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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La volonté: efficience du sujet, ou réceptivité au bien...?

25 Septembre 2011, 05:23am

Publié par Father Greg

 

 

25521.jpgParallèlement au développement de la connaissance, notre vie, au niveau de l’esprit, implique un développement affectif volontaire : nos actes d’amour à l’égard d’un bien spirituel, nos actes d’intention à l’égard de la fin : tout ce que nous avons analysé au niveau de la philosophie éthique. Tous ces actes sont volontaires. Ils relèvent d’un appétit spirituel, d’une puissance affective capable d’aimer un bien spirituel, et capable de mobiliser toutes nos énergies pour l’acquérir. Cette puissance est ce que nous appelons la volonté. Cette puissance regarde en premier lieu tout ce qui est bon en tant que cela est bon, mais elle ne peut s’arrêter, se finaliser que dans le bien spirituel : la personne. Cela apparaît très nettement dès que nous analysons les actes d’appétit spirituel les plus caractéristiques. Pensons à l’amour d’amitié que nous avons analysé. L’acte le plus caractéristique de notre appétit spirituel est bien en effet un acte d’amour. Voilà l’éveil le plus profond, le plus radicale de notre volonté. Celle-ci est faite pour aimer, pour rejoindre son bien spirituel, ce qui est capable de perfectionner le vivant spirituel, de le finaliser. Car ce qui est propre à la volonté c’est d’être l’appétit spirituel du vivant dans sa plus profonde originalité ; la volonté est la puissance affective de la personne. Par la volonté, c’est la personne elle-même qui aime, qui se laisse attirer par le bien spirituel, c'est-à-dire par une autre personne capable de la finaliser, de la perfectionner. Il est capital de comprendre que notre volonté est en premier lieu une capacité d’amour spirituel, personnel, et non en premier lieu une puissance d’efficacité, comme l’affirme Descartes. Par le volonté, la personne n’est pas en premier lieu un être capable de commander, de donner des ordres, de dire : « Fais ceci » ; mais en premier lieu un être capable d’aimer, de recevoir l’influence immédiate de bien spirituel, de se laisser attirer par lui et de répondre en se donnant et en l’accueillant affectivement, spirituellement. Voilà le « cœur spirituel », la volonté en ce qu’elle a de plus profond.

 

Le « cœur spirituel », la volonté, est en premier lieu une puissance de réceptivité à l’égard du bien spirituel mais pour que ce bien puisse l’attirer, il faut que le bien spirituel soit connu comme bien spirituel par l’intelligence, qu’il soit connu non pas d’une manière abstraite et universelle, mais d’une manière concrète, dans sa propre existence. Le bien, dans ce qu’il est, implique, en effet l’acte d’être, l’exister (le bien idéal n’est pas le bien proprement dit, et le bien sensible, en tant que connu comme bien sensible, n’est pas atteint dans son exister, mais seulement dans son apparaître, son phénomène ; il n’est donc pas vraiment atteint comme bien). Ce jugement qui dévoile l’exister de ce bien spirituel permet à ce bien de se dévoiler lui-même comme bien, c’est-à-dire en suscitant au plus intime de la volonté un amour ; à partir de là il y a une nouvelle connaissance de ce bien, une connaissance affective, car je puis le connaître de l’intérieur, en tant qu’il est mon bien. C’est le bien-existant lui-même qui détermine mon amour, qui le finalise. La connaissance de l’intelligence permet le contact indispensable, mais elle n’est pas ce qui détermine mon appétit spirituel, ma volonté. Nous l’avons déjà vu au niveau de l’amitié et au niveau de la passion : nous le signalons ici au niveau même de l’éclosion du premier amour spirituel.

           

Ce premier amour spirituel n’est pas, en lui-même et par lui-même, conscient : il ne le sera que dans l’amour d’amitié, dans l’intention et le choix. Mais le philosophe découvre son existence comme fondamentale par rapport à tout le développement de nos opérations volontaires. Ce premier amour est vraiment à la racine de toute notre vie affective spirituelle.

Marie Dominique Philippe, Lettre à un ami.