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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le trac du tractage

17 Juillet 2013, 09:40am

Publié par Fr Greg.

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A priori, on pourrait se dire que pour un acteur, tracter est comme un jeu d’enfant. Ni plus ni moins qu’une nouvelle façon de se mettre en scène. De faire le clown. L’acteur quoi. Tracter  dans la rue ne serait finalement que le prolongement du travail sur un plateau. La même chose. Mais dans la rue, les yeux dans les yeux avec votre public. Bref, le bonheur.

Et bien, permettez-moi de vous dire que vous avez tout faux. Pour ne parler que de ma petite personne, tracter est bien plus difficile que de jouer la comédie. Et pour être franc, j’ai plus peur d’aborder une table de dix personnes au restaurant pour parler de Comme d’habitude que de jouer devant une salle comble. Vendre en général, et se vendre en particulier est une affaire bien plus délicate que de faire l’acteur. Sur un plateau, protégé par les lumières des projecteurs, vous êtes dans une bulle. Protectrice, régressive, où (presque) tout est possible et toléré. Malgré tous ces yeux braqués sur vous, vous êtes étrangement à l’abri. Du dehors. De la vraie vie.

Devant dix personnes en train de d’attaquer leur pizza ou leur entrecôte, c’est une autre affaire. Mais attention, je connais des comédiens qui ont le talent pour leur faire poser les fourchettes, et de boire vos paroles en guise de rosé. Matthieu (l’autre comédien de Comme d’habitude) est de ceux-là. Ce sont des races à part. Des comédiens show man. Des acteurs à bagout. Qui peuvent vous emballer tout et n’importe quoi. Et surtout les jolies filles. Et puis il y a les autres, les comme moi. Qui ne savent pas très bien quoi faire avec le regard des autres.

Si j’étais directeur commercial d’une entreprise d’aspirateurs, de photocopieurs ou de boulons en inox, j’exigerais que tous mes vendeurs se mettent à la disposition des compagnies de théâtre pour faire la promotion de leur spectacle pendant la durée du festival. Je ferai coup double: une excellente séance de formation pour mes équipes de commerciaux, et une petite contribution à la grande histoire du théâtre. Ce serait chic.

Mais je ne suis que journaliste et comédien le temps du festival. Alors je tracte. Et  je dois ravaler un peu de mon amour propre. Notamment devant ces faces de citron qui  me regardent débiter mon argumentaire commercial comme s'ils avaient en face d’eux un chimpanzé d’une espèce menacée d’Amazonie. Il y a les malotrus qui ne lèvent pas le nez de leur assiette. Les menteurs: «Désolé, mais je pars ce soir». Les faux-culs qui ponctuent chacune de mes phrases d’un «d’accord, d’accord, d’accord…» et qui concluent par un «merci» qui sent à plein à nez le «bon débarras». Les agacés qui soupirent avant même que vous commenciez à parler. Ou encore les péteux: «Désolé, que je ne vois que les spectacles du in». Heureusement, il y a tous les autres (et c’est la majorité) pour qui le tractage est l’occasion d’échanger sur le théâtre et le festival.

 

Bon allez, c’est pas tout ça, mais il faut allez au turbin. Ce soir, on n’a que 15 réservations. Alors, au tractage. A demain.

http://avignonoff.blogs.liberation.fr