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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Les grands prêtres du moralisme .. (2)

11 Avril 2019, 03:18am

Publié par Grégoire.

Les grands prêtres du moralisme .. (2)

Cette peur d’être rejeté, de ne pas être accepté ou reconnu, en cache une autre : celle de se montrer tels que nous sommes, vulnérables, imparfaits et fêlés. De fait, on accepte pas d’être fragile, vulnérable. Et, on rejette nos vulnérabilités parce qu’on refuse de ne pas tout maîtriser. Accepter d’être imparfait, ce serait reconnaitre -consciemment ou non- que quelque part on est raté. Or ceci réclame en fait un très grand courage. Celui que les nouveaux-nés ont naturellement. Celui que notre éducation lisse nous fait perdre. Le courage c’est –pour faire simple- pouvoir se montrer tel qu’on est, sans masque ni façade. Sans convention ni désir de plaire. Le courageux, c’est d’abord celui qui n’a pas peur d'être imparfait et fêlé. Accepter d’être vulnérable c’est arrêter de contrôler et de prévoir, de courir après ce qu’on pense qu’on devrait être, ou de chercher à correspondre à ce qu’on croit que les autres attendent de nous. C’est enfin arrêter de croire que les lézardes de l’autre sont pires que les miennes. Ultimement, c’est arrêter de croire que Dieu punit nos fautes ! Que nos fautes, nos erreurs l’affectent quelque part. Elles n’affectent que nous, et Dieu les permet pour qu’enfin il y ait un lieu où l’on soit obligé de le laisser faire. Et enfin, c’est arrêter de refuser que Dieu, la Vie, la nature, permettent ce chemin pour nous entraîner dans quelque chose que nous ne maitrisons pas ! Le refus de nos vulnérabilités -ou vouloir en guérir, pouvoir les supporter, ou même en comprendre le sens- c’est juste le refus, souvent caché, de celui qui en fait veut être la source totale de lui-même; c’est juste quelqu’un qui refusant toute dépendance, se fait son propre Dieu. C’est la racine de tout fanatisme religieux, extrémisme politique ou talibanisme doctrinal.

Accepter d’être vulnérable c'est donc réapprendre constamment à se recevoir tel qu’on se découvre : en chemin. En devenir. En quête constante. Accepter qu’on ne sait pas tout. Donc qu’on puisse se tromper. Que l’autre puisse se tromper. Seul moyen pour arrêter de hurler et de commencer à écouter. Seule manière d’arrêter nos projets tyranniques d’efficacité impitoyable sur nous-mêmes et devenir un peu doux, de cette douceur du père qui accepte de marcher au rythme -lent- de son enfant. 

Mais la vraie cause de nos projections narcissiques c’est la honte qui nous ronge. Ces marécages de l’âme comme disent les disciples de Jung. La honte c’est cette attention excessive aux critiques extérieures. Le frein à main qui coupe tout élan ou renouveau, c’est cette petite voix intérieure qui en nous critique ou râle en fonction d’un idéal religieux, politique ou écologique. On devient esclave d’une idée, d’un principe, d’un but qu’on se donne. Le résultat? C’est trop souvent un double blindage intérieur qui nous oblige à vivre dans l’image constante que l’on essaye de se donner à soi-même et surtout aux autres. Et alors ? Bah, bienvenue dans le monde parfait des bisounours intolérants : bisounours en façade, intolérant en fait, où on devient spectateur d’une vie qu’on ne vit plus, refusant toute lutte, toute contradiction, toute merdouille. La honte c’est : « désolé, là, dans ce lieu précis de ma vie, je suis une erreur ». Et elle entraîne la pire des culpabilités -qu’on refoule- et tout ce qu’on fait devient une justification pour compenser cette plaie, cette lèpre qu’on s’est interdit d’avoir. Le monde nous interdit d’être faillibles. Encore plus le caté: « tu prendras la ferme résolution de ne plus recommencer » et si je recommence ? Non, c’est interdit! Nous sommes pour beaucoup formatés type école de commerce. Faut savoir se vendre. Être efficace ! Faut qu’on puisse compter sur nous ! Ne pas pouvoir tout faire est un manque de responsabilité ! Faut être un gagnant ! Et on nous enfonce dans ce manque culpabilisant de résultats en nous disant : « tu veux de l’aide ? »  Ou encore « c’est pas grave, tu vas bien y arriver ». Bref, nous sommes réduits à des devoirs inaccessibles concurrencés par des qualités infinies que nous sommes supposés avoir : c’est une camisole de force permanente. De la sainteté héroïque. Des vertus de martyrs. De la connerie en boîte, désespérante et culpabilisante. Tant que la foi -et d’abord la vie humaine- ne sera pas une quête pauvre, toujours à reprendre, jamais possédée, elle engendrera des monstres laïcs à plusieurs têtes. L’athéisme totalitaire, le capitalisme sauvage, un petit-fils de l’Eglise. Qui l’eût cru ?

« Dieu ne fait rien. Ce serait là son métier : ne rien faire. C’est un métier très difficile, il y a très peu de gens qui sauraient bien le faire. Dieu, lui, fait cela très bien. De temps en temps pour se reposer, il s’arrête de ne rien faire : alors il fait des bouquets : il cueille toutes les lumières du monde, même celle des orages et des encriers, il en fait des bouquets mais ne sait à qui les offrir. Ou bien il met un coquillage tout contre son oreille et il écoute des musiques, toutes les musiques du monde, longtemps il écoute et c’est comme un  flocon dedans son cœur, un tourment d’écume, le premier âge de la mer, l’immensité de la mer dedans son cœur et Dieu se met à rire et Dieu se met à pleurer, parce que rire ou pleurer, pour Dieu c’est pareil, parce que Dieu est un peu  fou, un peu bizarre. Et si on lui demande ce qu’il a, il dit qu’il ne sait pas, qu’il ne sait rien, qu’il a tout oublié le long des chemins, et qu’il a perdu la tête, perdu son ombre, qu’il ne sait plus son nom. Et puis il rit, et puis il pleure, et il s’en va et il s’en vient, et c’est le jour, puis c’est la nuit, et puis voilà, c’est toujours comme ça, toujours, chaque jour.* »

Grégoire Plus. Pérégrination d'un cherchant-Dieu.

*Christian Bobin.

 

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fifi 13/04/2019 12:31

Une révolte bienfaisante !!
La loi est nécessaire pour éviter de nous entretuer.:-)
Le moralisme est mortifère, il culpabilise au lieu de responsabiliser.
C'est du boulot après pour retrouver une vision saine. Et il faut du temps...!
Vaste sujet...

Mais, "bienheureux les fêlés, il laisseront passer la lumière".

On aurait tellement envie de retrouver une Église "évangélisée".
Elle en a tellement besoin et à tant de niveaux. Les temps sont durs !