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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

" La vérité comme la lumière aveugle "

10 Septembre 2012, 02:19am

Publié par Fr Greg.

 

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N’avez-vous jamais eu subitement besoin de sympathie, de secours, d’amitié ? Oui, bien sûr. Moi, j’ai appris à me contenter de la sympathie. On la trouve plus facilement, et puis elle n’engage à rien. « Croyez à ma sympathie » , dans le discours intérieur, précède immédiatement « et maintenant, occupons-nous d’autre chose ». C’est un sentiment de président du conseil : on l’obtient à bon marché, après les catastrophes. L’amitié, c’est moins simple. Elle est longue et dure à obtenir, mais quand on l’a, plus moyen de s’en débarrasser, il faut faire face. Ne croyez pas surtout que vos amis vous téléphoneront tous les soirs, comme ils le devraient, pour savoir si ce n’est pas justement le soir où vous décidez de vous suicider, ou plus simplement si vous n’avez pas besoin de compagnie, si vous n’êtes pas en disposition de sortir. Mais non, s’ils téléphonent, soyez tranquille, ce sera le soir où vous n’êtes pas seul, et où la vie est belle. Le suicide, ils vous y pousseraient plutôt, en vertu de ce que vous vous devez à vous-même, selon eux. Le ciel nous préserve, cher monsieur, d’être placés trop haut par nos amis ! Quant à ceux dont c’est la fonction de nous aimer, je veux dire les parents, les alliés (quelle expression !), c’est une autre chanson. Ils ont le mot qu’il faut, eux, mais c’est plutôt le mot qui fait balle ; ils téléphonent comme on tire à la carabine. Et ils visent juste. Ah ! les Bazaine ! 

Albert Camus, La chute. 

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Aux gens qui s’affolent...

9 Septembre 2012, 08:19am

Publié par Fr Greg.

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Dites aux gens qui s’affolent : « Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c'est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver » Isaie, 35,4. 

 

La crise de notre humanité est avant tout une crise de l'espérance. Nous avons trop facilement une espérance humaine, à propos de choses secondes : des attentes mondaines, imaginatives, à notre taille, trop petites quoi. L'attente seule d’un changement humain engendre toujours plus de déceptions et la foi en Celui qui nous attend n’est plus une vie qui nous mobilise. Nous avons donc l'espérance d'un « mieux » humain, mais pas celle de Dieu lui-même : trop lointain pour nous, inaccessible, pas selon notre sensibilité, notre vécu ou notre ressenti, bref pas possible, et surtout pas très ‘utilisable’… Or, « la vraie, la grande espérance de l'homme, qui résiste malgré toutes les désillusions, ce peut être seulement Dieu – le Dieu qui nous a aimés et qui nous aime » dixit Benoit XVI.

 

Fr Grégoire.

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1912-2012: 100 ans de la naissance du Père Marie-Dominique Philippe

8 Septembre 2012, 12:46pm

Publié par Fr Greg.

Figure éminente de l'Église se renouvelant à la lumière du concile Vatican II, prêcheur inlassable, fidèle à l'ordre dominicain auquel il appartenait, fondateur de la Communauté Saint-Jean, né le 08 septembre 1912.

 

 

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C'est en 1980 - je n'avais pas encore vingt ans -lors d'une retraite dans un Foyer de Charité, à Roquefort-Les-Pins, que j'ai rencontré pour la première fois ce théologien reconnu. C'était la Semaine sainte : je découvris alors avec étonnement et admiration une compréhension des mystères de la Passion comme jamais on ne me les avait expliqués. Le père Marie-Dominique Philippe me fit toucher, comme à tant d'autres, l'importance du disciple bien-aimé, le tout jeune Jean, uni à la Vierge Marie, fidèle au pied de la Croix, celui-là même qui a vu donner le coup de lance dans le cœur du Christ, d'où ont jailli le sang et l'eau, lui qui témoigne qu'ayant vu "il sait qu'il dit vrai". Toute la vie, entièrement donnée du père Philippe, fut de nous faire entrer "toujours plus loin" dans ce grand mystère. Nous avions à être des disciples "contemporains" du cœur blessé de l'Agneau

Attentif aux plus pauvres, donnant son temps sans compter, le père Marie-Dominique Philippe est, sans conteste, en amont d'une immense œuvre. Il était farouchement attentif à l'enseignement de l'Église et particulièrement à l'enseignement lumineux et exigeant de saint Thomas d'Aquin qu'il connaissait parfaitement et qu'il enseignait avec autorité, c'est-à-dire avec la pédagogie d'un véritable maître.

Jean-Paul II fut, en particulier, un pape qu'il n'a cessé de commenter. La joie du père Philippe fut immense lors de la parution en 1998 de l'encyclique Fides et Ratio. Théologien, le père Marie-Dominique n'en était pas moins docteur en philosophie, et cette encyclique majeure du pontificat, rappelant à point nommé l'alliance fondamentale de la foi et de l'intelligence, confirmait le père Marie-Dominique dans toutes les intuitions qu'il ne cessait de développer inlassablement depuis tant d'années.

Dans La Libellule ou... le Haricot, les "Confessions sur le siècle", mémoires roboratifs, du Père Bro, o.p., j'aime relire, en ce temps de deuil, cet éloge sympathique:

"J’ai une dette de gratitude à l'égard [du père Marie-Dominique Philippe], il fut mon voisin de cellule lorsque j'enseignais dans le couvent d'études du Saulchoir. Son courage, sa ferveur religieuse, son amour de l'Église en ont fait certainement un des pionniers les plus typiques et féconds de la fin du XXe siècle[ ... ]. Son livre Les Trois sagesses montre comment le regard d'un philosophe est rendu encore plus aigu par la pratique de la théologie et comment la théologie est rendue plus vraie par la sagesse mystique. La conjonction des trois sagesses est exprimée dans ces pages d'une manière exemplaire, et contagieuse. Que de fois, me suis-je dit intérieurement, "quel bonheur, il pense cela".

J'ai beaucoup échangé avec le père Marie-Dominique Philippe lorsque pendant des années il était mon voisin de cellule au couvent d'études du Saulchoir, au moment où nous y étions tous les deux professeurs. Je me suis bien souvent confessé à lui. Il m'a inlassablement conseillé, avec magnanimité, pour ma thèse de doctorat ou pour tel cours plus difficile que j'avais à assurer le lendemain matin, ne ménageant jamais son temps. Cela me donne droit de mesurer l'étrange réaction de ceux qui s'en prennent à lui sans l'avoir parfois jamais rencontré. Je pense par exemple aux amalgames d'articles de journaux qui l'accusèrent en janvier 2001 d'introduire des sectes dans l'Église. Le père Marie-Dominique Philippe aura aidé les disciples de Thomas d'Aquin à comprendre que la philosophie et théologie de celui-ci ne se limitent pas à un envoûtement des propriétés de la "notion d'être", mais conduisent à une authentique intelligence de la personne. Le séjour de Karol Wojtyla à Fribourg, là où enseignait le père "Marie-Do" n'a pas été sans conséquences sur Jean-Paul II, ni leur amitié.


Que veulent-ils ceux qui lui jettent la pierre ou le malmènent? Peu lui importe à lui, il a déjà remis sa copie.

Elle parle au cœur de l'Église." (p. 41-42).

Lors d'un séjour au Canada en 2004, j'ai pu mesurer à quel point le rayonnement du père Philippe dépassait les frontières françaises. Alors que je parlais de la jeune Communauté Saint-Jean à un prêtre qui réalisait une thèse ardue, alors qu'il me demandait qui en était le fondateur, à la réponse que je lui donnai, ses yeux s'illuminèrent et il s'exclama: ''Ah, le grand spécialiste de la Vierge Marie !" On ne serait évidemment pas complet, si tant est qu'on puisse l'être, en ne disant pas très vite le grand amour que le père Marie-Dominique Philippe avait pour la Vierge Marie. C'était plus qu'une simple dévotion ou une piété surannée. C'était hautement théologal: la Mère de Jésus continuait d'avoir un rôle de premier plan dans ces "temps de l'Église qui sont les derniers".

Début juillet, à Saint-Jodard, lieu de formation des frères novices, j'ai assisté à la dernière session de philosophie du père Marie-Dominique Philippe. Bien qu'affaibli physiquement, son intelligence restait plus que jamais vive, son cœur jeune m'a frappée alors, son insistance sur la Bonté. Comme le vieux saint Jean, le père Philippe continuait de creuser, "intelligence ouverte", l'essentiel: Dieu est amour, Dieu est bon. Et il s'attristait de voir que la Sagesse ne fût plus aimée.

"L'homme aux mille vocations", le deuxième "homme en blanc", entre autres, de toute une génération, ma génération, celle de Jean-Paul II, est entré dans le sein du Père. Comment être fidèle à son héritage? Il est tellement immense.

Hélène Bodenez, Décryptage, Août 2006.

 

 



 

 

 

 

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Spes nostra !

8 Septembre 2012, 00:14am

Publié par Fr Greg.

La naissance de Marie, c’est la naissance de celle qui est la plus pauvre, qui ne compte pas sur elle, qui vit du désir de celui qui l’a choisi de toute éternité ; et cela, c’est pour nous, c’est ainsi qu’Il nous regarde ! C'est pour cela qu'elle est notre Espérance, c'est à dire: elle ce que Jésus veut pour nous, d'un désir divin: actuel et divenement efficace.

 

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Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance, et je n’en reviens pas.
Cette petite fille qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance, Immortelle.

Car mes trois vertus dit Dieu, les trois vertus mes créatures,

mes filles mes enfants sont-elles-mêmes comme mes autres créatures,

de la race des hommes.


La Foi est une épouse fidèle. La Charité est une mère, une mère

ardente, pleine de cœur, ou une sœur aînée qui est comme une mère.

L’Espérance est une petite fille de rien du tout qui est venue au monde

le jour de Noël de l’année dernière, qui joue avec le bonhomme Janvier (…)  

et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas,
puisqu’elles sont en bois.


C’est cette petite fille qui traversera les mondes,

cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus.

 

La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs

et on ne prend seulement pas garde à elle.

 

Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux

du salut, sur la route interminable,

Sur la route entre ses deux sœurs la petite espérance s'avance.

       Charles PEGUY, Le porche de la deuxième vertu.

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N’attendez pas le jugement dernier, il a lieu tous les jours...

7 Septembre 2012, 02:14am

Publié par Fr Greg.

 

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"J'ai connu un homme qui a donné vingt ans de sa vie à une étourdie, qui lui a tout sacrifié, ses amitiés, son travail, la décence même de sa vie, et qui reconnut un soir qu'il ne l'avait jamais aimée. Il s'ennuyait, voilà tout, il s’ennuyait  comme la plupart des gens. Il s'était donc créé de toutes pièces une vie de complications et de drames. Il faut que quelque chose arrive, voilà l'explication de la plupart des engagements humains."

Albert Camus, La chute.

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Faut-il continuer "Que cherchez-vous?"

6 Septembre 2012, 02:11am

Publié par Fr Greg.

 

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Ce blog existe depuis presque 2 ans, pour redonner espérance, pour dire que c'est possible de découvrir la lumière et d'en vivre, que la lumière oblige à cette quête quotidienne, qu'elle n'est pas réservé à certains, qu'elle est présente dans nos expériences les plus simples, et pour cela j'ai voulu remettre en pleine lumière les grandes dimensions de notre personne humaine -distinct de notre vie chrétienne- sortir des chemins tout tracés, redécouvrir nos désirs les plus profonds, nos capacités, sortir du moralisme ambiant et du défaitismes culturel dans lequel nous baignons ...

 

 Vous êtes en moyenne entre 60 et 100 personnes à lire ce blog tous les jours, soit plus de 35,000 visiteurs unique à ce jour en 2 ans; et près de 80,000 connexions ! 

 

Pourriez-vous me dire :

-Si vous souhaitez que ce blog continue: oui/non, et pourquoi...

-Ce que vous y cherchez ou y trouvez..

-Ce que vous pourriez apporter.  

 

Enfin, ayant refusé toute publicité, je cherche  50 euros -pour 1an- pour l'hébergement du site (over-blog). Merci de me dire si vous êtes prêt à subvenir financièrement ce blog avant le 05/10.

Merci.

fr Grégoire.

Merci de répondre en cliquant sur " contact"

 

 

 

 

 

 

 

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Qu'est-ce que juger ? Et comment juger...?

4 Septembre 2012, 01:14am

Publié par Fr Greg.

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Le film raconte le calvaire d'Alain Marécaux - "l'huissier" de l'affaire d'Outreau - arrêté en 2001 ainsi que sa femme pour d'horribles actes de pédophilies qu'ils n'ont jamais commis. C'est l'histoire de la descente en enfer d'un homme innocent face à un système judiciaire incroyablement injuste et inhumain, l'histoire de sa vie et de celle de ses proches broyée par une des plus importantes erreurs judiciaires de notre époque.

 

Comment aborder un film relatant la terrible erreur judiciaire de l'affaire d'Outreau ? Le sujet pourrait se révéler casse-gueule tant il reste encore gravé dans toutes les mémoires, tant il a déchaîné les passions au début des années 2000. Pour son deuxième long métrage après Comme les autres, Vincent Garenq a choisi de s'attaquer avec Présumé coupable à cette histoire en se basant sur le témoignage d'un des accusés à tort d'Outreau, Alain Marécaux. Une terrible descente aux Enfers pour un homme accusé d'actes aussi ignobles les uns que les autres et qui n'aura, comme douze autres prévenus, bénéficié à aucun moment de la présomption d'innocence. Il faut bien avouer que la gravité des faits qui étaient reprochés dépassait l'entendement mais, même dans l'opinion publique, Alain Marécaux et ses compagnons d'infortunes, ont tout de suite été jugés coupables. Forcément la parole d'un enfant prime avant tout.

 

Dès les premières images de Présumé coupable, Vincent Garenq nous embarque dans la réalité. Il plante le décor : la perquisition chez la famille Marécaux, l'arrestation des parents, l'enlèvement des trois enfants, la mise en garde à vue sans que les intéressés sachent vraiment pourquoi, le juge d'instruction froid et déjà rempli de certitudes, l'attitude des policiers puis celle des médias... Vincent Garenq choisit le réalisme et ne cherche pas à édulcorer ou user d'artifices pour raconter l'histoire du point de vue de Marécaux. C'est brut, froid.

 

Alors évidemment, on ne peut pas être insensible à ce que nous raconte Vincent Garenq et par son intermédiaire Alain Marécaux. Il faudrait être inhumain pour ne pas ressentir de l'empathie mais cela ne s'arrête pas là. On passe par toute une palette d'émotion, au rythme de ce que l'accusé a subi tout au long des trois ans de son « calvaire ». On est tour à tour en colère, triste, outré, indigné, abasourdi par l'implacable machine judiciaire et humaine qui s'abat sur Alain Marécaux. Comme lui on se sent impuissant, on ressent l'injustice, le dégout... Mais tout cela sans dépasser le cadre de la réalité brut sans pathos, l'une des grandes forces du film.


Autre qualité de Présumé coupable, son interprète principal, Philippe Torreton, qui fait beaucoup plus qu'incarner Alain Marécaux. Il est l'accusé d'Outreau. L'acteur livre une performance rare et juste. Une implication telle qu'il a été jusqu'à perdre 27 kilos pour coller au mieux à ce que Marécaux a vécu et subi durant sa détention, entre tentatives de suicide, grève de la faim, éloignement de sa famille, divorce, une première condamnation et enfin l'acquittement...

 

A travers la vision d'un seul homme et de son vécu, Vincent Garenq livre un film fort qui vaut non seulement le détour par son côté documentaire que son histoire finalement tellement incroyable qu'elle ne serait certainement jamais sortie de l'esprit d'un scénariste. Et si grâce à la « fiction », un homme meurtri peut terminer sa reconstruction, dix ans après être tombé dans les abymes, c'est déjà l'essentiel.


Olivier CORRIEZ

http://lci.tf1.fr/cinema/presume-coupable-5670371.html

 

 


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Pardonner, une odieuse injustice...?

2 Septembre 2012, 00:08am

Publié par Fr Greg.

 

 

Pardonner n'est pas oublier, mais donner une fécondité divine à ce qui a été vain et inhumain !

 

 

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Ainsi la Cour de cassation de Bruxelles vient-elle, ce mardi 28 août 2012, d'accorder la liberté conditionnelle à Michelle Martin, ex-femme et complice du meurtrier pédophile Marc Dutroux, l'odieux assassin, après les avoir violées et emmurées vivantes, de quatre fillettes.

Carences de la justice belge

La Belgique est de nouveau, à la suite de cette très problématique et même révoltante décision de justice, sous le choc, sinon en colère. Les uns crient au scandale. Les autres hurlent à la honte. L'intensité de l'émoi tout autant que l'ampleur de l'indignation, au sein de la population, sont, du reste, compréhensibles : celle qui fut ainsi reconnue pourtant coupable de l'une des plus abominables séquestrations de personnes dans les annales judiciaires - c'est elle qui laissa mourir de faim et de soif, l'une des pires agonies qui soit, les petites Julie et Mélissa lorsque Dutroux était en prison - n'aura finalement purgé, pour cet épouvantable crime, que la moitié de sa peine, soit seize ans de réclusion sur les trente initialement prévus. C'est dire si les failles du droit belge, quant à cette libération anticipée, s'avèrent là, en ce très douloureux cas tout particulièrement, aussi flagrantes, au regard de la justice, que cruelles, à l'égard des victimes. 

Grandeur morale des victimes

Ce très légitime sentiment, Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, l'a d'ailleurs magnifiquement bien exprimé, admirable de dignité tout autant que de courage, dans la très poignante lettre qu'il vient d'adresser, sans haine ni esprit de vengeance, mais avec lucidité et fermeté de ton, à Michelle Martin, à laquelle il demande, non moins opportunément, si elle a encore une once d'humanité, sinon de conscience : "Vous êtes libre alors que je suis prisonnier de ma douleur." Car c'est bien ce perpétuel cauchemar éveillé qui préside désormais, pour l'éternité, au funeste destin de ce père à jamais brisé face à l'atroce mort, au sommet d'une barbarie sans nom, de son enfant.

Mais voilà : inutile, hélas, d'épiloguer outre mesure, du moins pour le moment, sur cette inique mais souveraine décision de justice ; la loi belge, quels que soient les dysfonctionnements et autres anomalies que l'on pourrait aisément lui imputer (notamment par rapport à la non-incompressibilité des peines, même dans les cas les plus graves), a définitivement tranché, toutes procédures respectées, aussi brutale et mécanique qu'un couperet, aussi froide et inflexible qu'un scalpel taillant, d'un geste sec mais précis, dans la chair vive. "Dura lex, sed lex."

Amants diaboliques

Il ne me viendra pas non plus à l'idée ici, ne fût-ce que par respect envers la mémoire de ces fillettes meurtries en leur innocence même comme par égard envers ces familles dévastées par leur incommensurable chagrin, de m'attarder à tenter de comprendre - je n'ai pas dit, la nuance conceptuelle est de taille, justifier - ce qui, sur le plan psychologique et même psychanalytique, aura bien pu pousser cette femme alors manifestement sous influence, par-delà ses indéniables propensions à la manipulation d'autrui, à suivre aussi aveuglément, en commettant l'irréparable, les pulsions criminelles de celui - son ancien mari - qu'elle disait aimer, à l'époque des faits, éperdument... jusqu'à, précisément, se perdre dans le mal absolu ! Aucun sentiment, fût-il le plus extrême, ne peut excuser, à moins de plaider la démence, pareille aliénation du jugement ! Aucun amour, fût-il le plus fou, ne saurait expliquer, à moins d'invoquer le délire, semblable obscurcissement de la raison !

Je n'ignore pas, toutefois, qu'il existe des femmes (ou des hommes) à ce point amoureuses de leur partenaire qu'elles seraient prêtes à le suivre en enfer et s'y damner l'âme. La littérature elle-même regorge de ces amants diaboliques. Jean-Paul Enthoven, écrivain dont l'étincelante plume n'a d'égale que la sagacité de l'esprit, brosse à ce propos, dans sa somptueuse mais tragique Dernière femme, et plus exactement dans son chapitre intitulé "Laure et ses blasphèmes", un terrible mais juste portrait de l'une des maîtresses, passionnée jusqu'à l'adoration et perverse jusqu'à l'abnégation, de Georges Bataille : "Cette sorte de femme rencontre toujours un certain succès auprès des individus qui, tout en redoutant leur part ténébreuse, se rêvent crucifiés. (...) Ce genre de femme déconcerte ceux qui s'en approchent tant elles se veulent innocentes en faisant le mal. Après tout, y sont-elles pour quelque chose ? Et n'auraient-elles pas consenti, avant de pactiser avec l'enfer, à ce bonheur serein qui les a repoussées ? Dès que ces femmes, mal suicidées, sont de retour sur le manège des vivants, elles massacrent avec un sourire. Ce sont des assassins bienveillants. Des bourreaux qui s'excusent."[1]

Mais trêve, via l'analyse littéraire, de diagnostics psychiatriques, lesquels, pour pertinents qu'ils puissent paraître au niveau théorique, pourraient surtout sembler déplacés, sinon indécents, au regard de l'indicible souffrance, bien réelle quant à elle, des victimes de cet innommable drame humain qu'est la tristement célèbre "affaire Dutroux".

Charité chrétienne

Car, entre les déplorables carences de la justice belge et la grandeur morale des parents de ces petites martyres, il reste encore à comprendre - et je peux dire là, en âme et conscience, justifier - ce qui motive, en toute logique, les soeurs du couvent des Clarisses de Malonne, paisible bourgade située non loin de la ville de Namur, à accueillir aussi généreusement, peut-être à leurs risques et périls, une Michelle Martin, la femme la plus honnie du royaume, qui, sans leur providentiel secours, ne saurait où aller ni à quel saint (c'est le cas de le dire) se vouer, risquant même de se faire lyncher par une foule assoiffée de vengeance, à partir du moment où, soudain livrée ainsi à la rue, cette libération met sa vie, paradoxalement, en danger.

Heureusement, donc, que ces bonnes soeurs sont là pour pallier les insuffisances de la justice ! Mais, en cette Belgique encore traumatisée par le pire crime de son histoire judiciaire, nombreux sont pourtant ceux qui s'insurgent, à grand renfort de slogans à l'emporte-pièce, contre l'attitude de ces religieuses. Ils ont tort, cependant ! Car ces miséricordieuses soeurs - et c'est un athée qui parle ici - ne font jamais là, animées par ce que les croyants nomment "l'esprit saint", qu'appliquer scrupuleusement les préceptes bibliques, que mettre très concrètement en pratique l'enseignement de l'évangile lui-même : aime ton prochain, fût-il un criminel, comme toi-même ; tends la joue droite à ceux qui te frappent sur la joue gauche ; ne t'endors pas le soir en n'ayant pas pardonné à ton ennemi ! Il y a en effet là, en cette pure et inconditionnelle charité chrétienne, quelque chose de profondément christique, de magnifiquement divin tant cet héroïque geste dépasse, quelle que soit notre difficulté à l'admettre, l'entendement humain...

Parole d'évangile

N'est-ce pas d'ailleurs le Christ qui, alors même qu'il était sur le point de rendre l'âme sur sa croix, accueillit au paradis le larron qui, crucifié lui aussi, implorait alors le pardon de ses péchés ? N'est-ce pas encore ce même Christ qui, empli de compassion, empêcha la femme adultère, que les plus médisants disaient prostituée, de se voir lapidée, sans pitié ni remords, par la foule ? Ses paroles, à cette occasion-là, sont restées célèbres : "Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre ; va, repens-toi et ne pèche plus."

C'est très exactement de cet esprit-là, pour incompréhensible qu'il soit au commun des mortels, que soeur Christine, abbesse du couvent des Clarisses, qui a une longue tradition d'accueil des personnes les plus vulnérables, s'inspire lorsqu'elle énonce, pour justifier la décision de son ordre, ces mots : "Madame Martin est un être humain capable, comme pour nous tous, du pire et du meilleur. (...) Nous croyons donc que tabler sur le meilleur d'elle-même n'est pas de l'inconscience de notre part." Que vaudrait par ailleurs le sacrifice du Christ en croix, descendu sur terre pour racheter les péchés du monde, s'il n'y avait, afin de gagner la vie éternelle, la possibilité du pardon ? C'est là l'essence même du christianisme, son fondement théologique tout autant que sa raison d'être. Sans cela, autant fermer les églises ! Ces catholiques qui protestent bruyamment en place publique pour demander la peau de Michelle Martin, au prétexte qu'ils n'oublient pas la gravité de son crime, devraient le savoir, eux qui vont à confesse chaque dimanche et se gargarisent de catéchisme. D'autre part, pardonner ne signifie pas oublier - bien au contraire, et c'est même là que réside la grandeur du pardon - pas plus que le repentir d'un individu n'équivaut, loin de là, à l'exonérer de son passé, ni la pénitence à effacer le mal qu'il a fait.

 

Oui, je le clame ici haut et fort, quitte à choquer les bien-pensants ou à heurter l'opinion publique : ces religieuses du couvent des Clarisses, en accueillant cette grande pécheresse de façon aussi désintéressée, sans même exiger auparavant d'elle une quelconque conversion à leurs propres convictions, sont là, conformément à leur vocation première tout autant qu'en parfaite cohérence avec la mission qu'elles se sont fixée, des chrétiennes exemplaires et, tout à la fois, d'une humanité sans pareille. Elles sont l'incarnation même, en leur généreuse humilité, de la foi chrétienne en ce qu'elle a - et c'est encore là le même athée qui parle - de plus noble et grand !


L'impénétrable voie du Seigneur

Et puis, qui sait si Michelle Martin, pour éminemment condamnable que soit son passé, ne suivra pas elle-même un jour ces spectaculaires méandres de la conversion la plus inattendue. Après tout, bon nombre de mystiques furent, avant leur extatique rencontre avec Dieu, de grands débauchés ou de vrais bandits, parfois même des criminels de la pire espèce. Le plus célèbre, au sein de cette étrange et surprenante assemblée, est un certain saint François d'Assise, qui, avant de devenir le très pieux moine que l'on sait, courait les tavernes, dépensant son argent sans compter pour s'enivrer du meilleur vin, tout en retroussant les filles et en faisant les quatre cents coups : un mélange avant la lettre, pour ce libertin des grands chemins, de Sade et de Casanova !

Bien avant encore, à l'aube du christianisme justement, il y eut Saul de Tarse, mieux connu sous le nom de saint Paul, qui, avant qu'il ne fût illuminé sur la route de Damas pour ensuite devenir le plus zélé et prolifique des apôtres, tenait impunément la tunique, à Jérusalem, de ceux-là mêmes qui lapidaient les chrétiens ! C'est là, ce passage de l'abjection à la sainteté, ce que Dante lui-même appelle, dans un passage de sa Divine comédie, la "vita nova" (dans la langue de Molière, la "nouvelle vie") : tout un symbole pour ce précurseur de la Renaissance !

Reste à espérer que ce sera aussi là, sans bien sûr vouloir pour autant comparer ici l'incomparable et certes toutes proportions gardées dans l'échelle du mal, l'impénétrable voie du Seigneur qu'empruntera désormais, jusqu'à sa propre mort peut-être, Michelle Martin. En attendant, paix à l'âme de ses innocentes et trop jeunes martyres, et toute ma compassion à leurs admirables parents. Je ne suis pas sûr, étant moi-même père, que j'aurais, si je devais affronter pareille épreuve, leur force et leur courage !

Par DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

http://blogs.mediapart.fr/blog/daniel-salvatore-schiffer

 

 

* Philosophe, auteur de "La Philosophie d'Emmanuel Levinas" (PUF) et porte-parole, pour les pays francophones, du Comité International contre le Peine de Mort et la Lapidation ("One Law For All"), dont le siège est à Londres.

[1] Jean-Paul Enthoven, "La Dernière Femme", Paris, Grasset, 2006, p. 44-49.

 

 

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En Jésus, nous sommes libres de toutes fautes, de tout passé ! (II)

31 Août 2012, 02:27am

Publié par Fr Greg.

 

descente de croix jean fra angelico detail (2)
 

Le don que Jésus nous fait actuellement de tout lui-même est complètement disproportionné par rapport à nos fautes: Dieu nous ‘punit’ de nos pauvretés et de nos misères en se donnant à nous dans la plus grande des proximités ! « Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est uni à tout homme quel qu’il soit, dès le premier instant de sa conception, au-delà de la conscience qu’il peut en avoir » Cf. Concile Vat.II. Gaudium & Spes.


Or, l’homme n’a pas l’audace de croire à ce don, car il ne le voit pas et n'en possède rien! RIEN DU TOUT! C'est un don gratuit, substantiel, qui s'impose qu'on le veuille ou non! Et la lumière pour en vivre c'est Marie, Immaculée malgré elle: cela c'est réaliser éffectivement et efficacement tout de suite pour elle, alors que pour nous cela est donné, mais ne sera manifesté que plus tard... L'homme misérable préfère donc souvent face à sa misère rester selon ce qui est ‘à sa taille’, se repliant sur lui-même et sur les ruines de Jérusalem, cherchant désespérement en lui-même ou par lui-même le paradis perdu, une harmonie humaine, une perfection qui laisse une image de soi correcte, propre, respectueuse ... et dans son pharisaisme -prétention à marcher droit par soi-même- il clame la justice, le droit et la tolérance zéro face aux désordres! Jésus en est condamné du fait de ses ‘excès de miséricorde'- ; L’homme reste alors –et c’est le cas d’un trop grand nombre de chrétiens et d’ecclésiastiques- dans une attitude religieuse, celle de l’homme qui tend vers Dieu, vénérant sa propre liturgie, 'la beauté' qui n'est rien de plus qu'une harmonie artistique, une juste proportion esthétique de qualités sensibles, et ses raisonnements, ses opinions sont alors l'obstacle premier qui lui font refuser la foi, cette lumière d'en haut qui reprend tout au nom de ce qu'il a acquis par son humanité...;


Dans cette optique, on voit la faute comme une diminution de nos capacités et de notre dignité et de ce que nous sommes comme créature face à Dieu ; Ce qui est vrai selon la 'nature': par rapport à notre état de créature et dans l’Ancien Testament.

 

Mais, le Nouveau Testament -le don actuel et définitif de la personne de Jésus- réalise une re-création! C'est une naissance nouvelle à laquelle on doit se convertir, non par 'des efforts' mais en acceptant d'être posséder par une lumière substantielle qui nous dépasse et nous transforme effectivement: Dieu prend l’initiative de se donner à nous pour nous faire vivre immédiatement ce qu’Il est ;

 

Notre « pénitence » c’est donc de vivre à sa taille, à la taille de Dieu lui-même ! Cela s’appelle la foi : je vis tout en Fils du Père ; l’espérance : je vis tout selon la signification que cela a pour Lui, et la charité : selon l’amour qu’il a pour moi et mon frère. Mais cela, c’est de trop ! Dieu est de trop pour nous, c’est excessif… on préfère un salut qui soit le calme plat, une paix psychologique, une harmonie toute humaine, parce qu’on veut –inconsciemment-  maitriser son propre salut, maitriser sa vie ! On refuse d’être des enfants, des comme des nouveau-nés face à ce que nous vivons !

 

Fr Grégoire

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En Jésus, nous sommes libres de toutes fautes, de tout passé !

30 Août 2012, 02:28am

Publié par Fr Greg.

 

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Puisque le Christ a réconcilié le monde avec Dieu, lui-même n'a certes pas eu besoin de réconciliation. Pour quel péché aurait-il expié, en effet, lui qui n'a commis aucun péché ?

      Il montre qu'il ne doit pas expier les péchés pour lui-même, parce qu'il n'était pas esclave du péché ; comme Fils de Dieu, il était libre de toute erreur. En effet, le fils libère, tandis que l'esclave est assujetti au péché. Donc celui qui est entièrement libre n'a pas à payer rançon pour sa vie, et son sang pouvait être une rançon surabondante pour racheter tous les péchés du monde entier. Il est normal qu'il libère les autres, celui qui ne doit rien pour lui-même.

      J'irai plus loin. Non seulement le Christ ne doit pas verser la rançon de sa propre rédemption ni expier pour son propre péché, mais encore, si tu considères n'importe quel homme, il est compréhensible que chacun d'eux ne doit pas expier pour lui-même. Car le Christ est l'expiation de tous, la rédemption de tous.

St Ambroise de Milan.

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Le Père Marie-Dominique, philosophe pour notre temps (II)

28 Août 2012, 01:29am

Publié par Fr Greg.

13-04-1982 - ROME - Le Saint Pere et le Pere

 

Mais c’est en philosophie première (métaphysique) que le Père Philippe a remis en lumière l’importance capitale du jugement d’existence au point de départ. C’est à partir de cette recherche de philosophie première, qui se structure par la découverte inductive des principes propres de ce-qui-est, la substance (ousia) et l’être-en-acte, et qui s’achève avec le regard sur la personne humaine, qu’il a repris du point de vue proprement philosophique le problème des voies d’accès à l’existence d’un Etre premier que les traditions religieuses appellent Dieu, pour redécouvrir ainsi ce qu’est la sagesse et ce qu’est le jugement de sagesse philosophique : la découverte par le philosophe de l’exister de l’Etre premier, de cette Personne première ; la contemplation de ses manières propres d’exister, de sa vie propre de lumière et d’amour ; le problème de la relation de cette Personne première et de l’homme (la Création) ; le regard sur l’homme comme créature et capable d’adorer (jugement de sagesse).

Face à l'homme de notre temps

A l’inverse d’une pensée systématique, ce travail de recherche sur chaque dimension de la personne humaine permet un dialogue et une confrontation vivante avec les questions de notre époque. Le retour aux sources grecques et la distinction nette entre la problématique théologique chrétienne et l’approche philosophique sont ce qui donne à la réflexion du Père Philippe la possibilité de mieux situer la philosophie contemporaine et les interrogations auxquelles elle cherche à répondre.

En effet, la philosophie post-cartésienne et a fortiori post-hégélienne n’a cessé de vouloir soit récupérer le dogmatisme théologique, soit s’y opposer, et souvent elle a fait de même par rapport à la vision chrétienne et religieuse qui fait le fond de la civilisation occidentale (comme le font les idéologies athées). Autrement dit, la plupart des problèmes de la philosophie moderne et contemporaine — de Leibniz à Feuerbach, de Freud à Heidegger — sont liés au regard chrétien ou théologique. La redécouverte du réalisme aristotélicien permet au Père Philippe, d’une part de distinguer ce qui relève des questions strictement théologiques ou de questions ultimes en philosophie réclamant un regard de sagesse auquel on n’accède qu’au terme d’un lent et long labeur d’analyse, et d’autre part de rejoindre avec acuité certaines des intuitions les plus profondes de la philosophie contemporaine lorsqu’elle cherche la vérité. La mise en lumière de l’expérience et du jugement d’existence vient converger avec le retour au réel prôné par la phénoménologie. La redécouverte de l’être en philosophie première demeure très proche des interrogations de Heidegger dans L’être et le temps, et de Merleau Ponty dans Le visible et l’invisible. Le caractère déterminant de la découverte d’autrui à travers un véritable lien personnel répond à la recherche d’Emmanuel Levinas. Et enfin, l’importance du « Je suis » dans l’expérience que la personne a d’elle-même, qui vient cristalliser la démarche métaphysique autour de la personne, croise le travail de Karol Wojtyla dans Personne et acte.

Mais l’oeuvre du Père Philippe se veut aussi à l’écoute des questions posées au philosophe par l’homme contemporain. Ainsi, la philosophie de l’activité artistique et du travail aborde, face à Nietzsche et Marx, les problèmes de la créativité, du monde de l’économie et de l’entreprise. La philosophie éthique, à partir de l’expérience de l’amour d’amitié, permet de situer les questions nouvelles posées par la bioéthique et met en lumière la responsabilité et la liberté de l’homme dans son activité, au-delà des modes éthiques. La philosophie du vivant, en rappelant la découverte de l’âme spirituelle, peut recevoir l’apport propre de la biologie à la connaissance du vivant et situer dans la croissance de l’homme l’épanouissement que la psychologie décrit au niveau qui est le sien. Enfin, la philosophie première et son aboutissement en théologie naturelle et en sagesse seront la clé d’une réflexion sur les questions existentielles dont la philosophie contemporaine se fait l’écho et qui traversent notre civilisation post-chrétienne.

Cependant, face aux angoisses de notre humanité d’aujourd’hui, dans ce moment charnière que l’Eglise vit depuis Vatican II, c’est en théologie mystique que l’apport du Père Philippe est le plus profondément en prise sur la vie humaine et chrétienne. Ayant toute sa vie travaillé les écrits johanniques (l’Evangile, la Première Epître et l’Apocalypse), formé par la rigueur du regard théologique de saint Thomas et la théologie de la miséricorde à laquelle invite sans cesse une vie d’apôtre et de contemplatif, c’est par l’élaboration d’une théologie centrée sur le mystère du Christ crucifié et glorieux et sur le mystère de Marie que, à l’ombre de saint Jean, il contribue le plus au renouveau spirituel de l’Eglise.

Frère Samuel Rouvillois, Communauté St Jean .

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Le Père Marie-Dominique, philosophe pour notre temps (I)

26 Août 2012, 11:26am

Publié par Fr Greg.

 

27-12-2003 - SAINT JODARD - Conference sur saint Jean

 

Enseignant la philosophie depuis 1939 au Saulchoir puis à l’Université de Fribourg de 1945 à 1982, enfin aux Frères et Soeurs de la Famille Saint-Jean dont il est le fondateur, le Père Marie-Dominique Philippe a consacré sa vie à la recherche de la vérité. Son approche philosophique apparaît au sein de la philosophie contemporaine un peu paradoxale : elle est à la fois un retour aux sources de la réflexion occidentale et une confrontation incessante aux questions de l’homme contemporain.

Retour aux sources

C’est face à une approche scolastique trop souvent incapable d’aborder les interrogations contemporaines et enfoncée dans le dédale d’arguties logiques et de conclusions infécondes qu’est né le désir de reprendre un travail sur les sources grecques de saint Thomas lui-même. La tentative, qui a longtemps été celle du thomisme, de dégager une philosophie de l’approche théologique de saint Thomas sans reprendre le travail de celui qu’il nomme « le Philosophe », revient à nier qu’il y a deux ordres radicalement différents : celui de l’homme croyant nourri de la Parole de Dieu, essayant d’exprimer le mystère de la foi à l’aide d’une intelligence saisie par son incapacité à parler adéquatement de ce qui le dépasse infiniment ; et celui de l’homme cherchant à comprendre l’homme à partir de l’expérience, pour découvrir progressivement ce qu’il est, dans toutes ses dimensions, et quelle est sa finalité personnelle, ce pour quoi il est.

Cette distinction — partir de la lumière divine de la Révélation ou partir de l’obscurité de l’expérience humaine — est en quelque sorte la clé de mise en oeuvre de la double recherche philosophique et théologique que mène sans cesse, en parallèle et en dialogue, le Père Philippe.

Ce retour à Aristote, dans la différence avec le regard de saint Thomas, lui a permis une redécouverte du réalisme philosophique dans ce qu’il a de plus fort et de plus riche.

L’héritage d’Aristote apparaît chez le Père Philippe d’abord par le réalisme du jugement d’existence qui accueille le réel tel qu’il est et par l’interrogation confiante sur ce qu’il est, au-delà de ce qui conditionne sa manière d’être et son comment, mais à travers cette manière d’être et ce comment. L’héritage d’Aristote apparaît ensuite dans la distinction entre la philosophie pratique — partant des expériences du travail, de l’agir en vue du bonheur, de la vie dans la communauté humaine et politique — et la philosophie dite « spéculative » qui, au-delà des expériences de l’activité humaine, cherche à saisir l’homme lui-même et débouche sur une philosophie première : celle de l’être. Cet aboutissement de la recherche de la vérité dans un travail de discernement sur ce qu’est l’être dans ce qu’il a de fondamental et d’ultime est ce qui permet d’aborder le problème de la personne et son ouverture à la question de l’Etre premier transcendant.

Les dimensions de la personne humaine

Ainsi les recherches du Père Philippe se sont développées dans tous les domaines de la philosophie :

- la découverte de l’homme capable de transformer l’univers (philosophie de l’art), à partir de l’expérience du travail, de la réalisation d’une oeuvre ;

- la découverte de l’homme capable d’aimer et d’être responsable d’un autre (philosophie éthique), à partir de l’expérience de l’amour d’amitié.

Ces deux développements pratiques de la philosophie sont, avec la philosophie politique, elle aussi pratique, et partant de l’expérience de la coopération, le point de départ de toute philosophie réaliste.

C’est à partir de là que peut se développer la philosophie dite « spéculative », qui cherche la vérité pour elle-même :

- dans une philosophie de la nature, qui cherche à connaître la matière au-delà de sa transformation par l’artiste dans le travail, et regarde l’homme comme partie de l’univers par son corps ;

- dans une philosophie du vivant, qui cherche à connaître l’homme comme vivant, au-delà de l’expérience de l’amour d’amitié qui peut être brisé par la mort.

fr Samuel Rouvillois, Communauté St Jean.

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Continuer à aimer...

25 Août 2012, 01:37am

Publié par Fr Greg.

 

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Ne vous imaginez pas que l’Amour, pour être vrai, doit être extraordinaire. Ce dont on a besoin, c’est de continuer à aimer. Comment une lampe brille-t-elle, si ce n’est pas par l’apport continuel de petites gouttes d’huile ? Qu’il n’y ait plus de gouttes d’huile, il n’y aura plus de lumière, Et l’époux dira : «je ne te connais pas.»


Mes amis, que sont ces gouttes d’huile dans nos lampes ? Elles sont les petites choses de la vie de tous les jours ; La joie, la générosité, les petites paroles de bonté, l’humilité et la patience. Simplement aussi une pensée pour les autres. Notre manière de faire silence, d‘écouter, de regarder, de pardonner. De parler et d’agir. Voilà les véritables gouttes d’Amour qui font brûler toute une vie d’une vive flamme. 

Ne cherchez donc pas Jésus au loin ; Il n’est pas que là-bas, il est en vous. Entretenez bien la lampe et vous le verrez.

 

Bx Teresa de Calcutta.

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Sais-tu qui tu es pour Lui?

23 Août 2012, 02:11am

Publié par Fr Greg.

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Pour devenir saint, il nous faut l'humilité et la prière. Jésus nous a enseigné comment prier, et il nous a dit aussi d'apprendre, par son exemple, à être doux et humble de cœur. Nous n'arriverons ni à l'un ni à l'autre à moins de savoir ce qu'est le silence. L'humilité ainsi que la prière proviennent d'une oreille, d'une intelligence, et d'une langue qui ont goûté le silence auprès de Dieu, car Dieu parle dans le silence du cœur. Donnons-nous vraiment la peine d'apprendre la leçon de sainteté de la part de Jésus, dont le cœur était doux et humble. Ce n'est pas la peine de perdre du temps à contempler inutilement nos propres misères ; il s'agit d'élever nos cœurs vers Dieu, et de laisser sa lumière nous illuminer.


            Si tu es humble, rien ne te portera atteinte, ni la louange, ni la disgrâce, car tu sauras alors ce que tu es. Si l'on te fait des reproches, tu n'en seras pas découragé ; et si quelqu'un te dit saint, tu ne te mettras pas sur un piédestal. Si tu es saint, remercie Dieu ; si tu es un pécheur, n'en reste pas là. Le Christ te dit de viser très haut : non pas d'être comme Abraham ou David ou comme aucun saint, mais d'être comme notre Père céleste (Mt 5,48). « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis » (Jn 15,16).

Bx Teresa de Calcutta, No Greater Love, p53.

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Cherche le...

21 Août 2012, 03:38am

Publié par Fr Greg.

 

 

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L'homme ne doit donc pas se contenter d'attendre passivement, que Dieu, s'il existe, vienne à sa rencontre; il doit, ayant découvert qu'il existe, L’adorer et chercher à être le plus proche possible de lui, en le contemplant à travers ses effets et ses images.

MDP, Lettre à un ami.

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Tout être bon nous dit quelque chose de sa bonté...

19 Août 2012, 09:26am

Publié par Fr Greg.

 

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Notre réponse à l'acte créateur de Dieu ne doit pas être seulement l'adoration, mais aussi la contemplation, dans la mesure où elle nous est possible.

 

Certes, nous ne voyons pas notre Créateur; mais il est présent pour nous, il se donne à nous. Par ses effets propres nous pouvons chercher à mieux saisir sa bonté, son amour, et nous élever jusqu'à lui. Cette contemplation est toujours médiatisée par les réalités que nous connaissons et que nous regardons comme des « reflets » actuels de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté. Ces réalités qui sont ses créatures le voilent à nos yeux, et en même temps le rendent présent, le manifestent. II nous faut alors choisir parmi les créatures celles qui peuvent le mieux le manifester. C'est en premier lieu l'ordre de l'univers, qu'il s’agisse de l'ordre infiniment grand des étoiles, des galaxies, ou de l'ordre des vivants proches de nous, faisant partie de notre univers terrestre. C'est aussi l'ordre de la vie de notre esprit, de notre intelligence et de notre volonté aimante, ce que nous découvrons dans les recherches constantes de la vérité.

 

Notre intelligence, en ce qu'elle a de plus profond, est tout ordonnée à sa source, elle l'appelle sans savoir son nom, mais elle lui est tout attentive. N'y a-t-il pas en elle un appétit naturel de l'être, et donc de la source cachée de tout ce qui est?

 

Notre volonté cherche à aimer. Lorsqu'elle aime un ami, cet amour qui se noue avec l'amour de l'ami est vraiment quelque chose de très grand qui doit nous aider à saisir la présence de Celui qui nous a créés dans l'amour et qui nous a donné cette capacité d'aimer. Découvrir la grandeur de la personne humaine dans l'amour est un reflet plus proche du Dieu-Créateur que tout ce que nous pou­vons découvrir dans l'ordre de l'univers. On peut dire que c'est une image vivante de notre Dieu-Créateur. Car à travers cette présence amie nous sommes proches de Celui qui est en premier lieu la Personne-amie. Certes, L’amour du Dieu-Créateur est si radical—il est premier— qu'il enveloppe tout autre amour, et s'il ne peut être réciproque (en ce sens qu'il ne peut y avoir d'amour d'amitié naturel entre l'homme et son Créateur), pourtant il attend notre réponse. La présence silen­cieuse du Dieu-Créateur est si active et si « présente » qu'elle se sert de tout ce qui vient de lui pour nous rappeler silencieusement qu'il est là; et pourtant elle est diamétralement opposée à une présence envahis­sante, étouffante, car précisément elle demeure voilée, fondant radica­lement notre autonomie et notre liberté.

MDP, lettre à un ami.

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Nous recevons actuellement tout de Lui...

17 Août 2012, 02:19am

Publié par Fr Greg.

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La dimension religieuse n'est pas, comme on a pu le dire, quelque chose qui aliène l'homme, qui le diminue et le met dans un état d'infé­riorité, de dépendance, d'esclavage. La reconnaissance d'une dépen­dance n'est pas forcément une aliénation. Si, en effet, dépendre d'une réalité inférieure à nous constitue une véritable aliénation, un véritable esclavage, en revanche, reconnaître notre dépendance à l'égard de Celui qui est source de notre être, de notre vie et de notre esprit, n'est pas une aliénation mais une véritable libération; car c'est un retour à la source, ce qui est toujours bienfaisant, surtout quand cette source est source d'amour et de lumière. Si Dieu était un rival, il est évident que l'adorer, se mettre en dépendance de lui, serait se détruire. Mais le véritable Dieu ne peut être un rival, il est la source unique de tout notre être. Aussi le retour radical vers lui dans l'amour et la liberté, par l'adora­tion, nous met dans la vérité pratique la plus fondamentale: nous avons tout reçu de lui et nous ne dépendons radicalement que de lui.

MDP, lettre à un ami.

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Par Lui, je suis...

15 Août 2012, 02:11am

Publié par Fr Greg.

 

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La seule véritable réponse de la créature spirituelle est de reconnaître librement et avec amour sa dépendance, d'adorer son Dieu, son Père. En effet, si l'acte créateur nous atteint si profondément dans tout ce que nous sommes, si tout notre être est effet du Dieu-Créateur, si notre âme spirituelle est immé­diatement créée par Dieu, le Dieu-Créateur est intimement présent à ce que nous sommes. Entre lui et nous il n'y a pas de distance, il y a un contact unique, substantiel, intime. Dieu-Créateur, source immédia­te de tout mon être, de toute ma vie spirituelle de lumière et d'amour, est plus présent à moi que je ne suis présent à moi-même.

 

Précisons: si j'ai conscience d'être présent à moi-même, je ne le suis que dans une réflexion sur mes propres activités de pensée et d'amour; c'est pourquoi je ne suis présent à moi-même que dans une conscience qui ne peut être qu'intentionnelle; mais, certes, cette présence s'enracine dans une intériorité substantielle au-delà de toute intentionnalité. C'est pour­quoi je cherche toujours à dépasser ce mode intentionnel pour saisir mon esprit en ce qu'il a de plus profond. Je puis, en effet, au-delà de tout acte de pensée et de tout acte libre d'amour, essayer, dans une réflexion silen­cieuse, de saisir cette source intime et cachée de mes activités. Mais je ne pourrai jamais, de cette manière, la saisir parfaitement et immédiatement dans son être, dans son être substantiel, au-delà de tous ses effets.

 

Certes je puis, dans cette réflexion, vouloir dépasser ces effets, mais ils demeu­rent toujours là, présents, car c'est bien en les dépassant, donc encore en eux, que j'arrive à ce silence profond intérieur qui me met en présence de ce que je suis comme esprit. Au contraire, Dieu-Créateur est présent comme la source première, substantielle, comme la source aimante qui ne cesse de se donner, de porter ce qui provient d'elle. Rien n'est en dehors de lui, rien n'est regardé par lui de l'extérieur, tout est saisi en lui et par lui, dans sa lumière et son amour. Mais cette présence, je ne puis l'expéri­menter; si je l'affirme, c'est dans un jugement de sagesse. Et, normale­ment, je cherche à y être le plus attentif possible. C'est par l'acte d'adora­tion, acte d'amour volontaire, que je me dispose à être le plus attentif possible à cette présence, et que je fais en moi-même le silence. C'est un silence tout différent de celui qui me rend attentif à moi-même; car ce dernier se réalise dans une réflexion, par le dépassement de mes actes, afin d'être attentif à leur source immanente; tandis que le silence de l'ado­ration est un acte d'amour, de reconnaissance à l'égard de Celui qui me donne tout et me garde. Cet acte volontaire d'amour me prend en tout ce que je suis, pour m'offrir actuellement à Celui qui est la source de mon être, de ma vie, de ma lumière et de mon amour. Par là je découvre une nouvelle dimension dans mon être d'homme, la dimension de l'homme religieux: celui qui reconnaît qu'il est aimé d'un amour unique, éternel, et qui répond à cet amour en s'offrant; celui qui reconnaît que Dieu-Créa­teur est premier, et qu'il reçoit tout de lui.

MDP, lettre à un ami.

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Pourquoi Dieu permet-il le mal?

13 Août 2012, 03:08am

Publié par Fr Greg.

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Prétendre que permettre le mal qu'on pourrait empêcher, c’est être complice de ce mal, et que par conséquent Dieu, qui permet la faute alors qu'il pourrait l'empêcher, est complice de cette faute, c'est ne pas comprendre la situation toute différente du Dieu-Créateur à l'égard de l'esprit créé, comparativement à la situation de notre volonté à l'égard du mal que nous constatons. Nous agissons toujours de l'exté­rieur; Dieu agit de l'intérieur, directement et intimement, sur tout esprit créé. Si donc nous pouvons arrêter le mal, nous devons tout faire pour l'arrêter, sachant que nous en serons responsables si, pouvant l'arrêter, nous le laissons faire par négligence ou par une fausse concep­tion de la liberté. Mais Dieu, lui, ne peut pas empêcher la faute sans détruire la liberté de l'homme. II est étonnant de voir que Celui qui agit dans l'amour d'une manière si intime est, par le fait même, Celui qui respecte le plus l'autre et qui, à cause de son amour pour lui, ne peut l’empêcher de mal agir. On pressent un peu cette situation de Dieu quand on est très lié, dans l'amour, à un ami, et que cet ami commence à « faire des bêtises »... Quelqu'un de moins lié dans l'amour pourrait lui faire plus facilement certaines remontrances. Et si l'ami sent qu'il doit se taire, ce n'est pas par faiblesse, mais pour sauvegarder un plus grand bien. Évidemment, ce n'est là qu'une approche; car lorsqu'il s'agit du Dieu-Créateur, c'est infiniment plus profond, car son amour est premier, substantiel, unique; ainsi Dieu est comme «lié» à sa créature spirituelle, et il ne peut l'empêcher de mal faire, parce qu'il l'aime et qu'il respecte infiniment sa liberté. II peut l'avertir, L’éduquer, mais il ne peut lui enlever sa liberté d'agir contre lui, de lui désobéir, de s'exalter faussement dans l'orgueil.

 

MDP, lettre à un ami.

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La personne, sommet de l'univers...

11 Août 2012, 02:04am

Publié par Fr Greg.

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Lorsqu'il s'agit de l'homme, créature spirituelle, on peut dire que Dieu le regarde dans sa sagesse et le gouverne, non pas en premier lieu comme une partie de l'univers, comme il le fait pour les parties matérielles de cet univers, mais pour lui-même (de même qu’il le regar­de pour lui-même). Car l'homme a une finalité personnelle voulue par Dieu; il possède un esprit, et par cet esprit il n'est plus partie d'un tout, mais il est en lui-même un «tout». On peut dire aussi que Dieu a créé l'univers physique et qu'il le gouverne en vue de l'homme et pour l'homme. L'univers physique n'a pas d'autre finalité que sa partie la plus éminente, L’homme qui possède un esprit. Selon la sagesse de Dieu, la matière ne peut être que pour l'esprit, comme le devenir pour l'être. Considérer l'homme seulement comme un moment de l'évolution de notre univers, un moment qui doit donc disparaître, c'est oublier que la matière n'est pas principe propre constitutif de l'être, mais du devenir, et que l'esprit se définit essentiellement comme relatif à l'être, et non au devenir.

Si tout l'univers physique est ordonné à l'homme, on peut dire que l'homme est vraiment le chef-d'œuvre du Dieu-Créateur, et qu'il est d'une manière unique l'objet de sa Providence et de son gouvernement. En effet, ayant une âme spirituelle, un esprit, L’homme reçoit de Dieu la capacité de penser et d'aimer, de s'organiser lui-même et de s'orien­ter. Dieu est pour lui un Père au sens très fort, car il lui communique une vie spirituelle: une vie de lumière et d'amour. Et comme cette communication se fait dans l'amour, Dieu respecte infiniment cette âme spirituelle, cet esprit créé par lui, il l'aime comme il s'aime, il l'oriente, il l'attire, il l'inspire, il l'illumine, en respectant sa manière propre de s'exercer: ses lois biologiques et son conditionnement spiri­tuel. Et il le laisse libre dans ses choix. II accepte donc que librement l'homme se détourne de lui, qu'il l'oublie pour ne regarder que ce qui est immédiat, ce qui est sensible, plus proche de son conditionnement. La Providence du Créateur et son gouvernement ne s'imposent pas à l'homme tyranniquement, selon une nécessité impérieuse, puisqu'il le gouverne comme on gouverne avec amour un être intelligent capable de s'orienter lui-même. Dieu permet donc que cet être s'enferme dans son orgueil, il permet la faute. Mais on pourrait se demander si c'est vraiment une bonne manière d'aimer. Ne serait-ce pas, en réalité, une mauvaise manière d'aimer, une faiblesse'? Par sa faute, L’homme, en effet, se détruit, se détourne de son vrai bonheur. Dieu, qui l'aime, ne devrait pas permettre cela! N'y a-t-il pas dans cette permission une certaine complicité tacite de Dieu, et donc un manque d'amour?

On ne peut pas dire cela, car c'est oublier que Dieu, ayant voulu créer un esprit capable de penser et d'aimer, ne peut Fe forcer à aimer. Ce n'est donc pas une faiblesse que de permettre la faute, c'est le respect le plus radical à l'égard d'un esprit, c'est l'exigence même de l'amour créateur d'un esprit. Forcer un esprit à aimer, c'est le détruire comme esprit, c'est le violenter. Dieu, créant un esprit, respecte ce qu'il est. II le gouverne en esprit, et donc il s'engage à son égard et lui laisse la possibilité de se détourner de lui. Agir autrement serait trahir son œuvre propre.

MDP, lettre à un ami.

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L'amour créateur implique aussi un risque de brisure...

9 Août 2012, 08:59am

Publié par Fr Greg.

 

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Dieu, dans sa lumière, connaît la fragilité de ses créatures spirituelles, il sait qu'elles n'auront pas assez d'amour pour ne pas se révolter; il aurait donc dû ne pas les créer, car créer des chefs-d'œuvre pour qu'ils se détruisent, n'est-ce pas un manque de prudence '?

 

Dieu ne crée pas les créatures spirituelles pour qu'elles se détruisent: il les crée pour qu’elles aiment et soient fidèles, et que par-là elles soient parfaitement elles-mêmes et glorifient leur Créateur; mais il les laisse li­bres, permettant ainsi qu'elles s'égarent. N'est-ce pas là une magnanimité merveilleuse, plutôt qu'un manque de prudence? Toute la question est de savoir si l'amour n'a pas plus de prix que tout le reste. On comprend alors le risque merveilleux de l'amour qui appelle l'amour; cet amour lucide sait que s'il y a un risque de brisure, ce risque est entièrement assumé dans l'amour et par l'amour.

 

En définitive, c'est l'amour seul qui permet de dépasser le scandale que nous pouvons éprouver quand nous avons l'impression que le mal, dans les créatures spirituelles, domine et met le bien en échec. Cela est sans doute vrai quantitativement (au niveau de ce que nous pouvons mesurer), mais ce n'est pas vrai qualitativement, puis­que le Créateur permet le mal pour sauvegarder la liberté et donc pour permettre qu'un acte d'amour puisse avoir lieu. Cela nous montre bien le prix inestimable de l'amour aux yeux de la sagesse de Dieu. Mais évidem­ment, nous avons de la peine à conformer notre jugement à ce jugement, car nous jugeons de l'extérieur, et nous voyons avant tout les consé­quences des opérations humaines, parce que nous ne regardons pas, comme Dieu, de l'intérieur.

MDP, lettre à un ami.

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La limite dans notre existence, manifeste notre dépendance actuelle

7 Août 2012, 02:52am

Publié par Fr Greg.

 

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Si nous reconnaissons une limite dans notre être, et que cette limite s'impose à nous, qu'elle ne vienne pas de nous, nous devons affirmer que cette limite vient d'un autre, car l'être comme tel est acte en premier lieu, il n'implique pas par lui-même de limite.

 

Mais on pourrait prétendre que cette limite est la trace du non-être qui est en nous, et que ce non-être est par lui-même source de limite. Notre être, qui implique le non-être, est donc nécessairement limité: cette limite ne vient donc pas d'un autre. Répondons qu'il est vrai que notre être, parce qu'il est limité, implique fondamentalement un non-être, parce qu'il n'est pas l'être pur, L’acte pur. Mais pourquoi notre être implique-t-il fondamentalement ce non-être? Parce qu'il est un être limité (toute limite implique une négation).

 

Tout être qui est limité, et donc composé d'être et de non-être, dépend d'un autre dans son être propre, autrement dit en lui son existence est participé, il dépend donc de l'Être premier qui, lui, est Acte pur sans non-être, sans limite.

 

Si donc toutes les réalités que nous expérimentons sont limitées, elles participent de l'Être premier—ce qui nous permet de dire immédiate­ment qu'elles reçoivent de lui leur être. Elles sont donc radicalement causées par lui, c'est-à-dire créées; car la participation dans l'ordre de l'être implique la causalité, puisque participer veut dire «recevoir en partie», en dépendance d'un autre, et que, lorsqu'il s'agit de l'être, cette dépendance est le propre de la causalité.

MDP, Lettre à un ami.

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Il EST et ne peut pas ne pas être.

5 Août 2012, 02:41am

Publié par Fr Greg.

 

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Celui qui est découvert comme Acte pur, Être nécessaire, ne peut être qu'une Personne, un Esprit absolument simple; cela, nous pouvons l'affirmer immédiatement. Car en lui il ne peut y avoir de potentialité (ce que la matière implique toujours en elle-même). II est donc séparé et simple; il n'y a en lui aucune composition, puisqu'il est premier. L'apanage du Premier est d'être simple, sans référence à un autre: il est lui-même.


Cette simplicité ne s'oppose en rien à la perfection ni à la bonté, car c'est la simplicité de Celui qui est l'Être premier, et non une simplicité abstraite, purement formelle. C'est la simplicité d'une Réalité existante, c'est la simplicité même de l'Être. Une telle simplicité est la perfection même de l'Être; car un tel Être n'est pas reçu dans un autre, il est par lui-même et possède toutes les perfections de l'Être, de l'Acte pur, et même de l'Esprit.

 

L’Être premier, Acte pur, n’a pas de limites. Dans sa perfection et sa simplicité, il ne peut être qu’infini, en ce sens que son être, tout en étant parfaitement déterminé (étant Acte pur) est au-delà de toute frontière. II ne s'oppose à rien, il est infini en lui-même. C'est un abîme de perfection et de simplicité.

 

L'Être premier est au-delà du temps, il est éternel. En lui aucun devenir, aucune succession, puisqu'il est Acte pur. Aussi tout en lui est-il en un Instant substantiel, sans futur ni passé, dans la limpidité du présent.

 

L’Être premier est vivant, car être vivant est une perfection de l'être, et non quelque chose de secondaire, d'accidentel par rapport à l'être. L’Être premier est donc nécessairement un vivant, ou plutôt il est la Vie comme il est l'Être. Sa Vie est celle d'un Esprit pur, la Vie simple de l'Esprit sans composition, sans lien avec un corps. C'est la Vie parfaite de l'intelligence et de la volonté, la contemplation et l'amour.

 

Cet Esprit premier, Acte pur, ne peut avoir d'objet de contemplation autre que lui-même—autrement il ne serait plus premier. Si la primau­té de l'être exige la simplicité, la primauté de l'esprit réclame la contem­plation immédiate de son propre être, de sa propre bonté. C'est lui-même qui se pense et se contemple. C'est lui-même qui s'aime en se contemplant. Contemplation et amour ne font qu'un substantiellement en l’Être premier. L'Esprit en son origine, en sa source, en ce qu'il est lui-même, est lumière et amour, indissolublement «un».

 

Et c'est en lui-même qu'il connaît les autres et qu'il les aime. Tout est vu dans la limpidité même de sa contemplation, et tout est aimé en la profondeur de son amour substantiel.

MDP, Lettre à un ami.

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Existe-t-il une Quelqu'un qui soit LA RÉALITÉ, plus réel que tout ce qui existe sous nos yeux?

3 Août 2012, 02:25am

Publié par Fr Greg.

 

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J'existe en tant que travaillant, capable de transformer le monde physique, la matière. Cette transformation de la matière montre ma supériorité à son égard: je la domine. Et, en même temps, je dépends d'elle; elle me «transcende», car elle s'impose à moi de l'extérieur comme une réalité existante, indépendante de moi. Par là je vois bien que je ne suis pas premier dans mon être, puisque l'être du monde physique est autre et ne dépend pas de moi, qu'il s'impose à moi. Par ma capacité d'avoir des « idées », portant en moi des « formes », je domine cet univers, je puis le transformer; mais il est aussi indépendant de moi, il existe en lui-même. II est donc nécessaire qu'existe une Réalité au-delà de mon être et de celui de la matière, car cette dualité réclame une unité qui transcende l'univers et moi-même.

 

J'existe en tant qu'ami, capable d'aimer un ami et d'être aimé de lui. Cet amour réciproque, dont la réciprocité même permet à l'amour de se développer pleinement, manifeste l'amour naturel qui est inscrit au plus intime de mon être, ce premier amour qui me porte naturelle­ment vers le bien, vers ce qui est capable de me perfectionner, de m'achever. Par là je saisis la limite profonde de mon être, qui n'a pas en lui sa propre fin, qui ne possède pas en lui sa plénitude et qui a besoin de s'ordonner vers un autre dont il dépend, qui est capable de l'attirer. Et en même temps, je saisis ce qu'il y a en moi de plus actuel: cet amour naturel et cet amour ultime qui m'unit à mon ami. II est donc évident que, dans ma personne humaine, je ne suis pas l'Être premier; et puisque l'ami aimé qui m'attire ne peut pas être source de mon être (car dans mon être je suis autonome comme lui), il est nécessaire qu'existe une Réalité Autre, au-delà de toute personne hu­maine, qui soit une Bonté personnelle, un Esprit pur, en qui être et amour s'identifient.

 

J'existe en tant que capable de mourir, capable d'être corrompu, ayant eu un commencement dans le temps—ce qui indique que mon être n'est pas acte pur, qu'il implique un être en puissance, qui peut être ou ne pas être. II ne peut donc pas être premier. Mais puisqu'il est maintenant en acte, il dépend donc d'un autre Être qui, lui, est Acte pur, car s'il ne l'était pas, il dépendrait à son tour d'un autre; et comme on ne peut remonter à l'infini dans la dépendance actuelle dans l'ordre de l'être, il faut nécessairement que cet Autre soit l'Acte pur, un Être nécessaire au-delà de toute potentialité.

 

J'existe en tant que vivant, ayant en moi une autonomie vitale, une organisation extrêmement complexe et pourtant «une», indépendante des autres vivants et cependant dépendante du milieu en lequel je vis, ce qui indique qu'il y a dans mon être-vivant des limites, mais aussi que je vis, que je suis en acte dans mes diverses opérations vitales. Cet acte qui est en moi dépend donc d'un Autre Vivant en qui vie et être ne font qu'un.

 

Enfin, j'existe en tant que partie de l'univers et être mû, capable de transformations, de modifications dans le bien comme dans le mal. Je ne suis donc pas premier. je dépends d'un autre qui m'actue. Certes, je suis un vivant capable de me mouvoir, mais dans mon être profond, intime, je ne suis pas cause de mon être, car je suis dépendant, dans mon devenir, de tout l'univers. II est donc nécessaire de poser, au-delà de notre univers et de nous-mêmes, un Être Autre qui, lui, soit au-delà du mouvement.

 

C'est toujours la même considération qui est reprise, selon cinq moda­lités diverses: ce qui implique à la fois acte et puissance dans un être ne peut être premier dans l'ordre de l'être, il dépend nécessairement d'un Autre qui, lui, ne peut être qu'un Être au-delà de toutes les réalités mues, de toute potentialité; qui est pour tous les autres qui sont mus et qui sont en puissance Celui qui les attire, Celui vers qui ils tendent tous.

MDP, lettre à un ami.

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Les sciences modernes ne nous ouvrent pas à Celui qui est avant nous...

31 Juillet 2012, 23:00pm

Publié par Fr Greg.

 

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si Dieu existe, notre intelligence ne peut découvrir son existence ni par les sciences mathéma­tiques, ni par les sciences physiques, ni par les sciences biologiques, parce que ces sciences, demeurant soit dans le possible, soit dans la recherche de relations d'antériorité et de postériorité, ne se situent pas au niveau de l'acte d'être saisi par le jugement d'existence. Aussi ces sciences ne peuvent-elles ni affirmer que Dieu existe, ni dire qu'il n'existe pas. Elles ne peuvent qu'indiquer des pistes. Elles disposent, elles préparent, mais elles ne peuvent pas nous faire découvrir l'exister de l’Être premier. II est sûr que plus on voit la complexité ordonnée du monde physique, et surtout du monde des vivants, plus on est porté à affirmer que cette complexité ordonnée ne peut avoir sa source dans le « hasard », et donc qu'il doit y avoir une Pensée organisatrice, source de cette complexité ordonnée. Mais il ne s'agit pas d'une argumentation proprement dite, car les sciences, par elles-mêmes et en elles-mêmes, ne la réclament pas. Elles restent au niveau du conditionnement. Hei­degger disait: elles sont au niveau des étants, et non de l'être; disons plutôt: elles sont au niveau du conditionnement, et non de ce-qui-est.


On pourrait faire des remarques analogues pour toutes les réflexions philosophiques idéalistes dialectiques, phénoménologiques, qui mettent entre parenthèses le jugement d'existence. De telles réflexions restent au niveau des idées, du devenir de notre vie intellectuelle, du vécu de notre pensée, et donc toujours au niveau de l'intentionnalité. Par le fait même, elles ne peuvent découvrir l’existence de l'Être premier. Seule une métaphysique réaliste partant du jugement d'existence — « ceci est »—et ayant découvert l'antériorité de l'être-en-acte sur l'être en puissance, sera capable d'entreprendre une telle recherche.

MDP, Lettre à un ami.

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