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Ce qui ne m’aide pas à aimer où à mourir, je ne m’en soucie pas...

25 Mars 2015, 07:18am

Publié par Grégoire.

Ce qui ne m’aide pas à aimer où à mourir, je ne m’en soucie pas...

 

N’en déplaise aux intellectuels, il n’y a que deux littératures : une qui nous égare et l’autre qui nous guide. La première détourne d‘une main criminelle les panneaux indiquant le ciel, la seconde les remet en place avec constance héroique. « Ce qui ne m’aide pas à aimer où à mourir, je ne m’en soucie pas » écrit Christian Bobin. Un peu d’aide est donc la seule gloire des Lettres. Il ne faut rien connaître du vrai malheur pour choisir de l’éterniser dans un livre. Le culte du néant n’est rien d’autre qu’un vice bourgeois. Ceux qui ont traversé le pire ne s’y trompent pas : jamais ils ne confondront le diamant rose du cœur avec cet anthracite amorphe que tant d’écrivains vont chercher aujourd’hui dans l’approfondissement du mal (…)

La bonté, tel est l’enduit exceptionnel que, sur sa feuille, Christian Bobin ose étaler avant d’écrire. Fort de cette douceur- là, sans tenir compte de la noirceur du temps, il pose une à une sur la page les couleurs miraculeuses de la vie, et ces livres deviennent « un herbier où rien ne serait desséché, où tout garderait sa fraîcheur d’apparition ». Ainsi tout ce qu’il montre prend-il immédiatement l’éclat incomparable du paradis. Le paon blanc du réel fait la roue au cœur de son écriture, faisant vibrer surnaturellement les rémiges neigeuses de ses phrases. « Sans l’invisible nous ne verrions rien, nous serions dans le noir complet. » Les illuminations de Christian Bobin sont les traces de cet invisible.

Lydie Dattas, extraits de la préface, L’enchantement simple.