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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Atteindre le réel jusqu'au bout..

10 Mai 2012, 02:33am

Publié par Father Greg

 

525.jpgAprès la découverte des principes, L’intelligence revient à la réalité expérimentée en la considérant dans cette nouvelle lumière, celle de ses principes propres, afin de découvrir comment, en cette réalité, se réalisent ces principes, quelle est leur manière d'exister. C'est alors que l'intelligence peut déduire les propriétés de la réalité, connaître parfaitement, c'est-à-dire par et dans ses causes propres, la réalité expérimentée. C'est cette connaissance parfaite qu'Aristote appelait «science» et qui était pour lui la connaissance philosophique.

Voyons maintenant quelles sont les grandes expériences de l'homme nous permettant de découvrir ses principes et ses causes propres.

La première expérience, la plus proche de l'homme, celle à laquelle il revient toujours, est celle du travail; et, parallèlement à cette expérience, il y a celle de l'amour d'amitié. Telles sont bien les deux expériences les plus connaturelles à l'homme; celle qui lui permet de saisir combien il est partie de l'univers tout en étant capable de le modifier, et celle qui lui fait saisir combien il peut être proche de l'homme son semblable, L’aimer, comment il peut le connaître (comme un autre lui-même) et vivre avec lui.

Ces deux expériences conduisent normalement à une troisième expérience: celle de l'homme faisant partie d'une communauté, coopérant avec les autres, devenant source du bien commun tout en dépendant de celui-ci. Voilà les trois grandes expériences de la vie humaine sur lesquelles, nous le verrons, doit s'élaborer toute la philosophie humaine, la philosophie pratique. Là est vraiment la base de toute philosophie réaliste: L’homme présent à l'univers et le transformant, L’homme présent à l'homme et coopérant avec lui pour former un milieu humain. Suivant l'ordre de valeur que l'on reconnaît entre ces trois expériences, on a de l'homme des conceptions philosophiques différentes.

Mais cela ne suffit pas; nous ne pouvons pas en rester là, car ces trois expériences en supposent trois autres, plus fondamentales. L'expérience du travail implique celle de la matière (ce qui est capable d'être transformé); L’expérience de l'amour d'amitié implique celle du vivant (car l'ami peut mourir et mon amour pour lui ne peut être source de sa vie). Quant à l'expérience de la coopération qui édifie le «bien commun», elle nous fait poser une nouvelle question sur la finalité propre de l’homme: L’homme peut-il trouver sa fin, son plein épanouissement d'homme, dans la coopération? La personne de l'homme n’a-t-elle pas en elle-même quelque chose de plus grand, de plus noble, de plus spirituel que la coopération qui demeure toujours liée au bien commun? Qu'est cette personne humaine? Comment saisir sa noblesse? La personne humaine, en ce qu'elle a de plus «personnel», n’est-elle pas ordonnée à un autre bien, au-delà de la personne humaine, qui soit absolu'? Mais existe-t-il un Bien absolu? Le philosophe doit se poser la question, car il n'en a pas d'expérience immédiate. Même si les traditions religieuses en parlent, le philosophe, lui, ne peut accepter a priori ces traditions; il doit en chercher le bien-fondé. Le philosophe est donc obligé, à partir de l'expérience de la coopération, et en vertu de l'interrogation: «Qu'est-ce que l'homme?», de revenir à ce qui est commun à toutes nos expériences, à ce qui les fonde toutes radicalement, le jugement d'existence saisi en lui-même: «ceci est»; et, par là, de se poser le problème de l'être: qu'est-ce que l'être'?

MDP, Lettre à un ami.