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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'amour d'amitié (VII)

8 Juin 2012, 02:49am

Publié par Father Greg

Quand l'homme est entièrement absorbé par l'homo fàber et qu'il ne ressent plus que l'exigence de l'efficacité, très vite la source de son amour se tarit. L'efficacité se substitue alors à la fécondité. La personne humaine n'est plus regardée que comme une matière capable d'être transformée, ou un outil dont on se sert: il n'y a plus aucun respect de la personne humaine. N'est-ce pas le danger numéro un de notre monde d’aujourd’hui’? La philosophie de Sartre et celle de Marx n'illustrent-elles pas ce primat de l'activité artistique, de deux manières totalement différentes et qui sont peut-être même deux extrêmes (mais comme deux contraires à l'intérieur d'un même genre)?

Si l'inverse (le primat exclusif de l'activité morale) est aujourd'hui très rare, il a pu arriver: c'est l'homme moral qui absorbe l'homo faher (une certaine dégradation de la morale chrétienne a pu engendrer de telles attitudes!). La finalité s'impose avec une force telle qu'elle veut rejeter tout problème d'efficacité: L’amour d'amitié suffit! Du point de vue de la vie humaine, il y a certes là quelque chose d'anormal; mais c'est moins monstrueux que l'exaltation exclusive de l'efficacité, car le respect de l'autre n'est pas détruit. La philosophie d'un Gabriel Marcel n'est-elle pas une illustration de cette tendance? Ses essais de dramaturge le confirment bien...

Avant de considérer la troisième expérience, celle de la coopération, notons que ces deux activités humaines, L’activité artistique et l'activité morale, qui se développent dans un certain devenir, ont l'une et l'autre leur propre fruit immanent, qui vient de l'intérieur qualifier, ennoblir l'homo faber ou l'homo amicus, leur permettant d'exercer leur activité propre avec plus de noblesse, de facilité, de rapidité. Ces fruits immanents s'enracinent très profondément dans nos puissances vitales, notre intelligence pratique, notre volonté et jusqu'à nos puissances sensibles. C'est ce qu'on a appelé les hahitus d'art et de vertu.

II y a là un fait qu'on ne peut nier: c'est en forgeant qu'on devient forgeron, c'est en dansant qu'on devient danseur. C'est par l'exercice même du travail que ces dispositions, ces déterminations vont naître en nous et croître lentement. Nous deviendrons par là ouvrier qualifié, maître forgeron...

 

MDP, Lettre à un ami.

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