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Vendée 1793 : mécanique d'un crime légal contre l'humanité

10 Janvier 2012, 04:15am

Publié par Father Greg

 

 

dup12_benoit_001f.jpgL’enjeu du procès de Nuremberg a été d’établir la distinction entre les bourreaux et les victimes, condition fondamentale pour établir la justice et entamer un processus mémoriel. Cette tâche a été facilitée par le fait que les victimes étaient du côté de la victoire, le vainqueur jugeant le vaincu par rapport à un concept simple, évident et partagé par tous : le Bien et le Mal. La Vendée s’est trouvée dans une situation inverse : les bourreaux étaient les vainqueurs et conservaient le pouvoir, les victimes étaient les vaincus. Cette situation est analogue à celle des Arméniens par rapport à la Turquie, mais les Vendéens ont une spécificité. En effet, contrairement aux Juifs ou aux Arméniens, ils ne constituent ni un peuple ni une ethnie mais un groupe humain habitant un même territoire, la Vendée militaire, dont les ferments d’identité se sont cristallisés dans les événements liés à la guerre civile et au génocide. Dernière caractéristique : les Vendéens n’ont pas eu conscience de la spécificité du crime commis à leur encontre tandis que leurs bourreaux ont tout fait pour empêcher que la vérité éclate et ont mis en place un processus de mémoricide que l’historien doit déconstruire.

Le génocide concerne les morts directs et les survivants. Le mémoricide concerne les descendants et ne s’inscrit donc plus dans les événements contemporains mais dans le temps, même si le point de commencement du mémoricide peut être contemporain des événements, ce qui est le cas pour la Vendée. A l’effroi et l’horreur que l’on retrouve dans tous les génocides, si bien cernés par l’abbé Desbois en Ukraine[1], ont succédé pour la Vendée la manipulation réussie puis l’oubli. En Vendée, pour des raisons évidentes liées à l’analphabétisme et à la disparition des élites, les témoignages écrits de contemporains sont rares. Certains, comme le recteur Pierre-Marie Robin de La Chapelle-Basse-Mer[2], évoquent les événements en quelques mots ; d’autres, comme la marquise de La Rochejaquelein[3] ou le vicomte Walsh[4] rédigent mémoires et témoignages afin de transmettre pour ne jamais oublier. Cependant, ces récits sont parcellaires et ne s’intègrent jamais dans une grande histoire contrairement à ceux des victimes du nazisme ou des Jeunes-Turcs et plus récemment du communisme. Les témoignages sont toujours similaires tant sur le fond que sur la forme et traduisent les mêmes impressions et les mêmes comportements face à une situation analogue.

La distinction entre bourreau et victime est essentielle pour l’élaboration de la mémoire et sa transmission sur le long terme. Une victime est une personne ou une communauté qui souffre ou a souffert des agissements de tiers, que ce soit d’un individu, d’un groupe ou encore d’un État. En l’occurrence, les Vendéens ont souffert de la volonté de la Convention de les exterminer et d’anéantir leurs biens et leur territoire.

Le mémoricide agit dans le temps et dans l’après-coup du génocide sur les descendants des victimes. Son premier effet est d’empêcher que soient constituées et donc reconnues comme victimes les personnes ayant souffert de quelque manière que ce soit de ce génocide. Pire, pour effacer le génocide, les bourreaux et leurs partisans font disparaître les victimes qui n’existent plus en tant que telles mais réapparaissent sous les traits de coupables puis, en une inversion perverse, sous ceux de bourreaux. Ainsi, en niant l’existence d’une victime et d’un bourreau, le mémoricide nie même l’existence de la victime : pas de victime, pas de crime. Les descendants des Vendéens ne peuvent donc prétendre être des descendants de génocidés et donc faire reconnaître aux yeux de tous le caractère spécifique du crime qu’ils ont subi comme les dommages psychiques que celui-ci entraîne chez eux, encore à l’heure actuelle.

 

Reynald Secher

  Extraits de Vendée : du génocide au mémoricide : Mécanique d'un crime légal contre l'humanité, Cerf (octobre 2011) http://www.atlantico.fr