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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Aimer l'évangile de Jean...

18 Septembre 2016, 05:24am

Publié par Grégoire.

Aimer l'évangile de Jean...

La caractéristique la plus fondamentale de Jean, c’est qu'il est le théologien. Il est mystique, il est théologien ; mais théologien dans un sens vivant : ce n’est pas un mannequin de théologien ! Parce que s’il y a le mannequin de l’habit religieux, il y a le mannequin fonctionnaire, haut fonctionnaire dans l’Eglise : les théologiens, et surtout ceux qui ont été des « experts », alors jusqu’à la fin de leur vie ils restent des experts ! C’est terrible, parce qu’on ne peut pas être expert contemplatif. Cela n’a pas encore été inventé par le Saint-Esprit ! Nous sommes des contemplatifs. Nous sommes des experts momentanément, mais ce n’est pas une vie, d’être expert. Nous sommes des contemplatifs, le théologien doit être un contemplatif.

Alors il faut, et je crois que c’est très important pour nous parce que c’est une des caractéristiques de notre Communauté, il faut faire que les études purifient notre intelligence. Et cela, c’est beau, c’est grand : purifier toute notre vie par ce qu’il y a de plus profond dans notre vie humaine, dans notre autonomie ; pas ce qu’il y a d’ultime — parce que ce qu’il y a d’ultime, c’est l’amour —, mais ce qu’il y a de plus profond, c’est-à-dire notre intelligence dans sa capacité de juger. Il faut que ce soit purifié par le don d’intelligence. « Hommes sans intelligence… »

Cela fait partie de ce temps après Pâques, et pour nous, cela fait partie de cette manière dont on doit progressivement faire que notre vie de consacrés aille jusqu’à l’intelligence : que notre intelligence soit consacrée, et qu’on comprenne qu’en offrant notre intelligence à Jésus, on lui offre le trésor royal. On ne peut offrir son intelligence qu’au Christ. On ne peut pas offrir son intelligence à quelqu’un d’autre. Je ne vous demande pas le don de votre intelligence comme professeur, sûrement pas ! Ce serait de la bêtise. Je vous demande d’être intelligent. Le don de votre intelligence, vous le faites au Christ. Alors, en tant que père, je vous demande de donner votre intelligence au Christ, pendant ce temps de Pâques à la Pentecôte. Donnez votre intelligence au Christ. Vous l’avez déjà fait, certes, mais il faut le refaire tout le temps. Et c’est en redonnant votre intelligence au Christ que vous éviterez d’être hégéliens. Parce que je crois qu’un disciple de Hegel ne peut pas dire cela, impossible ! On ne peut pas donner son intelligence au Christ si on est hégélien. C’est très curieux cela, c’est un petit problème intéressant à se poser. Et cela montrerait tout de suite que la philosophie hégélienne ne peut pas être au service de notre foi. Parce que, ce qui peut être au service de notre foi, c’est justement ce qui est entièrement offert.

Notre intelligence réaliste doit être offerte. C’est une intelligence qui cherche la vérité. C’est une intelligence qui cherche à pénétrer toujours plus loin. Cela, il faut que ce soit offert. Je crois qu’il faut comprendre cette grâce de Pâques pour vous : ce dialogue de Jésus avec Nicodème, et Jésus rencontrant les disciples d’Emmaüs. Mettez cela en parallèle et comprenez que c’est cela qui est votre grâce — Luc et Jean, sans jamais les séparer. Après avoir lu Jean, nous verrons Luc, parce que les deux doivent toujours être liés, mais c’est dans la lumière de Jean qu’on lit Luc, et on essaie de comprendre comment la conversion de notre intelligence, c’est le don de notre intelligence.

Alors on évite tous les bavardages. Il faut être farouche là-dessus. Tous les bavardages : à la poubelle ! Tous les bavardages ! Les bavardages de votre intelligence sont nombreux. La dialectique, c’est quelquefois un bavardage ; c’est un très beau bavardage, c’est un bavardage intelligent, merveilleux, mais c’est un bavardage. Il faut purifier notre vie de tous les bavardages, comme de toutes les pertes de temps. La perte de temps la plus subtile, c’est les bavardages. Les bavardages entre nous, les bavardages avec l’extérieur… les bavardages doivent être supprimés pour un regard intérieur. Pas du tout pour le vide, ce serait effrayant ! Il vaut mieux les bavardages que le vide. C’est pour cela que le dialogue a pris tant d’importance aujourd’hui, parce que les gens vivaient dans le vide. Le dialogue, c’est supérieur au vide, c’est bien évident. Mais le dialogue, très souvent, est un bavardage. Il n’y a que le dialogue entre contemplatifs qui n’est pas un bavardage : il se termine dans le silence. Très vite on comprend qu’il vaut mieux creuser, continuer de creuser dans le silence. Mais c’est bon, de temps en temps, d’échanger des idées ; c’est bon de temps en temps de pouvoir dire ce qu’on a dans son cœur, c’est même nécessaire de le dire. Alors là, ce n’est pas un bavardage, c’est très différent, c’est une purification, c’est une communication. Le vrai dialogue ne peut se faire que dans l’amour, et ne peut se faire que dans la confiance : alors là, il y a un dialogue, un dialogue qui a son point de départ dans l’amour et qui se termine dans l’amour. Ce dialogue est limité tandis que le bavardage est infini ! Et le dialogue qui n’est pas un dialogue d’amour est infini : on peut discuter indéfiniment, on est dans l’ordre des possibles. Quand vous êtes dans l’ordre des possibles, vous pouvez aller très loin, il n’y a pas de mesure, vous pouvez aller à l’infini.

C’est important, de se demander, actuellement, dans notre vie, en tant que novices du Saint-Esprit, en tant que voulant entrer pleinement dans cette pédagogie de l’Esprit Saint, en tant que voulant entrer dans ce temps de Pâques, de renouveau : « Quels sont les bavardages de ma journée ? », et de faire loyalement ce petit examen de conscience. Ce soir, au terme de la journée, demandez-vous quels ont été les bavardages de votre journée et supprimez cela pour le lendemain, pour que peu à peu les bavardages disparaissent. Le bavardage n’est pas une détente, c’est même très fatigant ! Cela fatigue, on s’enlise, et après il faut en sortir, c’est encore plus difficile ! Donc, il faut éviter cela. Il faut, au contraire, un vrai dialogue ; cela c’est bon, un vrai dialogue d’amour, de confiance, positif, en vue d’aimer plus. Le bavardage, très souvent, est une critique. Le dialogue est positif en vue d’aimer plus, en vue d’aimer plus ses frères, en vue d’aimer plus le Christ, en vue d’aimer plus Marie. Alors, on essaie de comprendre ensemble et on chemine ensemble à partir de l’amour en vue de la fraction du pain. Tout vrai dialogue se termine par la fraction du pain. C’est beau, dans les disciples d’Emmaüs, de voir le vrai dialogue : notre cœur était « tout brûlant »… On se réchauffe dans un vrai dialogue : il y a une présence du Christ, il y a une présence d’amour, et cela se termine par la fraction du pain. Et la fraction du pain, c’est le silence de Jésus dans l’Eucharistie. A ce moment-là, on est tous un dans le silence de Jésus-Eucharistie. Le dialogue se termine dans cette unité. Là, on est en présence d’un vrai dialogue. C’est du reste très beau, cela, parce que cela fait comprendre ce que doit être ce cheminement en commun. Il doit y avoir ce cheminement. Mais il faut comprendre que le dialogue ne sera vrai, et ne tombera pas dans le bavardage, dans ces discussions à l’infini qui sont très souvent des critiques et qui sont très souvent plus négatives que le vrai dialogue, que si on a donné son intelligence à Jésus. Alors, croyez bien que c’est très difficile, de donner son intelligence à Jésus, on ne peut le faire qu’avec Jésus lui-même : « Je me consacre dans la vérité ». Et Jésus s’est consacré pour nous. Avoir son intelligence donnée à Jésus, c’est avoir une intelligence consacrée dans la vérité, une intelligence qui est toujours ordonnée vers cette recherche.

MD Philippe, op. +

La Chapelle de Rocheservière sera désormais ornée d'une broderie unique en son genre. Une broderie qui mesure en effet près de 140m et qui retrace les textes de Saint-Jean.