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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La parole la plus mystérieuse qui soit...

22 Avril 2015, 06:01am

Publié par Grégoire.

La parole la plus mystérieuse qui soit...

 

L'événement de ta mort a tout pulvérisé en moi

Tout sauf le cœur

Le cœur que tu m'as fait et que tu continues de me faire, de pétrir avec tes mains de dispa­rue, d'apaiser avec ta voix de disparue, d'éclai­rer avec ton rire de disparue.

Je t'aime :je ne sais plus écrire, je ne vois plus que cette seule phrase à écrire, c'est toi qui m'as appris à l'écrire, c'est toi qui m'as appris à la prononcer comme il faut, avec une énorme lenteur, en détachant chaque mot, avec une len­teur de plusieurs siècles, avec cette lenteur adorable qui était la tienne lorsque tu devais te livrer à des choses pratiques, faire une valise, ranger une maison, tu es la femme la plus lente que j'aie jamais connue, la plus lente et la plus rapide, quarante-quatre ans de ta vie sont passés comme un éclair très lent d'un seul coup avalé par le noir.

Je t'aime - cette parole est la plus mystérieuse qui soit, la seule digne d'être commentée pendant des siècles. À la prononcer elle donne toute sa douceur, à la prononcer comme il faut, en silence, au secret de ta mort fraîche : le e du dernier mot ne s'entend presque pas, il bat des ailes et s'envole, je t'aime Ghislaine, il est hors de question de mettre cette parole à l'imparfait, les fleurs sur la tombe de Saint-Ondras, en Isère, ont fané une semaine  après l'enterre­ ment, je t'aime, cette parole reste vive et le temps de la dire couvre le temps entier  d'une vie, pas plus, pas moins.

Christian Bobin, La plus que vive.

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Retard des hommes dans l'amour...

21 Avril 2015, 06:37am

Publié par Grégoire.

Retard des hommes dans l'amour...

"Il y a un stoïcisme des maris. Ils sont dans l'amour conjugal comme dans un pays étranger. Ils se trompent, comprennent de travers et parfois pas du tout. Sans le désir qui les porte vers elles, ils seraient en face des femmes, capables de bévues ou d'indélicatesses involontaires.

Et finalement malheureux. Il faut aux maris le courage de se tenir jour après jour à côté d'une nature fluide, une matière ardente, bouleversée d'humeurs et de sang.

Alors les maris sont dans l' attente.

C'est à cela qu'on reconnait qu'ils aiment. Lorsqu'ils cessent d'attendre et de guetter, ils ont fini d'aimer. Les maris, avec appréhension, guettent les sourires sur le visage des épouses: ceux qui sont là et ceux qui manquent. Et quand il n' y a pas de sourire, quand le visage est fermé, ils ne disent rien, ils s'installent dans leur patience, parfois se détournent en secret vers un autre visage.

Pour la plupart, ils veulent alors croire que les choses tues n'existent pas. Jusqu'au retour du souvenir, ils ne laissent rien paraître de leur inquiétude. En somme leur silence règle les problèmes de la nature fluide en éruption. Mais les épouses veulent que les choses soient dites, elles espèrent toujours être comprises, elles rouspètent, elles font du bruit. 

C'est ainsi que naissent les rôles."

Alice Ferney 

La conversation amoureuse.

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La nature, mère nourricière de l'esprit....

20 Avril 2015, 06:30am

Publié par Grégoire.

La nature, mère nourricière de l'esprit....
La nature, mère nourricière de l'esprit....

Moi, ardente lumière de sagesse divine,

J'enflamme la beauté des plaines,

Je fais scintiller les eaux,

Je consume le soleil, la lune et les étoiles,

Je régente tout avec sagesse.

J'orne la terre.

Je suis la brise qui nourrit toute chose verte.

Je suis la pluie qui naît de la rosée

Et emplit les herbes de joie de vivre

Et les fait rire.

Je déclenche les larmes, arômes du saint labeur.

Je suis l'aspiration au bien

Hildegarde DE BINGEN, 12e siècle. 

 

 

"La nature absorbe, envahit, enveloppe, étreint ; elle soutient comme une espérance, comme une certitude ; elle émeut, console, sourit et se livre à ceux qui l'aiment. Elle est mystérieuse et visible, toujours vivante, toujours nouvelle ; son silence parle ; ses bruits, ses murmures révèlent l'harmonie. Elle est aussi belle dans sa simplicité que dans ces magnificences ; le dernier des brins d'herbe est rempli de sa beauté. Les lois sublimes qui la gouvernent jettent l'âme dans des méditations infinies; c'est elle qui a inspiré aux hommes l'espoir de l'éternité ; elle est l'étendue, la force et la vie." 

Henri Dujardin- Beaumetz

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Christian Bobin... comme vous ne l'aviez jamais vu...

19 Avril 2015, 13:28pm

Publié par Grégoire.

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La clé qui ouvre toutes les portes, ça s'appelle: l'attention...

19 Avril 2015, 06:28am

Publié par Grégoire.

La clé qui ouvre toutes les portes, ça s'appelle: l'attention...

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J'attend d'un poème qu'il me tranche la gorge et me ressuscite...

18 Avril 2015, 06:37am

Publié par Grégoire.

J'attend d'un poème qu'il me tranche la gorge et me ressuscite...

"Ecrire pour moi, c'est essayer de nommer les choses à leur point d’apparition, quand elles ne sont pas encore annulées par nos paresses, par nos croyances, de faire surgir le neuf, l’absolument inouï de la vie. Il faut que la parole soit vivante, car si notre parole n’est pas vivante, nous sommes morts.

Dans des conversations courantes, quelque chose jaillit parfois, une beauté de la langue, une saisie poétique du réel qui traverse les gens à leur insu, comme l’exemple, adorable, de cette petite fille. Elle parle à sa grand-mère d’un travail d’école sur l’amitié.  Elle dit «  c’est trop difficile, je n’ai écrit que des choses banales. Pour moi, une amie, c’est quelqu’un qui m’attend dans le couloir pendant que je rattache mes lacets. » 

Et cette parole, qu’elle n’a pas pensé à mettre dans son devoir, est pour moi comme une petite source d’eau vive.

Qu’est-ce qui vous émeut en ce moment ?

C’est difficile à répondre. C’est la vie même. Ce qui me touche, c’est de me rappeler que la vie est à ce point fragile, la mienne, la vôtre, celle de tous..

Est-ce que les mots d’aujourd’hui saisissent la vie ?

Les mots qui servent à rendre compte de la vie d’aujourd’hui la plupart du temps sont prémâchés et donc ils ne sont pas nourriciers. Aujourd’hui, on nous voile les choses sous prétexte de nous les éclairer, on nous éloigne du monde sous prétexte de nous l’expliquer, on ne peut guère ouvrir un journal ou entendre une émission de radio ou de télé sans qu’on vous parle d’économie, or moi je crois que la langue économique, ce n’est pas la première. Ce n’est pas la plus vitale. Je pense que ce dont on meurt, c’est de tout ce qui n’est pas humain dans la langue. On a besoin tout simplement d’un langage et d’un monde qui ne soient pas mis tout entier sous un code barre. Quelque chose qui ne cherche pas à satisfaire un besoin, une envie ou à asseoir une puissance. On en a un besoin affolant, cela explique une partie des choses qui se passent. L’argent a une main mise que presque tout. Il faut aller dans une forêt de mensonges en se guidant juste avec son instinct et son oreille, essayer d’entendre là où on nous ment. On peut y arriver… "

Christian Bobin.

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Il n'y a que l'enfance sur cette terre

17 Avril 2015, 06:05am

Publié par Grégoire.

Il n'y a que l'enfance sur cette terre

" J'aime les enfants de trois ans. Je les vois comme des fous ou des aventuriers du bout du monde. il n'y a que l'enfance sur cette terre. Je la reconnais d'instinct, même chez ceux qui ont cru l'étouffer sous le poids de leur vie morte. Même chez ceux là je devine l'enfant de trois ans et c'est à lui que je parle quand je leur parle et c'est lui seul qui est là pour toujours dans le coeur comme dans une salle de e vide. Pendant quarante ans j'ai appuyé mon coeur sur le coeur d'un enfant de trois ans. Jamais il n'a cédé. Pensées et sensations venaient éprouver leur puissance en s'appuyant sur cette clef de voûte de trois ans d'âge. Lorsque, privé de secours, j'hésitais sur le chemin à prendre, je me tournais vers cette figure ensauvagée pur y trouver le calme. Nous ne ferons jamais assez confiance à cette enfance en nous. Là où les mots font défaut, elle parle. Là où nous ne savons plus, elle tranche.

Je crois que l'enfance est pour beaucoup dans ces refus dont nous ressentons la nécessité sans savoir les justifier. Je crois qu'il n' y a qu'elle à écouter. Il m'arrive de demander un avis, pour décider du chemin de telle ou telle phrase ou pour une conduite à tenir dans telle ou telle affaire. Je ne le demande que pour me donner le temps de rejoindre ce qui s'est, au profond de moi, choisi : je ne suis en fait aucun conseil - comme un enfant insupportable de trois ans."

 

Christian Bobin, L’épuisement.

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M'asseoir sur le pas d'une porte et regarder ce qui vient

16 Avril 2015, 06:01am

Publié par Grégoire.

M'asseoir sur le pas d'une porte et regarder ce qui vient

La solitude est une maladie dont on ne guérit qu'à condition de la laisser prendre ses aises et de ne surtout pas en chercher le remède nulle part. J'ai toujours craint ceux qui ne supportent pas d'être seuls et demandent au couple, au travail, à l'amitié voir, même au diable ce que ni le couple, ni le travail, ni l'amitié ni le diable ne peuvent donner: une protection contre soi-même, une assurance de ne jamais avoir affaire à la vérité solitaire de sa propre vie.

Ecrire... C'est affaire de silence plus que de musique. Mon vrai désir ce n'était pas d'écrire, c'était de me taire. M'asseoir sur le pas d'une porte et regarder ce qui vient, sans ajouter au grand bruissement du monde. Ce désir est un désir d'autiste. Entre le mot "autiste" et le mot "artiste", il n'y a qu'une lettre de différence, pas plus.

Ecrire c'est devenir anorexique. Ecrire c'est refuser les aliments proposés par le monde et rechercher, dans la maigreur affolante d'une phrase ou dans son développement boulimique, la vraie nourriture, celle qui fera grandir, et cette recherche par elle-même est déjà nourricière.

La connaissance que l'on a des écrivains ne vient pas que de leurs livres, elle sort aussi de ce qu'on voit sur leurs visages --- comme si le fait d'écrire la vie changeait leur vie entière, corps et âme, en un livre battu par les vents, donné à tous. Camus, sur les photographies c'est le séducteur même, celui qui se laisse charmer par tout --- les femmes, le soleil d'Alger, la gaieté enfantine du sport, la fumée des cigarettes, la passion volage des idées. J'aime son goût adolescent de la lumière. Je l'aime aussi pour le mépris qu'il suscite chez les universitaires. Ces gens-là sont les plus morts que je connaisse. Le mort en nous c'est le maître, celui qui sait. Le vif en nous c'est l'enfant, celui qui aime, qui joue à aimer.

Christian Bobin, L’épuisement.

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L’amour est une compagnie...

15 Avril 2015, 06:06am

Publié par Grégoire.

L’amour est une compagnie...

 

L’amour est une compagnie.

Je ne peux plus aller seul par les chemins,

Parce que je ne peux plus aller seul nulle part.

Une pensée visible fait que je vais plus vite et que je vois moins bien, tout en me donnant envie de tout voir.

Il n’est jusqu’à son absence qui ne me tienne compagnie,

Et je l’aime tant que je ne sais comment la désirer.

 

Si je ne la vois pas, je l’imagine et je suis fort comme les arbres hauts.

Mais si je la vois je tremble, et je ne sais de quoi se compose ce que j’éprouve en son absence.

Je suis tout entier une force qui m’abandonne.

Toute la réalité me regarde ainsi qu’un tournesol dont le cœur serait son visage.

 

Fernado Pessoa, Le Gardeur de troupeaux

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Résurrection...

14 Avril 2015, 06:02am

Publié par Grégoire.

Résurrection...

 

Au moment de la communion, à la messe de Pâques, les gens se levaient en silence, gagnaient le fond de l'église par une allée latérale, puis revenaient à petits pas serrés dans l'allée centrale, s'avançant jusqu'au chœur où l'hostie leur était donnée par un prêtre barbu portant des lunettes cerclées d'argent, aidé par deux femmes aux visages durcis par l'importance de leur tâche – ce genre de femmes sans âge qui changent les glaïeuls sur l'autel avant qu'ils ne pourrissent et prennent soin de Dieu comme d'un vieux mari fatigué. Assis au fond de l'église et attendant mon tour pour rejoindre le cortège, je regardais les gens – leurs vêtements, leurs dos, leurs nuques, le profil de leurs visages. Pendant une seconde ma vue s'est ouverte et c'est l'humanité entière, ses milliards d'individus, que j'ai découverte prise dans cette coulée lente et silencieuse : des vieillards et des adolescents, des riches et des pauvres, des femmes adultères et des petites filles graves, des fous, des assassins et des génies, tous raclant leurs chaussures sur les dalles froides et bosselées de l'église, comme des morts qui sortaient sans impatience de leur nuit pour aller manger de la lumière. J'ai su alors ce que serait la résurrection et quel calme sidérant la précéderait. Cette vision n'a duré qu'une seconde. À la seconde suivante la vue ordinaire m'est revenue, celle d'une fête religieuse si ancienne que le sens s'en est émoussé et qu'elle ne demeure plus que pour être vaguement associée aux premières fièvres du printemps.

 

 Christian Bobin, Ressusciter.

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Quelque chose vient à tout instant nous secourir.

13 Avril 2015, 06:37am

Publié par Grégoire.

Quelque chose vient à tout instant nous secourir.

 

Une fée s'est penchée sur mon berceau à ma naissance et m'a dit : « Tu ne goûteras qu'à une part minuscule de cette vie et en échange tu la percevras toute. »

 

Je marchais dans le parc de la Verrerie, ma mère à mon bras droit, quand j'ai vu sur ma gauche, vibrant au ras de l'herbe, un papillon dont les ailes violettes ressemblaient au fragment d'une lettre déchirée, tombée d'un ciel mystique. Ma mère marchait si lentement, essoufflée par la pente sur laquelle nous nous étions égarés, que j'ai pu pendant plusieurs minutes exercer avec le même soin ces deux activités qui couvrent le champ de ma vie et ne peuvent jamais être menées de front : être présent à ceux que j'aime, et m'absenter dans la lecture d'un texte écrit ce jour-là à l'encre violette et vibrant d'une vérité insoutenable.

 

La vue d'un demi-cercle noir au cou d'une tourterelle, comme un collier brisé, resserre sur mon cœur l'emprise d'une chose qui me tient depuis toujours sous son charme.

 

Les visages sont les plaques sensibles des âmes – ce sur quoi, après ce qu'il aura fallu de temps et d'obscurité, elles se révèlent.

 

Toute rencontre m'est cause de souffrance, soit parce qu'elle n'a lieu qu'en apparence, soit parce qu'elle se fait vraiment et c'est alors la nudité du visage de l'autre qui me brule autant qu'une flamme.

 

Il y a parfois entre deux personnes un lien si profond qu'il continue à vivre meme quand l'un des deux ne sait plus voir.

 

Christian Bobin, Ressusciter.

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Histoire de Judas ou l'évangile selon Rabah Ameur-Zaïmeche

12 Avril 2015, 21:46pm

Publié par Grégoire.

Enfant du 93, agnostique, fasciné par Jésus depuis son enfance, Rabah Ameur-Zaïmeche a fait de Judas le héros de son film. Comme une figure libre et rebelle. Au-delà de la non-conformité aux évangiles, et une impression de grande pauvreté des moyens, c'est une regard sobre, dépouillée, sur le Christ, très loin du dégoulinant Gibson..

Enfant du 93, agnostique, fasciné par Jésus depuis son enfance, Rabah Ameur-Zaïmeche a fait de Judas le héros de son film. Comme une figure libre et rebelle. Au-delà de la non-conformité aux évangiles, et une impression de grande pauvreté des moyens, c'est une regard sobre, dépouillée, sur le Christ, très loin du dégoulinant Gibson..

Judas le traître. C'est ainsi que cet apôtre de Jésus de Nazareth est perçu dans la mémoire collective. Rabah Ameur-Zaïmeche, pour son cinquième film, entreprend de le réhabiliter. Sans esprit de revanche ni grandiloquence, mais avec une sobriété qui mêle force et sagesse. Judas, incarné par le réalisateur lui-même, devient un disciple qui reste loyal jusqu'au bout. Attentionné et dévoué, il commence par porter Jésus sur son dos, le temps d'une descente sur le chemin escarpé d'une montagne de pierre. Judas ne semble pas peiner, comme si Jésus lui transmettait toute l'énergie dont il a besoin. Tous les deux font corps. Contre l'oppression. Celle des Romains, qui voient d'un mauvais oeil l'influence et l'attrait qu'exerce sur le peuple ce Jésus de Nazareth.

Un doux révolutionnaire qui menace l'ordre : ainsi le montre le cinéaste dans la scène où il vient chasser les marchands du Temple. Mais cet épisode mythique, comme tous les autres ici relatés, est démythifié, rendu à sa vérité première, filmé avec le maximum de simplicité : sans musique, avec peu de mots, mais beaucoup de relief pictural. Bethsabée pourchassée pour avoir péché, Jésus condamné par Ponce Pilate : chacune de ces scènes forme un bloc de réalisme à la fois aride et charnel. La scène la plus belle étant celle où la bien nommée Suzanne (« fleur de lys », en hébreu) enduit les cheveux de Jésus d'une essence rare.

Et Judas ? Il agit à la périphérie, sans trahir, mais en veillant à préserver les paroles de son maître de la rigidité de l'écrit. S'en tenir à l'intensité du présent, ne rien projeter, refuser de graver quoi que ce soit dans le marbre : c'est l'hypothèse proposée par le cinéaste. Sa démarche rejoint celle de ce collectif d'écrivains contemporains qui offrit une nouvelle traduction de la Bible (1), révolutionnaire, puisque riche d'une forme de poésie orale, brute et apoétique. Rabah Ameur-Zaïmeche élimine, lui aussi, tout superflu et toute emphase pour ne garder que la substantifique moelle d'un récit d'amour et de fraternité. — Jacques Morice

 

(1) La Bible, nouvelle traduction, éd. Bayard.

Contre

On perçoit mal le but de ce film étrange. Célébrer la bienveillance humaine de Jésus ? Même en cette période de contestation générale, c'est une évidence. Réhabiliter Judas ? La démarche est plus intéressante, même si pas nouvelle : Renan a commencé au xixe siècle, François Mauriac a suivi, au début du xxe, avec Vie de Jésus, et Jean Ferniot s'est quasiment livré à une béatification, dans les années 1980, avec son Saint Judas... Problème : chez Rabah Ameur-Zaïmeche, Judas est un fantôme. Ni coupable, ni innocent : absent. Pas là, lors de la Cène, pas là au moment de la Crucifixion. Complètement out... Tout désigné, donc, selon le cinéaste (les absents ont toujours tort, n'est-ce pas), pour devenir le symbole de l'antisémitisme durant les siècles des siècles. Thèse un peu simplette... Formellement, le film est pensé. Trop : chaque plan, à l'esthétisme ostentatoire, évoque une toile de maître. Du coup, la rigueur des précédents films du réalisateur, Bled number one ou Dernier ­Maquis, vire à la solennité. Et non pas à l'épure recherchée. — Pierre Murat. Télérama.

 

à lire, L'évangile selon Rabah Ameur-Zaïmeche

http://www.telerama.fr/cinema/l-evangile-selon-rabah-ameur-zaimeche,125154.php

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Sois tendre avec le superbe ennui...

12 Avril 2015, 06:32am

Publié par Grégoire.

Sois tendre avec le superbe ennui...

 

L’abîme immense est sombre et transparent,

La fenêtre langoureuse blanchit.

Qu’est-ce qui fait le cœur, si lentement

Et si obstinément s’appesantir ?

 

Tantôt il coule vers le fond de tout son poids,

Ayant du cher limon la nostalgie,

Ou, brin de paille, il remonte soudain 

Et fait surface sans effort.

 

Avec une feinte douceur, reste au chevet

Et sois toute ta vie par toi-même bercé.

Souffre de ton angoisse comme d’une fable

Et sois tendre avec le superbe ennui.

 

Ossip Mandelstam, Tristia

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Lost River

11 Avril 2015, 10:08am

Publié par Grégoire.

Déstabilisant, visuellement somptueux et référentiel, le pemier film de Ryan Gosling désarçonne mais fascine durablement.
Déstabilisant, visuellement somptueux et référentiel, le pemier film de Ryan Gosling désarçonne mais fascine durablement.

Déstabilisant, visuellement somptueux et référentiel, le pemier film de Ryan Gosling désarçonne mais fascine durablement.

Un conte. Une de ces histoires effrayantes que les enfants aiment écouter, transis de peur, à l'abri de leurs draps. Un cauchemar moderne où les ogres brûlent les maisons des pauvres qui ne peuvent rembourser leurs dettes. Où les mères, pour nourrir leurs enfants, sont contraintes de travailler dans des palais maléfiques et sanglants où elles risquent leur vie. Où une ville nommée Lost River, victime d'une malédiction, en cache une autre, soeur jumelle engloutie dans les eaux, des années auparavant, au nom du progrès.

Ce sont des ombres qu'a filmées Ryan Gosling dans son premier film comme réalisateur : paysages sinistrés, humains à qui les puissants ont tout enlevé et qui se traînent, désormais, tels des zombies modernes. Les stars du film, d'ailleurs, ne sont ni les acteurs, ni les personnages, mais cette ville fantomatique et ce lac artificiel. Des lieux qu'il faut détruire ou fuir si l'on veut survivre. Bones (Iain de Caestecker, double ado de Ryan Gosling, aussi joli, un peu moins sexy que lui ) aimerait bien partir, tout quitter, emmener au loin ce qui lui reste de famille. Impossible. Pour garder la maison familiale, sa mère (Christina Hendricks) s'est laissé berner, avec tant d'autres, par des spéculateurs qui, comme dans les fables, ont promis la lune des fortunes, un renouveau... Aujourd'hui, Lost River est devenu une cité à la dérive : des jeunes gens maléfiques y font la loi et des adultes pernicieux brûlent les maisons délabrées de leurs clients endettés. « Vous aimez foutre le feu aux baraques, en Amérique ! Ça doit vous amuser », remarque le seul étranger de la ville, un étrange chauffeur de taxi, incarné par Reda Kateb...

Beaucoup diront, sans doute, que le tout jeune cinéaste reste encore sous l'influence de ceux qui l'ont fait tourner : Derek Cianfrance (The Place beyond the pines) et, bien sûr, Nicolas Winding Refn (Drive, Only God forgives). Quelques ralentis pas vraiment indispensables, deux ou trois cadrages inutilement sophistiqués pourraient leur donner raison. Mais sous la lutte candide, au romantisme adolescent, entre le bien et le mal que filme Ryan Gosling, perce une inquiétude existentielle que l'on ne voit guère dans le jeune cinéma américain. Un goût pour des éclairages contrastés, aussi, proches de l'expressionnisme des belles années. Et une tentation joyeusement assumée pour le morbide sadomaso : cette « chambre des désirs », notamment, où ce qu'il reste de riches et de puissants dans Lost River vient se défouler sur des femmes, enfermées dans des sarcophages... Peut-être hési-te-t-il encore entre divers styles — entre le clip et le roman d'aventures à la R.L. Stevenson, pour faire court —, mais Gosling a déjà — et c'est le plus important — un regard. —

Pierre Murat, Télérama.

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Les vrais voyages sont immobiles. Immobiles et infinis.

11 Avril 2015, 06:28am

Publié par Grégoire.

Les vrais voyages sont immobiles. Immobiles et infinis.

 

Réveil en musique : il pleut. Rester couché surtout : écrire n’est plus de mise quand la pluie sur le toit chante sans effort, et son vers est impair et passe en sautillant. Parfois c’est un enfant à cloche-pied qui perd ses billes, s’arrête brusquement, les ramasse et l’on entend voler une mouche survivante : parfois, c’est une promenade d’oiseaux qui picorent on ne sait quoi, et le vers est régulier, et la césure. Ce qu’il dit importe peu : c’est l’âme des choses qu’on croyait en allée pour toujours et qui revient, remplit les creux. On s’en rend compte dès que la pluie a tourné le coin de la rue, pas besoin d’ouvrir les yeux. Le silence n’est plus l‘absence de bruits, mais la voix soudain en nous, accordée, complice, de la vie et de l’être. Le temps ne passe plus. Et la terre est enfin bleue comme une orange. Les poètes ont toujours raison.

Au fond, les vrais voyages sont immobiles. Immobiles et infinis. Solitaires. Silencieux. Souvent, ils commencent dans une chambre où l'on est enfermé parce qu'il pleut ou parce qu'on est malade, obligé de garder le lit. On a huit ou neuf ans, le goût des images qui partent toutes seules dans tous les sens et qu'on lit de même, en sautant par-dessus les fuseaux horaires.

 

Guy Goffette, Les derniers planteurs de fumée

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Jésus a lamentablement échoué... ! Et c'est tant mieux !

10 Avril 2015, 19:32pm

Publié par Grégoire.

Pourquoi la croix? Pourquoi le Christ est-il mort...?

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Aimer, c’est l’innocence éternelle

10 Avril 2015, 06:26am

Publié par Grégoire.

Aimer, c’est l’innocence éternelle

Mon regard est net comme un tournesol. 

J’ai l’habitude d’aller par les chemins,

Jetant les yeux de droite et de gauche,

Mais en arrière aussi de temps en temps…

Et ce que je vois à chaque instant

Est ce que jamais auparavant je n’avais vu,

De quoi j’ai conscience parfaitement.

Je sais éprouver l’ébahissement

De l’enfant, qui, dès sa naissance,

S’aviserait qu’il est né vraiment…

Je me sens né à chaque instant

A l‘éternelle nouveauté du Monde…

 

Je crois au monde comme à une pâquerette,

Parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui

Parce que penser c’est ne pas comprendre…

Le Monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui

( penser c’est avoir mal aux yeux)

Mais pour que nous le regardions avec un sentiment d’accord…

 

Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…

Si je parle de la Nature, ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,

Mais parce que je l’aime, et je l’aime pour cette raison 

Que celui qui aime ne sait jamais ce qu’il aime, 

Ni ne sait pourquoi il aime, ni ce que c’est d’aimer…

 

Aimer, c’est l’innocence éternelle,

Et l’unique innocence est de ne pas penser

 

Fernando Pessoa, Le Gardeur de troupeau

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Saisir une main, c'est à chaque fois mettre ses doigts dans une prise électrique et aussitôt connaître l'intensité qui circule sans bruit sous la peau de l'autre.

9 Avril 2015, 09:06am

Publié par Grégoire.

Saisir une main, c'est à chaque fois mettre ses doigts dans une prise 	électrique et aussitôt connaître l'intensité qui circule sans bruit sous la peau de l'autre.

Les vivants demandent aux vivants l'amour et la gloire. Les morts ne demandent rien aux vivant car tout cela, ils l’ont. Ce qui advient dans le visible n'est qu'un effet - parfois très retardé - de ce qui s'est auparavant passé dans l'invisible.

Un homme qui se délivre de ses humeurs découvre le paradis et le fait découvrir aux autres. Les hommes ont tort de redouter la mort : repousser la mort, c'est repousser le dessert...

... soudain nous devenons rêveurs c'est-à-dire ramenés à l'essentiel par la vue d'une fleur si pauvre, si proche de la terre qu'il faut presque s'agenouiller pour bien la voir et méditer sa leçon de silence.

La puissance de ce monde était grande. Elle ne trouvait de vraie limite que dans la mort : le monde venait de tout son élan se briser contre le bois d'un cercueil, comme l'océan infatigable voit ses plus hautes vagues éclater contre les roches impassibles d'une falaise. J'étais jaloux des morts : ils avaient été poussés dans le grand livre des enluminures et n'avaient même plus besoin de lire pour déchiffrer le texte de la vie, collés qu'ils étaient aux lettres, intégrés, enchâssés dans ce texte. Devenir mort, c'était devenir vrai.

Christian Bobin, Louis Amour.

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L'Eglise institution, un obstacle...?

9 Avril 2015, 06:20am

Publié par Grégoire.

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Le bol du pélerin

8 Avril 2015, 06:11am

Publié par Grégoire.

Le bol du pélerin

[...] ces paysages de Morandi sont, à les bien regarder, très étranges. Tous, rigoureusement, « sans figures », et si la plupart comportent des maisons, celles-ci ont souvent des fenêtres aveugles : on les dirait fermées, sinon vides.

Ce serait une erreur pourtant d'y voir l'image d'un monde désert, d'une « terre vaine », comme celle du poème d'Eliot ; je ne crois pas que, même sans le vouloir ou sans en être conscient Morandi ait fait de cette partie de son œuvre une déploration sur la fin des campagnes.

 

   Certains critiques ont noté que le peintre aimait à laisser se déposer, quand il ne le faisait pas lui-même, une légère couche de poussière sur les objets de ses natures mortes : était-ce encore une couche de temps qui devait les protéger et les rendre plus denses ? Sur ses paysages aussi, on a souvent cette impression d'un voile de poussière. Il me vient l'image puérile du « marchand de sable », parce que son office est d'apaiser, d'endormir. Je pense même à la « Belle au bois dormant » ; on pourrait nommer ainsi la lumière égale, jamais scintillante ou éclatante, n'opérant jamais par éclairs ou trouées, qui les baigne ; même aussi claire que l'aube, avec des roses et des gris subtils, elle est toujours étrangement tranquille. Paysages « aux lieux dormants ».

Philippe Jaccottet, Le bol du pèlerin (Morandi), La Dogana, 2006, p. 45-46.

 

 

Philippe Jaccottet (né en 1925) est une figure incontournable de la poésie en Suisse. Son ouvrage, est un long poème qui rend hommage à Giogio Morandi (1890-1964). Sur le thème de la rencontre entre une toile, un dessin et son contemplateur, Jaccottet propose un parcours très personnel pour tenter «d’approcher l’énigme». Sous l’influence évidente de Paul Cézanne, Morandi a presque invariablement peint des natures mortes. Jaccottet s’interroge sur ce qui les rend exceptionnelles. «Chez ce peintre-ci : ces trois ou quatre bouteilles, vases, boîtes et bols sempiternels, quelle apparente insignifiance, quelle dérision...» écrit-il, «Comment oser prétendre que cela vous parle un langage plus convaincant que la plupart des œuvres d’aujourd’hui ?». 

Pour l’auteur, un véritable mystère émane du peintre. La vie monacale de Morandi le rapproche de son contemporain Alberto Giacometti (1901-1966). Autre analogie, leur force de concentration dans leur travail. « À croire que, chez l’un comme chez l’autre, tout, absolument tout : vie et travail, devait œuvrer contre la dissipation». Pouvoir qui transparaît même dans un portrait de Morandi par Herbert List, reproduit dans ces pages. L’artiste est penché sur des éléments qu’il va mettre sur une toile, une formidable attention brille dans son regard. Par ailleurs, chez Giacometti comme chez Morandi, Jaccottet remarque une exclusivité du sujet, l’un la forme humaine l’autre les objets. L’écrivain tente ensuite de trouver des réponses dans les lectures du peintre. Ses auteurs de chevet étaient Pascal et Leopardi. Deux vies recluses dont Morandi a pu se sentir proche. Deux œuvres bâties sur un fond noir, selon Philippe Jaccottet, «la conscience très lucide et très douloureuse, de la misère de l’homme, de l’impossibilité du bonheur pour lequel pourtant il semble fait...». 

 

Plus loin, le poète observe avec subtilité les paysages du peintre «rigoureusement sans figures». Ils semblent, comme ses natures mortes, légèrement recouverts d’un voile de poussière. Jaccottet les qualifie de paysages «aux lieux dormants». Les bouquets de fleur lui évoquent des roses des sables. Il revient sur les natures mortes, pour lesquelles il préfèrerait utiliser l’expression allemande : «vies silencieuses». Le mot «patience» lui vient alors à l’esprit. Celle «qui signifie avoir vécu, avoir peiné, avoir tenu : avec modestie, endurance, mais sans révolte...». Il remarque aussi qu’au fil des années le nombre d’objets a diminué. Par exemple, une simple théière en 1963. «Comme si les premières toiles étaient déjà trop peuplées...». Enfin, les aquarelles l’enthousiasment. Les couleurs disparaissent et les formes s’évanouissent : «Comme si le peintre avait très patiemment frayé un passage à la lumière...». 

 

 

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Epier Dieu captif de l'adorable faiblesse des choses et des êtres

7 Avril 2015, 09:01am

Publié par Grégoire.

Epier Dieu captif de l'adorable faiblesse des choses et des êtres

 

"Il n'y a que le ciel qui puisse nous lier les uns aux autres, jetant sur nos âmes assemblées par le hasard d'une rencontre, un filin de lumière, puis tirant d'un seul coup pour tout ramener dans le grand air des paroles vraies, là où seulement il est possible de respirer. Il n'y a que le grave et l'inattendu qui peuvent offrir à nos âmes captives une ouverture sur la vie pure, et c'est ce que le monde, instinctivement, immédiatement déteste.

    Ainsi je laissais faire le hasard qui est un dieu semblable aux moineaux sautillant sur les pavés... Nous sommes à notre naissance plongés dans cette vie comme dans un bain de vérité, et personne ne nous a assuré que ce bain serait toujours, à tout moment, à la température idéale. La vérité est là, à nos côtés, partout, elle baigne nos flancs, rafraîchit nos temps, elle demeure auprès de nous jusqu'à ce que nous prétendions connaître quelque chose qui vaut mieux qu'elle. "Le royaume de Dieu est proche de vous ": j'étais soufflé par cette parole du Christ. Dans les grains serrés de quelques mots, la plus grande vie possible m'était donnée. C'eût été une folie que de chercher plus loin, et cette folie m'avait pris. Cette vie simple qui s'éclaire en s'approfondissant... cette vie qui à chaque seconde multiplie l'affirmation miraculeuse d'elle-même, j'avais commencé à la quitter en rêvant trop de nuits sur les livres et sur l'amour dont ils parlent tant."

Christian Bobin, Louise Amour.

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Qui suis-je, où cours-je et à quoi sers-je...?

7 Avril 2015, 06:18am

Publié par Grégoire.

Femmes et hommes : Monde nouveau, Alliance nouvelle

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Enfance volée...

6 Avril 2015, 14:56pm

Publié par Grégoire.

Hudea, petite syrienne de 4 ans, a cru que l'appareil photo était une arme. Et, elle s'est rendue...

Hudea, petite syrienne de 4 ans, a cru que l'appareil photo était une arme. Et, elle s'est rendue...

 

Le lundi de Pâques ne doit pas nous faire oublier nos frères humains souffrant... 

 

Le 24 mars dernier, la photo-journaliste palestinienne Nadia Abu Shaban, basée à Gaza, publiait sur son compte Twitter la photo d'une petite Syrienne, les bras levés, l'air à la fois effrayé et résigné, avec la légende : « Un photographe a pris cette photo d'une enfant syrienne qui, pensant que c'était une arme et non un appareil photo, s'est donc rendue ! » Personne ne connaissait exactement les conditions dans lesquelles ce cliché avait été pris ; mais il a été partagé des milliers de fois sur Internet et a suscité une vive émotion

 

Devant l'ampleur du buzz et les questions entourant l'origine du cliché, la BBC se lance sur les traces du photographe l'ayant pris. En quelques heures, le média britannique réussit à retrouver Osman Sagirli, l'auteur du « visage le plus triste du monde ». Ce photo-journaliste turc, qui couvre des désastres et des guerres depuis vingt-cinq ans et travaille désormais en Tanzanie, a expliqué que la petite fille avait 4 ans, s'appelait Hudea, et qu'il l'avait rencontrée fin 2014 dans le camp de réfugiés d'Atmeh, situé à 10 kilomètres de la frontière turque.

 

À la BBC, le photographe a déclaré :  « J'ai utilisé un téléobjectif et elle a cru que c'était une arme. Après avoir pris la photo, j'ai réalisé qu'elle était pétrifiée parce qu'elle serrait les lèvres et avait levé les mains en l'air. D'habitude, les enfants s'enfuient, se cachent le visage ou sourient lorsqu'ils voient un appareil photo. » Pour se justifier d'avoir photographié cette petite fille, il a ajouté : « On sait que ce sont des réfugiés, mais cela prend plus de sens de voir leur souffrance à travers celle des enfants qu'à travers celle des adultes. De par leur innocence, les enfants dévoilent davantage leurs sentiments. »

 

La Syrie, au bout de 4 ans d’inaction, c’est :
* 10.000 enfants tués
* 215.000 morts
* 5,6 millions d’enfants vulnérables
* 10 millions de réfugiés

Et cette enfant, noyée dans la masse, qui lève les bras parce que pour elle, un objectif ou une arme, c’est pareil…

Cette photo qui a affolé la toile, a été partagée des millions de fois.  et après ?

Le silence assourdissant.. Les filles, les femmes… Le viol, est une arme de destruction massive en Syrie. C’est le crime le plus tu. Un crime massif, organisé par le régime et réalisé dans les conditions les plus barbares. Un crime fondé sur l’un des tabous les mieux ancrés dans la société traditionnelle syrienne et sur le silence des victimes, convaincues de risquer le rejet par leur propre famille, voire une condamnation à mort.

 

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THINGS PEOPLE DO (Les choses que les gens font)

6 Avril 2015, 06:22am

Publié par Grégoire.

THINGS PEOPLE DO (Les choses que les gens font)

Un assureur au chômage et aux abois (Wes Bentley, dans son meilleur rôle depuis "American Beauty") devient braqueur pour faire vivre sa famille. On a déjà vu ça mille fois, mais grâce à une réalisation inspirée, lumineuse et élégante, signée par l’un des monteurs de Terrence Malick, "Things People Do" est un vrai film noir qui désarçonne et hante. Au milieu du désert, celui de l’Amérique en crise, papillonnent d’inoubliables figures comme ce flic alcoolo, loin des clichés habituels.

L’image et la lumière sont très travaillées, et on note un goût pour le contem­pla­tif et l'atmo­sphère coton­neuse, les séquences sans dialogues qui en disent long, les plans sur les paysages filmés quasi­ment sur l’épaule du person­nage.

Un premier film intrigant, non seulement en raison de son sujet, mais aussi pour sa forme décalée, ralentie et élégante.

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Un secret caché, intime, vécu et qui ne peut-être dit...

5 Avril 2015, 06:45am

Publié par Grégoire.

Un secret caché, intime, vécu et qui ne peut-être dit...

" Qu’il me baise des baisers de sa bouche...

Tes amours sont plus délicieuses que le vin ;

l’arôme de tes parfums est exquis ;

ton nom est une huile qui s’épanche,

c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.

 

Entraîne-moi sur tes pas, courons !

Le roi m’a introduite en ses appartements ;

tu sera notre joie et notre allégresse.

Nous célébrerons tes amours plus que le vin ;

comme on a raison de t’aimer !

 

Je suis noire et pourtant belle, filles de Jérusalem,

comme les tentes de Qédar,

comme les pavillons de Salma.

Ne prenez pas garde à mon teint basané :

c’est le soleil qui m’a brûlée.

Les fils de ma mère sont emportés contre moi,

ils m’ont mise à garder les vignes.

Ma vigne à moi, je ne l’avais pas gardée !

 

Dis-moi donc, toi que mon cœur aime :

Où mèneras-tu paître le troupeau,

où le mettras-tu au repos, à l’heure de midi ?

Pour que je n’erre plus en vagabonde,

près du troupeau de tes compagnons.

 

Si tu l’ignores, ô la plus belle des femmes,

suis les traces du troupeau,

et mène paître tes chevreaux

près de la demeure des bergers.

 

Tandis que le roi est en son enclos,

mon nard donne son parfum.

Mon bien-aimé est un sachet de myrrhe,

qui repose entre mes seins.

Mon bien-aimé est une grappe de cypre,

dans les vignes d’En-Gaddi.

 

Que tu es belle, ma bien-aimée,

que tu es belle !

Tes yeux sont des colombes.

Que tu es beau, mon bien-aimé,

combien délicieux !

Notre lit n’est que verdure. 

Les poutres de notre maison sont de cèdre,

nos lambris de cyprès.

 

Je suis le narcisse de Saron,

le lis des vallées.

 Comme le lis entre les chardons,

telle ma bien-aimée entre les jeunes femmes.

 

Comme le pommier parmi les arbres d’un verger,

ainsi mon bien-aimé parmi les jeunes hommes.

A son ombre désirée je me suis assise,

et son fruit est doux à mon palais.

Il m’a menée au cellier,

et la bannière qu’il dresse sur moi, c’est l’amour.

Soutenez-moi avec des gâteaux de raisin,

ranimez-moi avec des pommes,

car je suis malade d’amour.

 

Son bras gauche est sous ma tête

et sa droite m’étreint. 

Je vous en conjure,

filles de Jérusalem,

par les gazelles, par les biches des champs,

n’éveillez pas, ne réveillez pas mon amour,

avant l’heure de son bon plaisir.

 

Je vous en conjure,

filles de Jérusalem,

n’éveillez pas, ne réveillez pas mon amour,

avant l’heure de son bon plaisir.

(…)

Qui est celle-ci qui monte du désert,

appuyée sur son bien-aimé ?

Sous le pommier je t’ai réveillée,

là même où ta mère te conçut,

là où conçut celle qui t’a enfantée.

 

Pose-moi comme un sceau sur ton cœur,

comme un sceau sur ton bras.

Car l’amour est fort comme la Mort,

la passion inflexible comme le Shéol.

Ses traits sont des traits de feu,

une flamme de Yahvé.

Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour,

ni les fleuves le submerger.

Qui offrirait toutes les richesses de sa maison

pour acheter l’amour,

ne recueillerait que mépris.

 

Cantiques des cantiques.

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