple et sobre, direct et droit, efficace et précis, économe et franc, fort et clair, ferme et lumineux, compact et juste. Un poète qui affirme :  « Ce qui ne compte pas, / il faut se battre pour l’avoir », ou bien : « Qui ira le premier enterrer l’autre ? », ou bien encore : « Quand on m’a dit ‘elle est morte ‘, / je n’ai pas versé une seule larme : / j’ai marché toute la nuit », celui-là fait partie des plus grands. Alexandre Romanès est un moraliste du grand siècle et un fabuliste en prose, un connaisseur du cosmos et un homme avisé des gens, un sage sans livres et un nomade enraciné dans l’univers.

En une poignée de mots qui auraient pu se contenter d’être dits, mais jamais écrits, il raconte : l’amour de ses filles, la rudesse d’un ancêtre aimé, la mort du père, la grandeur de la famille, la simplicité de Dieu, le sens de la mort et celui de l’or, la culture des coups, le rôle cardinal des femmes, le mépris de ce qui s’achète, le trésor de l’air, du vent, des étoiles, des paysages, le goût des voyages, la vanité de la propriété (à la mort du plus ancien des deux dans un couple, on brûle tout ce qu’il a, personne n’hérite…), la méchanceté du monde, la grande tristesse des morts, la facilité du bonheur, le sens de l’honneur, la véritable aristocratie, la pierre tombale.

J’ai pleuré, suffoqué ; j’ai lu, relu, lu encore ; j’ai admiré les coups du boxeur et l’élégance du fleurettiste, l’efficacité du tireur à l’arc et la force du lutteur ; j’ai souri et ri aussi à l’humour, à la drôlerie des histoires tziganes, entre le désespoir des caniveaux et l’extase dans la voie lactée. J’ai reposé les livres lus tard dans la nuit, et me suis dit : « Voilà un homme »…

©Michel Onfray

 

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Lumières

16 Août 2016, 05:52am

Publié par Grégoire.

Lumières

 

Non je ne suis pas mort, je ne suis pas seul,
tant qu’avec ma compagne mendiante
je savoure l’immensité des plaines,
et la brume, et la faim et la tempête.

Dans la splendide pauvreté, dans la somptueuse misère,
je vis seul, satisfait et serein,
ces jours et ces nuits sont bénis
et le travail mélodieux est innocent.

Malheureux celui qu’un aboiement épouvante
comme son ombre et que fauche le vent,
misérable celui qui à demi vivant
demande à son ombre la charité.

Ossip Mandelstam, Cahiers de Voronèje

 

 

“Ce qui s'enfuit du monde c'est la poésie. La poésie n'est pas un genre littéraire, elle est l'expérience spirituelle de la vie, la plus haute densité de précision, l'intuition aveuglante que la vie la plus frêle est une vie sans fin.”

― Christian Bobin.

 

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La joie...

14 Août 2016, 05:11am

Publié par Grégoire.

" A l'agitation de la lumière, les fleurs répondent par une seule phrase indéfiniment répétée : c'est pas grave, c'est pas grave."

" A l'agitation de la lumière, les fleurs répondent par une seule phrase indéfiniment répétée : c'est pas grave, c'est pas grave."

 

"La joie c'est de n'être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu."


Christian Bobin, Le Très Bas.

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Ce qu'il reste d'une personne aimée...

12 Août 2016, 05:15am

Publié par Grégoire.

Ce qu'il reste d'une personne aimée...

 

"Il reste d’une personne aimée une matière très subtile, immatérielle qu’on nommait avant, faute de mieux, sa présence. Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l’équivalent dans le monde. Une note cristalline, quelque chose qui vous donnait de la joie à penser à cette personne, à la voir venir vers vous. Comme la pépite d’or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d’une personne est éclatant. Inaltérable désormais. Alors qu’avant votre vue pouvait s’obscurcir pour des tas de raisons, toujours mauvaises (hostilités, rancœurs, etc.), là, vous reconnaissez le plus profond et le meilleur de la personne. Toutes ces choses impondérables qui rôdent dans l’éclat d’un regard, passent par un rire, par des gestes, qui faisaient que la personne était unique, reviennent à vous par la pensée."


C.Bobin, entretien

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Déménagement...

10 Août 2016, 06:04am

Publié par Grégoire.

Déménagement...

Quittant le Sud-Est pour le Nord-Ouest, ma voiture a fait des siennes : turbo mort, démarreur fendu... 1300€ de réparations. Rude après un festival d'Avignon pas aussi reluisant que les autres années.

Je me permets ainsi de mendier très simplement un peu d'aide à ceux qui pourrait.

Merci.

Grégoire.

 

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Légèreté est notre loi...

8 Août 2016, 05:07am

Publié par Grégoire.

 Légèreté est notre loi...

La légèreté vous ne l'aimez ni dans la parole, ni dans le sang, ni dans rien. Partout vous la chassez d'un froncement de sourcils comme une vache balaye de sa queue une mouche importante.

Revenons aux choses sérieuses, dites-vous, revenons à ces choses qui, pour être sérieuses, ne peuvent être que sévères.

Pour la vérité vous avez la morale.
Pour l'amour vous avez la raison.
Pour le chant vous avez la cage.
Pour toutes choses vous avez la pesanteur nécessaire, l'ombre suffisante.

La pesanteur est votre toit, la pesanteur est votre chaise.

Nous avons mis du temps, nous avons mis beaucoup de temps avant atteindre au plus léger. 
...

Christian Bobin, L'AUTRE VISAGE
 

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L’allergie au pape François est un révélateur des turpitudes de certains milieux catholiques‏

6 Août 2016, 05:21am

Publié par Grégoire.

L’allergie au pape François est un révélateur des turpitudes de certains milieux catholiques‏

Quand le pape François fait le constat que la majorité des mariages catholiques ne sont pas valides, il pose un diagnostic mais il ne modifie pas une virgule de la doctrine catholique. Pourtant il provoque des réactions hystériques chez un certain nombre de fidèles.

 

C’est plutôt curieux car, pourvu qu’on se donne la peine d’aller lire ce qu’il a effectivement déclaré et non les citations hors contexte voire carrément tronquées que l’on trouve sur la réacosphère, on constate que tout ce qu’il dit est dans la droite ligne de l’enseignement de l’Église sur le sacrement de mariage : le mariage est indissoluble dès lors qu’il est valide sacramentellement ce qui suppose que certaines conditions de validité soient réunies au préalable. C’est ce qui explique que dans certains cas l’Église reconnaisse a posteriori que certains mariages que l’on croyait valides ne l’étaient en fait pas. C’est ce qu’on appelle la reconnaissance de nullité de mariage (et non l’annulation du mariage).

 

Le constat qu’il fait sur l’état d’immaturité affective, psychologique et spirituelle de nombreux catholiques n’est malheureusement pas surprenant quand on se donne la peine d’ouvrir les yeux sur la réalité. Si tel n’était pas le cas nous n’aurions pas tous ces débats sur la question des divorcés-remariés. Rien de nouveau sur ce point.

 

Pourtant quand il dit tout haut ce que tout le monde constatait jusque là sans oser le dire à haute et intelligible voix, certains catholiques s’offusquent. D’autres expriment leur réprobation en s’étonnant ouvertement.

 

Mais ce qui est étonnant n’est-ce pas plutôt l’allergie d’un certain nombre de catholiques à l’honnêteté du pape François ?

 

De même quand le pape François déclare que « l’Église doit présenter ses excuses aux personnes gays qu’elle a offensées », il ne fait que rappeler l’Évangile : il invite à la conversion ceux qui se sont comportés de manière non charitable envers les personnes homosexuelles et il s’inclut lui-même dans le lot. En revanche il ne change rien sur la position de l’Église à propos de l’homosexualité. En ce sens il n’a pas changé depuis qu’il a organisé l’opposition à la loi sur le mariage homosexuel en Argentine….

 

Pourtant certains catholiques se disent déstabilisés. Mais n’est-ce pas précisément leur réaction qui est déstabilisante ?

 

Qu’y a-t-il de déstabilisant à prêcher aux catholiques la conversion du cœur et du regard ? Qu’y a-t-il de déstabilisant à leur dire que s’ils ont blessé un frère ou une sœur ils doivent lui demander pardon ? Ce que dit le pape François correspond à l’esprit et la lettre même de l’Évangile. Le lui reprocher quand on est adepte de la religion de l’amour, c’est une contradiction manifeste et grotesque à la fois.

 

Mais c’est surtout l’indice que quelque chose ne tourne pas rond. Du moins dans certains milieux. Car les préventions contre le pape François sont loin d’être partagées par tous à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Église….

 

Les réactions hystériques d’une certaine frange de catholiques

 

Certains milieux catholiques s’acharnent à critiquer le Pape au nom d’une identité catholique qu’ils confondent avec la somme des mauvaises habitudes, des partis pris et des préjugés qu’ils ont hérités de leur famille et de leur milieu. C’est cet héritage qu’ils assimilent au dépôt de la foi, et qu’ils accusent le Pape de vouloir brader.

 

Ils ne lui pardonnent pas de rappeler que la seule identité du chrétien est de suivre le Christ et que cela suppose très souvent de changer beaucoup de choses en soi et autour de soi… et de rompre donc avec les préjugés et les solidarités de son milieu d’origine.

 

Un certain nombre de catholiques par héritage refusent de devenir des chrétiens par choix. Ils font ce qu’on appelle en équitation un refus d’obstacle et tentent de faire passer leur raideur et leur dureté de cœur pour de la fidélité au magistère de L’Église.

 

D’où le paradoxe de ces catholiques qui se se réfèrent davantage à la pensée de Charles Maurras et de Pierre Gattaz qu’à celle des Pères de l’Église et qui se veulent plus catholiques que le Pape au point de prétendre lui donner des leçons de catholicisme. Quand ils ne l’accusent pas carrément de trahir le dépôt de la foi !

 

Sous prétexte de dénoncer les méfaits, bien réels, du clergé et de l’épiscopat français qui avaient pris prétexte de Vatican II pour justifier leurs propres fantaisies (pastorales, théologiques, liturgiques et morales) et in fine leur propre apostasie, certains milieux catholiques veulent en faire porter la responsabilité à un pape argentin qui n’y est pour rien !

 

Catholiques ou néo-protestants ?

 

La contradiction manifeste entre ce qu’ils disent être – à savoir des catholiques qui se veulent fidèles à l’autorité de l’Église parce qu’elle est guidée par l’Esprit saint –, et leur comportement de protestants – ils dénient au pape son autorité intellectuelle, spirituelle et morale – saute aux yeux de tous sauf d’eux-mêmes. Ils semblent les seuls à ne pas en être conscients.

 

Mais ce qu’il y a de plus absurde dans ce genre de comportements c’est qu’ils sont délibérément blessants et qu’ils ne reculent devant aucun procédé malhonnête et malveillant : insultes, calomnies, insinuations, citations tronquées ou citées hors contexte, accusations sans preuves… Toute la petite panoplie du manipulateur au complet (ou plutôt au complot).

 

Ces comportements prennent le contrepied de ce que le Christ nous a demandé (aimer notre prochain comme nous mêmes). Ceux qui utilisent de tels procédés refusent au pape François non seulement la présomption d’innocence, mais surtout refusent d’adopter envers lui le parti pris de la bienveillance. Ce sont des contre-témoignages pour tous les non-chrétiens. Ils découragent les meilleurs volontés et font fuir les autres.

 

Une telle attitude traduit (trahit ?) chez ceux qui l’adoptent une malveillance profonde indissociable d’une forme d’orgueil consistant à se considérer, eux, comme le conseil d’administration de l’Église et le pape François comme un PDG d’entreprise qui devrait leur rendre régulièrement des comptes et surtout leur donner satisfaction.

 

Malheureusement pour eux L’Église a été voulue et conçue par le Christ et le Pape désigné par l’Esprit saint. Ne pouvant le destituer ils se consolent en le mettant en cause, un peu comme quand Alain Juppé avait dit de Benoît XVI qu’il commençait « à poser un vrai problème » et qu’il vivait « dans une situation d’autisme total ».

 

L’opposition au Pape et le refus de l’Évangile

 

Ce qui est reproché au Pape, c’est au fond de demander aux catholiques d’être fidèles à l’Évangile. Le pape François nous met en garde contre le risque ou plutôt contre la tentation de préférer défendre le contenant (la culture chrétienne) plutôt que de vivre de son contenu (le Christ).

 

Ce que certains catholiques lui reprochent, c’est de leur rappeler que Jésus-Christ ne requiert pas des défenseurs mais qu’il recherche des témoins et ce n’est pas la même chose (sinon il aurait appelé des légions d’anges pour échapper à sa Passion).

 

Ce qui lui est reproché par certains athées pieux, c’est de dire tout haut que les catholiques européens ne sont pas ici-bas pour rappeler à des masses ignorantes les beautés de l’art roman mais pour leur annoncer la bonne nouvelle de notre rédemption par Jésus-Christ en commençant par vivre eux-même en cohérence avec cette Bonne Nouvelle.

 

Certains le détestent parce qu’il leur rappelle qu’ils ont une mission : témoigner par leur vie et par la parole que Dieu est un Dieu d’amour et que Lui seul peut combler l’aspiration fondamentale de l’être humain à être aimé (« Qui donc pourra combler les désirs de mon cœur, Répondre à ma demande d’un amour parfait ? Qui, sinon toi Seigneur, Dieu de toute bonté, Toi l’amour absolu de toute éternité »).

 

Ce qu’ils détestent par dessus tout c’est quand le pape François leur rappelle que cette responsabilité leur incombe aussi à eux en tant que baptisés, qu’ils ont un devoir d’exemplarité parce que la sainteté n’est pas une option qu’ils pourraient décider de ne pas prendre mais qu’elle est leur vocation unique, leur seule raison d’être ici-bas et la condition de leur salut.

 

 

 

Catholiques ou islamo-chrétiens ?

 

Certains le haïssent parce qu’ils ne veulent pas entendre que la foi chrétienne est la foi en un Dieu tout-puissant qui a décidé d’avoir besoin de nous pour réaliser le salut de l’humanité. Ils lui préféreraient un Dieu musulman qui leur commande d’utiliser la force.

 

Leur obsession de l’islam est le reflet de leur envie et l’expression de leur regret de ne pouvoir exalter leur propre volonté de puissance, à l’image de ces musulmans qui peuvent justifier leur volonté de dominer en invoquant le jihad et imposer, quand ils sont en position de force, le statut dedhimmis aux non-musulmans….

 

De même que l’amour rend intelligent, la malveillance rend aveugle. A force de vouloir faire dire au Pape ce qu’il n’a pas dit, par exemple en l’accusant d’avoir dit que tous les mariages étaient nuls, les ennemis du pape François se condamnent à ne rien comprendre.

 

Car en posant un diagnostic sans complaisance sur la réalité de certains mariages célébrés dans les formes, il pointait du doigt les conséquences de l’apostasie et du laxisme d’un certain nombre de responsables du clergé qui ont renoncé à éclairer les consciences en refusant de célébrer un mariage sacramentel quand les conditions de validité n’étaient pas réunies !

 

En refusant d’écouter ce que le pape dit réellement et en préférant le calomnier, les catholiques qui aiment le détester se condamnent à la cécité volontaire.

 

L’hystérie que déclenche le pape François chez certains ne nous dit rien de ce que fait ou pense le Pape mais elle nous en apprend beaucoup sur l’état de conscience de ses détracteurs.

 

De ce point de vue, l’allergie au pape François est un bon révélateur des incohérences et des turpitudes de certains milieux catholiques. En un sens c’est une bonne nouvelle : les masques tombent !

http://fr.aleteia.org/2016/07/08/lallergie-au-pape-francois-est-un-revelateur-des-turpitudes-de-certains-milieux-catholiques/

 

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Prophétisme de Joseph Ratzinger sur l'Eglise...

4 Août 2016, 05:13am

Publié par Grégoire.

Prophétisme de Joseph Ratzinger sur l'Eglise...

Retranscription d'une interview radiophonique de 1969 de Joseph Ratzinguer...

 

 

« Je pense, non, je suis sûr, que le futur de l’Église viendra de personnes profondément ancrées dans la foi, qui en vivent pleinement et purement. Il ne viendra pas de ceux qui s’accommodent sans réfléchir du temps qui passe, ou de ceux qui ne font que critiquer en partant du principe qu’eux-mêmes sont des jalons infaillibles. Il ne viendra pas non plus de ceux qui empruntent la voie de la facilité, qui cherchent à échapper à la passion de la foi, considérant comme faux ou obsolète, tyrannique ou légaliste, tout ce qui est un peu exigeant, qui blesse, ou qui demande des sacrifices. Formulons cela de manière plus positive : le futur de l’Église, encore une fois, sera comme toujours remodelé par des saints, c’est-à-dire par des hommes dont les esprits cherchent à aller au-delà des simples slogans à la mode, qui ont une vision plus large que les autres, du fait de leur vie qui englobe une réalité plus large. Il n’y a qu’une seule manière d’atteindre le véritable altruisme, celui qui rend l’homme libre : par la patience acquise en faisant tous les jours des petits gestes désintéressés. Par cette attitude quotidienne d’abnégation, qui suffit à révéler à un homme à quel point il est esclave de son égo, par cette attitude uniquement, les yeux de l’homme peuvent s’ouvrir lentement. L’homme voit uniquement dans la mesure où il a vécu et souffert. Si de nos jours nous sommes à peine encore capables de prendre conscience de la présence de Dieu, c’est parce qu’il nous est tellement plus facile de nous évader de nous-mêmes, d’échapper à la profondeur de notre être par le biais des narcotiques, du plaisir etc. Ainsi, nos propres profondeurs intérieures nous restent fermées. S’il est vrai qu’un homme ne voit bien qu’avec le cœur, alors à quel point sommes-nous aveugles ?

 

Ce qui restera, c’est l’Église du Christ, l’Église qui croit en un Dieu devenu Homme et qui nous promet la vie éternelle

Quel rapport tout cela a-t-il avec notre problématique ? Eh bien, cela signifie que les grands discours de ceux qui prônent une Église sans Dieu et sans foi ne sont que des bavardages vides de sens. Nous n’avons que faire d’une Église qui célèbre le culte de l’action dans des prières politiques. Tout ceci est complètement superflu. Cette Église ne tiendra pas. Ce qui restera, c’est l’Église du Christ, l’Église qui croit en un Dieu devenu Homme et qui nous promet la vie éternelle. Un prêtre qui n’est rien de plus qu’un travailleur social peut être remplacé par un psychologue ou un autre spécialiste. Un prêtre qui n’est pas un spécialiste, qui ne reste pas sur la touche à regarder le jeu et à distribuer des conseils, mais qui, au nom de Dieu, se met à la disposition des Hommes, est à leurs côtés dans leurs peines, dans leurs joies, dans leurs espoirs et dans leurs peurs, oui, ce genre de prêtres, nous en aurons besoin à l’avenir.

 

L’Église sera de taille réduite et devra quasiment repartir de zéro

Allons encore un peu plus loin. De la crise actuelle émergera l’Église de demain – une Église qui aura beaucoup perdu. Elle sera de taille réduite et devra quasiment repartir de zéro. Elle ne sera plus à même de remplir tous les édifices construits pendant sa période prospère. Le nombre de fidèles se réduisant, elle perdra nombre de ses privilèges. Contrairement à une période antérieure, l’Église sera véritablement perçue comme une société de personnes volontaires, que l’on intègre librement et par choix. En tant que petite société, elle sera amenée à faire beaucoup plus souvent appel à l’initiative de ses membres.

 

L’Église ordonnera à la prêtrise des chrétiens aptes, et pouvant exercer une profession

Elle va sans aucun doute découvrir des nouvelles formes de ministère, et ordonnera à la prêtrise des chrétiens aptes, et pouvant exercer une profession. Dans de nombreuses petites congrégations ou des groupes indépendants, la pastorale sera gérée de cette manière. Parallèlement, le ministère du prêtre à plein temps restera indispensable, comme avant. Mais dans tous ces changements que l’on devine, l’essence de l’Église sera à la fois renouvelée et confirmée dans ce qui a toujours été son point d’ancrage : la foi en un Dieu trinitaire, en Jésus Christ, le Fils de Dieu fait Homme, en l’Esprit-Saint présent jusqu’à la fin du monde. Dans la foi et la prière, elle considérera à nouveau les sacrements comme étant une louange à Dieu et non un thème d’ergotages liturgiques.

 

Le temps de « l’Église des doux » arrivera

L’Église sera une Église plus spirituelle, ne gageant pas sur des mandats politiques, ne courtisant ni la droite ni la gauche. Cela sera difficile pour elle, car cette période d’ajustements et de clarification va lui coûter beaucoup d’énergie. Cela va la rendre pauvre et fera d’elle l’Église des doux. Le processus sera d’autant plus ardu qu’il faudra se débarrasser d’une étroitesse d’esprit sectaire et d’une affirmation de soi trop pompeuse. On peut raisonnablement penser que tout cela va prendre du temps. Le processus va être long et fastidieux, comme l’a été la voie menant du faux progressisme à l’aube de la Révolution française – quand un évêque pouvait être bien vu quand il se moquait des dogmes et même quand il insinuait que l’existence de Dieu n’était absolument pas certaine – au renouveau du XIXe siècle. Mais quand les épreuves de cette période d’assainissement auront été surmontées, cette Église simplifiée et plus riche spirituellement en ressortira grandie et affermie. Les hommes évoluant dans un monde complètement planifié vont se retrouver extrêmement seuls. S’ils perdent totalement de vue Dieu, ils vont réellement ressentir l’horreur de leur pauvreté. Alors, ils verront le petit troupeau des croyants avec un regard nouveau. Ils le verront comme un espoir de quelque chose qui leur est aussi destiné, une réponse qu’ils avaient toujours secrètement cherchée.

Pour moi, il est certain que l’Église va devoir affronter des périodes très difficiles. La véritable crise vient à peine de commencer. Il faudra s’attendre à de grands bouleversements. Mais je suis tout aussi certain de ce qu’il va rester à la fin : une Église, non du culte politique car celle-ci est déjà morte, mais une Église de la foi. Il est fort possible qu’elle n’ait plus le pouvoir dominant qu’elle avait jusqu’à maintenant, mais elle va vivre un renouveau et redevenir la maison des hommes, où ils trouveront la vie et l’espoir en la vie éternelle. »

 

Il est possible d’approfondir ces questions et de retrouver l’intégralité de ces propos en lisant l’ouvrage de Joseph Ratzinger La foi chrétienne hier et aujourd’hui.

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Tout est là...

2 Août 2016, 04:54am

Publié par Grégoire.

Tout est là...

 

"Plongez vos mains dans une rivière. Regardez l'eau qui se heurte à cet obstacle imprévu, sa manière gaie de le tourner. Laissez la fraîcheur monter de vos mains à votre âme. Accroupi, tête vide, comme un enfant devant un grillon, écoutez l'eau qui passe, l'insolence claire du temps qui fuit : vous venez de sentir, de voir, d'entendre une sonate de Mozart pour violon et piano."

 

Christian Bobin, Mozart et la pluie

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La Bretagne...

31 Juillet 2016, 05:12am

Publié par Grégoire.

La Bretagne...

Je reviens de Bretagne, mon amour. La Bretagne est une terre belle comme l’enfance : les fées etles diables font bon ménage. Il y a des pierres, de l’eau, du ciel et des visages – et  ton nom partout chantant dessous le nom des pierres, de l’eau et des visages.

 

Cela fait bien longtemps que je ne sors plus sans toi. Je t’emporte dans la plus simple cachette qui soit : et je te cache dans ma joie comme une lettre en plein soleil.

 

Il y a en Bretagne beaucoup d’églises, presque autant que de sources et de diables. Dans une chapelle, j’ai vu un bateau large comme deux  bras ouverts. Il ne portait ni voiles ni mât – rien d’autre que des bougies. On aurait dit un jouet d’enfant. Sur la coque, ce nom en peinture bleue : A l’abandon de Dieu. J’ai aussitôt pensé à toi : ce petit bateau c’est ta vie et c’est toi mon amour. C’est la pureté de ton cœur mille et mille fois naufragé, mille et mille fois reprenant le large, emportant avec lui cette lumière qui le brûle et le lave.

Christian Bobin, L’inespérée

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Les moments les plus lumineux de ma vie...

29 Juillet 2016, 04:51am

Publié par Grégoire.

Les moments les plus lumineux de ma vie...

 

"Les moments les plus lumineux de ma vie sont ceux où je me contente de voir le monde apparaître. Ces moments sont faits de solitude et de silence. Je suis allongé sur un lit, assis à un bureau ou marchant dans la rue. Je ne pense plus à hier et demain n'existe pas. Je n'ai plus aucun lien avec personne et personne ne m'est étranger. Cette expérience est simple. Il n'y a pas à la vouloir. Il suffit de l'accueillir, quand elle vient. Un jour tu t'allonges, tu t'assieds ou tu marches, et tout vient sans peine à ta rencontre, il n'y a plus à choisir, tout ce qui vient porte la marque de l'amour. Peut-être même la solitude et le silence ne sont-ils pas indispensables à la venue de ces instants extrêmement purs. L'amour seul suffirait. Je ne décris là qu'une expérience pauvre que chacun peut connaître, par exemple dans ces moments où, sans penser à rien, oubliant même que l'on existe, on appuie sa joue contre une vitre froide pour regarder tomber la pluie." 

 

Christian Bobin, Mozart et la pluie

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Islam et christianisme : les impasses du dialogue

28 Juillet 2016, 04:45am

Publié par Grégoire.

Islam et christianisme : les impasses du dialogue

LE FIGARO. - Votre livre Islam et christianisme - comprendre les différences de fond se penche sur une étude approfondie des conditions dans lesquelles pourraient s'amorcer un dialogue islamo-chrétien reposant sur des fondations solides. Quels en sont les principaux dysfonctionnements à l'heure actuelle?

François JOURDAN. - Nous ne sommes pas prêts au vrai dialogue, ni l'islam très figé depuis de nombreux siècles et manquant fondamentalement de liberté, ni le christianisme dans son retard de compréhension doctrinale de l'islam par rapport au christianisme et dans son complexe d'ancien colonisateur. L'ignorance mutuelle est grande, même si on croit savoir: tous les mots ont un autre sens dans leur cohérence religieuse spécifique. L'islamologie est en déclin dans l'Université et dans les Eglises chrétiennes. Le laïcisme français (excès de laïcité) est handicapé pour comprendre les religions. Alors on se contente d'expédients géopolitiques (histoire et sociologie de l'islam), et affectifs (empathie sympathique, diplomatie, langage politiquement correct). Il y a une sorte de maladie psychologique dans laquelle nous sommes installés depuis environ 1980, après les indépendances et le Concile de Vatican II qui avaient ouvert une attitude vraiment nouvelle sur une géopolitique défavorable depuis les débuts de l'islam avec les conquêtes arabe et turque, la course barbaresque séculaire en mer méditerranée, les croisades et la colonisation.

Sur quoi repose la perplexité des Français vis-à-vis de l'islam?

Sur l'ignorance et la perception subconsciente qu'on joue un jeu sans se le dire. On ne dit pas les choses, ou Œ est dit et les Ÿ restent cachés et ressortiront plus tard en déstabilisant tout ce qui a été dit auparavant; les mots ont tous un autre sens pour l'autre. Par exemple le mot prophète (nabî en hébreu biblique et en arabe coranique) ; or le prophétisme biblique actif n'est pas du tout de même nature que le coranique passif devant Dieu. Les erreurs comme sur Abraham qui serait le premier monothéiste et donc le père d'un prétendu abrahamisme commun au judaïsme, au christianisme et à l'islam ; alors que, pour les musulmans, le premier monothéiste de l'histoire est Adam. Mais chut! Il ne faut pas le dire! Pourtant l'islam est foncièrement adamique, «la religion de toujours», et non pas abrahamique puisque l'islam ignore totalement l'Alliance biblique faite avec Abraham et qui est la trame de l'histoire du Salut pour les juifs et les chrétiens où Dieu est Sauveur. En islam Dieu n'est pas sauveur. L'islam n'est pas une religion biblique. Et on se doit de le respecter comme tel, comme il se veut être… et en tenir compte pour la compréhension mutuelle que l'on prétend aujourd'hui afficher haut et fort pour se flatter d'être ouvert.

L'Andalousie de l'Espagne musulmane présentée comme le modèle parfait de la coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans, les très riches heures de la civilisation arabo-islamique sont pour vous autant d'exemples historiques dévoyés. Comment, et dans quel but?

Les conquérants musulmans sont arrivés sur des terres de vieilles et hautes civilisations (égyptienne, mésopotamienne, grecque antique, byzantine, latine) ; avec le temps, ils s'y sont mis et ont poursuivis les efforts précédents notamment par la diffusion due à leurs empires arabe et turc ; mais souvent cela n'a pas été très fécond par manque de liberté fondamentale. Les grands Avicenne et Averroès sont morts en disgrâce. L'école rationnalisant des Mu'tazilites (IXe siècle) a été rejetée. Cela s'est grippé notamment au XIe siècle et consacré par la «fermeture des portes de l'ijtihâd», c'est-à-dire de la réinterprétation. S'il y a eu une période relativement tolérante sous ‘Abd al Rahmân III en Andalousie, on oublie les persécutions contre les chrétiens avant, et après par les dynasties berbères almoravides et almohades, y compris contre les juifs et les musulmans eux-mêmes. Là encore les dés sont pipés: on exagère à dessein un certain passé culturel qu'on a besoin d'idéaliser aujourd'hui pour faire bonne figure.

 

Estimez-vous, à l'instar de Rémi Brague, que souvent, les chrétiens, par paresse intellectuelle, appliquent à l'islam des schémas de pensée chrétiens, ce qui les mène à le comprendre comme une sorte de christianisme, l'exotisme en plus?

L'ignorance dont je parlais, masquée, fait qu'on se laisse berner par les apparences constamment trompeuses avec l'islam qui est un syncrétisme d'éléments païens (les djinns, la Ka‘ba), manichéens (prophétisme gnostique refaçonné hors de l'histoire réelle, avec Manî le ‘sceau des prophètes'), juifs (Noé, Abraham, Moïse, David, Jésus… mais devenus musulmans avant la lettre et ne fonctionnant pas du tout pareil: Salomon est prophète et parle avec les fourmis…), et chrétiens (Jésus a un autre nom ‘Îsâ, n'est ni mort ni ressuscité, mais parle au berceau et donne vie aux oiseaux d'argile…). La phonétique des noms fait croire qu'il s'agit de la même chose. Sans parler des axes profonds de la vision coranique de Dieu et du monde: Dieu pesant qui surplombe et gère tout, sans laisser de place réelle et autonome à ce qui n'est pas Lui (problème fondamental de manque d'altérité dû à l'hyper-transcendance divine sans l'Alliance biblique). Alors si nous avons ‘le même Dieu' chacun le voit à sa façon et, pour se rassurer, croit que l'autre le voit pareil… C'est l'incompréhension totale et la récupération permanente dans les relations mutuelles (sans le dire bien sûr: il faudrait oser décoder).

Si l'on reconnaît parfois quelques différences pour paraître lucide, on est la plupart du temps (et sans le dire) sur une tout autre planète mais on se rassure mutuellement qu'on fait du ‘dialogue' et qu'on peut donc dormir tranquilles.

Une fois que le concile Vatican II a «ouvert les portes de l'altérité et du dialogue», écrivez-vous «on s'est installé dans le dialogue superficiel, le dialogue de salon, faussement consensuel.» Comment se manifeste ce consensualisme sur l'islam?

Par l'ignorance, ou par les connaissances vues de loin et à bon compte: c'est la facilité. Alors on fait accréditer que l'islam est ‘abrahamique', que ‘nous avons la même foi', que nous sommes les religions ‘du Livre', et que nous avons le ‘même' Dieu, que l'on peut prier avec les ‘mêmes' mots, que le chrétien lui aussi doit reconnaître que Muhammad est «prophète» et au sens fort ‘comme les prophètes bibliques' et que le Coran est ‘révélé' pour lui au sens fort «comme la Bible» alors qu'il fait pourtant tomber 4/5e de la doctrine chrétienne… Et nous nous découvrons, par ce forcing déshonnête, que «nous avons beaucoup de points communs»! C'est indéfendable.

Pour maintenir le «vivre-ensemble» et sauvegarder un calme relationnel entre islam et christianisme ou entre islam et République, se contente-t-on d'approximations?

Ces approximations sont des erreurs importantes. On entretient la confusion qui arrange tout le monde: les musulmans et les non-musulmans. C'est du pacifisme: on masque les réalités de nos différences qui sont bien plus conséquentes que ce qu'on n'ose en dire, et tout cela par peur de nos différences. On croit à bon compte que nous sommes proches et que donc on peut vivre en paix, alors qu'en fait on n'a pas besoin d'avoir des choses en commun pour être en dialogue. Ce forcing est l'expression inavouée d'une peur de l'inconnu de l'autre (et du retard inavoué de connaissance que nous avons de lui et de son chemin). Par exemple, la liberté religieuse, droit de l'homme fondamental, devra remettre en cause la charia (organisation islamique de la vie, notamment en société) . Il va bien falloir en parler un jour entre nous. On en a peur: ce n'est pas «politiquement correct». Donc ça risque de se résoudre par le rapport de force démographique… et la violence future dans la société française. Bien sûr on n'est plus dans cette période ancienne, mais la charia est coranique, et l'islam doit supplanter toutes les autres religions (Coran 48,28; 3,19.85; et 2,286 récité dans les jardins du Vatican devant le Pape François et Shimon Pérès en juin 2014). D'ailleurs Boumédienne, Kadhafi, et Erdogan l'ont déclaré sans ambages.

Vous citez des propos de Tariq Ramadan, qui déclarait: «L'islam n'est pas une religion comme le judaïsme ou le christianisme. L'islam investit le champ social. Il ajoute à ce qui est proprement religieux les éléments du mode de vie, de la civilisation et de la culture. Ce caractère englobant est caractéristique de l'islam.» L'islam est-il compatible avec la laïcité?

Cette définition est celle de la charia, c'est-à-dire que l'islam, comme Dieu, doit être victorieux et gérer le monde dans toutes ses dimensions. L'islam est globalisant. Les musulmans de Chine ou du sud des Philippines veulent faire leur Etat islamique… Ce n'est pas une dérive, mais c'est la cohérence profonde du Coran. C'est incompatible avec la liberté religieuse réelle. On le voit bien avec les musulmans qui voudraient quitter l'islam pour une autre religion ou être sans religion: dans leur propre pays islamique, c'est redoutable. De même, trois versets du Coran (60,10; 2,221; 5,5) obligent l'homme non musulman à se convertir à l'islam pour épouser une femme musulmane, y compris en France, pour que ses enfants soient musulmans. Bien sûr tout le monde n'est pas forcément pratiquant, et donc c'est une question de négociation avec pressions, y compris en France où personne ne dit rien. On a peur. Or aujourd'hui, il faut dire clairement qu'on ne peut plus bâtir une société d'une seule religion, chrétienne, juive, islamique, bouddhiste… ou athée. Cette phase de l'histoire humaine est désormais dépassée par la liberté religieuse et les droits de l'Homme. La laïcité exige non pas l'interdiction mais la discrétion de toutes les religions dans l'espace public car les autres citoyens ont le droit d'avoir un autre chemin de vie. Ce n'est pas la tendance coranique où l'islam ne se considère pas comme les autres religions et doit dominer (2,193; 3,10.110.116; 9,29.33).

La couverture du numéro spécial de Charlie Hebdo commémorant les attentats du 7 janvier, tiré à un million d'exemplaires représente un Dieu en sandales, la tête ornée de l'œil de la Providence, et armé d'une kalachnikov. Il est désigné comme «l'assassin [qui] court toujours»… Que révèle cette une qui semble viser, par les symboles employés, davantage la religion chrétienne que l'islam?

Il y a là un tour de passe-passe inavoué. Ne pouvant plus braver la violence islamique, Charlie s'en prend à la référence chrétienne pour parler de Dieu en islam. Représenter Dieu serait, pour l'islam, un horrible blasphème qui enflammerait à nouveau le monde musulman. Ils ont donc choisi de montrer un Dieu chrétien complètement déformé (car en fait pour les chrétiens, le Père a envoyé le Fils en risquant historiquement le rejet et la mort blasphématoire en croix: le Dieu chrétien n'est pas assassin, bien au contraire). Mais il faudrait que les biblistes chrétiens et juifs montrent, plus qu'ils ne le font, que la violence de Dieu dans l'Ancien Testament n'est que celle des hommes mise sur le dos de Dieu pour exprimer, par anthropomorphismes et images, que Dieu est fort contre le mal. Les chrétiens savent que Dieu est amour (1Jn 4,8.16), qu'amour et tout amour. La manipulation est toujours facile, même au nom de la liberté.

Toutes les religions ont-elles le même rapport à la violence quand le sacré est profané?

Toutes les civilisations ont légitimé la violence, de manières diverses. Donc personne n'a à faire le malin sur ce sujet ni à donner de leçon. Il demeure cependant que les cohérences doctrinales des religions sont variées. Chacune voit ‘l'Ultime' (comme dans le bouddhisme sans Dieu), le divin, le sacré, Dieu, donnant sens à tout le reste: vision du monde, des autres et de soi-même, et le traitement de la violence en fait partie. C'est leur chemin de référence. Muhammad, objectivement fondateur historique de l'islam, a été chef religieux, politique et militaire: le prophète armé, reconnu comme le «beau modèle» par Dieu (33,21) ; et Dieu «prescrit» la violence dans le Coran (2,216.246) et y incite (8,17; 9,5.14.29.73.111.123; 33,61; 47,35; 48,29; 61,4; 66,9…), le Coran fait par Dieu et descendu du ciel par dictée céleste, étant considéré par les musulmans comme la référence achevée de la révélation; les biographies islamiques du fondateur de l'islam témoignent de son usage de la violence, y compris de la décapitation de plus de 700 juifs en mars 627 à Médine. Et nos amis de l'islam le justifient.

Et selon la règle ultra classique de l'abrogation (2,106), ce sont les versets les derniers qui abrogent ceux qui seraient contraires ; or les derniers sont les intolérants quand Muhammad est chef politique et militaire. Ce n'est pas une dérive. Quand, avec St Augustin, le christianisme a suivi le juriste et penseur romain païen Cicéron (mort en 43 avant Jésus-Christ) sur l'élaboration de la guerre juste («faire justement une guerre juste» disait-il), il n'a pas suivi l'esprit du Christ. Gandhi, lisant le Sermon sur la Montagne de Jésus (Mt 5-7), a très bien vu et compris, mieux que bien des chrétiens, que Dieu est non-violent et qu'il faut développer, désormais dans l'histoire, d'autres manières dignes de l'homme pour résoudre nos conflits. Car il s'agit bien de se défendre, mais la fin ne justifie pas les moyens, surtout ceux de demain qui seront toujours plus terriblement destructeurs. Mais les chrétiens qui ont l'Evangile dans les mains ne l'ont pas encore vraiment vu. Ces dérives viennent bien des hommes mais non de Dieu qui au contraire les pousse bien plus loin pour leur propre bonheur sur la terre. Pour en juger, il faut distinguer entre les dérives (il y en a partout), et les chemins de référence de chaque religion: leur vision de Dieu ou de l'Ultime. Au lieu de faire lâchement l'autruche, les non-musulmans devraient donc par la force de la vérité («satyagraha» de Gandhi), aider les musulmans, gravement bridés dans leur liberté (sans les juger car ils sont nés dans ce système contraignant), à voir ces choses qui sont cachées aujourd'hui par la majorité ‘pensante' cherchant la facilité et à garder sa place. Le déni de réalité ambiant dominant est du pacifisme qui masque les problèmes à résoudre, lesquels vont durcir, grossir et exploseront plus fort dans l'avenir devant nous. Il est là le vrai dialogue de paix et de salut contre la violence, l'aide que l'on se doit entre frères vivant ensemble sur la même terre.

Le père François Jourdan est islamologue et théologien eudiste.

Il est l'auteur de Islam et Christianisme, comprendre les différences de fond , paru en novembre 2015 aux éditions du Toucan.

http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2016/01/22/31004-20160122ARTFIG00344-islam-et-christianisme-les-impasses-du-dialogue-interreligieux.php

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Vivre d'amôr...

27 Juillet 2016, 05:22am

Publié par Grégoire.

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Nous sommes tous des enfants...

25 Juillet 2016, 05:41am

Publié par Grégoire.

Nous sommes tous des enfants...

J’ai pensé qu’on était tous plein de citations, un peu sur-nourris par les livres. Pour moi, la plus belle parole, la seule qu’au bout du compte je garderai, c’est celle qu’a dite un prêtre à Malraux. Malraux demande à ce prêtre : « Vous qui avez entendu les hommes des ténèbres, vous qui avez pu voir les ténèbres jusque dans les cœurs, qu’est que ça vous a appris ? ». Après un temps de silence, le prêtre a répondu deux choses : « D’une part, il n’y a que des enfants, et d’autre part, nous sommes tous beaucoup plus malheureux que nous le croyons. »

 

Et puisqu’il n’y a que des enfants, malheureux, alors il faut les consoler : ce que l’on appelle le bonheur, c’est tout simplement une consolation, mais une consolation non-illusoire, qui s’appuie sur le réel. Il me semble que la plus belle consolation, c’est de regarder ce qu’il y a en face de nous, qui vient ; de regarder ce qui existe, sans chercher à le voiler ou à l’occulter, par nos projets, par nos idées, par notre mental, voire même par nos espérances. Simplement regarder ce qui est : c’est la porte ouverte à la vie la plus heureuse qui soit.

 

La racine de la vie, c’est la contemplation, pas l’action. La vie heureuse, pour moi, a la forme d’un livre ouvert. Les choses, les visages, les nuages, les paroles même viennent à nous pour être déchiffrées, et l’état de vivant est l’état de lecture, qui ne passe pas forcément par un livre mais par l’attention extrême à ce qui nous fait face.

 

Je pourrais donner un exemple récent, je crois qu’il faut toujours donner des exemples ou appuyer ce que l’on dit sur un socle d’images ou de visions : il y a quelque temps, je suis sorti d’une maison de retraite, et à la sortie de cette maison, il y avait un cerisier, dont le bois était encore noir, car le printemps n’était pas encore venu. Et sur une des branches de ce cerisier, au moment où je suis passé, un merle s’est mis à chanter. Toutes les eaux du Paradis sortaient de sa gorge, inondaient la terre. J’ai assisté, pendant quelques secondes, en l’écoutant, à la défaite de tous les nihilismes. Et ce que j’appelle être heureux, c’est juste avoir essayé d’attraper ces anges qui passent et qui ont des tas de formes. En l’occurrence, là, il avait la forme d’un merle, et du chant vital, de la profonde vitalité d’un tout petit être comme ça, qui valait plus que dix mille prières.

 

La poésie est la seule voie d’accès au réel, la voie la plus profonde et la seule. La poésie n’est pas un genre un peu vieillot au fond, c’est une affaire vitale et c’est la vision même de cette vie mortelle, qui passe, et qui passe à travers nous. C’est une manière de la saluer. Et la poésie n’est pas seconde, elle ne vient pas après coup, c’est-à-dire que ce n’est pas un arrangement, on ne cherche pas à faire joli. Dans l’Église orthodoxe, un voile sépare les fidèles de l’invisible, au fond de l’église. Et bien je pense que ce voile qu’on a sous les yeux tout le temps, c’est le voile même des apparences, qui parfois se déchire. Et je crois que la poésie passe par cette déchirure. C’est être là à l’instant même où ça s’ouvre.

 

Il y a une phrase de Pascal, qu’on a trouvé dans son mémorial, qu’il avait cousu dans son pourpoint, c’était une sorte d’extase ou d’illumination qu’il a eue, qu’il a daté - il a même donné le temps exact où ça s’est passé, de 10 heures à minuit. Ce mémorial de Pascal se termine par une phrase sublime, une phrase qui donne ce qu’elle dit, c’est-à-dire qu’elle donne une joie très profonde aux yeux de celui qui la lit, dans les yeux et dans le cœur. Elle dit ceci, exactement : « Éternellement en joie, pour un jour d’exercice sur Terre. » Le seul fait d’avoir éprouvé la pointe du vivant donne une joie. Et pourtant, savoir qu’on est vivant, c’est savoir qu’on va disparaître. Mais paradoxalement, cette fleur même de l’instant, cette haute conscience brûlante de la vie passagère est un accès au plus éternel et donne un état paisible, donne une paix qui ensuite demeure par-dessous tous les accidents de la vie.

Christian Bobin

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Louise Amour en Avignon Off 2016

23 Juillet 2016, 05:30am

Publié par Grégoire.

Jusqu'au 30 juillet 2016 !

Jusqu'au 30 juillet 2016 !

À l'heure où  j'écris, le globe de  cristal ou je pénétrais chaque midi  pour  y rejoindre  mes pa­rents est fêlé : l'air y est entré et a oxydé les cou­verts minuscules, écaillé la peinture des visages, et un tremblement de terre imperceptible  a renversé la figurine de mon  père. C'est  aujourd'hui  seule­ ment que je comprends  l'étrange charme de cette scène : ces trois-là-moi dans l'époque de Louise Amour,  mon  père goûtant  au plaisir monacal de la retraite et ma mère conjurant la mélancolie en mettant des fleurs partout  dans la maison -, ces trois-là  avaient  inventé  de vivre hors du  temps. Les visages de mon père ou de ma mère commen­çaient  d'être  atteints  par l'usure  - ici un  petit ravin sous une paupière, là une aile de nez un peu creusée -, mais  l'essence  du   couple   parental demeurait  jeune et  radieuse. Chaque midi  reve­naient  les  années  cinquante   qui  m'avaient   vu enfant,  chaque  midi  mon  père me faisait part de sa joie à me revoir et ma mère m'annonçait qu'elle avait préparé des plats que j'aimais. Ni eux ni moi n'avions  vraiment  choisi l'éternel  retour  de cette scène. Nous étions dans un conte, à l'heure-qui peut  se prolonger  des siècles - où  le roi  avec toute sa suite bascule dans un sommeil de neige.                     Si je ressentais l'étrangeté  de cette vie et devi­nais ce que je pouvais y perdre, il me semblait que j'y  gagnais   davantage :  le  monde, le  terrible monde  n'entrait pas dans le globe de cristal. Je n'avais pas vu que ce globe venait de recevoir un coup  fatal  et  que  Louise Amour  était  -outre celui d'une  reine des cieux- le nom d'une  fêlure irréversible par laquelle, comme  un gaz, le monde et le temps faisaient irruption dans ma vie, pour mon bien, pour mon mal.

Christian Bobin, Louise Amour.

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Une attention démente à tout ce qui est...

21 Juillet 2016, 03:52am

Publié par Grégoire.

Une attention démente à tout ce qui est...

 

« Aimer

Faire sans cesse l'effort de penser

à qui est devant toi,

lui porter une attention réelle, soutenue,

ne pas oublier une seconde

que celui ou celle avec qui tu parles vient d'ailleurs, 

que ses goûts, ses pensées et ses gestes

ont été façonnés par une longue histoire,

peuplée de beaucoup de choses et

d'autres gens que tu ne connaîtras jamais.

Te rappeler sans arrêt que celui ou celle

que tu regardes ne te doit rien,

ce n’est pas une partie de ton monde,

il n’y a personne dans ton monde, pas même toi.

Cet exercice mental

- qui mobilise la pensée et aussi l’imagination –

Est un peu austère, mais il te conduit

à la plus grande jouissance qui soit :

aimer celui ou celle qui est devant toi,

l'aimer d'être ce qu'il est, une énigme.

Et non pas d'être ce que tu crois,

ce que tu crains, ce que tu espères,

ce que tu attends, ce que tu cherches,

ce que tu veux. »

Christian Bobin "Autoportrait au radiateur"

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Nous sommes seuls dans le jour...

19 Juillet 2016, 04:47am

Publié par Grégoire.

Nous sommes seuls dans le jour...

 

Ce qu’on ignore, on l’appelle, on le nomme. On voit l’amour et la solitude : une seule chambre à vrai dire, un seul mot. De la solitude, nous ne viendrons pas plus à bout que de notre mort. C’est ce qui fait que l’on aime et que le temps passe ainsi, dans l’attente lumineuse de ceux que l‘on aime : car même quand ils sont là, on les espère encore. On touche leurs épaules, on lit dans leurs yeux, et la solitude n’est pas levée pour autant. Elle gagne en beauté, elle gagne en force, mais elle est toujours là. Ce qui a commencé avec nous – avec l’étoile de notre naissance – n’en finira jamais de nous isoler dans l’espace : chacun séparé de tous les autres. Chacun enclos dans son désir, dans son attente.

Nous sommes seuls dans le jour. Nous avons besoin de quelqu’un qui nous conduise dans la pleine nuit du jour, comme on mène un enfant jusqu’aux rives étincelantes du sommeil. Nous sommes seuls dans le jour, mais nous serions incapables de découvrir cette solitude si quelqu’un ne nous en faisait l’offrande amoureuse. La révélant, en pensant l’abolir. L’aggravant, en croyant la combler. Cette solitude est le plus beau présent que l‘on puisse nous faire. Elle brûle dans le jour. Elle s’illumine de nos absences.

Christian Bobin, Lettres d’or

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