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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Esquisse... (III)

20 Octobre 2012, 00:47am

Publié par Fr Greg.

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La lumière « retravaillée » n'est plus le premier éblouissement. Elle est remodelée. Elle devient comme l'architecture du tableau et la durée qui la compose lui donne alors une autre densité, cette fragile épaisseur d'une immobile succession. L'instant du tableau lui est antérieur. Il contient le si long geste du peintre. Mais il dure encore et renaît sans «'épuiser dans chaque vrai regard qui le reçoit. C'est l'instant qui se déroule, comme au delà de la durée, musique figée dans le silence. Les siècles n'éteindront jamais le halo qui cerne le regard du vieillard de Rembrandt. Est-ce encore un trait ou est-ce l'intangible rencontre de la lumière ?

 

Dans sa quête incertaine et qui le rend fragile, le peintre s'il veut grandir doit s'affronter à quelque chose qui le dépasse. Le risque sinon est de s'essouffler dans la fade reproduction, la quête d'une originalité à la mode, ou la fidélité béate à son seul imaginaire. La rude fréquentation des grands maîtres éclaire les balbutiements et corrige l'errance. Seule l'exigeante présence de ceux qui ont fait le chemin permet de se « mesurer ». On n'improvise pas, on ne devient pas peintre parce qu'un jour on s'est éveillé revêtu de l'Inspiration ! On peut devenir peintre, peut être, parce que l'on a rencontré un jour le regard d'un vrai peintre. Du regard on est passé à l'œuvre. De l'œuvre on est retourné au regard. Et ce long va-et-vient a duré toute une vie.

 

Choisir ou reconnaître un maître ? Le reconnaître plutôt, parce qu'on 'avait choisi déjà, à l'intérieur de son propre désir. La peinture, l'art ne s'invente pas. On demeure celui qui ne sait rien encore. Le torrent bondit, mais il faut des berges pour qu'il soit torrent. Les infinis possibles appellent une taille. Le maître est ce milieu. Il est celui qui reçoit, éveille et porte dans un climat de confiance et de respect. Il attire dans une admiration. Il n'est pas la peinture apprise à l'école, le savoir technique ou historique qui, détaché de la vie propre de l'art, donne naissance à ces vedettes, blessantes caricatures dont notre monde pullule. Le maître est là, vivant chaque jour au rythme de ses doutes et de ses folles joies. Le regarder « voir », tenter de comprendre de l'intérieur l'enracinement de la peinture. Référence vivante que l'on imite dans ses premiers balbutiements, à la manière de l'enfant qui refait le geste du père sans aucun souci de sa propre originalité. Il faut assurer le pas : le regard d'abord, le dessin, le volume, et la couleur, à travers la saisie de leurs rapports. Ecouter, recevoir encore, recommencer jusqu'à l'oubli de la technique, jusqu'à l'instant rare où le geste est habité. Rien n'est plus simple, difficile, et banal, qu'un apprentissage.

 

 

ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

@communauté St Jean.