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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Camille Claudel

18 Mars 2013, 09:55am

Publié par Fr Greg.

« L'enfer est tout entier dans ce mot : solitude. » 

Victor Hugo

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Comment rendre en images l’extrême solitude, l'isolement quasi total d'un être que le reste de la société semble avoir abandonné, ce désespoir que rien ne semble pouvoir combler ? On ne pourra pas oublier le visage mouillé de larmes de Juliette Binoche cadré en plan fixe, le regard perdu dans le vide abyssal pendant que l'on entend la lecture d'une lettre, appel au secours que Camille Claudel a écrit à sa cousine. Camille Claudel dont on connaît les sculptures sublimes et la passion dévorante qu'elle entretint avec Auguste Rodin. Camille Claudel qui, à partir de 1895, sombra peu à peu dans la paranoïa après qu'elle eut compris qu'Auguste ne l'épouserait jamais.

 


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En 1913, à la mort de son père et après dix années passées recluse dans son atelier parisien, Camille est internée de force par sa famille – notamment son frère, l'illustre écrivain Paul Claudel – d'abord à Ville Evrard près de Paris puis, avancée de la guerre oblige, dans le Sud de la France, à Montdevergues, non loin d'Avignon.


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Bruno Dumont nous montre Camille Claudel en 1915, alors qu'elle est enfermée depuis déjà deux ans au milieu de patients bien plus gravement atteints qu'elle. Au-delà de la personnalité de l'artiste, le réalisateur pose la question de la survie d'un être libre dont l'esprit est encore vivace dans un milieu d'enfermement, en l'absence presque totale de relations avec ceux qu'il a aimés, qui l'ont aimé. Comment faire exister dans ces conditions une vie intérieure qui permet de continuer à se battre malgré tout et ne pas laisser son esprit partir à jamais ? Parti-pris radical, d'une intelligence et d'une puissance extrêmes, Dumont a fait le choix, pour mettre son actrice principale dans les conditions les plus proches possibles de la réalité, de tourner dans une institution psychiatrique bien réelle et de confier aux vrais malades le rôle des compagnons d'infortune de Camille Claudel. Et ce sont des soignantes de l'hôpital qui incarnent les religieuses en charge de la surveillance des patients.

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On ressent intensément ces moments inattendus, parfois bouleversants, qui naissent de la confrontation entre Juliette Binoche et les malades/acteurs. Une Juliette Binoche totalement habitée, qui sait rendre avec une force incroyable la complexité, la force intérieure, les déchirements de son personnage, notamment dans cette scène poignante où, un jour de pluie, Camille ramasse de la boue, tente de mouler une figure et n'y parvient plus…

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Autour de l'asile, les paysages du Lubéron sont magnifiques, et l'enfermement n'en devient que plus cruel. Une séquence en plan aérien nous montre Camille marcher en quasi-liberté dans le maquis avec d'autres pensionnaires. Elle pourrait fuir, s'enfoncer dans un chemin et disparaître facilement… mais elle n'en fait rien, la résignation est la plus sûre des « garde-fous »…

 



Pendant toutes ces années d'internement Camille Claudel vit – on le voit bien durant tout le film – dans l'espoir que son frère va la sortir de là et la ramener à la maison. Dumont présente avec une certaine cruauté l'écrivain catholique et mystique qui verbalise et soliloque, livrant un discours empreint de religiosité qui manque de la générosité, de l'humanité les plus élémentaires face à une sœur emmurée dans le silence de sa cellule. Et c'est bien ce besoin impératif d'une plus grande humanité que le cinéaste ne cesse de convoquer magnifiquement à travers tous les personnages de ses films, du commissaire trop sensible de L'Humanité au prédicateur taiseux de Hors Satan. Des êtres dont la vie intérieure est tellement intense qu'elle les menace d'implosion. Des êtres dont le verbe est rare mais l'âme si grande, des êtres que Bruno Dumont, grand cinéaste des âmes tourmentées, sait magnifier film après film.

Cinéma Utopia.

http://www.cinemas-utopia.org/avignon/