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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

« Comment se fait-il que cela est ? »

14 Février 2012, 04:12am

Publié par Father Greg

eugene-delacroix-l-orpheline-au-cimetiereC’est d’abord une belle énigme, belle comme une bien-aimée, plus vieille que le monde, vivante comme un voyage, et paisible comme une prière aboutie. Elle relèverait plus d’un étonnement que d’une question qui attendrait une réponse. « Comment se fait-il que cela est ? ». Les étoiles dans le firmament, la beauté non consommable de ce visage, le bruit de l’eau, l’adagio du concerto n°23 de Mozart, il suffit de s’y arrêter un court instant pour que toutes ces choses perdent leur caractère d’évidence et suscitent l’étonnement, ou pour être plus précis, cet heureux mélange de plaisir, de surprise et de crainte. L’étonnement naît du dévoilement passager de la gratuité de l’existence ; autrement dit de sa beauté.

Qui a osé affirmer que la beauté ne peut pas faire de mal ? On se sort jamais indemne d’une telle confrontation. On ne se débarrasse pas si facilement de la beauté entrevue. Combien d’entre nous ne se sont pas remis de l’avoir laissé filer.(…)


La rencontre avec la beauté de l’être ne peut pas trouver de satisfaction triviale et rapide ; Elle écrit une histoire, elle ne cesse de se nourrir et de sonder ce qui reste insondable. Plus l’esprit et la chair se laissent toucher, plus ils s’élargissent, et renouent avec leur vocation perdue : être justement là pour la ressentir. Cette énigme, quand elle a été pressentie au moins une fois rebondit d’être en être. (…) « Comment se fait-il que  non seulement cela est mais que je sois là à regarder ? » Mais le tourment rôde, menace la promesse d’une rencontre paisible et féconde. Car le toucher de l’être est si profond qu’on ne peut pas prévoir ce qu’il déclenche. Il faut être bien enraciné dans son être pour recevoir tant de beauté et de gratuité sans déclencher une guerre atomique intime .Nous devinons que nous sommes crées pour ce grand raccordement. De l’être à l’être et ceci jusqu’à la source…d’étonnements en étonnements qui me transforment petit à petit en porteur d’énigme dont le dévoilement ne m’est pas encore révélé.


Qu’est ce qui me permet de tenir la longueur, sinon de maintenir, au fond de soi, une question en attente, une seule question ? A savoir que tout n’a pas encore été dit. Soit j’étouffe cette question et je meurs avec, soit je la garde en dépôt et je la laisse inspirer ma vie.

 

                                               Jean François Noel  « l’écharde dans la chair »