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L’explosion lente et silencieuse d’un pissenlit...

5 Septembre 2017, 04:09am

Publié par Grégoire.

L’explosion lente et silencieuse d’un pissenlit...

«Frère nuage,

la vie de mon père a commencé de se défaire comme toi, déchirée doucement, peu à peu, sur les bords. Je me souviens de ses yeux dans la nuit inhabitée de l’Hôtel-Dieu: deux anges en sueur d’avoir triomphé de sa mort à venir.

(…) La vie passe à la vitesse d’un cri d’oiseau. Et puis il y a cette lenteur hypnotique des nuages. Cette poitrine ouverte dans le bleu et ce cœur enneigé qui s’offre à notre cœur./ J’ai le cœur lourd, je danse comme un ours. Ma tête est entre celle du boxeur et du bébé. Mon cœur est un nuage. Il va, il va, il va. Il connait chaque silence des lacs de poèmes au-dessus desquels il plane.

(…) À Crans-Montana au réveil j’ai vu les nuages ceinturer la montagne. Je n’avais plus besoin de rien. Je n’étais plus personne. Il y a en nous une légèreté si grande que, si nous la laissions être, nous n’existerions plus – ou alors comme existent les poèmes et les portes dans les rêves.

Écrire – frapper l’une contre l’autre deux cymbales de silence. Un jour, il nous faudra traverser une vitre sans la briser. L’effort sera terrible, qui changera notre cœur en rayon de soleil. Mourir sans effrois est le privilège des nuages.

(…) Les plus beaux opéras se donnent en secret. Enfant, j’écoutais dans le noir de ma chambre les voix des parents, parlant avec confiance de l’avenir. Aucun chef-d’œuvre ne m’a jamais donné autant de paix – à part toi, petit nuage, à part toi.»

Christian Bobin, un bruit de balançoire.

 

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