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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La joie, source de détachement!

4 Février 2013, 02:46am

Publié par Fr Greg.

 Rire-d-enfant.jpg

 


            Je n'arrive pas tout à fait à tordre le cou au préjugé tenace qui me laisse croire qu'en me mettant au centre du monde, j'obtiendrai le bonheur en partage. Oui je dis « préjugé », alors qu'il s'agit plutôt d'une intuition obscure qui, tapie au fond de moi, sommeille, sorte d'injonction inconsciente: « Sois le premier, sois le premier en tout, tu seras le plus heureux! »

Je pourrai d'abord critiquer cette funeste conviction et me contenter d'expérimenter à fond ce que je devine déjà: plus nous nous abandonnons, moins nous faisons cas de notre personne, plus nous goûtons la joie libre.

 

Ces derniers temps, je crois m'être focalisé sur un problème pour consacrer toute mon énergie à la lutte: je dois me libérer de ma fascination, je dois résister, je dois..? sur cette pente, je ne fais que m'endurcir. Paradoxalement, cette démarche volontariste, cette tentation de s'aguerrir, me rendent encore plus vulnérable. Je suis épuisé. Par degrés, j'aimerais quitter cette lutte née d'un moi qui,  loin de s'abandonner, voudrait obtenir plus de la vie, même s'il se réclame du détachement.

 

A cette sorte d'instinct vient s'ajouter l'idée vague qu'autrui doit répondre à mes besoins et me servir, tout le temps. Quoi de plus grotesque que d'encourager son enfant à gronder une pierre sur laquelle son pied a glissé! Elle n'y peut rien! Pas plus que la grippe, les infirmités et les intempéries... Je suis cet enfant qui récrimine face à un monde qui lui échappe et lui résiste. Le meilleur service à lui rendre ici serait de l'inviter à passer à autre chose, éventuellement de l'inciter à la prudence. Il faut le dire et le répéter: ce n'est pas le sacrifice ni le renoncement qui conduisent au détachement, mais bien plutôt la joie. …

 

Cette joie, il ne suffit pas de claquer des doigts pour l'appeler. Voilà d'ailleurs ce qui l'apparente à la passion. Elle aussi, plus forte que moi, ne saurait dépendre entièrement de ma volonté. Cependant, je veux continuer à croire, que si minime puisse-t-il être, nous avons sur elle quelque pouvoir…

 

                                                                      Alexandre Jollien,  Le philosophe nu.