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Dieu, ou le contraire de cette bruyante lumière des volontés...

18 Juin 2019, 11:09am

Publié par Grégoire.

Dieu, ou le contraire de cette bruyante lumière des volontés...

Nous étions dans la campagne proche de Vézelay. Louise-Amour me précédait, comme toujours. «J'ai de l'appétit pour mille ans », me dit-elle, et ses yeux, plantés dans les miens, se mirent à briller, fiévreux, comme si on lui avait lancé à la figure un verre rempli de lumière. Pour me dire cette parole elle s'était brusquement retournée. Les visages sont des cadrans solaires. Il y a une heure où le cadran est vierge d'ombres, midi tapant. Le visage de Louise-Amour, nimbé par le bleu du ciel, venait d'atteindre cette heure de gloire, trempée d'assurance de soi. Cette heure signe toujours la défaite du ciel : il n'y a plus alors que la force des caractères et rien derrière, plus que le visible comme un grand corps un peu bête, envahissant tout. Dieu, quand il circule à son aise sous la peau d'un visage, fait monter dans les yeux de ce visage un brin de nostalgie, une retenue, une pudeur -tout le contraire de cette bruyante lumière des volontés.

Nous étions en route pour ce château où elle m'avait déjà mené et où elle avait, devant moi et avec mon consentement, noyé Thérèse d'Avila. On y fêtait ce soir le succès confirmé de Madone. Elle était heureuse ce jour-là, si être heureux c'est s'assourdir et éclabousser le monde de sa force. Nous arrivions devant le château. Louise-Amour franchit le pont-levis, moi la suivant, portant entre mes mains la traîne invisible de son triomphe. Le propriétaire l'attendait au milieu de la cour pavée, bras grands ouverts. Elle s'avança vers lui, éclata de rire, lançant au ciel son âme heureuse et insouciante. Le rire de Louise-Amour fit surgir du château des hommes et des femmes qui se précipitèrent vers elle. Je m'éloignai de cet essaim.

 

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