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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Introduction à la prière

20 Mai 2011, 05:23am

Publié par Father Greg

 

 

Benoit XVI, comme introduction à la prière ‘révélé’, celle qui vient d’en haut, propose de regarder comment la prière –comme tension de l’homme vers Dieu- est présente dans les cultures antiques, pour relever comment, pratiquement toujours et partout celles-ci se sont adressées à Dieu.

 

 

 

titien-st-jerome.jpgJe commence par l'ancienne Egypte, par exemple. Ici, un homme aveugle, demandant à la divinité de lui rendre la vue, atteste quelque chose d'universellement humain, qui est la pure et simple prière de requête de la part de qui se trouve dans la souffrance, cet homme prie : « Mon cœur désire te voir... Toi qui m'as fait voir les ténèbres, crée pour moi la lumière. Fais que je te voie ! Penche sur moi ton visage aimé » (A. Barucq - F. Daumas, Hymnes et prières de l'Egypte ancienne, Paris 1980). Fais que je te voie ; c'est là le cœur de la prière ! 

 


Dans les religions de la Mésopotamie dominait un sentiment de culpabilité mystérieux et paralysant, mais sans qu'il soit privé pour autant de l'espérance de rachat et de libération de la part de Dieu. Ainsi pouvons-nous apprécier cette supplication de la part d'un croyant de ces anciens cultes, qui résonne ainsi : « O Dieu qui es indulgent même pour la faute la plus grave, absous mon péché.... Regarde Seigneur, ton esclave épuisé, et souffle sur lui ta brise : sans attendre pardonne-lui. Allège ta sévère punition. Libéré de mes liens, fais que je recommence à respirer ; brise mes chaînes, défaits mes liens » (M.-J. Seux, Hymnes et prières aux Dieux de Babylone et d'Assyrie, Paris 1976). Autant d'expressions qui démontrent comment l'homme, dans sa recherche de Dieu, a eu l'intuition, même confusément, d'un côté, de sa faute, de l'autre de l'aspect de la miséricorde et de la bonté divine.

 

Au sein de la religion païenne, dans la Grèce antique, on assiste à une évolution très significative : les prières, tout en continuant d'invoquer l'aide divine pour obtenir la faveur céleste dans toutes les circonstances de la vie quotidienne et pour obtenir des bénéfices matériels, s'orientent progressivement vers les requêtes les plus désintéressées, qui permettent à l'homme croyant d'approfondir sa relation avec Dieu et de devenir meilleur. Par exemple, le grand philosophe Platon cite une prière de son maître, Socrate, considéré à juste titre comme l'un des fondateurs de la pensée occidentale. Socrate priait ainsi : « ... Donnez-moi la beauté intérieure de l'âme ! Quant à l'extérieur, je me contente de celui que j'ai, pourvu qu'il ne soit pas en contradiction avec l'intérieur, que le sage me paraisse riche, et que j'aie seulement autant d'or qu'un sage peut en supporter, et en employer » (Œuvres I. Phèdre 279c). Il voudrait avant tout avoir une beauté intérieure et être sage, et non pas riche d'argent.

 

Dans ces superbes chefs-d'œuvre de la littérature de tous les temps que sont les tragédies grecques, aujourd'hui encore, après vingt-cinq siècles, lues, méditées et représentées, sont contenues des prières qui expriment le désir de connaître Dieu et d'adorer sa majesté. L'une de celles-ci dit : « Ô toi qui donnes le mouvement à la terre, et qui en même temps résides en elle, qui que tu sois, Jupiter, impénétrable à la vue des mortels, nécessité de la nature, ou intelligence des hommes, je te rends hommage ; car, par des voies secrètes, tu gouvernes toutes les choses humaines selon la justice » (Euripide, Les Troyennes, 884-886). Dieu demeure un peu vague et toutefois, l'homme connaît ce Dieu inconnu et prie celui qui guide les destinées de la terre.

 

 

Chez les Romains également, qui constituèrent ce grand Empire dans lequel naquit et se diffusa en grande partie le christianisme des origines, la prière, même si elle est associée à une conception utilitariste et fondamentalement liée à la demande de protection divine sur la vie de la communauté civile, s'ouvre parfois à des invocations admirables en raison de la ferveur de la piété personnelle, qui se transforme en louange et en action de grâces. En est témoin un auteur de l'Afrique romaine du IIe siècle après Jésus Christ, Apulée. Dans ses écrits, il manifeste l'insatisfaction de ses contemporains à l'égard de la religion traditionnelle et le désir d'un rapport plus authentique avec Dieu. Dans son chef-d'œuvre intitulé Les métamorphoses, un croyant s'adresse à une divinité féminine par ces paroles : « Divinité sainte, source éternelle de salut, protectrice adorable des mortels, qui leur prodigues dans leurs maux l'affection d'une tendre mère ; pas un jour, pas une nuit, pas un moment ne s'écoule qui ne soit marqué par un de tes bienfaits » (Apulée de Madaure, Métamorphoses, XI, 25).

 

 

  Pendant la même période, l'empereur Marc-Aurèle - qui était un philosophe qui réfléchissait sur la condition humaine - affirme la nécessité de prier pour établir une coopération fructueuse entre action divine et action humaine. Il écrit dans ses Pensées : « Qui te dit que les dieux ne nous aident pas également en ce qui dépend de nous ? Commence donc à les prier et tu verras » (Dictionnaire de Spiritualité XII/2, col. 2213). Ce conseil de l'empereur philosophe a été effectivement mis en pratique par d'innombrables générations d'hommes avant le Christ, démontrant ainsi que la vie humaine sans la prière, qui ouvre notre existence au mystère de Dieu, devient privée de sens et de référence. En effet, dans chaque prière s'exprime toujours la vérité de la créature humaine, qui d'une part fait l'expérience de la faiblesse et de l'indigence, et demande donc de l'aide au Ciel, et de l'autre est dotée d'une dignité extraordinaire, car, en se préparant à accueillir la Révélation divine, elle se découvre capable d'entrer en communion avec Dieu.

 

Chers amis, dans ces exemples de prières des différentes époques et civilisations apparaît la conscience que l'être humain a de sa condition de créature et de sa dépendance d'un Autre qui lui est supérieur et source de tout bien. L'homme de tous les temps prie car il ne peut faire à moins de se demander quel est le sens de son existence, qui reste obscur et décourageant, s'il n'est pas mis en relation avec le mystère de Dieu et de son dessein sur le monde. La vie humaine est un mélange de bien et de mal, de souffrance imméritée et de joie et de beauté, qui nous pousse spontanément et irrésistiblement à demander à Dieu cette lumière et cette force qui puisse nous secourir sur la terre et ouvrir une espérance qui aille au-delà des frontières de la mort. Les religions païennes demeurent une invocation qui, de la terre, attend une parole du Ciel. L'un des derniers grands philosophes païens, qui vécut à une époque déjà pleinement chrétienne Proclus de Constantinople, donne voix à cette attente, en disant : « Inconnaissable, personne ne te contient. Tout ce que nous pensons t'appartient. Nos maux et nos biens sont en toi, chacune de nos aspirations dépend de toi, ô Ineffable, que nos âmes sentent présent, en t'élevant un hymne de silence » (Hymni, éd. E. Vogt, Wiesbaden 1957, in Preghiere dell'umanità, op. cit. p. 61).

 

Dans les exemples de prière des différentes cultures, que nous avons pris en considération, nous pouvons voir un témoignage de la dimension religieuse et du désir de Dieu inscrit dans le cœur de chaque homme, qui trouvent leur accomplissement et leur pleine expression dans l'ancien et dans le Nouveau Testament. La Révélation, en effet, purifie et porte à sa plénitude l'aspiration originelle de l'homme à Dieu, en lui offrant, dans la prière, la possibilité d'une relation plus profonde avec le père céleste.


Benoit XVI, catéchèse du 04.05.2011.


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