Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'intelligence face au réel

1 Mai 2012, 02:10am

Publié par Father Greg

 

 

3Si la reprise de la recherche philosophique demande, à notre époque, de se faire d'une manière radicale, il ne suffit donc pas de faire du «replâtrage», de compléter une philosophie déjà existante en y inté­grant certains problèmes actuels. En effet, c'est l'esprit lui-même qui a été comme brisé. Le primat de la négation est allé si loin que l'intelli­gence, dans son fondement, dans sa relation même avec l'être, est véritablement brisée. Aussi est-il nécessaire de redécouvrir en premier lieu le point de départ de toute recherche philosophique, au-delà de cette rupture.

Or, précisément, en considérant les diverses philosophies occidenta­les, on constate que le point de départ n'est pas toujours le même. Pour certains philosophes, c’est l'expérience, L’expérience entendue en ce sens très précis: L’intelligence, présente aux activités sensibles, porte sur les réalités senties un jugement d'existence—«ceci existe», «ceci est». N’est-ce pas la position des premiers «physiciens» et même, en partie, d'un Héraclite et de tous ceux qui regardent avant tout l'univers (des «empiristes»)? C'est surtout la position d'Aristote et, à sa suite, de saint Thomas.

Pour d'autres, le point de départ est l'expérience intérieure de l'âme, de la connaissance que nous vivons actuellement. Cette expérience interne me fait découvrir mon intériorité, ma vie spirituelle. Cette position est en partie celle de Platon; elle est surtout celle de Plotin, de saint Augustin et de beaucoup de philosophes contemporains, dits « existentialistes ».

Pour d'autres encore, le point de départ est la conscience, la réflexion sur l'acte de notre propre pensée, sur le cogito. N'est-ce pas de cela que nous sommes le plus certains'? N'est-ce pas cela que nous saisissons de la manière la plus immédiate? II semble donc que ce soit à partir de là que doive s'élaborer toute la recherche philosophique... Cette position est celle d'Ockham, de Descartes et de tous les phénoménologues contemporains.

Pour d'autres encore, le point de départ de la recherche philosophique est l'inspiration, L’intuition poétique qui nous permet de découvrir l'invisible présent au-delà du visible. Le fruit d'une telle intuition poétique ne se concrétise-t-il pas dans ce qu'on a appelé les « idées innées», enracinées dans notre esprit et nous permettant de découvrir l'être au-delà du conditionnement du devenir? Parménide est peut-être le premier philosophe de l'intuition, qui prend chez lui le mode d'une « révélation»; chez Platon elle s'exprimera dans la réminiscence des Formes idéales et, chez Malebranche, dans les idées innées. On retrouvera l'intuition philosophique chez Bergson, mais sous un mode beaucoup plus subjectif; il ne sera plus question alors de «Formes idéales», ni d'«idées innées», mais de l'«intuition de la durée».

Pour d'autres enfin, la recherche philosophique part de l’opinion des autres: on accepte ce que les autres ont dit sur les diverses questions qui se posent, et on cherche à préciser leurs dires en confrontant entre elles leurs opinions diverses. Ne serait-ce pas une manière intéressante et habile de philosopher (une manière élégante et rhétorique), puisqu'on se sert des ébauches de ceux qui ont philosophé avant nous, ébauches qui demandent à être dépassées? De fait, c'est trop souvent, hélas! la philosophie des « professeurs » qui, faute d'intuition et d'expérience, s'appuient sur les opinions des autres...

II y a bien là comme cinq points de départ irréductibles l'un à l'autre, qui cependant sont parfois liés, ou au contraire s'opposent. Toutefois, il est évident que ces points de départ n'ont pas tous la même valeur; il est très important de le comprendre.

MDP, lettre à un ami. 

Commenter cet article