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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Avez-vous vraiment laissé l'autre s'imposer à vous jusqu'au bout?

16 Septembre 2011, 08:35am

Publié par Father Greg

 

 

 

apocalypto-2006-02-g.1290702140.thumbnail.jpg « Pourquoi en arrive-t-on à cette primauté de la pensée sur la réalité ? Pourquoi l'amour est-il rejeté et, en quelque sorte, exclu de la philosophie ? » N'est-ce pas parce que nous ne pouvons découvrir l'absolu, le mystère de Dieu, que par l'amour ? N'est-ce pas là la raison profonde et cachée ? En effet, on ne peut pas faire disparaitre Dieu tant qu'on n'a pas masque l'amour. Si nous n'allons pas jusque là, peut-être y a-t-il quelque chose que nous ne saisissons pas dans la pensée européenne moderne.

 

Certes, il est normal, d'une certaine façon, que l’amour soit absent du jugement « ceci est». Psychologiquement parlant, du point de vue de la conscience, c'est normal, car nous avons conscience de notre pensée alors que l’amour, au point de départ, est au-delà de la conscience, il est comme une source cachée. Au terme, le philosophe pourra dire que la Source cachée est Dieu, qui « parle » par cette source cachée qu'est l’amour. Mais ici, au point de départ, nous pouvons poser en quelque sorte cette hypothèse: « Si l’on brise l'amour, peut-on encore parler de Dieu d'une façon vraie ? » Ne risque-t-on pas de ne plus en parler que d'une façon passionnelle, apologétique ? Mais alors ce n'est plus Dieu.

 

De fait, l’amour nous fait découvrir l'autre sous le point de vue de la bonté: c'est l'autre qui nous attire, c'est l'autre qui suscite en nous un amour. L'autre qui ne nous attire pas, qui ne suscite pas l’amour en nous, nous l’évitons parce qu'il nous dérange. Grace à l’amour, nous ne sommes plus dans l’immanence de la pensée rationnelle, nous ne sommes plus entièrement « chez nous ». Tout amour nous déloge, parce que tout amour nous tourne vers l'autre et exige de nous de regarder l'autre. C'est donc parce que l’amour est premier que notre connaissance de l'autre, dans le jugement « ceci est », demeure pour nous quelque chose de fondamental. Si nous refusions le jugement « ceci est », nous refuserions en définitive l'amour; et refusant la primauté de l'amour, nous serions nécessairement conduits à affirmer la priorité de la dialectique du sujet ou la priorité de la nature. Au fond, la négation de Dieu ne repose-t-elle pas sur la négation de ce qui est tout à fait premier en nous ? Seul ce qui est tout à fait premier en nous, l'amour, nous permettra de découvrir le Premier de toutes les réalités existantes. Car l’amour nous permet de sortir de nous-mêmes et, par le fait même, de nous mettre dans une attitude d'ouverture, une attitude de vérité, pour chercher l'autre. L'Autre absolu, Dieu, s'il existe, ne peut être découvert que grâce à l'autre le plus simple dont nous affirmons : « Ceci est ». Nous avons toujours besoin de l’expérience de l'autre pour que la question de Dieu demeure.


Dans un monde qui, souvent, n'accepte plus vraiment l'autre, la philosophie n'est-elle pas absolument nécessaire pour poser ce problème à sa racine ? L'autre est celui qui nous attire, il n'est pas d'abord celui que nous connaissons. II est d'abord l’inconnu qui nous intrigue, qui nous appelle. Dans tout amour, il y a quelqu'un qui nous appelle ; l’amour est la réponse à cet appel et nous fait sortir de nous-mêmes. L'amour montre donc que l'autre est vraiment ce qui est premier. L'autre, celui qui nous attire, qui nous appelle, qu'est-il exactement ? Nous n'en savons rien, mais c'est une réalité autre, qui nous permet de comprendre que « ceci est » est premier. Le jugement « ceci est » répond à cet appel qui n'est vrai que si nous reconnaissons qu'il y a quelqu'un, quelque chose qui est. C'est la que se fait la première distinction entre l’intelligence qui cherche la vérité et l'imaginaire. Dans l’imaginaire, l'autre nous appelle mais ne nous intéresse pas davantage. Ce n'est pas vraiment l’autre, c'est une sirène dont le chant nous distrait En revanche, l'autre réel nous attire, nous l'aimons. C'est cela qui suscite en nous l’éveil de l’intelligence, la question : « Cet autre, qui est-il ? » II est un autre être ; il est autre que nous dans l’être et, cependant, il est avec nous dans l’être. Nous découvrons alors quelque chose de plus radical que la simple attraction de l'autre : c'est la vie même de notre intelligence qui s'éveille pour savoir ce qu'est cet autre.

 

C'est cette connaissance de l'autre, « ceci est », qui permet de saisir l’importance du « je suis ». En effet, l'affirmation « je suis » nait à partir de l'autre, « dans le complexe de l'autre ». L'autre nous attire et le « je suis » montre que cette attraction est réelle ; elle est. Tout acte de connaissance présuppose donc un amour. Et l’amour est ce qui nous enveloppe, nous sécurise, nous permet d'être nous-mêmes et de nous découvrir. Nous ne pouvons pas nous découvrir nous-mêmes sans l’amour. S'il disparait, nous nous demanderons perpétuellement qui nous sommes. Nous sommes autre que la réalité que nous connaissons ; et cette altérité, nous ne la connaissons qu'à partir de l’amour et dans l’amour. Cela montre que ce qui est premier génétiquement, ce n'est pas la connaissance mais l'amour.


 

Marie Dominique Philippe, Retour à la Source II.