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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Spiritualité d'en bas

15 Décembre 2018, 06:23am

Publié par Grégoire.

Spiritualité d'en bas

Un ermite voulait s’entretenir avec un moine célèbre. Dès les premiers instants de sa rencontre, il se met à lui parler de l’Écriture et des choses spirituellement célestes. À sa grande surprise, le moine détourne la tête, totalement indifférent aux propos de l’ermite. Dépité, il veut repartir. Le moine l’arrête et lui dit : « Tu es d’en haut et tu parles de choses célestes. Moi, je suis d’en bas et je m’entretiens de choses terrestres. Si tu m’avais parlé des passions de ton âme, je t’aurais répondu bien volontiers. » L’ermite lui parle, alors, des passions qui s’emparent de son âme, de ce qu’il vit et l’anime. Il se refuse de poursuivre sur le registre religieux et ce qu’il croyait savoir sur Dieu.

Anselme GRÜN, moine thérapeute allemand, rapporte ce récit dans un de ses derniers livres Spiritualité d’en Bas. Il veut inviter ses lecteurs à retrouver le chemin de la vie intérieure. Bien souvent, dit-il, nous restons marqués par la tradition de la « spiritualité d’en haut » qui consiste à vouloir atteindre des idéaux spirituels présentés par l’Écriture et la tradition de l’Église. Cette poursuite des objectifs peut refouler les personnalités et entraîner la culpabilité. Ce ne sont pas nos propres efforts volontaristes qui nous permettent d’atteindre Dieu ; ses bienfaits ne sont pas à la mesure de la multiplicité de nos pratiques. Bien au contraire ! Nous ne pouvons trouver un accès à Dieu, pas seulement par la vertu et l’ascèse, mais plutôt par la reconnaissance de notre propre impuissance.

Pour nous guider sur ce chemin spirituel, l’auteur évoque les grandes figures qui ont guidé le peuple hébreux : Abraham, Moïse, David et par la suite Pierre, Paul. Ces leaders spirituels, loin d’être parfaits, ont été marqués par leur fragilité. C’est à cause de leur faute qu’ils crient vers Dieu. Dans l’évangile, par contre, les pharisiens incarnent la spiritualité d’en haut par leur pratique rigoureuse de la loi, entraînant l’autosatisfaction. Nous sommes bien loin de l’attitude de ce publicain qui, à l’entrée du temple, se reconnaît pécheur.

Anselme Grün attire l’attention sur des dérives contemporaines, quand nous risquons de trop mettre l’accent sur des pratiques religieuses pour avoir bonne conscience, tout en oubliant les mouvements plus intimes de notre être. C’est pour cela qu’il invite à la descente en nous-même pour avancer sur le chemin de la spiritualité. « Si tu veux connaître Dieu, apprend d’abord à te connaître toi-même. »

Nos contemporains, refusant d’être emprisonnés dans les rites religieux, ne sont-ils pas plus sensibles à la quête de Dieu au plus intime d’eux-mêmes ? Leur rejet du légalisme et du pharisaïsme n’en est-il pas le signe ?... À nous d’allier, à la fois, la spiritualité d’en haut avec ses idéaux et ses modèles mais aussi la spiritualité d’en bas, toute faite d’humilité pour aller à la rencontre de Dieu. Avec une pointe d’humour, Anselme Grün nous livre les recommandations d’un certain Antonios : « Si tu vois qu’un jeune moine désire aller au ciel de son propre chef, saisis-le par les pieds, fais le trébucher, car cela n’est pour lui d’aucune utilité. »

La spiritualité d’en bas est un courant qui pense que Dieu ne se limite pas à nous parler dans la Bible et par l’Eglise, mais qu’il s’adresse à nous, à travers nos pensées et nos sentiments, à travers notre corps, nos rêves, et même nos blessures et ce que nous considérons comme des faiblesses. »

« Pour cette spiritualité d’en bas, le chemin vers Dieu n’est pas comme une rue à sens unique qui permettrait de progresser toujours davantage vers Dieu. Le Chemin qui mène à Dieu s’effectue plutôt par des tours et des détours, il passa par des échecs et des déceptions personnelles. Ce n’est pas vertu qui m’ouvre en premier lieu à Dieu, mais bien ma faiblesse, ma détresse et même mon péché. »

« La spiritualité d’en bas, telle que l’on pratiquée les premiers moines, se trouve confirmée par la psychologie, selon laquelle il est évident que l’homme peut accéder à sa nature profonde seulement en passant par la connaissance de soi la plus sincère possible. »

La spiritualité d’en bas, implique bien davantage de nous ouvrir à une relation personnelle avec Dieu, précisément à partir de la situation qui est la nôtre quand nous sommes à bout de nos possibilités. Selon les moines, la véritable prière jaillit des profondeurs de notre détresse et non pas de notre vertu.

«  Les évangélistes n’ont pas cherché à enjoliver les défaillances de Pierre. Il était pour eux manifestement important de reconnaître sans complaisance que Jésus n’avait pas choisi des apôtres pieux et fidèles, mais des hommes pécheurs et imparfaits. Or, il a fondé son Eglise sur eux. Ils étaient les témoins choisis de la miséricorde de Dieu telle que Jésus l’a proclamée et dont il a témoigné par sa mort. Ce sont ses fautes qui ont permis à Pierre de devenir un roc pour les autres. Car il a découvert que ce n’était pas lui-même qui était le roc, mais seulement sa foi à laquelle il s’est raccroché, afin de pouvoir être, dans son combat, fidèle au Christ. »

« Nous trouverons le trésor qui est en nous seulement quand nous serons au plus près de nos blessures. 

La blessure n’est pas seulement le lieu où nous entrons en contact avec notre Moi. C’est là quand nous sommes à bout, sans aucune autre perspective que d’abandonner, que la relation avec le Christ peut se développer et que nous pouvons pressentir que nous dépendons totalement du Christ. »

« Le chemin spirituel vers la contemplation et l’union  à Dieu passe par la prise en compte des pensées et des passions. »

Anselme GRÜN, Spiritualité d’en Bas.

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fifi 17/12/2018 18:37

Oh combien soulageant, Anselm Grün ! :-)