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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Où es-tu ?

7 Février 2021, 14:18pm

Publié par Grégoire.

Où es-tu ?

« Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée… A peine couchée je me dis, quand pourrais-je me lever? Le soir n’en finit pas … » 

Job, c'est le livre de l’Ancien Testament sur la Providence, la conduite de Dieu devant la souffrance humaine. Pourquoi le mal ? Qu’est-ce que fait Dieu ? Fait-il quelque chose ? Ou bien, est-on livré au hasard ? 

Face au mal, on tombe vite dans la fatalité : « c’est comme ça » « tant pis, un mauvais moment à passer... » la fatalité, le destin, c’est vivre comme si le mal était une force absolue. Croire qu’il tombe aveuglément, qu’il s’abat sur les personnes et surtout qu’il n’a aucun sens ! 

Cette fausse croyance tue notre vitalité car elle engendre le désespoir : si le mal s’impose et que cela n’a aucun sens, on n’a plus d’attente, plus d’espoir, plus d’espérance !

Ou alors, nous sommes comme les amis de Job qui lui font la morale; Job a tout perdu et ses amis disent : « son malheur, c’est parce qu’il a péché, il est puni ! » Raisonnements très faux, très païens, mais très courant !

Pour Jésus c’est la même chose, lui, le juste, l’innocent, le Père semble l’avoir abandonné. Et quand il est crucifié, il n’y a plus personne, plus aucun ami ! Qu’est-ce que cette conduite de Dieu ? Pourquoi Dieu permet-il le mal ? La souffrance ? À quoi cela sert-il ? 

La première source du mal, vient de la jalousie de nos frères ainées, qui trouvent insupportable que Dieu ait pu associer l’esprit à la matière ! Les anges sont des esprits purs ! Pour eux, nous sommes des bâtards ! Or, Dieu a continué sa création malgré la lutte, toujours actuelle et ultra violente de ces anges devenus démons ! 

Dans le livre de Job, Dieu laisse, apparement, le diable détruire la vie de Job : ses troupeaux, sa famille, sa santé. Le démon veut montrer à Dieu que si Job souffre, alors Job s’éloignera de Dieu. Et Dieu laisse faire. Car Dieu se sert même du mal ! Il se sert aussi du démon à son insu ! Et même de nos fautes ! Aucun mal, aucun échec n’est absolu ou définitif !

La deuxième source du mal dans nos vies, c’est de ne pas savoir pourquoi ce mal arrive ? Alors on désespère et on vit dans la peur ! On a peur quand on avance tout seul. Avancer avec des moyens humains, c’est avancer tout seul ! Avoir pour guide la télévision ou les infos, c’est  encore avancer seul ! C’est désespérant !

Mère Térésa disait qu’une des plus grande souffrances aujourd’hui, c’est la solitude. 

Parce que parfois, même dans notre famille, dans notre couple, dans nos communautés, on est seul parce qu’on ne peut pas dire totalement ce que l’on porte au fond de soi. On ne peut pas dire ses luttes, ses misères ! Alors on porte cela seul, on est dans une impasse et on désespère, et il y a des choses qu’on porte et qui gangrène, qui moisisse en nous.

Ce que l'on peut dire, sans faire le tour de la question, c'est que Dieu permet qu’on soit blessé, que l’on souffre -et c’est une permission- c'est pour que : 

- Nous nous battions pour ne plus être seul. On est vivant quand on est capable de conquérir un autre et de lui transmettre ce qu’on a de plus personnel, nos joies les plus intimes et aussi nos misères les plus secrètes.

- Que nous dépassions le point de vue moral et du résultat ! Très souvent il y a dans la morale et la recherche de résultats un orgueil caché : on ne veut pas accepter qu’on est capable de se tromper, et on veut absolument montrer que, seul, on se suffit et on arrive à quelque chose ! C’est un mensonge !

- Et que nous n’attendions pas un salut temporel ou politique ! Il n’y a pas de salut communautaire ! La politique, c’est comme la météo ou la santé, ça change tout le temps, il n’y a pas de stabilité là-dedans !

La souffrance, le mal -et même nos fautes- ont l’avantage de nous affaiblir, de nous rendre petits. Là on comprend, dans notre chair, que par nous-mêmes on n’est pas grand chose ! On ne peut se réaliser par nous-même. On a besoin d’un autre ! Et surtout du Tout-Autre, du Père, de Jésus ! On vit seul quand on n’a pas découvert que Jésus, c’est Celui qui veut me rendre pleinement moi-même.

Notre vrai mal c’est d'abord que l’on porte tout, tout seul. Que l’on ait des désirs tordus, des envies de meurtres, de jouissance, ce n’est pas grave en soi : il faut les donner à Dieu, à Jésus. Il les connait et Lui seul peut combler tout nos manques, toutes nos attentes, même les plus tordus ! Ce qui est grave, c’est de tout porter seul. Parce que si tout ce qu'on porte explose de ne pas avoir été donné, là ça fait très mal ! 

Jésus n’est pas venu montrer un modèle de vie ou de société idéale; sa venue n’a pas supprimée la souffrance ou le mal. Il est venu pour épouser toute notre vie, lui donner une dimension divine ! Mais nous, on est très occupé par ce qu’on fait; 

Souvent, ce n’est que quand on est appauvrit, petit, souffrant, qu’il peut nous rejoindre; Nos blessures sont le grand lieu où il peut nous rencontrer et se faire connaitre, parce qu’alors on est accessible : nos souffrances nous mettent en attente d’un autre !

C’est pour ça que le texte de Job est une prière : sa souffrance est un cri, une attente de Dieu ! Il mendie son repos à Dieu. Et Job est instruit par Dieu dans la prière, et Job dit « à la fin, je me tiendrai debout avec mon corps et de mes yeux de chairs je verrais Dieu » Il a la certitude que ce qu’il vit n’est pas vain !

Et quand Jésus prie le matin, il se repose dans la présence du Père. Prier c’est dire «Abba, Papa» et laisser le Père, mon Père, notre Père nous dire, de l’intérieur, qu’il porte tout, que tout a un sens. On peut dire aussi : « Jésus » tout doucement. Cela suffit.

Quand on entre au couvent, normalement, c’est pour ne plus jamais être seul, normalement… De même que l’on peut être très très seul dans un couple… Or, la prière, ce dialogue, ou même cette respiration avec Celui qui ne nous quitte jamais,  c’est pour ne plus rien vivre seul qu’on y entre. Cette mendicité intérieure de la lumière, de l’amour, de la présence de Celui qui est toujours en attente de tout me donner. Jésus nous attend. Il veut nous consoler ! Nous donner la certitude que rien n’est vain ! Et comprendre que Dieu utilise nos souffrances, nos blessures, nos luttes pour nous mettre à sa taille. 

C’est normalement l’oeuvre de la lumière et de l’amour de nous adapter à l’autre; mais pour nous, grâce ou à cause de notre corps, notre esprit reçoit une nouvelle lumière, un nouvel amour dans l’obscurité que sont nos blessures et de ce non-amour qu’est le mal. Cela on ne peut le vivre ou le porter seul; c’est toujours de trop pour nous !

C'est pour cela qu'Il est sorti, qu'il nous cherche et qu'il nous crie en silence : « où es-tu ? »

Grégoire +

 

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