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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La crise du milieu de vie (6ème partie)

16 Avril 2012, 03:13am

Publié par Father Greg

 

 

bodies2-550x557.jpgTauler sait décrire en images très évocatrices la tourmente par laquelle l'Esprit Saint veut opé­rer la transformation intérieure et façonner un être nouveau. Voici ce qu'il dit, à propos de Mt 10,16 de la perspicacité du serpent :

 

Lorsqu'il remarque qu'il commence à vieillir, à se rider et à sentir mauvais, il cherche un passage étroit entre deux pierres voisines et il s'y faufile en les serrant de si près qu'il perd sa vieille peau ; et par-dessous une nouvelle peau s'est déjà formée. L'homme doit faire de même avec sa vieille peau ; il en est ainsi pour tout ce qu'il a de par sa nature, aussi grand et bon que cela puisse être, c'est certai­nement périmé et plein de défauts ; que cela soit donc décapé par le passage entre les deux pierres qui sont l'une à côté de l'autre (215).

 

Pour mûrir, pour parvenir au fond de son âme, il faut se faufiler à travers le passage étroit entre les deux pierres : on ne peut courir continuelle­ment après de nouvelles méthodes de maturation humaine et spirituelle, ce ne serait qu'une fuite pour échapper à la tourmente. À un moment donné, il faut avoir le courage de franchir le pas­sage, même si on perd sa vieille peau, même si on récolte des plaies et des écorchures. Toute déci­sion enserre. Mais si l'on ne franchit pas le pas­sage, on ne peut ni mûrir, ni se renouveler. Il faut que l'homme extérieur soit décapé, afin que, jour après jour, l'homme intérieur devienne nouveau (cf. 2 Co 4, 16).

 

Si l'on prend les paroles de Tauler au sérieux et si l'on reconnaît Dieu lui-même à l’œuvre dans la crise du milieu de la vie, celle-ci apparaît moins menaçante et moins dangereuse. Il ne faut pas en avoir peur. Au contraire, on peut la considérer comme une chance pour avancer d'un pas et se rap­procher de Dieu. Ce qui nous est donc demandé dans la crise, c'est de laisser l’œuvre de Dieu se faire en nous. Bien souvent, son action est doulou­reuse pour nous. Il s'agit alors de subir Dieu en moi jusqu'au bout, de porter le fardeau qu'il m'envoie, sans en être brisé intérieurement. Cette attitude est très exigeante pour quelqu'un qui était habitué à prendre tout en main lui-même. Et il y a donc aussi le risque de vouloir reprendre en main la crise elle-même, de reprendre l'initiative pour accélérer le processus intérieur. En prenant conscience de la chance qui s'offre, on veut la mettre à profit et intervenir soi-même en jetant par-dessus bord des formes de vie dépassées. Tauler met en garde contre cette intervention autoritaire dans le travail de Dieu. Il ne faut pas que nous gênions son action dans et par la tourmente, nous n'avons pas à aban­donner nos pratiques antérieures de notre propre chef, mais seulement lorsque Dieu nous y accule.

 

Il faut faire très progressivement l'apprentis­sage de l'abandon à l'action de Dieu. Il est trop tentant de continuer à planifier soi-même sa vie et sa pratique. On se méfie de toute passivité, par crainte de lâcher les rênes. Auparavant, il était bon de décider soi-même des modalités de sa vie. Aussi veut-on continuer à faire de même. Mais s'il est bon pour la jeunesse de s'entraîner et de se fixer ses objectifs, il s'agit, à l'âge mûr, de laisser faire Dieu. Ainsi faut-il entrer pas à pas dans sa volonté et s'abandonner à sa Providence, ce qui exige l'abnégation de son propre cœur.

 

Pour Tauler, les difficultés et les tourments qui accompagnent la crise du milieu de la vie sont simplement les douleurs de l'enfantement qui accompagnent la naissance divine en l'homme. Dans la tourmente de cette crise, Dieu pousse les hommes à se tourner vers le fond de leur être, à reconnaître leur impuissance et leur faiblesse et à s'abandonner totalement à son Esprit. Lorsque quelqu'un se détache de tout ce qui peut gêner l'action de Dieu en lui, alors Dieu peut être engendré dans le fond de son être. Et, d'après Tauler, cette naissance de Dieu en l'homme est le but ultime du cheminement spirituel :

 

Fais-moi confiance, aucune tourmente ne s'élève dans l'homme sans que Dieu n'ait, en fait, l'inten­tion de procéder à une nouvelle naissance en lui. Et sache-le : tout ce qui t'enlève la tourmente ou la pression, tout ce qui l'apaise ou la soulage, tout cela se fait engendrement en toi. Et puis se produit la naissance, quelle qu'elle soit, Dieu ou créature. Et maintenant réfléchis bien à ceci : si une créature te débarrasse du tourment, quel que soit son nom, elle gâche complètement la naissance de Dieu en toi (217)…. Advienne ce qui voudra, de l'extérieur ou de l'inté­rieur: laisse la suppuration se faire jusqu'au bout et ne cherche pas de consolation, alors Dieu te libère certainement, reste donc disponible et laisse-le faire entièrement (217).

 

La crise du milieu de la vie a donc un objectif. Celui d'offrir à l'être humain l'opportunité de faire une percée jusqu'à son humanité authen­tique et d'accomplir un pas décisif sur le chemin qui mène à Dieu. Si nous avons compris les rela­tions entre tourmente et naissance divine, comme Tauler nous les a expliquées, il nous sera possible de réagir différemment aux premiers indices de la crise. Nous ne perdrons pas la tête et nous ne croirons pas nécessaire d'essayer toutes les méthodes psychologiques possibles pour franchir sains et saufs les reprises du combat. Au contraire, le fait d'accepter la crise et d'écouter ce que Dieu veut nous dire à travers elle deviendra pour nous une tâche spirituelle. Nous n'aurons pas à nous protéger par un des nombreux méca­nismes de défense possibles, nous n'aurons pas non plus à prendre la fuite, mais nous pourrons laisser Dieu agir sur nous en toute confiance, nous pourrons lui permettre de faire le ménage dans notre demeure et de mettre sens dessus des­sous l'ordre qui était supposé y régner. Alors, au lieu de gémir sur notre crise, nous remercierons Dieu pour l’œuvre qu'il opère en nous, pour la manière dont il brise nos raideurs afin de frayer un chemin à son Esprit, qui voudrait transformer toujours davantage notre cœur.

  

                                   La crise du milieu de vie, d'Anselm Grün

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