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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Cet amour qui nous éprouve

27 Février 2021, 23:42pm

Publié par Grégoire.

Cet amour qui nous éprouve

Le carême, ce temps de dépouillement, c'est pour redécouvrir cette proximité de Jésus, son amour actuel, personnel, pour chacun. Est-ce que votre amour s’est un peu renouvelé ? Dieu s’est fait chair pour être proche de nous. Il a pris notre place pour nous donner la sienne, payant toutes nos dettes. On vient à la messe, pour être brulé par son amour, pour que son don s’inscrive en nous.

Mais, pourquoi cet amour de Jésus passe par la Croix ? Est-ce que nos péchés réclament ce sacrifice sanglant ? Est-ce parce que la souffrance est la seule manière d’accéder à Dieu ? A quoi sert la Croix, nos croix, nos souffrances ?

En s’incarnant, Jésus nous révèle que seul Dieu peut nous combler. On est fait pour aimer et Dieu est l’amour. Notre travail, ce qu’on fait, ceux que l’on aime, toutes nos connaissances ne peuvent pas nous combler. Chacun, inconsciemment, nous attendons Dieu: c’est à dire être aimé infiniment. Rien sur terre ne peut combler notre soif d’amour.

Mais alors, pourquoi la Croix ?

Dieu est amour, mais cet amour est trop fort, trop intense: sa présence nous aveugle. Son amour n’est pas un gros câlin sucré. Son amour, c’est Lui ! Et c’est à la Croix qu’il nous prend à Lui. Cet amour est trop brûlant pour nous ! Car la Croix c’est un don qui est tel qu’il nous dépouille de nous-même, de nos belles idées, de nos satisfactions; Quand Dieu nous étreint, son don nous agrandit tellement qu’on est fragilisé, appauvrit, blessé ! 

La transfiguration, c’est Jésus qui manifeste autrement ce qu’il va vivre -et nous faire vivre- à la Croix. Chaque moment de la vie de Jésus nous dit ce don réalisé à la Croix, d’une façon qui nous est plus adaptée : Cana montre que la Croix ce sont des noces, et les six cent litres de vin disent combien ce don est excessif; La purification du temple, le «détruisez ce temple» de Jésus dit que son corps -donc notre corps- est le lieu de la rencontre avec Dieu. Et que Dieu est un feu qui consume tout ! La passion de Jésus, c’est Jésus brulé par l’amour du Père.

C’est ça l’épreuve d’Abraham. Lorsque Dieu demande à Abraham de lui offrir Isaac, ce n’est pas un test ! C’est Dieu qui donne à Abraham sa propre paternité. Or ce don, parce qu’il est de trop, apparait comme négatif : pour Abraham cela apparait comme la mise à mort de son fils. Le Père donne sa paternité à Abraham, pour qu’il soit Père des croyants. Ce don est tellement plus grand que notre propre existence qu’il est vécu par Abraham comme le sacrifice de son enfant !

C’était déjà cela l’épreuve de la Genèse, lorsque Dieu confie à Adam ce commandement apparement négatif: «tu ne mangeras pas du fruit de l’arbre». Ce commandement qui semble négatif est le signe d’un don de Dieu qui excède l’intelligence et le coeur d’Adam. Parce que ce qui est bon pour nous, notre bonheur, n’est pas dans ce qui nous est accessible. Notre bonheur c’est Dieu lui-même. Mais Dieu, notre fin, nous est inaccessible, et ça c’est insupportable pour notre intelligence ! ça semble même une erreur: on ne peut pas l’atteindre par nous-même, mettre la main dessus ? Là, seul l’amour peut nous faire accepter de ne pas comprendre et accepter d'être mendiant.

Dieu, qui est de trop pour nous, ne peut être que reçu. Vouloir mettre la main sur Lui, c’est le réduire à notre taille, le diminuer. Et pour nous, c’est s’amputer, se mutiler, se diminuer. Réduire ce qu’on est à ce qu’on fait, à ce qu’on est capable d’atteindre ou de comprendre, c’est cela la plus grande corruption, le mal.

De fait on est heureux que quand on est agrandit, quand on est tiré hors de soi, quand on accepte d’être débordé par ce qui n’est pas nous. Rester à ce dont on est capable est un esclavage terrible : on ne se quitte pas. C’est plus tranquille, mais c’est petit, à notre taille, à notre mesure.

Ce qu’on fait ou connait ne peut nous combler. Dieu seul ! Mais être agrandit à sa taille ça nous éprouve. Déjà aimer, nous fait sortir de nous-même, nous agrandit et nous rend vulnérable: ça touche ce qu’il y a de plus nous-même, on est donc toujours un peu blessé car on vit au rythme d’un autre.

La Transfiguration: c’est pour pouvoir vivre de l’intérieur, ce don que Jésus me fait de lui à la Croix et dans mes croix. Comment accepter d’être agrandit, adapté à Dieu? comment ne pas vivre nos souffrances comme un drame ou une tragédie?

« Celui-ci est mon fils bien aimé, écoutez le ». Le « Ecoutez-le » remplace la profession de foi que les juifs récitent chaque jour « Shema Israël, Ecoute Israël ». Quand, dans nos Croix, on écoute Jésus, on découvre que la Croix, en nous fragilisant, nous fait être avec Lui, Le « Bien-Aimé » : celui qui reçoit tout.

Sur une haute montagne : la Croix a le mérite de nous séparer du monde et nous mettre seul, en attente du Père. 

La blancheur des vêtements est un signe extérieur, comme une aube : c’est pour manifester quelque chose de caché; à la Croix Jésus révèle ce qu’il a de plus intime, son cœur, sa vulnérabilité, ce qui le blesse et cela nous purifie. Être purifié, c’est être agrandit, rendu vulnérable comme lui.

Elie et Moïse. Elie, le prophète, reconnait la présence de Dieu au Mont Horeb, dans le murmure d’un doux silence. Jésus nous donne Marie, nouveau prophète, elle est le murmure d’un doux silence qui permet d’être debout à la Croix. Elle est la tendresse de Dieu qui se donne dans nos souffrances.

Moïse, le libérateur, celui qui donne la Loi; Jésus est le vrai libérateur, il est la Terre promise et donne la nouvelle loi : l’eucharistie. L’eucharistie, nous donne Jésus-crucifié, donné  gratuitement, sans mesure, répandu, livré en pure perte. 

Pour ne pas être révolté ou écrasé par la croix, mais la vivre de l’intérieur, accepter d’être agrandit, voilà les moyens de Jésus: 

Marie, seul moyen pour devenir un enfant de Jésus. Pour cela, il faut choisir ne pas pouvoir se passer d’elle. C’est la place de la femme; seule la femme dispose à l’amour et renouvelle l’amour. Seule Marie, la femme, nous fait accepter d’être fragilisé, appauvrit, de ne pas pouvoir avancer seul, de ne pas nous révolter face à ce qui nous éprouve.

L’Eucharistie : se nourrir de de Jésus, qui se fait mon pain et en faire notre règle de vie; dire à Jésus dans nos croix « Ceci est mon corps, ceci est ma vie livré pour toi ! Je veux que tu puisses te nourrir de moi. Je te rends grâce de cette fragilité que je connais, de me rendre vulnérable, petit comme toi. »

Grégoire +

 

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