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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Vive le Pape !

23 Avril 2016, 05:26am

Publié par Grégoire.

Le blog de Jean-Luc Mélenchon. L'ère du peuple.

Le blog de Jean-Luc Mélenchon. L'ère du peuple.

Dans le petit vent glacé qui soufflait dans le Nord, j’étais si loin de ce qui agitait la planète centrale, Paris et le grand miroir déformant du monde médiatique ! Mais j’ai regretté pour une fois d’avoir raté un instant lointain. Je me sentais si proche de l’idée qu’illustrait alors le pape en ramenant à la maison douze refugiés. La fraternité humaine est une valeur d’action et une vertu politique. Décidément l’Église a vraiment élu un chrétien cette fois-ci ! Je sais très bien tout ce que l’on peut objecter à son geste. Je le sais. Mais comme il n’existe pas d’issue « réaliste » « maintenant » « tout de suite » et « concrète », comme demandent les journalistes entre la météo et le dernier match de foot pour « décrypter » les problèmes, le pape met tout le monde au pied du mur spectaculairement, directement et magnifiquement.

Si personne ne veut entendre qu’il faut arrêter la guerre du pétrole et du gaz en Syrie et en Irak, si personne ne veut entendre parler d’arrêter « la libre circulation des marchandises » qui tue l’Afrique en construction, bref, si aucune des solutions rationnelles n’est plus entendue, que reste-t-il comme argument pour nous soustraire à l’infamie dont est coupable notre société dans ce moment ? Il reste l’évidente communauté de destin des humains. Il reste alors à la constater et à l’assumer envers et contre tout. C’est ce fond qui nous rend solidaires et qui a tiré de tous les périls dans le temps profond cette espèce de singe particulière que nous sommes.

Ces personnes qu’on nomme refugiés sont des êtres humains, donc nos parents dans l’humanité universelle. Les parquer, les maltraiter, les considérer comme des chiffres ou des phénomènes, comme des symptômes ou des sujets de polémique nous éloigne à bon compte de l’essentiel. Comment pouvons-nous accepter d’être complice de cette infamie qui les transforme en choses pour mieux masquer leurs visages concrets dont les regards nous brûleraient ? Notre indifférence de sauvegarde nous déshonore. Elle nous rend plus mauvais que nous l’étions déjà dans cette société « d’indifférence mondialisée » à la souffrance des autres transformée en spectacle comme un autre.

J’écris ces mots alors même que je n’ai jamais été partisan de la libre installation des migrants, ce qui m’a déjà été reproché ici et là. Je les écrits précisément pour que l’on entende le message. Si on ne change pas radicalement les manières de faire qui conduisent à cette situation, la civilisation humaine s’effondrera dans la barbarie. Quand 250 millions de personnes vont fuir les conséquences du changement climatique, on bénira la période où il n’y a en avait qu’un million à nos portes. Quand on aura fait durer les guerres du pétrole au Moyen Orient et que commenceront les guerres de pénurie de matières premières, on pensera avec nostalgie à ce moment où il n’y avait qu’un attentat tous les ans. Voilà pourquoi je salue le geste du Pape avec ardeur. Au-delà de toutes les raisons d’agir et de militer, il y en a une plus forte que toutes. Le geste du pape la fait éclater sous les yeux du présent glauque : nous formons la même humanité ! Et toute cette époque qui la met en danger matériellement la ruine aussi spirituellement en faisant oublier le devoir premier de fraternité.

Jean Luc Mélenchon.

http://melenchon.fr/2016/04/17/vive-le-pape/

Vive le Pape !
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Hélène 23/04/2016 10:43

intéressante analyse du journaliste Philippe de Saint-Germain

"Le pape François est revenu de l’île de Lesbos avec douze réfugiés syriens. Les critiques les plus fantaisistes ont couru sur le sens de ce geste : provocation, naïveté irresponsable, complicité politique. Lire le pape François est un exercice exigeant, qui appelle un minimum d’honnêteté intellectuelle. Pour commencer, interpréter son geste en écoutant tout ce qu’il dit, à la lumière de ce qu’enseigne l’Église et non pas de ce que disent les médias. Cet exercice permet de dégager cinq enseignements :

1) Le drame des migrants – « Nous sommes tous des migrants » – est un drame humanitaire qui doit toucher toutes les consciences. Si les États peinent à trouver des solutions, nul n’est dispensé d’affronter la détresse des plus démunis. Nous sommes dans le registre de la charité, pas de la politique. C’est d’ailleurs une constante chez les chrétiens : réparer les erreurs de ceux qui ne les écoutent pas.

2) Ce drame humanitaire oblige les États à prendre leurs responsabilités, ce qui est d’abord « agir sur les causes », dixit le même pape François. Autrement dit, neutraliser l’assaillant à l’origine des migrations forcées. Pour être allé en Syrie, j’ai vu que les populations déplacées fuyaient les groupes djihadistes financés par l’Arabie saoudite et le Qatar, ou par la France et les USA. Bref, si le pape s’occupe des migrants, c’est aussi parce que les États ne font pas tout pour les empêcher d’exister, quand ils ne font pas tout pour qu’ils existent, comme le prévoit le plan israélo-américain de purification ethnique des frontières. Or, l’Église a toujours dit que le premier droit des migrants est de rester chez eux.

3) Les migrants choisis par le pape sont des familles, et non pas des individus. Trois familles, douze personnes, six enfants. Le pape n’est pas dupe des infiltrations terroristes ou des faux migrants, et il l’a dit. Donc, priorité aux familles.

4) Ces migrants sont musulmans, ce qui a été critiqué. En matière de charité, ou de politique, les chrétiens ne font jamais de sélection communautaire (entre les bons et les mauvais pauvres), ni ne défendent des privilèges. Le bien commun est commun, pas chrétien. En outre, ces musulmans sont victimes d’une guerre entre musulmans. Qu’ils soient accueillis par des chrétiens, et non par les richissimes Saoudiens coupeurs de têtes, n’est pas neutre. Comprenne qui pourra.

5) L’intention du pape n’est pas… d’islamiser l’Europe : il suffit de lire ce qu’il dit avec vigueur de l’exigence du retour aux racines chrétiennes de l’Europe pour saisir le grotesque de l’accusation. Pas de charité sans identité. Seuls des pays chrétiens enracinés peuvent accueillir des musulmans victimes de leurs propres guerres. Le chef des catholiques pousse la vieille Europe dans ses retranchements pour l’obliger à être elle-même. Ce n’est pas en se réfugiant dans les murs de son confort petit-bourgeois, ni dans le mythe d’une société de Bisounours sans frontières que l’Europe va se retrouver et se protéger. Les Européens n’ont plus les moyens de nourrir la terre entière ? C’est en revenant à leurs fondamentaux qu’ils retrouveront la prospérité, pas en dressant des murs-passoires.
Mieux vaut donc construire des « ponts intelligents ». Charité, identité, intelligence. Pour se retrouver et se protéger, l’Europe a sacrément besoin d’écouter le pape de Rome.