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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Si l’homme regarde à l’apparence, le Seigneur regarde au cœur (II)

29 Mai 2012, 03:32am

Publié par Father Greg

 

 

David_Jacques_Louis_Portrait_of_a_young_Woman_in_a_Turban.jpgCet exercice de lucidité sur soi-même, cet « examen de conscience », est la porte d’entrée dans la vie spirituelle. Il nous faut, répète sainte Catherine de Sienne, demeurer dans la cellule intérieure de la connaissance de soi. Mais c’est un exercice dangereux. Il y a en effet une bonne lucidité et une mauvaise lucidité. On les distingue à leurs fruits.


La mauvaise lucidité nourrit le découragement. C’est une lumière froide, dure, tranchante comme un rasoir. Elle conduit à se mépriser, à se dénigrer, parce qu’en réalité elle s’accompagne d’un orgueil secret. Je regrette non pas tant le mal que je commets que le fait de ne pas correspondre à la belle image que je voudrais donner de moi, tant aux autres qu’à moi-même. C’est la lucidité, diabolique, de Judas. Judas, dit l’Évangile, ayant trahi Jésus, est pris de remords, mais il ne se convertit pas pour autant. Son remords est stérile parce qu’il n’est qu’une blessure d’amour-propre. Il ne supporte plus la triste image de soi que lui renvoie sa conscience. Alors il se détruit.


Rien de tel pour la lucidité qui vient du Christ. Elle est toute douceur et elle conduit à la vie. Car elle ne révèle la misère qu’à la lumière de la miséricorde. Elle ne dévoile le mal qu’en proportion du pardon déjà offert. Dans la cour du grand-prêtre, Pierre a trahi Jésus, comme Judas. « Un coq chanta, dit l’Évangile, et le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre ». Un regard de vérité mais plus encore un regard de miséricorde. Alors, « Pierre pleura amèrement » (Lc 22, 61-62). Pleurs de honte sans doute, mais aussi pleurs de joie, car il a compris à travers ce regard jusqu’où va la miséricorde du Christ.


Bref, pour y voir clair, aussi bien autour de moi qu’en moi, il faut que sur moi, en moi, brille la lumière du Christ. Mais encore faut-il que j’ai un œil en bonne santé. Un œil sain. Un œil qui capte bien la lumière. Cet œil intérieur, cet œil que le Christ a ouvert en moi au jour de mon baptême, c’est, bien entendu, la foi. Mais c’est aussi l’intention profonde de mon cœur. En effet, l’œil, c’est ce qui prend la visée, ce qui fixe l’objectif. Or sur quoi est-ce que je fixe mon regard intérieur ? Qu’est-ce que je veux au fond, qu’est-ce que je cherche ? Est-ce vraiment Jésus qui est dans ma ligne de mire ? Ou bien mon regard vagabonde-t-il de-ci de-là sans jamais se poser vraiment ? Quand est-ce que je me déciderai enfin à rien préférer à l’amour du Christ et à agir en conséquence ?

 

« La lampe du corps, dit quelque part Jésus, c’est l’œil. » Et le corps désigne ici toute la personne. « Si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux ». Comprenons : si ton intention profonde – l’œil – est fixée sur la vraie lumière qu’est le Christ, si tu agis en fonction de cette lumière, alors tout ton comportement s’illumine, tu deviens fils de la lumière. « Mais si ton œil est malade », si tu souffres par exemple de strabisme, c’est-à-dire si tu prétends servir deux maîtres à la fois, alors « ton corps tout entier sera ténébreux » (Mt 6, 22-23). Ta vie n’a plus d’unité, plus de sens. « Sans savoir, sans comprendre, tu vas dans la ténèbre » (Ps 81, 5). Alors, Seigneur, je t’en supplie, attire-moi à toi, recentre-moi sur toi, « rassemble mon cœur pour qu’il te craigne » (Ps 85, 11) et ainsi « fais que je voie » (Mc 10, 51).

Serge-Thomas Bonino , Homélie.