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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

« Ouvre large ta bouche, Moi je l’emplirai »

21 Octobre 2012, 01:49am

Publié par Fr Greg.

 

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« Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande. » Il leur dit : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? »  Ils lui disaient : « Nous le pouvons. » Il répond : « La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. »  Marc 10, 35-45.

 

Extraordinaire grandeur de Jacques et Jean ! Alors que très souvent nous réagissons comme les disciples qui s’indignent devant une telle demande, avec en arrière-fond une espèce de fausse humilité pieusarde qui voudrait, dans un orgueil -caché- qu’on soit loué pour notre rien du tout..., au contraire Jésus attend nos désirs, et de grands désirs ! Jésus nous veut grand, debout, avec des désirs très large et des audaces folles !

 

Parce que Jésus a des désirs croyables sur nous, qui réclament de s’emparer de nos attentes : « vous ne savez pas ce que vous demandez » autrement dit : « Je vais vous dire ce que vous cherchez derrière ce désir encore humain, que vous exprimez maladroitement, ou avec plein de mélanges, mais parce que c'est votre désir, et que vous le donnez, cela révèle votre taille, votre attente, votre noblesse ! Et je vais m'en servir, et vous dire ce que vous attendez jusqu'au bout.."

 

Et cela c’est l’espérance : découvrir ce que signifient nos désirs pour Jésus ! Laisser Jésus s’emparer de tous nos désirs pour qu’il les mette à sa taille ! Derrière des désirs qui aux yeux des puritains, des moralistes ou de faiseurs de leçons seraient ‘animaux’ ou vils, rempli de  grandeurs ou de désirs de pouvoir, Jésus lui ne refuse aucun de nos désirs, aucun !! Tout nos désirs sont en nous quelque chose de l'attraction actuelle qu'il exerce sur nous ! 


C'est pour cela que Jésus nous regarde toujours selon ce qu'il veut nous donner; jamais en fonction de la pureté ou non de ce qu'on véhicule en nous; le ménage et la serpillère de nos désirs, c'est pour les petits épiciers en manque de perfection et attaché à leur image propre !

 

Cela ne signifie pas que Jésus réponde selon notre attente..!  Jésus répond toujours! Mais, parce que sa réponse est selon son don, un don divin, substantiel, à la taille de Dieu, cela nous éprouve, cela nous appauvrit et creuse toujours d'une certaine manière en nous un état de manque radical! 


Et pour cela Jésus répond d’abord dans un don silencieux, parce que son don ne nous est pas extérieur : c’est de l'intérieur la coupe des noces, une union intime avec lui, qui fait de nous l'unique pour Lui! C'est toujours une nouvelle naissance : venant s’emparer de toutes nos attentes, il vient élargir l’espace de notre tente et nous mettre à sa taille !

 

Et Jésus éclaire le comment sa conduite sur nous ; cette conduite parfois si scandaleuse au regard de ce qu’il peut nous demander de porter, c’est pour nous faire désirer comme il désire, nous faire régner en Maitre, c’est-à-dire comme le Père, être introduit tout de suite dans la fécondité de la croix : cette offrande gratuite de Jésus au Père, qui nous fait être source avec Lui, témoin de cet amour gratuit, sans condition, qui nous fait être quelqu'un pour Lui !

Fr Grégoire

 

 

« ... il nous est très avantageux de ne point ralentir nos désirs » Thérèse d’Avila.

« Ah ! Pardonne-moi Jésus, si je déraisonne en voulant redire mes désirs, mes espérances qui touchent à l'infini. (…)  Ah ! le Seigneur... toujours Il m'a donné ce que j'ai désiré ou plutôt Il m'a fait désirer ce qu'Il voulait me donner »  Thérèse de l’enfant Jésus.

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Esquisse... (III)

20 Octobre 2012, 00:47am

Publié par Fr Greg.

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La lumière « retravaillée » n'est plus le premier éblouissement. Elle est remodelée. Elle devient comme l'architecture du tableau et la durée qui la compose lui donne alors une autre densité, cette fragile épaisseur d'une immobile succession. L'instant du tableau lui est antérieur. Il contient le si long geste du peintre. Mais il dure encore et renaît sans «'épuiser dans chaque vrai regard qui le reçoit. C'est l'instant qui se déroule, comme au delà de la durée, musique figée dans le silence. Les siècles n'éteindront jamais le halo qui cerne le regard du vieillard de Rembrandt. Est-ce encore un trait ou est-ce l'intangible rencontre de la lumière ?

 

Dans sa quête incertaine et qui le rend fragile, le peintre s'il veut grandir doit s'affronter à quelque chose qui le dépasse. Le risque sinon est de s'essouffler dans la fade reproduction, la quête d'une originalité à la mode, ou la fidélité béate à son seul imaginaire. La rude fréquentation des grands maîtres éclaire les balbutiements et corrige l'errance. Seule l'exigeante présence de ceux qui ont fait le chemin permet de se « mesurer ». On n'improvise pas, on ne devient pas peintre parce qu'un jour on s'est éveillé revêtu de l'Inspiration ! On peut devenir peintre, peut être, parce que l'on a rencontré un jour le regard d'un vrai peintre. Du regard on est passé à l'œuvre. De l'œuvre on est retourné au regard. Et ce long va-et-vient a duré toute une vie.

 

Choisir ou reconnaître un maître ? Le reconnaître plutôt, parce qu'on 'avait choisi déjà, à l'intérieur de son propre désir. La peinture, l'art ne s'invente pas. On demeure celui qui ne sait rien encore. Le torrent bondit, mais il faut des berges pour qu'il soit torrent. Les infinis possibles appellent une taille. Le maître est ce milieu. Il est celui qui reçoit, éveille et porte dans un climat de confiance et de respect. Il attire dans une admiration. Il n'est pas la peinture apprise à l'école, le savoir technique ou historique qui, détaché de la vie propre de l'art, donne naissance à ces vedettes, blessantes caricatures dont notre monde pullule. Le maître est là, vivant chaque jour au rythme de ses doutes et de ses folles joies. Le regarder « voir », tenter de comprendre de l'intérieur l'enracinement de la peinture. Référence vivante que l'on imite dans ses premiers balbutiements, à la manière de l'enfant qui refait le geste du père sans aucun souci de sa propre originalité. Il faut assurer le pas : le regard d'abord, le dessin, le volume, et la couleur, à travers la saisie de leurs rapports. Ecouter, recevoir encore, recommencer jusqu'à l'oubli de la technique, jusqu'à l'instant rare où le geste est habité. Rien n'est plus simple, difficile, et banal, qu'un apprentissage.

 

 

ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

@communauté St Jean.

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Esquisse... (II)

19 Octobre 2012, 00:43am

Publié par Fr Greg.

 

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Tout est peinture. L'eau et le feu, le vent dans l'air doré et ce bleu froid qui borde l'incendie d'un ocre. L'arête d'ardoise, diagonale de lumière, griffe là-haut les chutes violettes de l'abîme. Il suffit de voir, il suffit de s'émerveiller. Peindre, c'est tenter d'arracher le secret d'un rapport - rapport des tons, valeurs et rythmes entre eux - qui ne s'impose qu'à l'instant où on le perçoit. Fulgurante évidence d'une unique possibilité dans la rencontre d'une lumière et du regard. La lumière construit mais il faut savoir lire, et rapidement. Le choix de cet instant porte la marque de chaque peintre. La structure des troncs de Cézanne n'a rien à voir avec le velouté d'un bosquet de Lorrain. Tout se conjugue : valeur, couleur, matière, dans un miracle intérieur à la peinture et qui essoufflera toute tentative d'explication. Personne ne peut prétendre entrer avec des mots dans cette saisie totale et rapide. C'est cela « voir » pour un peintre. Affiner le regard jusqu'à ne prendre du détail que ce qui sera indispensable à l'ensemble. Tout contenir dans l'essentiel, ce n'est pas avant tout « simplifier et dépouiller », c'est porter à sa pointe ultime tout au long du travail, dans une décision constante, le miracle entrevu.

 

L'évidence est si impérieuse qu'elle habite le pinceau. Le travail lui- même est source de découvertes. Torrent aride ou tumultueux, il emporte, de surprises en surprises, ce paysage nouveau-né des difficultés de la technique, des caprices de la matière, des impatiences ou des longs entêtements du peintre.

 

La simplification n'est pas le fruit d'un a priori, geste aussi vain que le verbiage justificateur qui l'accompagne. On ne cherche pas avant tout à simplifier pour être à la mode, pour « faire de l'abstrait ». La vraie simplicité explose dans un silence. Elle naît d'un élagage patient et maîtrisé. J'entends encore mon maître fulminer : « Pour dépouiller, il faut avoir quelque chose à dépouiller ! » Si le silence ne peut être le fruit que de l'amour, l'espace dans le tableau ne peut vivre que de l'invisible palpitation d'une présence des choses. Quelle plénitude abandonne la montagne Sainte-Victoire dans la seule limpidité d'une ligne ; quelle force dans le gris décliné d'un mur de Nicolas de Staël ! Le peintre s'y cache, labouré d'avoir été toute une vie mendiant de la lumière.

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La peinture est faite de temps et de lumière... De ces longs temps d'incertitude qui mûrissent l'œuvre, de ces temps de désert ou de recherche sans but apparent, de ces temps de patience qu'exige la matière. Fulgurance et éternité. La vraie lumière naît d'un temps que l'on ne compte plus. La lumière de Rembrandt, ourlant un plissé de nuit, et que l'on devine plus qu'elle n'éclate, est modulée avec l'insistance d'un regard aiguisé. Elle surgit de vertigineux affrontements avec l'ombre, alors que Tintoret la sculpte et la drape, tournoyant abîme qui fait éclater le mystère. Captée et analysée par Vermeer, elle poudroie dans de subtiles couleurs qui emprisonnent le temps.

 ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

@communauté St Jean.

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Esquisse...

18 Octobre 2012, 00:34am

Publié par Fr Greg.

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Demander au peintre pourquoi il peint, c'est demander au vent le secret de ses tourbillons, c'est demander à la mer quand elle cessera de creuser, d'étendre et d'ourler inlassablement ses vagues. Parler de la peinture, c'est déjà arrêter le regard, tenter de s'emparer de cet insaisissable qui justement ne peut être dit que par la peinture.

 

A-t-on appris à voir pour peindre, ou peint-on pour voir ? Quel est cet essentiel d'une réalité qui touche au silence et à la lumière des choses, qui échappe à toute analyse et demeure la fugitive expression d'une éternité ? Quelle est l'urgence qui, dans la seconde où elle a brûlé le regard, devient capable de vous mobiliser tout entier ? Quelle est cette attention qui retient dans l'instant le geste et la respiration du peintre?

 

Permanence et fulgurance... On ne choisit pas de peindre pour se distraire : « quel joli passe-temps ! », me dit-on souvent. La peinture s'impose avec une force grave comme une lutte nécessaire pour que survive l'éblouissement. Je me souviens de ces matins si transparents, si fragiles dans leur beauté, quand la lumière révèle les formes en les éveillant dans un miracle. S'impose alors avec acuité la certitude d'un mystère, d'un instant qui ne se reproduira plus. La joie, voisine de la douleur, demande de s'approprier ce réel. Commence alors ce long mouvement de va-et-vient entre ce que je vois et la nouvelle présence d'une réalité recréée par le travail. Cet échange est si profond qu'il n'a d'autres mesures que lui-même. Il ne s'agit pas bien sûr de reproduire ce réel avec une précision toute photographique, mais plutôt de se laisser aspirer. Supprimer la distance, devenir l'ombre, la lumière, ou le reflet, c'est tendre, au risque de tout perdre, à ce point ultime qui est limite et délivrance.

Quelle folie et quelle difficulté de vivre cet instant avec le seul contrôle de l'éblouissement ! C'est sans doute dans cette subtile correspondance qu'est la vérité du peintre. La réalité - source – nous dépasse toujours, et façonner ce qui déjà existe c'est choisir, dans l’alchimie des couleurs, la musique qui a éveillé le désir. Une étincelle émergera, peut-être une œuvre, correspondance transfigurée de l'émotion et de la réalité. Elle surprend toujours, acidulée comme une trahison ou libre comme l'envol du papillon. Il est vrai qu'à un moment donné l'œuvre s'impose. Le regard du peintre s'est posé sur un visage, puis sur le portrait en train de naître et là, par sa propre nécessité intérieure, l'œuvre guide la main jusqu'à l'instant où ce portrait est peut-être devenu le visage.

 

ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

@communauté St Jean.

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De la nécessité pour tout croyant de se mettre à l'école du réel !

17 Octobre 2012, 00:01am

Publié par Fr Greg.

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Au moment où Benoît XVI tient à ce que l’Eglise propose aux non-croyants de dialoguer avec elle (le Parvis des gentils), il semble que la philosophie retrouve ses lettres de noblesse en terre catholique, après une période de délaissement où elle était parfois réduite à un « instrument » de passage pour pouvoir accéder à la théologie. Partagez-vous cette analyse ?

 

 

En fait, la formule selon laquelle la philosophie aurait été la servante de la théologie—ancilla theologiae—traduit peut-être le rêve de certains théologiens, mais n’a jamais correspondu à la réalité.

 

Même au Moyen Age, les facultés des « arts » et de théologie étaient distinctes, et les « artiens » élaboraient des échafaudages de concepts qui n’avaient pas toujours une pertinence théologique. Et les mêmes personnes pouvaient écrire de la philosophie et de la théologie sans mélanger les genres. Regardez Thomas d’Aquin quand il commente Aristote. Ou même, dans sa Somme (pourtant) théologique, par exemple quand il traite des passions ou des vertus…

 

Il est vrai que nous avons connu et connaissons encore deux écueils. Commençons par nous en garder.

 

D’une part, l’idée qu’il existerait une orthodoxie en philosophie. Il y en a une quant au dogme, et c’est très bien. Mais en philosophie, il n’existe que le vrai et le faux. Or, on a voulu régler des questions philosophiques à coup de condamnations, ce qui a paralysé pas mal de penseurs au XIXe et encore au XXe siècle.  

 

D’autre part, l’anti-intellectualisme. Pas chez les gens simples, qui savent bien qu’il faut parfois un vocabulaire technique : ils ne comprennent pas toujours leur médecin, moins encore celui qui répare leur portable… Ce qui est agaçant, c’est l’anti-intellectualisme de gens qui ont fait des études. Ils disent : « tout cela, c’est cérébral » pour faire passer leur pensée, pas moins cérébrale, mais simplement plus faible…

 

Rémy Brague, 03.10.2012.

http://www.zenit.org/article-32045?l=french

 

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Le danger actuel: l'indifférence amorphe...

16 Octobre 2012, 02:39am

Publié par Fr Greg.

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A.Bourdin (Zénith): "Il y a un obstacle plus difficile à abattre que le relativisme: l’indifférence de nombreux, de trop de baptisés. De ce point de vue, qu’en pensez-vous?"

 

L’indifférence est encore plus difficile à affronter que l’hostilité. Quand il y a de l’hostilité, on a un partenaire avec qui parler, on peut engager avec lui une partie de ping-pong, entrer en dialogue.

 

L’indifférence, par nature, est une sorte de masse amorphe que l’on ne peut pas saisir. Et donc, il me semble qu’une manière de réagir à cela, c’est d’être - de manière mesurée mais réelle - quand même un peu provocateur, faire des vagues… L’indifférence est molle, tandis que si l’on prend une attitude prophétique, provocatrice, audacieuse, alors on a quelque chance de secouer cette indifférence et de provoquer le débat.

Mgr Léonard, 29 sept 2012. Rome.

http://www.zenit.org

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L'Eglise dans le monde de ce temps...

15 Octobre 2012, 01:30am

Publié par Fr Greg.

Anniversaire Concile Vatican II


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  L’Eglise n’est pas un ilot isolé du monde. Le Concile avait voulu aller au monde pour lui partager la bonne nouvelle de l’Évangile.

 

      Mais le monde a fait irruption dans l’Église, et ce monde où l’Eglise ne cesse d’accomplir sa mission est aujourd’hui « un monde, attestait un témoin d’exception, le cardinal Garrone, au Synode des évêques de 1985, dont les transformations déconcertent notre réflexion ».


Car, pour le dire en peu de mots, « le monde du Concile » a disparu. Mon vieux père, angevin, paysan et vigneron, me confiait au terme d’une longue existence heureuse et  laborieuse, qu’il avait vu plus de changements au cours de sa vie que tous ses ancêtres au long d’un millénaire.

 

Nous vivons une crise de civilisation dont Mai ‘68 a été la manifestation spectaculaire, le vide d’une société sans âme, la remise en cause des piliers sur lesquels reposait la société, l’autorité contestée aussi bien dans l’Eglise que dans la famille et dans la cité. L’effondrement démographique de l’Europe, l’expansion de l’Islam, l’ampleur des mouvements migratoires, ont profondément bouleversé les équilibres séculaires et remis en cause les modèles de croissance et d’équilibre social. La crise, d’abord bancaire, puis financière, économique et sociale, n’a pas fini de faire sentir ses effets dans un monde où la globalisation de l’information instantanée ne cesse de bouleverser des équilibres devenus fragiles.


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L’optimisme des sixties, cher aux Américains, a fait place à un pessimisme généralisé. L’équilibre des pouvoirs, cher à Montesquieu, entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire, a volé en éclat sous la poussée irrésistible du médiatique. La vie elle-même se trouve menacée, de l’avortement à l’euthanasie.

La transmission des valeurs, sans lesquelles une société se défait, peine à rejoindre les nouvelles générations, cette planète des jeunes qui évolue sur une orbite que les Pères du Concile, non seulement ne connaissaient pas, mais ne pouvaient même pas imaginer, notamment l’internet qui se joue diamétralement des voies millénaires de l’éducation, en famille, en école et en société.  

 

  

Cardinal Paul Poupard, Le Concile Vatican II. Une actualité surprenante

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Rodin, «élève de Dieu»

14 Octobre 2012, 03:35am

Publié par Fr Greg.

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 L'on recherche l'utilité dans la vie moderne : l’on s'efforce d'améliorer matériellement l'existence: la science invente tous les jours de nouveaux procédés pour alimenter, vêtir ou transporter les hommes : elle fabrique économiquement de mauvais produits pour donner au plus grand nombre des jouissances frelatés : il est vrai qu'elle apporte aussi des perfectionnements réels à la satisfaction de tous nos besoins.

Mais l'esprit, mais la pensée, mais le rêve, il n'en est plus question. L'art est mort.

L'art, c'est la contemplation. C'est le plaisir de l'esprit qui pénètre la nature et qui y devine l'esprit dont elle est elle-même animée.  C'est la joie de l'intelligence qui voit clair dans l'univers et qui le recrée en l'illuminant de conscience. L’art, c'est la plus sublime mission de l'homme puisque c'est l'exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre.

Mais aujourd'hui l'humanité croit pouvoir se passer d'art. Elle ne veut plus méditer, contempler, rêver : elle veut jouir physiquement. Les hautes et les profondes vérités lui sont indifférentes : il lui suffit de contenter ses appétits corporels. L'humanité présente est bestiale : elle n'a que faire des artistes.

L'art, c'est encore le goût. C'est, sur tous les objets que façonne un artiste, le reflet de son cœur. C'est le sourire de l’âme humaine sur la maison et sur le mobilier... C'est le charme de la pensée et du sentiment incorporé à tout ce qui sert aux hommes. Mais combien sont-ils ceux de nos contemporains qui éprouvent la nécessité de se loger ou de se meubler avec goût? Autrefois, dans la vieille France, l’art était partout. Les moindres bourgeois, les paysans même ne faisaient usage que d'objets aimables à voir. Leurs chaises, leurs tables, leurs marmites, leurs blocs étaient jolis. Aujourd'hui l'art est chassé de la vie quotidienne. Ce qui est utile, dit-on, n'a pas besoin d'être beau. Tout est laid, tout est fabrique à la hâte et sans grâce par des machines stupides. Les artistes sont les ennemis.  

 A.Rodin, l’art. Entretien avec Paul Gsell.

 

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      Paolo et Francesca, 1880-1882. 

 

«La tête de l'homme est penchée, celle de la femme est levée, et les deux bouches se rencontrent en un baiser où se scelle l'union intime de deux êtres. Par une extraordinaire magie de l'art, il est visible, ce baiser, à peine indiqué à la rencontre des lèvres, il est visible, non seulement à l'expression des visages recueillis, mais encore à tout le frisson qui parcourt ces deux corps de la nuque aux talons.» Quand Rodin sculpte Le Baiser, en 1882, il est déjà suffisamment célèbre pour que de nombreux critiques, dont le talentueux Gustave Geffroy, mettent leur plume au service de son art. Tous le reconnaissent: avec de la terre, du bronze et du marbre, Rodin a modelé de la passion, de la souffrance, de la volupté. «Avec lui, le marbre tremble», disaient ses contemporains, déconcertés de voir que ce matériau qui semble voué à la pesanteur et à l'immobilité s'animait soudain entre ses mains.


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À Paris, le musée Rodin expose quelques- uns des plus somptueux marbres du maître, ceux qui lui avaient valu le surnom de «Michel-Ange du XXe siècle».

 

Exposées dans la chapelle de l'hôtel Biron, une cinquantaine de pièces révèlent l'habileté du maître à faire vibrer la chair dans le marbre, la rendre vivante, en exprimer les courbes et la volupté. Dur et froid, le marbre doit pourtant acquérir souplesse et chaleur sous le ciseau de l'artiste. Dans cette esthétique de l'imitation, Rodin joue de la lumière et des ombres, des creux et des saillies.

 

Comme tous les artistes de sa génération, il a les yeux tournés vers l'Italie, où il se rend en 1875. D'abord très dérouté par la torsion des corps de Michel-Ange qui font un violent contraste avec le calme des modèles grecs que Rodin avait longuement étudiés au Louvre, il est plein d'enthousiasme au retour, convaincu que Michel-Ange l'a libéré de l'académisme. Il expose L'Âge d'airain à Bruxelles, qui suscite le premier des scandales dont la carrière de Rodin sera émaillée: la sculpture était tellement vivante qu'une campagne de presse accusa l'artiste d'avoir moulé le corps d'un modèle d'atelier.

 

Pour se justifier, Rodin produisit des photos des différentes étapes de son travail tout en constatant: «Il me faudrait un cerveau plus rusé que le mien pour sortir de ces difficultés.» Il aura du moins la satisfaction d'être soutenu par ses collègues les plus talentueux: Falguière, Chapu, Dubois. Rodin, qui n'obtient que des succès de scandale et ne vend rien, doit pourtant assurer l'existence des siens. Il est tour à tour ornemaniste, orfèvre, céramiste, ouvrier le jour, artiste le soir: «J'ai eu jusqu'à 50 ans tous les ennuis de la pauvreté», avouera-t-il plus tard.

 

Rodin devra s'habituer à déclencher querelles et passions: toutes ses oeuvres seront discutées. Ses Bourgeois de Calais ont choqué et rebuté le conseil municipal de la ville, qui faillit renoncer à sa commande. Son monument à Victor Hugo, qui représente le poète nu parmi les muses, a été refusé pour le Panthéon. Mais le plus grand tollé, ce fut pour son Balzac, débordant de puissance, commandé puis désavoué par la Société des gens de lettres, qui ne voulut pas de l'oeuvre et exigea d'être remboursée jusqu'au dernier sou. Sa vie durant, Rodin dut ainsi affronter les critiques, les coups bas, les cabales, les sarcasmes, les empoignades dans les journaux, les menaces de procès. Rodin bafoué mais génial. Vilipendé mais virtuose. Discuté mais glorieux. On le sait aujourd'hui: des Grecs à Picasso, l'histoire de la sculpture passe par lui.

Léonard de Vinci inventa le «sfumato», Rodin utilisera le «non finito»

 

Avant lui parurent des maîtres, mais Barye, Carpeaux ou même le Rude glorieux de La Marseillaise de l'Arc de triomphe ne renversent pas les courants artistiques de leur temps comme Rodin saura le faire. Il devra d'abord livrer un dur combat à cet académisme qui encombre les places publiques de monuments inspirés par l'antique et de personnages en toge ou en redingote. On admire qu'il soit parvenu à dominer les contradictions de son époque. 

 

Rodin 3

Quand il paraît sur la scène artistique, le mouvement réaliste décline alors que le symbolisme s'affirme peu à peu. Mais ces multiples courants sont peu perceptibles dans l'oeuvre de Rodin, si personnelle qu'elle est en mesure de les dominer, de les absorber. Il n'est pas davantage proche des impressionnistes, dont il est le contemporain et avec lesquels il lui arrive d'exposer.

 

Certes, comme eux, il se passionne pour les jeux de lumière, mais alors que Monet s'acharne à saisir les apparences, Rodin affirme que ce qu'il cherche, c'est la vérité intérieure qui transparaît sous la forme: «Établissez nettement les grands plans des figures que vous sculptez. Accentuez vigoureusement l'orientation que vous donnez à chaque partie du corps. L'art réclame de la décision», ordonne-t-il aux jeunes sculpteurs.

 

Le corps humain est devenu l'unique passion de Rodin. Il n'acceptera que très rarement de coiffer d'un casque le front de Bellone ou de poser des ailes sur les épaules du génie de La Défense. Le corps nu sera, tout au long de sa carrière, l'objet quasi exclusif de son étude, corps d'homme au temps de L'Âge d'airain, du Penseur, corps féminin surtout qu'il traquera sans cesse, dont il aimera traduire la chair dans l'argile ou le marbre. Cette volonté d'observer comment les sentiments se traduisent sur chaque muscle, chaque grain de la peau, fait de Rodin un sculpteur qui ne ressemble à aucun autre. Dès qu'il est parvenu à la maîtrise, une seule préoccupation l'assaille: saisir la vie sous toutes ses formes, telle que la révèle le corps du modèle qui évolue devant lui.

 

«Rodin, la chair, le marbre», musée Rodin, 79, rue de Varenne, 75007 Paris, jusqu'au 3 mars 2013.

www.Lefigaro.fr

 

 

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Pour le Christ, personne n’est étranger, personne n’est exclu, personne n’est lointain!

13 Octobre 2012, 02:29am

Publié par Fr Greg.

Anniversaire Concile Vatican II

 

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Le 7 décembre 1965, en présidant la session de clôture, Paul VI soulignait la générosité du Concile, à la rencontre de « l’humanisme laïque et profane, qui est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le concile. Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver, mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. La découverte des besoins humains – et ils sont d’autant plus grands que le fils de la terre se fait plus grand -, a absorbé l’attention de notre Synode". Et le lendemain, .sur la place Saint-Pierre ruisselante  de soleil, dans un geste totalement neuf dans l’histoire conciliaire bimillénaire, le Pape radieux remettait les messages au monde, aux gouvernants, aux hommes de pensée et de science, aux artistes, aux femmes, aux travailleurs, aux pauvres, aux malades, à tous ceux qui souffrent, aux jeunes, en leur disant avec chaleur communicative : "Pour l’Eglise catholique, personne n’est étranger, personne n’est exclu, personne n’est lointain". Le Concile s’achevait à Rome, il ne faisait que commencer à travers le monde.


Ainsi le Concile à son terme retrouvait-il l’inspiration de son premier geste, le message adressé au monde le 20 octobre 1962, dont Paul VI avait pu dire : "Geste insolite, mais admirable. On dirait que le charisme prophétique de l’Eglise a subitement explosé! Comme Pierre qui, le jour de la Pentecôte, se sentit poussé à élever tout de suite la voix et à parler au peuple, vous avez voulu tout d’abord vous occuper, non pas de vos affaires, mais de celles de la famille humaine, et engager le dialogue, non pas entre vous, mais avec les hommes".

 

À quasi 50 ans de distance, dont trente ans passés, à la demande de Jean-Paul II, puis de Benoît XVI, en charge du dialogue avec les non-croyants et les cultures, puis du dialogue interreligieux, je voudrais, chers amis, faire avec vous mémoire d’espérance. La mémoire n’est-elle pas l’espérance du futur ? Après tant de commentaires et de publications – j’en ai, pour ma part, plus de deux mètres de rayonnage dans ma bibliothèque ! -, je voudrais retrouver avec vous le vrai visage du concile, en nous inspirant de la clé de lecture que nous a proposée, dès le début de son pontificat, notre pape Benoît XVI, en réponse aux vœux de Noël des cardinaux, le 22 décembre 2005.

 

 Benoît XVI,avec courage et simplicité, s’est interrogé : « Quel a été le résultat du concile ? A-t-il été reçu d’une manière juste ? Qu’est-ce qui, dans la réception du concile, a été bon ? Qu’est-ce qui a été insuffisant ou erroné ? Que reste-t-il encore à faire ? Personne ne peut nier que, dans diverses parties de l’Eglise, la réception du concile s’est déroulée d’une manière plutôt difficile… La question se pose : pourquoi ?...Eh bien, tout dépend de la juste interprétation du concile ou –comme on dirait aujourd’hui- de sa juste herméneutique, de la juste clé de lecture et d’application.


Les problèmes de la réception sont nés du fait que deux herméneutiques contraires se sont affrontées et se sont querellées. L’une a causé la confusion, l’autre, silencieusement mais d’une manière toujours plus visible, a porté des fruits. Il existe, d’une part, une interprétation que je voudrais appeler « herméneutique de la discontinuité et de la rupture », bien souvent elle a pu se prévaloir de la sympathie des médias et aussi d’une partie de la théologie moderne. D’autre part il y a « l’herméneutique de la réforme », du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise que le Seigneur nous a donné. C’est un sujet qui grandit dans le temps et se développe ; demeurant pourtant toujours le même, unique sujet du peuple de Dieu en chemin…

 

Quarante ans après le concile, nous pouvons souligner que le positif est plus grand et plus vivant que ce qu’il paraissait dans l’agitation des années 1968. Nous voyons aujourd’hui que la bonne semence, tout en se développant lentement, grandit cependant, et ainsi grandit aussi notre profonde gratitude pour l’œuvre accomplie par le concile…

Nous pouvons ainsi tourner aujourd’hui notre regard avec gratitude vers le concile Vatican II  : si nous le lisons et le recevons guidés par une juste herméneutique, il peut être et devenir toujours davantage une grande force pour le renouveau, toujours nécessaire, de l’Eglise.» ( Documentation catholique, 15 janvier 2006, n° 2350, p.59-63). 


Cardinal Paul Poupard Le Concile Vatican II. Une actualité surprenante

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"Je n'aime pas parler aux cathos parce qu'ils 'savent'..." M.Merleau Ponthy.

12 Octobre 2012, 01:04am

Publié par Fr Greg.

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Certains, qui  répètent sans avoir compris, sont de « fausses » personnes ; car répéter reste imaginatif. Ils disent que Dieu existe sans avoir jamais compris ce que cela voulait dire. D’autres au contraire qui ont vraiment cherché loyalement toute leur vie mais dont la recherche a été un peu faussée, et qui de ce fait, n’ont pas découvert que Dieu existe sont des personnes humaines beaucoup plus vraies.

 Répéter n’est pas intelligent, c’est une imitation qui ne répond pas à ce que l’intelligence réclame. L’intelligence a horreur du toc, de la répétition ! C’est pourquoi une culture chrétienne  qui se sclérose, qui répète et est un peu tombée dans l’imagination, ne forme pas une personne ; elle la déforme plutôt du point de vue de l’intelligence. Or il est essentiel d’avoir une intelligence  qui cherche la vérité, qui soit rectifiée dans sa recherche.

La personne humaine ne se construit pas sur quelque chose de secondaire. Elle ne peut se construire que sur ce qui est premier, sur ce qui est vraiment l’intelligence comme intelligence, qui cherche à connaître ce qui est. Il est suffisant pour la rectitude de l’intelligence qu’elle respecte la recherche de ce qui est et reconnaisse que ce qui est antérieur à toute la  connaissance : voilà ce qui est capital pour la personne : reconnaître que l’intelligence est faite pour atteindre ce qui est, pour le connaître et s’y intéresser. Mais le développement de l’intelligence ne se fait pas d’une seule manière ; il se fait par l’art, par la philosophie, par les sciences, etc.

C’est l’intelligence cherchant la  vérité  qui rectifie l’homme et c’est en ce sens-là qu’elle fait partie de la personne humaine et la structure. De fait la découverte de la vérité ultime, celle de Dieu comme Etre premier est au-delà du seul bien de l’intelligence. C’est une découverte du bien de la personne, et, pour cette raison, les moyens peuvent être très divers, apparemment inefficaces. Ils sont pourtant en vue d’un même but : découvrir ce qui est premier.   

M-D Philippe. Retour à la source, Tome 1.

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Anniversaire du Concile Vatican II.

11 Octobre 2012, 02:21am

Publié par Fr Greg.

 

 

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Jean XXIII parlait (ainsi) du Concile, en son langage familier : "Une véritable joie pour l’Eglise universelle du Christ, voilà ce que veut être le nouveau Concile oecuménique. En fait de Concile, nous sommes tous novices. Le Saint Esprit sera là, lorsque tous les Evêques seront réunis. Et on verra bien!  Ce sera la fleur spontanée d’un printemps inattendu.


Le concile n’est pas une assemblée spéculative. C’est un organisme vivant et vibrant, qui embrasse le monde entier, une maison ornée pour une fête et resplendissant dans sa parure de printemps, l’Eglise qui appelle tous les hommes à elle.


Le Concile, disait-il, joignant le geste à la parole, c’est la fenêtre ouverte; ou encore, c’est enlever la poussière et balayer la maison, y mettre des fleurs et ouvrir la porte en disant à tous : "venez et voyez. Ici, c’est la maison du Bon Dieu". Le Concile fera monter vers le Ciel un chant printanier de jeunesse. A des architectes, il disait : le concile entend bâtir un édifice nouveau sur les fondements posés au cours de l’histoire. A un orchestre : Ce sera une puissante symphonie. Et à tous : Il suscite dans le monde entier une intense espérance. Que peut être un Concile, sinon le renouvellement de la rencontre avec le visage de Jésus Ressuscité ? Le Concile, c’est l’Eglise illuminant le monde à travers les siècles. Oui, lumière du Christ, Eglise du Christ, lumière des nations..."(Cf.Documentation catholique, T. LIX, 7 octobre 1962, n° 1385, Le Concile).


Puis ce fut à travers la place Saint-Pierre l’inoubliable procession des 2860 Pères, venant de 141 Pays, les Evêques en mitre blanche, avec le vieux Pape intensément recueilli, comme un bloc de prière, l’interminable célébration -plus de 5 heures dans la Basilique Saint - Pierre-, marquée par la longue et percutante homélie du vieux pontife à la voix étonnamment jeune, ferme et claire, fustigeant les prophètes de malheur et énonçant la distinction fameuse entre le dépôt de la foi et la forme de l’annonce, celle-ci devant conserver toutefois le même sens et la même portée.


La voix vigoureuse résonne encore à mes oreilles, ponctuée d’un geste assuré : "Il faudra attacher beaucoup d’importance à cette forme et travailler patiemment s’il le faut à cette élaboration. Et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère pastoral".


En clôturant cette première session, le 8 décembre 1962, Jean XXIII ajoutait : "Ce sera la nouvelle Pentecôte, si attendue". Mais en privé, il ajoutait : "ma part à moi, ce sera la souffrance". Et il mourait, offrant sa vie pour le Concile.

 

Cardinal Paul Poupard,Le Concile Vatican II. Une actualité surprenante

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Pas de langue de bois...!!!

10 Octobre 2012, 02:03am

Publié par Fr Greg.


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Accueillez l'autre sans réserve !

9 Octobre 2012, 01:32am

Publié par Fr Greg.

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Les frustrations présentes ne doivent pas conduire à vous réfugier dans des mondes parallèles (ils) peuvent, avec grande facilité, vous entraîner à une dépendance et à la confusion entre le réel et le virtuel.

Recherchez et vivez des relations riches d’amitié vraie et noble. Ayez des initiatives qui donnent du sens et des racines à votre existence en luttant contre la superficialité et la consommation facile!

Vous êtes soumis également à une autre tentation, celle de l’argent, cette idole tyrannique qui aveugle au point d’étouffer la personne et son cœur.

Recherchez de bons maîtres, des maîtres spirituels, qui sachent vous indiquer le chemin de la maturité en laissant l’illusoire, le clinquant et le mensonge.

Soyez les porteurs de l’amour du Christ! Comment? En vous tournant sans réserve vers Dieu, son Père, qui est la mesure de ce qui est juste, vrai et bon. Méditez la Parole de Dieu! Découvrez l’intérêt et l’actualité de l’Evangile. Priez!

 « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34). Là est le testament de Jésus et le signe du chrétien. Là est la véritable révolution de l’amour!

Et donc, le Christ vous invite à faire comme lui, à accueillir sans réserve l’autre, même s’il est d’appartenance culturelle, religieuse, nationale différente. Lui faire une place, le respecter, être bon envers lui, rend toujours plus riche d’humanité et fort de la paix du Seigneur. Je sais que beaucoup parmi vous participent aux diverses activités promues par les paroisses, les écoles, les mouvements, les associations.

La fraternité est une anticipation du ciel! Et la vocation du disciple du Christ est d’être « levain » dans la pâte, comme l’affirmait saint Paul: « Un peu de levain fait lever toute la pâte » (Ga 5,9).

Soyez les messagers de l’Evangile de la vie et des valeurs de la vie. Résistez courageusement à tout ce qui la nie: l’avortement, la violence, le refus et le mépris de l’autre, l’injustice, la guerre.

Vous répandrez ainsi la paix autour de vous. Est-ce que ce ne sont pas les « agents de paix » que nous admirons finalement le plus?

N’est-ce pas la paix ce bien précieux que toute l’humanité recherche?

N’est-ce pas un monde de paix qu’au plus profond nous voulons pour nous et pour les autres ?

« Salami Outikom » ["Je vous donne ma paix"] a dit Jésus. Il a vaincu le mal non par un autre mal, mais en le prenant sur lui et en l’anéantissant sur la croix par l’amour vécu jusqu’au bout.

Découvrir en vérité le pardon et la miséricorde de Dieu, permet toujours de repartir pour une nouvelle vie. Il n’est pas facile de pardonner. Mais le pardon de Dieu donne la force de la conversion, et la joie de pardonner à son tour. Le pardon et la réconciliation sont des chemins de paix, et ouvrent un avenir.

 Benoit XVI, 19 sept 2012, aux Jeunes du Liban.

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Le courage d'avoir peur (V)

8 Octobre 2012, 02:56am

Publié par Fr Greg.

 

 

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3. Dans l'âme, le désespoir. - Non pas le désespoir d'être condamné par Dieu, mais de se condamner soi-même en se voyant incapable de la confiance qui nous sauverait.

Il faut passer par un tel désespoir atténué pour que meurent les racines orgueilleuses qui sont à sa source. Le salut n'est pas offert à notre orgueil, mais à notre âme d'enfant. Pour que la confiance s'épanouisse (cette confiance qui gémit dans les douleurs de l'enfantement), il faut que meure tout orgueil._ et l'orgueil meurt en désespérant. Il n'a rien d'autre à faire, il ne faut rien souhaiter d'autre pour lui.

Mais il faut souhaiter qu'en désespérant, il n'entraîne pas l'enfant de Dieu dans son naufrage. C'est pourquoi Dieu procède avec une telle délicatesse...

Notre situation est comparable à celle d'un pays infesté de brigands. Les brigands sont nos péchés, éventuellement nos vices, plus profondément la part d'orgueil qui se mêle à notre vertu elle-même et qui veut farouchement être quelque chose.

A cause des brigands, le pays a bien du mal à vivre. La circulation n'est pas sûre, les échanges difficiles, la vie culturelle, les joies de la famille et de l'amitié ne s'épanouissent pas. C'est la situation combien décrite par les psychiatres et violemment criée par les poètes : l'homme est un loup pour l'homme, on ne communique pas, il n'y a pas d'amour heureux.

Le peuple apprend qu'aux frontières règne un roi merveil­leux doté d'une armée puissante. Dans son désespoir, il lance un appel au roi, qui franchit la frontière avec son armée. A peine a-t-il paru que les brigands vont se cacher au plus pro­fond des forêts et des grottes. Le pays respire, la vie reprend, le roi occupe ses bonnes villes : c'est le fruit de notre don absolu à Jésus-Christ.., notre coeur se remet à vivre, nos qualités s'épanouissent, nous connaissons la joie et la paix.

En réalité nous sommes loin de compte, et notre idéal est bien médiocre. Ce que nous appelons la paix c'est plutôt un compromis, un dosage entre le bien et le mal (nommé

équilibre » !). Nous rêvons de « coexistence pacifique » entre le vieil homme et le nouveau, notre coeur de pierre et notre coeur de chair, l'orgueil et l'esprit d'enfance : « Ce n'est pas brillant, mais enfin on s'entend encore à peu près. Il ne faut pas trop en demander ! »

Mais le Christ n'est pas venu pour cela : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne... » Le monde la donne par mode de compromis : le Christ veut nous la donner par l'extinction de tout ce qui menace la circulation de l'Amour.

Alors le roi dit un jour : « Quand je suis venu, il y avait des brigands dans ce pays. Que sont-ils devenus ? - Seigneur, ils se cachent, ils dorment, ils sont neutralisés... - Point du tout : il faut en finir. Je vais les poursuivre et les exterminer. - ! Mais vous allez les réveiller ! ce sera encore la guerre...- Je ne suis pas venu vous apporter la paix (selon votre idée), mais une guerre d'extermination contre tout ce qui menace ma Paix. Toute créature doit être salée par le feu, et je suis venu jeter ce feu sur la terre. »

C'est donc le roi lui-même qui déchaîne les brigands que sa présence avait endormis. Il ne faut pas s'étonner si d'étranges tentations se soulèvent dans nos cœurs et dans nos corps après de longues années passées au service du Christ : réveil de fièvres endormies, ou même éclosion de fièvres inconnues. C'est le Saint-Esprit qui provoque ces fièvres lorsque notre heure est venue. Il faut savoir cela, il faut comprendre que c'est normal, car nous portons en nous des choses dangereuses.

Méditez l'Epître aux Romains : « Je sens deux hommes en moi » - mais ne croyez pas que ce soit là un état définitif ! Beaucoup s'imaginent que l'idéal de la vie chrétienne, c'est d'éviter que le vieil homme fasse des siennes. Il y a beaucoup plus à espérer : c'est qu'il meure. Dans les épîtres pastorales, Paul ne dit plus la même chose, mais : « J'ai combattu le bon combat, ma course est consommée, j'attends la couronne de justice. » Tant que nous sentons deux hommes en nous, nous ne sommes pas complètement sauvés.

Après plusieurs années de vie chrétienne ou religieuse, nous atteignons un certain plafond que nous ne pourrons jamais dépasser par nous-mêmes. Nous faisons des progrès, mais à l'intérieur de limites étroites. Nous en arrivons alors à la coexistence pacifique dont je parlais : par nous-mêmes, je le répète, nous ne pouvons rien faire de plus. Mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu, et nous n'avons pas le droit d'en douter.

Alors, si nous le croyons vraiment, nous pouvons encore faire une chose. Nous pouvons dire à Dieu : « J'accepte le traitement »... et signer notre feuille d'hospitalisation - notre entrée dans le monastère des purifications passives. Alors là, Dieu sait comment faire. Il nous donne le Sang du Christ, lequel a le pouvoir d'opérer le miracle de notre sanctification totale, de faire de nous des êtres qui, même dans leurs premiers mouvements, n'offrent aucune résistance profonde à la volonté de Dieu : ce sont les saints. Tout ce qu'Il nous demande, c'est d'y croire et de le désirer.


Marie Dominique Molinié, Le courage d'avoir peur 

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Celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas

7 Octobre 2012, 01:57am

Publié par Fr Greg.

 

 

"Je dois donc me supporter telle que je suis, avec toutes mes imperfections"

Saint Thérèse de Lisieux, Manuscrit C

 

"Puisqu'il est avec nous dans nos jours de faiblesse n'espérons pas tenir debout sans l'appeler"

Hymne Laudes, vendredi 3e semaine

 

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Je voudrais dire une chose, une seule chose, je voudrais la clamer, la chanter, la crier, pour qu'elle puisse enfin être ENTENDUE. Nous connaissons cette chose, nous l'enseignons mais nous ne semblons pas la laisser bouleverser nos vies tant nous vivons loin de cette bonne nouvelle. Cette chose est infiniment simple. Elle ne demande aucune érudition pour être comprise, aucun effort pour être atteinte. Elle ramasse toute la foi chrétienne.


Qu'elle est donc cette chose qui fait que nous sommes des saints hommes ?  Ma réponse peut vous étonner : vivre avec perfection nos imperfections. Notre perfection - il faut des yeux de Pâques pour saisir cela - se conjugue à l’imparfait.  Se vit à l'imparfait. Nous sommes parfaitement imparfaits. Au lieu de nous tourmenter par nos imperfections, il faudrait s'en réjouir. C'est François de Sales qui affirmait dans sa vie dévote qu'il adressait aux gens ordinaires : Nos chères imperfections sont un chemin pour accueillir celui qui est parfait. Il ajoute : nous avons perpétuellement besoin du lavement des pieds car nous marchons dans la poussière.   


Maurice Bellet écrit en se référant à l'épitre aux Romains que la foi chrétienne commence quand je n'ai plus à me tourmenter de mon impuissance, que je n'ai plus à m'enrager de mes faiblesses, que je n'ai plus à me tendre dans une raideur désespérée pour me rendre conforme à ce qu'il faudrait que je sois pour que Dieu me regarde. La foi chrétienne, c'est la certitude que Dieu lui-même vient pour me transformer, transformer mes démons en diables de papier et faire de ma faute cette vieille peau morte qui tombe au lever du jour (Maurice Bellet, La rage de la perfection).


Thérèse de l’enfant Jésus, la chercheuse de Dieu, fait de ses faiblesses le coeur de sa petite voie. J'ai le droit sans offenser le bon Dieu de faire des petites sottises jusqu'à ma mort. Voyez les petits enfants, ils ne cessent de casser, de déchirer, de tomber tout en aimant leurs parents (JEV 120)


Le bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c’est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections, mais je veux chercher le moyen d‘aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d’inventions, maintenant ce n’est pas la peine de gravir les marches d’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi, je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection (Ms C 2v).


Et si cette réflexion de Thérèse de Lisieux ne vous convient pas, retenez celle de saint Bernard : Ô bienheureuses faiblesses que la puissance de Dieu vient combler! Qui m’accordera non seulement d’être faible mais aussi de perdre tout ce qui fait ma force, voire de me perdre, pour être restauré par la puissance du Seigneur tout-puissant. Cette puissance se manifeste pleinement dans ma faiblesse (2 Co 12, 4). Quand je suis faible, c’est donc que je suis fort et puissant (2 Co 12, 10(Sermon sur le Cantique des Cantiques).

http://geraldchaput.homily-service.net

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Le courage d'avoir peur (IV)

6 Octobre 2012, 02:54am

Publié par Fr Greg.

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2. Dans les nerfs, la folie. - Ce résultat n'est pas un effet direct de l'invasion de l'amour de Dieu, mais au contraire de la défense que lui oppose notre organisme tant qu'il n'a pas été purifié.


C'est pourquoi j'ai dit qu'il serait l'effet d'une invasion imprudente de la vie divine - tout comme l'invasion de la lumière du jour dans une rétine habituée pendant des mois à l'obscurité d'une grotte serait intolérable pour celle-ci et la rendrait aveugle. Je précise donc dès maintenant que les saints, dès ici-bas, ne connaissent plus ce danger, parce que l'amour de Dieu lui-même a immunisé progressivement leurs nerfs provoquant une série de réactions « atténuées » qui éteignent doucement la fièvre provoquée par cette invasion.


L'amour de Dieu agit exactement comme un virus : ce n'est pas le virus qui donne la fièvre, mais la défense de l'organisme contre lui. L'amour de Dieu nous donne la fièvre parce que notre être se défend contre lui. Nous n'y pouvons rien, il n'y a pas de bonne volonté qui puisse empêcher cela, et si Dieu entrait sans précaution, ce serait une telle fièvre dans nos nerfs qu'ils exploseraient. Il y a en nous des réflexes, des « complexes », des nœuds affectifs, tissés par nos péchés passés, par ceux de nos éducateurs (la psychanalyse trouverait place ici), et en général par le monde qui nous entoure - tout cet ensemble se dresse contre Dieu désespérément (c'est bien le mot), à chaque fois qu'Il essaie d'entrer, qu'il se tient à la porte et qu'Il frappe. Comment voulez-vous dire Fiat si vos complexes ne sont pas liquidés et vos nerfs nettoyés : vous aurez peur, vous n'arriverez pas à faire confiance aveuglément, aisément, souplement, comme le Saint-Esprit en a besoin.


A ce propos de la peur, il faut bien voir la différence entre les saints et nous. Les saints ont peur de la mort et de ce qui donne la mort, autant et plus que nous - mais ils n'ont pas peur de la vie parce qu'ils n'ont plus peur de Dieu. C'est presque la définition d'un saint. Du même coup ils n'ont pas peur des épreuves, parce qu'ils y voient la main de Dieu en qui leur confiance est aveugle : et par conséquent, en fin de compte, ils n'ont pas peur de la Croix, et ainsi ils n'ont peur de rien. Ils ont peur de la mort en elle-même, ils ont peur du démon en lui-même beaucoup plus que nous, parce qu'ils le connaissent mieux que nous et le sentent mieux que nous : mais ils n'ont pas peur des affrontements que Dieu leur propose avec ces réalités, parce que leur confiance est facile. Alors ils portent la Croix, tandis que nous la traînons, parce que nous ne sommes pas réconciliés avec Dieu dans nos nerfs : le poids de Dieu nous accable au lieu de nous soulever.


Et je dis que sans précaution cela produirait la folie. On sait que Pavlov provoquait une névrose chez les chiens en leur présentant un signe évoquant pour eux à la fois de la viande et des coups de bâton - plus subtilement, il y avait deux signes voisins se rapprochant jusqu'à devenir indiscernables : à ce moment, les nerfs du chien explosent. Et bien, l'amour de Dieu imprudemment inoculé produirait en nous la même explosion, parce qu'il déchaînerait à la fois le désir et la peur à un degré insoutenable.


L'amour de Dieu déchaîne le désir, non seulement le désir de l'âme mais celui du corps, avide de partager la béatitude de l'âme. Une fois soulevé par cette ardeur, le corps réagit selon son mode propre.


L'amour de Dieu déclenche ainsi, en même temps que le désir, une série de réflexes qui font obstacle à l'union : toutes les avidités qui exigent au lieu de supplier, les révoltes et les impatiences... et par-dessus tout la peur - parce que ces forces sont incompatibles avec la pureté de Dieu, elles se sentent rejetées et condamnées par cette pureté.


Ainsi peut-on dire que l'amour de Dieu provoque la peur de Dieu : il va chercher les régions obscures de notre subconscient, il étale au grand jour leur noirceur. L'âme se rend compte qu'un seul acte de confiance suffirait pour la sauver et l'unir à Dieu, mais le désir même qu'elle en a, soulève des forces inquiétantes qui empêchent cet acte de confiance. Il en résulte un affolement plus ou moins grand, caractéristique des purifications passives.


La source d'eau-vive est à la portée de nos lèvres, il suffirait d'y boire pour que la montagne de nos péchés disparaisse dans l'océan de la Miséricorde, mais l'émoi que le désir provoque tétanise le mouvement qu'il faudrait faire, et provoque une crampe affolante (dont les crampes de Jésus sur la Croix ont voulu être le reflet).


Un être ainsi lucide voit très bien que l'obstacle n'est pas son indignité, car il voit que Dieu lui pardonne tout et lui offre tout : mais c'est lui qui n'a pas confiance et n'arrive pas à se jeter dans les bras de Dieu. H voit que le plus grand pécheur est pardonné totalement dès qu'il s'effondre comme un enfant, il comprend les paraboles sur l'enfant prodigue et les ouvriers de la dernière heure : mais cet acte d'abandon, il ne peut pas le faire, ses nerfs paralysent l'élan de confiance aveugle que désespérément il voudrait avoir. Mors, au moment même où il désire tant se jeter dans le cœur de Dieu, il éprouve à son paroxysme la tentation de la révolte et la peur d'y succomber.


Voila ce qui se produirait si l'amour de Dieu nous envahissait sans précaution. Et c'est aussi, finalement, ce qui se produit un peu à chaque fois qu'avec la douceur de la colombe et la prudence du serpent il essaie de nous habituer progressivement à cette invasion, en procédant par petites touches destinées à nous vacciner contre ces « réactions de rejet ». Mais plus il y va doucement, plus c'est long. Normalement, le traitement demande des années.., toute la vie peut-être si nous ne sommes pas prédestinés à connaître la guérison totale avant la mort... ou si notre liberté ne permet pas à Dieu d'aller plus vite.


Car notre liberté joue un grand rôle dans cette affaire. Non pas celui que notre vieil homme et nos illusions voudraient avoir : remplacer l'action de Dieu ou nous en dispenser par quelque générosité « héroïque » prétendant produire l'acte de pure confiance avant d'en être réellement capables. Le rôle de la liberté, c'est de s'offrir intelligemment, dans une imperfection acceptée, aux initiatives et aux invasions de l'Esprit-Saint, de façon à Lui permettre de nous envahir à son rythme, ni trop vite ni trop lentement. Nous aurons à dire ce que. cela entraîne, mais le premier effort est peut-être de comprendre de quoi il s'agit afin d'y mieux consentir.


Le risque que nous courons, en effet, c'est de ne pas être entièrement purifiés à l'heure de notre mort (celle-ci étant incluse dans le traitement) : c'est à ce moment-là que par notre faute - la faute précise de n'avoir pas su comprendre la Miséricorde au point de bien collaborer avec elle - nous ferons du Purgatoire. Thérèse a compris à quel point Dieu désire nous éviter cela : par conséquent nous pouvons l'éviter si d'abord nous y croyons.

 

MD Molinié, le courage d'avoir peur.

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Le courage d'avoir peur (III)

4 Octobre 2012, 02:49am

Publié par Fr Greg.

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La mort, la folie, le désespoir

 

Les Israélites le savaient très bien, ils avaient ce sens : « J'ai vu Dieu, je vais mourir »... C'est dangereux parce que c'est trop intense, c'est trop fort. Dieu Lui-même n'y peut rien.

 

Ou plutôt, Il y peut quelque chose mais, du moment qu'Il a consenti au péché de l'homme, Il a consenti à ce qu'Il ne puisse s'engouffrer en nous sans précaution.

Cela produirait trois effets : dans le corps, la mort ; dans les nerfs, la folie ; dans l'âme, le désespoir. Voilà ce que veut dire être ennemi de Dieu : notre être réagit à l'approche de Dieu comme à l'approche d'un ennemi, c'est irrésistible, et encore une fois Dieu n'y peut rien, et notre bonne volonté non plus. Tout ce que Dieu peut faire (avec notre bonne volonté), c'est d'y aller doucement et de provoquer en nous des réactions « atténuées » (au sens médical) qui nous vaccinent peu à peu, ou plutôt qui estompent progres­sivement, jusqu'à leur disparition totale, les réactions de rejet de notre être contre la greffe divine.

Reprenons les trois points :

 

1. Pour le corps, la mort. - « Le dernier ennemi vaincu sera la mort. » Nous sommes condamnés à mort : les saints n'y échappent pas, mais ils meurent d'amour - l'amour de Dieu, après avoir détruit les résistances de leur être, détruit finalement ce vase de terre incapable de supporter la gloire de l'âme.


Au temps de Thérèse, on désirait beaucoup dans son milieu « mourir d'amour», ou du moins dans un acte délicat auquel on essayait de s'entraîner. En vérité, il y a pour mourir d'amour une seule condition, c'est d'être un saint. Les saints meurent d'amour parce que notre corps d'argile ne peut supporter une trop forte dose de vie divine. La Sainte Vierge et le Christ sont à ce sujet l'exception miraculeuse qui confirme la règle. Bossuet le dit fort bien à propos de l'Assomption : ce ne fut pas un miracle, mais la fin du miracle qui permettait à la Sainte Vierge de ne pas être brûlée par ce feu dévorant...


 

Ce poids d'amour excessif qui déchire l'enveloppe du corps n'empêche pas la maladie : elle la provoque au con­traire, tout en offrant au corps une force de résistance indéfinie contre les menaces naturelles de corruption. Ce double effet relève d'un unique mystère : les prémices de la gloire (plus précisément le germe de la gloire) fortifient déjà le corps contre ses ennemis naturels, tout en provoquant peu à peu sa dissolution - ce qui revient à dire en fin de compte que notre corps de mort fait partie des ennemis naturels s'op­posant à l'expansion du corps glorieux dont nous portons le germe depuis le baptême. « Au fur et à mesure que l'homme extérieur se décompose, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour » : le sacrement des malades est le signe efficace de ce mystère, c'est pourquoi il guérit autant qu'il aide à mourir - dans les deux cas, il est le canal de la gloire triomphant de la corruption.

 


A la Résurrection, notre corps sera fait sur mesure pour supporter la gloire de l'âme. En attendant, l'invasion de l'Amour est un péril de mort même pour les saints, car c'est une vie infinie qui fait irruption dans un vase d'argile inapte à la supporter.

 

MD Molinié, le courage d'avoir peur.

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Hommage à nos troupes !

3 Octobre 2012, 00:35am

Publié par Fr Greg.

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Le courage d'avoir peur (II)

2 Octobre 2012, 01:43am

Publié par Fr Greg.

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L'implacable Amour

 

 

Ceux qui s'offrent à la Miséricorde (pensez à l'acte d'offrande de Thérèse de l'Enfant-Jésus) savent que Dieu ne leur demande aucune expiation : Il leur a déjà tout pardonné, Il leur demande seulement de se laisser brûler par la Miséricorde. Cela reste douloureux, mais dans un climat de Miséricorde et non de justice.


Ce qui est étrange, ce que nous avons beaucoup de mal à comprendre, c'est que nous puissions être pardonnés, totalement pardonnés, réconciliés avec Dieu... et avoir encore besoin de subir un traitement douloureux.

 

En effet, même réconciliés nous sommes longtemps incapables de supporter l'invasion excessive de l'amour. C'est comme un estomac trop longtemps vide qu'il faut réalimenter par étapes, ou comme des yeux habitués à l'obscurité des grottes : pour remonter à la surface, cela ne se fait pas tout seul, et malgré toutes les précautions c'est très douloureux.

Ce n'est donc pas seulement une question de justice ou de satisfaction Un pécheur qu'on vient de baptiser va directement au ciel s'il vient à mourir dans cet état. Il peut même devenir un grand saint, franchissant en quelques instants les étapes qui mènent à la perfection, et mourant de contrition comme la pécheresse dont parle beaucoup Thérèse, la nuit même de sa conversion. Mais s'il n'en meurt pas, l'amour de cet homme reste faible : c'est la plus petite de toutes les graines qui composent sa psychologie, et il ne peut accueillir l'amour de Dieu qu'a très petite dose. Si Dieu veut qu'il grandisse en restant sur la terre, il va y avoir nécessairement un combat douloureux entre la vie divine de cet homme et « la vie de péché » dont parle S. Paul. Il va se découvrir incapable, à cause de tout son être (ce que S. Paul appelle son corps de mort), de poser les actes de confiance que l'amour l'invite à poser d'une manière de plus en plus pressante (la chanté de Dieu nous presse). Pour poser un acte humain, aussi spirituel qu'on voudra, l'homme a besoin de tout son être, âme et corps. Un aliéné au sens fort du terme ne peut plus poser d'actes humains, parce que son âme est prisonnière de son corps détraqué (il peut être en état de grâce, mais on peut se demander s'il peut poser des actes de vie théologale, parce que ce sont aussi des actes humains). Je parle ici en faisant abstraction des éclairs de lucidité, pendant lesquels cet homme peut avancer à une vitesse foudroyante - ou bien dans l'hypothèse (plus théorique que réelle) où il n'y aurait pas d'éclairs de lucidité.

La folie (ou plus précisément la psychose) est d'ailleurs un mystère sur lequel il y aurait bien à dire, et dont je me réserve de parler un jour. L'antipsychiatrie pressent que les psychotiques auraient beaucoup à nous apprendre, mais cette discipline se meut dans des ténèbres aussi étouffantes que celles de la psychiatrie classique. Un psychotique est un homme qui subit sans défense les contrecoups du désaccord entre son âme et Dieu, et traverse ainsi un Purgatoire difficile à déchiffrer pour nous. Un névrotique se protège par des défenses rigides contre les effets du même désaccord. Un saint frôle la psychose parce qu'il ne se défend pas non plus... mais il n'y a plus de désaccord entre lui et Dieu.


Ainsi donc, nous pouvons avoir envie de dire Fiat à la volonté de Dieu (une envie dévorante venant du Saint-Esprit), tout en étant incapables de laisser sortir ce Fiat, parce que notre coeur est ennemi de Dieu malgré nous, et que pour le moment nous n'y pouvons rien. La grâce sanctifiante nous rend dignes de la vision face à face... et cependant nous ne sommes pas capables de faire face à l'Esprit-Saint, nous ne pouvons pas supporter que la vie divine s'engouffre en nous sans mesure avant d'avoir été purifiés.



Ce n'est pas la faute de Dieu qui nous punirait, et ce n'est pas non plus notre faute (ou ce ne l'est plus), mais c'est comme cela : « Le bien que je veux faire, je ne le fais pas - l'esprit est prompt, mais la chair est faible. » Nos désirs sont sans limite, ils s'élancent vers Dieu parce qu'ils viennent de Dieu... mais notre chair ne peut pas suivre parce qu'elle est trop lourde - lourde de nos péchés passés, des péchés du monde qui nous entoure et spécialement de ceux dont nous portons l'atavisme. La chair, ce n'est pas seulement ce qu'on appelle les péchés de la chair, c'est quelque chose qui ne sait pas réagir avec confiance aux appels de Dieu.

 

Dieu est un feu dévorant, un buisson ardent. On pourrait écrire, partout où il y a la Présence réelle : Haute tension, danger de mort...

MD Molinié, le courage d'avoir peur.

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Le courage d'avoir peur (I)

30 Septembre 2012, 02:38am

Publié par Fr Greg.

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Il n'y a pas de péché grave sans orgueil -l'orgueil de la vie, la volonté d'affirmer nos exigences-. Les fautes inquiétantes sont celles qui durent, auxquelles on est attaché, les fautes qu'on a tendance à justifier. Dans ces fautes-là, il y a toujours de l'orgueil.

 

Quand il s'agit de l'orgueil, on se trompe sur le but. Pour être délivré de cet aveuglement, il ne s'agit plus de lutter ou de se dominer mais de se convertir. Le problème n'est plus de progresser, mais de virer de cap, « renverser la vapeur ».


La grâce de la conversion n'est pas d'abord une grâce de force mais de lumière - une lumière que nous ne pouvons pas fabriquer nous-mêmes. Dieu ne nous demande pas de la fabriquer mais de l'accueillir, et pour nous y disposer de l'attendre avec désir : telle est la fidélité de ceux qui veillent en attendant la visite du Maître. Nous obtiendrons la grâce de cette visite dans la mesure où nous accepterons d'en avoir besoin, de plus en plus douloureusement.

Quand Marie-Madeleine a vu le Christ, elle a compris ce qu'elle avait fait. Sa vue du monde a changé en un instant. Cela ne se produit pas à notre gré : tout ce que nous pouvons faire, c'est de gémir, de prier, d'invoquer l'Esprit-Saint.


Regardez Pierre. Chaque fois qu'il était question de la Croix, il disait : « Cela ne se passera pas comme ça ! » Il n'avait qu'un moyen de se convertir, c'était de trahir le Christ. Vous pensez bien que ce n'était pas lui qui pouvait inventer cela... Vous voyez ici comment l'orgueil se glisse dans les œuvres bonnes. C'était très bien de vouloir défendre le Christ contre les Pharisiens - mais l'orgueil se glissait là-dedans... Le Christ permet alors que Pierre fasse une grosse faute visible à l'œil nu. Au début, il n'y a rien compris ; cette trahison inconcevable, il ne s'en rendait même pas compte : il était le jouet de Satan. Alors là, regardez bien le miracle de la grâce. Pierre est en train de renier Jésus avec la plus parfaite conviction.., rien ne pouvait plus l'arrêter, si ce n'est une lumière à laquelle il ne se préparait nullement. Jésus le regarde : sa vue du monde change - le monde est renversé, tout s'effondre. Il ne dira plus : « Je mourrai pour toi » - à peine osera-t-il dire, le cœur douloureux : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime. »


Extraordinaire exemple de ce qu'on peut appeler les purifications passives. Toute conversion est essentiellement passive : c'est une grâce qui fond sur nous, une lumière imprévue et imprévisible par laquelle on se laisse prendre jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit. On est retourné : c'est un vrai miracle à chaque fois. Les larmes que cela provoque sur les péchés passés ne sont plus des inquiétudes ou des craintes. On voit qu'on a refusé l'Amour, et que ce même Amour s'offre à nous de nouveau, plus que jamais. On s'est préféré à Dieu, on a le cœur brisé. Toutes les fois que cela arrive, même au plan du péché véniel, au bout du chemin ce sont les mêmes larmes.

 

La conversion suppose notre consentement, mais c'est tout de même quelque chose qu'on subit et non qu'on fabrique, parce que c'est l'axe de notre vie qui change. Par nous-mêmes, nous ne pouvons pas aller jusque-là, nous pouvons améliorer les moyens, nous ne pouvons pas améliorer le but.

MD Molinié, le courage d'avoir peur.

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Pour moi tu es belle...

29 Septembre 2012, 02:25am

Publié par Fr Greg.

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Une histoire du mal...

28 Septembre 2012, 00:15am

Publié par Fr Greg.

NO COUNTRY FOR OLD MEN

 

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"Il n’y a pas de lieu pour les vieux hommes, pas de pays pour reposer en paix."

 

Le Mal est dans notre monde et c’est la vanité et la gourmandise des hommes qui le déclenche et l’appelle.

Ce film a quelque chose d’une version moderne du film « Le bon, la Brute et le Truand » de Sergio Leone. Le sheriff est le bon, Anton Chigurh la brute (un homme de parole qui poursuit ce qu'il a décidé, logique avec lui, sans que le réel n'est de prise sur lui), et Llewelyn Moss le truand, petit profiteur, toujours attiré par l’argent et qui se prend pour un dur.


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Mais ce film décrit et montre, à travers le personnage d’Anton Chigurh, à la question du Mal. Anton en est son incarnation, sa présence sur Terre. Le Mal tue tous ceux qui l’empêchent d’arriver à ses fins : soit des obstacles directs, soit des collatéraux ( le type en début de film tué pour sa voiture).


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Et ce mal est là où les hommes sont pris par leur quête idiote de vanités matérielles (la drogue, l’argent). Llewelyn Moss incarne ainsi chacun avec ses petites gourmandises aux conséquences immenses ! Car le Mal ne dévie jamais, il est insensible à la raison et aux arguments. Il tue parce qu’il l’a promis, il ne dévie jamais de sa route, il se tient aux règles qu’il a fixé. Si on nous le montre après l’accident c’est pour enfoncer le clou : une chemise contre de l’argent, toujours la même constance, la même logique imparable : le Mal quel que soit sa nuisance a ses principes sur lesquels la raison ou les sentiments n’ont pas de prise. Ce que l’on prend pour de la folie s’avère être un comportement suivant une logique interne imparable. Si on voit le Mal quitter la scène sans être inquiété c’est qu’il ne peut être vaincu, quoi que fassent les hommes, ils ne peuvent faire dévier le Mal de sa trajectoire : on ne peut éradiquer le Mal.

 

Lorsqu’on voit le tueur partir, on sent que les deux gosses commencent à s’entredéchirer pour un billet. Donc même si le mal part sans tuer ceux qu’il rencontre, il laisse de toute façon derrière lui le chaos : chaque rencontre avec le mauvais engendre le désordre et nuit irrémédiablement.

  

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Le monologue en début de film et au final du sheriff l’inscrit en héros désenchanté, en observateur du monde ; il est la présence de l’homme qui pâtit du mal sans pouvoir rien faire : il rêve de son père mais ce dernier passe devant lui sans le reconnaître, un peu comme pour lui dire qu’il est encore trop tôt pour qu’il quitte ce monde. Ce rêve est là pour lui dire que même dans les endroits les plus sombres (la montagne noire du rêve) on trouve une lueur d’espoir, souvent à travers quelqu’un qu’on aime.

 

Le plan final -le shérif discute avec son épouse en buvant un café, sans musique de fond- semble montrer qu’on ne peut rien faire face au mal qui s’abat, comme si on était dans une lutte qui nous dépasse…

 

Face à la présence du mal 

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Anton Chigurh est source de toute violence, parce qu’il l’a décidé et il tue tous ceux qui lui disent qu’il est fou : ce qu’il a pensé est la mesure de tout ce qui existe : l’orgueil absolu, implacable, silencieux, rusé, fascinant, puissant, efficace, arrivant à ses fins, logique et surtout semble être en paix totale en lui-même.

- Llewelyn Moss a peur de la violence, et la fuit. Mais son seul moyen de riposter contre cette violence qui le suit sans cesse, c’est d’utiliser la violence…

- le sheriff ne comprend pas la violence. Il part en retraite, désabusé de constater qu’on ne peut pas revenir sur ce qui est en route : « Dès que la politesse disparaît, le reste suit pas à pas ». Il laisse la violence s’étendre, et ne tente rien pour l’en empêcher : il laisse les Mexicains se barrer.

 

Chercher à connaitre le mal c’est l’appeler.

Une chose détermine ou non la survie des personnes qui croise Anton Chigurh… c’est le regard que ces futures victimes porte sur sa personne. Le fait même de voir le Mal en action, les condamne (contrairement à la femme du bungalow, qui ne se soucie guère des requêtes d’Anton Chigurh). Regarder le tueur et soupçonner sa nature c’est se condamner à en devenir la victime. Les seuls personnages du film qui s’en sortent sont ceux qui n’ont pas vu le mal : les 2 gosses n’y ont vu qu’une victime d’un accident de la route, la gérante y a vu un petit emmerdeur mais pas plus.


Une présence du mal qui se révèle toujours plus implacable

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Le sheriff ouvre le film en parlant de ses aïeux, de la violence « d’avant », qui semble contraire à celle « d’aujourd’hui » qui est totalement détachée, abstraite, gratuite. Le sheriff est là pour observer ce changement, se rendre compte qu’il ne comprend plus, qu’il est « submergé ». Lui qui est le symbole de la loi et de l'ordre, ne peut plus que subir cette présence du mal qui s'impose !

Dans le dialogue avec « l’homme aux chats », on lui rappelle que cette violence incompréhensible a toujours fait partie du monde, et que c’est le recul fourni par l’âge qui lui permet de la voir dans son époque. Cette violence, ce Mal, trouve son origine dans l’observation conférée par les années : or de cette incompréhension nait le dégoût, l’envie de se retirer, de disparaître. D’où le titre : « il n’y a pas de pays pour les vieux hommes », car ils prennent conscience du Mal qui ronge l’humanité dans son intégralité et non un pays et une époque donnée.


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D’où cette conclusion du sheriff : « Ça m’a amené à un moment de ma vie auquel j’aurais jamais pensé que j’arriverais un jour. Y a quelque part un prophète de la destruction bien réel et vivant et je ne veux pas avoir à l’affronter. Je sais qu’il existe. J’ai vu son œuvre. Je me suis trouvé une fois en face de ces yeux-là. Et je ne recommencerai pas. »

Fr G.

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Découvrir Philippe Muray

27 Septembre 2012, 02:55am

Publié par Fr Greg.

 

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Transparence! Le mot le plus dégoûtant en circulation de nos jours!

26 Septembre 2012, 02:42am

Publié par Fr Greg.

 

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... Dura lex, sed tex! Il y a des soirs où la télé, pour qui la regarde avec la répugnance requise, ressemble à une sorte de foire aux lois. C'est le marché des règlements. Un lex-shop à ciel ouvert. Chacun s'amène avec son brouillon de décret. Faire un débat sur quoi que ce soit, c'est découvrir un vide juridique. La conclusion est trouvée d'avance. "Il y a un vide juridique!" Vous pouvez fermer votre poste. Le rêve consiste clairement à finir par interdire peu à peu, et en douceur, tout ce qui n'est pas encore absolument mort. "Il faut combler le vide juridique!" Maintenant, l'obsession pénaliste se réattaque de front au plaisir. Ah! ça démangeait tout le monde, de recriminaliser la sexualité! En Amérique, on commence à diriger vers des cliniques spécialisées ceux à qui on a réussi à faire croire qu'ils étaient des addicts, des malades, des espèces d'accros du sexe. Ici, en France, on a maintenant une loi qui va permettre de punir la séduction sous ses habits neufs de "harcèlement". Encore un vide de comblé! Dans la foulée, on épure le Minitel. Et puis on boucle le bois de Boulogne. Tout ce qui se montre, il faut l'encercler, le menotter de taxes et décrets. A Bruxelles, de sinistres inconnus préparent l'Europe des règlements. Toutes les répressions sont bonnes à prendre, depuis l'interdiction de fumer dans les lieux publics jusqu'à la demande de rétablissement de la peine de mort, en passant par la suppression de certains plaisirs qualifiés de préhistoriques comme la corrida, les fromages au lait cru ou la chasse à la palombe. Sera appelée préhistorique n'importe quelle occupation qui ne retient pas ou ne ramène pas le vivant, d'une façon ou d'une autre, à son écran de télévision : le Spectacle a organisé un nombre suffisant, et assez coûteux, de distractions pour que celles-ci, désormais, puissent être décrétées obligatoires sans que ce décret soit scandaleux. Tout autre genre de divertissement est un irrédentisme à effacer, une perte de temps et d'audimat.


... Toutes les délations deviennent héroïques. Aux Etats-Unis, pays des lawyers en délire, les homosexuels de pointe inventent l'outing, forme originale de mouchardage qui consiste à placarder à tour de bras des photos de types connus pour leur homosexualité " honteuse ", avec la mention " absolute queer " (parfait pédé). On les fait sortir de leur secret parce que ce secret porte tort, dit-on, à l'ensemble du groupe. On les confesse malgré eux. Plus de vie privée, donc plus d'hypocrisie.


Transparence! Le mot le plus dégoûtant en circulation de nos jours! Mais voilà que ce mouvement d'outing commence à prendre de l'ampleur. Les chauves s'y mettent, eux aussi ils affichent à leur tour des portraits, des photos de célébrités qu'ils accusent de porter des moumoutes (pardon, des " compléments capillaires") ! On va démasquer les emperruqués qui ne s'avouent pas! Et pourquoi pas, après ça, les porteurs de fausses dents, les bonnes femmes liftées, les cardiaques à pacemakers? L'ennemi héréditaire est partout depuis qu'on ne peut plus le situer nulle part, massivement, à l'Est ou à l'Ouest. 


... " Le plus grand malheur des hommes, c'est d'avoir des lois et un gouvernement", écrivait Chateaubriand. Je ne crois pas qu'on puisse encore parler de malheur. Les jeux du cirque justicier sont notre érotisme de remplacement. La police nouvelle patrouille sous les acclamations, légitimant ses ingérences en les couvrant des mots " solidarité ", "justice", "redistribution". Toutes les propagandes vertueuses concourent à recréer un type de citoyen bien dévot, bien abruti de l'ordre établi, bien hébété d'admiration pour la société telle qu'elle s'impose, bien décidé à ne plus jamais poursuivre d'autres jouissances que celles qu'on lui indique. Le voilà, le héros positif du totalitarisme d'aujourd'hui, le mannequin idéal de la nouvelle tyrannie, le monstre de Frankenstein des savants fous de la Bienfaisance, le bonhomme en kit qui ne baise qu'avec sa capote, qui respecte toutes les minorités, qui réprouve le travail au noir, la double vie, l'évasion fiscale, les disjonctages salutaires, qui trouve la pornographie moins excitante que la tendresse, qui ne peut plus juger un livre ou un film que pour ce qu'il n'est pas, par définition, c'est-à-dire un manifeste, qui considère Céline comme un salaud mais ne tolérera plus qu'on remette en cause, si peu que ce soit, Sartre et Beauvoir, les célèbres Thénardier des Lettres, qui s'épouvante enfin comme un vampire devant un crucifix quand il aperçoit un rond de fumée de cigarette derrière l'horizon.


... C'est l'ère du vide, mais juridique, la bacchanale des trous sans fond. A toute vitesse, ce pseudo-monde en perdition est en train de recréer de bric et de broc un principe de militantisme généralisé qui marche dans toutes les situations. Il n'y a pas de nouvelle inquisition, c'est un mouvement bien plus subtil, une montée qui sourd de partout, et il serait vain de continuer à se gargariser du rappel des antiques procès dont furent victimes Flaubert ou Baudelaire : leur persécution révélait au moins une non-solidarité essentielle entre le Code et l'écrivain, un abîme entre la morale publique et la littérature. C'est cet abîme qui se comble chaque jour, et personne n’a plus le droit de ne pas être volontaire pour les grands travaux de terrassement. Qui racontera cette comédie? Quel Racine osera, demain, composer les Néo-Plaideurs? Quel écrivain s'échappera du zoo légalitaire pour en décrire les turpitudes?

 

"Exorcismes Spirituels I" de PHILIPPE MURAY
© 1997 Les Belles Lettres

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Le règne de l'émotion...

25 Septembre 2012, 02:07am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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