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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

«Je suis Charlie» paraît relever à la fois du romantisme, du narcissisme et de l'indécence ! Michèle Tribalat

11 Janvier 2015, 14:13pm

Publié par Fr Greg.

«Je vous prie d’apprécier de manière responsable ce dessin culturellement, ethniquement, religieusement et politiquement correct. Merci.»
«Je vous prie d’apprécier de manière responsable ce dessin culturellement, ethniquement, religieusement et politiquement correct. Merci.»

«Je vous prie d’apprécier de manière responsable ce dessin culturellement, ethniquement, religieusement et politiquement correct. Merci.»

Michèle Tribalat a mené des recherches sur les questions de l'immigration en France, entendue au sens large, et aux problèmes liés à l'intégration et à l'assimilation des immigrés et de leurs enfants. 

 

Le slogan «Je suis Charlie» ou «Nous sommes Charlie» me paraît relever à la fois du romantisme, du narcissisme et de l'indécence. Nous ne sommes pas Charlie pour la bonne raison qu'ils sont morts en raison des risques qu'ils ont pris de continuer à faire leur travail, souvent sous les accusations les plus odieuses de ceux qui ont invoqué le manque de respect, le mauvais goût, l'abus de la liberté d'expression, le racisme ou l'islamophobie… La presse pourrait légitimement arborer ce slogan si, de concert, elle republiait l'ensemble des caricatures qui a valu la mort à ces valeureux caricaturistes. À cette condition seulement.

Il n'est pas inutile de rappeler que Charb était sixième sur la liste des cibles prioritaires dans Inspire du 1/3/2013, le journal d'Al-Qaïda: «Wanted Dead or Alive for Crime Against Islam». Cet avis de recherche lancé par Inspire combinait une liste de noms (avec photo pour les neuf hommes de la liste) et la photo en grand du pasteur Terry Jones, qui s'était vanté d'avoir brûlé le Coran, un revolver en action sur la tempe, sous-titrée d'un «Yes we can» agrémenté du pastiche d'un dicton «A Bullet a Day Keeps the Infidel Away».

Le MRAP qui, dans son tract du 9 janvier, appelle à manifester ce dimanche, s'il s'émeut des assassinats perpétrés à Charlie Hebdo, Vincennes et Montrouge s'inquiète principalement d'une «escalade dangereuse», en raison des réactions violentes qui se sont produites, en les mettant exactement sur le même plan. Elles sont bien évidemment déplorables et doivent être condamnées. Mais elles ne peuvent être comparées aux attentats islamistes qui ont fait 17 morts.

Certes, sur son site, le MRAP dénonce «l'assaut inhumain à la liberté d'expression». Mais, sur la même page figure la justification datée du 11 février 2006 qu'il donnait au procès qu'il avait intenté à France Soir, pour avoir publié le dessin du prophète au turban explosif. D'après le MRAP, ce dessin assimilait musulman à islamiste et à terroriste. Le MRAP n'hésitait pas à faire le parallèle avec les années Trente et voyait dans le dessin «un détournement raciste de la liberté d'expression». Il parlait de piteuse provocation. Il s'agissait là sans doute d'un assaut humain à la liberté d'expression. Si l'on veut disposer d'interprétations un peu plus subtiles de ce dessin, il faut lire les commentaires de Jens-Martin Eriksen et Frederik Stjernfelt dans leur livre Les Pièges de la culture, Les contradictions démocratiques du multiculturalisme, publié chez MétisPresses en 2012.

Combien de politiques qui n'ont aujourd'hui que la liberté d'expression à la bouche, ont, lors de la publication des caricatures danoises, soutenu la liberté d'expression sans restriction, sans invoquer l'esprit de responsabilité, de mesure, de respect, le caractère inopportun ou provocateur des dessins? Beaucoup ont joué la stratégie de l'apaisement. La dénonciation aujourd'hui de l'atteinte à la liberté par la mosquée de Paris et l'UOIF, qui appellent à manifester demain, aurait plus poids si elles n'avaient pas poursuivi Charlie Hebdo en justice alors qu'il exerçait précisément sa liberté. N'oublions pas non plus qu'il s'est trouvé une association musulmane de Seine-Saint-Denis, l'UAM-93, pour demander un vote sur une loi condamnant le blasphème, demande relayée et soutenue par Eric Raoult. Ce que cherche à obtenir sans relâche l'Organisation de la coopération islamique (OCI) aux Nations unies.

Et que dire de l'Union européenne qui a abandonné le Danemark en rase campagne quand celui-ci devait faire face à la rage orchestrée contre lui en 2005-2006? Flemming Rose (qui a eu été à l'origine de la publication des caricatures dans le Jyllands-Posten) raconte, dans son livre Tyranny of Silence, que l'UE avait, au contraire, dépêché Javier Solana au Moyen-Orient pour tenter de calmer la colère. Ce dernier s'apprêtait à signer un accord avec l'OCI le 26 janvier 2006 visant à bannir la diffamation des religions. Finalement l'UE ne fut pas représentée lors de la réunion au Qatar. Mais l'Espagne, la Turquie et Koffi Anan signèrent cet accord avec l'OCI alors que cette dernière avait contribué à allumer la mèche.

Le gouvernement français appelle à manifester en hommage aux victimes des attentats meurtriers. Cet appel est incongru en ce qu'il se substitue à la société civile et, d'une certaine manière, la court-circuite. L'État n'a pas à manifester dans la rue, il doit réfléchir à ce qui arrive et prendre des mesures. Et pas seulement des mesures de sécurité. Au lieu d'arpenter le pavé parisien, on aimerait que ces politiciens français et européens s'engagent à protéger la liberté d'expression, par exemple en introduisant l'équivalent d'un 1er amendement à l'américaine, et à cesser les politiques d'apaisement conduites jusque-là vis-à-vis de l'islamisme. Cette protection de la liberté d'expression est d'autant plus nécessaire que les attentats récents vont avoir un effet de sidération sur tous ceux qui sont amenés à s'exprimer sur l'islam que ce soit sérieusement ou non. Les exemples d'autocensure sont déjà légion. Ils sont appelés à se multiplier. On pourrait même soutenir que l'idée de subversion artistique, littéraire ou autre est morte avec les dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo à partir du moment où il existe un périmètre interdit sous peine de mort. On peut juste espérer, avec Flemming Rose, que les Occidentaux cesseront de camoufler leur peur derrière des justifications morales ou humanitaires.

Michèle Tribalat est une démographe française, chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (INED)

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Eléments de langage de politiques qui n'ont rien à dire et donnent dans le compassionnel

11 Janvier 2015, 11:10am

Publié par Fr Greg.

Par Michel Onfray, le point.
Par Michel Onfray, le point.

Par Michel Onfray, le point.

 

Il est 11 h 50 ce mercredi 7 janvier 2015 quand arrive sur l'écran de mon portable cette information qu'une fusillade a lieu dans les locaux de Charlie Hebdo. Je n'en sais pas plus, mais que des tirs nourris aient lieu dans la rédaction d'un journal est de toute façon une catastrophe annoncée. 

Au fur et à mesure, j'apprends avec consternation l'étendue des dégâts ! Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Bernard Maris... On annonce dix morts, dont deux policiers, des blessés en nombre, "une boucherie", est-il dit... À 12 h 50, j'ai tweeté "Mercredi 7 janvier 2015 : notre 11 Septembre", car je crois en effet qu'il y aura un avant et un après. Les choses ne font que commencer.

Charlie Hebdo est, avec Siné Hebdo ou Le Canard enchaîné, l'honneur de la presse : car un journal satirique, et il m'arrive d'en faire régulièrement les frais, n'épargne rien ni personne, et c'est tant mieux. Ils ne roulent pour aucun parti, aucune école, aucune chapelle : au sens étymologique, ils sont libertaires. Sur les religions en général, et l'islam en particulier, cette presse dit tout haut avec humour, ironie ou cynisme, ce que beaucoup pensent tout bas. La satire lui permet de dire ce que le politiquement correct de notre époque interdit de faire savoir. En ouvrant les pages du journal, on pouvait se lâcher et rire d'autant plus joyeusement que, sur les questions de religion, dans le restant de la presse, on peut crucifier le chrétien, c'est même plutôt bien porté, mais il faut épargner les rabbins et les imams. À Charlie, la soutane, la kippa et la burka sont également moquées - faudra-t-il écrire "étaient" ?

L'Élysée invite à dépolitiser les attentats

Rivé devant ma télévision, sidéré, je prends des notes. J'assiste à un raccourci de ce qui fait notre époque : avant 13 heures, un journaliste égyptien parle à i>Télé, il précise avec fermeté qu'on va encore mettre tout cela sur le dos des musulmans ! Même à cette heure, l'attentat ayant lieu à Charlie, le journal qui a publié les "caricatures" de Mahomet et qui est menacé pour cela depuis des années, je vois mal comment on pourrait incriminer Raël ou les véganes ! Mais déjà pointe l'insulte islamophobe contre quiconque va affirmer que le réel a eu lieu !

Les éléments de langage probablement fournis par les communicants de l'Élysée invitent à dépolitiser les attentats qui ont eu lieu avant Noël : des fous, des déséquilibrés, des dépressifs fortement alcoolisés au moment des faits. Même s'ils crient "Allah Akbar" avant d'égorger un policier, ça n'a rien à voir avec l'islam. Les familles des tueurs en rajoutent en protestant de la gentillesse de leur fiston criminel et l'on passe en boucle leur témoignage. Qui dit vrai ? Ainsi, pour prendre un exemple, Rue 89 parle de "l'attaque présentée [sic] comme terroriste [re-sic]" à Joué-lès-Tours... Dormez bonnes gens. Circulez, il n'y a rien à voir...

I>Télé, 13 h 20. Une journaliste nous dit que François Hollande a précipitamment quitté l'Élysée et qu'on l'a vu "dévaler les escaliers en compagnie de son conseiller en communication" ! Je me frotte les yeux. Non, pas le ministre de l'Intérieur ou le chef d'état-major des armées, non, mais Gaspard Gantzer - son conseiller en communication ! Hollande arrive sur place, il enfile des perles de rhétorique. Il repart. Dans la voiture, probable débriefing avec le conseiller en communication.

La dépêche de l'AFP tombe : l'un des tueurs a crié "Nous avons vengé le Prophète." Plus tard, une vidéo passe en boucle et on entend très bien cette phrase. Le journaliste égyptien n'est plus là pour nous dire que ça n'a rien à voir avec l'islam, mais c'est ce que diront nombre d'autres personnes qui se succèdent à l'écran.

Chalghoumi, l'imam tout terrain

C'est d'ailleurs très exactement le propos de l'imam de Drancy, Hassen Chalghoumi. Pas un journaliste pour rappeler qu'en septembre 2012, lors de la parution des caricatures dans Charlie, ce fameux imam tout terrain et judicieusement judéo-compatible avait trouvé l'attitude du journal "irresponsable"... Le même Hassen Chalghoumi se fend d'un : "Nous sommes les premières [sic] victimes" sur LCI à 14 h 17. En effet, les musulmans sont les premières victimes et passent avant Cabu, avant Charb, avant Wolinski, avant Tignous, avant Bernard Maris, avant les deux policiers, avant les blessés en nombre... Avant leurs familles, avant leurs enfants, avant leurs amis.

La litanie du "ça n'a rien à voir avec l'islam" continue. Droite et gauche confondues. Avec quoi alors ? Il n'est pas même possible de dire que ça a à voir avec un dévoiement de l'islam, avec une défiguration de l'islam, avec une fausse et mauvaise lecture de l'islam ? Non : rien à voir, on vous dit. C'est comme l'État islamique, qui n'a tellement rien à voir avec l'islam qu'il faut dire Daesh, parole de Fabius. Dès lors, l'État islamique ne massacre pas puisque, comme la théorie du genre, ça n'existe pas ! Daesh, on vous dit. Mais que veut dire Daesh ? C'est l'acronyme d'État islamique en arabe. Abracadabra...

La classe politique continue son show. Sarkozy intervient. Drapeau français, drapeau européen, fond bleu, nul sigle UMP : il se croit toujours président de la République ! Il invite à "éviter les amalgames", mais il ne dit pas avec quoi ! Malin...

Pourquoi laisser le monopole au FN ?

14 h 21 sur LCI, Mélenchon intervient : "Le nom des meurtriers est connu : lâches, assassins !" Tudieu, quel talent pour éviter... les amalgames ! Sarkozy verbigère : les criminels seront poursuivis, châtiés avec une extrême sévérité, il parle de fermeté absolue, de barbarie terroriste, de violence aveugle, il invite à ne pas céder. Les éléments de langage de tout politique qui n'a rien à dire et donne dans le compassionnel - c'est bon pour la cote, dirait le conseiller en communication. Et puis, toujours la cote de popularité, on invite à l'unité nationale ! Bayrou, Julien Dray, etc., tous entonnent le même psaume.

LCI, 15 h 5, Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d'Europe Écologie-Les Verts, invite à... éviter l'amalgame. Mais on ne sait toujours pas avec quoi. Elle déplore l'absence de débats et déplore plus encore ceux qui veulent un débat pour savoir ce qu'il en est de l'amalgame ! Ça sent le coup de pied de l'âne à Zemmour ou Finkielkraut ! Le Parti socialiste dispose d'une riposte à la mesure de la boucherie : "une marche des républicains" ! En effet, c'est une réponse politique à la hauteur des événements. Gageons que le président de la République, qui doit parler à 20 heures, volera dans la même stratosphère politique.

Un bandeau défile en bas de mon écran : Marine Le Pen dénonce "un attentat terroriste commis par des fondamentalistes islamistes". Pourquoi une fois de plus le personnel politique, suicidaire, lui laisse-t-il le monopole des mots justes sur des situations que tout le monde comprend ? C'est en effet "un attentat terroriste" et il a été effectivement perpétré "par des fondamentalistes islamistes". Quiconque le dira désormais va passer pour un lepéniste ! Le musulman qui n'est pas fondamentaliste se trouve ainsi épargné, et c'est très bien ; on dit donc en quoi ça a à voir avec l'islam parce que ça en est la version radicale et armée, brutale et littérale ; on laisse entendre qu'il faut lutter contre cette formule-là et rassembler tous ceux qui sont contre, y compris les musulmans ; et on dit d'un attentat terroriste que c'est un attentat terroriste. Le succès de Marine Le Pen vient beaucoup du fait que, mis à part son programme, dont je ne parle pas ici, elle est en matière de constats l'une des rares à dire que le réel a bien eu lieu. Hélas, j'aimerais que cette clarté sémantique soit aussi, et surtout, la richesse de la gauche.

Hollande joue son nom dans l'Histoire 

Les commentaires tournent en boucle. Mêmes images, mêmes mots, mêmes derviches tourneurs. Pas d'amalgames, ça n'a rien à voir avec l'islam, actes barbares... Des manifestations s'annoncent dans toute la France. Je suis sollicité par des journalistes français, télés et radios, je suis en province, pas question d'aller à Paris. Entretiens avec deux journalistes italiens, demande de Skype avec le Danemark, calage d'un direct avec la Suisse pour une heure de direct le lendemain matin à 7 heures. La France regarde le monde : est-ce que Hollande va annoncer quelque chose qui soit à la hauteur ?

Les rues sont remplies. Besancenot est à la télévision. "Pas d'amalgames ou de récupération politicienne", dit-il. Mais aussi : "Rien à voir avec une quelconque idée religieuse." Comme les autres hommes politiques. Les foules se constituent.

Sous mes fenêtres, à Caen, un immense ruban silencieux, immense, immense. Une foule considérable et silencieuse. Je suis au téléphone avec une journaliste de La Repubblica. Je regrette. J'aurais voulu être en bas, avec eux, dans la foule, anonyme, silencieuse et digne. Mais je m'imagine plus utile à répondre autant que faire se peut aux sollicitations qui ne cessent d'arriver par téléphone.

Je rêve un peu : j'imagine que Hollande va trouver dans cette épreuve terrible pour le pays matière à renverser son quinquennat en prenant des décisions majeures. Il en a le devoir, il en aurait le droit, il lui en faudrait l'audace, le courage. Il joue ce soir son nom dans l'Histoire.

20 heures. Il annonce : journée de deuil national et drapeaux en berne, réunions avec les deux représentants des deux assemblées et les chefs de parti, minute de silence dans les administrations, et une phrase que personne ne sculptera dans le marbre : "Rassemblons-nous !"

Je pense au cadavre de Cabu, au cadavre de Charb, au cadavre de Wolinski, au cadavre de Tignous, au cadavre de Bernard Maris... À leurs cadavres ! À celui du policier abattu d'une balle dans la tête. À celui qui assurait la garde rapprochée de Charb. À l'agent de maintenance. Aux blessés entre la vie et la mort à l'hôpital. Je ne parviens pas à y croire.

Tuer plus encore et mourir au combat

Il y aura un avant et un après mercredi 7 janvier 2015. D'abord parce que ceux qui ont tué sont aguerris : l'opération commando a été redoutablement exécutée. Repérage, arrivée, méthode, interrogation sur les identités des journalistes, abattage, carnage, repli, couverture de l'un par l'autre, tir sur des policiers, l'un d'entre eux est à terre, les tueurs s'approchent, l'un tire une balle dans la tête, l'autre couvre le tireur, retour à la voiture, tranquillement, l'un d'entre eux prend une basket tombée à terre et la remet dans le véhicule, ils repartent, même pas sur les chapeaux de roue. Le policier de la BAC est mort ; il gagnait moins de 2 000 euros par mois ; il s'appelait Ahmed - lui aurait pu dire pourquoi ça n'a rien à voir. Cabu et les autres gisent dans leur sang. "On a vengé le Prophète", dit l'un des tueurs... Il ajoute : "On a tuéCharlie." Puis ils se perdent dans la nature...

Ces hommes sont des soldats, des guerriers : le déroulement de l'opération, sa préparation et son exécution, la façon de tenir leurs armes, leur harnachement de combat avec cagoule et magasin de munitions sur le thorax, le carton du tir groupé effectué avec une kalachnikov sur le pare-brise de la voiture de police, les changements de voiture, la disparition dans la mégapole, tout cela montre des gens qui ont appris le métier de la guerre.

Dès lors, ils continueront. Il n'est pas dans le genre de ces individus de prendre des vacances et de se fondre dans l'anonymat. Ils veulent tuer plus encore et mourir au combat, puisqu'ils pensent qu'ainsi, djihad oblige et paradis aidant, ils retrouveront le Prophète dans la foulée. Rien à voir avec l'islam, bien sûr.

Les régimes islamique menacent l'Occident que depuis que l'Occident les menace

Peut-on penser un peu l'événement et se défaire un tant soit peu de l'émotion, du pathos, du compassionnel qui ne mange pas de paix et dans lequel communient les tenants de l'unité nationale ? Il ne suffit pas de crier à la barbarie des tireurs du commando et d'affirmer que ces barbares attaquent notre civilisation pour se croire quittes !

Le matin même, aux informations de 7 heures, j'apprenais que la France avait dépêché un sous marin nucléaire dans le golfe persique. Nous sommes en guerre. Et cette guerre a été déclarée après le 11 septembre par le clan des Bush. Hormis l'épisode à saluer de Chirac refusant d'y aller, de Mitterrand à Hollande en passant par Sarkozy, nous avons bombardé des pays musulmans qui ne nous menaçaient pas directement : Irak, Afghanistan, Libye, Mali, aujourd'hui l'Etat Islamique, et ce en faisant un nombre considérable de victimes musulmanes depuis des années. Voit-on où je veux en venir ?

Précisons. A qui peut-on faire croire qu'hier le régime des Talibans en Afghanistan, celui de Saddam Hussein en Irak ou de Kadhafi en Libye, aujourd'hui celui des salafistes au Mali ou du califat de l'Etat Islamique menaçaient réellement la France avant que nous ne prenions l'initiative de les attaquer ? Que maintenant, depuis que nous avons pris l'initiative de les bombarder, ils ripostent, c'est, si l'on me permet cette mauvaise formule, de bonne guerre !

Mais l'on confond la cause et la conséquence : les régimes islamique de la planète ne menacent concrètement l'Occident que depuis que l'Occident les menace. Et nous ne les menaçons que depuis que ces régimes aux sous-sols intéressants pour le consumérisme occidental ou aux territoires stratégiquement utiles pour le contrôle de la planète, manifestent leur volonté d'être souverains chez eux. Ils veulent vendre leur pétrole ou les produits de leurs sous-sols à leur prix et autoriser leurs bases à leurs seuls amis, ce qui est parfaitement légitime, le principe de la souveraineté des pays ne souffrant aucune exception.

Si les droits de l'homme étaient la véritable raison des attaques françaises aux côtés, comme par hasard, des Etats-Unis, pourquoi n'attaquerions nous pas les pays qui violent les droits de l'homme et le droit international ? Pourquoi ne pas bombarder la Chine ? Cuba ? L'Arabie Saoudite ? L'Iran ? Le Pakistan ? Le Qatar ? Ou même les Etats-Unis qui exécutent à tour de bras ? Il suffit de lire le rapport d'Amnesty International pour choisir ses cibles, elles ne manquent pas...

Les politiques qui n'ont d'idées qu'en fonction de leurs élections ou de leurs réélections n'ont pas pensé la guerre. Ils regardent les crédits de la défense et ils coupent pour faire des économies, mais ils n'ont aucune théorie en rapport avec le nouvel état des lieux.La géostratégie est le cadet de leur souci.

L'existence de l'URSS légitimait, disons-le ainsi, l'armement nucléaire pour l'équilibre des terreurs.

Deux hommes mettent la France à genoux

L'ouvrage incontournable en matière de polémologie, De la guerre de Clausewitz, a théorisé les conflits qui relevaient de ce qu'il appelait la Grande Guerre : celle qui oppose deux États, deux nations, deux peuples. Il a également parlé, mais beaucoup moins, de la Petite Guerre : celle qu'on peut aussi appeler la guérilla.

Ce qui a eu lieu ce mercredi 7 janvier illustre parfaitement que notre État s'évertue à penser contre vents de guérilla et marées terroristes en termes de Grande Guerre : voilà pourquoi le chef de l'État, qui est aussi chef des armées, entre l'annonce du film à venir de Trierweiler et le prochain dîner avec Julie Gayet à soustraire au regard des paparazzis, a décidé d'envoyer porte-avions et sous-marins en direction de la Syrie. Pour quoi faire dans un conflit fait de combats dans les rues ?

Pendant ce temps, emblématiques de la Petite Guerre, trois hommes peuvent, avec chacun une kalachnikov et un lot de trois voitures volées, décapiter un journal, mettre la France à genoux, montrer notre pays saigné à la planète entière, décimer le génie du dessin satirique français et n'obtenir pour toute réponse du chef de l'État qu'un : "Rassemblons-nous !" Je vois bien ce que nos dessinateurs assassinés auraient fait de cette palinodie d'État.

Juste après avoir appris cette information du sous-marin envoyé par Hollande dans les eaux non loin d'Israël ou du Liban, France Inter invitait ce mercredi matin dans sa Matinale Michel Houellebecq pourSoumission. Plus personne n'ignore désormais que ce roman se déroule dans une France islamisée après un second mandat de Hollande. Le politiquement correct lui reprochait depuis plusieurs jours d'annoncer une guerre civile, et une humoriste - c'est du moins ce que l'on dit d'elle, une certaine Nicole - a même rioché plusieurs fois avant de dire que la guerre civile annoncée pour dans quinze ans, si elle devait arriver un jour, serait un pur produit de ce roman ! Paf, trois heures plus tard, le roman futuriste de Houellebecq racontait notre présent. Mais c'est lui qui était responsable, bien sûr, de ce qui advenait.

Ce mercredi 7 janvier est un jour qui inaugure une ère nouvelle, hélas ! Quand les trois tueurs tomberont, soit dans leur sang, soit dans un panier à salade, trois autres se lèveront. Et quand ces trois-là tomberont, trois autres à nouveau, etc. Ne nous est-il pas dit que plus de mille soldats revenus du front de l'État islamique sont en état de marche guerrière sur le sol national ? On fait quoi maintenant ? Rappelez-vous l'excellent film de Mathieu Kassovitz, La haine : "Jusqu'ici, tout va bien." Jusqu'au 7 janvier 2015, c'était vrai... Aujourd'hui, plus très sûr...

Michel Onfray. Le point.

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Pour étouffer par avance toute révolte...

11 Janvier 2015, 08:09am

Publié par Fr Greg.

Manipulation des masses par les médias et l'émotion...

Manipulation des masses par les médias et l'émotion...

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.

L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.

En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir ».

 

Serge Carfantan, docteur agrégé de philosophie.

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Leçon de vérité d'un musulman, philosophe, libre dans ses propos, à ses frères occidentaux adorateurs de la sacro-sainte liberté de ne dire que ce qui les arrange et d'un angélisme malséant !

10 Janvier 2015, 19:39pm

Publié par Fr Greg.

Leçon de vérité d'un musulman, philosophe, libre dans ses propos, à ses frères occidentaux adorateurs de l'angélisme, .

Leçon de vérité d'un musulman, philosophe, libre dans ses propos, à ses frères occidentaux adorateurs de l'angélisme, .

Ce qui vient de se produire était en effet écrit...

 

Ancien ambassadeur de la Tunisie auprès de l'UNESCO, Mezri Haddad est philosophe, auteur d'essais sur la réforme de l'islam.

Pour la plupart des analystes et des politiciens, le carnage de Charlie Hebdo comme la prise d'otages de Vincennes, ces premières offensives de la guerre contre la France et la République, sont des traumatismes auxquels nul ne pouvait s'attendre. Mais pas pour l'élite franco-musulmane, ni pour les soldats de l'ombre qui luttent contre le terrorisme, ni pour les rares journalistes qui osent nommer l'innommable au risque de se faire accuser d'islamophobes. Ces derniers, comme les intellectuels musulmans éclairés, savaient que cela devait arriver un jour. Ils savent que si les gouvernants ne saisissent pas ce drame national pour revoir de fond en comble leur politique d'immigration, d'intégration, d'éducation, de réforme de l'islam et de relations avec certains émirats du Golfe, le pire serait à craindre.

Ce qui vient de se produire était en effet écrit, pas par la main d'Allah dont les islamo-fascistes ont souillé jusqu'à la magnificence et rabaissé la majesté, mais par trente années de laxisme, d'angélisme et de conformisme malséant au pays de Voltaire.

Écrit par les concessions aux tenants de l'islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine. De la question du voile islamique au massacre tragique de Charlie Hebdo, en passant par l'affaire Redeker ou la conférence du pape Benoît XVI à Ratisbonne, que de chemin parcouru dans la capitulation, l'altération de la laïcité et la subversion de la démocratie. Que de reculs des Lumières face à l'obscurantisme! Que de coups portés au modèle de civilisation occidentale devant la barbarie islamiste! Ce modèle universaliste auquel nous avions fini par y croire, nous autres musulmans d'Orient et du Maghreb, avant de nous réveiller un jour du «printemps arabe» aux sommations de certaines voix politiques et intellectuelles occidentales: la charia, pourquoi pas? L'islamisme «modéré», qu'à cela ne tienne!

Nos zélateurs de l'islamisme «modéré» ont vite oublié que lorsqu'on le célèbre à deux heures de vol de la France, l'on risque d'en subir les assauts en plein cœur de Paris. 

Ils ont oublié que la Terre est devenue un village interconnecté, qu'il n'y pas de démocratie authentique sans sécularisation, que l'islamisme n'est pas la religion des musulmans mais une religion séculière dont le spectre s'étend des Frères musulmans aux néo-talibans de Daech, qui se partagent le même axiome: «Notre constitution c'est le Coran, notre modèle c'est le prophète, notre régime c'est le califat».

Ils ont surtout oublié que la quintessence de la civilisation occidentale est dans la désacralisation du sacré et la sanctification de la liberté humaine. Parmi ceux que je vois se lamenter sur le sort des 12 morts, je reconnais certains qui s'étaient indignés que des dessinateurs aient osé toucher au «sacré» en reproduisant en 2006 les caricatures du Prophète, qui ne s'est d'ailleurs jamais octroyé cette sacralité supposée, celle-ci étant exclusivement réservée à Dieu et à Lui Seul. Je reconnais même certaines figures islamiques qui avaient porté plainte contre Charlie Hebdo, notamment le sempiternel imam de la Mosquée de Paris, ainsi que l'UOIF, qui est membre du Conseil français du culte musulman (CFCM)!

Passées les jérémiades des fonctionnaires de l'islam, les indignations sincères de la classe politique, l'heure n'est pas seulement à l'unité nationale et au rejet des amalgames, mais aussi à l'autocritique. Le rejet des amalgames ne doit pas nous dispenser de remettre en cause la dogmatique ambiante qui paralyse la pensée et tétanise l'expression. Ce qui est permis en psychanalyse ne doit pas être interdit en politique: mettre des mots sur les maux.

Même si les Kelkal, Merah, Kouachi et les centaines de sociopathes en Syrie restent minoritaires par rapport à la majorité des musulmans de France, on ne peut pas dire que le modèle d'intégration soit une réussite. Encore moins la gestion de l'islam qu'on disait une chance pour la France. La gallicanisation de l'islam a échoué. Cela vaut aussi pour les autres pays européens, notamment le Danemark, où a vu ses citoyens de la «diversité» manifester sous la bannière noire de Daech et aux cris de «A bas le régime, nous voulons le califat»!

Si l'intégration a «échoué», l'intégrisme a en revanche conquis les cœurs. Parce qu'on a laissé la société s'ouvrir à ses ennemis, une microsociété passée de l'islam quiétiste à l'islamisme radical s'est développée grâce au microclimat culturel, éducatif, politique, médiatique et juridique. Le mal, c'est le cancer islamo-fasciste qu'on a laissé se métastaser dans les banlieues, les prisons, les mosquées, les associations, les écoles et même les universités.

Plutôt que de ressasser pas d'amalgames, mettre des mots sur les maux, c'est reconnaitre que les terroristes qui ont commis cet abominable crime sont des musulmans.

Mais leur islam n'est pas mon islam, ni celui des 5 millions de Français paisibles, ni celui des 1,700 milliards de coreligionnaires dans le monde. Leur islam génétiquement modifié est celui des Talibans, d'Al-Qaïda et de Daech.

Les musulmans de France, pourront-ils encore dire dans leur prière quotidienne, «Allah Akbar», sans s'attirer la suspicion, voire même la haine? Devront-ils bannir de leur vocabulaire cette expression qui marque la transcendance, la grandeur et l'unicité divine dans la liberté humaine? Devront-ils taire cette invocation de l'Eternel, désormais associée au nihilisme des barbares?

Ces musulmans de France que chacun prétend représenter et dont nul n'incarne le quiétisme sont doublement atteints. Ils ont été frappés au centre de leur patrie et au cœur de leur foi. Ils pleurent l'assassinat de leurs compatriotes et la mort de Dieu.

Mezri Haddad, philosophe tunisien

Le Figaro.

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Maintenant qu'on est tous Charlie, on fait quoi?

10 Janvier 2015, 10:24am

Publié par Fr Greg.

Maintenant qu'on est tous Charlie, on fait quoi?

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Maintenant qu'on est tous Charlie, on fait quoi?

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Lettre ouverte aux musulmans

10 Janvier 2015, 07:48am

Publié par Fr Greg.

Lettre ouverte aux musulmans

Abdennour Bidar est normalien, philosophe et musulman. Il a produit et présenté sur France Inter une émission intitulée « France-Islam questions croisées ». Il est l’auteur de 5 livres de philosophie de la religion et de nombreux articles. 

Cette lettre ouverte au monde musulman fait suite aux événements des jours passés, notamment l’assassinat de Hervé Gourdel. De nombreux musulmans ont manifesté leur indignation nécessaire et salutaire (en France et dans le monde, avec le mouvement Not In My Name – « pas en mon nom ». Au delà de cette dénonciation indispensable, Abdennour Bidar pense qu’il faut aller plus en profondeur, et entrer dans une autocritique de l’Islam comme religion et civilisation dans ce moment de transition cruciale de sa longue histoire. Pour le meilleur de l’Islam. 

 

Lettre ouverte aux musulmans

 

Cher musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin – de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd’hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf(soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d’isthme entre les deux mers de l’Orient et de l’Occident. 

 

Et qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que je vois mieux que d’autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d’enfanter un monstre qui prétend se nommer Etat islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH. Mais le pire est que je te vois te perdre – perdre ton temps et ton honneur – dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine. 

Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Tu cries « Ce n’est pas moi ! »,« Ce n’est pas l’islam ! ». Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag #NotInMyName). Tu t’insurges que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu’à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l’islam dénonce la barbarie. Mais c’est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l’autocritique. Tu te contentes de t’indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question ! Et tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous les occidentaux, et vous tous les ennemis de l’islam de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme ce n’est pas l’islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre mais la paix ! » 

 

J’entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde,  l’islam a créé tout au long de son histoire de la Beauté, de la Justice, du Sens, du Bien, et il a puissamment éclairé l’être humain sur le chemin du mystère de l’existence… Je me bats ici en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l’islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine je vois aussi autre chose que tu ne sais pas voir… Et cela m’inspire une question – LA grande question : pourquoi ce monstre t’a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? C’est qu’en réalité derrière ce monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il faudra bien pourtant que tu finisses par en avoir le courage. 

 

Ce problème est celui des racines du mal. D’où viennent les crimes de ce soi-disant « Etat islamique » ?Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c’est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd’hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre – et il en surgira autant d’autres monstres pires encore que celui-ci tant que tu tarderas à admettre ta maladie, pour attaquer enfin cette racine du mal ! 

 

Même les intellectuels occidentaux ont de la difficulté à le voir : pour la plupart ils ont tellement oublié ce qu’est la puissance de la religion – en bien et en mal, sur la vie et sur la mort – qu’ils me disent « Non le problème du monde musulman n’est pas l’islam, pas la religion, mais la politique, l’histoire, l’économie, etc. ». Ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être lecœur de réacteur d’une civilisation humaine ! Et que l’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l’échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l’homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent – et qui comme l’islam actuellement se mettront alors à produire des monstres. 

 

Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIème siècle ! Malgré la gravité de ta maladie, il y a en toi une multitude extraordinaire de femmes et d’hommes qui sont prêts à réformer l’islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l’humanité entretenait jusque là avec ses dieux ! C’est à tous ceux-là, musulmans et non musulmans qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes ouvrages ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu’entrevoit leur espérance ! 

 

Mais ces musulmanes et ces musulmans qui regardent vers l’avenir ne sont pas encore assez nombreux ni leur parole assez puissante. Tous ceux là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c’est l’état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux nomsde Al Qaida, Al Nostra, AQMI ou « Etat Islamique ». Ils ont bien compris que cene sont là que les symptômes les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l’égalité, de la responsabilité et de la liberté; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l’autorité de la religion; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses. 

 

Tout cela serait-il donc la faute de l’Occident ? Combien de temps précieux vas-tu perdre encore, ô cher monde musulman, avec cette accusation stupide à laquelle toi-même tu ne crois plus, et derrière laquelle tu te caches pour continuer à te mentir à toi-même ? Depuis le XVIIIe siècle en particulier, il est temps de te l’avouer, tu as été incapable de répondre au défi de l’Occident. Soit tu t’es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l’intérieur de tes frontières – un wahhabisme que tu répands à partir de tes lieux saints de l’Arabie Saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même ! Soit tu as suivi le pire de cet Occident, en produisant comme lui des nationalismes et un modernisme qui est une caricature de modernité – je veux parler notamment de ce développement technologique sans cohérence avec leur archaïsme religieux qui fait de tes « élites » richissimes du Golfe seulement des victimes consentantes de la maladie mondiale qu’est le culte du dieu argent. 

Qu’as-tu d’admirable aujourd’hui, mon ami ? Qu’est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect des autres peuples et civilisations de la Terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes ? Qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ?Où sont tes grands penseurs dont les livres devraient être lus dans le monde entiercomme au temps où les mathématiciens et les philosophes arabes ou persans faisaient référence de l’Inde à l’Espagne ? En réalité tu es devenu si faible derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même… Tu ne sais plus du tout qui tu es ni où tu veux aller, et cela te rend aussi malheureux qu’agressif… Tu t’obstines à ne pas écouter ceux qui t’appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerteà la religion sur la vie toute entière. 

 

Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l’islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l’Etat que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu’àl’intérieur même de chaque conscience. Tu as choisi de croire et d’imposer que l’islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu’« Il n’y a pas de contrainte en religion » (La ikraha fi Dîn). Tu as fait de son Appel à la liberté l’empire de la contrainte ! Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ? 

 

De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s’élèvent aujourd’hui dans la Oumma pour dénoncer ce tabou d’une religion autoritaire et indiscutable… Au point que trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition et aux « maîtres de religion » (imams, muftis, shouyoukhs, etc.) qu’ils ne comprennent même pas qu’on leur parle de liberté spirituelle, ni qu’on leur parle de choix  personnel vis-à-vis des « piliers » de l’islam. Tout cela constitue pour eux une « ligne rouge » si sacrée qu’ils n’osent pas donner à leur propre conscience le droit de le remette en question ! Et il y a tant de familles où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès le plus jeune âge, et où l’éducation spirituelle est d’une telle pauvreté que tout ce qui concerne la religion reste quelque chose qui ne se discute pas ! 

 

Or cela de toute évidence n’est pas imposé par le terrorisme de quelques troupes de fous fanatiques embarqués par l’Etat islamique. Non ce problème là est infiniment plus profond ! Mais qui veut l’entendre ? Silence là-dessus dans le monde musulman, et dans les médias occidentaux on n’entend plus que tous ces spécialistes du terrorisme qui aggravent jour après jour la myopie générale ! Il ne faut donc pas que tu t’illusionnes, ô mon ami, en faisant croire que quand on en aura fini avec le terrorisme islamiste l’islam aura réglé ses problèmes ! Car tout ce que je viens d’évoquer – une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive – est trop souvent l’islam ordinaire, l’islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop deconsciences, l’islam du passé dépassé, l’islam déformé par tous ceux qui l’instrumentalisent politiquement, l’islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose. Quand donc vas-tu faire enfin cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement spiritualité et liberté ? 

 

Bien sûr dans ton immense territoire il y a des îlots de liberté spirituelle : des familles qui transmettent un islam de tolérance, de choix personnel, d’approfondissement spirituel ; des lieux où l’islam donne encore le meilleur de lui-même, une culture du partage, de l’honneur, de la recherche du savoir, et une spiritualité en quête de ce lieu sacré où l’être humain et la réalité ultime qu’on appelle Allâh se rencontrent. Il y a en Terre d’islam, et partout dans les communautés musulmanes du monde, des consciences fortes et libres. Mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans reconnaissance d’un véritable droit, à leurs risques et périls face au contrôle communautaire ou même parfois face à la police religieuse. Jamais pour l’instant le droit de dire « Je choisis mon islam », « J’ai mon propre rapport à l’islam » n’a été reconnu par « l’islam officiel » des dignitaires. Ceux-là au contraire s’acharnent à imposer que « La doctrine de l’islam est unique » et que « L’obéissance aux piliers de l’islam est la seule voie droite » (sirâtou-l-moustaqîm). 

 

Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l’une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l’un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier. Car cette religion de fer impose à tes sociétés tout entières une violence insoutenable. Elle enferme toujours trop de tes filles et tous tes fils dans la cage d’un Bien et d’un Mal, d’un licite (halâl) et d’un illicite (harâm) que personne ne choisit mais que tout le monde subit. Elle emprisonne les volontés, elle conditionne les esprits, elle empêche ou entrave tout choix de vie personnel. Dans tropde tes contrées tu associes encore la religion et la violence – contre les femmes, les « mauvais croyants », les minorités chrétiennes ou autres, les penseurs et les esprits libres, les rebelles – de sorte que cette religion et cette violence finissent par se confondre, chez les plus déséquilibrés et les plus fragiles de tes fils, dans la monstruosité du jihad ! 

Alors ne fais plus semblant de t’étonner, je t’en prie, que des démons tels que le soi-disant Etat islamique t’aient pris ton visage ! Les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces ! Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire. C’est simple et très difficile à la fois. Il faut que tu commences par réformer toute l’éducation que tu donnes à tes enfants, dans chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n’es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l’égalité des sexes et l’émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias. Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela ! C’est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction. 

 

Cher monde musulman… Je ne suis qu’un philosophe, et comme d’habitude certains diront que le philosophe est un hérétique. Je ne cherche pourtant qu’à faire resplendir à nouveau la lumière – c’est le nom que tu m’as donné qui me le commande,Abdennour, « Serviteur de la Lumière ». Je n’aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. Comme on dit en français, « Qui aime bien châtie bien ». Et au contraire tous ceux qui aujourd’hui ne sont pas assez sévères avec toi – qui veulent faire de toi une victime – tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service ! Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel !

Salâm, que la paix soit sur toi. 

 

Abdennour Bidar

 

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JE SUIS CHABLIS !

9 Janvier 2015, 23:55pm

Publié par Fr Greg.

Hommage à Charlie-Hebdo pour qui l'outrance, le non-respect et le cynisme était à rechercher à tout prix !

Hommage à Charlie-Hebdo pour qui l'outrance, le non-respect et le cynisme était à rechercher à tout prix !

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"Tu m'as laissé le plus précieux de tout : le manque..."

9 Janvier 2015, 07:51am

Publié par Fr Greg.

Ce jour là il leur dit, « passons sur l'autre rive. » Marc, 4,35.

Ce jour là il leur dit, « passons sur l'autre rive. » Marc, 4,35.

" On dit que la voix et les yeux sont, dans la chair, ce qui est le plus proche de l'âme, je ne sais pas si c’est vrai et de quelle vérité, je sais que la mort est goulue et qu'elle va au plus vite, comme un voyou mettant la main sur un trésor, en un millième de seconde les yeux sont vidés et la voix est éteinte, fini, fini, fini.

J'ai une grande puissance de solitude. Je peux rester seul des jours, des semaines,  des mois  entiers  Somnolent  tranquille Repu de moi-même comme un nouveau né C'est cette somnolence que tu es venue interrompre C'est cette puissance que tu as renversée Comment pourrai je jamais t'en remercier ? On peut donner bien des choses à ceux que l'on aime Des paroles, un repos, du plaisir Tu m'as donné le plus précieux de tout : le manque. 

Il m'était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais tu me manquais encore. Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour. Tu as cassé les vitres et depuis l'air s'y engouffre, le glacé, le brûlant et toutes sortes de clartés.

Tu étais celle-là, Gishlaine, tu l'es encore aujourd'hui, celle par qui le manque la faille la déchirure entrent en moi pour ma plus grande joie C'est le trésor que tu me laisses: manques, failles, déchirures et joie. Un tel trésor est inépuisable. Il devrait me suffire pour aller de « maintenant» en« maintenant» jusqu'à l'heure de ma mort.

Chrisitan Bobin, La plus que vive.

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Aimer Dieu et une personne, c'est exactement la même chose !

8 Janvier 2015, 18:19pm

Publié par Fr Greg.

Aimer Dieu et une personne, c'est exactement la même chose !

« Mes bien-aimés, nous aimons parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier.  Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous avons reçu de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. » Jn 4, 19-21.

 

 Comment connaître Dieu ?

« l'intellect, la raison, sont insuffisants » car « Dieu est amour. C'est seulement par la voie de l'amour que l'on peut connaître Dieu. Celui qui aime connaît Dieu ; celui qui n'aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour ». Dieu est amour, certes, mais « pas amour de feuilleton mélo » : l'Amour de Dieu est « solide, fort ; amour éternel, amour qui se manifeste dans son Fils, qui est venu pour sauver [l'homme]. Amour concret ; amour d'action et non de paroles ».

Pour connaître Dieu, « il faut toute une vie ; un chemin, un chemin d'amour, de connaissance, d'amour pour le prochain, d'amour pour ceux qui nous haïssent, d'amour pour tous ».

Il s'agit d'aimer celui qui est à côté de soi : « celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère ». C'est « la doctrine des deux Commandements d'aimer Dieu et d'aimer le prochain, pour arriver au premier il fait monter par les marches du second ; c'est à travers l’amour du prochain que l'on arrive à connaître Dieu, qui est amour. »

Pour monter ces escaliers de l'amour, le pape recommande de suivre l'exemple de Jésus afin d'« arriver – marche par marche – à l’amour de Dieu, à la connaissance de Dieu qui est amour ».

L'amour de Dieu « précède » toujours celui de l'homme, il aime « le premier » : celui qui « s'approche de Dieu à travers les œuvres de charité, la prière, la Communion, la Parole de Dieu », trouve « que Dieu est là, en premier, qui attend et surprend toujours ».

« Le Père est toujours disposé à pardonner. Non pas une fois ou 70 fois 7 fois. Toujours !... Et pour connaître ce Dieu qui est amour, il faut monter par l'escalier de l’amour pour le prochain, par les œuvres de charité, par les œuvres de miséricorde, que le Seigneur a enseignées »

 

Homélie de François, Pape. 08 01 2015.

 

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Ils ont voulu mettre la France à genoux ....... Ils vont la remettre debout ?!

8 Janvier 2015, 06:00am

Publié par Fr Greg.

  Ils ont voulu mettre la France à genoux .......         Ils vont la remettre debout ?!

« Les dessinateurs sont plus forts que les connards qui ont agi ce matin. » 

Plantu, caricaturiste du Monde

 

« Nous vivions tous, même les plus malheureux d'entre nous, dans une trompeuse sécurité. Nous voilà contraints au courage. » 

Jean d'Ormesson.

 

«  Nous sommes en guerre depuis des années, mais nous avons manifesté à l'égard de l'islam radical une complaisance coupable. Il sera très intéressant de voir les lignes de partage dans les jours à venir. Gageons que les collabos de tout poil plaideront pour une limitation de la liberté d’expression… »  

Pascal Bruckner, le Figaro.

 

« Une démocratie qui ne pense plus et qui nie les réalités est une démocratie qui meurt, qui se suicide. Cabu et Wolinsky n'avaient pas peur, ils préféraient vivre debout qu'à genoux. Nous devons continuer à dénoncer la réalité et à ne pas se réfugier dans un confort intellectuel boboïsant: tout le monde est gentil, ne stigmatisons pas et tout ira bien... bilan 12 morts! (...) Le mal français, ce n'est pas Zemmour ou Houellebecq, c'est la lâcheté et cette entreprise permanente de déconstruction de nos valeurs à laquelle nous assistons depuis quarante ans, sans réagir. »

Lydia Guirous, fondatrice du club «Future, au féminin», Secrétaire Nationale du Parti Radical.

 

« Massacre à Charlie Hebdo. Folie meurtrière.

Douze morts pour l'instant et plusieurs blessés dont l'état est infiniment grave.

Indignation. Compassion. Stupéfaction. Enquête.

Et après? Va-t-on enfin tirer les leçons de ce désastre humain causé par des malades, des fanatiques, des tueurs?

Va-t-on, sans craindre d'instrumentaliser ces assassinats, s'interroger sur la déplorable évidence que des gens se sentent si bien en France qu'ils se croient autorisés à tout se permettre?

Si les tueurs sont gangrenés par la haine, emplis d'intolérance et furieusement opposés à notre société et à ses valeurs au point de commettre un tel massacre au cours d'une matinée, va-t-on encore tourner autour des tragédies en ne nommant pas les coupables et l'islamisme, si on en juge par les cris qu'ils ont proféré, qui les a inspirés? « Nous avons vengé le Prophète » !

Consentira-t-on à admettre que ces groupes, ces assassins, sans pour une fois barguigner et chipoter, veulent la peau de notre pays, de ses institutions, de sa liberté et de sa tolérance qu'apparemment ils ne prennent que pour de la faiblesse ? ... »

Philippe Bilger, magistrat. 

 

  Ils ont voulu mettre la France à genoux .......         Ils vont la remettre debout ?!
  Ils ont voulu mettre la France à genoux .......         Ils vont la remettre debout ?!
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Extension du domaine de l'islam ?

7 Janvier 2015, 08:09am

Publié par Fr Greg.

Extension du domaine de l'islam ?

Ce n'est pas par hasard que le nouveau roman de Michel Houellebecq, Soumission, commence par un éloge de la littérature. La social-démocratie agonise, l'Occident court à sa perte. François, le narrateur, ressent lassitude et découragement. Il ne sait plus trop ce qu'il fait sur terre. Mais il y a Huysmans. Joris-Karl Huysmans est un écrivain né exactement cent dix ans avant Michel Houellebecq. Il est mort en 1907, à l'âge de 59 ans. Houellebecq en aura bientôt 57. Il a beaucoup fréquenté son œuvre.

C'est un ami. Il n'y a que la littérature qui peut fournir autant de proximité et de connivences avec un homme disparu depuis si longtemps. Le narrateur lui a consacré sa thèse. Maintenant professeur à la Sorbonne, il ne cesse de l'enseigner, surtout de le lire et de s'y référer. De se retrouver dans son invétéré pessimisme, son humour corrosif, "ses imprécations répétées contre les médiocrités de son temps". Huysmans (À rebours, En ménage, En rade, Là-bas, etc.) est le personnage principal de Soumission.

J'entends les plaintes des lecteurs : on nous a dit que c'était Mohammed Ben Abbes! Oui, effectivement, le candidat de la Fraternité musulmane a été élu, en 2022, président de la République française. Il succède au calamiteux François Hollande. Pour empêcher Marine Le Pen d'accéder au pouvoir, gauche, centre et droite, avec la complicité des médias, avec l'appui des responsables de la société civile, se sont unis pour confier la direction du pays, à l'agonie, dans une Europe mourante, à un musulman avisé, brillant et énergique.

L'islam triomphe. Finalement sans violences, sans résistance, sans drame, sans troubles, même de conscience… Mohammed Ben Abbes, sauveur de la patrie!

Cette fable politique est très amusante. La fiction est d'autant plus drôle que Michel Houellebecq est sérieux comme un pape (expression promise à la casse). Avec son flegme habituel, une sorte d'indifférence ou d'impassibilité biologique, la fluidité de son écriture qui ne connaît ni l'impatience ni la nervosité, il avance, bonhomme, témoin tranquille et irrécusable, dans le récit de cette révolution silencieuse. Il pousse l'habileté jusqu'à y semer des noms connus comme David Pujadas, Christophe Barbier, Jean-Luc Petitrenaud, et même François Bayrou que Mohammed Ben Abbes a choisi pour Premier ministre parce qu'il est un "crétin". Il y a plein de notations provocatrices ou amusantes, de digressions sérieuses sur le "distributivisme", par exemple, qui est une philosophie économique du début de XXe siècle, de réflexions piquantes, d'observations balzaciennes, qui confèrent au roman une épaisseur et une légitimité propres à convaincre le lecteur. Ou à le piéger. Tout est à la fois énorme et subtil, outré et malin, invraisemblable et logique. Soumission est un roman rare parce qu'il introduit du farfelu dans l'esprit de sérieux, ce qui est plus anglo-saxon que français.

Le visionnaire Michel Houellebecq accédera-t-il pour autant à la responsabilité de conscience politique? Pour quel statut? Quelle image? Cassandre de la sixième République? Madame Soleil, femme et astre voilés? Ou, plus modestement, Huggy les bons tuyaux?

Il y a chez cet écrivain – au demeurant formidable acteur, deux fictions en ont récemment apporté la preuve – quelque chose de contemplatif, de taciturne, d'hébété, d'énigmatique dont on ne peut se défaire pendant la lecture de ses romans et poèmes, et qui ajoute à notre trouble.

Comme lui, François, le narrateur de Soumission, fume beaucoup et boit énormément. On peut imaginer que leur vie sexuelle – narrée avec précision – est à peu près la même. Mais, question qui sera peut-être posée au Prix Goncourt 2010 pour La Carte et le Territoire : approuve-t-il la conversion à l'islam de son double afin de continuer à exercer à la Sorbonne, tous les enseignants étant désormais obligés d'être de confession musulmane? Comme son personnage, envisagerait-il avec faveur la polygamie? "Les femmes musulmanes étaient dévouées et soumises, je pouvais compter là-dessus, elles étaient élevées dans ce sens, et pour donner du plaisir au fond cela suffit."

Sur quoi le narrateur se rappelle que Huysmans, qui s'était converti au catholicisme à un âge avancé, était plus exigeant que lui sur le chapitre de la cuisine. Le seul vrai, crédible et sympathique personnage du roman est bien Joris-Karl Huysmans. La littérature mérite plus notre confiance que la politique.

 

Bernard Pivot - Le Journal du Dimanche.

Soumission, Michel Houellebecq, Flammarion, 300 p., 21 euros.

 http://www.lejdd.fr/Culture/Livres/Alain-Finkielkraut-Le-parti-de-Houellebecq-c-est-le-neutre-708942

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Un écrivain s'échine à nous montrer ce que nous ne voyons plus, parce que nous le voyons trop.

7 Janvier 2015, 06:04am

Publié par Fr Greg.

"Soumission" de Michel Houellebecq (Flammarion)

"Soumission" de Michel Houellebecq (Flammarion)

« C'est un esprit d'une sécheresse supérieure parmi les Secs, une intelligence toute en surface, n'ayant ni sentiment, ni passion, ni enthousiasme, ni idéal, ni aperçu, ni réflexion, ni profondeur, et d'un talent presque physique, comme celui, par exemple, du gaufreur ou du dessinateur à l'emporte-pièce, ou encore celui de l'enlumineur de cartes de géographie.» D'aucuns jugeraient que ces mots, écrits par Jules Barbey à propos de Flaubert, pourraient s'appliquer au romancier Houellebecq, dont la plus grande faute et la plus grande adresse sont d'avoir su endosser le rôle du «peintre de la vie moderne». L'expression baudelairienne s'étend jusqu'à la littérature romanesque, car c'est la visée même du romancier réaliste, qui entend rendre compte des mœurs de son temps, des tensions historiques, esthétiques et sociales de l'espace qu'il traverse.

Romancier «important» pour certains, «génie» pour d'autres, «faussaire» pour quelques-uns, Michel Houellebecq est au centre de ce qu'il reste du paysage littéraire français. Il y mérite sa place, plus que beaucoup de ses congénères. Cela ne nous renseigne pas directement sur le talent de l'écrivain, davantage sur l'état de cette littérature, dévastée depuis un demi-siècle par le Nouveau Roman, l'autofiction, l'émotion, la psychanalyse ou tout cela ensemble (l'idéal est toujours de s'illustrer dans ces champs respectifs par un seul ouvrage). Ainsi, il reste précisément trop peu de romanciers réalistes, trop peu de romanciers tout court, pour que nous ignorions le nom de Houellebecq, qui en est un.

Que fait Michel Houellebecq? Il peint ce qu'il voit, ce qu'il a sous les yeux. Souvent, il anticipe, alors il utilise le réel pour l'aggraver légèrement. Du libéralisme sexuel dans Extension du domaine de la lutte à l'effacement de l'identité française dans Soumission, des manipulations sur le vivant à la muséification des vieilles nations, en passant par l'échec de l'idéologie soixante-huitarde dans Les Particules élémentaires, il a simplement montré, depuis une vingtaine d'années, tout ce que notre regard capte chaque jour, quand ce n'est pas seulement la menace qui pèse sur notre société. C'est un reportage souvent cru et parfois trivial. Il y est question d'argent, de sexe, d'entreprises et de dépression, de résidences et de télévision. Si ce n'est pas du génie, c'est pourtant essentiel, tant il est essentiel qu'un écrivain s'échine à nous montrer ce que nous ne voyons plus, parce que nous le voyons trop.

Romancier sans compassion, car «descripteur» à la suite de Flaubert, toujours lui, dont Sainte-Beuve affirmait qu'il tenait «la plume comme d'autres un scalpel», ce digne héritier sans joie tend un miroir très froid à l'Occident. Il montre mais il ne dit pas. Beaucoup aimeraient le faire dire, mais ce n'est pas ce qu'il fait. Michel Houellebecq n'est pas un essayiste. Et même lorsque nous avons l'impression qu'il produit un discours, ce n'est pas lui qui le prononce, c'est son personnage. Et ce discours s'insère dans la forme romanesque. Davantage contemplateur que contempteur du nihilisme contemporain, Houellebecq ne donne pas son avis. On a toujours tort de prêter une opinion à un fabuliste.

Des controverses découlent de ce statut particulier, hors du monde. Notre romancier est-il pour ou contre les conversions à l'Islam en France? Pour ou contre le tourisme sexuel? Où le situer? La défiance du commun pour le statut de l'artiste n'est pas nouvelle. Plus largement, la métaphore permise par l'art est toujours regardée d'un mauvais œil. «Les femmes n'ont pas les cheveux mauves», déplorent les Verdurin devant la peinture d'Elstir, chez Proust. Dans le cas du réalisme, nous sommes sous le coup de la double contrainte: c'est l'art, mais l'art du réel. Nous devenons schizophrène: c'est vrai mais c'est faux. C'est dit mais c'est raconté. C'est Houellebecq comme personnage, dans La Carte et le territoire, mais c'est Houellebecq qui écrit.

Où est l'art? On a accusé Houellebecq d'avoir recopié des notices de Wikipedia et de les avoir insérées dans La Carte et le territoire. Ce «collage», ready-made scriptural, justifié comme procédé littéraire, pose néanmoins la question de la littérarité de l'œuvre de Houellebecq et vient en souligner la profonde carence prosodique, la tragique platitude. A trop vouloir rendre le réel il serait à craindre d'en être le fruit plus que le descripteur. Mais une écriture blanche, clinique et qui fait l'économie d'un raffinage stylistique est aussi un parti pris. Houellebecq est un produit du temps: écrivain de l'après-mort du roman, il arrive à la suite de sa déconstruction, il danse sur les ruines.

Michel Houellebecq est le nom de l'époque. Plus précisément, le nom de la littérature de l'époque. Mais cette époque n'aime pas la littérature, elle préfère ce qui est utile et rentable: que Michel Houellebecq soit son plus grand romancier en dit beaucoup sur elle et sur ses démissions. Sur sa capacité à mépriser le Beau, sur sa fascination pour la technique, son absence de transcendance, ses succès et ses vanités, son très grand désespoir.

Solange Bied-Charreton

Le figaro.

à lire aussi:

http://www.lefigaro.fr/livres/2015/01/07/03005-20150107ARTFIG00034-chahdortt-djavann-houellebecq-et-la-soumission-des-femmes.php

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Tout n’est qu’apparitions et disparitions

6 Janvier 2015, 07:55am

Publié par Fr Greg.

Tout n’est qu’apparitions et disparitions

Ce dimanche n’est pas un jour comme les autres. Aucun jour n’est comme les autres. Il n’y a ni jour ni nuit. Il n’y a que les instants où nous sommes éveillés et où nous pouvons l’être même en dormant. Une pluie renvoie mon âme à la petite école du rien. Elle y fait ses devoirs. Sous la pluie, tu ne bouges plus. Tu réfléchis. Personne ne réfléchit autant qu’un arbre. La pluie sur l’herbe fait le bruit de dix mille fourmis courant sur une soie verte. Ce qui ne tremble plus de tes feuilles tremble dans mon âme. Il fallait que tu te taises pour que je t’entende. Je suis heureux et rien en est la cause. Le fond de la santé est la belle humeur, le rossignol perché sur la veine aorte.

La gaieté sans cause est assurée de renaître sans cesse. C’est comme tes feuilles, n’est-ce pas ? Elles chantent pour aucun Dieu. Elles chantent comme on pleure, comme on rit et comme on meurt. Quand je te vois, je vois ma mort qui rit, la veine au poignet du temps et cette lumière qui bat. Au fond de l’univers sans fond danse une lumière d’ardoise, la colonne vertébrale de Dieu, un tremble aux feuilles d’or. Autour de moi beaucoup de livres. Des poèmes. Ils contiennent quelque chose d’aussi rapidement agissant sur le cœur que de la digitaline.

La vérité nous sort du rang des morts. Le poème est son ange. Je verse trois gouttes de feu sur un papier blanc : c’est pour faire apparaître un tremble dans le silence du monde. Tout n’est qu’apparitions et disparitions. Le nouveau-né le sait, qui voit sans fin surgir et s’éloigner l’astre rayonnant du visage maternel. Rien n’existe que par intervalles, comme la poussée du sang dans le cœur ou le battement de tes feuilles saturées d’or. Quand je lis, tu tombes sous la hache de ma rêverie. Tu ressuscites dès que, las des flammes du poème, je relève la tête pour t’admirer. Dieu est par éclipses. Te voir, c’est voir l’échelle qui mène au ciel et c’est ne pas vouloir monter car le bas est déjà le sommet ; et ne rien vouloir, une extase. Le froissement de ton feuillage a des rumeurs savantes. Ah, la joie de ce travail dont nul ne vient à bout : vivre !

Nous n’avons pas plus de raison d’être qu’un arbre livré au ravissement des lumières oublieuses et, comme lui, nous voyons Dieu. Un oiseau verse le vin de son chant dans une coupe de lumière. Tous les oiseaux s’appellent Maître Eckhart. La beauté nous ignore mais son passage, fût-il bref, nous délivre de nous-mêmes et nous rend aux étoiles dont le flux et les cris baignent toutes choses et le vide entre toutes choses. Ouvrez ma poitrine, vous y trouverez un livre. Ouvrez le livre, vous y trouverez un tremble. J’ai la tête coupée par un sabre de feuillage. Les villes s’effondrent avec leurs tristes raisons de durer. Je lègue mon silence aux nuages et mes rires à un arbre dont le jeu, l’âme et le souffle m’étourdissaient. Je veux qu’on m’enterre dans le bleu afin que ma joie, pareille à celle du tremble, soit sans fin. Enfants des bois, renards des prairies, rêveurs sous la lune, si quelqu’un commence à vous parler de Dieu, fuyez-le. Vous en savez plus que lui.

Christian Bobin.

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Les incompris...

5 Janvier 2015, 08:09am

Publié par Fr Greg.

Les incompris...

« Les artistes figurent parmi les personnes les plus persévérantes et courageuses que l’on puisse trouver sur terre. En une année, ils vivent plus de situations difficiles et d’échecs que la plupart des gens dans toute une vie. 

Chaque jour, les artistes font face au défi financier d’être un travailleur autonome, au manque de respect, à l’incompréhension des gens qui pensent qu’ils devraient trouver une « vrai job », affronter leur propre peur de ne jamais plus travailler à nouveau.

Chaque jour, ils doivent ignorer et dépasser l’idée que ce à quoi ils consacrent leur vie est peut-être une chimère.

Chaque année qui passe, nombre d’entre eux regardent les personnes de leur âge franchir les étapes d’une vie normale : voiture, famille, maison et épargne. Mais ils restent fidèles à leurs rêves en dépit des sacrifices consentis. Pourquoi ? Parce que les artistes sont prêts à dédier leur vie entière pour faire naître ce moment – ce trait, ce rire, ce geste ou cette interprétation qui touchera l’âme du public.

Les artistes sont des êtres qui ont goûté au nectar de la vie, dans cet instant cristallisé où leurs créations ont touché le coeur de l’autre. À cet instant là, ils sont si proches de la magie, du divin, de la perfection, comme personne ne le sera jamais. Et au plus profond de leur coeur, ils savent que dédier leur vie à faire naître ce moment vaut plus que milles vies ».

 

David Ackert (Traduction libre : Marianne Coineau)

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De l'incapacité à tirer quoi que ce soit de ses propres errements

5 Janvier 2015, 07:21am

Publié par Fr Greg.

Film absolument incroyablement magnifique ! ;-)

Film absolument incroyablement magnifique ! ;-)

 

Les frères Coen ont toujours eu une profonde affection pour les perdants. Avec Llewyn Davis, chanteur de folk imaginaire du début des années 1960, ils ont trouvé leur champion de l'échec. Le héros de leur nouveau film (Grand Prix au festival de Cannes) rate tout ce qu'il entreprend avec une application qui force le respect. Depuis que son partenaire de scène a disparu, la (petite) heure de gloire de Llewyn est passée. Les invendus de son premier album solo s'accumulent et, quand il ne se fait pas rouer de coups par un colosse mystérieux, il erre dans le froid de l'hiver new-yorkais, sans manteau ni maison.

Il doit sans cesse mendier l'hospitalité auprès d'amis, universitaires bizarres, ou de collègues musiciens de moins en moins attentionnés. Quitte à se montrer franchement maso lorsqu'il supplie Mary de l'aider, son ex-copine très remontée contre lui (Carey Mulligan, craquante en Joan Baez aux cheveux courts)... Ce n'est pas tout : alors qu'il obtient, enfin, un petit boulot pour une session d'enregistrement, il choisit de renoncer à ses droits d'auteur pour toucher un peu plus de dollars en cash. Mauvais calcul : la chanson, une version très drôle de Please Mister Kennedy, devient un tube ! Et quand, au bout du rouleau, il décide de renoncer à la musique pour se réengager dans la marine marchande, une histoire kafkaïenne de cotisations syndicales le maintient à quai...

Llewyn Davis, c'est le frère en déveine du professeur de sciences d'A serious man qui se trouverait plongé dans un cauchemar à la Barton Fink. Mais un cauchemar irrésistible, tant les frères Coen ont le don de faire rire des malheurs de leurs personnages tout en les rendant incroyablement attachants. Dans un gag récurrent génial, un chat roux oblige le héros à cavaler dans tout New York. Détail qui a son importance : l'animal fugueur se nomme Ulysse... La vie de bohème de Llewyn Davis prend vite des allures de mini-odyssée des temps modernes, jalonnée de rencontres avec des créatures inquiétantes et grotesques : un chanteur de country dégingandé, un chauffeur au regard de tueur, un jazzman boiteux et camé, incarné tout en démesure par John Goodman lors d'un périple infernal jusqu'à Chicago... Inside Llewyn Davis, en fait, c'est la version urbaine et nocturne d'O brother, le grand cru 2000 des frères Coen, où un taulard au prénom mythologique traversait le Mississippi haut en couleur de la grande dépression pour retrouver son foyer.

 

Dans les deux films, la musique est au premier plan. Après le blues rural des années 1930, Joel et Ethan Coen font revivre la scène folk des sixties avec une minutie d'archéologues. De nombreuses images s'inspirent des pochettes de disques de l'époque, et la somptueuse photographie de Bruno Delbonnel donne une patine vintage à la reconstitution des clubs enfumés de Greenwich Village. Pas la peine de connaître la discographie intégrale de Dave Van Ronk (l'obscur folk singer qui a inspiré le personnage de Llewyn Davis) pour prendre un plaisir immense à l'écoute de la bande-son.

Toutes les chansons sont jouées in extenso et sans play-back, que leurs interprètes soient professionnels (Justin Timberlake, étonnant en « folkeux » propre sur lui) ou amateurs très doués, comme Oscar Isaac. L'acteur, et désormais chanteur, de tous les plans ou presque, est bluffant. Il ne dissimule pas la dimension pitoyable et le caractère parfois odieux de Llewyn, mais bouleverse dans la peau de ce créateur sincère, victime de son intégrité radicale. Il y a du Bob Dylan dans cet artiste maudit — mais un Dylan qui serait retourné dans son Minnesota natal, faute d'avoir percé. Dans une séquence délicieusement ironique, Llewyn Davis range définitivement sa guitare au moment même où un inconnu à la voix nasillarde fait ses grands débuts sur la scène du Gaslight Cafe... — Samuel Douhaire

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Silence. Des yeux, des mains, un souffle...

4 Janvier 2015, 08:01am

Publié par Fr Greg.

Silence. Des yeux, des mains, un souffle...

Malheur à vous qui avez fait du Christ un fils de bonne famille. Les saints et les joueurs de jazz ne sont pas des gens convenables, c’est pourquoi les connaître donne tant de joie. La main en suspens au-dessus du clavier, Thelonious Monk appelle en silence. « Il y a quelqu’un ? » est la question posée. On entend la même question dans les psaumes. Chaque note est jouée dans l’espérance d’entendre la réponse. Les musiciens de jazz ne vieillissent jamais. Avec le temps, ils deviennent des montagnes sacrées aux vapeurs de tabac anglais, chefs-d’œuvre de joie-sagesse. Monk a fini ses jours dans un appartement new-yorkais, au milieu d’une centaine de chats regardant les étoiles tituber sur les eaux noires de l’Hudson, toute l’Égypte dans leurs yeux. Une baronne l’avait adopté avec son épouse. Isabelle Rimbaud, Dora Diamant, Nadejda Mandelstam : les femmes qui prennent soin des poètes, on devrait comme je le fais ici recopier leur nom, faire en sorte que la mousse du temps ne le recouvre jamais.

Dans les dernières années, Thelonious Monk ne touchait plus aucun piano, ne parlait plus. Ce n’était pas la folie. La folie est un bêlement d’agneau égaré. C’était la paix immense que savent les nouveau-nés. Il avait rejoint ce royaume jadis entrevu entre deux notes. Vivre répond à tout. Oui, sans aucun doute, « il y a quelqu’un ». J’ai vu une pauvresse dans une galerie marchande compter ses sous. De sa main droite, elle prélevait une à une les petites pièces en cuivre dans sa main gauche comme on cueille des mûres, en prenant soin de ne pas les écraser. Une lumière sortait de ses mains. Son attention valait celle d’une sainte. Son courage m’éblouissait. Il faut du courage pour tout, même pour ramasser un crayon tombé à terre. Nous sommes des brouillons de poème, les tentatives que fait Dieu pour prendre l’air. La paix intérieure est la seule terre sainte.

J’écoute un hibou dans l’opéra glacé de la nuit. Je ne crois pas à ce qu’on me dit. Je crois à la manière dont on me le dit. Je crois à la vérité inexprimable des souffles. Je crois au Dieu qui fait briller le poil des chats et les yeux des vieux pianistes de jazz. Elle est si brève, la vie interminable. Je donne mon cœur aux vagabonds qui dorment dans les fossés des livres. La vie est un conte de fées avec ses forêts, ses ogres et sa chance ultime. Je ne crois à rien de raisonnable. Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu. Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je crois que nous passons le meilleur de notre vie à construire des fenêtres pour encadrer le vide et que c’est la plus belle partie du conte de fées.

Christian Bobin

le monde des religions.

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Même nos ratures sont belles...

3 Janvier 2015, 08:03am

Publié par Fr Greg.

Même nos ratures sont belles...

 

"Je voudrais alléger cette vie, mais par le vrai et non par le faux. Le coeur brûlant et muet peut engloutir toutes les métaphysiques, tous les livres révélés. L'amour embrasse toutes les saisons du temps et les rassemble. En une seule seconde, il fait une gerbe de tout l'or de l'autre. On n'a qu'une vie, et on l'écrit en la vivant. Les ratures sont nos blessures mais tout est gardé. Peut-être qu'en mourant on emporte notre manuscrit avec nous avec ses obscénités ou ses splendeurs, ses fautes d'orthographe et sa calligraphie incertaine. Quand c'est très bien écrit, alors hosanna! Parfois même les ratures sont belles comme des enluminures. Certaines souffrances sont belles comme des oeuvres d'art. L'idéal serait de vivre comme Bach écrivait ses partitions."
C. Bobin, la lumière du monde.

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Arrêtez d'être gentils !

2 Janvier 2015, 11:15am

Publié par Fr Greg.

Arrêtez d'être gentils !

« Je n'ai plus de patience pour certaines choses, non pas parce que suis devenue arrogante, mais tout simplement parce que je suis arrivée à un point dans ma vie où je ne veux pas perdre plus de temps avec ce qui me blesse ou avec ce qui me déplaît.

Je n'ai aucune patience pour le cynisme, la critique excessive ni pour les exigences d'une nature quiconque.

J'ai perdu la volonté de plaire à celui qui n'aime pas, d'aimer à celui qui ne m'aime pas et à sourire à celui qui ne veut pas me sourire.

Je ne dédie plus une seule minute à celui qui ment ou à celui qui veut manipuler.

J'ai décidé de ne plus vivre avec la prétention, l'hypocrisie, la malhonnêteté et l'éloge pas cher. Je n'arrive pas a tolérer l'érudition sélective et l'arrogance académique.

Je n'ai pas à m'adapter plus avec les affaires du voisinage ou avec le commérage. Je déteste les conflits et les comparaisons. Je crois à un monde de contraires et c'est pour ça que j'évite des gens ayant un caractère rigide et inflexible.

En amitié, je n'aime pas le manque de loyauté ni la trahison. Je ne m'entends pas bien avec ceux qui ne savent pas donner un compliment et qui ne savent pas encourager.

Les exagérations m'ennuient et j'ai du mal à accepter ceux qui n'aiment pas les animaux.

Et pour couronner le tout, je n'ai aucune patience pour ceux qui ne méritent pas ma patience.»     

Meryl Streep

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Magique Estas Tonné...

2 Janvier 2015, 08:01am

Publié par Fr Greg.

http://www.estastonne.com/ETMusic/index.html

http://www.estastonne.com/ETMusic/index.html

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Nous ne connaîtrons jamais d’autre perfection que celle du manque.

1 Janvier 2015, 08:06am

Publié par Fr Greg.

Nous ne connaîtrons jamais d’autre perfection que celle du manque.

« Nous sommes en danger dans le temps de notre vie. Nous sommes dans le danger d’échanger la ferveur de nos jours contre la douceur d’une vie morte. C’est dans toutes les langues que, dans l’enfance, on nous apprend la soumission à la raison et aux sagesses. Le renoncement est le fruit de tout apprentissage. Il fait partie de l’évidence des saisons. Il en a la fatalité et la monotonie. Il n’y a pas de compromis entre nous et le monde. Il n’y a pas de repos ni d’alliance, et toute concession faite au monde ne peut l’être qu’au détriment de notre vie profonde. 

La solitude seule nous délivre. Elle nous est donnée par l’amour et se confond avec lui. La solitude épure la vue. Elle nous dit que nos jours passent plus vite que le vent sur les eaux, que notre âme est plus pauvre que l’ombre sur la terre. La solitude nous amène vers la plus simple lumière : nous ne connaîtrons jamais d’autre perfection que celle du manque. Nous n’éprouverons jamais d’autre plénitude que celle du vide, et l’amour qui nous dépouille de tout est celui qui nous prodigue le plus.

C’est dans cette lumière que je vous aime. La force qui m’en vient est immense. On dirait une faiblesse, une fièvre, un tourment. Elle émane de l’amour comme le sang d’une plaie franche. Elle vous étonne et vous craignez qu’elle ne puisse longtemps se maintenir sans, un jour, céder à son propre vertige, pour aussitôt s’effondrer. Vous appelez parfois une telle chose du fin fond de votre âme, comme on appelle la catastrophe afin que – par sa venue- elle nous délivre du sombre pressentiment d’elle-même.

C’est une chose qui se dit dans le monde et que parfois vous croyez : de toutes les éternités qui nous sont accordées l’amour serait la plus périssable. Comment vous répondre ? Je regarde les autres femmes. Je les vois comme elles sont : belles et désirables. Les hommes aiment toujours les étrangères. Les jeunes femmes inconnues sont à leurs yeux la plus clair figure de l’invisible. Elles touchent en eux l’enfance jamais comblée.

Je regarde les autres femmes et aucune n’est comme vous êtes : contemporaine de ma naissance et de ma mort. Au centre de moi comme au centre de tout. Il n’y a rien en dehors de l’amour. Il n’y a rien en dehors de vous et je n’ai, pour vous en convaincre, que cette jouissance qui me vient de vous, de votre seule existence perdue dans le monde, sous le ciel, sous le bleu.

Dans la lutte avec l’ange, c’est en perdant que l’on triomphe. C’est en renonçant à toute maîtrise sur le cours d’un amour plus brûlant que notre âme. »

Christian Bobin, « Lettres d’or »

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LOCKE ! ou l’homme du sérieux...

31 Décembre 2014, 10:52am

Publié par Fr Greg.

Excellent film, spécialement pour ceux qui ont la constante tentation de la perfection et de la maitrise !

Excellent film, spécialement pour ceux qui ont la constante tentation de la perfection et de la maitrise !

Expérience radicale : on passe une heure et demie à bord d'une BMW roulant, de nuit, sur l'autoroute reliant Birmingham à Londres, avec le conducteur pour toute compagnie. Quand le film commence, Ivan Locke a un boulot de contremaître, il est marié et père de famille. Un seul coup de fil suffit à amorcer l'engrenage qui va détruire sa vie, du fait de son désir de toujours tout assumer, réparer, controler, maitriser à la perfection...

 

 

De ce projet plutôt casse-gueule sur le papier – il faut bien l’admettre -, le réalisateur Steven Knight nous épate en réussissant le tour de force d’en tirer un film absolument captivant, un drame à la fois familial et professionnel pour le personnage principal, autour duquel tout s’effondre.

L’intrigue scénaristique, basée pourtant sur des éléments tout simples (la tromperie conjugale, l’accident de chantier à venir qu’Ivan Locke doit impérativement anticiper avant le petit matin), se dévoile au fur et à mesure des coups de fil du personnage, seul face à la route – et métaphoriquement seul face aux décisions qu’il a à prendre -. Plus il avance sur cette autoroute dans la nuit, plus Ivan Locke se retrouve au pied du mur, avec comme seule alternative : dire la vérité à son épouse et aussi à son patron.

Un drame intense de la première à la dernière minute.

à voir !

 

 

L’homme du sérieux est un des plus puérils qui soient. Il se penche sur sa vie comme l’écolier sur sa copie. Il s’applique et se scandalise de l’indulgence du maître pour les mauvais élèves qui savent que la vie est parfois grave, souvent légère – jamais sérieuse. C. Bobin. Eloignement du monde.

 

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Finir l'année en Fauve...

31 Décembre 2014, 08:08am

Publié par Fr Greg.

Finir l'année en Fauve...

 

Nous sommes de ceux qu'on ne remarque pas 
Des fantômes / des transparents / des moyens
Nous sommes de ceux qui ne rentrent pas en ligne de compte
Nous sommes de ceux qu'on choisit par défaut

Nous sommes de ceux qui ont la peau terne / les traits tirés et le regard éteint 
Des visages-pâles / des teints-gris
Nous sommes de ceux qui se délavent de jour en jour
Nous sommes de ceux qui ont du mal à s'entendre penser

Nous sommes de ceux qui se maîtrisent difficilement
Nous sommes de ceux qui mettent mal à l'aise en public 
Nous sommes de ceux qui dérapent dans les escaliers des bibliothèques 
Nous sommes de ceux qui dansent de façon embarrassante

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Comment vivre après ça...?

30 Décembre 2014, 14:22pm

Publié par Fr Greg.

    Excellent film russe de Yuri Bykov entre Dostïevski et Tarkovski.
    Excellent film russe de Yuri Bykov entre Dostïevski et Tarkovski.

Excellent film russe de Yuri Bykov entre Dostïevski et Tarkovski.

 

 

The Major (2013)

 

Un capitaine de la police, qui fonce en voiture vers la maternité où sa femme accouche, renverse un enfant et le tue sur le coup.

 

On est au milieu de nulle part, aucun témoin dans les parages, à part la mère de la petite victime. Le flic appelle à la rescousse un collègue, qui entreprend de le sortir de ce pétrin...

 

 

 

Abus de pouvoir, népotisme, institutions gangrenées : c'est un sombre tableau que brosse Youri Bykov dans ce thriller moral qui lorgne vers le cinéma américain des années 1970, vers celui de James Gray, aussi. L'ambiguïté est reine, les protecteurs sont des persécuteurs, les héros n'existent pas. Le flic chauffard, meurtrier malgré lui, tente pourtant de se racheter. Mais le sort s'acharne sur lui. Le film vire au huis clos dans un commissariat sinistre, délabré, qui abrite tous les maux de la société et ses dernières vertus (rares sont ceux qui font preuve de courage, de probité...).

 

     

 

 

La mise en scène est un peu démonstrative. Mais la violence, tant physique que morale, le défilé des trognes, le climat général de corruption, tout cela distingue ce polar du tout-venant. L'acteur qu'on remarque le plus, c'est le réalisateur lui-même. Puissant, parfait dans le rôle du zélé faustien. — 

Jacques Morice

Télérama.

 

 

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Poésie

30 Décembre 2014, 08:47am

Publié par Fr Greg.

Poésie

 

FIGAROVOX/EXTRAITS - Au mois de février, Fabrice Luchini sera seul en scène pour dire Paul Valéry, Le Bateau ivre et quelques autres textes.

 

LE FIGARO. - Vous commencez le 5 janvier un spectacle intitulé «Poésie?». Vos choix sont de plus en plus exigeants…

 

Fabrice LUCHINI.- La poésie ne s'inscrit plus dans notre temps. Ses suggestions, ses silences, ses vertiges ne peuvent plus être audibles aujourd'hui. Mais je n'ai pas choisi la poésie comme un militant qui déclamerait, l'air tragique: «Attention, poète!» J'ai fait ce choix après avoir lu un texte de Paul Valéry dans lequel il se désole de l'incroyable négligence avec laquelle on enseignait la substance sonore de la littérature et de la poésie. Valéry était sidéré que l'on exige aux examens des connaissances livresques sans jamais avoir la moindre idée du rythme, des allitérations, des assonances. Cette substance sonore qui est l'âme et le matériau musical de la poésie.

 

Valéry s'en prend aussi aux diseurs…

Il écrit, en substance, que rien n'est plus beau que la voix humaine prise à sa source et que les diseurs lui sont insupportables. Moi, je suis un diseur, donc je me sens évidemment concerné par cette remarque. Avec mes surcharges, mes dénaturations, mes trahisons, je vais m'emparer de Rimbaud, de Baudelaire, de Valéry. Mais pas de confusion: la poésie, c'est le contraire de ce qu'on appelle «le poète», celui qui forme les clubs de poètes. Stendhal disait que le drame, avec les poètes, c'est que tous les chevaux s'appellent des destriers. Cet ornement ne m'intéresse pas. Mais La Fontaine, Racine, oui. Ils ont littéralement changé ma vie. Je n'étais pas «un déambulant approbatif», comme disait Philippe Muray, mais je déambulais, et j'ai rencontré, un jour, le théâtre et la poésie comme Claudel a vu la lumière une nuit de Noël.

 

La poésie est considérée comme ridicule, inutile ou hermétique…

Elle a ces trois vertus. Ridicule, c'est évident. Il suffit de prononcer d'un air inspiré: «Poète, prends ton luth…» Musset est quatorze fois exécrable, disait Rimbaud, et tout apprenti épicier peut écrire un Rolla. Inutile, elle l'est aussi. Hermétique, c'est certain. J'aimerais réunir les gens capables de m'expliquer Le Bateau ivre.

 

C'est un luxe pour temps prospère?

La poésie, c'est une rumination. C'est une exigence dix fois plus difficile qu'un texte de théâtre. La poésie demande vulnérabilité, une capacité d'être fécondée. Le malheur est que le détour, la conversation, la correspondance qui sont les symboles d'une civilisation ont été engloutis dans la frénésie contemporaine. Nietzsche, il y a un siècle, fulminait déjà contre les vertus bourgeoises qui avaient envahi la Vieille Europe. Vous verrez, disait-il, ils déjeuneront l'œil sur leur montre et ils auront peur de perdre du temps. Imaginez le philosophe allemand devant un portable!

 

Vous êtes hostile au portable?

J'en ai un comme tout le monde. Mais c'est immense, l'influence du portable sur notre existence. Une promenade, il y a encore vingt ans, dans une rue pouvait être froide, sans intérêt, mais il y avait la passante de Brassens, ces femmes qu'on voit quelques secondes et qui disparaissent. Il pouvait y avoir des échanges de regard, une possibilité virtuelle de séduction, un retour sur soi, une réflexion profonde et persistante. Personne, à part peut-être Alain Finkielkraut, n'a pris la mesure de la barbarie du portable. Il participe jour après jour à la dépossession de l'identité. Je me mets dans le lot.

 

N'est-ce pas un peu exagéré?

La relation la plus élémentaire, la courtoisie, l'échange de regard, la sonorité ont été anéantis pour être remplacés par des rapports mécaniques, binaires, utilitaires, performants…

 

«Poésie?» Le Lucernaire: à partir du 1er février. Réservations: 01.45. 44.37.34

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WHIPLASH

29 Décembre 2014, 08:00am

Publié par Fr Greg.

WHIPLASH

A 19 ans, Andrew est déjà un virtuose de la batterie. Au conservatoire de Manhattan, il se donne les moyens de réussir dans le jazz. Il voudrait que le redoutable Terence Fletcher l'intègre dans son orchestre qui réunit les meilleurs éléments de l'école. Alors qu'il pense l'avoir séduit, le professeur tyrannique le rabaisse et l'humilie en public. Fletcher ne cesse de souffler le chaud et le froid, partisan de la violence psychologique. Son sadisme pèse sur la vie sentimentale du jeune homme qui commence une relation avec la jolie Nicole. Finalement batteur du groupe, il prend tous les risques pour arriver à temps à un concert...
 

Garder ses mains dans ses poches quand surgit le dernier plan de Whiplash, c'est comme assister à un concert de Stromae assis : mission impossible. Partout où il passe, Sundance, Cannes, Deauville, et même, fait rarissime, en projection de presse, ce film électrisant produit chaque fois l'effet d'un coup de fouet (whiplash, en anglais) vivifiant. Et provoque un irrépressible besoin d'applaudir... Sur le papier, l'histoire d'Andrew n'a rien d'euphorisant. Bien décidé à devenir le meilleur, ce jeune batteur d'un conservatoire de Manhattan réussit à intégrer un orchestre de jazz ultra prestigieux. Le hic : il est dirigé par le terrifiant Terence Fletcher, qui tient la perversité et l'humiliation pour des vertus pédagogiques.

Avec une virtuosité incroyable, Damien Chazelle fait de cette maigre intrigue un duel captivant où le jazz, musique jouissive, se fabrique dans la douleur, à grands jets de sueur et de sang. Mise en scène syncopée, tension permanente, jeux d'éclairage dignes d'un film noir... S'inspirant de sa propre expérience à la batterie, le réalisateur américain mélomane (son premier film rendait hommage aux musicals des années 1930) imprime au récit le tempo de ces vieux standards de jazz (dont Whiplash) qui donnent tant de mal à Andrew. En quelques gros plans — la main d'un batteur truffée d'ampoules, une flaque de salive aux pieds d'un trompettiste —, le réalisateur rend sensible la souffrance et l'angoisse de ces jeunes musiciens qui, sous une façade harmonieuse, se livrent à une compétition acharnée. Dans ce combat sans merci, l'art de l'instrumentiste vire au sport de combat et la salle de concert au ring de boxe. Avec les répliques de Fletcher, le bourreau des pupitres, en guise d'uppercuts : « Voyons si tu es là grâce à ton physique... », dit-il à une jolie tromboniste en lui faisant signe de jouer. Une seule note et le verdict tombe, cinglant : « La réponse est oui. »

 

Formellement maîtrisé, le film brille, aussi, par ses qualités d'écriture. Au fil d'un récit qui ne cesse de se réinventer jusqu'au twist final, les personnages se densifient, gagnent en complexité. Entre le jeune ambitieux et le prof castrateur, le face-à-face devient de plus en plus ambigu. Andrew (excellent Miles Teller), d'abord pathétique et intrépide, se révèle arrogant, très mauvais camarade, prêt à toutes les bassesses pour devenir un grand. Quant à la cruauté de son mentor, interprété par J.K. Simmons, connu pour son rôle de sadique dans la série Oz, elle masque une âme tourmentée. Intimement persuadé que le génie ne peut naître que d'une réaction d'orgueil, Fletcher croit dur comme fer à la légende de Charlie Parker : le roi du be-bop serait devenu le « Bird » après avoir reçu, un soir où il avait mal joué, une cymbale et des moqueries en pleine tête.

 

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