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Histoire de Judas ou l'évangile selon Rabah Ameur-Zaïmeche

12 Avril 2015, 21:46pm

Publié par Grégoire.

Enfant du 93, agnostique, fasciné par Jésus depuis son enfance, Rabah Ameur-Zaïmeche a fait de Judas le héros de son film. Comme une figure libre et rebelle. Au-delà de la non-conformité aux évangiles, et une impression de grande pauvreté des moyens, c'est une regard sobre, dépouillée, sur le Christ, très loin du dégoulinant Gibson..

Enfant du 93, agnostique, fasciné par Jésus depuis son enfance, Rabah Ameur-Zaïmeche a fait de Judas le héros de son film. Comme une figure libre et rebelle. Au-delà de la non-conformité aux évangiles, et une impression de grande pauvreté des moyens, c'est une regard sobre, dépouillée, sur le Christ, très loin du dégoulinant Gibson..

Judas le traître. C'est ainsi que cet apôtre de Jésus de Nazareth est perçu dans la mémoire collective. Rabah Ameur-Zaïmeche, pour son cinquième film, entreprend de le réhabiliter. Sans esprit de revanche ni grandiloquence, mais avec une sobriété qui mêle force et sagesse. Judas, incarné par le réalisateur lui-même, devient un disciple qui reste loyal jusqu'au bout. Attentionné et dévoué, il commence par porter Jésus sur son dos, le temps d'une descente sur le chemin escarpé d'une montagne de pierre. Judas ne semble pas peiner, comme si Jésus lui transmettait toute l'énergie dont il a besoin. Tous les deux font corps. Contre l'oppression. Celle des Romains, qui voient d'un mauvais oeil l'influence et l'attrait qu'exerce sur le peuple ce Jésus de Nazareth.

Un doux révolutionnaire qui menace l'ordre : ainsi le montre le cinéaste dans la scène où il vient chasser les marchands du Temple. Mais cet épisode mythique, comme tous les autres ici relatés, est démythifié, rendu à sa vérité première, filmé avec le maximum de simplicité : sans musique, avec peu de mots, mais beaucoup de relief pictural. Bethsabée pourchassée pour avoir péché, Jésus condamné par Ponce Pilate : chacune de ces scènes forme un bloc de réalisme à la fois aride et charnel. La scène la plus belle étant celle où la bien nommée Suzanne (« fleur de lys », en hébreu) enduit les cheveux de Jésus d'une essence rare.

Et Judas ? Il agit à la périphérie, sans trahir, mais en veillant à préserver les paroles de son maître de la rigidité de l'écrit. S'en tenir à l'intensité du présent, ne rien projeter, refuser de graver quoi que ce soit dans le marbre : c'est l'hypothèse proposée par le cinéaste. Sa démarche rejoint celle de ce collectif d'écrivains contemporains qui offrit une nouvelle traduction de la Bible (1), révolutionnaire, puisque riche d'une forme de poésie orale, brute et apoétique. Rabah Ameur-Zaïmeche élimine, lui aussi, tout superflu et toute emphase pour ne garder que la substantifique moelle d'un récit d'amour et de fraternité. — Jacques Morice

 

(1) La Bible, nouvelle traduction, éd. Bayard.

Contre

On perçoit mal le but de ce film étrange. Célébrer la bienveillance humaine de Jésus ? Même en cette période de contestation générale, c'est une évidence. Réhabiliter Judas ? La démarche est plus intéressante, même si pas nouvelle : Renan a commencé au xixe siècle, François Mauriac a suivi, au début du xxe, avec Vie de Jésus, et Jean Ferniot s'est quasiment livré à une béatification, dans les années 1980, avec son Saint Judas... Problème : chez Rabah Ameur-Zaïmeche, Judas est un fantôme. Ni coupable, ni innocent : absent. Pas là, lors de la Cène, pas là au moment de la Crucifixion. Complètement out... Tout désigné, donc, selon le cinéaste (les absents ont toujours tort, n'est-ce pas), pour devenir le symbole de l'antisémitisme durant les siècles des siècles. Thèse un peu simplette... Formellement, le film est pensé. Trop : chaque plan, à l'esthétisme ostentatoire, évoque une toile de maître. Du coup, la rigueur des précédents films du réalisateur, Bled number one ou Dernier ­Maquis, vire à la solennité. Et non pas à l'épure recherchée. — Pierre Murat. Télérama.

 

à lire, L'évangile selon Rabah Ameur-Zaïmeche

http://www.telerama.fr/cinema/l-evangile-selon-rabah-ameur-zaimeche,125154.php

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Gregoire 12/04/2015 23:28

J'ai eu qques fous-rires : la scène des marchands du temple (ils chassent des poules...) la vente du nectar d'un grand prix: "ça va, la famille, le boulot.. ça va comme ti veux..." et d'autres scènes qui bavardent inutilement...