Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Sagesse de Dieu

18 Avril 2014, 21:45pm

Publié par Les trois sagesses

Cet article est reposté depuis une source devenue inaccessible.

Sagesse de Dieu

Tous les actes de la vie du Christ, ceux que l’Écriture nous transmet (et non ceux que nous pourrions imaginer) ont force d’exemple, ils sont pour nous les modèles de notre vie chrétienne. Mais l’acte qui commande tous les autres, celui qui est le sommet, le point culminant de la vie de Jésus parmi nous, celui où Notre-Seigneur accomplit pleinement sa mission, c’est l’acte de la Croix. C’est pour l’accomplissement de cet acte unique qu’il est venu. C’est par la Croix que Jésus nous manifeste les exigences ultimes de l’unique précepte d’amour envers Dieu et le prochain. C’est le Christ crucifié qui, par la vertu de Dieu, a été établi notre « Sagesse » (cf. 1 Co 1,30).

Après la Cène et sur le point de quitter le Cénacle, Jésus déclare : « Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que j’agis comme le Père me l’a ordonné. Levez-vous ! Partons d’ici » (Jn 14,31). C’est donc bien pour accomplir la volonté du Père qu’il se rend à Gethsémani, et Gethsémani est la phase initiale du mystère de la Croix. Si Jésus se dirige vers Gethsémani, c’est à la fois pour accomplir la volonté du Père et pour se donner complètement à nous. N’avait-il pas dit : « La volonté de celui qui m’a envoyé est que je ne perde rien de ce qu’il m’a donné » (Jn 6,39) ?

L’acte de la Croix qui termine tous les autres actes de la vie terrestre du Christ a donc, du point de vue de la théologie spirituelle, une importance capitale ; il doit en être le centre puisque c’est de là que rayonne toute lumière de sagesse. Mais si la Croix reste le centre de la grande manifestation d’amour, nous ne devons pourtant jamais la séparer du mystère de la Résurrection, car du point de vue de la foi ces deux mystères sont inséparables. Le mystère de la Croix est une « Pâque », un passage, transitus ad Patrem (cf. Jn 13,1), et le mystère de la Résurrection manifeste cette entrée glorieuse dans la demeure du Père.

Certes, l’Esprit Saint peut très bien, à certains moments de notre vie et selon son bon plaisir, nous faire vivre exclusivement le mystère de l’Agonie et de la Croix, il peut nous y cacher complètement, nous engloutir dans cette absolue tristesse et cette souffrance totale ; mais notre foi ne peut exclure le mystère de la Résurrection.

Aussi bien pourrons-nous vivre, à d’autres moments, des mystères de gloire ; mais n’oublions pas que, sur terre, la grande lumière de sagesse nous vient de la Croix et que la véritable expérience de gloire – la vision béatifique – est pour le ciel.

En définitive, nos expériences divines restent toujours réglées par la foi ; elles n’en épuiseront jamais le mystère, elles doivent toujours se dépasser elles-mêmes pour adhérer plus divinement au mystère lui-même. La vie contemplative ne peut se situer qu’au niveau de la foi et de la charité ; ses expériences, si éminentes soient-elles, ne sont que des jalons sur le chemin qui mène à la plénitude de la lumière révélée, cette lumière qui est contenue dans les mystères de la foi et possédée, dès ici-bas, par la charité.

Si du point de vue de la foi nous séparions ces mystères, nous risquerions, en ne regardant que la Croix, de perdre pied et de désespérer et, en ne considérant que les mystères de gloire sans plus adhérer à la Croix, de tomber dans l’illusion ou dans toute espèce de messianisme.

Marie-Dominique Philippe, OP, Le mystère du Christ crucifié et glorifié, Préface

© Librairie Arthème Fayard

Voir les commentaires

L'Agneau: Jésus et Marie, le Christ et chacun dans l'Eglise

18 Avril 2014, 06:40am

Publié par Fr Greg.

agnusd_peint_006.jpg

 

 

Jean nous dit de Marie qu’il la « prit chez lui », mais il ne nous dit pas comment, il ne nous dit pas en quoi cela consiste. (…) Recevoir Marie, prendre Marie, est donc bien un mystère de foi, et non une affaire de dévotion. Et prendre Marie, c’est lui demander constamment d’exercer sur nous en plénitude sa maternité ; car elle ne peut l’exercer que si nous lui demandons.

 

Voilà qui enlève toute espèce d’imagination de solitude, de rêve d’ermitage. Car cela peut arriver. On a des rêves d’ermitage, on pense que si on était seul, on serait contemplatif, ou bien on rêve d’ « une communauté plus contemplative ». ( …) A cela je réponds : « Soyez contemplatifs, et vous ferez la communauté contemplative ». Parce qu’il n’y a pas de communauté contemplative, il n’y a que des contemplatifs.

 

A la croix, Jean est seul, mais d’une solitude qui n’est pas le désert – c’est le moins que l’on puisse dire ! Normalement, le désert est silencieux et il sent bon, parce qu’il y a du vent et qu’il n’y a personne ! La Croix, elle, est le lieu des voix discordantes et aussi, comme le souligne saint Thomas, un lieu « fétide » parce que les cadavres corrompus s’y entassent. Le désert, parfois, fleurit, et c’est merveilleux. Alors on rêve à cela (il y a des gens qui toute leur vie, rêvent d’être dans un autre lieu que celui où ils sont). Le lieu de saint Jean, c’est Marie – un point c’est tout. Il faut que notre foi aille jusqu’au bout de ce réalisme, et donc que toutes les imaginations disparaissent. Les imaginations, ce n’est pas la foi ; et on doit lutter contre tout cela, comme on doit lutter pour que  la sincérité fasse place à la vérité. Quand on imagine on est sincère, oui, sincère avec soi-même, sincère avec son imagination ; mais on n’est pas dans la vérité. La vérité, c’est que Marie est donnée à Jean. La vérité, c’est de recevoir la parole de Jésus : « Voici ta mère ». Et on trouve, auprès de Marie, la solitude la plus totale qui soit. La solitude du désert n’est rien à côté de la solitude du cœur de Marie.

 

La solitude du cœur de Marie, voilà la vraie solitude, pour Jean et pour nous. Et il faut avoir le courage d’y entrer. Je dis bien « le courage », parce que la foi est toujours une épreuve. Pourquoi esquive-t-on la foi ? Pourquoi s’installe-t-on dans l’imaginaire ? Parce que c’est beaucoup plus facile ! Et on  y est bien : c’est notre imaginaire. Tandis que Marie, on ne peut pas dire que ce soit notre imaginaire : c’est le chef-d’œuvre de Dieu pour nous.

 

Marie est le chef-d’œuvre de Dieu à la Croix. Et elle est le chef-d’œuvre de Dieu, du Père et de l’Esprit Saint, pour nous.(…) Elle est là parce que c’est la volonté du Père, et elle a choisi cette volonté du Père. C’est le calice qu’elle doit boire jusqu’au bout. Voilà la vraie solitude : c’est le calice qu’on doit boire jusqu’au bout, la solitude de l’Agonie, la solitude de la Croix. Dans la solitude de l’Agonie, Marie n’est pas dans le même lieu que Jésus. Elle est seule, et Jésus est seul ; ils ne sont pas présents physiquement l’un à l’autre. A la Croix, ils sont présents l’un à côté de l’autre, mais dans un abîme d’adoration. Or quand on adore, on est toujours seul ; et quand on adore à la Croix, on n’est pas  dans une sorte d’union sensible qui réaliserait une fusion ou une identification, comme disent les psychologues. L’unité profonde avec Jésus, c’est dans la foi, l’espérance et la charité, au-delà de la sensibilité. L’Esprit Saint peut nous donner une expérience divine qui se répercute dans notre sensibilité, mais on ne s’y arrête jamais : on est toujours au-delà. Et dans l’adoration, on est dans un abîme de solitude en face de Dieu.

 

Il faut beaucoup demander à l’Esprit Saint de vivre de l’adoration de Marie dans la solitude, dans l’Agonie. L’Agonie n’est pas au niveau psychologique ; elle est au niveau divin, dans la foi, l’espérance et l’amour. (…) Il faut demander à l’Esprit Saint de nous donner l’expérience divine du cœur de Marie qui est notre désert. Une fois qu’on a vécu du cœur de Marie comme étant notre désert, on y revient toujours ; et toutes les nostalgies imaginatives du désert disparaissent, parce que Marie est plus que tout cela. Elle est le désert de Dieu, le désert du Christ.

 

Celle qui nous est donnée, c’est la Femme qui ne fait plus qu’un avec Jésus crucifié. Celle qui est toute tournée vers Jésus et toute tournée vers nous et elle est donnée à chacun d’entre nous d’une façon unique. Recevons-la comme elle nous est donnée, sans loucher comme Caïn qui, louchant sur Abel, oublie d’adorer. Abel, lui, adore, il ne s’occupe pas de Caïn : mais Caïn s’inquiète d’Abel.

 

 

M.D-Philippe, J’ai soif.

Voir les commentaires

C’est le silence qui transmet le mieux l’amour

17 Avril 2014, 09:09am

Publié par Fr Greg.

C’est le silence qui transmet le mieux l’amour

C’est l’Eucharistie qui vient nous introduire et nous faire vivre tout de suite du don de Jésus à la croix et de sa nouvelle présence de ressuscité. Et c’est l’eucharistie qui est la clé pour laisser ce don nous prendre ; Or St Jean ne dit rien de ce don. Rien ! Pourquoi ? Pourquoi ce silence...??

La parole permet de nommer les choses, mais elle garde un caractère universel, abstrait : on peut la répéter. Or l’eucharistie, l’offrande de la croix et la résurrection c’est un don personnel, individuel, unique, qui ne peut se dire.

Ce don c’est le testament que Jésus nous laisse comme nous a été laissé des œuvres d’art, des livres, des peintures, des musiques, des lieux incroyables… Le testament de Dieu, de l’ami divin et humain, l’héritage qui m’est remis, dont je peux user comme bon me semble, ce qui a été acquis pour moi, qui est ma propriété, mon bien propre, c’est Jésus –le Verbe- livré au Père et aux hommes. Et ça c’est mien comme quelque chose d’acquis!

Ce que Jésus réalise n’est pas dans le prolongement de l’Ancien testament, de nos désirs d’homme religieux, prudents, morals, ou pour l’épanouissement de ce qui est le plus humain en nous, ou pour épanouir toutes nos capacités. C’est quelque chose qui vient d’en haut, quelque chose de complétement nouveau et c’est pour cela que nous sommes perdus, déroutés et même scandalisés : c’est de la gratuité pure !

C’est un secret personnel, une pure attraction divine, substantielle, qu’aucun culte rite liturgique ou chant de paroisse ne pourra dire. Et de fait, ce don ce n’est pas d’abord un rite ou un culte ! C’est un pur don d’amour, silencieux. Il est là pour moi comme un nouveau soleil ou un nouveau ciel qui n’aurait pas de but en soi sinon d’être là! Et il laisse passer devant lui tous les artistes, tous les gens pieux, religieux, prudents, intellectuels : c’est un don pour les enfants, pour les simples, pour les handicapés…

C’est une rupture que Jésus réalise et qu’il réalise à travers un geste : «  Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, le dessein de le livrer, Jésus sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et, prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint ».

Jésus –qui est le Maître, le Seigneur, Il le dit lui-même - qui est Dieu, se fait le serviteur et il lave les pieds à ses disciples. Il y a là un passage et de fait un scandale : c’est un passage, « la Pâque », celui d’une nouvelle ‘connaissance’, personnelle, intime, de Dieu dans ce geste de Jésus. Dieu qui fait le geste de l’esclave ! Voici le nouveau passage de Dieu ! C’est Dieu qui se fait totalement relatif à nous ! C’est un geste où Il se donne tout entier. C’est un geste qui est pour chacun, le geste du pardon.

Le geste manifeste un lien que l’on voudrait personnel. L'amour réclame cette sortie de soi, de nos schèmes d'homme prudent, de nos raisonnements. N’est-ce pas de découvrir que -d’une façon tangible- l’amour est au-dessus de tout ordre, parce que Dieu est amour, et il en est toujours la Source. Donc, l’amour est au-dessus de tout ! C’est l’amour qui fait connaitre, c’est l’amour qui nous fait voir Dieu, c’est l’amour qui réalise l’unité ! Et Jésus nous le fait toucher, en faisant –et c’est toujours actuel pour nous- ce geste du lavement des pieds, le geste de l’esclave. Jésus se met au service de Pierre, au service de Jean, au service même de Judas puisqu’Il veut lui pardonner. Et il lui pardonne en se faisant responsable de sa faute, comme si c’était lui-même qu’il l’avait commise !

Le pardon implique un don dans l’amour. Parce que pardonner par la parole, dire à quelqu’un : je vous pardonne, c’est relativement facile. Cela nous prend 30 secs et on oublie ! On ne s’en occupe plus, on laisse tomber pour avoir la paix. Tandis que là, le pardon dans un geste ou l’on se donne, c’est très différent. Le geste est tout à fait personnel. Toute l’Incarnation est pour le lavement des pieds. Parce que par l’Incarnation, Dieu lave les pieds de ses disciples et même de celui qui trahit, ça va jusque-là, de façon tangible.

Il y a là quelque chose que l’on doit regarder avec crainte et qui révèle la grandeur de tout amour : l’amour humain est toujours l’appel, l’attente du don personnel de Dieu pour nous ! On ne peut donc jamais formaliser, juger de l’extérieur, ou donner un ordre d’obéissance à propos d’un lien personnel ! Il n’y a rien au-dessus, car tout lien dans l’amour est un appel et touche déjà quelque chose d’éternel !

 

Et c’est le lavement des pieds a ouvert Jean à cette nouvelle relation auprès de Jésus. Dans le lavement des pieds, Jésus fait le geste de l’esclave, donc du serviteur par excellence. Par l’institution de l’Eucharistie, Jésus, par sa toute puissance, comme Il est Dieu, nous donne son Corps comme aliment sous le signe du Pain. L’aliment le plus simple, le plus commun. L’aliment c’est le serviteur du vivant. Serviteur d’une façon radicale, puisque il perd ce qu’il est, pour celui qui s’en nourrit.

Et donc, Jésus veut nous apprendre combien Il se met à notre service. C’est vrai, ce n’est plus du pain, c’est le Corps du Christ : « Ceci est mon Corps ». On comprend que c’est aller jusqu’au bout, on ne peut aller plus loin. Dieu se donne comme pain. C’est le don que seul Dieu peut faire ! C’est sa toute puissance qui est au service de son amour, elle est toujours au service de son amour.

Jean veut mettre en pleine lumière cet ordre nouveau : que Celui qui est le Maître, Celui qui est le seigneur, n’hésite pas de faire le geste de l’esclave. Donc de bouleverser cet ordre hiérarchique et de faire comprendre qu’il y a un ordre d’amour beaucoup plus profond, beaucoup plus radical, parce que au point de vue hiérarchique, ce n’est pas compréhensible ; Et on comprend la réaction de tous les talibans de l’ordre hiérarchique : non, non et non ! Ne fais pas ce geste-là, il faut que tu restes, vraiment Maître et Seigneur ! Or, Jésus nous demande de dépasser cet ordre-là, humain, pour être pris par son don. La nouvelle alliance, c'est une reprise totale dans l’amour, ou chacun, petites créatures, êtres seconds qui trouvons avec peine ce qui est à portée, sommes élevés à la dignité de Dieu! Dieu se fait pain pour qu'on 'apprenne' à nous nourrir de Lui!

 

C’est Marie, celle qui a reçu chaque initiative de Dieu comme un secret, dans l'amour, qui nous montre comment en vivre: par l'amour et la pauvreté. L'amour nous fait être accueil et don, et la pauvreté nous cache, nous garde de tout retour sur nous mêmes, nous empêche de posséder l'amour, et nous fait accepter de pouvoir être comme ignoré. L’Eucharistie, silence d’amour de Dieu pour nous, réclame cela. C’est le geste éternel -actuel- de Dieu qui est don dans tout ce qu'il est; cela c'est  ce que nous sommes en vérité. 

 

Fr Grégoire.

 

Voir les commentaires

L'Agneau et l'Epoux

17 Avril 2014, 09:08am

Publié par Les trois sagesses

Cet article est reposté depuis une source devenue inaccessible.

L’Agneau, c’est la miséricorde ; et c’est la passivité de l’état victimal. Etant la passivité, l’Agneau ne s’explique pas : Jésus n’a pas expliqué à Marie le chemin de la Croix. L’Agneau se tait : « Muet, il n’ouvre pas la bouche » (cf. Is 53). Et cela, c’est très rude : tant qu’il y a une explication, on s’appuie sur elle. Marie n’a aucune explication pour vivre du mystère de l’Agneau : elle est la Vierge qui suit l’Agneau partout où il va (cf. Ap 14). Elle s’appuie sur les paroles du Christ mais la parole de Dieu n’est pas une « explication ». Et le Samedi Saint, dans le mystère du sépulcre, c’est le silence le plus absolu, un silence substantiel. Il n’y a plus d’œuvre mais un état victimal radical. L’œuvre est accomplie : « Tout est achevé » (Jn 19) et il est remis à la terre, dans le sépulcre, dans cet état ultime de passivité de l’Agneau, la passivité de la mort.

Pourquoi, dans le mystère de l’Agneau, Jésus va-t-il jusqu’à se servir de la mort ? Parce qu’elle porte une passivité substantielle : il est remis à la terre pour qu’il y ait l’initiative de Marie et sa propre passivité dans l’amour. Si Marie n’était pas la Femme, celle qui est une avec l’Époux qui l’entraîne dans son mystère d’Agneau, elle ne pourrait pas le supporter. En effet, la pure passivité est inintelligible, elle fait trébucher, elle est la pierre de scandale. Pourquoi celui qui est la Force de Dieu se laisse-t-il faire de cette façon ? Pourquoi se laisse-t-il ainsi massacrer par les hommes ? « Muet, il n’ouvre pas la bouche » : il ne donne pas d’explication. Celui qui est l’Époux, qui est le prêtre, a comme ultime initiative de s’offrir lui-même comme Agneau : son sacerdoce s’achève dans un état victimal ; et il y entraîne Marie, la Femme.

Cela est vrai dans notre propre vie. La vie contemplative chrétienne, à la suite de Marie, nous entraîne dans une passivité, celle de l’Agneau, sans explication, ce qui peut nous révolter. Le mystère de la Compassion de Marie la fait entrer dans le mystère de l’Agneau, et réalise une unité dans le silence, dans une plénitude d’amour, de foi et d’espérance, sans plus aucune œuvre, d’une certaine façon. Il y a l’œuvre de la Croix ; puis il y a quelque chose d’ultime, qui comporte le dépassement de l’œuvre : cette passivité substantielle de l’Agneau, qui plonge le cœur de Marie dans un silence substantiel et dans l’adoration du dernier sabbat. Il n’y a plus que la foi et l’espérance pour que l’amour soit plénier : Marie n’a pas « compris » quelque chose, elle est entrée dans un mystère. Et sans l’amour on n’y entre pas : on en reste au scandale de la Croix et on s’arrête en chemin.

Si l’Agneau est l’achèvement du sacerdoce du Christ, il est l’acte ultime de l’Époux : la passivité ultime de l’Agneau fait donc comprendre la jalousie d’amour, la préférence d’amour de Jésus pour Marie. Il est l’Époux qui la regarde comme la Femme et l’aime d’un choix d’amour unique. La plénitude de foi de Marie fait qu’elle n’a jamais remis en cause l’amour de l’Époux, même dans le plus grand abandon, dans le délaissement apparent le plus extrême, dans le dépouillement ultime du sépulcre. Nous, quand nous oublions le choix de préférence du Christ, quand il se tait, nous commençons à demander des comptes et nous revenons au niveau de la justice. Nous oublions la gratuité de l’amitié. Le silence de Jésus Agneau n’est pas le signe qu’il ne nous aime pas : c’est au contraire le signe de sa préférence d’Époux qui nous fait totale confiance et nous choisit. L’Époux est celui qui dit : « Je t’aime à ce point que tout est unique entre nous ». « Qu’y a-t-il entre toi et moi, femme ? » (cf. Jn 2), il n’y a rien entre nous qui soit une séparation. « Qu’y a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore venue ». Jésus montre par là qu’elle est celle qui est parfaitement une avec lui et coopère donc parfaitement à son œuvre propre. Jésus ne dit pas du tout : « De quoi te mêles-tu ? », comme beaucoup l’interprètent malheureusement. C’est l’inverse : c’est la jalousie d’amour du choix de l’Époux, qui établit une totale confiance, une unité parfaite dans l’amour.

Et lorsqu’il devient l’Agneau, lorsqu’il s’efface, il n’est pas moins l’Époux : il est encore l’Époux dans sa jalousie d’amour, ce que le Cantique des cantiques montre tellement. C’est l’Époux qui a l’initiative et il s’efface, non pas parce qu’il est infidèle dans l’amour, mais pour que la Bien-aimée comprenne que l’amour va jusque-là : dans l’effacement, le silence, l’absence, – « Il est bon pour vous que je m’en aille ». C’est encore la jalousie de son amour d’Époux, qui la fait entrer dans un amour tellement gratuit qu’il porte même le silence, l’absence, et jusqu’à la mort : c’est un amour de résurrection, c’est un amour de gloire.

L’amour de l’Époux est Celui même de Dieu : il finit par être un amour glorieux, un amour victorieux de tout ; il n’y a plus que l’amour. Et si Jésus accepte cette passivité de l’Agneau, s’il se laisse mener comme l’agneau à l’abattoir (Is 53), c’est pour qu’il y ait l’initiative de l’Épouse qui coopère et découvre le secret de l’amour divin, le mystère personnel de l’Esprit Saint Paraclet, à travers la passivité la plus grande. A travers l’Agneau, à travers le geste ultime de l’Agneau, la blessure du Cœur, à travers le silence victimal ultime de l’Agneau, du Verbe devenu chair, Marie découvre l’amour de l’Époux dans ce qu’il a d’ultime. Elle y coopère en entrant pleinement dans l’intention du Père. A la Croix et dans le mystère de sa Compassion, elle vit pleinement selon l’intention du Fils qui glorifie le Père (cf. Jn 17). Elle y entre, dans une unité plénière : l’époux et l’épouse vivent l’unité dans l’amour. Elle est pleinement la bien-aimée, dans une unité parfaite.

 

M.-D. Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

Voir les commentaires

Jésus crucifié, libération pratique de toutes bien-pensances !

16 Avril 2014, 05:27am

Publié par Fr Greg.

1537953_604063996343082_1569892295_o.jpg

 

Le monde pour lequel la lumière vient, c’est l’homme blessé par le péché, la femme adultère, la samaritaine, le bon larron qui manifestent chacun de nous dans sa misère !

 

Le péché marque toutes personnes de notre humanité ! Même si certains, en quête d’exemplarité, de modèle rassurant plutôt manichéen ou marqués par un puritanisme qui se doit être efficace, réussissent à se les cacher apparemment. Or ces quêtes de perfection manifestent comme encore plus combien la grande misère de l’homme, c’est qu’il n’aime plus ! Nous sommes des rationnels, des gens logiques, prudents, obsédés du résultat, des choses propres, du quand dira-t-on, des opinions et des images de nous-même qui flattent notre ego ! Cela parce que nous sommes errants et qu’on ne sait plus ce qu’est Dieu. Dieu substantiellement Amour. Dieu excessivement donné. Dieu Père de l'homme.

 

Devant notre misère, est-ce que Jésus nous rabaisse en nous réduisant à nos fautes ? Non, il nous relève. Plus que cela : il nous ‘punit’ en se donnant à chacun, sans condition et au-delà de notre conscience ! Tel est l’évangile, la LUMIERE du chrétien !

 

Jésus s’est fait proche, a pris nos fautes, pour nous dire le Père comme il le connait. Et, la grande tentation des hommes en général et des chrétiens en particulier, c’est de se replier sur eux-mêmes par orgueil, de chercher un salut visible, temporel, politique, et de croire que l’on peut se sauver par soi-même ou bien par orgueil encore de s’enfoncer dans le désespoir !

 

Jésus vient nous apprendre à nous servir de notre misère pour nous laisser connaître et aimer par Dieu. Dans sa miséricorde, notre péché n’est plus un obstacle ! La miséricorde de Dieu est cet amour violent qui emporte tout, pour lequel nos fautes sont rien, ou plutôt la porte d’accès à la bonté du Père.

La miséricorde c’est cet échange merveilleux: le Fils a pris la place des pécheurs pour que, devenus semblables à lui, dans la foi, nous vivions dès maintenant la vie du Fils.

 

Toute la lutte vient du refus de la miséricorde par les Pharisiens. La lutte ultime est toujours cela : l’orgueil nous conduit à ne pas vouloir que la paternité de Dieu passe dans toute notre vie en faisant de nous ses enfants. Nous préférons alors être  ‘les fils du diable’, ceux qui jugent, qui se font mesure ! C’est très éclairant pour toutes les époques de l’Église, mais en notre temps d’une façon toute particulière. La lutte du pharisaïsme contre Jésus est actuelle.

 

Nous comporter en Pharisiens, c’est se croire capable de juger, de mesurer nos actes, se mesurer soi-même, là ou on croit que l'on est, ce dont on est capable etc...  cette métatentation ou l'homme se fait sa propre mesure. Discerner par soi le bien du mal, tentation première ou l'on veut être à soi-même un dieu c'est se faire juge de soi-même!  Etant juge de ce que l'on est, en nous posant comme mesure, on devient justicier des personnes ! C'est cela la faute la plus terrible : non pas les fautes qui touchent notre corps et nous humilie parce qu'elles sont manifestes et visibles; mais LA faute, c'est ce jugement ou l'on est sûr de nous-même; cette certitude qui fait que l'on se pose mesure de ce que fait l'autre, et qui nous fait chercher à separer le bon grain de l'ivraie ! "vous dites nous voyons, c'est pourquoi votre péché demeure" Jn 9,41.

C'est le propre des bien pensants, de ceux qui représente le BIEN, les tolérants, les gentils, ceux 'ouverts à l'autre' et à la différence... intolérants envers ceux qui ne pensent pas comme eux...

 

Vivre de la miséricorde, c’est se reconnaitre pauvre et aveugle : ne pouvant savoir la signification des permissions, des lézardes que nous portons. C'est s'en remettre à Dieu seul; C'est donc choisir la pauvreté spirituelle, celle qui fait qu'on suspend son jugement et qu'on demeure dans un état de manque du coté de la connaissance; C'est choisir de ne pas savoir, et de demeurer dans une obscurité certaines face à des états qui sembleraient désespérés ou inefficace apparement... C'est donc s'en remettre à Celui qui est dans sa personne la lumière ! Jésus seul est la lumière du monde. Nous ne sommes pas lumière pour nous. Lui seul -à la croix surtout- nous dit qui nous sommes et pourquoi nous vivons tel ou tel état; Là il est lumière pour nous, en lui nous voyons qui nous sommes; et par lui nous le devenons, si nous vivons actuellement de cette seule lumière, de cet amour qui s'abaisse jusqu’à la folie !

 

Fr Grégoire

Voir les commentaires

La confiance selon Bobin

15 Avril 2014, 08:14am

Publié par Fr Greg.

 

599090_432818470134303_2034058570_n.jpg

 

 

 

 

Voir les commentaires

Nos misères, moyens divins...

14 Avril 2014, 06:46am

Publié par Fr Greg.

 

8775_438038116279005_755940921_n.jpg

 

« Nous nous arrêtons bien souvent à de faux obstacles, à des obstacles qui sont des moyens. Nous nous arrêtons à notre faiblesse, à notre pauvreté, à notre misère, à notre manque d'intelligence, à notre manque de sainteté... telle que nous la concevons.

 

               Eh non! Tout cela est moyen pour purifier notre foi. La misère qui nous enveloppe, les plaies que nous portons, la faiblesse dont nous sommes pétrie, l'absence de vertu, le manque d'intelligence pénétrante, je dis que tout cela est moyen. La foi doit se dresser en quelque sorte sur toute cette pauvreté. Si cette pauvreté n'existait pas, il faudrait la créer, pour pouvoir s'appuyer sur elle et pénétrer en Dieu ».

 

 

P. Marie Eugène de l'Enfant Jésus.

Voir les commentaires

Voici le temps de la miséricorde !

13 Avril 2014, 07:51am

Publié par Fr Greg.

1528758_567882546627894_1639768906_n.jpg

 

Jésus qui traverse les villes et les villages. Et c’est curieux. Quel est le lieu où Jésus était le plus souvent, où l’on pouvait le trouver le plus facilement ? Sur les routes. Il aurait pu passer pour un sans-abri, parce qu’il était toujours sur la route. La vie de Jésus était sur la route. Il nous invite surtout à saisir la profondeur de son cœur, ce qu’il ressent pour les foules, pour les gens qu’il rencontre : cette attitude intérieure de « compassion », en voyant les foules il en eut compassion. Parce qu’il voit les personnes « fatiguées et épuisées, comme des brebis sans berger ». Nous avons entendu si souvent ces paroles que peut-être n’entrent-elles pas avec force. Mais elles sont fortes ! Un peu comme ces nombreuses personnes que vous rencontrez aujourd’hui dans les rues de vos quartiers… Et puis l’horizon s’élargit et nous voyons que ces villes et ces villages ce sont non seulement Rome et l’Italie, mais le monde… et ces foules épuisées sont les populations de tant de pays qui souffrent des situations encore plus difficiles…

Alors nous comprenons que nous ne sommes pas là pour faire une belle retraite spirituelle au début du carême, mais pour écouter la voix de l’Esprit qui parle à toute l’Église en ce temps qui est précisément le temps de la miséricorde. Cela, j’en suis sûr. Ce n’est pas seulement le carême ; nous vivons au temps de la miséricorde, depuis au moins trente années, jusqu’à maintenant.

1. Dans toute l’Église, c’est le temps de la miséricorde

C’était l’intuition du bienheureux Jean-Paul II. Il a eu du « flair » : nous sommes dans le temps de la miséricorde. Pensons à la béatification et à la canonisation de sœur Faustine Kowalska ; ensuite il a introduit la fête de la Divine miséricorde. Il a avancé peu à peu, et il a continué d’avancer dans ce sens.

Dans son homélie pour la canonisation, en l’An 2000, Jean-Paul II a souligné que le message de Jésus-Christ à sœur Faustine se situe dans le temps, entre les deux guerres mondiales, et qu’il est très lié à l’histoire du vingtième siècle. Et en regardant l’avenir, il disait : « Que nous apporteront les années qui s'ouvrent à nous ? Quel sera l'avenir de l'homme sur la terre ? Nous ne pouvons pas le savoir. Il est toutefois certain qu'à côté de nouveaux progrès ne manqueront pas, malheureusement, les expériences douloureuses. Mais la lumière de la miséricorde divine, que le Seigneur a presque voulu remettre au monde à travers le charisme de Sœur Faustine, éclairera le chemin des hommes du troisième millénaire ». C’est clair. C’est explicite, en 2000, mais c’est quelque chose qui mûrissait dans son cœur depuis longtemps. Dans sa prière, il a eu cette intuition.

Aujourd’hui, nous oublions tout trop vite, même le magistère de l’Église ! C’est en partie inévitable, mais les grands contenus, les grandes intuitions et les consignes laissées au peuple de Dieu, nous ne pouvons pas les oublier. Et celle de la miséricorde divine en fait partie. C’est une consigne qu’il nous a laissée, mais qui vient d’en-haut. C’est à nous, ministres de l’Église, de garder ce message vivant, surtout dans nos prédications et dans nos gestes, dans les signes, les choix pastoraux, par exemple, le choix de redonner la priorité au sacrement de la réconciliation, et en même temps aux œuvres de miséricorde. Réconcilier, faire la paix à travers le sacrement et aussi par les paroles et par les œuvres de miséricorde.

2. Que signifie la miséricorde pour les prêtres ?

Il me revient à l’esprit que certains d’entre vous m’ont téléphoné, m’ont écrit une lettre, et ensuite j’ai parlé au téléphone… « Mais, Père, pourquoi en voulez-vous aux prêtres ? » Parce qu’ils disaient que je donne la bastonnade aux prêtres. Je ne veux pas bastonner ici…

Demandons-nous ce que signifie la miséricorde pour un prêtre, permettez-moi de dire pour « nous », prêtres. Pour nous, pour nous tous ! Les prêtres s’émeuvent devant les brebis, comme Jésus lorsqu’il voyait les gens fatigués et épuisés comme des brebis sans berger. Jésus a les « entrailles » de Dieu, Isaïe en parle beaucoup : il est plein de tendresse pour les personnes, surtout pour celles qui sont exclues, c’est-à-dire pour les pécheurs, pour les malades dont personne ne s’occupe… Et ainsi, à l’image du Bon Berger, le prêtre est un homme de miséricorde et de compassion, proche de son peuple et serviteur de tous. C’est un critère pastoral que je voudrais vraiment souligner : la proximité. La proximité et le service, mais la proximité, être proche !

Celui qui est blessé dans sa vie, de quelque façon que ce soit, peut trouver chez lui attention et écoute… En particulier, le prêtre manifeste des entrailles de miséricorde lorsqu’il administre le sacrement de la réconciliation ; il le manifeste dans tout son comportement, dans sa manière d’accueillir, de conseiller, de donner l’absolution… Mais cela vient de la manière dont lui-même vit le sacrement en premier, de la manière dont il se laisse embrasser par Dieu le Père dans la confession et dont il reste dans ses bras… Si l’on vit cela soi-même, dans son cœur, on peut le donner aux autres dans le ministère. Et je vous laisse cette question : Comment est-ce que je me confesse ? Est-ce que je me laisse embrasser ? Il me vient à l’esprit un grand prêtre de Buenos Aires, il est plus jeune que moi, il aura 72 ans… Une fois, il est venu me voir. C’est un grand confesseur. Et une fois, il est venu me voir : « – Mais, Père… – Dis-moi – J’ai un peu de scrupule, parce que je sais que je pardonne trop ! – Prie… si tu pardonnes trop… ». Et nous avons parlé de la miséricorde. À un moment, il m’a dit : « Tu sais, quand je sens que ce scrupule est trop fort, je vais dans la chapelle, devant le tabernacle, et je Lui dis : « “Excuse-moi, c’est de ta faute, parce que tu m’as donné le mauvais exemple !” Et je repars tranquille… ». C’est une belle prière de miséricorde ! Si l’on vit cela pour soi dans la confession, dans son cœur, on peut aussi le donner aux autres.

Le prêtre est appelé à apprendre cela, à avoir un cœur qui s’émeut. Les prêtres – je me permets ce mot – « aseptisés », « de laboratoire », tout propres, tout beaux, n’aident pas l’Église. L’Église d’aujourd’hui, nous pouvons l’imaginer comme un « hôpital de campagne ». Excusez-moi, je répète cela parce que je le vois comme cela, je le sens comme cela : un « hôpital de campagne ». Il faut soigner les blessures, tellement de blessures ! Tellement de blessures ! Il y a tellement de gens blessés, par les problèmes matériels, par les scandales, même dans l’Église… Des gens blessés par les illusions du monde… Nous, les prêtres, nous devons être là, auprès de ces gens. Miséricorde signifie avant tout soigner les blessures. Quand quelqu’un est blessé, il a tout de suite besoin de cela, non pas d’analyses, comme le taux de cholestérol, de glycémie… Mais il y a la blessure : soigne la blessure et on verra après pour les analyses. Après, on donne les soins spécialisés, mais d’abord, il faut soigner les blessures ouvertes. Pour moi, en ce moment, c’est cela le plus important. Et il existe aussi des blessures cachées, parce qu’il y a des personnes qui s’éloignent pour ne pas montrer leurs blessures… Il me vient à l’esprit l’habitude, pour la loi mosaïque, des lépreux au temps de Jésus, qui étaient toujours éloignés, pour ne pas contaminer… Il y a des personnes qui s’éloignent par honte, parce qu’elles ont honte qu’on voie leurs blessures… ! Et elles s’éloignent peut-être un peu en regardant de travers, contre l’Église, mais au fond, à l’intérieur, il y a la blessure… Ils veulent une caresse ! Et vous, chers confrères – je vous le demande – connaissez-vous les blessures de vos paroissiens ? Est-ce que vous les devinez ? Est-ce que vous êtes proches d’eux ? C’est la seule question…

3. Miséricorde ne signifie ni indulgence ni rigidité

Revenons au sacrement de la réconciliation. Nous autres, prêtres, il nous arrive souvent d’entendre l’expérience de nos fidèles qui nous racontent avoir rencontré, dans la confession, un prêtre très « étroit » ou au contraire très « large », rigoriste ou laxiste. Et cela ne va pas. C’est normal qu’il y ait des différences de style entre les confesseurs, mais ces différences ne peuvent pas concerner la substance, c’est-à-dire la saine doctrine morale et la miséricorde. Ni le laxiste ni le rigoriste ne rendent témoignage à Jésus-Christ, parce que ni l’un ni l’autre ne prend sur lui la personne qu’il rencontre. Le rigoriste se lave les mains : en effet, il la cloue à la loi, vue de manière froide et rigide ; le laxiste, lui, se lave les mains : il n’est miséricordieux qu’en apparence mais en réalité il ne prend pas au sérieux le problème de cette conscience, en minimisant le péché. La véritable miséricorde prend sur elle la personne, l’écoute attentivement, s’approche avec respect et vérité de la situation, et l’accompagne sur le chemin de la réconciliation. Et c’est fatigant, oui, bien sûr. Le prêtre vraiment miséricordieux se comporte comme le Bon Samaritain… mais pourquoi le fait-il ? Parce que son cœur est capable de compassion, c’est le cœur du Christ !

Nous savons bien que ni le laxisme ni le rigorisme ne font grandir la sainteté. Peut-être que certains rigoristes paraissent saints, saints… mais pensez à Pélage et ensuite nous en reparlerons… Ni le laxisme, ni le rigorisme ne sanctifient le prêtre, et ils ne sanctifient pas le fidèle ! La miséricorde, en revanche, accompagne le chemin de la sainteté, l’accompagne et la fait grandir… Trop de travail pour un curé ? C’est vrai, trop de travail ! Et de quelle manière accompagne-t-il et fait-il grandir le chemin de la sainteté ? À travers la souffrance pastorale, qui est une forme de la miséricorde. Que signifie souffrance pastorale ? Cela veut dire souffrir pour et avec les personnes. Et cela n’est pas facile ! Souffrir comme un père et une mère souffrent pour leurs enfants, je me permets de dire, avec angoisse aussi…

Pour m’expliquer, je vais vous poser quelques questions qui m’aident lorsqu’un prêtre vient me voir. Cela m’aide aussi lorsque je suis seul devant le Seigneur !

Dis-moi : Est-ce que tu pleures ? Ou avons-nous perdu nos larmes ? Je me souviens que dans les anciens missels, ceux d’autrefois, il y a une très belle prière pour demander le don des larmes. La prière commençait comme cela : « Seigneur, tu as donné à Moïse l’ordre de frapper la pierre pour que sorte l’eau, touche la pierre de mon cœur pour que les larmes… » C’est plus ou moins cela, la prière. Elle était très belle. Mais combien, parmi nous, pleurent devant la souffrance d’un enfant, devant la destruction d’une famille, devant tant de personnes qui ne trouvent pas le chemin ? Les larmes du prêtre… ! Est-ce que tu pleures ? Ou bien avons-nous perdu nos larmes dans ce presbytère ?

Est-ce que tu pleures pour ton peuple ? Dis-moi, est-ce que tu fais ta prière d’intercession devant le tabernacle ?

Est-ce que tu luttes avec le Seigneur pour ton peuple, comme Abraham a lutté ? « Peut-être qu’il y en a moins ? Peut-être n’y en a-t-il que 25 ? Peut-être s’en trouvera-t-il 20 ?... » (cf. Gn 18,22-33). Cette courageuse prière d’intercession… Nous parlons de « parresia », de courage apostolique, et nous pensons aux plans pastoraux, c’est bien, mais cette « parresia » est nécessaire aussi dans la prière. Est-ce que tu luttes avec le Seigneur ? Est-ce que tu discutes avec le Seigneur comme l’a fait Moïse ? Quand le Seigneur en avait assez, quand il était fatigué de son peuple et qu’il lui a dit : « – Sois tranquille… je les détruirai tous et je te ferai chef d’un autre peuple. – Non, non ! Si tu détruis le peuple, détruis-moi aussi ! » Mais c’était des hommes ! Et je vous pose la question : Est-ce que nous sommes des hommes pour lutter avec Dieu pour notre peuple ?

Une autre question que je pose : le soir, comment est-ce que tu conclus ta journée ? Avec le Seigneur ou avec la télévision ?

Quel est ton rapport avec ceux qui aident à être plus miséricordieux ? Je veux dire quel est ton rapport avec les enfants, avec les personnes âgées, avec les malades ? Est-ce que tu sais les caresser, ou est-ce que tu as honte de caresser une personne âgée ?

N’aie pas honte de la chair de ton frère (cf. Jorge Mario BergoglioReflexiones en esperanza, ch. 1). À la fin, nous serons jugés sur la manière dont nous aurons su nous approcher de « toute chair » – ça, c’est Isaïe. N’aie pas honte de la chair de ton frère. « Nous faire proches » : la proximité, se faire proche de la chair de son frère. Le prêtre et le lévite qui passèrent avant le Bon Samaritain n’ont pas su s’approcher de cette personne malmenée par les bandits. Leur cœur était fermé. Peut-être le prêtre a-t-il regardé sa montre et a-t-il dit : « Il faut que j’aille à la messe, je ne peux pas arriver en retard pour la messe » et il est parti. Justifications ! Combien de fois trouvons-nous des justifications pour contourner le problème, la personne, l’autre ? Le lévite, ou le docteur de la loi, l’avocat, a dit : « Non, je ne peux pas parce que si je fais ça, demain, je devrai aller témoigner, je vais perdre du temps… » Les excuses… Ils avaient le cœur fermé. Mais le cœur fermé se justifie toujours de ce qu’il ne fait pas. Au contraire, ce Samaritain ouvre son cœur, se laisse émouvoir dans ses entrailles et ce mouvement intérieur se traduit en action pratique, dans une intervention concrète et efficace pour aider cette personne. À la fin des temps, ne sera admis à contempler la chair crucifiée du Christ que celui qui n’aura pas eu honte de la chair de son frère blessé et exclu. Je vous confesse, cela me fait du bien, parfois, de lire la liste sur laquelle je serai jugé, cela me fait du bien : c’est dans Matthieu 25.

Ce sont ces choses qui me sont venues à l’esprit, pour vous les partager. Elles sont un peu spontanées, comme elles me sont venues…

À Buenos Aires – je parle d’un autre prêtre – il y avait un confesseur connu : c’était un prêtre du Saint-Sacrement. Presque tous les prêtres se confessaient à lui. Quand, une des deux fois où il est venu, Jean-Paul II a demandé un confesseur, à la nonciature, il est allé le voir. Il est âgé, très âgé… Il a été provincial de son Ordre, professeur, mais toujours confesseur, toujours. Et il y avait toujours la queue, dans l’église du Saint-Sacrement. À cette époque, j’étais vicaire général et j’habitais à la curie et tous les matins, tôt, je descendais au fax pour voir s’il y avait quelque chose. Et le matin de Pâques, j’ai lu un fax du supérieur de la communauté : « Hier, une demi-heure avant la veillée pascale, le père Aristi est mort, à 94 ou 96 ans. L’enterrement aura lieu tel jour… » Et le matin de Pâques, je devais aller prendre le repas avec les prêtres de la maison de retraite – je le faisais en général à Pâques – et puis je me suis dit, ‘Après le repas j’irai à l’église’. C’était une grande église, très grande, avec une très belle crypte. Je suis descendu dans la crypte et il y avait le cercueil, et seulement deux petites vieilles qui priaient là, mais pas de fleurs… J’ai pensé : ‘Mais cet homme, qui a pardonné les péchés de tout le clergé de Buenos Aires, et les miens aussi, même pas une fleur…’. Je suis remonté et je suis allé chez un fleuriste – parce qu’à Buenos Aires, aux croisements des rues, il y a des fleuristes, dans les rues où il y a du monde – et j’ai acheté des fleurs, des roses… Et je suis revenu et j’ai commencé à bien arranger le cercueil avec les fleurs… Et j’ai regardé le chapelet, que j’avais à la main… Et aussitôt il m’est venu à l’esprit – ce voleur qui est en chacun de nous, non ? – et pendant que j’installais les fleurs, j’ai pris la croix du chapelet et en forçant un peu, je l’ai détachée. Et à ce moment, je l’ai regardé et j’ai dit : “Donne-moi la moitié de ta miséricorde”. J’ai senti quelque chose de fort qui m’a donné le courage de faire cela et de faire cette prière ! Et puis, cette croix, je l’ai mise ici, dans ma poche. Les chemises du pape n’ont pas de poches, mais je porte toujours sur moi une petite pochette en tissu et depuis ce jour-là, jusqu’à aujourd’hui, cette croix est avec moi. Et lorsqu’il me vient une pensée mauvaise contre quelqu’un, ma main se pose ici, toujours. Et je sens la grâce ! Je sens que cela me fait du bien. Tout le bien que fait l’exemple d’un prêtre miséricordieux, d’un prêtre qui s’approche des blessures…

Si vous réfléchissez, vous en avez sûrement connu beaucoup, beaucoup, parce que les prêtres d’Italie sont bons ! Ils sont bons. Je crois que si l’Italie est encore si forte, ce n’est pas tant à cause de nous, les évêques, mais pour ses curés, pour ses prêtres ! C’est vrai, cela, c’est vrai ! Ce n’est pas pour vous encenser, c’est ce que je ressens.

La miséricorde. Pensez à tous les prêtres qui sont au ciel et demandez cette grâce ! Qu’ils vous donnent cette miséricorde qu’ils ont eue avec leurs fidèles. Et cela fait du bien.

 

 PAPE FRANÇOIS

Voir les commentaires

Ida

12 Avril 2014, 14:33pm

Publié par Fr Greg.

Ida

Ida, un film à la Bresson, ou une visite intérieur de l'âme humaine dans ses médiocrités et ses désirs d'absolu...! Juste sublime !

 

« En somme, tu es une nonne juive »... Anna regarde, interloquée, cette parente inconnue que la supérieure de son couvent lui a demandé de rencontrer avant de prononcer ses voeux. Elle est pure comme une héroïne de Robert Bresson, la petite Anna, ses yeux semblent rappeler à chacun une innocence perdue. Quand elle sourit, trois fossettes se forment au coin de sa bouche. Le jeune joueur de saxo qu'elle rencontrera plus tard le lui dira : « Tu ne sais pas l'effet que tu produis »... Elle fait face à cette tante jamais vue, étrangère, une de ces femmes dont on devine, en un instant, la lassitude et le mépris de soi qui suscitent forcément la haine des autres. Doucement, presque tendrement, Wanda révèle la vérité : Anna ne s'appelle pas Anna, mais Ida. Elle est la fille de juifs disparus durant la guerre. Dénoncés. Tués. Depuis longtemps oubliés. « Où sont-ils enterrés ? » demande Ida. Nulle part. Comment ça, nulle part ?

C'est presque un polar classique, avec enquêteur expérimenté et débutant candide. Les enquêtes, Wanda connaît. Elle était procureur de la République dans le Parti communiste polonais des années 1950, et on la surnommait « Wanda la Rouge » quand elle condamnait, par paquets, des sociaux-traîtres au nom d'un idéal depuis longtemps perdu, aussi dangereux à ses yeux, désormais, que la foi inébranlable, irrationnelle qu'elle lit sur le visage de sa nièce. Alors, l'une pour découvrir ce qu'elle est, l'autre pour oublier ce qu'elle a été, Ida et Wanda entreprennent un périple dans la Pologne grise et gelée des sixties, où les jeunes gens, qui ressemblent aux ados de Milos Forman dans Les Amours d'une blonde, s'ennuient dans des hôtels tristes aux sons de tubes yéyé. Où les vieux, seuls, s'amusent comme pour mieux s'étourdir... Au bout de leur quête, l'effroi les guette : car c'est l'amnésie volontaire du pays qu'elles révèlent. L'horreur niée, jamais expiée, le mal accompli par tant de médiocres, pour des motifs parfois vils et désespérants : s'approprier une maison, un terrain... Comment vivre après cette découverte ? Comment croire en Dieu ? Pire encore : comment croire en l'homme ?...

C'est un film aux immenses espaces vides. La lumière qui l'irradie semble écraser des personnages que Pawel Pawlikowski filme souvent au bord du cadre, comme isolés ou apeurés. Ces plans fixes en noir et blanc, entêtants, beaux, presque esthétisants, suscitent le trouble et le mystère. Le film change, passe constamment du secret à la vé­rité, de l'ombre à la clarté, des refrains délicieusement superficiels (Love in Portofino, 24 000 Baisers, Guarda che luna) au jazz de John Coltrane, qui fait entrevoir à Ida la beauté et la mélancolie de la vie.

Pawel Pawlikowski est un cinéaste de l'absolu. Ses personnages s'y plient ou en meurent. Dans son film précédent, le superbe et méconnu La Femme du Ve, le héros (Ethan Hawke) acceptait, après un long parcours dans un Paris métamorphosé en ville cauchemardesque, de sacrifier sa vie à son art. Il plongeait dans son destin... Ida, elle, tente de résister : elle ôte son voile, libère ses cheveux, emprunte la robe et les souliers noirs de sa tante, suit le beau saxophoniste qui lui a fait entrevoir le monde. Il lui propose de partir avec lui. Elle sourit : « Et après ? »... « Après, on achètera un chien et une maison ! Et on aura des enfants. » Oui, mais après ?... « Après, on aura des problèmes, comme tout le monde ! »...

Ida marche sur une route. La voilà en route. Elle a vu la médiocrité du monde. Elle croit toujours à un possible au-delà. Un prélude de Bach l'accompagne, celui-là même qu'avait utilisé Andreï Tarkovski dans Le Miroir. Et c'est bien ce que filme Pawel Pawlikowski, en définitive : nos reflets dans une glace. — Pierre Murat

http://www.telerama.fr/

 


 

Ida

Voir les commentaires

Le Papalagui ou "sagesse d'un chef de tribu sur les hommes blancs"

11 Avril 2014, 08:56am

Publié par Fr Greg.

Le Papalagui   ou  "sagesse d'un chef de tribu sur les hommes blancs"
Le Papalagui   ou  "sagesse d'un chef de tribu sur les hommes blancs"

Touiavii, chef de tribu sur une île de Samoa, a visité l’Europe, entre 1915 et 1920, et en a rapporté des notes à l’intention de ses frères des îles, qui ont été publiées en 1920 par Erich Scheuermann. Le regard qu’il porte sur le Papalagui, autrement dit le Blanc, est celui d’un Éveillé qui n’a manifestement jamais eu à passer par les affres de l’enfermement en soi. Tout ce qui nous enferme, nous les “civilisés”, et nous coupe de la réalité vivante, et qui nous semble tellement naturel – bien à tort, suscite en Touiavii un étonnement sans fin, mêlé de pitié et d’inquiétude; il voyait en effet la fascination que les réalisations du Papalagui pouvaient exercer sur ses frères, et les notes qu’il a écrites avaient avant tout pour but de les mettre en garde contre cette fascination. 

 

 

«C’est une chose embrouillée que je n’ai jamais vraiment complètement comprise, parce que cela m’ennuie de réfléchir plus longtemps que nécessaire à ces choses aussi puériles. Mais c’est une connaissance très importante pour le Papalagui. Les hommes, les femmes et même les enfants qui tiennent à peine sur les jambes, portent dans le pagne une petite machine plate et ronde sur laquelle ils peuvent lire le temps. Soit elle est attachée à une grosse chaîne métallique et pend autour du cou, soit elle est serrée autour du poignet avec une bande de cuir. Cette lecture du temps n’est pas facile. On y exerce les enfants en leur tenant la machine près de l’oreille pour leur faire plaisir. 


Ces machines, que l’on porte facilement sur le plat de deux doigts, ressemblent dans leur ventre aux machines qui sont dans les ventre des bateaux, que vous connaissez tous. Mais il y a aussi de grandes et lourdes machines à temps à l’intérieur des huttes, ou sur les plus hautes façades pour qu’on puisse les voir de loin. Et quand une tranche de temps est passée, de petits doigts le montrent sur la face externe de la machine et en même temps elle se met à crier, un esprit cogne contre le fer dans son coeur. Oui, un puissant grondement s’élève dans une ville européenne quand une tranche de temps s’est écoulée. 

Quand ce bruit du temps retentit, le Papalagui se plaint: Oh! là! là! encore une heure de passée!” Et il fait le plus souvent une triste figure, comme un homme portant un lourd chagrin, alors qu’aussitôt une heure toute fraîche s’approche. Je n’ai jamais compris cela, si ce n’est en supposant qu’il s’agit d’une grave maladie. Le Papalagui se plaint de cette façon: ”Le temps me manque!... Le temps galope comme un cheval!... Laissez-moi encore un peu de temps!...” (...)

 

En Europe, il n’y a que peu de gens qui ont véritablement le temps. Peut-être pas du tout. C’est pourquoi ils courent presque tous, traversant la vie comme une flèche. Presque tous regardent le sol en marchant et balancent haut les bras pour avancer le plus vite possible. Quand on les arrête, ils s’écrient de mauvaise humeur: ”Pourquoi faut-il que tu me déranges? Je n’ai pas le temps, et toi, regarde comme tu perds le tien!” Ils se comportent comme si celui qui va vite était plus digne et plus brave que celui qui va lentement. 

Le Papalagui oriente toue son énergie et toutes ses pensées vers cette question: comment rendre le temps le plus dense possible? Il utilise l’eau, le feu, l’orage et les éclairs du ciel pour retenir le temps. Il met des roues de fer sous ses pieds et donne des ailes à ses paroles, pour avoir plus de temps. Et dans quel but tous ces grands efforts? 

Que fait le Papalagui avec son temps? Je n’ai jamais découvert la vérité, bien qu’il parle sans cesse et gesticule comme si le Grand-Esprit l’avait invité à un fono. Je crois que le temps lui échappe comme un serpent dans une main mouillée, justement parce qu’il le retient trop. Il ne le laisse pas venir à lui. Il le poursuit toujours, les mains tendues, sans lui accorder jamais la détente nécessaire pour s’étendre au soleil. Le temps doit toujours être très près, en traint de parler ou de lui chanter un air. Mais le temps est calme et paisible, il aime le repos et il aime s’étendre de tout son long sur la natte. Le Papalagui n’a pas reconnu le temps, il ne le comprend pas et c’est pour cela qu’il le maltraite avec ses coutumes de barbare. 


Mes chers frères, nous ne nous sommes jamais plaints du temps, nous l’avons aimé comme il venait, nous n’avons jamais couru après lui, nous n’avons jamais voulu le trancher ni l’épaissir. Jamais il ne devint pour nous une charge ni une contrainte. 

Que s’avance celui d’entre nous qui n’a pas le temps! Chacun de nous a le temps en abondance, et en est content; nous n’avons pas besoin de plus de temps que nous en avons, et nous en avons assez. Nous savons que nous parvenons toujours assez tôt à notre destination, et que le Grand-Esprit nous appelle quand il veut, même si nous ne connaissons pas le nombre de nos lunes. 


Nous devons libérer de sa folie ce pauvre Papalagui perdu, nous devons l’aider à retrouver son temps. Il faut mettre en pièces pour lui sa petite machine à temps ronde, et lui annoncer que du lever au coucher du soleil, il y a plus de temps que l’homme en aura jamais besoin.»

 

«Quand le mot esprit vient dans la bouche du Papalagui, ses yeux s’agrandissent, s’arrondissent et deviennent fixes, il soulève sa poitrine, respire profondément et se dresse comme un guerrier qui a battu son ennemi, car l’esprit est quelque chose dont il est particulièrement fier. Il n’est pas question-là du grand et puissant Esprit que le missionnaire appelle Dieu, et dont nous ne sommes qu’une image chétive, mais du petit esprit qui est au service de l’homme et produit ses pensées. 


Quand d’ici je regarde le manguier derrière l’église de la mission, ce n’est pas de l’esprit, parce que je ne fais que regarder. Mais dès que je me rends compte que le manguier dépasse l’église, c’est de l’esprit. Donc il ne faut pas seulement regarder, mais aussi réfléchir sur ce que l’on voit. Ce savoir, le Papalagui l’applique du lever au coucher du soleil. Son esprit est toujours comme un tube à feu chargé ou comme une canne à pêche prête au lancer. Il a de la compassion pour nous, peuple des nombreuses îles, qui ne pratiquons pas ce savoir-réfléchir-sur-tout. D’après lui, nous serions pauvres d’esprit et bêtes comme les animaux des contrées désertiques. 


C’est vrai que nous exerçons peu le savoir que le Papalagui nomme penser. Mais la question se pose si est bête celui que ne pense pas beaucoup, ou celui qui pense beaucoup trop. Le Papalagui pense constamment: ”Ma hutte est plus petite que le palmier... Le palmier se plie sous l’orage... L’orage parle avec une grosse vois...” Il pense ainsi, à sa manière naturellement. Et il réfléchit aussi sur lui-même: Je suis resté de petite taille... Mon coeur bondit de joie à la vue d’une jolie fille... J’aime beaucoup partir en mélaga...» Et ainsi de suite... 


C’est bon et joyeux, et peut même présenter un intérêt insoupçonné pour celui qui aime ce jeu dans sa tête. Cependant, le Papalagui pense tant que penser lui est devenu une habitude, une nécessité et même une obligation. Il faut qu’il pense sans arrêt. Il parvient difficilement à ne pas penser, en laissant vivre son corps. Il ne vit souvent qu’avec sa tête, pendant que tous ses sens reposent dans un sommeil profond, bien qu’il marche, parle, manger et rie. 


Les pensées qui sont le fruit du penser, le retiennent prisonnier. Il aune sorte d’ivresse de ses propres pensées. Quand le soleil brille, il pense aussitôt: ”Comme il fait beau maintenant!” Et il ne s’arrête pas de penser: ”Qu’il fait beau maintenant!” C’est faux. Fondamentalement faux. Fou. Parce qu’il vaut mieux ne pas penser du tout quand le soleil brille. 


Un Samoan intelligent étend ses membres sous la chaude lumière et ne pense à rien. Il ne prend pas seulement le soleil avec sa tête, mais aussi avec les mains, les pieds, les cuisses, le ventre et tous les membres. Il laisse sa peau et ses membres penser pour lui. Et ils pensent certainement aussi, même si c’est d’une autre façon que la tête. Mais pour le Papalagui l’habitude de penser est souvent sur le chemin comme un gros bloc de lave dont il ne peut se débarrasser. Il pense à des choses gaies, mais n’en rit pas, à des choses tristes, mais n’en pleure pas. Il a faim, mais ne prend pas de taro ni de palousami. C’est un homme dont les sens vivent en conflit avec l’esprit, un homme divisé en deux parties.»

Erich Scheurmann, Le Papalagui, Présence Images éditions, 2001, pour la trad française, coll. Pocket, 

 

Le Papalagui   ou  "sagesse d'un chef de tribu sur les hommes blancs"

Voir les commentaires

Seuil de l'unique

10 Avril 2014, 07:35am

Publié par Fr Greg.

 

17110_423893611026789_1166052334_n.jpg

 


J'ai fait cahoter sur les collines du temps
Le chariot de ma folie que ta rouille ronge.
Ai-je assez goûté de vinaigre à ton éponge
Pour que ton nom m'éclabousse éternellement ?

J'ai brûlé mes joies à l'âtre de l'expérience
Et traqué mes perplexités le long des routes.
J'ai tenté longtemps d'étrangler sans bruit mes doutes
De peur de hâter les agonies du silence.

Je me suis nourri de l'amande douce des jours durs
Sous des frondaisons frémissantes de défaites.
Si quelqu'un disait ton nom, je hochais la tête
De peur que soit deviné mon profond désir.

J'ai enterré dans mon corps dévoré de teigne
Ce coeur que tu fis pour que rien ne l'apaisât.
J'ai, dans le trèfle, étouffé les cris de mes pas
De peur que trop tôt mon impatience t'atteigne.

C'est en me dérobant à toi que je t'épiais
Comme on guette, dans les broussailles, des bécasses.
J'ai toujours haussé les épaules devant tes grâces
De peur que l'intensité de ma soif t'effraie.

Quand je n'ai plus pu me passer de ton visage
J'ai vagabondé de site en site sans but.
À force d'indifférence j'ai reconnu
Ma nudité sous les textes du paysage.

[...]
Je me suis assis dans les ruines de ma vie
Sans souci d'être hébergé par d'autres que toi.
Si tu n'avais pas été mon passé déjà
Te saluerais-je à cette heure avec un tel cri ?

Jean Grosjean, Fils de l'homme, Gallimard, 1953.

 

 

Voir les commentaires

Jésus nous crie: "Sors ! Viens dehors !"

9 Avril 2014, 07:39am

Publié par Fr Greg.

Jésus nous crie: "Sors ! Viens dehors !"

-Cette belle promesse du Seigneur : “Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir, ô mon peuple” (Ez 37,12), c’est la promesse du Seigneur qui possède la vie et qui a la force de donner la vie, pour que ceux qui sont morts puissent retrouver la vie.

-Nous sommes sous l’emprise de l’Esprit-Saint, que le Christ est en nous, et que son Esprit nous ressuscitera.

-Et dans l‘Evangile, Jésus a donné la vie à Lazare. Lazare, qui était mort, est revenu à la vie. Je veux simplement dire une toute petite chose. Nous avons tous à l’intérieur de nous quelques zones, quelques petites parties de notre cœur qui ne sont pas vivantes, qui sont un peu mortes; et chez certains de nombreuses parties du coeur sont mortes, une vraie nécrose spirituelle ! Quand nous nous apercevons que nous sommes dans cette situation, nous voulons en sortir, mais nous ne pouvons pas. Seul le pouvoir de Jésus, le pouvoir de Jésus, est capable de nous aider à sortir de ces zones mortes du coeur, de ces tombes de péché, que nous avons tous. Tous nous sommes pécheurs ! Mais si nous sommes très attachés à ces sépulcres, que nous les gardons à l’intérieur de nous et que nous ne voulons pas que tout notre coeur renaisse à la vie, nous devenons corrompus et notre âme commence, comme le dit Marthe, à “sentir déjà” (Jn 11,39), l’odeur de cette personne qui est attachée au péché. Et le carême sert un peu à cela. Pour que nous tous, qui sommes pécheurs, nous ne finissions pas attachés au péché, mais que nous puissions entendre ce que Jésus a dit à Lazare : « Il cria d'une voix forte : ‘Lazare, viens dehors !’ » (Jn 11,43).

Aujourd’hui je vous invite à penser un instant, en silence, ici : où est ma nécrose intérieure ? Où est la part morte de mon âme ? Où est ma tombe ? Pensez, une petite minute, tous en silence. Pensons : quelle est cette partie du cœur qui peut se corrompre, car je suis attaché à ces péchés ou à ce péché ? Et enlever la pierre, enlever la pierre de la honte et laisser le Seigneur nous dire, comme il l’a dit à Lazare : « Viens dehors !». Pour que toute notre âme soit guérie, ressuscite par l’amour de Jésus, par la force de Jésus. Il est capable de nous pardonner. Nous en avons tous besoin ! Tous. Nous sommes tous pécheurs, mais nous devons être attentifs à ne pas devenir corrompus ! Pécheurs nous le sommes, mais Il nous pardonne. Ecoutons cette voix de Jésus qui, avec la puissance de Dieu, nous dit : “Viens dehors ! Sors de la tombe que tu as à l’intérieur. Sors. Je te donne la vie, je te rends heureux, je te bénis, je te veux pour moi.”

Que le Seigneur aujourd’hui, en ce dimanche où l’on parle tant de la Résurrection, nous donne à tous la grâce de ressusciter de nos péchés, de sortir de nos tombeaux ; avec la voix de Jésus qui nous appelle, aller dehors, aller à Lui.

Il y a autre chose : le cinquième dimanche de carême, ceux qui se préparaient au Baptême dans l’Eglise, recevaient la Parole de Dieu. Cette communauté aujourd’hui aussi, fera le même geste. Et je voudrais vous donner l’Evangile ; que vous portiez l’Evangile chez vous. Cet Evangile est un Evangile de poche à porter toujours avec nous, pour lire des petits passages; l’ouvrir comme ça et lire quelque chose de l’Evangile, quand je dois faire la queue ou quand je suis dans la bus ; mais quand je suis à une place confortable dans le bus, car sinon je dois faire attention à mes poches ! Lire toujours un petit passage de l’Evangile. Cela nous fera tant de bien, tant de bien ! Un peu tous les jours. C’est un cadeau, que j’ai apporté pour toute votre communauté, pour qu’ainsi, aujourd’hui, cinquième dimanche du carême, vous receviez la Parole de Dieu et que vous puissiez entendre la voix de Jésus qui vous dit : “Sors ! Viens ! Viens dehors !”, et vous préparer à la nuit de Pâques.

François, Pape.

Voir les commentaires

Bonté anonyme...

8 Avril 2014, 13:24pm

Publié par Fr Greg.

Voir les commentaires

La fermeture à la lumière rend toujours plus agressif

8 Avril 2014, 06:58am

Publié par Fr Greg.

Christ Philadelphie-c270b-85016

 

l’épisode de l’homme aveugle de naissance, auquel Jésus donne la vue s’ouvre par un aveugle qui commence à voir et se ferme – cela est curieux – avec des voyants présumés qui continuent à rester aveugles dans leur âme. Le miracle est raconté par Jean en deux versets à peine, car l’évangéliste veut attirer l’attention non pas sur le miracle en soi, mais sur ce qui arrive ensuite, sur les discussions qu’il suscite ; sur les bavardages aussi : si souvent, une bonne oeuvre, une œuvre de charité suscite des médisances et des discussions, car certains ne veulent pas voir la vérité. L’évangéliste Jean veut attirer l’attention sur ce qui arrive aussi de nos jours lorsque l’on fait une bonne œuvre. L’aveugle guéri est d’abord interrogé par la foule étonnée – ils ont vu le miracle et l’interrogent – puis par les docteurs de la loi ; ces derniers interrogent aussi ses parents. A la fin l’aveugle guéri parvient à la foi, et c’est la grâce la plus grande qui lui est faite par Jésus : non seulement de voir, mais de Le connaître, de Le voir comme « la lumière du monde » (Jn 9,5).

Alors que l’aveugle s’approche graduellement de la lumière, les docteurs de la loi au contraire s’enlisent toujours plus dans leur cécité intérieure. Enfermés dans leurs présomptions, ils croient déjà avoir la lumière; à cause de cela ils ne s’ouvrent pas à la vérité de Jésus. Ils font tout pour nier l’évidence. Ils mettent en doute l’identité de l’homme guéri ; puis ils nient l’action de Dieu dans la guérison, en prenant comme excuse que Dieu n’agit pas le samedi ; ils en arrivent même à douter que l’homme soit né aveugle. Leur fermeture à la lumière devient agressive et aboutit à l’expulsion de l’homme guéri du temple.


Le chemin de l’aveugle au contraire est un parcours à étapes, qui part de la connaissance du nom de Jésus. Il ne connaît rien de Lui; en effet il dit : « L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, il m'en a frotté les yeux » (v.11). Après les questions pressantes des docteurs de la loi, il le considère d’abord comme un prophète (v.17) et puis un homme proche de Dieu (v.31). Après qu’il ait été éloigné du temple, exclu de la société, Jésus le trouve de nouveau et lui "ouvre les yeux" pour la seconde fois, en lui révélant son identité : « Je suis le Messie », lui dit-il. A ce moment-là celui qui avait été aveugle s’exclame : « Je crois, Seigneur ! » (v.38), et se prosterne devant Jésus. C’est un passage de l’Evangile qui montre le drame de la cécité intérieure de tant de personnes, y compris la nôtre car parfois nous avons des moments de cécité intérieure.


Notre vie est parfois semblable à celle de l’aveugle qui s’est ouvert à la lumière, qui s’est ouvert à Dieu, qui s’est ouvert à sa grâce. Parfois malheureusement elle est un peu comme celle des docteurs de la loi : du haut de notre orgueil nous jugeons les autres, et même le Seigneur ! Aujourd’hui, nous sommes invités à nous ouvrir à la lumière du Christ pour porter du fruit dans notre vie, pour éliminer les comportements qui ne sont pas chrétiens ; nous tous sommes chrétiens, mais nous tous, tous, nous avons parfois des comportements non chrétiens, des comportements de péché. Nous devons nous en repentir, éliminer ces comportements pour marcher résolument sur la voie de la sainteté. Elle prend son origine dans le Baptême. Nous aussi en effet nous avons été "éclairés" par le Christ dans le Baptême, afin que, comme nous le rappelle saint Paul, nous puissions nous comporter comme « des enfants de lumière » (Eph 5,8), avec humilité, patience, miséricorde. Ces docteurs de la loi n’avaient ni humilité, ni patience, ni miséricorde !

Je vous suggère, aujourd’hui, quand vous rentrerez chez vous, de prendre l’Evangile de Jean et de lire ce passage du chapitre 9. Cela vous fera du bien, car vous verrez cette route de la cécité à la lumière et l’autre mauvaise route vers une plus profonde cécité. Demandons-nous comment est notre cœur. Ai-je un cœur ouvert ou un cœur fermé ? Ouvert ou fermé envers Dieu ? Ouvert ou fermé envers le prochain ? Nous avons toujours en nous quelque fermeture née du péché, des fautes, des erreurs. Nous ne devons pas avoir peur ! Ouvrons-nous à la lumière du Seigneur, Il nous attend toujours pour nous aider à mieux voir, pour nous donner plus de lumière, pour nous pardonner. N’oublions pas cela ! Confions notre chemin du carême à la Vierge Marie, afin que nous aussi, comme l’aveugle guéri, avec la grâce du Christ, nous puissions "venir à la lumière", aller plus avant vers la lumière et renaître à une vie nouvelle.

François, Pape.

Voir les commentaires

Deux types d'inteligence

7 Avril 2014, 07:10am

Publié par Fr Greg.

1654791_601801209902694_1319947234_o.jpg

 

Deux types d’intelligence. La première trouve sa nourriture suffisante dans le raisonnement. Elle va des causes aux effets, d’une chose à sa conséquence, d’un début à une fin. La conséquence, l’effet la fin, sont pour elle des lieux de repos. Voici de quoi je suis partie et voici où je vais passer ma nuit. Je pose 2+2 et je m’endors dans 4. Je cherche, puis je trouve et dans ce que je trouve il n’y a rien de plus ni de moins que dans ce que je cherchais. Le seconde intelligence a besoin de l’amour et ne découvre de repos nulle part. Elle ne va pas d’une chose ancienne (la cause, le début, 2+2) à une chose qui fane dès qu’on l’atteint (l’effet, le terme, 4) Elle va de l’éternellement neuf à l’éternellement neuf, de l’inconnu qui est en nous à l’inconnu qui est dans l’autre. Il n’y a pour cette intelligence aucun arrêt possible, aucun résultat dont elle pourrait s’enorgueillir et dans quoi elle gagnerait un sommeil bien mérité. Il n’y a jamais de résultat- qu’un mouvement toujours à poursuivre. L’amour nourrit et relance ce mouvement : plus on aime et plus ce qu’on aime est à découvrir, c’est-à-dire aimer encore, encore, encore.

 

Les fous, les lépreux, les hystériques, les aveugles, les muets, les paralytiques : le Christ vient à bout de tous : il n’y a que deux catégories devant lesquelles il échoue et s’impatiente : les imbéciles et les doctes.  Ceux-là ont en commun leur suffisance. Personne, jamais, ne leur fera entendre une chose aussi simple : que l’amour est source de la plus grande intelligence possible. La bêtise et l’esprit de système sont deux endurcissements, deux manières d’éprouver sa puissance sur le monde. Personne, jamais, ne lâche de son plein gré la puissance qu’il a, fût-elle imaginaire.

 

Christian Bobin, Autoportrait au radiateur

Voir les commentaires

Laisser Dieu entrer en nous et nous caresser...

6 Avril 2014, 06:30am

Publié par Fr Greg.

534847_442118825870934_1823666170_n.jpg

 

Les lectures que l’Église nous offre aujourd’hui peuvent être définies comme un dialogue entre les plaintes de Dieu et les justifications des hommes. Dieu, le Seigneur, se plaint. Il se plaint de ne pas avoir été écouté tout au long de l’histoire. C’est toujours la même chose : « Écoutez ma voix… Je serai votre Dieu… Tu seras heureux… ». « Mais ils n'ont pas écouté, ils n'ont pas prêté l'oreille, ils ont suivi les mauvais conseils de leur cœur obstiné ; ils ont reculé au lieu d'avancer » (Jr 7,23-24). C’est l’histoire de l’infidélité du peuple de Dieu.

Et cette plainte de Dieu vient parce que cela a été un travail très, très grand, ce travail du Seigneur pour enlever l’idolâtrie du cœur de son peuple, pour le rendre docile à sa Parole. Mais eux, ils prenaient cette route pendant quelque temps et puis ils faisaient marche arrière. Et ainsi pendant des siècles et des siècles, jusqu’au moment où Jésus est arrivé.

Et il s’est passé la même chose avec le Seigneur, avec Jésus. Certains disaient : « Celui-ci est le Fils de Dieu, c’est un grand prophète ! » ; d’autres, ceux dont parle l’Évangile de ce jour, disaient : « Non, c’est un sorcier qui guérit avec le pouvoir de Satan ». Le peuple de Dieu était seul, et cette classe dirigeante – les docteurs de la loi, les Sadducéens, les pharisiens – était enfermée dans ses idées, dans sa pastorale, dans son idéologie. Et c’est cette classe qui n’a pas écouté la Parole du Seigneur, pour se justifier dit ce que nous avons entendu dans l’Évangile : « Cet homme, Jésus, chasse les démons avec le pouvoir de Béelzéboul » (Mt 11,15). C’est comme dire : « c’est un soldat de Béelzéboul, ou de Satan, ou de la clique de Satan », c’est pareil. Ils se justifient de ne pas avoir écouté l’appel du Seigneur. Ils ne pouvaient pas l’entendre : ils étaient tellement, tellement fermés, loin du peuple, et cela, c’est vrai.

Jésus regarde le peuple et il est ému, parce qu’il le voit comme « des brebis sans pasteurs », comme le dit l’Évangile. Et il va vers les pauvres, il va vers les malades, il va vers tous, vers les veuves, vers les lépreux pour les guérir. Et il leur parle avec des mots tels qu’il provoque l’admiration dans le peuple : « Mais il parle comme quelqu’un qui a autorité ! », il parle différemment de cette classe dirigeante qui s’était éloignée du peuple. Et elle ne s’intéressait qu’à ses propres affaires : son groupe, son parti, ses luttes internes. Et le peuple, là… Ils avaient abandonné le troupeau. Et ces gens étaient-ils des pécheurs ? Oui, oui, nous sommes tous pécheurs, tous. Nous tous, qui sommes ici, nous sommes des pécheurs. Mais eux, ils étaient plus que pécheurs : le cœur de ces personnes, de ce petit groupe, s’était tellement endurci, avec le temps, tellement qu’il leur était impossible d’entendre la voix du Seigneur. Et de pécheurs, ils ont glissé, et ils sont devenus corrompus. C’est très difficile pour une personne corrompue de réussir à revenir en arrière. Le pécheur, oui, parce que le Seigneur est miséricordieux et qu’il nous attend tous. Mais la personne corrompue est fixée sur ses affaires, et ces personnes étaient corrompues. Et c’est pour cela qu’ils se justifient, parce que Jésus, avec sa simplicité, mais avec sa force divine, les dérangeait. Et petit à petit, ils finissent par se convaincre qu’ils doivent tuer Jésus, et l’un d’eux dira : « il vaut mieux qu’un seul meurt pour le peuple ».

Ceux-là, ils se sont trompés de route. Ils ont résisté au salut d’amour du Seigneur et c’est ainsi qu’ils ont glissé de leur foi, d’une théologie de la foi à une théologie du devoir : « Vous devez faire ceci, ceci, cela… ». Et Jésus leur dit, avec cet adjectif si laid : « Hypocrites ! Vous liez tous ces fardeaux pesants sur les épaules du peuple. Et vous ? Vous ne les touchez même pas d’un doigt ! Hypocrites ! ». Ils ont refusé l’amour du Seigneur et ce refus a fait qu’ils étaient sur une route qui n’était pas celle de la dialectique de la liberté qu’offrait le Seigneur, mais celle de la logique de la nécessité, là où il n’y a pas de place pour le Seigneur. Dans la dialectique de la liberté, il y a le Seigneur, bon, qui nous aime, qui nous aime tellement ! En revanche, dans la logique de la nécessité, il n’y a pas de place pour Dieu : on doit faire, on doit faire, on doit… Ils sont devenus des hommes aux bonnes manières, mais aux habitudes mauvaises. Jésus les appelle, eux, des « sépulcres blanchis ». C’est la souffrance du Seigneur, la souffrance de Dieu, la plainte de Dieu.

« Venez, adorons le Seigneur parce qu’il nous aime », « revenez à moi de tout votre cœur », nous dit-il, « parce que je suis miséricordieux et compatissant ». Ceux qui se justifient ne comprennent pas la miséricorde ni la compassion. En revanche, ce peuple qui aimait tant Jésus, avait besoin de miséricorde et de compassion et il allait la demander au Seigneur.

Sur ce chemin du carême, cela nous fera du bien, à tous, de penser à cette invitation du Seigneur à l’amour, à cette dialectique de la liberté où est l’amour, et de nous demander, tous : mais est-ce que je suis sur cette route ? ou est-ce je cours le risque de me justifier et de prendre une autre route ? une route conjoncturelle, parce que cela ne mène à aucune promesse. Et prions le Seigneur de nous donner la grâce de toujours emprunter la route du salut, de nous ouvrir au salut qui ne vient que de Dieu, de la foi, et non de ce que proposaient ces « docteurs du devoir », qui avaient perdu la foi et qui dirigeaient le peuple avec cette théologie pastorale du devoir. Demandons cette grâce : Donne-moi, Seigneur, la grâce de m’ouvrir à ton salut. Le carême est fait pour cela. Dieu nous aime tous, il nous aime tous ! Faire l’effort de s’ouvrir, il suffit de demander cela. « Ouvre-moi la porte. Le reste, c’est moi qui le fait ». Laissons-le entrer en nous, nous caresser et nous donner le salut. Ainsi soit-il.

 

François, Pape.

Voir les commentaires

Le nom de Dieu...

5 Avril 2014, 07:54am

Publié par Fr Greg.

1466300_539499199466229_387508747_n.jpg

 

 

Dieu c’est le nom de quelqu’un qui a des milliers de noms. Il s’appelle silence, aurore, personne, lilas, et des tas d’autres noms, mais ce n’est pas possible de les dire tous, une vie entière ne suffirait pas et c’est pour aller plus vite qu’on a inventé un nom comme celui-là, Dieu, un nom pour dire tous les noms, un nom pour dire quelqu’un qui est partout, sauf dans les églises, le  mairies, les écoles et tout ce qui ressemble de près ou de loin à une maison. Car Dieu est dehors, tout le temps, par n’importe quel  temps, même l’hiver, et il s’endort dans la neige et la neige pour lui se fait douce, elle ne lui donne que sa blancheur avec quelques étoiles piquées dessus, elle garde pour elle la brûlure du froid. Dieu n’a pas de maison, il n’en a pas besoin et d’ailleurs lorsqu’il voit une maison, il ouvre les portes, déchire les murs, brûle les fenêtres et c’est tout qui entre avec lui, le jour, la nuit, le rouge, le noir, tout et dans n’importe quel ordre, et alors, alors seulement, les maisons deviennent supportables, alors seulement on peut les habiter, puisqu’il y tout dedans, le soleil, la lune, la vie très folle, la douceur très grande de la folie, les yeux pervenche de la folie. Et Dieu repart ailleurs, toujours ailleurs : à force de traîner les chemins, de s’endormir partout, dans les sources, dans les fougères, dans le nid des mésanges ou dans les yeux des tout- petits, Dieu a une drôle d’allure, vraiment. Lorsqu’il n’ouvre pas toutes grandes les portes, Dieu ne fait rien. Ce serait là son métier : ne rien faire. C’est un métier très difficile, il y a très peu de gens qui sauraient bien le faire. Dieu, lui, fait cela très bien. De temps en temps pour se reposer, il s’arrête de ne rien faire : alors il fait des bouquets : il cueille toutes les lumières du monde, même celle des orages et des encriers, il en fait des bouquets mais ne sait à qui les offrir. Ou bien il met un coquillage tout contre son oreille et il écoute des musiques, toutes les musiques du monde, longtemps il écoute et c’est comme un  flocon dedans son cœur, un tourment d’écume, le premier âge de la mer, l’immensité de la mer dedans son cœur et Dieu se met à rire et Dieu se met à pleurer, parce que rire ou pleurer, pour Dieu c’est pareil, parce que Dieu est un peu  fou, un peu bizarre. Et si on lui demande ce qu’il a, il dit qu’il ne sait pas, qu’il ne sait rien, qu’il a tout oublié le long des chemins, et qu’il a perdu la tête, perdu son ombre, qu’il ne sait plus son nom. Et puis il  rit, et puis il pleure, et il s’en va et il  s’en vient, et c’est le jour, puis c’est la nuit, et puis voilà, c’est toujours comme ça, toujours, chaque jour.

 

 

Chritian Bobin, « Souveraineté du vide »

Voir les commentaires

" Donner moins à voir, pour penser plus "

4 Avril 2014, 06:16am

Publié par Fr Greg.

 

La-peinture-au-sens-litteral.jpg

 

 

Bernard Brunon a créé une entreprise de peinture en bâtiment considérée comme activité artistique : voilà une bonne idée. Un centre d’art déménage-t-il (comme actuellement  la galerie des Tourelles à Nanterre) ?

-  Allo, Bernard ? Pouvez-vous rafraîchir les murs, rendre les lieux présentables ?

 

Une galerie d’AC vient de perforer ses cloisons avec son dernier accrochage ?

-         Allo, Bernard, pouvez-vous nous reboucher les trous, pour la suivante ?

Bernard Brunon, qui se vante de ne séparer ni l'artiste, ni l'artisan, ni l'entrepreneur, a trouvé une « niche » comme on dit en termes socio-économiques.

 

 

Certains jubilent  rappelant que déjà « l'artiste du XVIe siècle est lié à la commande » et de célébrer «  un art ancré dans le quotidien ». Bernard va sus aux moulures et aux lambris, repeint les murs comme d’autres enfoncent les portes ouvertes mais on nous assure ce c’est un vrai peintre car « la peinture reste avant tout un recouvrement », une « performance à large échelle ». Il sait « peindre dans l'acte fondateur de la peinture, avant même la fresque, et après l'abstraction » car «  la toile renverrait encore trop à l'histoire que peut raconter le tableau, aux figures de la mimêsis, à ses avatars ». Reconnaissons-le, à côté des monochromes de  Bernard, le carré blanc sur fond blanc de Malevitch est d’un kitsch !

 

Bernard va donc à l’essentiel de la peinture qui est (je cite toujours) « aller au bord »,  or le bord évoque …Debord ! Guy Debord prophétisa Brunon, en écrivant dès 1961 : «C'est dans le royaume du marginal et de l'insignifiant que commence toute critique du quotidien et donc toute critique de la réalité sociale». Ah, une critique ? Laquelle ? Celle des centres d’art dispendieux du bien public ? Celle du cynisme des « artistes » du circuit d’AC  qui concurrencent les petits artisans locaux ? Car voilà une «Entreprise générale de peinture», pour qui la seule intervention artistique pertinente c’est l’intervention  économique ! A quand les artisans boulangers, les maître- charcutiers subventionnés par les services culturels municipaux ? En tout cas, la critique ne paraît pas très assumée : Brunon signe ses murs de la même couleur que celle de la surface murale. L’artiste qui opère aux Tourelles de Nanterre aurait-il l’humilité des fresquistes romans, lui qui souligne modestement que sa transformation en successeur de Léonard ne s’est pas faite en un jour ?  Au passage, ayons une pensée émue pour ce pauvre Claude Rutault qui peint depuis des lustres des toiles de la même couleur que le mur : un artiste officiel est toujours ringardisé par plus conceptuel que lui.

 

Nous aurons sans doute, lors du vernissage, un grand « moment de socialité » selon le jargon de l’AC. Est-ce qu’on aura une vidéo de ce énième Nanar contemporain ?  Pour que nos descendants puissent comprendre avec quoi  villes, départements, régions et ministère nous ont joyeusement endettés. Comprendre aussi que, lorsqu’on déplore la disparition de la Peinture, les sbires de l’AC protestent et citent ces purs génies du pinceau. Car le mot d’ordre de Bernard, « moins il y a à voir, plus il y a à penser », est un credo iconoclaste qui jette l’opprobre sur la Peinture dès qu’elle refuse de s’anéantir dans le minimalisme conceptualisant ou le « work in process », pour qui le processus (et le discours) compte plus que le résultat.

Christine Sourgins

 

 http://sourgins.over-blog.com

Voir les commentaires

Fragilité de l'homme...

3 Avril 2014, 07:57am

Publié par Fr Greg.

 

1779087_590305881052227_1457509721_n.jpg

 

« Chers amis, gardons toujours à l’esprit la chair du Christ présente dans les pauvres, dans ceux qui souffrent, dans les enfants, y compris ceux qui n’ont pas été désirés, dans les personnes qui ont un handicap physique ou psychique et dans les personnes âgées ».

 « la véritable beauté de la vie humaine englobe aussi  sa fragilité  : Lorsque [l’homme] protège la vie, quels que soient le stade et les conditions de celle-ci, [il peut] reconnaître la dignité et la valeur de tout être humain, de sa conception jusqu’à sa mort.

« Dans la souffrance personne n’est jamais seul, parce que Dieu, dans son amour miséricordieux pour l’homme et pour le monde, embrasse aussi les situations les plus inhumaines, dans lesquelles l’image du Créateur présent en chaque personne apparaît obscurcie ou défigurée ».

 « la plus grande école pour quiconque veut se consacrer au service de ses frères malades ou souffrants  : la passion de Jésus. En Jésus en effet, « toutes les douleurs humaines, toutes les angoisses, toutes les souffrances ont été assumées par amour, par pure volonté d’être proche de l’homme, d’être avec l’homme »

 

Pape François.

Voir les commentaires

Qu'est-ce que la culture?

2 Avril 2014, 06:46am

Publié par Fr Greg.

Petits sketchs sur le monde dit de la "culture". A voir absolument!


 

Franck Lepage - Incultures - L'éducation populaire, monsieur, ils n'en ont pas voulu!

 

Voir les commentaires

1er Avril...

1 Avril 2014, 17:50pm

Publié par Fr Greg.

 

 

Voir les commentaires

L'offrande des fidèles...

1 Avril 2014, 07:48am

Publié par Fr Greg.

 

Maitre de chaource-marie

 

 

« Le sacerdoce des fidèles, c’est cela : la responsabilité que nous avons à l’égard de nos frères. C’est Marie au pied de la croix. C’est Marie qui offre au Père les dernières gouttes d’eau et de sang de Jésus. C’est Marie qui offre Jean. Le sacerdoce des fidèles, c’est le grand geste de l’offrande. Et c’est le grand geste de la demande. En effet, quand vraiment on prend conscience d’être responsables les uns des autres dans la charité fraternelle, on ne peut qu’offrir à Dieu ce qu’on vient de demander. Quelqu’un qui souffre, on n’a pas autre chose à faire que de l’offrir à Dieu »

 

M.-D. Philippe, L’Apocalypse, Retraite prêchée à « La Part-Dieu » en juillet 1974

Voir les commentaires

Pensez-vous librement ou êtes-vous formatés par le système?

31 Mars 2014, 06:25am

Publié par Fr Greg.

1289489072.jpg

 

Penser sous le régime de Brejnev signifie se libérer de toutes les déformations  apprises, maintenir à distance son double livré à l’Etat, acquérir en cachette et avec les moyens du bord une formation autodidacte. Penser signifie également franchir le butoir de la langue, conquérir contre la langue de bois les outils pour dire les choses. L’incrédulité face à l’idéologie officielle n’exclut pas un effet d’abrutissement, elle n’empêche pas les slogans de s’inscrire plus ou moins  dans le cerveau. « La formule, expliquait M Simecka, surgit toute seule : luttons pour la paix, nous luttions pour la paix, la lutte pour la paix, dans la lutte pour la paix…Et je me dis alors que la fonction destructrice de tels slogans n’est pas un vain mot. Ils composent des symboles semblables aux idéogrammes chinois. Ils interdisent à la plupart des gens de prononcer ces mots autrement que sous la forme sous laquelle ils leur ont été inculqués. » L’incrédulité n’empêche pas davantage la langue de bois d’exercer un effet paralysant : « On dirait que la langue se rebiffe. Ses formules toutes faites, vous imposent un raisonnement que vous ne désirez pas suivre. C’est une impression extrêmement désagréable : votre langue se met d’elle-même à produire des enchainements pétrifiés. Elle résiste à toute pensée originale. Elle refuse d’obéir et se révolte. Il faut lui opposer un immense effort pour la faire céder ». Il fallait de la force intérieure, de la vaillance pour réfléchir par soi-même dans l’univers  du socialisme réel.

Il fallait d’autant plus de force intérieure que, comme nous l’avons vu, le non-sens du régime soviétique disait en définitive que les mots n’ont pas de sens, qu’il n’y a pas de vérité mais seulement un pouvoir. Le philosophe tchèque qui écrivait sous le pseudonyme de Petr Fidelius, observait ceci : le piège se referme sur l’intellectuel, en dépit de son incrédulité, parce que, s’il refuse de prendre le mensonge au sérieux, c’est qu’il a renoncé à prendre la vérité au sérieux. (…) Sur les décombres du vrai, il ne reste plus que le pouvoir. Chez ceux-là qui semblent imperméables à la propagande, le subjectivisme totalitaire réussit à abolir le sens de la vérité.

 

Le faux totalitaire faisait ainsi peser une formidable pression sur les hommes. Cette pression explique pourquoi certains détenus ont ressenti un sentiment de libération dans l’univers des camps. « Si l’on est bien en prison pour penser, écrit Soljenitsyne, au camp on n’est pas trop mal non plus. Avant tout parce  qu’il n’y a pas de réunions. Pendant dix ans, tu es dispensé de toute réunion ! N’est-ce pas l’air des sommets ? L’administration du camp prétend ouvertement  à ton travail et à ton corps jusqu’à ce qu’épuisement, voire mort s’ensuivent, mais ne porte nullement atteinte au monde de tes pensées. Elle ne tente pas de visser et d’immobiliser ta cervelle. Cela créé un sentiment de liberté plus grande que la liberté de courir là où les jambes vous portent. » (l’Archipel du Goulag). Derrière les barbelés, les zeks ont perdu toute liberté extérieure mais ils ont gagné la liberté intérieure. (…)

 

Quels ont été en définitive les effets de cette condition sur le psychisme de l’homo sovieticus ? Ce sont semble-t-il, l’engourdissement intellectuel, la corruption morale et le cynisme. Astreint au faux semblant, privé de toute nourriture intellectuelle, morale et spirituelle, l’homme soviétique est appauvri, desséché, « vidé », et il ne croit généralement en rien ni en personne. Le « il faut bien vivre » justifie les compromissions, l’abdication et la désertion vers les petites satisfactions qu’offre le système.

Introduction à la politique, Philippe Bénéton, chapitre IX : la mécanique totalitaire.

 

Voir les commentaires

"Vous dites ‘nous voyons’...?" alors votre péché demeure !

30 Mars 2014, 07:53am

Publié par Fr Greg.

Sandro_Botticelli_-_La_Calomnie_d-Apelle.jpg

 

« C’est pour un discernement que Je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. … Si vous dites ‘nous voyons’, alors votre péché demeure… » Jean 9, 39-41

 

 

 L’évangile de ce 4ème Dimanche de Carême jette une très grande lumière sur la Croix du Christ. Une lumière que Jésus révèle lui-même : « Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » (Jn 9, 5).

 

La rencontre de Jésus et de l’aveugle-né était pour les disciples du Christ l’occasion de dépasser ce qui restait pour eux un scandale, une fatalité ou une impasse : le problème du mal. Pourquoi le mal existe-t-il ? Question humaine lancinante. Question religieuse aussi. Question à laquelle la Croix du Christ n’apporte pas une solution logique ou seulement intellectuelle, mais devant laquelle elle se révèle comme une lumière de vie.

 

Pour les disciples, le mal de fait (celui qui nous affecte, que nous subissons et qui nous blesse) ne pouvait exister que comme la punition d’une faute cachée, plus ou moins lointaine. Une faute qu’il serait nécessaire d’expier, dont nous devrions être punis par un Dieu juste ou, à tout le moins, qui devrait être compensée par une peine subie, dans une sorte d’équilibre des forces à rétablir : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jn 9, 2) Vision simpliste d’une justice immanente et fataliste, et vision moralisante d’un Dieu qui serait chargé de faire la police du comportement des hommes.


En réalité, c’est l’interrogation  des  disciples, caractéristique de la recherche indéfinie des hommes, qui est sans solution. Leur interrogation porte sur l’origine : « D’où vient le mal ? » La question demeure souvent la même : « D’où vient le mal, cette privation d’un bien qui nous est normalement dû ? » Nous le subissons et il nous blesse. Mais d’où vient-il ? D’où vient la souffrance, d’où viennent les blessures ? Nous nous débattons avec cette question, elle nous taraude, nous cherchons indéfiniment une solution. Et nous croyons pouvoir la trouver en remontant à l’origine : nous cherchons indéfiniment à remonter au premier moment où ce mal nous a affectés, où il nous a blessés. Nous reconstruisons alors l’itinéraire dans une sorte d’herméneutique et nous cherchons, de ce point hypothétique (est-ce le premier ?), à reconstruire ce qui s’est développé d’une façon déviée en raison, croyons-nous, de ce premier désordre.

 

La question est au cœur de toutes les recherches philosophiques… Le sage Aristote, se confrontant au même problème, butant sur le scandale du mal qui affecte l’homme jusque dans son agir, y répondait avec humilité : « Le mal a des causes infinies en puissance » ; il n’a donc pas de cause propre, il est un désordre dont nous ne pouvons avoir une intelligibilité parfaite. Platon, pour sa part, aurait voulu que la matière soit la réponse à cette question… Mais si la matière est d’une immense fragilité dans sa potentialité radicale, indéfiniment capable d’être changée, elle est pourtant bonne dans son être ; elle n’est pas la cause du mal et le monde matériel n’est pas mauvais.

 

A cette question, Jésus répond en donnant une tout autre lumière : « Ni lui n’a péché, ni ses parents, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu » (Jn 9, 3). Au lieu de l’origine (d’où cela vient-il ?), Jésus répond par la finalité (afin que telle chose se réalise). Non pas, évidemment, que le mal soit nécessaire dans un ordre commandé par la finalité… Nous connaissons ces théodicées effroyables qui justifient le mal comme un moment nécessaire dans l’ordre des choses vers leur fin ! Jésus veut nous dire, d’abord, de changer de regard, de nous poser une nouvelle question. Ne veut-il pas nous faire comprendre que nous ne trouverons pas de « solution » tant que nous nous interrogerons sur l’origine du mal? Cela ne signifie pas que nous ne devons pas le combattre et chercher à soulager l’homme qui en est affecté, notamment par l’art médical. Mais un autre regard est possible : le « pourquoi ? » se situe dans une autre lumière, celle de la fin.

 

C’est cette ouverture, cette petite lumière au bout du tunnel, qui nous donne la possibilité d’accueillir la présence salvatrice et miséricordieuse du Christ. Il est venu pour les pauvres, les blessés, les souffrants. Il est venu pour être avec eux, pour les aimer et les porter. Et c’est Lui qui est la lumière : « Tant qu’il fait jour, il nous faut accomplir l’œuvre de celui qui m’a envoyé… Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » (Jn 9, 4-5).

 

Par-là, Jésus ne justifie pas le mal qui nous blesse et il n’exalte en rien la souffrance – il le supprime d’ailleurs chez cet homme aveugle en le guérissant. Mais il montre à l’homme qui supporte ce mal et cette souffrance qu’il lui est possible de voir une autre lumière, de s’ouvrir à une autre présence : la sienne. Jésus est la lumière du monde, celle qui éclaire le monde non seulement en nous pardonnant et en nous relevant de nos fautes, mais celle qui permet de tout offrir dans l’amour et de marcher vers la lumière qui donne son sens plénier à toute notre vie : le mystère du Père riche en miséricorde et en tendresse qui nous attire à lui, dans sa lumière.

 

C’est bien cela aussi qu’est la sagesse de la Croix : cette porte ouverte sur la lumière du Père.

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

 

 

Voir les commentaires

Qu'est-ce que vous appelez 'Dieu'?

29 Mars 2014, 08:33am

Publié par Fr Greg.

285761_425938384155645_658140455_n.jpg

 

Le premier venu est plus proche de Dieu que moi : voilà toute ma croyance. Elle me vient des rencontres plus que des livres. Au début de cette année j’ai connu la joie de donner la moitié de ma bibliothèque. Je me suis délivré des livres  qu’une seule lecture éteint. Des romans, des essais. Dans la banquise fondue de la bibliothèque sont apparues les fleurs résistantes, presque toutes de deux genres, poésie, théologie, je les abandonnerai sans doute un autre jour. Ils ne sont pas vraiment indispensables et, sur l’amour, ne m’apprennent rien de plus que le premier venu. Le premier venu peut être un homme, une femme, un enfant, une lettre, une fougère, un moineau, une heure de la journée, les tulipes qui sont revenues habiter  ma maison, le silence de l’immeuble à une heure du matin. De cette « révélation » du premier venu, découlent pour moi deux certitudes : pas d’accès direct à Dieu et à ses joueurs de flûtes.  Je suis obligé pour avoir des nouvelles du Christ de porter attention à ce qui vient, à ce qui est là, à ce qui se passe aujourd’hui, maintenant. La deuxième certitude, c’est que je ne suis que rarement  à la hauteur de ce que j’écris là. Je manque d’attention et d’amour, je manque à peu près de tout. Ce manque n’est pas désolant. Il me fait plutôt jubiler : j’y trouve à chaque fois l’occasion de reprendre ma vie à ses débuts. Je ne cherche pas la perfection .Cela me semblerait aussi intelligent que de rechercher la mort. Je cherche la justesse- un équilibre précaire entre ma vie toujours trop vieille et la vie naissante première venue. Mourir, renaître, mourir, renaître : voilà tout ce que je sais faire, un jeu et un travail, un passe temps.

 

(...) Ce qu'en cette fin de jour j'appelle" Dieu" est ce qui en chacun de nous est le plus préservé, une simplicité dormante, commune à tous, bien en deçà de nos bavardages du genre : "J'y crois, j'y crois pas."

Christian Bobin, « Autoportrait au radiateur »

 

 

 

Voir les commentaires