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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Notre solidité n’est qu’apparence

27 Octobre 2019, 11:56am

Publié par Grégoire.

Notre solidité n’est qu’apparence

Je reviens d’un pays où l’air se laisse toucher. Où l’on peut parfois le saisir à pleines mains dans son immobile moiteur ; ou inversement c’est parfois lui qui vous caresse, découvre vos contours et vous traverse enfin. Ceux qui traversent ce pays sont eux-mêmes traversés comme les sculptures voyageuses de Bruno Catalano, troués semblant l’ignorer défiant leur gravité et celle du monde, dignes lambeaux en mouvements.

L’air qui les traverse, l’air qui s’invite en nous interroge pourtant notre porosité. Cette capacité en nous à se laisser traverser qui commence, enfant, par une sensibilité que l’éducation s’efforce aussitôt de colmater.

L’air nous offre un cadeau. Celui d’interroger notre porosité. Par quoi, par qui t’es-tu laissé traverser ? Par quels silences, par quelles musiques, par quelles paroles ? Par quels regards, par quels sourires, par quelles larmes ? Par quels évènements, par quelles joies, par quels drames ?

Notre part de vide est notre part la plus signifiante. Physiquement, le vide séparant chacun de nos atomes est proportionnellement plus important que la distance de la Terre au Soleil et chacun de nos atomes est lui-même constitué de 99,99% de vide. Notre solidité n’est qu’apparence. Notre porosité est évidence. Intérieurement notre part de vide est sans doute toute aussi abyssale. Les blancs entre nos mots et nos actes sont des crevasses sans fonds. Notre part d’humanité disparait en d’innombrables galeries et puits sans désaltérer nos sécheresses. Seule une sueur âcre perle au bord du vide.

Notre identité est donc constituée de notre part la plus insignifiante. Aussi insignifiante qu’un garde-fou au bord du précipice. Ceux qui traversent ces contrées désertiques et se laissent traverser, migrants, fuyants ou cherchants ont bien souvent perdu leur identité et leurs bagages, les deux allant souvent de pair. La porosité en eux grandit, parfois jusqu’à les faire devenir parfaitement invisibles à nos yeux.

Nantis ou démunis, qui habite alors notre part de vide ? Ce qui nous traverse, le retenons nous ?

Dans les mailles du tamis ou du filet, quelle création peut naitre à partir de ce rien, si ce n’est l’art, si ce n’est une construction divine, si ce n’est une relation empathique, amicale ou amoureuse, c’est-à-dire s’adressant essentiellement au vide d’un(e) autre. Quelle pêche misérable ou miraculeuse relever de nos filets lancés ?

J’ai vu un peuple de réfugiés, privé de sa mer, privé de son identité, jeter pourtant dans leur vide désertique un espoir insensé aux mailles milles fois réparées. Ceux qui n’ont rien savent sans doute mieux que personne offrir à l’espoir cet espace en nous, à tous vents ouverts, et le rendre habitable.

Jean-françois Debargue

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