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Emmanuel Macron, l'élève d'Aristote

10 Juillet 2015, 22:32pm

Publié par Grégoire.

Emmanuel Macron, l'élève d'Aristote

 

Quatre cent cinquante heures de débats, 9 600 amendements, 2 300 amendements acceptés lors de l'examen du texte, 300 articles votés. La loi Macron obéissait à un concept simple: réveiller l'activité. La confrontation avec les réalités politiques, sociales et juridiques françaises a transformé ce principe en une loi indigeste au contenu indiscernable. Pour accepter ce contraste entre les mots et les choses, il faut être philosophe. «L'exigence du quotidien, qui va avec la politique, est d'accepter le geste imparfait» affirme Emmanuel Macron dans l'interview qu'il a donnée à l'hebdomadaire Le 1. Il y parle en philosophe et ses mots profonds et nourrissants soulignent, en creux, toute la vacuité de ce que les communicants appellent des «éléments de langage». Une respiration intellectuelle apparemment indispensable pour ne pas tourner de l'œil dans l'air vicié des sondages, des clashs, des tacles, des tweets et des likes.

Si, comme le disait Montherlant, toute supériorité est un exil, le ministre de l'Économie doit se sentir bien seul dans ce gouvernement. Passer du statut d'assistant de Paul Ricœur à celui de François Hollande est sans aucun doute un gain considérable en terme d'ambition mais toute médaille a son revers: c'est aussi une perte sèche pour la vie de l'esprit. Le chef de l'État ne cache pas, en effet, son indifférence pour la littérature, la philosophie, les beaux-arts, toutes ces vieilleries inutiles et encombrantes qui le détournent de ses deux uniques passions: la politique et le sport.

Najat Vallaud-Belkacem avec sa réforme du collège a donnéle coup de grâce aux humanités.Fleur Pellerin, notre ministre de la Culture, n'a rien lu de Modiano et ne prend pas la peine de se déplacer pour remettre le prix de la BNF à Michel Houellebecq.

Manuel Valls, dans L'Œil, a envisagé des cours d'improvisations à la Jamel Debbouze dans les écoles. Quand il parle d'un livre (Zemmour, Onfray, Todd), c'est pour exiger que personne ne le lise.

Au milieu de cette nuit, le jeune homme brille avec autant plus d'aisance. Ainsi,il peut prendre une heure, à Bercy, pour, devant un parterre de lycéens, dialoguer avec Fabrice Luchini sur les mérites comparés du Bateau ivrede Rimbaudet de Noces de Camus. C'était au début du mois de juin. L'auditoire était conquis.

Dans Le 1, donc, Emmanuel Macron ne parle ni taxi, ni autocar, ni motion A, ni Jean- Vincent Placé mais Aristote, Descartes, Pascal, Kant, Ricœur. La politique sans la philosophie, explique- t-il en substance, n'est qu'un cynisme, un nihilisme.

Les partis? «Avoir une carte et payer sa cotisation, adhérer à des hommes aussi. Être en accord avec un corpus idéologique composé d'énormément de malentendus, dans un moment où les idées ont été largement abandonnées par les partis politiques.»

Les journalistes? «La parole médiatique, c'est la nourriture donnéeà un monstre qui ne s'arrête jamais.»

L'activisme? «L'action politique est en effet d'une nature suffisante de l'ordre du divertissement pascalien: une fois que c'est fait, c'est fait. Mais c'est une fuite.»

Les incantations citoyennes? «Personne n'adhère à la démocratie. Sauf ceux qui ne l'ont pas. La vraie difficulté, aujourd'hui, c'est que le concept est vide.»

Viennent ensuite ces lignes, déjà célèbres, devant lesquelles Jean-Luc Mélenchon a dû avaler son bonnet phrygien: «Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort (…). Napoléon, de Gaulle ont tenté de réinvestir ce vide.» Et le ministre de poursuivre sa méditation où plane l'ombre du président sur son scooter: «la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu'on attend du président de la République, c'est qu'il occupe cette fonction.» L'adéquation de la pensée et des choses: en philosophie, cela s'appelle le réalisme.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/07/09/31001-20150709ARTFIG00295-emmanuel-macron-l-eleve-d-aristote.php