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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Remarques pratiques sur la prière (4)

10 Février 2012, 04:07am

Publié par Father Greg

 

 

 

photo smileListe des sept points pouvant servir de base à une vie spirituelle :

 

1. L'intuition et le tourment de ce que doit être, ou devrait être, le don total à Dieu. Je dis l'intuition ou le tourment, pour préciser que ce don peut être fait ou pas fait, ou en train de se faire ou en train de se fuir. Ce qui compte, c'est l'acceptation loyale, radicale et intrépide d'une lucidité aussi grande que possible à ce sujet. Reconnaître que c'est la grande affaire de la vie, et que tout le reste est secondaire ou littérature. Accepter d'être tourmentés par cet appel toute notre vie.

 

2. Corollairement, un souci absolu de vérité : ne pas se faire un visage, ne pas se présenter meilleur qu'on n'est, ni essayer de se persuader ou de persuader les autres que ce qui n'est pas fait est fait.

 

3. Corollairement, dans les relations avec le prochain, un effort de loyauté absolue et de miséricorde absolue : il est impossible d'être vrai si l'on ne se sait pas pardonné. Le Confiteor réciproque doit être la grande charte de nos relations et de nos dialogues.

 

4. Le désir d'une formation doctrinale, chacun selon ses capacités, mais avec l'amour de cette dimension contemplative si violemment rejetée ou méprisée par de nombreux chrétiens. Ceci est une note propre de la famille dominicaine.

 

5. Le désir d'apprendre à prier (J'aurais pu aussi bien mettre ce paragraphe en tête : il est en vérité inclassable).

 

 

6. Le désir efficace de communier le plus souvent possible.

 

7. Je n'ose rien dire, pour le moment, de la Sainte-Vierge et de Thérèse de l'Enfant-Jésus, sauf cette donné négative : ne pas s'en désintéresser catégoriquement et systématiquement. Rester ouvert à cette dimension de la vie chrétienne au moins par un acte de foi.

 

 

 

                                             Lettre du Père Molinié à ses amis

                                                          La douceur de n’être rien (Ed. Pierre Téqui)

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Remarques pratiques sur la prière (3)

9 Février 2012, 04:03am

Publié par Father Greg

 

 

Georges-de-la-TourEst-ce à dire que la voie de la prière soit interdite à ceux qui n'ont pas su encore se donner totalement dans l'élan qui anime une vocation religieuse ? Ce serait doublement faux :

 

1. Parce que le domaine de nos intentions profondes est inconscient, et que nul ne peut jamais savoir « s'il est digne d’amour ou de haine » ;

 

2. Parce que la prière est offerte aux pires pécheurs comme une ressource universelle à laquelle tous sont invités. On ne peut pas communier sans intention droite et l’espoir fondé d'être en amitié avec Dieu, mais pour prier il n’est même pas nécessaire d'avoir la foi.

 

Alors ? Alors il faut en revenir au premier des sept points. Nous ne pouvons pas savoir à quelle profondeur se situe notre désir de Dieu, ni dans quelle mesure nous voulons sincèrement tout donner, mais nous pouvons toujours prendre ce don total et profond comme le bien essentiel que nous demandons dans la prière. Faute de savoir si nous avons tout donné, même avec l’impression que c'est loin d’être fait, plus encore peut-être avec l’impression (assez dangereuse) que c'est déjà fait, nous pouvons le demander, et le demander sans cesse... ou demander de le demander sans cesse : demander que la prière nous envahisse comme un raz-de-marée.

 

L'essentiel dans cette affaire est la persévérance, seul fruit visible à peu près infaillible de la profondeur de nos désirs. C'est pourquoi les théologiens notent la persévérance comme une des qualités essentielles de la prière toujours exaucée. Les autres qualités reviennent en somme à demander cet envahissement par la prière perpétuelle.

 

Nous ne pouvons pas savoir ce que vaut le fond de notre cœur, mais nous pouvons savoir assez clairement ce que signifie la persévérance pour nous efforcer de la pratiquer et vérifier que nous le faisons. La persévérance ne consiste pas à ignorer les défaillances ni même les périodes d'infidélité, bien qu'elle ait évidemment tendance à leur résister. La persévérance consiste essentiellement à reprendre inlassablement la route quoi qu'il arrive, après tout orage ou toute période de nonchalance. C'est la patience de l'araignée qui recommence indéfiniment sa toile à chaque fois qu'elle la voit détruite. C'est une ténacité secrète, intime et souple, aux antipodes de l'entêtement, de la raideur ou de l'enthousiasme. C'est une vertu foncièrement humble, et réciproquement l'humilité est foncièrement persévérante, elle ne se décourage jamais. C'est toujours l'orgueil qui se décourage, et lui seul.

 

Mais que faire si l'on se sent orgueilleux? Reconnaître qu'il y a deux hommes en nous, et libérer par la prière l'enfant de Dieu qui est humble. Dès qu'un orgueilleux commence à prier avec droiture, et surtout s'il demande l'humilité, il a déjà cessé d'être orgueilleux. Qu'il persévère dans cet effort, et la partie sera infailliblement gagnée. Mais que justement le retour plus ou moins fréquent de ses accès d'orgueil ne le décourage pas : cette ténacité dans l’espérance sera le plus puissant et le plus efficace de ses actes d'humilité.

 

Ce que je viens de dire de l'orgueil peut se dire à plus forte raison de tous les obstacles moins graves, de toutes les passions et de toutes les trahisons qui nous détournent inlassablement de la prière. Si le retour à la prière est inlassable lui aussi, la victoire lui est promise.

 

Je n'en dirai pas davantage pour cette fois-ci, les bases que je vous offre ici étant à mes yeux le plus important. Avant de savoir comment prier, il importe bien plus de savoir comment « ne jamais se lasser », ne jamais se décourager. Tous les conseils que je pourrai vous donner, et tous ceux que vous offre l'Église, ne vous délivreront pas de l’impression de ne pas savoir prier. Bien au contraire cette impression augmente avec la profondeur même de la prière, et Saint Paul reconnaît le premier que nous ne savons ni comment prier ni même ce qu'il faut demander. Il ne s'agit donc pas de chercher à sortir d'une telle impression, ce qui serait se mettre à la recherche d'un état de satisfaction particulièrement dangereux et proche du pharisaïsme. Il s'agit au contraire de découvrir progressivement ce que Dieu nous demande, avec une telle acuité qu'on ne s’inquiète même plus de savoir si l'on prie bien ou mal, emporté par le désir que la prière envahisse tout : non pas notre prière, mais cette réalité qui vient de Dieu et qui est la prière de Dieu en nous, le gémissement inénarrable de l'Esprit-Saint...

 

                                                             Lettre du Père Molinié à ses amis

                                                             La douceur de n'être rien (Ed. Pierre Téqui)

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Remarques pratiques sur la prière (2)

8 Février 2012, 04:57am

Publié par Father Greg

images-1.jpg3. À l'inverse de l'oraison, qui par définition implique une certaine durée et un effort pour persévérer dans cette durée, l'élan vers Dieu est essentiellement instantané. Il se traduira volontiers par ce que les auteurs spirituels des siècles passés appelaient l'oraison jaculatoire.

 

Ce mouvement intérieur, que je répugne à nommer un exercice mais qui peut impliquer néanmoins qu'on s'exerce à le faire souvent, est au moins aussi important que la pratique de l'oraison. Il offre sur celle-ci l'avantage de ne réclamer aucun loisir, aucune abstraction des travaux de ce monde, et même aucune disposition intérieure favorable au recueillement. Au contraire, ce seront souvent les états de conscience les plus « chahutés », les plus obsessifs, les plus douloureux, qui se traduiront le plus facilement aussi par des appels au secours et des gémissements vers le Sauveur (la Sainte-Vierge, les Anges gardiens... enfin tous ces gens-là).

 

4. Il existe une dernière forme de prière, la plus précieuse et la plus profonde de toutes, vers laquelle toutes les autres doivent tendre à nous acheminer. C'est la prière permanente et plus ou moins consciente de ceux qui sont habités par Dieu avec suffisamment de force pour ne jamais pouvoir échapper totalement à son emprise, même psychologiquement. Cette forme de prière est essentiellement un don de Dieu, mais c'est à force de persévérer dans les trois autres que l'on obtient de la recevoir.

 

Quiconque se met à prier doit être animé par le désir de recevoir un tel don, c'est-à-dire le désir de prier rigoureusement tout le temps et sans se lasser, comme dit l'Évangile. Sur ce point il n'est pas possible de transiger: c'est le caractère tout à fait absolu de notre désir, et lui seul, qui nous autorise et nous oblige à ne jamais nous décourager du médiocre succès de nos efforts, en particulier lorsque nous sommes obsédés par quelque tentation ou emportés par quelque tourbillon plus ou moins durable qui rend le recueillement impossible.

 

Les indications que je vous offre en ce moment concernent donc au moins autant le premier point des sept (tourment du don total à Dieu) que le cinquième (la prière). La véritable raison de nos échecs dans le domaine de la prière, c'est le manque d'absolu dans notre désir de Dieu et dans notre don à Dieu. Ou plutôt c'est la raison pour laquelle nous appelons échec ce qui ne mérite pas d'être appelé ainsi, et voilons notre regard devant le véritable échec de notre vie de prière.

 

Je m'explique. Le combat que constitue notre recherche ou notre fuite de Dieu se situe au plan tout à fait intime et invisible de l'intention qui anime notre cœur. Ceux qui ont vraiment le désir de se donner à Dieu gémissent longtemps de ne pas y parvenir - et de fait ils n'y parviennent pas, mais ils ne gémiraient pas s'ils n'avaient pas le désir profond et lancinant de tout donner, c'est-à-dire l'intention efficace qui décide en fin de compte de toute notre vie, qui fait de nous des fils et des amis de Dieu, non des étrangers et des mercenaires.

 

Ceux qui ont ainsi tout donné parce qu'ils ont soif, et qui ont soif parce qu'ils ont tout donné (au plan de l'intention), ont facilement l'impression désespérante d'échouer dans leur effort de prière et de recueillement, précisément parce qu'au fond d'eux-mêmes ils voudraient que ce recueillement soit perpétuel, absolu, dévorant et définitif comme un engloutissement dans l'Océan : ce qui n'est évidemment pas pour cette terre. Pour eux, cet « échec » n'est même plus un échec, c'est un exil sans nom, une détresse parfois apaisée (mais fugitivement), une soif dévorante et en même temps une espérance irrépressible qui anime leur joie.

 

Au contraire, ceux qui veulent faire « sa place » à la prière, une place honnête, une place sérieuse, une place d'honneur, sans désirer vraiment (consciemment ou inconsciemment) que cette prière envahisse tout, balaie tout et les emporte finalement vers le désir de se dissoudre dans la mort pour être avec le Christ, et qui essaient avec cela de réussir à prier... ne peuvent réussir, ni d'ailleurs échouer, qu'à un niveau tout à fait superficiel beaucoup moins important qu'ils ne le croient. Leur véritable échec est ailleurs, au niveau intime où ils ne comprennent pas ce que veut dire prier selon l'esprit de l'Évangile, qui est rigoureusement totalitaire.

 

                                                                        Lettre du Père Molinié à ses amis

                                                                        La douceur de n'être rien (Ed Pierre Téqui)

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Remarques pratiques sur la prière (1)

7 Février 2012, 04:44am

Publié par Father Greg

 

images (17)On peut distinguer quatre formes de prière :

 

1. Les prières vocales ou liturgiques auxquelles vous pouvez participer en public ou que vous prononcez en privé (par exemple à la messe - il ne faut d'ailleurs pas confondre ces prières avec la notion d'assistance à la messe, laquelle comporte la récitation des prières communes, mais aussi et surtout autre chose dont je ne parle pas pour le moment car ce n'est pas dans mon sujet). Je ne distingue pas ici (J'y insiste) entre prière publique et privée : il suffit que la prière soit vocale et comporte un aspect de  récitation pour appartenir à cette première catégorie.

 

2. L'exercice de la méditation ou de l'oraison. Cet exercice implique essentiellement que pendant un certain temps (je reviendrai sur la durée souhaitable de ce temps) on s'abstienne de toute autre activité que celle du recueillement et de la mise en présence de Dieu. La lecture de l’Evangile ou certains textes spirituels, certaines prières vocales ou ce qu’on appelle la méditation proprement dite peuvent intervenir au cours de ce temps de recueillement, mais à condition d’être utilisées de façon absolument libre  au service de la mise. Autrement dit, il ne faut pas que ce temps dégénère en lecture, récitation ou méditation théologique. Son essence est d'un autre ordre, et les moyens utilisés pour parvenir à la mise en présence de Dieu doivent rester des moyens. Ils ne doivent donc occuper normalement qu'une partie limitée de ce temps dit d'oraison.

 

L'oraison peut très bien se faire pendant la messe ou tout autre office liturgique, dans la mesure où cet office et la participation qu'il requiert favorise subjectivement, en fait, le recueillement de la personne qui désire faire oraison. Il peut arriver au contraire que l'office en question ne favorise pas le recueillement, au contraire : dans ce cas, il faut évidemment sacrifier l'oraison à la participation que l'Église nous demande. Il faut seulement être honnête et ne pas prétendre faire oraison pendant ce temps-là.

 

L'influence favorable ou défavorable d'un office ou d'un exercice public sur le recueillement intérieur dépend essentiellement des dispositions et des appels de chacun. Il n'y a pas de loi universelle dans ce domaine, quoi que certains aient pu prétendre. On peut seulement soupçonner que le recueillement est d'autant plus facile à obtenir que la participation demandée au fidèle, au religieux ou au prêtre est moins active, corporellement et imaginativement parlant. Mais cela même n'est pas une loi absolue (pour ma part, je préfère par exemple concélébrer en second que de présider une concélébration ou de célébrer seul : c'est là une disposition personnelle qui n'est pas forcément celle de tout le monde).

 

Dans le cas où on fait oraison pendant une cérémonie liturgique, il faut évidemment je le répète faire et dire tout ce que l'Église nous demande, mais il n'est pas du tout obligatoire d'être attentif au sens des paroles qu'on prononce : il suffit d'être en présence de Dieu et de faire matériellement ce qu'on doit faire.

 

Chacun doit donc décider honnêtement si sa participation à un office a oui ou non valeur d'oraison. Je ne détermine pas encore dans quelle mesure et combien de temps il convient de faire oraison. Mais il faut d'abord être assez honnête pour appeler un chat un chat : si on croit que le Seigneur nous demande l'effort de l’oraison, il ne faut pas s'imaginer l'avoir accompli du simple fait qu'on assiste à un office, à moins qu'on n'ait réellement vérifié que cet office facilite le recueillement caractéristique de l'oraison.

 

  Lettre du Père Molinié à ses amis, La douceur de n'être rien (Ed Pierre Téqui)

 

 

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La Création est l’œuvre d’un Dieu vraiment Père

6 Février 2012, 04:26am

Publié par Father Greg

 

 

rembrandtvanrijn the dream of st josephUn père, s'il est digne de ce nom, sait très bien qu'il y a, dans la conscience de ses enfants, un domaine inviolable. Il sait qu'il n'a pas le droit de recourir à leur dépendance matérielle vis-à-vis de lui pour les contraindre à penser comme lui et à vouloir ce qu'il veut. Il sait que, pour former les consciences de ses enfants au respect d'elles-mêmes, il doit être le premier à les respecter et il va annuler en quelque sorte leur dépendance à son égard, il va annuler tous ses bienfaits dans l'ordre matériel par la délicatesse de son amour. Il veut ainsi les saisir à ce niveau d'égalité où une conscience est confrontée avec une autre conscience.

 

Dieu, comme le meilleur des pères, veut « annuler » tout ce que nous Lui devons du fait que nous sommes créés par Lui (1), tout ce que nous devons à la Création qu'il opère en nous donnant l'être, car cela n'est que la condition d'un rapport nuptial entre Lui et nous, un rapport de pur amour, en sorte qu'il ne voudra jamais faire interférer sa puissance créatrice à l'intérieur de ce rapport qui veut être entièrement libre.

 

Pour un père digne de ce nom rien ne compte davantage, quand il s'agit de son enfant, que cette éclosion d'une personne et cette maturation d'une conscience, car c'est le sens même de la paternité de susciter une personnalité inviolable qui découvre au fond d'elle-même le Dieu Vivant comme le fondement de sa dignité.

 

(1). C'est comme si Dieu voulait, pour que nous soyons avec lui en relation d'égalité, faire que nous soyons comme n'ayant pas été créés, lui-même ne l'étant pas. Le plus grand amour, quand il est véritable, ne peut que vouloir faire de celui ou de celle qu'il aime son parfait égal.       

 

Maurice Zundel 1972

 

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La Création n'est pas ce qu'elle devrait être

5 Février 2012, 04:14am

Publié par Father Greg

triptyque.jpgII faut bien nous dire que la Création n'est pas ce qu'elle devrait être, elle n'est pas telle que Dieu la veut, elle n'est ce que Dieu veut qu'en espérance (Rm8, 20s.).

 

Il n'est donc pas prudent de partir de la Création telle qu'elle est comme base d'une démonstration de l'existence et de la perfection de Dieu !

 

Dieu n'est pas le Créateur de ce monde dans lequel nous vivons. Dieu n'est pas le Créateur de ce monde de larmes et de sang, de ce monde où la mort est la condition de la vie !

 

Dieu est innocent, Dieu n'est pour rien dans la mort, II n'est pour rien dans la souffrance.

 

Dieu n'est pour rien dans le mal. et Son Cri d'innocence va retentir à travers toute l'Écriture Sainte jusqu'au grand cri de l'Agonie de Jésus : « Père, si c'est possible, que ce calice s'éloigne de moi ! », Jusqu'au grand cri, le dernier, celui que Jésus pousse sur la Croix juste avant de mourir : « Mon Dieu, pourquoi m 'as-Tu abandonné ? »

 

Maurice Zendel 1964

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Nos enfants ne souffrent pas assez...

4 Février 2012, 03:03am

Publié par Father Greg

 

 

fat-american.jpgSelon Diane Drory, psychologue et psychanalyste, les enfants souffrent d'une terrible solitude, alors que l'on fait tout pour eux. À force de penser et d'agir à la place des enfants, l'adulte les confronte à un surplus d'offres qui n'est pas bénéfique pour eux. Dans Au secours ! Je manque de manque ! (De Boeck, 15 euros), l'ancienne présidente de la Fédération belge des psychologues, spécialiste de la petite enfance, dénonce l'effacement du "connais-toi toi-même" au profit du "deviens toi-même".

 

Le Point.fr : Comment peut-on "manquer de manque" ?

Diane Drory : Le "manque de manque", c'est un "trop-plein". Pour les enfants - comme pour les adultes, d'ailleurs -, le manque est nécessaire pour relancer le désir. Il faut dissocier le "besoin" (comme manger par exemple), qui donne du bien-être, du "plaisir", qui ne peut surgir que s'il nous manque quelque chose. Il est indispensable de prendre le temps d'espérer ce que l'on souhaite. Imaginons un enfant qui demande une petite voiture : le jouet ne lui procure aucun bien-être. Si on satisfait à sa demande immédiatement, il n'aura pas eu le temps d'avoir un projet, d'imaginer pourquoi il en a envie, de l'espérer. D'ailleurs, souvent, si on lui donne tout de suite, il laissera le jouet de côté après deux petites minutes.


N'est-ce pas un peu sadique de ne pas satisfaire tout de suite un désir qui est facilement réalisable ?

Pas du tout ! Au contraire, cela va permettre de discuter avec l'enfant, de vérifier avec lui qu'il s'agit d'une réelle envie, de définir ensemble à quelle occasion on pourrait lui offrir ce jouet... Un peu comme un adulte qui réfléchirait bien avant de s'offrir un vêtement. Si tous ses désirs sont satisfaits tout de suite, l'enfant n'acquiert pas le sens d'un projet pour sa propre vie. Il faut l'amener à construire un cheminement de réflexion. C'est l'un des gros problèmes de notre société : on n'aide plus les enfants à penser. Non seulement on leur donne tout, mais on fait également tout à leur place. Lorsqu'un enfant a perché son ballon dans un arbre, plutôt que de l'inciter à réfléchir à la manière dont il pourrait le récupérer, le parent va se lever dans l'instant pour aller chercher le jouet. 


Ne faut-il pas l'aider ?

On vit avec le faux idéal que l'enfant doit toujours être heureux pour que l'on soit un bon parent. Mais le mieux est l'ennemi du bien : en réalité, on leur coupe les bras et les jambes. Les enfants en souffrent beaucoup : pléthore d'enfants se sentent nuls, usent à répétition des expressions "bof", "j'sais pas". Certains disent même avoir envie de mourir ! En réalité, ils ont la culture "jeu vidéo" : ils veulent une "autre vie", où ils prendraient des risques.

Est-ce un phénomène nouveau ?

Il y a en effet eu une évolution du rapport parent-enfant, surtout depuis Mai 1968. Avant, les parents avaient tout pouvoir de décision sur la trajectoire de vie de l'enfant. Désormais, on considère que l'enfant détient toute la vérité sur lui-même, et on lui demande son avis pour tout. Il ne doit pourtant pas avoir son mot à dire sur tout ! On a assisté à une passation d'autoritarisme d'une génération à l'autre. Même si l'enfant peut choisir un vêtement ou comment il organise sa chambre par exemple, les parents doivent faire respecter les règles qu'ils ont fixées, sans demander leur avis aux petits.

Comment en est-on arrivé là ?

Aujourd'hui, rien n'est moins sûr que le lien du couple, alors on s'accroche d'autant plus à l'enfant qu'il existe avec lui - et avec lui seul ! - un lien indissoluble. C'est pour cela qu'il faut qu'il n'arrive rien à l'enfant, qu'il ne coure aucun risque. Combien de parents disent à leur progéniture : "Tu peux aller jouer dans le jardin, mais reste bien là où je te vois !", alors que le plaisir est justement derrière le bosquet, là où ils seront seuls ! Les enfants n'ont plus d'expérience sensorielle.

Comment les parents doivent-ils donc se comporter avec leurs enfants ?

Il faut dire "non" à un enfant, qu'il puisse désirer, faire des bêtises d'enfants pour expérimenter la vie et savoir ce qui se fait ou pas. La société actuelle prône le "j'ai de bons parents quand j'ai tout ce que je veux, quand je veux", mais il faut entrer en résistance active contre cela ! Aujourd'hui, on donne tout, tout de suite, de manière à éviter le conflit. Mais le conflit n'est pas le "non-amour" ! Dans l'opposition, on se rencontre vraiment : le face-à-face permet l'explication, la discussion, la rencontre. On leurre les enfants sur la réalité du quotidien : dans la vie, on n'est pas tout le temps heureux, on n'a pas toujours ce que l'on veut, on a le droit à l'échec et à l'erreur. Les enfants souffrent d'une terrible solitude, alors que l'on fait tout pour eux. On les responsabilise trop tôt, en considérant qu'ils savent ce qui est bon pour eux. On leur demande d'être parfaits : quelle pression !

Par Louise Cueno, publié sur Le point.fr

 

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Note conjointe sur Monsieur Descartes et la philosophie cartésienne

3 Février 2012, 04:57am

Publié par Father Greg

 

 

philosophe.jpgIl y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C'est d'avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme même perverse. C'est d'avoir une âme habituée. On a vu les jeux incroyables de la grâce et les grâces incroyables de la grâce pénétrer une mauvaise âme et même une âme perverse et on a vu sauver ce qui paraissait perdu. Mais on n’a pas vu mouiller ce qui était verni, on n’a pas vu traverser ce qui était imperméable, on a pas vu tremper ce qui était habitué…

 

…Le pire, c’est d’avoir une âme endurcie par l’habitude. Sur une âme habituée, la grâce ne peut rien. Elle glisse sur elle comme l’eau sur un tissu huileux…Les « honnêtes gens » ne mouillent pas à la grâce.

            C’est que précisément les plus honnêtes gens, ou simplement les honnêtes gens, ou enfin ceux qu’on nomme tels, et qui aiment à se nommer tels, n’ont point de défaut eux-mêmes dans l’armure. Ils ne sont pas blessés. Leur peau morale constamment intacte leur fait un cuir et une cuirasse sans faute. Ils ne présentent pas cette ouverture qui fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal joint, une mortelle inquiétude, une invisible arrière pensée, une amertume secrète, un effondrement  perpétuellement masqué, une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent point cette entrée à la grâce qu’est essentiellement le péché.

 

Parce qu’ils ne sont pas blessés, ils ne sont pas vulnérables. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte rien. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charité même de Dieu ne panse point celui qui n'a pas de plaies. C'est parce qu'un homme était par terre que le Samaritain le ramassa. C'est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l'essuya d'un mouchoir. Or celui qui n'est pas tombé ne sera jamais ramassé ; et celui qui n'est pas sale ne sera pas essuyé.

 

                                                           Charles Péguy

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c'est "hyper sympa...."

2 Février 2012, 03:06am

Publié par Father Greg

 

 

Portrait_Of_A_Man.jpgAu cours d’une promenade en forêt, M. Lepage m’entretint encore des mots et particulièrement des adjectifs dont le sens se relâchait tellement, disait-il, que les plus usuels seraient bientôt tous des synonymes. L’étaient déjà selon lui, la plupart de ceux qui nous servent, dans la conversation, à exprimer la valeur esthétique d’un objet. Ainsi des adjectifs : beau, joli, superbe, formidable, magnifique, épatant, étonnant, inouï, extraordinaire, etc…, sans compter les néologismes argotiques qu’affectionnent les bourgeois.

            « Quand vous voulez vous extasier sur un poème ou sur un tableau, vous pouvez employer indifféremment l’un quelconque de ces adjectifs. Et si vous le faites précéder de la particule très ou d’un adverbe, le résultat cherché est le même. Vous le savez comme moi, le superlatif absolu ne signifie plus rien. Si vous venez de voir un chef d’œuvre ou un ivrogne en train  de vomir dans le ruisseau, dites : joli ou tout à fait joli, ou quelle que soit l’expression employée, vous êtes sûr de vous faire entendre de vos interlocuteurs. Faire entendre quoi ? Direz-vous. Pas grand-chose. Il s’agit d’une vague émotion, la même pour le chef-d’œuvre que pour l’homme soûl, une émotion qu’un vocabulaire dégénéré et omnibus vous empêche de vous préciser à vous-même. Ces obscurs remuements dont on ne sait s’ils sont de la chair ou de l’esprit, nos élites bourgeoises n’en sont du reste pas peu fières, et il leur semblerait perdre beaucoup si elles y voyaient un peu clair. C’est justement pour que subsiste cette incertitude brumeuse, cette ignorance de soi-même, devenue un besoin et un opium, que tant de mots ont fini par perdre leur substance, tant d’adjectifs se gonfler de vent. Il importe avant tout de défendre et de perfectionner les habitudes de paresse d’esprit et les commodités de tout confondre, qui sont le résultat d’un siècle et demi de romantisme. Ce n’est pas en vain qu’une rhétorique vague et magnifique a célébré si longtemps, avec un égal enthousiasme, la beauté, la laideur, le chaotique, le bizarre, le monstrueux, pas en vain non plus que tant de poètes se sont défendus de contrôler leur inspiration. A présent, les gens distingués qui hantent les vernissages et font les réputations littéraires et artistiques auraient honte de justifier leur préférences par des raisons et ils en sont du reste incapables la plupart du temps. Leur choix s’élabore dans une région de la sensibilité où l’intelligence n’a pas accès. Les impressions qui leur tiennent lieu de jugements sont si personnelles, si secrètes à eux-mêmes, et pour tout dire si incommunicables qu’elles n’ont pas besoin, pour s’exprimer, des ressources du langage. Au lieu de prononcer les mots formidables, inouïs et autres consacrés, l’amateur de peinture pourrait se contenter de pousser un rugissement. Ce serait encore suffisant pour traduire ce qu’il éprouve d’indéfinissable, d’impossible à situer et qui n’a à mes yeux pas plus d’importance, s’il n’apporte rien à l’esprit, qu’une démangeaison au doigt de pied. A force d’être personnelles, de telles impressions finissent d’ailleurs par devenir parfaitement impersonnelles. Du moment où tout le monde les traduit par les mêmes qualificatifs, on n’est pas fondé à croire qu’elles diffèrent d’un individu à l’autre. En fait notre bourgeoisie si cultivée se montre peu curieuse de comprendre et ne se soucie que de sentir. »

Marcel Aymé, Le Confort intellectuel.

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Une méta-tentation

1 Février 2012, 04:09am

Publié par Father Greg

 

 

 

dragons_william_blake.1273605472.thumbnail.jpgUne méta-tentation

J’en viens maintenant à une autre question fondamentale: pourquoi, dans l’étape actuelle de la mission de l’Église, une concentration particulière sur l’homme est-elle nécessaire? J’ai développé cela dans l’encyclique “Redemptor Hominis”, en essayant de mettre en évidence le fait que cet accent anthropologique a une racine christologique profonde et forte.

Les causes en sont diverses. Il y a des causes visibles et perceptibles, selon les variations multiples qui dépendent par exemple du milieu, du pays, de la nation, de l’histoire, de la culture. Il existe donc certainement un ensemble spécifique de causes qui sont caractéristiques de la réalité “française” de l’Église dans le monde de ce temps. Vous êtes les mieux placés pour les connaître et les comprendre. Si je me permets d’aborder ce sujet, je le fais avec la conviction que le problème - vu l’état actuel de la civilisation d’une part, et les menaces qui pèsent sur l’humanité d’autre part - a une dimension à la fois fondamentale et universelle. Dans cette dimension universelle et en même temps locale, l’Église doit par conséquent affronter la problématique commune de l’homme comme une partie intégrante de sa mission évangélique.

Non seulement le message évangélique est adressé à l’homme, mais c’est un grand message messianique sur l’homme: c’est la révélation à l’homme de la vérité totale sur lui-même et sur sa vocation dans le Christ.

En annonçant ce message, nous sommes au centre de la réalisation de Vatican II. Et la mise en œuvre de ce message nous est d’ailleurs imposée par l’ensemble de la situation de l’homme dans le monde contemporain. Je ne voudrais pas répéter ce qui a déjà été dit dans “Gaudium et Spes” et dans “Redemptor Hominis”, auxquels il faut toujours se reporter. Toutefois, il n’est peut-être pas exagéré de dire, en ce lieu et dans ce cadre, que nous vivons une étape de tentation particulière pour l’homme.

Nous connaissons différentes étapes de cette tentation, à commencer par la première, au chapitre trois de la Genèse, jusqu’aux tentations si significatives auxquelles a été soumis le Christ lui-même: elles sont comme une synthèse de toutes les tentations nées de la triple concupiscence. La tentation actuelle cependant va plus loin (on pourrait presque dire que c’est une “méta-tentation”); elle va “au-delà” de tout ce qui, au cours de l’histoire, a constitué le thème de la tentation de l’homme, et elle manifeste en même temps, pourrait-on dire, le fond même de toute tentation. L’homme contemporain est soumis à la tentation du refus de Dieu au nom de sa propre humanité.

C’est une tentation particulièrement profonde et particulièrement menaçante du point de vue anthropologique, si l’on considère que l’homme n’a lui-même un sens que comme image et ressemblance de Dieu.

 

Bx Jean Paul II, Discours aux évêques de France, Paris, 1er juin 1980, n° 3

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Intouchables ??

31 Janvier 2012, 08:26am

Publié par Father Greg

 

 

intouchables-bo.jpgGrand moment de télé, mardi passé à Ce soir (ou jamais !) : les invités de Taddeï revenaient sur le triomphe d’Intouchables. En deux mois et demi d’exploitation, le film d’Éric Toledano et Olivier Nakache tutoie les vingt millions de spectateurs. Mieux : la critique est unanimement élogieuse, du Figaro au Monde en passant par Libé. (…)



Sur le plateau de Taddeï, on est plus partagé. D’emblée, André Comte-Sponville est excusé : le philosophe ne sort pas, même à 17 heures, et encore moins pour aller au cinéma ! L’humoriste (?) Virginie Lemoine n’a pas vu l’œuvre non plus, mais elle s’enthousiasme de confiance pour cette histoire vraie, dont les deux protagonistes sont "juste admirables".



Le vrai comique, c’est Philippe Sollers, qui déclare d’un ton pénétré : "Ce film est absolument superbe de bout en bout ! J’ai été bluffé… Cela dit, je ne l’ai pas vu !"
Le plus sérieux, c’est Robert Ménard, qui, lui, a vu en famille cette comédie familiale et sait pourquoi il a aimé : "Une histoire vraie qui exalte les bons sentiments avec humour, c’est assez rare pour être salué !"



Est-ce donc tout ? Ce serait mal connaître ce diable de Taddeï, qui passe la parole en dernier à Philippe Nemo – philosophe comme Comte-Sponville, mais trop rare à la télé, lui. Et notre aimable prof aux yeux bleus de se lancer, devant un parterre sidéré, dans une philippique contre ce film "insupportable" qui, sous couvert de bons sentiments, serait en réalité une "déclaration de haine à la France". Ici, observe-t-il, "la bourgeoisie est constituée de gens ridicules et coincés, hypocrites et intéressés ; les petits Blancs sont moches, stupides et lâches ; quant aux flics, ils sont décrits comme des brutes et des benêts".



La sortie fait son effet, et c’est au milieu des protestations et des lazzis que Nemo poursuit sa "petite analyse", comme il dit : "Ce qui triomphe dans ce film, c’est la culture des banlieues : le shit guérit, et la justice s’établit à coups de poing ; le héros blanc et riche ne trouve grâce que parce qu’il est handicapé, et la jeune femme dont Driss tombe amoureux est homosexuelle !"



Face à cette crise de 'réactionarite' aiguë, sur le plateau on suffoque ou on s’esclaffe, selon l’humeur. Seul l’excellent Robert Ménard tente de nouer le dialogue comme toujours, malgré un complet désaccord. Quant à l’ami Taddeï, il jubile à juste titre ! N’a-t-il pas réussi son coup : décoiffer le téléspectateur en lui proposant, avec la charge du capitaine Nemo, la seule critique droitière d’Intouchables disponible sur le marché ? Heureusement pour ces deux-là qu’aucune loi ne punit encore les crimes contre l’unanimité.

Basile de KOCH, Journaliste, 20 janvier 2012 Paru dans Valeurs actuelles, 19 janvier 2012

 

 

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Chanter les merveilles de Dieu (3)

31 Janvier 2012, 04:13am

Publié par Father Greg

vincent-van-gogh-champs-de-bleChers frères et sœurs, ce Psaume nous enseigne que, dans notre prière, nous devons rester toujours ouverts à l’espérance et solides dans la foi en Dieu. Notre histoire, même si elle est souvent marquée par la douleur, par des incertitudes, par des moments de crise, est une histoire de salut et de « rétablissement du sort ». En Jésus, chaque exil finit et chaque larme est séchée, dans le mystère de sa Croix, de la mort transformée en vie, comme le grain de blé qui s’ouvre dans la terre et qui devient épi. Pour nous aussi cette découverte de Jésus Christ est la grande joie du « oui » de Dieu, du rétablissement de notre sort. Mais comme ceux qui – revenus de Babylone pleins de joie – ont trouvé une terre appauvrie, dévastée, ainsi que la difficulté des semailles et qui ont souffert en pleurant, ne sachant pas si réellement la récolte aurait eu lieu à la fin, nous aussi, après la grande découverte de Jésus Christ – notre vie, la vérité, le chemin – en entrant dans le terrain de la foi, dans la « terre de la foi », nous trouvons aussi souvent une vie sombre, dure, difficile, des semailles de larmes, mais dans l’assurance que la lumière du Christ nous donne, à la fin, réellement, la grande récolte. Et nous devons apprendre cela également lors des nuits sombres ; ne pas oublier que la lumière existe, que Dieu est déjà au milieu de notre vie et que nous pouvons semer avec la grande confiance que le « oui » de Dieu est plus fort que nous tous. Il est important de ne pas perdre ce souvenir de la présence de Dieu dans notre vie, cette joie profonde que Dieu est entré dans notre vie, en nous libérant : c’est la gratitude pour la découverte de Jésus Christ, qui est venu à nous. Et cette gratitude se transforme en espérance, elle est l’étoile de l’espérance qui nous donne la confiance, elle est la lumière, car précisément les douleurs des semailles sont le début d’une nouvelle vie, de la joie de Dieu grande et définitive.

 

                       Catéchèse de Benoît XVI Audience générale du 12 octobre 2011

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Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité !

30 Janvier 2012, 09:41am

Publié par Father Greg

 

 

 

 

Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! Il commande aux esprits mauvais et ils lui obéissent.

 

17 VALENTIN DE BOULOGNE MERCHANTS IN TEMPLEJésus enseigne avec autorité : il parle en victorieux ! C’est une rupture face aux scribes qui discutaillent ; C’est nouveau parce que c’est net, sans mélange. La réaction de l’esprit impur -dont les cris et son agitation disent les convulsions de la fin- manifeste l’efficacité de cette parole et combien cet enseignement c’est un don qui s’impose pour prendre toute la place : « Silence ! Sors de cet homme. »

 

Or, nous sommes dépositaires de cette lumière victorieuse, avec l’autorité même du Christ ! Et npis devons nous demander: ne sommes-nous pas devenus trop muets? Ne nous manque-t-il pas le courage de proclamer et de donner la lumière avec autorité, avec l'assurance de Celui qui libère effectivement de ces esprits impurs?

 Et nous devons nous demander : ne sommes-nous pas devenus trop muets ? Ne nous manque-t-il pas le courage de proclamer et de donner la lumière avec autorité, avec l’assurance de Celui qui libère effectivement de ces esprits impurs ?

 

L’esprit impur n’est-ce pas cette fausse tolérance qui veut que l’opinion soit la seule mesure, et qui ne veux pas trop dire ce don actuel de Dieu parce que « ce n’est pas sérieux » ? L’esprit impur c’est celui qui s’adapte pour ne plus avoir à lutter, qui ne veut plus se battre, mais qui veut qu’on lui foute la paix, celle des salons !

 

« Posséder une foi claire, est souvent défini comme du fondamentalisme. Tandis que le relativisme, c'est-à-dire se laisser entraîner "à tout vent de la doctrine", apparaît comme l'unique attitude à la hauteur de l'époque actuelle. On est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs. » Benoit XVI



La victoire, elle est là quand on laisse le cri de Jésus s’imposer pour nous !  Et en l’entendant, on le fait nous posséder et nous commander de le crier à notre monde ! En ces temps d’errements, de crise politiques et économique, ne faut-il pas parler en victorieux, avec l’autorité de Jésus ?!

 

Fr Grégoire.

 

 

 

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Chanter les merveilles de Dieu (2)

29 Janvier 2012, 03:11am

Publié par Father Greg

vincent-van-gogh-semeur-au-coucher-du-soleilChers frères et sœurs, dans notre prière nous devrions regarder plus souvent comment, dans les événements de notre vie, le Seigneur nous a protégés, guidés, aidés et le louer pour ce qu’il a fait et continue de faire pour nous. Nous devons être plus attentifs aux choses bonnes que le Seigneur nous donne. Nous sommes toujours attentifs aux problèmes, aux difficultés et c’est comme si nous ne voulions pas percevoir que des choses belles nous viennent du Seigneur. Cette attention, qui devient gratitude, est très importante pour nous et nous crée une mémoire du bien qui nous aide aussi dans les heures sombres. Dieu accomplit de grandes choses et qui en fait l’expérience – attentif à la bonté du Seigneur avec l’attention du cœur – est comblé de joie. C’est sur cet accent festif que se conclut la première partie du Psaume. Etre sauvés et rentrer dans sa patrie après l’exil est comme être retournés à la vie : la libération ouvre au rire, mais aussi à l’attente d’un accomplissement encore à souhaiter et à demander. C’est la seconde partie du Psaume qui dit ceci:

« Ramène, Seigneur, nos captifs, / comme les torrents au désert. / Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie: / il s’en va, il s’en va en pleurant, / il jette la semence; / il s’en vient, il s’en vient dans la joie, / il rapporte les gerbes » (vv. 4-6).

Si au début de sa prière, le Psalmiste célébrait la joie d’un sort désormais rétabli par le Seigneur, il le demande à présent en revanche comme quelque chose restant encore à réaliser. Si l’on applique ce Psaume au retour de l’exil, cette apparente contradiction s’expliquerait avec l’expérience historique, faite par Israël, d’un retour dans sa patrie difficile, seulement partiel, qui conduit l’orant à solliciter une nouvelle intervention divine pour accomplir pleinement la restauration du peuple.

Mais le Psaume va au-delà du fait purement historique pour s’ouvrir à des dimensions plus amples, de type théologique. L’expérience réconfortante de la libération de Babylone est cependant encore inachevée, « déjà » arrivée, mais « pas encore » marquée par la plénitude définitive.

Ainsi, alors que dans la joie elle célèbre le salut reçu, la prière s’ouvre à l’attente de la pleine réalisation. C’est pourquoi le Psaume utilise des images particulières, qui, avec leur complexité, renvoient à la réalité mystérieuse de la rédemption, dans laquelle se mêlent le don reçu et encore à attendre, la vie et la mort, la joie rêveuse et les larmes de peine. La première image fait référence aux torrents secs du désert du Neghev, qui lors des pluies se remplissent d’eau impétueuse qui redonne vie au terrain desséché et le fait refleurir. La requête du Psalmiste est donc que le rétablissement du sort du peuple et le retour de l’exil soient comme de l’eau, bouleversante et irréfrénable, et capable de transformer le désert en une immense étendue d’herbe verte et de fleurs.

La deuxième image se déplace des collines arides et rocheuses du Neghev aux champs que les agriculteurs cultivent pour en tirer de la nourriture. Pour parler de salut, on rappelle ici l’expérience qui se renouvelle chaque année dans le monde agricole : le moment difficile et fatigant des semailles et ensuite la joie immense de la récolte. Des semailles qui sont accompagnées de larmes, car l’on jette ce qui pourrait encore devenir du pain, en s’exposant à une attente pleine d’incertitude : l'agriculteur travaille, prépare le terrain, jette les semences, mais, comme l’illustre bien la parabole du semeur, il ne sait pas où cette semence tombera, si les oiseaux la mangeront, si elle prendra, si elle mettra racines, si elle deviendra un épi (cf. Mt 13, 3-9; Mc 4, 2-9; Lc 8, 4-8). Jeter la semence est un geste de confiance et d’espérance ; le travail de l’homme est nécessaire, mais ensuite il doit entrer dans une attente impuissante, en sachant bien que de nombreux facteurs seront déterminants pour la bonne issue de la récolte et que le risque d’un échec est toujours aux aguets. Et pourtant, année après année, l’agriculteur répète son geste et jette sa semence. Et lorsque celle-ci devient épi et que les champs se remplissent de blé, se manifeste la joie de celui qui se trouve devant un prodige extraordinaire. Jésus connaissait bien cette expérience et en parlait avec les siens : « Et il disait: "Il en est du Royaume de Dieu comme d'un homme qui aurait jeté du grain en terre, qu'il dorme et qu'il se lève, nuit et jour, la semence germe et pousse, il ne sait comment » (Mt 4, 26-27). C’est le mystère caché de la vie, ce sont les merveilleuses « grandes choses » du salut que le Seigneur opère dans l’histoire des hommes et dont les hommes ignorent le secret. L’intervention divine, quand elle se manifeste en plénitude, révèle une dimension impétueuse, comme les torrents du Neghev et comme le blé dans les champs, ce dernier évoquant également une disproportion typique des choses de Dieu : une disproportion entre la fatigue des semailles et l’immense joie de la récolte, entre l’inquiétude de l’attente et la vision rassérénante des greniers remplis, entre les petites semences jetées à terre et les grands tas des meules dorées par le soleil. Lors de la moisson, tout est transformé, les pleurs sont terminés, ils ont laissé place à l’exultation, à des cris de joie.

Le Psalmiste fait référence à tout cela pour parler du salut, de la libération, du rétablissement du destin, du retour de l’exil. La déportation à Babylone, comme toute autre situation de souffrance et de crise, avec son obscurité douloureuse faite de doutes et d’un éloignement apparent de Dieu, est en réalité, dit notre Psaume, comme des semailles. Dans le Mystère du Christ, à la lumière du Nouveau Testament, le message se fait encore plus explicite et clair : le croyant qui traverse cette obscurité est comme le grain de blé tombé en terre qui meurt, mais pour donner beaucoup de fruit (cf. Jn 12, 24) ; ou bien, en reprenant une autre image chère à Jésus, il est comme la femme qui souffre des douleurs de l’accouchement pour pouvoir parvenir à la joie d’avoir donné à la lumière une nouvelle vie (cf. Jn 16, 21).

 

                          Catéchèse de Benoît XVI Audience générale du 12 Octobre 2011

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Chanter les merveilles de Dieu (1)

28 Janvier 2012, 04:50am

Publié par Father Greg

papeChers frères et sœurs,

Dans les précédentes catéchèses, nous avons médité sur plusieurs Psaumes de lamentation et de confiance. Aujourd’hui, je voudrais réfléchir sur un Psaume aux accents festifs, une prière qui, dans la joie, chante les merveilles de Dieu. C’est le Psaume 126 – 125 selon la numérotation gréco-latine –, qui célèbre les grandes choses que le Seigneur a accompli pour son peuple et qu’il opère constamment dans chaque croyant.

 

Le Psalmiste, au nom de tout Israël, commence sa prière en rappelant l’expérience exaltante du salut :

« Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, / nous étions comme en rêve! / Alors notre bouche était pleine de rires, / nous poussions des cris de joie » (vv. 1-2a).

Le Psaume parle d’une libération des « captifs », qui sont donc rendus à leur état originel, à une positivité précédente. On part donc d’une situation de souffrance et de besoin à laquelle Dieu répond en offrant le salut et en ramenant l’orant à sa condition d’origine, qui est même enrichie et changée en mieux. C’est ce qu’il advient à Job, lorsque le Seigneur lui redonne ce qu’il avait perdu, en lui redoublant et en élargissant une bénédiction plus grande encore (cf. Jb 42, 10-13), et c’est ce dont fait l’expérience le peuple d’Israël en retournant dans sa patrie après l’exil babylonien. C’est justement en référence à la fin de la déportation en terre étrangère qu’est interprété ce Psaume : l’expression « ramener les captifs de Sion » est une lecture et une interprétation du texte « rétablir le sort de Sion ». En effet, le retour de l’exil est le paradigme de toute intervention divine de salut parce que la chute de Jérusalem et la déportation à Babylone ont été une expérience dévastatrice pour le peuple élu, non seulement sur le plan politique et social, mais aussi et surtout sur le plan religieux et spirituel. La perte de la terre, la fin de la monarchie davidique et la destruction du Temple apparaissent comme un démenti des promesses divines, et le peuple de l’alliance, dispersé parmi les païens, s’interroge douloureusement sur un Dieu qui semble l’avoir abandonné. C’est pourquoi la fin de la déportation et le retour dans la patrie sont vécus comme un merveilleux retour à la foi, à la confiance, à la communion avec le Seigneur ; c’est un « rétablissement du sort » qui implique aussi la conversion du cœur, le pardon, l’amitié retrouvée avec Dieu, la conscience de sa miséricorde et la possibilité renouvelée de le louer (cf. Je 29, 12-14; 30, 18-20; 33, 6-11; Ez 39, 25-29). Il s’agit d’une expérience de joie extraordinaire, de rires et de cris de joie, tellement belle qu’il semble être « comme en rêve ». Les interventions divines ont souvent des formes inattendues, qui vont au-delà de ce que l’homme peut imaginer ; voilà alors l’émerveillement et la joie qui s’expriment à travers la louange : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! ». C’est ce que disent les nations, c’est ce que proclame Israël :

« Alors on disait parmi les nations: / “Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur!” / Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous: / nous étions en grande fête! » (vv. 2b-3).

Dieu fait des merveilles dans l’histoire des hommes. En apportant le salut, il se révèle à tous comme le Seigneur puissant et miséricordieux, refuge contre l’oppression, qui n’oublie pas le cri des pauvres (cf. Ps 9, 10.13), qui aime la justice et le droit et dont l’amour comble la terre (cf. Ps 33, 5). C’est pourquoi, face à la libération du peuple d’Israël, toutes les nations reconnaissent les grandes choses extraordinaires que Dieu accomplit pour son peuple et elles célèbrent le Seigneur dans sa réalité de Sauveur. Et Israël fait écho à la proclamation des nations, et il la reprend en la répétant, mais à la première personne, comme le destinataire direct de l’action divine : « Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous » ; « pour nous », ou plus précisément encore, « avec nous », en hébreu ‘immanû, affirmant ainsi le rapport privilégié que le Seigneur entretient avec ses élus et qui trouvera dans le nom Emmanuel, « Dieu avec nous », par lequel est appelé Jésus, son sommet et sa pleine manifestation (cf. Mt 1, 23).


                                                         Catéchèse de Benoît XVI Audience Générale du 12 Octobre 2011


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La charité : un don de Dieu

27 Janvier 2012, 04:33am

Publié par Father Greg

ste Therese enfantLa charité est à la fois la voie, le terme, et le point de départ. La charité est tout cela parce qu’elle est un don de Dieu, une participation à l’Esprit Saint lui-même. C’est pour cela que quand on s’y donne pleinement, totalement on est porté par cette charité, qui, sur la terre est vécue dans le grand élan de l’espérance et dans la petitesse de la foi. Car sur la terre on ne voit rien ; mais le désir l’emporte, la soif l’emporte. Le cri de soif du Christ nous révèle que sur la terre, il faut toujours dépasser ce qui est fait, ce qui est réalisé. Donc d’une certaine manière il n’y a pas de repos, et en même temps il y a toujours un repos. Il n’y a pas de repos parce que rien ne nous satisfait, on ne peut jamais s’arrêter. Le désir que Dieu met en nous est un martyre, parce qu’il nous oblige à ne pas nous arrêter, à nous laisser toujours attirer par Jésus, à  désirer  être toujours plus attiré par Jésus crucifié : »quand je serai élevé de terre , j’attirerai tout à moi ». On comprend que Thérèse puisse, à l’oraison, « souffrir  un véritable martyre », car notre oraison consiste à vivre cette attraction du Père lui-même, comme Jésus nous le dit : »Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ».

« Enfin j’avais trouvé le repos »- mais ce n’est pas le repos au sens où nous l’entendons habituellement. Car c’est seulement en empruntant à Jésus son propre amour qu’elle trouvera le repos. Cela c’est la magnanimité divine de la petite Thérèse. La petite voie est bien la voie royale. Car être royal c’est être magnanime, ne s’arrêter à rien de partiel, « vouloir tout », « choisir tout ». C’est la voie. La charité, l’amour divin est tout et il est éternel, il réalise donc le passage de la terre au ciel : par l’amour nous vivons déjà au ciel.

Ce qui donne leur sens à tous nos actes, c’est l’amour, qui est capable de tout transformer puisque ce qui est la fin est alors présent à tout ce que nous faisons, sans rien supprimer car l’amour, en éliminant toute abstraction et en nous faisant vivre directement de la présence de Jésus, donne un réalisme à tout ce que nous faisons. Par la foi,  l’espérance et la charité, Jésus nous est totalement donné.

 

                       Père Marie Dominique Philippe « L’acte d’offrande »

 

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Utiliser ses fautes...

26 Janvier 2012, 04:34am

Publié par Father Greg

 

3341020993 a97869bf61Une faute, une faiblesse, un péché – graves ou non – peuvent parfois provoquer en nous d’obscurs sentiments : culpabilité, honte, tristesse, découragement… La bonne nouvelle est qu’aucune de ces attitudes n’est demandée par l’Évangile ! Nous nous laissons souvent entraîner dans bien des pièges, et des mensonges. L’art d’utiliser ses fautes est simple : comprendre que nos fautes et nos faiblesses, loin de nous éloigner de Dieu, peuvent nous en rapprocher. Bienheureuse et consolante vérité ! Laissons-nous convaincre, pour répandre à notre tour cette bonne nouvelle autour de nous.

 

Ne pas se décourager 

François de Sales commence par relever une question : pourquoi suis-je abattu et découragé après une faute ? Je peux ressentir de la lourdeur, de la culpabilité, de la honte, même me sentir comme paralysé, incapable de me relever. Rien à voir avec la Vie ! L’homme, suite à son péché, est-il tout de suite découragé ? Non, il y a une étape intermédiaire, souvent inaperçue à nos yeux : l’étonnement d’avoir pu commettre cette faute.

Il est provoqué par notre amour-propre. Même silencieux, il est toujours là, prêt à surgir au moment venu. St François le compare à un renard qui sait attendre et guetter sans se faire voir, et bondir tout à coup sur sa proie … la prenant par surprise. Il ouvre ensuite la porte à une stratégie du démon ; la fausse tristesse. S’inquiéter et se lamenter sont deux attitudes qui nous signalent la présence encore forte de l’amour-propre. « Si j’avais su … – Pourtant. – Comment ai-je pu … ?»; dans tout cela il n’y a rien d’intéressant pour Dieu. Non, il faut se relever, avec douceur, sans agitation, mais se relever. Après une faute, « dites à votre âme : Eh bien ! Nous avons fait un faux pas ; allons maintenant tout doucement, et prenons garde à nous. Et toutes les fois et aussi souvent que vous tomberez, faites-en de même. »

Apprenons à distinguer deux sortes de tristesse, selon ce qu’elles créent en nous comme dispositions. « La tristesse qui est selon Dieu produit la pénitence pour le salut ; la tristesse du monde produit la mort. » (2 Co 7, 10) Il y a deux bonnes conséquences à la tristesse : la miséricorde et la pénitence. Par contre, six sont mauvaises : angoisse, paresse, indignation, jalousie, envie et impatience. Peu importe que la faute soit grave ou légère, nous tombons souvent dans ces pièges. « Faut-il fuir le mal, il faut que ce soit paisiblement, sans nous troubler ; car autrement, en fuyant, nous pourrions tomber, et donner loisir à l’ennemi de nous tuer … Même la pénitence, il faut la faire paisiblement. »

Se connaître 

Combattre le mal n’est rien de moins qu’une guerre Commettre le péché, c’est comme perdre une bataille, c’est-à-dire un moment précis de cette guerre, mais il y a de multiples batailles dans une guerre … La victoire finale est déjà acquise ! St Jean Chrysostome affirmait « Ceux-là seuls ne sont jamais blessés qui ne combattent jamais. Ceux qui se lancent avec ardeur contre l’ennemi sont le plus souvent frappés. »

St François exhorte les croyants à relever sans cesse leur cœur en « s’humiliant beaucoup devant Dieu (…) sans vous étonner de votre chute, puisque ce n’est pas chose étonnante que l’infirmité soit infirme, et la faiblesse faible, et la misère chétive. » Cela nous permet peu à peu d’ancrer en nous le premier degré d’humilité : connaître notre faiblesse.

Après une faute qu’elle soit grande ou petite, le démon s’immisce en nous avec de nombreux arguments. Il veut déposer dans notre cœur deux dispositions : l’éloignement de Dieu par le péché, et la peur de Dieu par le découragement.

Le remède est simple : la confiance, toujours la confiance. « C’est par l’espérance que nous sommes sauvés. » (Rm 8, 24) Soyons-en convaincus : Dieu n’aime pas nos fautes, mais il nous aime malgré elles.

St François décompose pour nous ce processus bien humain. Le pécheur est tombé pour avoir méconnu sa faiblesse, et exagéré la miséricorde de Dieu. Après la chute, c’est l’inverse. On exagère alors sa faiblesse, ou on méconnaît la miséricorde de Dieu ; parfois les deux ! « Rien n’est jamais fait, il faut toujours recommencer et recommencer de bon cœur. » 

Joseph Rissot, Feu et Lumière, févr.2010

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Travail, art, personne (VIII)

25 Janvier 2012, 04:58am

Publié par Father Greg

L'art : une évasion ?

 

Music_1904.jpgMais on pourrait objecter : ce monde que le peintre, le musicien ou le poète se créent, n'est-il pas un monde imaginaire ? L'art n'est-il pas une sorte d'évasion, notre monde tel qu'il est étant trop rude, trop divisé par la jalousie et l'ambition ? L'artiste s'évade de ce monde plein de luttes, qui a une saveur de mort et de lutte implacable. Donc l'art, au lieu d'augmenter notre réalisme, n'est-il pas ce qui favorise un monde idéal, irréel ? Par le fait même, il conduit l'homme artiste à ne plus voir que son rêve, qui devient une sorte de refuge : au lieu de le fortifier, il l'éloigne du réel et le maintien dans un idéal purement Imaginatif.

 

Que ce danger existe, c'est évident. Mais ce n'est pas le danger possible qui doit nous cacher la réalité de notre vie humaine, vécue dans toutes ses dimensions. Le monde que l'artiste se crée est un monde plus réel pour lui, comme artiste, que le monde des petits drames et des grands drames, dans lequel l'homme vit et demeure si souvent ! L'homme, pour garder sa vraie personnalité, capable de dépasser toutes les petites histoires de celui qui est replié sur lui-même, n'a-t-il pas besoin de nourrir ce qui en lui est spirituel ? Le monde de l'artiste est précisément spirituel, il est au-delà de ce monde purement matérialiste. Il n'est donc pas purement imaginaire et irréel. Il existe pour l’homme spirituel artiste ; il existe pour l'homme spirituel, comme un monde qui lui permet de ne pas tomber dans le désespoir. Il existe comme un monde qui se réalisera un jour !

 

C'est en ce sens que l'art agrandit l'horizon de l’homme et transforme son individualité qui le replie souvent sur lui-même et le conduit facilement au désespoir. L'art, en développant ce qu'il y a de spirituel en l'homme, lui rappelle que ce spirituel est plus vrai pour l'homme que le matérialisme égoïste et limité. N'y a-t-il pas là un choix personnel à faire entre deux dangers ? L'individu absorbe la personne en la ramenant soi-disant au réel, en fait à l'économie de chaque jour. En revanche le travail, et surtout l'art, ennoblit l’individu et lui donne un élan personnel. Ce dernier choix réclame une grande force, car on est souvent seul ! Mais par là on rappelle aux hommes, très souvent éloignés de toute vérité spirituelle et religieuse, que l'homme est essentiellement un être spirituel. Si on rejette l'esprit en niant la dimension religieuse et l'aspect artistique, on ramène l'homme à un individu radicalement insatisfait et refoulé, capable seulement de revendications incessantes. On le condamne à l'insatisfaction radicale pour toute sa vie ! L'homme ne peut être un « super animal », un animal arrivé à son ultime degré d'évolution. Cela tue en l'homme ce qu'il y a de plus grand et de plus noble. L'art est là pour lui rappeler constamment cette dimension spirituelle.

 

 Fr MARIE-DOMINIQUE PHILIPPE,  Aletheia, Ecole St Jean.

 

 

1.  Maudit soit le sol à cause de toi ! Dans la peine tu t'en nourriras tous les jours de ta vie. Ce sont des épines et des chardons qu'il fera germer pour toi, et tu mangeras l'herbe des champs. C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain jusqu'à ton retour au sol, car de lui tu as «été pris ; car poussière tu es, et à la poussière tu retourneras » (Gn 3, 17-19).                                         .

2. En particulier la lettre encyclique Laboem exercens.

3. « Yahvé Dieu prit l’homme et l’installa dans le jardin d’Eden pour le cultiver garder » (Gn2,15).

4. « L'art, d'une part achève ce que la nature est impuissante à accomplir, d'autre part l'imite » (ARISTOTE, Physique, II, 8, 199 a 15-17).

5. On peut alors travailler pour sa gloire personnelle, mais aussi pour acquérir de l'argent.

6. Certes, il est évident que le travail peut très vite se développer d'une manière qui n'est plus humaine et qu'il peut alors contribuer à détruire l'homme. Mais comment le travail qui, en soi, est bon et capable d'aider l'homme, peut-il se dégrader à ce point qu'il puisse détruire l'homme qui est à sa source ? Il faudrait, pour le comprendre pleinement, regarder une autre modalité du travail : le travail intellectuel, philosophique, et scientifique.

7. « Notre art suit d'abord l'art naturel à son pouvoir, comme apprenti son maître, si que notre art est à Dieu comme petite-fille » (DANTE, Divine Comédie, Enfer, XI, 102-105).

8.Ps 150

 

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Marche pour la vie. 22 Janvier 2012. Paris.

24 Janvier 2012, 03:00am

Publié par Father Greg

 “L’histoire de l’homme n’est pas le combat du bien cherchant à vaincre le mal. L’histoire de l’homme est le combat du mal cherchant à écraser la minuscule graine d’humanité. Mais si même maintenant l’humain n’a pas été tué en l’homme, alors jamais le mal ne vaincra.”

Vassily Grossman

 

Le problème du mal n’est pas un défaut de conscience, mais le refus d’accorder à la conscience le rôle qui lui est dû. Nous devenons mauvais en essayant de nous tromper nous-mêmes. L’individu mauvais ne commet pas le mal directement, mais indirectement en voulant se blanchir. Le mal ne provient pas de l’absence de culpabilité, mais de l’effort fait pour l’éviter.

  

L’individu mauvais renie le fardeau de sa culpabilité ; il refuse la reconnaissance douloureuse de son péché, de sa médiocrité et de son imperfection ; elle cherche à transmettre sa peine à autrui par la projection ou en faisant de lui son bouc émissaire. Or tous ceux qui sont ‘mauvais’, qu’est-ce qui les habite, les harcèle ? La réponse est simple : la peur.

Scott Peck

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Travail, art, personne (VII)

23 Janvier 2012, 04:26am

Publié par Father Greg

 

 

 

Dietkirchen_Kirche_im_Abendlicht.jpgTout ce qui est vrai du peintre, qui est un visionnaire par son art, pourrait être dit de tout grand artiste dans le développement propre de son art. Le musicien, grâce au développement de son art, peut vivre dans un monde propre qui est le sien : celui du rythme, de l'harmonie des sons, du chant. Il porte cela dans son cœur, dans ses entrailles, dans tout son être vivant, sa sensibilité passionnelle, Imaginative, spirituelle ; il est en quelque sorte dans un état extatique, dans un univers nouveau d'harmonie et de grandeur sans fin. Il est saisi en tout lui-même, dans  on être sensible, corporel : il danse. Par là, il échappe à la tristesse, au désespoir d'un monde souvent triste ! L'homme a besoin de proclamer, de clamer les désirs les plus profonds de son cœur en chantant, en dansant. C'est par les divers instruments de musique qu'il vibre, au plus intime de son cœur, en harmonie avec son univers idéalisé, mais si vrai. Il redevient l'enfant de l'univers, tout vibrant de sa vie, de son souffle, de sa tendresse et de sa force, de son éclat et de son silence si profond ! Par son chant, par sa danse et sa musique, il peut proclamer combien il vibre à l’appel de cet univers, de cet océan, de ces montagnes, de son désert. Et par son art il peut le communiquer à ceux qu'il aime et qui sont proches de lui. L'art musical réalise une certaine communion entre les hommes : il appelle au combat en réveillant leur colère, leur révolte, mais il réveille aussi leur sentiment religieux, ce qui est magnifiquement exprimé dans certains psaumes :

 

Alléluia ! Louez Dieu dans son sanctuaire,

Louez-le au firmament de sa puissance ;

Louez-le en ses œuvres de vaillance,

Louez-le, en toute sa grandeur !

Louez-le par l'éclat du cor,

Louez-le par la harpe et la cithare ;

Louez-le par la danse et le tambour,

Louez-le par les cordes et les flûtes.

Louez-le par les cymbales sonores,

Louez-le par les cymbales triomphantes.

Que tout ce qui vit et respire,

Chante louange au Seigneur ! Alléluia ! (8)

 

L'art musical, l'art du chant et de la danse, sont les plus proches de l'homme religieux, les plus primitifs et les plus élevés, car ils saisissent le cœur de l'homme dans ce qu'il a de plus élevé et dans ce qu'il a de plus sensible. La dimension de la personne humaine, dans son individualité cosmique et dans son sentiment de communion avec l'univers et avec le Créateur de l'univers, est alors exaltée, proclamée, ce qui peut conduire à une sorte d'extase individuelle et passionnelle, et également à une sorte de fanatisme collectif.

 

Notre univers est à la fois le berceau naturel, la bonne terre, mais aussi le terrible ouragan qui brise tout, qui se venge car il n'est pas reconnu, il est massacré par l'homme, il est brutalement refoulé par la technique omniprésente, tyrannique ! Par son art musical, l'homme communie à ces sentiments inconscients de l'univers, de la terre dans sa jalousie farouche, de l'océan dans ses forces cachées et indomptables, mais souvent brutalisées, violentées, dans son souffle propre, ses ouragans et ses cyclones... dans la douceur étouffante de son silence. Par son art musical, l'homme capte toutes ces forces cachées, innocentes, inconscientes, refoulées, faussement domptées par sa technique de plus en plus monstrueuse et accablante : il capte le cri de l'enfant, de la terre, de l'océan, des nuages, de son souffle qui agonise... En ce sens, il peut être prophète des derniers temps, prophète eschatologique ! Par-là, il peut être très proche de l'art poétique. Mais la musique est l'art de la voix, tandis que la poésie est l'art de la parole humaine et de son silence. 

Fr MARIE-DOMINIQUE PHILIPPE,  Aletheia, Ecole St Jean.

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Quelle place laissons-nous au plus vulnérable??

22 Janvier 2012, 03:40am

Publié par Father Greg

"Marcher pour la Vie, c’est vouloir montrer que la défense des plus vulnérables - embryons, enfants à naître, personnes handicapées, personnes en fin de vie - dont la vie même est menacée, mobilise, au-delà des opinions politiques ou des croyances religieuses. C’est rappeler que la vie, toute vie, doit être respectée de la conception à la mort naturelle. C’est affirmer la dignité de tout être humain, aussi fragile soit-il. 

« La Vie est la Vie, défends-la. " bienheureuse Mère Térésa.

 

 

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Travail, art, personne (VI)

21 Janvier 2012, 04:21am

Publié par Father Greg

 

 

cezanne2.jpgNous trouvons la nécessité du travail à tous les niveaux de l'activité vitale de l'homme. Il s'impose à l'homme, précisément parce que celui-ci est dépendant d'un devenir vital au niveau de la vie végétative : il doit croître, il naît dans une dépendance radicale à l'égard de sa mère. Il doit grandir, il dépend d'une famille qui dépend elle-même d'une communauté économique et politique. Ce premier devenir est capital.

 

L'enfant dépend d'une éducation : et celle-ci implique un enseignement maternel, puis un enseignement classique qui est tout de suite plus ou moins finalisé ; c'est l'acquisition des venus morales et des premiers habitus intellectuels. Là, le travail réclame normalement des éducateurs, des professeurs et des maîtres ; ceux-ci sont plus ou moins qualifiés quant à leur dignité morale, à leur finesse artistique, à leur sens scientifique ou même philosophique. Cela est d'une grande influence pour maintenir chez les jeunes qui leur sont confiés un véritable goût du travail. En effet, l'anorexie, cette maladie qui se développe aujourd'hui avec une telle force au niveau de la croissance biologique, existe aussi au niveau du développement de l'intelligence et de la volonté. On ne veut plus manger - c'est le premier travail ; on ne veut plus aller à l'école - c'est le second travail -, car on en est dégoûté : personne n'a su nous montrer la finalité du travail, comme ce qui nous permet d'acquérir telle qualité, la santé, l'autonomie intellectuelle, l'art, la tempérance. Si l'enfant ne veut plus faire l'effort de se nourrir, il se replie sur lui-même et s'enferme en lui. S'il ne veut plus faire l'effort d'apprendre à lire ou à écrire, il s'enferme en lui-même et devient de plus en plus dépendant. Avant d'être un artiste, ne faut-il pas travailler telle ou telle matière, être un artisan qui connaît sa fragilité, ses faiblesses, mais aussi ses capacités, ses virtualités ? Cela ne peut se faire que si on montre à l'enfant ce qu'il peut acquérir en travaillant, ce qu'il est capable de faire en s'appliquant à un travail intelligent. Cela se fait par le fait de voir un maître réaliser une œuvre belle, une œuvre utile ou une œuvre qui éveille l'intelligence du disciple parce qu'elle lui montre la grandeur et la beauté de la vérité.

 

L'acquisition de l'habitus d'art et la personne

 

II est évident que l'acquisition d'un habitus d'art, si faible qu'il soit, permet à la personne humaine de s'épanouir. C'est une conquête sur son univers, sur son milieu de vie, sur elle-même. Au heu d'être dépendante des autres et de demeurer dans cette dépendance, quand elle a acquis ces qualités artistiques, elle acquiert une possibilité d'être autonome, d'être libérée de ces dépendances et de réaliser elle-même tout ce qui est nécessaire à son épanouissement vital humain.

 

Précisons que si l'homme acquiert un habitus d'art plus parfait, plus noble, son univers s'élargit : il arrive à goûter plus profondément le caractère original de son univers. Non seulement l'univers physique, naturel, mais aussi l'univers humain, spirituel - univers de culture, de beauté, de vérité. L'artiste se crée un univers de beauté, d'harmonie. Quand on pénètre dans un atelier de peintre, on découvre tout un uni- vers d'homme ce n’est pas précisément l'univers d'un homme refermé sur lui-même, d'un petit-bourgeois, mais un univers d'artiste, son univers à lui qui a su transfigurer les diverses parties du monde qu'il a vues, regardées, contemplées. C'est alors un univers transfiguré qui loue dans le silence son Créateur. L'œuvre d'art n'est-elle pas « petite-fille » du Créateur (7), de sa sagesse, de sa magnanimité, de son étonnante fantaisie divine ? Là, on découvre comment l'art du peintre, quand il est vraiment source d'un renouveau, d'un achèvement de la lumière de l'univers, de ses jeux d'harmonie, de formes et de couleurs, donne vraiment à l'homme artiste une nouvelle pénétration de l'univers visible, une sorte de participation au regard du Créateur : il voit dans ce regard un jaillissement de lumière et d'harmonie de couleurs, que les hommes, ordinairement, ne voient pas, n'ont pas le temps de voir, de contempler.

 

L'artiste peintre a donc acquis dans sa personne humaine une acuité du regard très originale, il a acquis une capacité d'approfondir son expérience sensible de vision, de la rendre plus humaine, plus immédiatement symbolique. Par son habitus d'art pictural, il a acquis une possibilité de découvrir un sens nouveau de certaines harmonies de lumière et de couleurs et d'expliciter par son œuvre ce sens symbolique de la lumière et des harmonies (ou des ruptures) de couleurs et de figures. Il a en quelque sorte une nouvelle lecture des paysages et des figures humaines. Cela peut permettre une connaissance nouvelle, originale, du monde et des figures humaines : visages d'enfants ou de vieillards, dans la joie ou la souffrance. Cette connaissance peut dévoiler une profondeur nouvelle du monde physique, un drame latent, un appel à une libération, une exaltation, une gloire passagère, message d'une gloire éternelle ! Il y a donc bien quelque chose de nouveau du point de vue de la recherche de la vérité ; quelque chose qui demeure, certes, limité à la sensibilité, mais tout imprégnée d'imagination et de spiritualité, et même d'un appel vers l'infini. En ce sens, l'art pictural peut exalter notre sensibilité, la rendre humaine et même la glorifier. C'est bien du point de vue de la manifestation de la lumière que l'art de la peinture apporte quelque chose de nouveau et d'acquis à la personne humaine. C'est quelque chose de semblable à la gloire du prophète qui voit, qui proclame ce que les autres hommes ne voient pas, et qui annonce d’une manière humaine ce qui doit arriver ! 

 

Fr MARIE-DOMINIQUE PHILIPPE,  Aletheia, Ecole St Jean.

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Travail, art, personne (V)

20 Janvier 2012, 04:02am

Publié par Father Greg

La croissance de la personne

 

edouard-manet-madame-manet-au-piano.jpgLe travail se situe pour l'homme dans l'ordre du devenir de sa vie, donc dans le devenir de sa croissance d'homme, ou de son déclin ; il augmente ses relations et leur donne un caractère spécial, plus ou moins personnel. Un père peut dire à son fils : « J'ai acquis pour toi, par mon travail, telle ou telle situation » ; cela peut faire partie d'un patrimoine commun, familial ou politique ! Cela est vrai en particulier pour le travail de la terre. Pour le travail intellectuel également, mais d'une manière plus complexe, plus difficile à préciser : la bonne renommée du père, du grand-père, d'un homme intègre et intelligent dans son travail, permet au fils ou au petit-fils d'être plus immédiatement reçu comme médecin, avocat, professeur ; cela est net pour toutes les carrières libérales. Rien ne peut remplacer le travail personnel honnête, intègre, intelligent, parfois génial, pour situer un homme dans son milieu et lui donner tout son rayonnement, sa véritable personnalité. En précisant bien que, lorsqu'il s'agit du travail intellectuel, pour accomplir une charge, une fonction importante dans la cité, les deux qualités propres sont l'intelligence et l'intégrité. Lorsqu'il s'agira d'un travail manuel, on sera aussi plus attentif à la vigueur, la force, l'endurance pour être fidèle à la tâche promise.

 

Cela montre bien que le travail humain réclame à la fois l'intelligence pratique ennoblie par un habitus d'art, et une volonté bien développée dans le sens de la justice et des relations amicales. Suivant la diversité des travaux à exécuter, pour que le travail soit intelligent et intègre, il faut acquérir les divers habitus d'art, ainsi qu'une grande habileté. Nous comprenons par-là que le travail bien fait intègre profondément l'homme dans ses relations propres avec l'univers, pour réaliser un « milieu » où il pourra s'épanouir et se reposer.

 

Si le travail n'est pas un élément essentiel à la structure de la nature humaine, il est donc cependant essentiel à l'épanouissement de la personne dès qu'il est bien finalisé, dès qu'il est qualifié comme ce qui permet à l'homme d'acquérir tel ou tel habitas d'art. Alors il réalise l'épanouissement de sa vie d'homme qui éduque et qui rayonne grâce à son activité propre de chercheur de la vérité et d'ami. Il permet ainsi à ses amis de s'épanouir, de finaliser de plus en plus près de lui leur vie d'homme ; cela réalise le bene vivere, qui devient hélas si rare dans notre monde. Le travail comme tel n'est donc pas ce qui structure la personne humaine, mais ce qui permet à la personne humaine de s'épanouir.

 

Si le travail est bien finalisé, l'homme travailleur peut, grâce à son travail, atteindre par lui-même sa propre perfection. Il peut aussi, grâce à son travail intellectuel ordonné à la vérité, atteindre sa propre finalité et avoir une certaine fécondité spirituelle. Par lui-même, le travail ne touche pas  a finalité de la personne humaine : il reste de l'ordre des moyens, mais il est un « moyen privilégié » et unique, permettant à la personne humaine, s'il est bien ordonné à la recherche de la vérité, d'atteindre vraiment sa propre finalité.

 

Fr MARIE-DOMINIQUE PHILIPPE,  Aletheia, Ecole St Jean.

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Travail, art, personne (IV)

19 Janvier 2012, 03:59am

Publié par Father Greg

Travail et art

 

atelier-paul-cezanne-01.jpgCe n'est donc pas le travail qui, par lui-même, est au service d'un autre ; c'est l’art (réclamant le travail) qui, lui, peut être au service d'un autre, et cet art transforme le travail : on est alors en présence d'un travail qualifié, ordonné vers une réalisation artistique autre que le travail lui-même. Le cas inverse est précisément celui d'un travail ordonné à détruire l'autre. Le travail, considéré en lui-même, est donc un être imparfait, dans l'un et l'autre cas. En effet, il est un être en devenir : il peut être finalisé, mais peut être aussi un obstacle à la finalité. En lui- même, il est neutre par rapport aux diverses finalités humaines. Naturellement, il est en vue d'une finalité nécessaire pour vivre, mais il peut être au service de la violence - il devient alors lui-même violent et quelquefois pervers. C'est par l’idea, fruit de notre intelligence pratique, que le travail peut concourir à des actions mauvaises et inventer des outils pervers pour réaliser cette idea (5), mais en lui-même, le travail n'est pas pervers (6).

 

Travail et personne humaine

 

Pourquoi le travail s'impose-t-il, et comment l'homme, dans son développement personnel, a-t-il besoin d'un travail qui demeure humain, digne de lui et conforme à sa dignité ?

 

Le travail s'impose à l'homme pour transformer l'univers, en faire un univers habitable et capable de nourrir tous les hommes. Tous les hommes ont naturellement le droit de se nourrir et de vivre une vie familiale, d'époux et d'épouse, en élevant une famille, selon les désirs les plus profonds de leur cœur humain. Selon ce qu'il est, selon sa réalité propre, le travail n'est pas ce qui constitue l'homme dans sa nature profonde, essentielle. Car l'âme humaine, créée par Dieu immédiatement dans le corps embryonnaire, comme source propre de la vie humaine, n'est pas le fruit du travail humain : elle échappe, d'une certaine manière, au travail humain. Celui-ci ne peut donc que modifier la manière de vivre de l'homme, sa manière d'épanouir toutes ses virtualités et sa propre personne. En effet, il peut aider l'homme à atteindre sa fin d'une manière plus ou moins rapide et plus ou moins parfaite. Mais cette source d'épanouissement peut aussi devenir pour lui un obstacle qui l'empêche d'être libre, en le liant à des réalités secondaires qui deviennent principales pour lui dans la mesure où elles l'absorbent complètement. 


Fr MARIE-DOMINIQUE PHILIPPE,  Aletheia, Ecole St Jean.

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Travail, art, personne (III)

18 Janvier 2012, 04:57am

Publié par Father Greg

 

Travail et respect de la matière

 

images--1-.jpgCela conduit à transformer même la vision qu'on peut avoir de la matière - ce qui est capable d'être transformé en coopérant à cette transformation. Elle demeure une causalité immanente et sera en quelque sorte un appel à découvrir de plus en plus les idées qu'on peut imaginer en vue d'une production toujours plus originale et plus utile immédiatement, et à chercher de plus en plus des instruments capables de réaliser ces transformations. Le respect initial de la nature-matière disparaît de plus en plus. Le vieil adage selon lequel « on ne peut pas faire n'importe quoi avec n'importe quoi » tend à disparaître, car on tend à pouvoir faire partiellement n'importe quoi de n'importe quoi. La nature matière ne détermine plus ce qui pourrait être mauvais, mais c'est uniquement l'idée du travailleur et ses instruments qui mesurent l'efficacité de son travail.

 

N'y a-t-il pas là une transformation radicale du travail - on peut même dire : une transformation substantielle du travail humain ? Car on ne regarde plus en premier lieu la coopération de l'homme avec la nature- matière, ce qui est exigé avant toute connaissance intellectuelle artistique. L'intelligence de l'artiste ordonne l'activité du travail et commande l'application volontaire pour son exécution actuelle, c'est-à dire pour la réalisation d'une œuvre ; l'œuvre est, ou bien une œuvre utile, nécessaire à la vie de l'homme ou facilitant son travail (un outil plus perfectionné, plus adéquat à l'œuvre), ou bien une œuvre agréable, belle à voir, à contempler. De ce point de vue, le travail est alors le moyen de réaliser une œuvre artistique, à partir de la nature-matière capable d'être transformée. Ce n'est donc pas le travail qui rend l'œuvre belle (agréable à la vue), mais la matière et la forme : Vidéo, qui commande, dirige le travail, rend l'œuvre belle (élégante) ou utile. Le travail, lui, est une causalité efficiente : il réalise la transformation de la matière, le passage d'une détermination à une autre détermination idéale. Et il se fait avec un outil plus ou moins parfait.

 

En lui-même, le travail est donc un mouvement, un devenir qui se réalise dans une matière extérieure à celui qui travaille. C'est un mouvement déterminé par une « idée artistique » (l’idea), et non plus par la nature elle-même. C'est pourquoi la transformation de la nature propre d'un être, sa croissance naturelle, n'est pas au sens propre un travail. Celui-ci provient toujours d'une cause efficiente extrinsèque. Il peut donc être violent quand, précisément, il n'est pas selon les exigences profondes de  a nature de celui qui est mû. Alors, le mouvement qui provient de l'artiste devient pour cet être un obstacle à sa propre croissance, et cause en lui un arrêt : il est violent en lui-même. Au contraire, si le mouvement qui lui vient de l'extérieur est en conformité avec sa propre fin, il vient aider sa propre nature à atteindre sa fin : c'est un ars coadjuvans naturam, selon l'expression de S. Thomas. Alors cet art, qui se réalise par un travail, est au service d'une réalité qui a besoin d'être aidée pour atteindre sa fin propre.

 

 Fr MARIE-DOMINIQUE PHILIPPE,  Aletheia, Ecole St Jean.

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