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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'exceptionnel ? C'est l'ordinaire. C'est un visage...

9 Avril 2013, 00:36am

Publié par Fr Greg.

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Certains livres deviennent immédiatement des amis. Ce sont des livres rares, souvent cachés dans les rayonnages d'une librairie ou d'une bibliothèque. On les découvre par hasard, ou par ouï-dire, ou encore parce qu'un ami qui vous veut du bien vous les a offerts. Ce ne sont pas de lourds traités sur le bonheur, non, pas directement, mais ce sont des livres qui rendent heureux. Ils parlent de la joie, de la gaieté, de l'émerveillement, de la sidération. De tout ce qui fait que la vie est belle malgré la peine, malgré la douleur, malgré la bêtise ambiante, malgré la mort - aussi. Christian Bobin nous offre de tels livres. Le dernier en date s'intitule L'Homme-Joie et est incroyablement lumineux. Peut-être faut-il le situer comme le point le plus lumineux, d'ailleurs, dans une bibliographie superbe mais torturée, où la mélancolie, l'absence et la mort tiennent une place déterminante. Une bibliographie forte de grands succès comme L'Inespérée ou La Plus que vive mais aussi - pour la partie croyante et un peu mystique de l'oeuvre - Le Très-Bas. Christian Bobin a choisi la solitude. Il vit loin de Paris, de l'agitation, des mondanités, des injonctions du monde moderne, dans un petit village près du Creusot, en Bourgogne. Il publie des livres comme on jette des bouteilles à la mer et leur donne des titres parfaits: L'Eloignement du mondeEloge du rienEclat du solitaireL'Enchantement simple ou encore Une petite robe de fête. Il pèse chaque mot. Prend son temps pour répondre. Sourit. Et fait preuve d'un humour délicieux, lui qui écrit dans L'Homme-Joie: "J'ai lu plus de livres qu'un alcoolique boit de bouteilles." 

La Bourgogne, où vous habitez, semble fonctionner de plus en plus comme un refuge pour vous... Le lieu du bonheur parfait ?

Christian Bobin. C'est mon berceau et c'est la base d'envol de tous mes songes. 

 

Faites-vous partie de ces écrivains qui se sentent attachés géographiquement à un territoire, qui ont besoin d'être sédentaires pour écrire? De quel ordre est votre attachement?

Je ne crois pas me tenir dans la cage d'un territoire. Je pourrais dire que, dans un sens, j'écris tout le temps. J'ai comme une hémorragie d'écriture tout le temps. Je ne prends pas de notes. Ou alors de façon très exceptionnelle : je vais noter une phrase qui me vient, une chose vue de façon très simple, très réduite, puis, si elle doit vivre plus tard dans un livre, elle vivra, prendra de l'ampleur. Mais je regarde tout, tout le temps, toujours. Je vis, c'est vrai, dans une campagne tout à côté du Creusot. Mais mon vrai pays, c'est la page blanche.  

Comment écrivez-vous?

Je vais faire un léger détour pour vous répondre. Je pense que l'écriture est un travail de guérison. Elle a à voir avec quelque chose qui relève de la guérison. Pas uniquement ma propre guérison mais une guérison de la vie. De la vie souffrante. De la vie mise à mal par les conditions modernes. Etrangement, pour guérir il faut d'abord rendre malade. Rendre malade d'émotions, rendre malade de beauté, vous voyez ? Mon travail, si j'en ai un, est de transmettre une émotion qui m'est venue. De faire en sorte que cette émotion soit contagieuse. Je suis donc toujours dans une sorte d'"attention flottante", comme disent les psychanalystes, c'est-à-dire une attention légère et soutenue aux choses, aux gens. Et puis quand quelque chose d'exceptionnel arrive, je le recueille.  

Quel est ce "quelque chose d'exceptionnel"?

L'exceptionnel ? C'est l'ordinaire. C'est un visage. C'est une marguerite dans un pré. C'est une parole inouïe entendue quelque part. 

http://www.lexpress.fr

 

Avec l'aimable autorisation de France Inter