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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le courage d'avoir peur (III)

4 Octobre 2012, 02:49am

Publié par Fr Greg.

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La mort, la folie, le désespoir

 

Les Israélites le savaient très bien, ils avaient ce sens : « J'ai vu Dieu, je vais mourir »... C'est dangereux parce que c'est trop intense, c'est trop fort. Dieu Lui-même n'y peut rien.

 

Ou plutôt, Il y peut quelque chose mais, du moment qu'Il a consenti au péché de l'homme, Il a consenti à ce qu'Il ne puisse s'engouffrer en nous sans précaution.

Cela produirait trois effets : dans le corps, la mort ; dans les nerfs, la folie ; dans l'âme, le désespoir. Voilà ce que veut dire être ennemi de Dieu : notre être réagit à l'approche de Dieu comme à l'approche d'un ennemi, c'est irrésistible, et encore une fois Dieu n'y peut rien, et notre bonne volonté non plus. Tout ce que Dieu peut faire (avec notre bonne volonté), c'est d'y aller doucement et de provoquer en nous des réactions « atténuées » (au sens médical) qui nous vaccinent peu à peu, ou plutôt qui estompent progres­sivement, jusqu'à leur disparition totale, les réactions de rejet de notre être contre la greffe divine.

Reprenons les trois points :

 

1. Pour le corps, la mort. - « Le dernier ennemi vaincu sera la mort. » Nous sommes condamnés à mort : les saints n'y échappent pas, mais ils meurent d'amour - l'amour de Dieu, après avoir détruit les résistances de leur être, détruit finalement ce vase de terre incapable de supporter la gloire de l'âme.


Au temps de Thérèse, on désirait beaucoup dans son milieu « mourir d'amour», ou du moins dans un acte délicat auquel on essayait de s'entraîner. En vérité, il y a pour mourir d'amour une seule condition, c'est d'être un saint. Les saints meurent d'amour parce que notre corps d'argile ne peut supporter une trop forte dose de vie divine. La Sainte Vierge et le Christ sont à ce sujet l'exception miraculeuse qui confirme la règle. Bossuet le dit fort bien à propos de l'Assomption : ce ne fut pas un miracle, mais la fin du miracle qui permettait à la Sainte Vierge de ne pas être brûlée par ce feu dévorant...


 

Ce poids d'amour excessif qui déchire l'enveloppe du corps n'empêche pas la maladie : elle la provoque au con­traire, tout en offrant au corps une force de résistance indéfinie contre les menaces naturelles de corruption. Ce double effet relève d'un unique mystère : les prémices de la gloire (plus précisément le germe de la gloire) fortifient déjà le corps contre ses ennemis naturels, tout en provoquant peu à peu sa dissolution - ce qui revient à dire en fin de compte que notre corps de mort fait partie des ennemis naturels s'op­posant à l'expansion du corps glorieux dont nous portons le germe depuis le baptême. « Au fur et à mesure que l'homme extérieur se décompose, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour » : le sacrement des malades est le signe efficace de ce mystère, c'est pourquoi il guérit autant qu'il aide à mourir - dans les deux cas, il est le canal de la gloire triomphant de la corruption.

 


A la Résurrection, notre corps sera fait sur mesure pour supporter la gloire de l'âme. En attendant, l'invasion de l'Amour est un péril de mort même pour les saints, car c'est une vie infinie qui fait irruption dans un vase d'argile inapte à la supporter.

 

MD Molinié, le courage d'avoir peur.