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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Aller à la lumière par des chemins incertains...

11 Mars 2015, 07:08am

Publié par Grégoire.

Aller à la lumière par des chemins incertains...

" L’artiste n’est pas un homme comme un autre. Sa sensation, sa recherche constante de la beauté l’écartent du contact des laideurs, son idéal des réalités.

Dans sa profession même, il ne peut pas suivre un chemin régulier ; il ne s’engage pas sur une grande route, vers un but que chacun atteint plus ou moins suivant ses forces ; il va à la lumière par des chemins incertains. Il est peu de carrières où il se rencontre plus de contradictions que celles de l’artiste ; sa vie s’écoule dans un perpétuel oui et non. C’est pour cela qu’après des tentatives originales, tant d’artistes se résignent à suivre les règles communes ; il est plus facile d’obéir à l’enseignement d’autrui que de chercher à dégager une vérité nouvelle. 

Les règles !  Les hommes font des règles, bonnes ou mauvaises, à leur fantaisie, et selon leur force. Il convient souvent de savoir s’en écarter.

Aristote lui-même, aux règles duquel on a si longtemps obéi sans le comprendre, a dit que, « dans un art quelconque, c’était folie de suivre les règles à la lettre. »

Chercher à analyser l’œuvre des maîtres, suivre leurs transformations, retrouver en eux l’esprit de leur temps, dire leurs qualités, leurs défauts, leur vie, est œuvre de critique, d’historien, de philosophe. L’artiste, lui, tout en associant son esprit à leurs études, doit surtout chercher les moyens qu’ils ont employés pour rendre leur vision, et comparer leur oeuvre à la nature qu’ils comprendront mieux par eux.

Que d’artistes forcent leur cerveau et leur talent par de grandiloquentes imitations, au lieu de dire, d’un cœur sincère, ce qui était à leur portée de comprendre.

Quand un peintre regarde la nature, il cherche surtout et voit en elle, par une sorte d’entraînement professionnel le motif d’une œuvre possible ; il se laisse moins aller complètement au bonheur de voir ; il semble qu’il ait moins de plaisir à regarder ce qu’il ne peut rendre ; peut-être a-t-il,  devant les aspects de la nature, le sentiment de son impuissance à bien les traduire dans toute leur beauté. Il sait qu’il n’arrivera qu’à une vérité relative, et trace d’instinct des limites à sa propre sensibilité.

Auguste Rodin, Eclairs de pensées

« A notre époque, il y a un nombre incroyable de préjugés, et l’on croit qu’il n’y en a pas. C’est peut-être aujourd’hui qu’il y en a le plus. Il n’y a aucune éducation d’art, et tous les temps ont été plus artistes que le nôtre.

La science a pris toute la sève, avec ses admirables découvertes. L’homme devient, de plus en plus, l’un des rouages de la machine qu’il dirige, plus ou moins à la vérité ; mais il ne peut faire donner à la machine que ce qu’elle peut rendre.

L’homme pense moins aujourd’hui, pour conduire une machine, qu’autrefois un cordonnier pour faire un soulier avec un simple morceau de cuir. » Rodin