Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Souterrain Blues: un miroir qui montre ce qu’on refuse de voir. »

17 Juillet 2015, 04:51am

Publié par Grégoire.

de Peter Handke, Souterrain Blues:  Grandiose !

de Peter Handke, Souterrain Blues: Grandiose !

Une rame de métro de la première à la dernière station. Un « Homme sauvage » invective ses contemporains en une rageuse diatribe comme un uppercut. Avec le remarquable comédien Yann Collette, capable de nous embarquer dans des territoires insoupçonnés.

Quel est votre regard sur cette longue invective ? Est-ce un cri de rage ? D’amour?

Yann Collette : Pour moi, la littérature de Peter Handke est, peut-être, la plus importante du XXème siècle. Souterrain Blues est un texte essentiel, qui va à l’essence des choses. C’est une invective positive qui provoque un rire cathartique. La mise en scène de Xavier Bazin se refuse d’être intellectuelle, elle est viscérale, animale, il s’empare du texte «physiquement ». Ni l’acteur ni le public ne sortent indemnes d’une telle représentation.  A chaque fois il y a quelque chose de l’ordre du vertical qui se met en jeu. C’est un cri, de rage ou d’amour, c’est la même chose… Et ce qui me plaît dans ce texte, c’est aussi qu’il rend le spectateur intelligent.

Qu’est-ce qui déclenche ou motive ce cri ?

Y. C. : Toujours l’éternelle question du pourquoi, le constat amer. Toujours la naïve envie de changer les choses et les gens. Cet « Homme sauvage » me fait penser à un Don Quichotte des temps modernes, il se bat contre des moulins à vent mais il se bat, et c’est ça qui est beau. La langue ici dissèque la nature humaine comme un anthropologue décrypte ses contemporains dans leur quotidien. Tout y passe : le nain de jardin, le travail, le portable, le rire, la laideur, les faux couples, la télécommande, l’église, la science, les femmes, les aveugles, les artistes…

Comment concevez-vous l’interprétation : dans une sorte d’abandon ou au contraire très tenue ?

Y. C. : L’abandon bien sûr ! J’ai toujours joué sur une crête, un déséquilibre nécessaire et peut-être salutaire. L’«Homme sauvage», c’est peut-être Peter Handke… Ce texte est un miroir qui montre ce qu’on refuse de voir, qui dit ce qu’on n’ose pas dire, qui est politiquement incorrect, c’est une bombe à retardement pleine d’humanité, une quête de vérité et de beauté… C’est un texte spirituel dans toute l’acceptation du mot.

Propos recueillis par Agnès Santi

http://www.journal-laterrasse.fr/souterrain-blues/