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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le véritable amour est une quiétude enflammée...

9 Janvier 2016, 06:05am

Publié par Grégoire.

Le véritable amour est une quiétude enflammée...

J’ai un petit carnet pour les jolies choses. Les belles répliques au cinéma, les jolies choses que je vois, que je lis, que j’entends. Je griffonne sur mon carnet pour en faire l’inventaire. Eh bien hier j’ai noirci une pleine page, avec Christian Bobin. Le poète était l’invité du « matin du départ », pour nous parler des lieux, des endroits qui lui sont chers. Bobin parle de la « bienveillance des arbres » ou de « l’austérité janséniste des rochers ». Il dit aussi que les monastères « sont des centrales nucléaires de silence, des réserves de silence pour le monde ».

Il me touche, ce poète émerveillé qui se moque éperdument des procès en mièvrerie. Et je ne suis pas la seule : cet homme discret, qui vit dans une forêt, vend beaucoup de livres, il est l’un des auteurs français les plus lus.

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Le Christ, source de la théologie

8 Janvier 2016, 06:37am

Publié par Grégoire.

Le Christ, source de la théologie

 

Vient de paraître aux Editions universitaires européennes l'ouvrage Le Christ, source de la théologie. Pour une sagesse théologique.

ISBN: 978-3-8416-7973-4   Il peut être commandé en librairie.

Il peut aussi être commandé sur le site Morebooks.de Suivre ce lien:

https://www.morebooks.de/store/fr/book/le-christ,-source-de-la-théologie/isbn/978-3-8416-7973-4

 

Extrait:

C’est relativement au Christ lui-même, dans son mystère personnel et dans sa parole et ses gestes (ses grandes activités personnelles), que s’explicite la dimension pleinement sapientiale de la théologie. C’est à cause du Christ que la Révélation atteint à une plénitude de sagesse, de lumière et d’amour dans l’unité, qu’il appartient à la théologie d’expliciter : d’une part, dans sa dimension doctrinale, lumineuse, intelligente, qui acquiert une dimension scientifique, c’est-à-dire une sorte de nécessité intelligible, le Christ étant la plénitude de la vérité de Dieu communiquée et donnée aux hommes ; pour le croyant, certes, elle est imparfaitement science, demeurant subalternée par la foi à la science de Dieu et à la science infuse du Christ (cf. s. Thomas d’Aquin,ST, I, q. 1, a. 2). Mais en lui, elle est parfaite ; en lui, elle est lumière, l’intelligibilité rejoignant l’être ; en lui, elle est vérité. N’est-ce pas ce que saint Jean signifie lorsqu’il affirme, au terme du Prologue de son Évangile : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; un Dieu, unique engendré qui est dans le sein du Père, celui-là s’en est fait l’interprète » (Jn 1,18) ? En outre, puisque le Christ, Dieu fait homme, est « en même temps » la fin et le moyen pour nous unir à la béatitude même de Dieu, la théologie a nécessairement une dimension amoureuse, vécue, mystique, glorieuse : « Dieu est amour » (1 Jn 4,8.16). L’amour ne se dit pas, il se vit dans le silence de l’unité avec celui qui dans sa bonté en est la source. Et pourtant il se dit pour pouvoir se vivre : c’est ce qui caractérise la fin comme telle, la cause finale qui ordonne l’intention de celui qui veut aimer.

Si le Christ est la plénitude, le sommet et l’achèvement de la Révélation de Dieu aux hommes, on peut affirmer que seuls ces deux aspects de la théologie chrétienne sont pleinement sagesse et s’appellent mutuellement : la dimension doctrinale de la Révélation ne se réduit pas au dogme ! Elle est l’enseignement lumineux, pleinement sage, du Christ aux hommes, dont la théologie cherche à expliciter toute la richesse contemplative, la sapida scientia (selon l’étymologie que saint Thomas d’Aquin donne du mot sapientia… Voir par exemple ST, I, q. 43, a. 5, ad 2 ; II-II, q. 45, a. 2, ad 1.). Ce festin de la sagesse (cf. Prov 9,1-6 ; Sir 24,19-22 ; Is 25,6-12…), parce qu’il concerne le mystère de Dieu et la fin de l’homme, exige de s’achever dans l’amour. La lumière s’achève dans l’amour. Mais d’autre part, l’amour qui touche la fin, exige la lumière pour s’ordonner, pour se structurer, pour garder toute sa force et sa grandeur : la mystique chrétienne a essentiellement besoin de la dimension de vérité de la théologie. La charité s’exerce ici-bas sous le « régime » de la foi et s’épanouira dans la vision : « Bien-aimés, maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que, s’il vient à se manifester nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons comme il est » (1 Jn 3,2). C’est en Dieu que la lumière et l’amour sont un. Et c’est dans l’humanité sainte du Christ que ces deux « chemins » s’unissent pleinement. Suivre le Christ par la foi, c’est marcher dans la lumière ; lui être uni par l’amour, c’est demeurer dans l’amour. En lui qui est « le sage et le saint », parce qu’il est Dieu et homme dans l’unité de la Personne, la théologie trouve ce qui lui donne d’être sagesse.

C’est dans ces deux grands aspects, doctrinal, lumineux, et mystique, amoureux, que la théologie trouve sa vraie dimension contemplative, donc de sagesse, puisque la sagesse est un habituscontemplatif et se caractérise par l’unité de la connaissance et de l’amour ; en effet, en Dieu, le vrai et le bien sont identiques.

 

M.-D. Goutierre, Le Christ, source de la théologie. Pour une sagesse théologique, p. 58-60

© Editions universitaires européennes

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Qu'est-ce que vivre...?

7 Janvier 2016, 05:52am

Publié par Grégoire.

Qu'est-ce que vivre...?

 

« qu’est-ce que vivre? Pourquoi tant de journées données à vivre ? Pour rien? Est-ce qu’une rose passe un seul jour où il n’y aurait « rien » ?

Vivre, c’est bonjour, bonsoir, je t’aime, et je suis là encore pour un peu de temps vivant sur la même terre que toi, Vivre, c’est la folie du rire dans les pleurs, ces bêlements d’agneau égaré, le cri du hibou dans l’opéra glacé de la nuit, Vivre c’est regarder la lumière pleuvoir sur le jardin, écouter l’applaudissement de la pluie sur les volets, être secrétaire de la neige, jardinier des nuages Vivre c’est le livre des partitions de Bach qui s’ouvre à l’envers et toutes les notes qui roulent comme des billes dans la chambre, c’est aller faire ses courses et croiser un ange qui ne sait pas son nom, construire des fenêtres pour encadrer le vide et voir passer les disparus, les trop sensibles. Vivre est un trapèze. Les dogmes et les savoirs sont de mauvais filets pour amortir la chute. Vivre, c’est traverser le temps avec la sensibilité d’une rose, de façon à ne jamais pouvoir dire, le soir venu : « rien ».

C Bobin.

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Rien de pire qu'un "spécialiste" de Dieu...

6 Janvier 2016, 12:24pm

Publié par Grégoire.

Rien de pire qu'un "spécialiste" de Dieu...

"Beaucoup de discours estampillés religieux me font penser à ces étals de fruits, des pommes bien rouges, rutilantes, pleine de chimie. 
Moi je préfère aller voler une pomme dans un jardin, ces pommes cabossées, étranges , singulières, qui ne ressemblent à rien, parce qu'elles n'ont pas subi de traitement industriel. Il y a une industrie du religieux et du spirituel qui est éprouvante et qui peut -être, peut  expliquer les intégrismes, qui explique aussi l'éloignement de très braves gens."

Christian Bobin, entretien.

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Etes-vous religieux...?

5 Janvier 2016, 06:45am

Publié par Grégoire.

Etes-vous religieux...?

 

Si l’on entend par religieux l’homme qui s’astreint à certaines pratiques, qui s’incline devant certains dogmes, évidemment je ne suis pas religieux. Qui l’est encore à notre époque ? Qui peut abdiquer son esprit critique et sa raison ?

Mais, à mon avis, la religion est autre chose que le balbutiement d’un credo. C’est le sentiment de tout ce qui est inexpliqué et sans doute inexplicable dans le monde. C’est l’adoration de la Force ignorée qui maintient les lois universelles, et qui conserve les types des êtres ; c’est le soupçon de tout ce qui dans le Nature ne tombe pas sous nos sens, de tout l’immense domaine des choses que ni les yeux de notre corps, ni même ceux de notre esprit ne sont capables de voir ; c’est encore l’élan de notre conscience vers l’infini, l’éternité, vers la science et l’amour sans limites, promesses peut-être illusoires, mais qui, dès cette vie, font palpiter notre pensée comme si elle se sentait des ailes. 

En ce sens-là, je suis religieux.

Auguste Rodin, L’Art

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Tous mes voeux !

4 Janvier 2016, 18:08pm

Publié par Grégoire.

Tous mes voeux !

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Je ne reconnais l'éclat du vrai que dans la joie

3 Janvier 2016, 06:05am

Publié par Grégoire.

Je ne reconnais l'éclat du vrai que dans la joie

 

"Fragment d'une lettre que l'on enverra pas :
"J'entend ce que vous me dites et j'entends plus encore la manière dont vous dites. Vous demandez quelque chose qui vous manque, et parce qu'elle vous manque vous en parlez comme si elle était votre due.
Vous me faites penser à cette phrase entendue l'autre jour dans la rue : "elle veut être aimée, quelle imbécilité ! " Cette parole est dure, mais la vérité a parfois des dents de loup. L'imbécilité en question est dans la croyance que notre volonté nous ouvre un droit sur ce dont nous avons besoin, y pose déjà une légère griffe. Mais, franchement, qu'est-ce qui mérite en nous d'être aimé? J'ai beau chercher, je ne vois rien.
L'imbécilité, n'est pas de demander mais de changer sa demande en plainte et bientôt en exigence. Je sais bien, vous ne parlez pas de cela, mais c'est sur ce ton que vous parlez et la vérité est dans le souffle avant d'être dans les mots. j'écoute vos raisons et je n'entends que votre dépit. Mais je n'ai jamais trouvé une once de vérité dans l'amertume. Je n'y ai jamais entendu que la misère d'un amour-propre déçu.
Je ne reconnais l'éclat du vrai que dans la joie et dans la conscience de nous-mêmes qui l'accompagne toujours, cette conscience radieuse de n'être rien - et dès lors comment prétendre à quoi que ce soit, pourquoi s'entêter dans une demande qui ne sait trop ce qu'elle veut et ne sait que le vouloir ? L'amour ne vient que par grâce et sans tenir compte de ce que nous sommes. D'ailleurs si c'était le cas, il ne viendrait jamais.
Rassurez-vous : si j'écris sur ces choses, je suis loin d'en être digne. Du moins je ne cesse de les contempler comme sur la route plaine d'ombre on regarde à l'horizon les montagnes que l'on atteindra pas encore aujourd'hui."
 
C Bobin, éloignement du monde.

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Le volontarisme ou l'esprit de sérieux abrutissant...

2 Janvier 2016, 05:12am

Publié par Grégoire.

Le volontarisme ou l'esprit de sérieux abrutissant...

Dans tout ce que nous faisons nous ne faisons qu'attendre, et c'est par impatience que nous mettons, entre nous et notre attente, une poussière de volontés et de désirs, seulement par impatience.

C Bobin. Eloignement du monde.

 

Les gens sérieux sont atteint par la maladie propre à ceux qui se confondent avec la place qu’ils tiennent dans la société : le sérieux fige leurs traits, la raideur gagne leur corps puis leur âme, leurs esprit sont des coquillages fossilisés dans l’argile. Ils sont devenus leur propres statues et plus rien ne les fera descendre de leur socle que leur mort.

Ils sont des plus puérils qui soient. Ils se penchent sur leur vie comme l’écolier sur sa copie. Ils s’appliquent et se scandalisent de l’indulgence du maître pour les mauvais élèves qui savent que la vie est parfois grave, souvent légère – jamais sérieuse. Ils ont voulu faire du Christ un fils de bonne famille !

C Bobin.

 

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Tout est là...

1 Janvier 2016, 11:49am

Publié par Grégoire.

Tout est là...

Là où nous sommes -dans l’instant éternel- il n’y a pas de mots, puisque tout est là. Là où nous ne sommes pas -dans la suite des heures- il n’y a plus rien que des mots, enroulés sur eux-mêmes, comme ces duvets d’oiseaux oubliés par le vent dans l’ornière des chemins.

J’aime cette vie là, pauvre en évènements. Ce retrait fait place nette, et ce qui peut sembler austère n’est que la disposition de toutes choses -pensées, fruits et encres- en vue de la plus grande abondance qui soit.

Je regarde une peinture, pour le silence. J’attends mais c’est pour ne pas attendre. Je me tais, je ne fais rien, et dans ce rien d’une soirée, j’apprends lentement à nommer ce qui me comble et m’échappe : l’émerveillement d’une petite feuille verte, égarée dans la crue des lumières.

Christian Bobin, Le huitième jour de la semaine.

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Cette année...

1 Janvier 2016, 05:54am

Publié par Grégoire.

Cette année...
Cette année...

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Un petit coup de blues pour terminer l'année...?

31 Décembre 2015, 21:00pm

Publié par Grégoire.

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Ballet aquatique !

31 Décembre 2015, 05:54am

Publié par Grégoire.

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Détente visuelle...

30 Décembre 2015, 06:38am

Publié par Grégoire.

Détente visuelle...

 

Ce qu’on appelle la beauté c’est ce qui nous tape sur le cœur, ce qu’on va ramener chez soi, une parole, un bouquet de fleurs, un regard, un sourire…Ce sont des trésors de pauvres qui ont une énorme vertu c’est celle de nous apaiser, de commencer à nous consoler. Elle nous console d’un chagrin que nous ne pensions pas avoir, que nous ne connaissions pas, qui est en nous…Peut-être depuis toujours.

Christian Bobin

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Le canard... hilarant...!

29 Décembre 2015, 06:18am

Publié par Grégoire.

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Solubilité de l’espoir dans l’oubli ?

28 Décembre 2015, 05:15am

Publié par Grégoire.

Solubilité de l’espoir dans l’oubli ?

Ma sœur Sahraouie Nuena me l’a dit une nouvelle fois : « Ce que tu lis tu l’oublies, ce que tu entends tu l’oublies. Mais ce que tu vois, tu ne peux l’oublier ». Nuena est une spécialiste, défenseure des oubliés, oubliée elle-même.

 

Nuena, à 40 ans d’intervalle, la même détermination

 Bien sûr je pourrais décrire les murs effondrés, les toits au sol, les vieilles tentes montées en toute hâte le long du camp de Smara, la moitié des habitations de banko d’Aousserd détruites, Dakhla redevenue sable à 80%. Bien sûr, je pourrais raconter une dizaine de jours passée avec ma famille d’accueil dans une petite serre à tomates de quatre mètres sur deux transformée en tente de poche, à quatre dont un jeune enfant malade et quelques centaines de mouches.

  

Mais qui pourra raconter les fêlures de ces êtres humains encore étonnamment debout, les fissures profondément inscrites dans leur vie d’exil, les blessures infligées par 40 années d’épreuves ?

Qu’on ne s’y trompe pas ; la luminosité dont certains font preuve passent aussi par ces failles dont ils sont lézardés :

 Dounda, qui fait l’admiration de ses professeurs a donné sans compter à Fatma, sa petite sœur lourdement handicapée plusieurs années de son adolescence et de sa scolarité. Cette année, brusquement, leur papa est mort. Cet homme dans la force de l’âge, en d’autres lieux , ne vous rendait qu’avec regret la main qu’il vous serrait, une fois prisonnière de la sienne. Je sais aujourd’hui qu’il y mettait l’intensité d’un pressentiment d’urgence. Du jour de sa mort, Fatma n’a plus ouvert la bouche, pour manger, pleurer ou sourire. Elle s’est laissé mourir une semaine après son père. Comme s’il avait usé d’une ultime  grâce paternelle pour la délivrer et l’accueillir. Qui décèlera les fêlures  sillonnant déjà la courte vie de Dounda ?

 

Dounda et Fatma

Et Ghalia, dont le sourire peine à cacher la fatigue et l’anémie, prête à accoucher de son troisième enfant, elle qui déclarait adolescente ne pas vouloir donner vie dans ces camps où elle est née, qui dira la fragilité de ce qu’elle à finit d’accepter de construire?

Et cette femme assise dans la poussière, pleurant sur, croyais-je, les gravats et ses maigres biens éparpillés autour d’elle et qui , nous l’apprimes par une voisine devenait folle d’avoir perdu sa fille… Quel homme, même s’arrogeant les pouvoirs d’un despote de Droit Divin pourra en réparer la brêche?

Combien sont ils à se composer une façade digne et résistante face à l’usure du temps, à un assistanat déshumanisant, à l’injustice de l’application de leurs Droits. Combien sont ils encore  à héberger l’espoir dans ce provisoire qu’ils finissent eux mêmes par devenir?

 

 Ironie des mots et de l’histoire! Les premiers responsables du Polisario voulurent détruire les quelques habitations en dur laissées par des bédoins de passage et que voulaient utiliser les nouveaux réfugiés  arrivés en exil à Dakhla il y a 40 ans. La tente, symbole du provisoire, rappelait et devait rappeler chaque jour le retour espéré. Aujourd’hui, la plupart des responsables du Polisario habitent Tindouf… Ces dix dernières années les plus avisés analysaient que l’espoir d’un changement ne viendrait plus des camps mais des territoires occupés. Mais après l’intinfada, l’espoir écrasé de Gdeim Izik et l’emprisonnement de la relève générationnelle Sahraouie à l’encontre de tous les Droits, seule la recherche de solutions familiales ou personnelles semble devenir prioritaire. L’espoir peut il survivre à un provisoire de quatre décennies? S’éteindra t’il dans une sédentarisation rampante?                                                                                                                                                    

Demain la quatrième génération vivra gratuitement mal dans ces camps, buvant coca-cola, mangeant PAM, fumant American Legend, en regardant des Soap Opera turcs et en se face-bouquant. Ils ne pouvaient pas espérer mieux que cette extinction annoncée, ceux qui vont fêter l’anniversaire des quarante ans de la trompeuse “marche verte”,paravent civil d’une invasion militaire, tout en omettant le rapport de la Cour Internationale de Justice du 15 octobre 1975 déboutant le Maroc de ses arguments de souveraineté sur le Sahara Occidental et autorisant le Peuple Sahraoui à faire valoir son droit à l’autodétermination.

J’ai vu les petits enfants des “enfants des nuages” jouer dans des lacs boueux et plus provisoires que leur avenir, ignorant qu’on leur avait volé une mer.

 

 J’ai vu leurs grands parents ayant jadis suivi les bienfaits de la pluie dans leurs transhumances nomades faire des rigoles pour protéger des mêmes nuages  cet exil honni.

 

 J’ai vu grandir malgré leur “retard de croissance harmonieuse”les enfants Sahraouis, je les ai vu jouer sans jouets, étudier sous les néons défaillants des camps, continuer d’apprendre dans d’autres pays pour… revenir faire des briques de sable. Ces vies difficilement construites, se soutenant solidairement je les vois fragiles et fissurées, dernier abri d’un espoir légitime, menacées de la pluie fine et persistante de notre oubli.

 

Jean-François Debargue

Le 02 novembre 2015

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Le plus grand roi de l'humanité

27 Décembre 2015, 06:30am

Publié par Grégoire.

Le plus grand roi de l'humanité

 

Un jour il crie, un autre jour il pleure. Il traverse tout le registre de l’humain, la grande gamme émotive, si radicalement homme qu’il touche au dieu par les racines. Il est doux et abrupt. Il brise, il brûle et il réconforte. La bonté est en lui comme une matière chimiquement pure, un diamant. Son esprit est légèrement absent, et ce rien d’absence est sa manière d’être attentif à tout. Pris dans un chaos de désirs et de plaintes, serré par une foule qui se bouscule ses faveurs comme on voit des moineaux s’abattre en nuée sur un seul morceau de pain, il distingue très bien le frôlement d’une seule main sur un pan de son manteau, il se retourne aussitôt et demande qui l’a touché, qui lui a dérobé une part de sa force.

 

La voleuse---car c’est bien sûr une femme, car les femmes ont su très vite connaître en lui la plus grande intelligence vivante, l’intelligence du don, car les femmes ne se trompent pas sur la lumière qui sort de lui, c’est la même qui s’en va d’elles pour baigner les chairs de leurs enfants---la voleuse par amour est celle qui l’a sans doute le mieux entendu: prenez ce que je vous donne, je vous le donne sans condition et, parce que je vous le donne absolument, il y en a absolument pour tous---ce qu’on partage se multiplie. Il dit qu’il est la vérité. C’est la parole qui est la plus humble qui soit. L’orgueil, ce serait de dire: la vérité, je l’ai. Je la détiens, je l’ai mise dans l’écrin d’une formule. La vérité n’est pas une idée mais une présence.

 

Rien n’est présent que l’amour. La vérité, il l’est par son souffle, par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de pesanteur, sans y prendre garde. Que des millions d’hommes se soient nourris de son nom, qu’ils aient peint son visage avec de l’or, fait retentir sa parole sous des coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sortie: sa parole n’est vraie que d’être désarmée. Sa puissance à lui, c’est d’être sans puissance, nu, faible, pauvre---mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri par son amour.

 

Telle est la figure du plus grand roi d’humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. Le monde ne pouvait l’entendre. Le monde n’entend que là où il y a un peu de bruit et de puissance. L’amour est un roi sans puissance, dieu est un homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour. Quelque chose avant sa venue le pressent.

 

Quelque chose après sa venue se souvient de lui. La beauté sur la terre est ce quelque chose. La beauté du visible est faite de l’invisible tremblement des atomes déplacés par son corps en marche. Il vient d’une famille où on travaille le bois. Il travaille les coeurs qui sont autrement durs que le bois. Ils sont quelques-uns à entrer dans son travail. Il les forme avec peine aux principes d’une économie nouvelle: on ne fait rien par série, on va de l’unique à l’unique. On ne vend pas, on donne.Il parle souvent de son père. Un adulte qui parle de son père, c’est un homme qui réchauffe une ombre. Lui, c’est différent.

 

On dirait, comme il en parle, que son père n’est pas dans le passé mais dans l’avenir.Son père a le verbe haut. Sa voix effarouche les bêtes et les hommes. Le père a réputation d’orage, le fils vient l’apaiser, l'apprivoiser. Il dit: mon père, voyez, c’est comme un homme qui avait deux fils, un calme et un fou qui a voulu sa part d’héritage tout de suite et qui l’a dépensée en vins, en femmes, en jeux de toutes sortes. Ensuite il a eu faim, le fou, il n’avait plus un sou en poche et il est revenu honteux à la maison. Il s’est caché dans un coin et il mangeait avec les bêtes. Le père, quand il l’a découvert, l’a serré dans ses bras, l’a tiré en pleine lumière et a décidé d’une grande fête, pour tout le monde. L’autre fils a râlé, ça ne lui plaisait pas, autant de dépenses d’un seul coup et pour qui, pour un ingrat, un fainéant, à quoi ça sert d’être raisonnable, économe et fidèle, à quoi ça sert alors?

 

Le père buvait, chantait, riait. Il n’a rien entendu de ces reproches. C’était un homme particulier: il n’entendait que la joie---pour le reste, il était sourd. Sa mère, il n’en parle jamais. Elle est partout dans lui. C’est une petite paysanne, presqu’une adolescente. C’est sur son visage qu’il a ouvert les yeux pour la première fois. Cette première fois est pour lui comme pour tout être humain, inscrite au plus profond de la chair, ineffaçable.

 

Dans les campagnes, on dit d’un enfant qu’il “tient” plutôt de son père ou plutôt de sa mère. Lui, il “tient” de sa mère l’ampleur de son regard, et la douceur maintenue jusque dans ses paroles, ses paroles les plus rudes. Elle le voit mourir. C’est la pire chose qui puise arriver à une mère. Il n’y a pas de mots pour cette douleur. Il n’y a aucun mot dans aucune langue pour ce qui nous arrache vivant à notre vie. Il n’y a que ses mots à lui qui sont plus que des mots. Il ne semble pas suivre le chemin connu de lui. On pourrait même parler d’hésitations. Il cherche simplement quelqu’un qui l’entende. Cette recherche est presque toujours déçue, son chemin est celui des déceptions, d’un village à l’autre, d’une surdité à la suivante.

 

Christian Bobin.

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L'esprit de Noël

26 Décembre 2015, 06:03am

Publié par Grégoire.

 

Noël est pour beaucoup vécue comme une fête pleine d'ambivalence, de douceur, mais aussi de frénésie, de joie et de solitude exacerbée, de discrétion et de tapage. Pour Christian Bobin, un événement digne de ce nom est assez rare dans une vie et c'est très difficile d'en parler. Noël c'est aussi une fête que la société nous intime en quelque sorte de fêter. Or, "il faut percer beaucoup d'épaisseur pour que l'humain en nous se réveille".

"Noël est une période très singulière, attachante et passionnante à voir." Pour Christian Bobin, seuls les enfants savent en parler. "Le meilleur de ce temps là est consacré à quelque de plus léger q'un simple flocon de neige, quelque chose qui est  presque invisible, qui est très faible, et qui suppose une passion infinie de l'attente." Or les enfants ont comme il l'appelle "la passion infinie de l'attente". Pour lui, l'enfance est "l'attente des portes du paradis", sans doute laplue belle des espérances.

"Quelque chose se passe qui semble avoir effacé pendant quelques heures toutes les déceptions de la vie."

Le poète Christian Bobin se souvient des soirs de Noël où quand il était enfant, ses parents le réveillaient pour le conduire au pied du sapin... Pour lui, Noël est comme une brèche ouverte dans le temps. "Quelque chose se passe qui semble avoir effacé pendant quelques heures toutes les déceptions de la vie. C'est comme si on attendait quelque chose, quoi je ne sais pas exactement, mais ce que l'on attend là, c'est ce que l'on attend toute la vie."

Les babioles

 

Mon petit garçon avec ses yeux pensifs

ses gestes et ses mots tranquilles de grande personne 

m’a désobéi pour la septième fois, 

et je l’ai frappé, je l’ai renvoyé

durement sans l’embrasser, 

car sa mère qui était patiente est morte.

Puis j’ai eu peur que le chagrin l’empêche de dormir 

et j’ai été le voir dans son lit, 

mais il était dans un profond sommeil 

paupières battues et cils encore mouillés 

de son dernier sanglot.

Alors, ému, je l’ai embrassé 

et mes larmes remplaçaient les siennes, 

car sur une table tirée à son chevet 

il avait mis à portée de sa main

une boîte de jetons et une pierre veinée de rouge, 

un bout de verre usé par la plage

et six ou sept coquillages, 

une bouteille avec des campanules, 

et deux sous français, le tout rangé avec soin 

pour consoler son pauvre cœur. 

Et ce soir-là, dans ma prière, 

j’ai pleuré, j’ai dit à Dieu :

Ah, quand à la fin nous serons couchés sans un souffle 

et que, morts, nous ne te blesserons plus,

tu te rappelleras de quelles babioles 

nous avons fait nos joies 

et comme nous avons peu compris 

ta grande loi de bonté. 

Alors tu ne seras pas moins père 

que moi dont tu as pétri l’argile, 

tu laisseras ta colère, tu diras : 

Voyons, ce sont des enfants.

 

Coventry PATMORE.

 

Recueilli dans Dieu en poésie,

Présentation de Jean Grosjean,

Gallimard, Folio junior, 1984.

 

 

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Le plus grand roi de l'humanité...

25 Décembre 2015, 06:28am

Publié par Grégoire.

Le plus grand roi de l'humanité...

 

Il marche. Sans arrêt il marche. Il va ici et puis là. Il passe sa vie sur quelque soixante kilomètres de long, trente de large. Et il marche. Sans arrêt. On dirait que le repos lui est interdit. Ce qu’on sait de lui, on le tient d’un livre.

 

Avec l’oreille un peu plus fine, nous pourrions nous passer de ce livre et recevoir de ses nouvelles en écoutant le chant des particules de sable, soulevées par ses pieds nus.

 

Rien ne se remet de son passage et son passage n’en finit pas. Ils sont d’abord quatre à écrire sur lui. Ils ont, quand ils écrivent, soixante ans de retard sur l’événement de son passage. Soixante ans au moins. Nous en avons beaucoup plus, deux mille.

 

Tout ce qui peut être dit sur cet homme est en retard sur lui. Il garde une foulée d’avance et sa parole est comme lui, sans cesse en mouvement, sans fin dans le mouvement de tout donner d’elle-même. Deux mille ans après lui, c’est comme soixante. Il vient de passer et les jardins d’Israël frémissent encore de son passage, comme après une bombe, les ondes brûlantes d’un souffle. Il va tête nue. La mort, le vent, l’injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas.

 

A croire que ce qui le tourmente n’est rien en regard de ce qu’il espère.

A croire que la mort n’est guère plus qu’un vent de sable.

A croire que vivre est comme il marche... sans fin

 

L’humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi. Et le premier venu est plus grand que nous: c’est une des choses que dit cet homme. C’est l’unique chose qu’il cherche à nous faire entrer dans nos têtes lourdes. Le premier venu est plus grand que nous : il faut détacher chaque mot de cette phrase et le mâcher, le remâcher. La vérité, ça se mange. Voir l’autre dans sa noblesse de solitude, dans la beauté perdue de ses jours. Le regarder dans le mouvement de venir, dans la confiance à cette venue. C’est ce qu’il s’épuise à nous dire, l’homme qui marche: ne me regardez pas, moi. Regardez le premier venu et ça suffira, et ça devrait suffire. Il va droit à la porte de l’humain. Il attend que cette porte s’ouvre. La porte de l’humain, c’est le visage. Voir face à face, seul à seul, un à un.

 

Dans les camps de concentration, les nazis interdisaient aux déportés de les regarder dans les yeux sous peine de mort immédiate. Celui dont je n’accueille plus le visage---et pour l’accueillir, il faut que je lave mon propre visage---celui-là, je le vide de son humanité et je m’en vide moi-même. Il est juif par sa mère, juif par son père, éternellement juif par cette façon d’aller partout sans trouver nulle part un abri, merveilleusement juif par son amour enfantin des devinettes---comme l’oiseau qui interroge par son chant et reçoit pour toute réponse une pierre et chante encore, même mort chante, encore, encore, encore, bien après que la pierre qui l’a tué est redevenue friable, poussière, silence, moins que silence, rien, et toujours cette vibration du chant pur dans le rien manifesté du monde. 

 

La mort est économe, la vie est dépensière. Il ne parle que de la vie, avec ses mots à elle: il saisit des morceaux de la terre, les assemble dans sa parole, et c’est le ciel qui apparaît, un ciel avec des arbres qui volent, des agneaux qui dansent et des poissons qui brûlent, un ciel infréquentable, peuplé de prostituées, de fous et de noceurs, d’enfants qui éclatent de rire et de femmes qui ne rentrent plus à la maison, tellement de monde oublié par le monde et fêté là, tout de suite, maintenant, sur la terre autant qu’au ciel.

 

C’est une pesanteur des sociétés marchandes et toutes les sociétés sont marchandes, toutes ont quelque chose à vendre que de penser les gens comme des choses, que de distinguer les choses suivant leur rareté, et les hommes suivant leur puissance. Lui, il a ce coeur d’enfant de ne rien savoir des distinctions. Le vertueux et le voyou, le mendiant et le prince, il s’adresse à tous de la même voix limpide, comme s’il n’y avait ni vertueux, ni voyou, ni mendiant, ni prince, mais seulement, à chaque fois, deux vivants face à face, et la parole dans le milieu des deux, qui va, qui vient.

 

Ce qu’il dit est éclairé par des verbes pauvres; prenez, écoutez, venez, partez, recevez, allez. Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière d’amour. Ce qu’il veut, ce n’est pas pour lui qu’il le veut. Ce qu’il veut, c’est que nous nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas: aimez-moi. Il dit: aimez-vous. Il y a un abîme entre ces deux paroles. Il est d’un côté de l’abîme et nous restons de l’autre. C’est peut-être le seul homme qui ait jamais vraiment parlé, brisé les liens de la parole et de la séduction, de l’amour et de la plainte. C'est un homme qui va de la louange à la désaffection et de la désaffection à la mort, toujours allant, toujours marchant. Il ne fait pas de l’indifférence une vertu.

Christian Bobin

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L'indestructible II

24 Décembre 2015, 05:55am

Publié par Grégoire.

L'indestructible II

La chaise vide au monastère du Carmel fait face à une croix. Le vide contemple la douleur. Ce n’est pas une indifférence mais la plus grande concentration. La paille et le bois de la chaise sont pénétrés jusque dans leurs noeuds d’une pensée sans pensée. La petite chaise est une sainte. 

Le vieil instinct ruiné des hommes se rallume à la vue d’un cloître. Il ne s’agit même pas de Dieu -simplement d’une intense façon d’habiter sur Terre. « Le soleil se plaît davantage dans un réfectoire de monastère que dans un restaurant », dit Mandelstam.

 

Je te propose une énigme, dit le Christ : il y a quelque chose qui n’existe pas et pourtant cette chose est la seule qui existe. Tu as trouvé? 

 

Leurs corps sont sculptés dans du silence. Leurs gestes sont sobres, lumineux leurs habits. Parfois leurs esprit boite. Un saint qui ne boiterait pas ne serait pas un saint. 

Les ivrognes de l’absolu ont le vin doux. Leurs imperfections -malgré l’irréprochable qualité des tissus et des lumières- amène notre imperfection, degré par degré jusqu’au ciel.

 

Je pense à leur grand frère tout blanc, le pape François. Son sermon de Noël 2014 aux cardinaux est l’envers nécessaire du sermon sur la montagne. Il parle de « la maladie des visages mornes » et dénonce en poète un « Alzheimer spirituel » atteignant les princes de l’Eglise. C’est qu’aujourd’hui nous n’avons plus le temps de vivre -même les bébés ne l’ont plus. Il faut d’abord qu’on nous parle comme ça, qu’on reçoive une pluie d’eau de javel sur la tête. Les béatitudes viendront après., seulement après. Le cerveau des hommes a été percé. Il en jaillit jour et nuit des images qui nous mènent en enfer. Nous sommes les pères de nos diables. 

 

Une infernale efficacité est devenue notre seule prière: donnez nous nos dollars et notre alcool de vitesse. Faites que nous ne pensions plus à notre vie.

Aux fraternités de Jérusalem une soeur adore à genoux une absence. Nos petits dieux à nous portent une étiquette de prix, brinquebalant à leur poignet.

 

A la chartreuse de la Verne, une fenêtre brûle. Une seule qui suffira pour tout.

Les plus belles mains peuvent se voir dans les monastères, exposées vivantes au milieu des plus chastes lumières. Que les mains des moines s’allègent et s’élancent pour une prière, ou que lourdes, croisées, elles dorment quelques instants sur leur genoux, elles sont l’intelligence absolue de l’abîme.

 

Au couvent des petites soeurs des pauvres en Bretagne, j’ai vu un chapelet -une friture de Jésus Christ, la douleur des enfers prête à connaitre la paix de mains aimantes, grain caramélisé par grain caramélisé.

 

L’enfant qui compte ses billes ne fait rien, comme la religieuse qui égrène son chapelet. Ce rien, béni soit-il, est un trésor. 

La nuit entre au monastère pour s’y laver. Les étoiles s’y refont une beauté. L’univers y revient à sa densité originelle : un seul point d’énergie dont les prières font luire les milles facettes. 

 

Personne jamais n’effacera les gens qui s’effacent.

 

Christian Bobin. La prière silencieuse.

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L'indestructible

23 Décembre 2015, 05:50am

Publié par Grégoire.

L'indestructible

 

Au moyen-âge où les monastères éclosent, l’air grésillent d’anges aussi nombreux que des éphémères l’été, autour d’une lampe de jardin. Jusqu’à Jean-Sébastien Bach, croire en Dieu ou sentir le printemps ouvrir les fleurs roses de nos poumons c’est tout un. Puisqu’aujourd’hui par une grâce terrible tout a été détruit, ce livre invite à rejoindre l’élémentaire qui est l’indestructible : un feuillage à la fenêtre d’une bibliothèque. Des ombres pour abriter nos morts. Des robes glacées comme des cascades. Des paroles d’amour plongées dans des cuves de silence. La nuit dans sa première jeunesse. 

Les deux personnes les plus mystérieuses au monde sont le moine et la prostituée. Un corps qui brûle, une bible qui crie -la misère est soeur du divin.

« Je suis entré dans ce monde comme un loup et j’en sors comme un agneau » telle est la dernière parole d’un condamné à mort américain, une montagne de muscle tatouée. Aux offices les chants des moines ne monteront pas plus haut.

Au cimetière des Pères de Sainte-Croix, brillent de petites croix toutes blanches -les dents de lait de l’Eternel. 

Un livre de poésie, même oublié sur un rayon de bibliothèque, témoigne à bas bruit de la splendeur de la vie. Qu’il reste un cercle de pierre avec au milieu une poignée de contemplatifs donnant leur vie à un dieu dont rien ne les assure -préserve le monde du pire.

L’hôpital avale sa ration de souffrants. J’attends quelqu’un aux urgences. Deux policiers apparaissent, encadrant un homme menotté en survêtement noir ahuri, détenteur d’une puissance dangereuse de bébé. L’un des policiers s’adresse à lui d’une voix surnaturellement patiente, comme une mère à son enfant malade. Son collègue ricane sans bruit, moins doué de sensibilité que les briques du bâtiment. Je suis devant une parabole inédite, un Evangile dont un feuillet vole sous mes yeux.

L’image absolue, celle qui nous délivre des images, s’élabore dans la clôture d’un monastère. 

Au Carmel d’Angers une religieuse entre vivante au paradis de la peinture hollandaise. A la Grande Trappe un moine, quatre ange assis à sa gauche, deux à sa droite, patiente dans la salle d’attente de l’Eternel. A voir la porte et la croix de l’abbaye de Fontgombault on entend Wall street s’effondre. Le couloir des petites soeurs des pauvres, pour le traverser il faut des siècles. Tout au bout, nos parents disparus nous attendent.

Christian Bobin, la prière silencieuse, Gallimard.

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J'ai rencontré Jésus mendiant silencieusement...

22 Décembre 2015, 05:39am

Publié par Grégoire.

Osez la bienveillance... Merci !

Osez la bienveillance... Merci !

J'ai rencontré Jésus mendiant silencieusement...

 

Vendredi 18 déc. On me fait rencontrer une jeune femme handicapée : ses pieds visiblement ne se déploient pas. Elle se déplace difficilement, avec une canne. Elle parle avec difficulté. Montre aussi très vite des signes de fatigue. Paupières qui tombent, mais « j’écoute » dit-elle avec un immense sourire. 

Elle est atteint d’une maladie des nerfs et des muscles depuis 2 ans, après avoir inhalée des produits toxiques dans une coopérative de vin ou elle travaillait. 

Elle a perdu son travail. On lui a refusé toute indemnisation ou reconnaissance d’accident du travail. Son mari l’a quitté. Elle a 3 enfants, dont 1 handicapé; malformation du coeur et de la colonne vertébrale.

Elle vit au 2e étage d’un immeuble sans ascenseur, sans eau chaude, extrêmement bruyant (techno à partir de 22h). Appartement qu’elle ne peut quitter ayant une dette de loyer de 700 euros.

 

Je me permets de faire un appel aux dons pour cette personne. Vous êtes 100 abonnés sur ce blog : on devrait vite réunir cette somme. Je compléterais si besoin en faisant 1-2 soirée/lecture de C Bobin.

 

Si vous voulez aider, merci de m’envoyer un mail à brgregoire@hotmail.com

Je vous dirais où envoyer votre don. L’intégralité des dons sera reversé à cette personne. Merci !

fr Grégoire.

 

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Il n’y a rien de nécessaire sauf d’être là, à chaque instant, de plus en plus

21 Décembre 2015, 06:48am

Publié par Grégoire.

Il n’y a rien de nécessaire sauf d’être là, à chaque instant, de plus en plus

" J’ai connu la sensation d'une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien Cette sensation n'a jamais cessé de courir par-dessous les fatigues les lassitudes et même les désespérances Je tourne autour d'un mot : la bonté c'est la bonté qui me stupéfie dans cette vie elle est tellement plus singulière que le mal..."

 

"...La consolation c’est quelqu’un, quelqu’un qui prend un peu de feu du langage et qui nous le jette à la figure, comme un coup de canon, et qui nous arrache à cet empêchement de connaitre, qui nous sauve de l’illusion de trop connaitre, et qui nous déchire ce voile sur le réel et qui nous donne de recevoir : un chose ténue et délicate, comme le baiser d’une lumière sur notre cœur gris...  La vie à l’état pur aussi fine que l’air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse... 

la vie à l’état pur, telle qu’elle est en elle-même : oisive et patiente, abondante et mortelle, qui nous invite à être comme la terre nue, oublieuse d’elle-même, faisant même accueil à la pluie qui la bat et au soleil qui la réchauffe. 

Il n’y a rien de nécessaire sauf d’être là, à chaque instant, de plus en plus. "

Extrait du minuscule et de l'imprévisible.                     

 

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Le monde industriel...

20 Décembre 2015, 05:29am

Publié par Grégoire.

Le monde industriel...

"Le monde industriel c’est le monde tout entier, une fable noire pour enfants, une mauvaise insomnie dans le jour. 

La présence de l’argent y est considérable, autant que celle de Dieu dans les sociétés primitives.
Elle irradie de la même façon. Elle gouverne le mouvement des pensées comme celui des visages...

Ils sont là comme des éboueurs de l’argent, comme des esclaves d’un nouveau genre, des esclaves millionnaires. 
Ils ordonnent, ils décident, ils tranchent. 
Ils parlent beaucoup.
La parole est leur matière première. Ils parlent beaucoup mais ce n’est jamais une parole personnelle.
Ils parlent suivant ce qu’ils font, suivant une idée générale de ce qu’il y a à faire dans la vie, une idée apprise.

Ce sont les hommes du sérieux, les hommes sans ombre. 
L’éclat de l’argent égalise leurs traits.

On dirait le même homme à chaque fois, la même absence hautaine, la même ruine de toute aventure personnelle, singulière."

Christian Bobin

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El Club

19 Décembre 2015, 06:21am

Publié par Grégoire.

Pour public averti.

Pour public averti.

Film chilien, 1 h 37

« Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière des ténèbres » : c’est par ces mots de la Genèse que commence le nouveau film du cinéaste Chilien Pablo Larrain, à qui l’on doit notamment  No .

Baignant dans des couleurs crépusculaires, le film s’ouvre sur la silhouette d’un homme en contre-jour qui, sur l’étendue d’une vaste plage, entraîne un chien. Peu à peu, on découvre qu’il vit dans une maison du bord de mer et que cette maison abrite d’autres adultes, surtout des hommes mais aussi une femme. Un peu plus tard, on comprend ce que ces quatre hommes et cette femme font là, au long de journées mornes qui ne semblent rythmées que par l’enjeu des courses locales de lévriers.

Par petites touches successives, le réalisateur plonge le spectateur dans l’atmosphère lourde et sournoise d’une communauté de religieux mis au ban de leur Église pour avoir « péché ». Il apparaît, une fois encore par des moyens détournés, que certains d’entre eux sont liés à des scandales de pédophilie, mais pas seulement : le spectre des années Pinochet flotte aussi sur le scénario.

Un événement vient troubler la petite vie discrète de cette communauté et décide la hiérarchie ecclésiastique à envoyer une sorte de superviseur pour remettre de l’ordre, s’assurer que les pensionnaires savent bien pourquoi ils sont là, dans ce lieu où ils ne devraient se consacrer qu’à la prière et à la pénitence. Ce directeur de conscience s’attelle à la tâche avec sérieux, reçoit les uns et les autres en confession, mais rien ne semble pouvoir stopper la corruption de leurs âmes.

Avec ce film à la forme appuyée mais cohérente, dérangeant, cru et violent dans son propos, Pablo Larrain porte le fer dans la plaie d’une humanité terrible de cynisme, de mensonge, de chantage et d’hypocrisie. Dans cette confrontation terrible avec un mal tout en nuances, masques et secrets, la bataille paraît inégale. 

Cette rude expérience de cinéma, « sur la foi et la culpabilité », est menée par un réalisateur dont le pays a connu les heures sombres de la dictature, indigné par la façon dont l’Église a pu soustraire certains de ses prêtres à la justice – quelles que soient leurs fautes. Restant volontairement ambigu, il ne lève pas le malaise installé au long de son film : non par « pessimisme », dit-il, mais par volonté de dépeindre « une distorsion spirituelle ».

 

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à quoi je tiens...?

18 Décembre 2015, 05:16am

Publié par Grégoire.

à quoi je tiens...?

 

"Vous vous dites: à quoi je tiens.

À quoi tient une vie, la mienne, toutes vies, n'importe laquelle.
À des riens elle tient. À des choses de trois fois rien.
Et cette chose, à quoi elle sert?

D'abord à rien.Elle est soustraite de l'utilité mortelle de toutes choses dans la vie. Elle brille par son inutilité. Elle est en excès par défaut.
Ce qui ne sert à rien sert à tellement de choses.

Cela tient lieu du monde.. ou de l'âme ou de la beauté jamais atteinte.
Cela tient lieu de tout.

Vous pouvez tout quitter sauf cette chose.

Sauf ce ce nom, sauf ce ciel d'un printemps dans la vie à jamais éteinte.
Une faiblesse vous retient là, vous y ramène à chaque fois.

La douce pente de faiblesse vous incline, corps et âmes, vers cette seule chose comme un asile.
C'est une énigme de rien.

C'est un mystère d'enfance.
C'est une coutume qui vient de l'enfance, une cérémonie partout respectée dans les chambre d'enfants: ce désordre.

Cette moisson d'insignifiance dans les tiroirs. Ces bouts de chiffons, ces queues de comètes et ces dentelles d'anges.
Tout ces riens à quoi l'enfance donne de la valeur.

Ce à quoi on donne de la valeur vous en donne en retour.
Ce n'est qu'à vous, donc c'est vous."

Christian Bobin, La part manquante.

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