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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

theologie mystique

Marie ?

16 Juillet 2020, 10:11am

Publié par Grégoire.

 Marie ?

Marie ! Pourquoi ?

Parce que Marie est celle qui nous montre que ce que l’on a à vivre, c’est en premier de demeurer face à Celui qui toujours nous devance ! 

Marie, c’est celle qui nous dit dans sa personne le don inconditionnel du Père, qui vient nous chercher en faisant de nous son secret particulier, unique. Apprendre à se voir comme le fruit d’un don, d’une gratuité qui est de trop et qui nous précède ! 

Parce que c’est cela la grâce de Dieu : elle nous devance et on n’en est pas libre ! Cela s’impose à nous ! Et Marie est celle qui nous remets face à la certitude de ce don et à accepter qu’on ne puisse pas d’abord l’utiliser. Le choix éternel -et efficace- du Père sur nous est toujours actuel, mais ce n’est pas de l’utilisable, du gérable ! C’est à dire que ce n’est pas d’abord la qualité de nos choix, de notre morale, ou de l’efficacité de nos actions. C’est dire « Père » et tout attendre de Lui comme un tout-petit.

Et cela, c’est pour nous dès maintenant ! Qu'est-ce à dire? On regarde souvent Marie de l'extérieur comme un modèle inatteignable. Or, Marie nous manifeste que la sainteté, la victoire s’est imposé à elle et donc la victoire -de Dieu- est là pour nous : on n’en est pas libre ! Marie ne s'est pas faite sainte par elle-même : elle a tout reçu gratuitement ! 

Le combat c’est d’abord de mendier de rester rivé à ce don du Père, qui se dit dans son don et qui vient là nous dire qui on est pour lui. La foi, c’est chaque jour mendier de ne rien diminuer de ce don dont on a aucune conscience.

Marie, c’est pour nous le signe de la gratuité du Père, de Celui qui nous attend. Elle est donc celle qui sait ce qu’est la gratuité ; toute sa vie a été marqué par la gratuité. Elle est action de grâce, et nous manifeste là le coeur de notre Père.

 

Grégoire +

 

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (9)

5 Juillet 2020, 04:29am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (9)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

Jésus ne nous a pas aimé comme un héros Grec. Il ne s’est pas livré et ne nous a pas donné l’Esprit Saint du haut de sa force. Il s’est livré à nous dans l’impuissante apparence à faire quelque chose pour nous. Il n’y a rien qui fait moins quelque chose pour moi qu’un ami qui se laisse crucifier pour moi. Il sauve le monde dans une inefficacité totale, dans un complet non-résultat, dans un échec rarement atteint.

 

C’est pour un homme, accepter qu’il ne peut aimer que comme un pauvre incapable, et qu’en même temps ça ne le dispense pas pour autant de se donner. L’état de l’homme en état de pauvreté consentie dans l’amour, met la femme face au mystère de Jésus livré. Cette pauvreté acceptée, à laquelle il n’y peut rien malgré toute la bonne volonté du monde; et bien cette pauvreté dans l’amour, c’est vivre dans sa chair ce qu’est le Fils vers le Père. C’est l’état de disposition parfait pour agir dans la personne de l’esprit saint : en mendiant d’amour, pauvre, sans aucun ayant droit. 

 

Et tout les efforts de la terre pour aimer davantage n’auront comme fruit que d’être davantage lucide sur cette incapacité à pâtir gratuitement d’un autre, à vivre à cause de l’autre. L’amour est toujours l’effet en nous de celui qui nous attire et réclame de vivre donc à cause de lui. 

Et là c’est difficile pour la femme d’accepter que l’homme est et sera toujours incompétent dans l’amour. Parce que dès les origines, l’homme ne lui a pas été donné pour être compétent, mais pour être cette fragilité qui va la désarçonner. Et les femmes ont un moyen de ne pas se laisser désarçonner, c’et de traiter la fragilité de l’homme maternellement.

 

Or Jésus à la croix n’est plus un tout petit. Il est dans la fragilité d’un homme mur. Même si sa petitesse est plus radicale que celle d’un enfant qui vient de naitre. Ça va encore un homme fragile comme un enfant, là une femme s’en occupe comme une mère. Mais un homme fragile comme homme, là une femme ne sait plus quoi faire.

 

Et c’est donc en recevant Jésus crucifié, dans cet état d’extrême fragilité, sans défense, sans aucune explication que cette vie nouvelle se déverse en nous et nous rend fécond de la vie de Dieu. Parce que bizarrement à la résurrection Jésus a toujours les marques de la crucifixion ! Pour bien nous montrer que cette fragilité extrême vécue à la croix, est au-delà de la souffrance vécue, de la violence qu’il porte et dont il se sert pour dire jusqu’au bout comment est son coeur pour le Père et pour nous, dans quel état de vulnérabilité il se trouve en nous étant livré.

 

Ce n’est qu’en apprenant à recevoir Dieu dans la fragilité du Christ que l’homme peut apparaitre aux yeux de la femme sous un tout autre regard. Comme étant plus un cadeau dans sa fragilité consentie que dans les qualités qu’on rêverait qu’il ait, qu’il n’a pas et qu’il n’aura jamais. 

 

Recevoir et vivre sous la motion de l’Esprit Divin, réclame la décision de se soumettre à la fragilité de l’homme et non à son pouvoir. C’est même en quelque sorte plus facile de se soumettre à son pouvoir. C’est plus facile parce que pour tout un chacun le rapport dialectique, d’opposition, de lutte est plus facile que de laisser la bonté gratuite, aveugle, naïve couler l’incompétence abyssale de celui qui sous un autre rapport manifeste l’assurance  protectrice, le pouvoir et la force.

Et la bonne nouvelle qu’apporte Jésus est dans le fait que nous sommes fait fragile, et que dans cette fragilité peut jaillir quelque chose qui n’est pas dans notre prolongement.

 

Alors que 90% des sociétés sont basées sur la domination de l’homme dans l’espace public et visible, et la manipulation de la femme dans l’espace privé, c’est à dire la maitrise de l’homme par sa fragilité. Et là, c’est précisément ce qui rend le couple imperméable à la présence de Dieu. Parce que ce n’est pour l’homme que dans le consentement humble à sa fragilité et à sa pauvreté, qui permet à Dieu de le confier à la femme, comme quelque chose du Christ à la croix. Être servante de cette vie qui se manifeste dans le crucifié, c’est d’abord en accueillant cette fragilité de l’homme qui essaye d’aimer mais qui ne sait pas, et qui finalement peut faire une chose : se livrer. A défaut de savoir aimer ou même de savoir ce qu’il faut faire, il peut se livrer.

à suivre ...

Grégoire +

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (7)

20 Juin 2020, 23:23pm

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (7)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

C’est là où la marque de la grâce en nous, de l’esprit de Jésus qui nous a marqué, s'il n’est pas vécu dans une radicale pauvreté en esprit, devient terrible. Elle devient cette prétendue maitrise du monde par l’explication rationnelle des choses en se prétendant détenteur du pourquoi ! C’est, pour l’homme, la tentative désespérée de préserver son droit d’ainesse et l’absolutisation crétine de son fonctionnement masculin. C’est pour cela que les hommes face à Jésus, soit ne l’aiment pas, soit en ont la trouille et paniquent. Le pourquoi des choses donnés dans l’abaissement (le lavement des pieds) le service de l’esclave (il se donne comme pain) et l’auto-identification à la misère des autres (la Croix) n’est pas du tout l’image virile, héroïque et chevaleresque que l’homme se fait de lui-même et de la vérité qu’il rêverait de vivre.

Les femmes à l‘inverse, n’ont pas besoin de l’explication du pourquoi si la présence de Dieu leur est donnée intimement et éclaire tout cela. Par contre elles veulent savoir le comment. 

Autant un homme met son grain de sel dans le pourquoi, autant une femme met, assez souvent son grain de sel dans le comment ! Parce qu’elle pense, trop souvent, être l’incarnation du juste comment des choses… C’est souvent un peu ça dans les familles : « va demander à papa pourquoi... le comment c’est moi qui gère ! »

Jésus ne vient pas dire le comment, puisqu’il est le comment. Et dans ce comment, il n’y a pas d’explication, ni de bonnes manières de faire. Juste quelqu’un à suivre, et à aimer. Et il n’y a même pas de bonne manière de l’aimer. Il y a juste à s’occuper de lui et plus de la manière dont on l’aime. Parce qu’il est dans sa personne Le chemin. Il est la manière d’avancer et ce vers quoi je vais. Puisqu’il est La vie. La vie tout court.

Quand Marthe et Marie vienne de perdre leur frère, c’est le comment qui les intrigue : « comment se fait-il que tu n’étais pas là ? Quelle est la cohérence de ta manière de faire ? Au regard de la grandeur de ce que tu dis, tu fais l’inverse. Je sais que mon frère ressuscitera, mais dans le comment je n’aimerai pas qu’on attende trop ! » Et la réponse de Jésus à Marthe est simple : « Je suis la résurrection ! » Autrement dit : « tu veux que ton frère soit vivant ? Mais la vie elle est devant toi ! La solution à ta souffrance, elle est là, c’est moi ! Je suis La solution, mais pas l’explication » 

Jésus se fait le chemin, la porte, donc le moyen. Comment cet homme qui est Dieu peut se proposer comme un chemin et comme un moyen ? C’est en tant que livré pour nous, en tant que crucifié, c’est à dire épousant notre condition humaine jusqu’au bout qu’il vient nous donner de vivre du Père et faire de nous des sources divines.

Et c’est là qu’est le conflit pour nous : que le chemin, le moyen, la porte, le comment, la lumière… soit le crucifié. C’est tout ce que nous ne désirons jamais avoir à rencontrer. Parce que ce qui pour nous est le chemin, et plus spécialement pour la femme, c’est l’amour, la tendresse, la pérennité de ceux qu’elle aime, leur réussite, leur luminosité, leur beauté, leur santé.

Il y a dans Jésus détruit, en état d’altération, tout ce qu’une femme veut chérir dans ceux qu’elle aime. Jésus a été en plus méthodiquement détruit par les hommes. On voit bien cela chez Marie Madeleine au matin de Pâques, cette oscillation entre le désespoir, la colère et l’amour. Elle n’a pas accepté qu’il se laisse massacrer comme ça. Elle n’a pas accepté que s’expose sous ses yeux la destruction de son bien-aimé. Et on voit là, l’immensité du cœur féminin qui est de consentir à se soumettre au crucifié. De devoir se plier à ça ! De ne rien pouvoir changer. En plus elle n’a pas accès à Jésus : il est cloué ! Elle ne peut donc rien faire ! Elle est obligée de se soumettre, de consentir au chemin qu’il est.

Les hommes eux sont effondrés, désarmés. Ils ne sont pas en conflits. Ils ont déserté. Là où il y a trop de souffrance, un homme n’a plus les moyens de la révolte.

Et là, ce dont il s’agit, c’est de se soumettre à la fragilité de Dieu qui s’est fait homme, jusque dans l’extrême anéantissement du crucifié.

à suivre ...

Grégoire +

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (3)

31 Mai 2020, 00:12am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (3)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

 

Le Père nous veut consacré à l’absolu de l’amour. C'est en Marie que nous le voyons. C’est en elle que nous comprenons l’oeuvre que l’Esprit-Amour veut réaliser en nous. 

En effet, l'amour ne se dit pas, il se vit. Il nous faut donc ouvrir les yeux sur celle qui a été habitée par l'Esprit Divin et à travers qui il nous parle. 

Les Pères de l'Eglise aiment dire que Dieu ne parle pas seulement en se servant de la parole humaine, mais aussi en se servant des hommes. L’amour échappe aux grosses têtes : ce ne sont pas les intellectuels, les professionnels, les savants qui le comprennent le mieux : ce sont les tout-petits, les amoureux, les poètes. 

L'Esprit Saint est l’Amour -tout amour vient de Dieu. Or, on ne peut pas faire d’étude, d’exégèse de l'amour. Impossible. L'amour est un secret qui noue de l’intérieur ceux qui s’aiment. Ce n’est jamais un évènement extérieur, il échappe à la succession du temps, il nous mets presque comme au-delà du devenir, il nous donne des ailes, il nous rend comme fou, ou peut-être vraiment humain.. 

Pour la parole, on peut en saisir quelque chose, on peut l'interpréter ; mais quand il s'agit de l'amour, c’est toujours inaccessible aux raisonneurs, à ceux qui n’aiment pas en acte, parce c’est toujours de trop pour notre intelligence. Ça la déborde. C’est pour cela que l’amour n’impliquant pas d’abstraction, réclame de se manifester : il se dit avec tout ce que nous sommes, en prenant tout en nous.

 

Telle est cette déclaration que Dieu, comme Père, nous fait en nous donnant Marie. Il a voulu que Marie, la femme, celle qui est la plus créature, la plus pauvre, la plus dépouillée, soit celle qui vive le plus intensément son secret, ce qu’Il est. Et cela lui est donné pour elle, mais aussi pour nous : tout ce qu’elle vit nous appartient. Elle nous donne à voir, ce qu’est vivre de l’Esprit-Amour. On pourrait presque dire que Marie est comme la parole de l'Esprit Saint.

 

L’apôtre Paul dit déjà « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit ? » après avoir dit que nous sommes les membres du Christ. Le Christ est la tête, et nous sommes ses membres. Autrement dit, nos corps sont Jésus continuant à être présent sur terre, dans lequel l'Esprit Saint habite et veut vivre pleinement. 

 

C'est donc à travers le corps de Marie, qui est éminemment temple de l'Esprit Saint, que l’on peut voir cette inhabitation divine et ses effets : ce que l’Esprit-Amour nous donne à vivre lorsqu’il fait sa demeure en nous. Inhabitation : parce qu’il n’occupe pas les lieux, mais il fait corps avec celui qu’il habite.

 

L’amour réclame toujours de se manifester comme un don total, donc par le corps, et pour l’Esprit-Amour, il se fait par Marie. C'est à travers elle que l'Esprit Saint est le plus vivant, c'est là que cela « brûle » le plus. Marie est celle qui brûle le plus de ce feu de l'Esprit Saint : « elle partie en hâte vers la maison de sa cousine… » «… ils n’ont plus de vin… »

Elle est complètement LA femme : celle qui réveille l’amour, qui lui donne de toujours garder son ardeur, son jaillissement premier, qui hâte l’heure de Dieu de Cana à la Résurrection, dont les audaces sont celle de l’épouse du Cantique cherchant son bien-aimé ! « Où est celui que mon coeur aime ? »

 

L'Esprit Saint, est ultime dans la Trinité : on ne peut pas aller plus loin. Il y a une fécondité de l’amour en Dieu, et c’est l’Esprit-Amour. Il est à la fois ultime et aussi à la racine de tout : parce qu’il est ultime il est aussi ce qui est premier. Il est à la fois celui qui ‘féconde’ Marie, et en même temps celui qui est ’répandu’ à la Croix… 

 

Il est ainsi celui qui nous conduit à l’Agneau « voici Celui que tu ne connais pas, l’Agneau de Dieu » révèle-t-il à Jean-Baptiste, et celui qui permet de voir -dans l’Agneau immolé, le secret du Père : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercés ». L'Esprit est source de l’incarnation du verbe, de l’enfant-Jésus et il est aussi le fruit de l’amour vécu en Jésus immolé, offert… 

 

Qu’est-ce que cela veut dire ? Il est à la fois source cachée de cette reprise radicale, comme celui qui est source du secret donné à l’Annonciation, -réalité qui est vrai pour chacun : à la racine de notre foi il y a un secret d’amour personnel entre nous et Dieu; et il est aussi au terme où il est encore plus caché, puisque à la Croix il est ce nouvel amour -entre nous et Dieu, en plein coeur de la lutte.

 

C'est cela que dit Marie lorsqu’elle dit « Je suis l'Immaculée Conception ». Elle montre cette reprise radicale à partir d’un amour substantiel qui nous devance, un amour personnel, gratuit, inconditionnel, qui nous fait être quelqu’un pour lui.

Et en même temps, l’Immaculée c’est aussi le fruit de l’oblation gratuite de Jésus à la Croix. Elle est la première sauvée, c’est à dire revêtue, héritière de celui qui s’offre en même temps au Père et à chacun de nous comme un Agneau. Il est celui qui pour nous « se répand comme l’eau qui s’écoule, et dont les os se disloquent, dont le coeur fond au milieu des entrailles… » Ps 21, 15.

 

Ainsi, l’Esprit-Paraclet c’est l’amour même de Dieu dans la chair humaine. C’est un feu divin qui reprend sa créature abimée pour la posséder, pour nous donner d'aimer de l’amour même de Dieu. Le don de l’Esprit Saint c’est Dieu qui nous adapte à Lui : Dieu qui vient nous mettre à son rythme, à sa taille, qui nous fait vivre sa vie par nous-mêmes ! 

L’Esprit-Paraclet c’est ce feu à la Croix qui transforme tellement tout en feu que les témoins de la Croix se 'liquéfient' pour devenir Celui qu'ils contemplent, recevant son Esprit et devenir avec Lui secret du Père, Feu d'Amour « ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercés ».

Il est comme un tremblement de terre qui fait que, chez ceux qui sont là debout, tout est  -selon le monde- apparemment détruit, dévastés, ruines « détruisez ce temple ». Ils sont devenus blessure du coeur, morsure substantiel, feu intérieur qui fait d’eux ces enfants qui crient dans le désert  « Père » !

à suivre…

Grégoire +

 

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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (2)

30 Mai 2020, 02:10am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (2)

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

Qu'est-ce que cela veut dire que nous convertir à cet amour radical ? Il s’agit non pas d’efforts ou d'une nouvelle générosité qui serait encore nous, mais de perdre son âme !

 

C'est-à-dire accepter d’être dans un état de dépouillement : dépouillement de nos conclusions, de nos savoirs, de nos principes.. brûler tout avoir spirituel pour recevoir Celui qui est amour : « A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets. » écrit Paul aux Philippiens.

Ces paroles de feu ne doivent rien aux lèvres pincées des raisonnables ! Elles sont désirs intense d’aimer sous le souffle de l'Esprit, d'aimer en dedans l'Esprit de Dieu !

 

Le sacerdoce -sacrement de l’Ordre, permet au prêtre d'agir dans la personne du Christ, c’est à dire étant le Christ lui-même agissant au milieu de nous. Le prêtre en consacrant dit en effet : « Ceci est mon corps » il ne dit pas : « Ceci est le corps du Christ.. » Il y alors une identification entre le Christ et le prêtre, de telle manière qu’on peut dire : le prêtre, lorsqu’il consacre, est Jésus.

 

Les sacrements, gestes actuels de Jésus pour nous, nous recréent, nous font naitre de nouveau et vivre immédiatement en Fils du Père. Et là, on comprend que l'Esprit Saint veut vivre en nous. Étant Fils, l’Esprit Saint veut que nous agissions avec Lui, par Lui, en Lui. Recevoir l’Esprit-Amour c’est pour agir dans la personne de l’Esprit Saint ! C’est à dire, agir en étant l’Esprit Saint ! Pas moins ! Vivre dans la personne même de l'Esprit Saint. C'est cela, le propre de l'amour : être un avec celui qu’on aime, on est deux sans que cela fasse nombre.

 

L'Esprit Saint réclame cette union, que l'on agisse sous son souffle. Quand on dit « sous son souffle » on a l'impression que l'Esprit Saint est comme par derrière et nous pousse, alors que ce n'est pas du tout cela. Ça, c'est très imaginatif.

 

Agir sous son souffle, c'est agir comme étant un avec l’Esprit Saint, en étant porté par lui, enveloppé par lui, comme une seule personne. Il veut que nous soyons comme tellement imprégnés de son amour, qu’il actualise notre vie, nos activités, de telle manière qu’il n’y ait plus de différence entre lui et nous !

 

C'est cela qu’il veut que nous désirions : avoir une soif profonde de vivre sa vie, selon son rythme, ses moeurs, être à sa taille, avec sa fécondité à Lui. C’est à la foi un don d'une surabondance inouïe, d’une totale gratuité, mais qui doit devenir premier en nous, la source nouvelle de notre vie.

 

Alors là seulement elle sera chrétienne ! Avant cela, elle est souvent pieuse, religieuse, morale.. bref, très selon l’ancienne alliance ! Niveau 10 commandements. C’est pas mal, mais les païens peuvent en faire autant.. Or, « si votre justice ne dépasse pas celle des pharisiens -ceux qui sont selon la loi- vous n’entrerez pas dans le royaume ! » Seuls ceux qui sont mû par l’Esprit de Dieu sont Fils de Dieu ! 

 

Se convertir à l'Esprit de Dieu, être consacré dans cet Esprit qui est la vérité toute entière, c'est être consacré à ne plus aimer que l’amour comme un absolu. C’est être devenu amour divin : mes désirs, mes attentes, mes initiatives, mes folies, mes blessures deviennent sources divines. Parce que je ne désire plus qu'aimer, je n’aime plus qu’a aimer. Cela c’est LA volonté de Dieu ! Que tout en nous soit pris que par l'Esprit d’Amour. 

« Dans le coeur de l’Eglise, je serais l’Amour, ainsi je serais tout ! »

 

à suivre ..

Grégoire +

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Que rien ne te trouble ..

10 Mai 2020, 00:16am

Publié par Grégoire.

Que rien ne te trouble ..

« Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. »

En nous parlant, Jésus se dit, se donne à vivre, actuellement. Et Jésus ne cesse de nous dire « Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » Il veut qu’aucun trouble, qu’aucune angoisse, qu’aucune agitation ne nous ébranle ! Et pour cause : il dit ceci après avoir annoncé à Pierre sa trahison : "tu vas me trahir, mais surtout ne t'en trouble pas, je le sais, je le porte, et je l'assume ! " Tel est le regard de Jésus sur nos trahisons, nos médiocrités et nos crimes ! Jamais celui d'un juge inquisiteur ou d'un accusateur ! Jamais ! C'est l'oeuvre du démon que de remuer la boue, répandre dans les médias et à la meute des chacals les supposés actes déviants de tel ou tel, relus à l'aune des théories freudiennes ! 

Que votre cœur ne se trouble pas ! Cette parole est tellement importante, qu'elle est devenu la prière quotidienne de Thérèse d’Avila « Que RIEN ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout, celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit ! ». 

Et le grand moyen de ne plus être troublé, c’est de croire en lui; c’est-à-dire revenir et demeurer dans ce contact actuel, immédiat avec lui : car il n’y a jamais aucune distance entre lui et moi !

Et dans ce contact, mendier qu'il nous donne de recevoir jusqu'au bout ce qu'il nous dit là : « Je te prépare une place… et de nouveau je viens pour te prendre près de moi ». Il nous faut le lui mendier que lui-même nous donne de ne pas réduire ses paroles, car le premier drame humain c'est de soi-même se faire mesure, et d'écouter selon nos petits désirs, nos petites attentes, et donc de réduire l'ambition actuelle de Dieu sur nous. 

Entendre -Je vais te préparer une place… c’est cela qui nous permet de ne pas être troublé, délivré de toutes angoisses : Jésus se sert de tout ce qui nous arrive : rien de notre vie ne lui échappe ; et il se  sert de tout pour nous faire entrer dans son repos, nous faire monter à la première place, à cette place de choix que Lui veut pour moi : La sienne ! Jésus n'a pas d'autres ambitions sur moi que de me donner à vivre ce que Lui vit, sa place ! On dépasse toutes inquiétudes, angoisses, repliements sur soi en cherchant à vivre de cette place unique que Jésus nous a acquis. Cette place c'est « là où moi je suis » c'est à dire : sa place !

Jésus nous aime bien plus que nous-même : Il nous aime à sa mesure, selon son don. Il nous regarde, chacun, comme celui à qui il donne tout, puisqu’il est totalement pour moi ! Et c'est pour cela que Le Père est à nous : « Qui me voit, voit le Père ! » Celui qui est TOUT, Celui qui est LA REALITE est à nous, personnellement, immédiatement !!! Et le chemin qui nous fait déjà vivre de ce terme, c’est Jésus !

Ne plus être atteins par aucun trouble, c’est donc inscrire dans sa vie cet amour qui assume tout, pour lequel rien n’est vain, dépendre radicalement de Celui qui m’unit à lui dans sa personne, en m’attirant. 

L’amour qui, naturellement nous rend accueil, attente, relatif, nous fait, là, être radicalement dépendant. Le chemin c'est d’être obstinément relatif à Jésus, de chercher à vivre de Lui en tout, de ne pas lâcher sa main. Et Jésus nous donne la charité fraternelle, ces liens personnels privilégiés, pour nous apprendre concrètement à vivre de lui, par ceux qu’il met auprès de nous. 

Le trouble vient toujours de ce qu’on est relatif à notre efficacité, aux résultats, à nous-même. La grande libération c’est d’aimer, de toucher qu’un autre est pour nous dans tout ce qu’il est, et alors de tout attendre de lui : que notre joie soit l’autre dans sa personne !

Jésus, c’est l’ami divin qui déjà me prend près de lui, et est en attente que je m’éveille à ce don qu’il me fait de lui-même. Il veut qu’on donne tout ce qui est encore nous, nos œuvres, nos grandeurs, nos qualités, nos jugements, nos tristesses, nos soucis, et tout nos trucs pétés, tordus, bizarres, pour leur donner une nouvelle signification, une nouvelle dimension, une nouvelle existence : « Maintenant je viens et je vous prend près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez »

Grégoire +

 

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Divinisé ?

19 Avril 2020, 02:58am

Publié par Grégoire.

Divinisé ?

 

 

Absence 

 

À Pâques, la joie manifestée empêche souvent d’être face à ce qui apparait de prime abord : l’absence. Absence de témoins, de signes ou de traces visibles. Rien d’éclatant ! Rien de manifeste ! Plus de présence physique ! Bref, apparemment un non-évènement : le monde continu comme il était, avec ses cruautés, ses guerres, ses épidémies …

 

Et pour les femmes qui, dans l’évangile, couraient au tombeau, c’est la claque : « Vous cherchez Jésus ? Il n’est pas ici ! » 

 

La résurrection n’est pas une victoire éclatante, ni un évènement manifeste. Jésus ressuscité n’est plus de ce monde : il n’est pas visible ou localisable, et en même temps, il est comme encore plus de ce monde : il est présent à tout l'univers ! Il n’est plus à un certain endroit dans le monde physique : il échappe au lieu et au temps ! Il n’est donc plus selon notre conditionnement ou notre psychologie à la recherche d’équilibre ou de guérison intérieure, ou la réalisation d’un état de paix, d’amour et de joie idéale, atteint au terme de célébration religieuse ou de pratique spirituelle !

 

 

Absorbé

 

La résurrection, c’est quelqu’un ! C’est Jésus, qui jusque dans sa chair divinisée s’impose à tout l’univers ! Jésus ressuscité, c’est donc cette chair subtile, divinement délicate qui comme un parfum, un souffle, une brise, imbibe tout ce qui existe : il se donne à vivre, à sentir, à respirer depuis l’absorption en Dieu de cette chair et de tout ce qu’elle a vécu de violence, de trahison, de mort. Sa chair brisée et martyrisée, s’unie, épouse et imprègne tout ce qui existe sans aucune conscience de notre part : il échappe à notre conscience. Mais, par la foi -cette lumière d’en haut qui éclaire notre réel- nous savons que nous sommes introduits en lui, immédiatement, sans distance aucune.

 

S’il nous imprègne, cela signifie que nous sommes devenus autres que ce que nous voyons de nous-même ! C’est à dire, nous sommes en Lui comme une seule personne : ce qu’il a acquis est nôtre, son héritage nous appartient de facto ! Et cela c’est tout de suite ! Sans préparation !

 

Sa résurrection, c’est donc déjà maintenant la mienne : LA REVELATION N’EST PAS UNE VITRINE : la résurrection c’est Jésus, plus réel que tout le réel qui m’entoure et m’appartenant !

Ne respirant plus que du Jésus, je peux dire que malgré les apparences extérieures, je suis ressuscité ! Toutes mes petites morts, trahisons, inhumanités sont assumés, reprises, utilisées !

 

 

Imprégné

 

Tout l’univers est imprégné de sa présence. Chacun, là où il est, est marqué par Celui qui est jusque dans sa chair La Vie Éternelle. On ne peut plus faire sans. Et c’est pour cela que rien sur terre ne peut combler cette empreinte qui nous marque.

 

Aussi tout les petits prêchi-prêcha, sermonages et volonté de reprise en main à coup d’efforts, d’efficiences et de nouvelles déterminations, sont du temps perdu, du désespoir organisé et une hypocrisie sans nom ! Se mobiliser, faire des efforts etc… c’est encore me faire passer devant ! Moi, moi, moi ! Ce n’est pas le laisser s’imposer jusqu’au bout en cherchant à ouvrir les yeux sur ce que Lui a fait pour moi !

 

C’est tellement plus facile de remettre un coup d’efficience : au moins on se sent vivre, au moins on prouve qu’on vaut quelque chose par nous-mêmes !

 

Et, précisément, c’est la pire attitude, celle qui fait le plus obstacle à son don et à sa victoire ! Car la victoire : c’est la sienne ! Et elle réclame d’accepter que Lui s’impose à nous, et qu’il ressuscite tout nos lieux inhumains.

 

Sinon, c’est du replâtrage, du rafistolage qui entrainera toujours violences et trahisons; car rien de notre activité ne peut être adéquat à la noblesse reçue, à la signification que notre vie à pour lui, à l’abîme creusé en nous et auquel Lui seul peut répondre.

 

 

Émerveillé

 

La résurrection, c’est donc taire toutes critiques, tout regards réflexifs, tout ces faux espoirs de résultats que nous attendons de nous-même.

 

La résurrection, c’est croire en sa victoire qui s'impose malgré le retard complet de toute l'humanité sur cet apparent non-événement. Que l'humanité soit en retard n’est pas un drame : il suffit qu'une seule personne y adhère pleinement, accepte d'être débordée par ce mystère, et cela c'est Marie. Marie répond pour nous : sa réponse est mienne, elle m’appartient !

 

C'est ça la joie de Pâques : Lui est victorieux et sa victoire s’empare même de nos retards, nos sommeils et nos absences.

 

Aussi, on ne peut plus se regarder de la même manière : on doit tout réapprendre auprès de Lui. Nous sommes déjà habitants du ciel tout en étant sur la terre.

Nous sommes en Lui et Il veut, dès maintenant, nous apprendre à vivre cette vie de Fils qui coule en nous, pour se l’approprier, la vivre de façon personnelle, la marquer de notre touche propre.

 

 

Secret

 

C’est cela que les femmes qui ont courus au tombeau doivent annoncer. Comment ? Pas par des mots, des consolations, des raisonnements ou des chocolats !  C'est vrai, on aimerait tellement prouver aux autres -et en fait à soi-même- qu'on a ‘raison’ de croire à la résurrection ! Et pourtant, même Jésus n'a pas cherché à le prouver. Il aurait pu apparaitre à Hérode, à Pilate ou aux grands-prêtres au matin de Pâques: imaginez ces grands prêtres, dormant avec leurs phylactères, plein de leurs projets liturgiques bien pieux, de quête de perfection toute humaine et bien moralisante, réveillés par une apparition de Jésus ressuscité: la cata pour eux...!  Non, Jésus ne s'impose pas de l’extérieur, il ne vient pas nous faire des reproches ou la morale. 

 

La résurrection, cette présence victorieuse qui réordonne tout, cette attraction substantielle qui nous a recréé, est une victoire cachée. Sans aucune évidence.

 

Elle ne nous rend donc pas d’abord fort mais encore plus dépendant, puisque devant vivre d’un don tellement gratuit qu’on doit réapprendre tout les jours que nous sommes recréés, divinisé et sans aucune possibilité de jamais mettre la main sur cet état nouveau. 

 

 

Vivre du terme

 

C'est une victoire réclame d’être vécue comme ce qui transfigure nos liens personnels, nos liens fraternels : Jésus est présent dans chacun de ceux qui me sont donnés ! Ce qui signifie que tout ce qui est en dehors de liens personnels est faux, contraire à ce qu’est la résurrection. L’humanité de Jésus, vivant la vie du Verbe, est devenue secret du Père : jusque dans sa chair, il est au plus intime du Père. Il est silence qui coule vers lui. Et nous aussi avec Lui.

 

On est encore mort lorsqu’on en reste à notre générosité, à ce que l'on fait, à ce qui vient de nous, nos méthodes, nos trucs, et de ce que l'on ne n’a pas accepté d’apparaitre avec nos brisures, nos fragilités, nos pauvretés, nos états d’échecs permanents ! La résurrection est une nouvelle vie,  donnée et dont on est incapable ! 

 

Accepter tout nos états de pauvretés, par lesquels il s’empare de nous, le laisser être la solution de nos échecs, nos loupés, nos morts, c’est s’interdire définitivement de se juger, se critiquer, se regarder. Parce qu’il a déjà tout achevé. Tout. 

 

« Il a fait toutes choses nouvelles » Même si ce n’est pas manifesté, c’est fait.

 

Tout est achevé.

 

Grégoire +

 

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Cette victoire dans l'obscurité ..

11 Avril 2020, 13:16pm

Publié par Grégoire.

Cette victoire dans l'obscurité ..

* Samedi Saint *

 

 

Condamnation

 

Jésus a été condamné, rejeté par les grands prêtres ! 

 

Pourquoi ? Il est coupable de trop d’amour : il ne respecte pas les Lois, il n'obéit pas aux autorités en charge, s'engage trop dans la vie des personnes, les accompagne sans respecter la juste distance, ... !

 

C'est nécessairement un manipulateur,  un séducteur, un abuseur que la populace semble canoniser un peu vite .. !

 

Son amour est insupportable pour des yeux étriquement religieux, médiocrement puritains et pas assez humains. 

 

Et, il dérange : cet amour excessif n'est-ce pas du relativisme face à l’absolu de la loi ?! Faisons respecter l'ordre ! Il faut quand même éduquer les gens bon sang !!

 

Un homme, ami des pécheurs, mangeant avec les publicains et les prostituées ?? mais voyons, n'aurait-il pas .. une double vie ? C'est trop louche... faisons une enquête !

 

 

 

 

 

 

Et cela demeure toujours. L’humanité d’aujourd’hui condamne Jésus. Les opinions des hommes, la conscience éveillée des experts et les jugements des grands prêtres qui, eux, 'savent', ont le prestige et le pouvoir spirituel, tous ont bien discerné son petit jeu !

 

Et puis, dame : il n’y a pas de fumée sans feu : s’il est condamné, c’est qu’il y a faute .. ! Mêmes les médias le disent : ça ne peut donc être que vrai !

 

 

 

Silence

 

Jésus a accepté de se taire et de prendre la dernière place pour montrer, dévoiler  l'attraction silencieuse, substantielle qu'est Le Père, source actuelle tout ce qui existe. 

 

Jésus accepte d'être présumé coupable, de passer pour un tordu, un pervers, et d'être crucifié pour révéler -en creux- Celui dont il se reçoit et en qui il trouve son repos : le Père, pure bonté, Celui qui est LA Réalité, plus présent à nous même que nous même et caché derrière les apparences.

 

Le pardon, la miséricorde ne sont qu'un moyen en vue de dire Celui qui est Amour. Mais on ne peut s'arrêter à la miséricorde. L'amour seul est la cause et le 'ce en vue de quoi' s'exerce le pardon !

 

Et Jésus choisit de disparaitre. Il se sert du jugement des grands prêtres et de la trahison  de ses apôtres. Il donne alors à la mort, à toutes violences, une nouvelle signification.

 

 

 

Compassion

 

Mort, le cadavre de Jésus est alors remis, confié à la terre. Il n’y a plus de corps visible, plus de souffrance pour compatir. Il n’y a plus rien. C’est l’absence, le vide.

 

Séparée du cadavre de son Fils, Marie vit cette absence, cette négation mortelle, cette échec total. Elle vit cette brisure, cet état cadavérique, ce silence de mort.

 

Il n’y a plus que l’abandon, il n’y a plus que la brutalité des faits : c’est la violence de la mort, de la mise au tombeau, qui plongent ceux qui restent dans une solitude totale : être là, comme inutile, dans un pâtir à l’état pur.

 

 

 

 

 

Chacun vit ce moment du sépulcre : c’est l'ultime étape. Cette étape, on peut dire que le monde l’a toujours vécu, comme il a toujours vécu l’Agonie et la Croix. 

 

Mais il y aura un moment - et nous y sommes peut-être - où l’Église, corps mystique- devra vivre, d’une manière toute particulière, de ce moment du Sépulcre.

 

 

 

Actualité

 

Cette séparation de l'âme et du corps de Jésus, ne serait ce pas aujourd'hui cette absence de tout culte, ces églises vides, ce corps de Jésus confiné dans les maisons,  les hôpitaux et les ehpad ? C'est le corps séparé de son âme, de sa vie propre, de cette communion vitale avec le reste du monde.

 

Et, Jésus, ce cadavre divin qui repose, c'est mystérieusement qu'est réalisé le salut et que s'opère la recréation : car alors, dans le cadavre, le corps subsiste directement dans le Verbe ! c'est à la mort, la séparation de l'âme et du corps, que le Verbe est devenu CHAIR ! 

 

La chair est alors habitée par le Verbe -et même elle est, à ce moment là, devenue le Verbe, Dieu !! La chair du Christ est Dieu. Cette matière inerte qu'est le cadavre de Jésus est divinisé..  

 

La passivité du cadavre de Jésus dit alors immédiatement l'amour substantiel, cette attraction substantielle qu'est Dieu !

 

 

 

 

"Et la terre vint au secours de la Femme " apoc 12.

 

C'est la Chair devenu verbe qui fait que Marie, que tout ceux qui veulent -consciemment ou inconsciemment,  être à l'école de Jésus, qui cherchent la lumière, vivent alors comme le secret du Père dans le monde !

 

Nous sommes faits dans notre corps Terre Sainte, Terre promise, Temple nouveau, Arche d'alliance.. dans notre personne, dans notre chair avec tout ce qu'elle comporte de lourdeur et d'obscurité.. nous le sommes fais à ce moment là !

 

Ce n'est pas manifeste, mais cela est ! Gratuitement ! Cela s'impose à nous ! Nous sommes recréés, là, maintenant, comme sa chair est alors imbibé par le  Verbe éternel !

 

Et là, il nous faut alors tout réapprendre : comment vivre de cette victoire cachée , non encore manifestée ? Comment les jugements actuels sont-ils là pour permettre de toucher  ce que Lui fais de nous ? Comment dans une active passivité, laisser toujours plus cette attraction silencieuse Père s'exercer sur nous ?

 

Lui qui, maintenant nous a pris en Lui, et ne cesse de nous secréter, au plus intime de Lui-même, comme son unique, son secret, son bien-aimé !

 

 

Grégoire +

 

 

 

 

 

 

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Seul le silence permet à l’amour de se dire jusqu'au bout

9 Avril 2020, 14:00pm

Publié par Grégoire.

Seul le silence permet à l’amour de se dire jusqu'au bout

 

Dieu, Celui qui, depuis toujours, est, lumière et pur amour, se fait matière : pain et vin ! Solide et liquide ! la détermination du pain et la passivité du liquide ! Tel est l’Eucharistie ! L’abaissement de Dieu devant moi, se faisant mon esclave, se mettant à mon service pour m’introduire en Lui, et me faire vivre ce qu'il a en propre ! Directement ! sans préparation ! 

 

Et ce don est la règle de vie toute simple, la nouvelle loi : être tendu vers lui, offert comme le pain, et en même temps passif, liquide, pure réceptivité comme le vin !

 

Car le terme de l'Eucharistie, ce pour quoi Jésus l'invente, c'est de nous faire devenir Lui ! Pas moins ! Et c'est immédiat !! actuellement réalisé ! Et toute notre vie chrétienne c'est d'apprendre à vivre en Fils, comme un Dieu, découvrir le rythme et l'attente propre, personnelle, du Père sur nous, qui veut que l'on continue et achève l'oeuvre de Jésus ! Pas moins ! Et ça, c'est vrai pour chacun ! C'est donné ! Gratuitement !

 

C’est pour cela que ce don est tellement inouïe qu’on veut l’enfermer dans des codes, des lois, des rites, un culte. Parce que c'est too much pour nous !! C'est éprouvant, on met même tellement de temps à y croire !! Pourquoi? Parce qu'on se regarde trop, et surtout par nos petits cotés ! Et pour un marxiste -c'est à dire quelqu'un qui ne voit que ce qui est extérieur, matériel, mesurable- l'amour, don personnel gratuit, c'est juste insupportable !  « Dieu qui se donne à vivre ?! Mon Dieu, où va-t-on ?? » 

 

Par son don, je suis introduit en Lui, dans ce qu'il a de plus intime, pour vivre ce qu'est Dieu ! Or, l’amour, qui en Dieu est son être même, ce qu’il est, ne peut-être dit dans un rite, un culte, des chants. Il ne peut que se vivre. Et dans un abîme de pauvreté spirituelle : notre désir de connaitre butte complètement sur ce truc ! C’est pour ça que Jean n’en dit rien dans son évangile ! Rien !

 

La parole permet de nommer les choses, mais elle garde un caractère universel, abstrait : on peut la répéter. Or l’eucharistie, cette offrande réalisé à la croix et dont la victoire est manifestée dans la résurrection c’est en tout premier lieu un don radicalement personnel, unique, qui ne peut se dire. Qui ne peut que se vivre : c’est Dieu pour moi, relatif à moi, qui veut m’introduire en Lui, au plus intime de ce qu’il est !

 

Je suis totalement incapable d’entrer dans ce don : « là où moi je vais vous ne pouvez venir » Notre nature humaine explose face à ce don, et c’est bien ce qui est montré à la Croix. Sauf, nos misères qui nous rendent assez pauvres pour être introduit dans cette vie qui est Dieu même !

 

 

Et c'est bien de cela qu'il s'agit : par son don, nous sommes déjà, là maintenant, introduits dans la vie intime même de Dieu ! Nous en vivons dans l'obscurité de la foi, mais c'est réel ! et ce, grâce à ces blessures qui sont sa porte d'entrée ! sans condition !

 

Ô Bienheureuse pauvreté alors ! Ô Bienheureuses fautes, chantons-nous durant la Vigile pascale ! Et peut-être devrions nous le chanter tout les jours pour sortir définitivement de ce puritanisme maladif, ce pharisaïsme hypocrite qui ronge tant d’ecclésiastiques ou paroissiens satisfaits d’eux-mêmes ! Ce regard moralisant de petits juges est bien plus destructeur que tout ce qui ronge la nature ou pollue notre monde !

 

La pollution spirituelle, le pharisaïsme des bien-pensants, de ceux qui s'auto-proclament juges de leurs frères est la pire des pollutions ! mais malheureusement on s'en accommode très bien. C'est pour celle-là que Jésus est mort.

 

 

Ce don c’est l’invention géniale de que Jésus laisse à chacun… Le testament de Dieu, de l’ami divin et humain, l’héritage qui m’est remis, dont je peux user comme bon me semble;

 

Ce qui est définitivement acquis pour moi, qui est ma propriété, mon bien propre : c’est Jésus –le Verbe- livré au Père et à chacun comme chacun attend d’être aimé ! Et ça c’est mien comme quelque chose d’acquis ! Sans aucune justification à donner de ma part pour avoir accès à ce don ! Celui qui est La Réalité se fait relatif à moi dans tout ce qu’il est, pour se donner à vivre, et me permettre dès maintenant de répondre à son don avec toutes mes ingéniosités !

 

Ce que Jésus réalise n’est pas dans le prolongement de l’Ancien testament, de nos désirs d’homme religieux, prudents, morals, pour l’épanouissement de ce qui est le plus humain en nous, ou pour épanouir nos capacités. C’est quelque chose qui vient d’en haut, quelque chose de complètement nouveau et c’est pour cela que nous sommes perdus, déroutés et même scandalisés : gratuité pure !

 

Comment dire à chacun ce secret personnel ? pure attraction divine, substantielle, qu’aucun culte rite liturgique ou vécu intérieur ne pourra manifester ?

 

Et, parce que c’est un pur don d’amour, il est silencieux. Il est là pour moi comme un nouveau soleil ou un nouveau ciel qui n’aurait pas de but en soi sinon d’être là! Rien de séduisant non plus : l’amour ne peut-être compris que de ceux qui aiment : les enfants, les simples, les amoureux et les handicapés…

 

C’est une rupture que Jésus réalise et qu’il réalise à travers un geste : «  Au cours d’un repas, Jésus sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et, prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint ».

 

Jésus –qui est Dieu, se fait le serviteur et il lave les pieds à ses disciples. C’est un passage, « la Pâque », celui d’une nouvelle ‘connaissance’, personnelle, intime, de Dieu dans ce geste de Jésus. Dieu qui se fait l’esclave ! Voici le nouveau passage de Dieu ! C’est Dieu qui se fait totalement relatif à nous !

 

Le geste manifeste un lien que l’on voudrait personnel. L'amour réclame cette sortie de soi, de nos schèmes d'homme prudent, de nos raisonnements. Ne faut-il pas découvrir là -d’une façon tangible- que l’amour est au-dessus de tout ordre, règles et lois ?Parce que Dieu est amour : rien n’est au-dessus de l’amour ! Il n’y a pas de « juste place » « juste respect » Il faut aimer point barre ! Et on commence toujours maladroitement, en aveugle et en mode handicapé ! Mais l’amour est au-dessus de tout ! C’est l’amour qui fait connaitre, c’est l’amour qui nous fait voir Dieu, c’est l’amour qui réalise l’unité !

 

Il y a là quelque chose que l’on doit regarder avec crainte et qui révèle la grandeur de tout amour : l’amour humain est toujours l’appel, l’attente du don personnel de Dieu pour nous ! On ne peut donc jamais formaliser, juger de l’extérieur, ou donner un ordre d’obéissance à propos d’un lien personnel ! Il n’y a rien au-dessus, car tout lien dans l’amour est un appel et touche déjà quelque chose d’éternel !

 

Et c’est le lavement des pieds a ouvert Jean à cette nouvelle relation auprès de Jésus. Dans le lavement des pieds, Jésus fait le geste de l’esclave, donc du serviteur par excellence. C’est le geste qui conduit à l’Eucharistie, ou Jésus nous donne son Corps comme aliment sous le signe du Pain. L’aliment le plus simple, le plus commun. L’aliment c’est le serviteur du vivant. Serviteur d’une façon radicale, puisque il perd ce qu’il est, pour celui qui s’en nourrit.

 

 

Et donc, Jésus veut nous crier là combien Il se met à notre service. C’est vrai, ce n’est plus du pain, c’est son corps, sa chair,  Lui : « Ceci est mon Corps ». On comprend que c’est aller jusqu’au bout, on ne peut aller plus loin. Dieu se donne comme pain. C’est le don que seul Dieu peut faire ! C’est sa toute puissance qui est au service de son amour, et elle est toujours au service de son amour.

 

 

Jean veut mettre en pleine lumière cet ordre nouveau : que Celui qui est le Maître, Celui qui est le seigneur, n’hésite pas de faire le geste de l’esclave. Donc de bouleverser cet ordre hiérarchique et de faire comprendre qu’il y a un ordre d’amour beaucoup plus profond, beaucoup plus radical, ce qui au niveau hiérarchique ce n’est pas compréhensible ;

 

Et on comprend la réaction de tous les talibans de l’ordre hiérarchique, adorateurs de traditions ou culte : non, non et non ! Ne fais pas ce geste-là, il faut que tu restes, vraiment Maître et Seigneur ! Or, Jésus nous demande de dépasser cet ordre-là, humain, pour être pris par son don. La nouvelle alliance, c'est une reprise totale dans l’amour, ou chacun, petites créatures, êtres seconds qui trouvons avec peine ce qui est à notre portée, sommes élevés à la dignité de Dieu ! Dieu se fait pain pour qu’introduit en Lui, on vive à son rythme, à sa taille !

 

 

Marie, est celle qui a reçu chaque initiative de Dieu comme un secret, dans l'amour, et qui nous montre comment en vivre : par l'amour et la pauvreté. L'amour nous fait être accueil et don, et la pauvreté nous cache, nous garde de tout retour sur nous mêmes, nous empêche de posséder l'amour, et nous fait accepter de pouvoir être comme ignoré.

 

 

L’Eucharistie, silence d’amour de Dieu pour nous, réclame cela. C’est le geste éternel -actuel- de Dieu qui est don dans tout ce qu'il est; cela c’est -au-delà des apparences extérieures- ce que nous devenons substantiellement, réellement. 

 

Grégoire

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 Vous me connaissez ? Vous savez d’où je suis ? 

28 Mars 2020, 11:06am

Publié par Grégoire.

 Vous me connaissez ? Vous savez d’où je suis ? 

 

« Vous me connaissez ? Vous savez d’où je suis ? » Jean 7, 28

 

Ces interpellations de Jésus à ceux qui l’écoutent, face à leurs murmures, c’est un cri, une tristesse, une blessure qu’il manifeste. Ces interrogations adressées à ceux qui sont ses frères, son peuple, ses apôtres, il faut les laisser descendre en nous.. et essayer de toucher la manière dont il interrompt son enseignement pour dire sa vulnérabilité face aux jugements hâtifs dans lesquels ils l’enferment.

 

C’est au Temple, à l’occasion d’un enseignement donné avec autorité que Jésus interroge ainsi les siens, manifestant là l’obstacle premier qui les empêche de le recevoir : croire le connaitre ! Juger de l'extérieur ce qui anime sa vie, ramener son intention profonde à un résultat visible et mesurable !

 

Parce qu’ils sont pris par le quand dira-t-on, l’opinion commune, ce qu’en disent les médias de l’époque, il n’y a plus chez ces juifs d’attente.. ou plutôt ils n’attendent plus qu’un salut humain, à leur taille, selon un regard juridique, s’empêchant ainsi d’aller plus loin qu’eux mêmes !

 

Or, Jésus ne vient pas d’abord résoudre nos problèmes terrestres, ni nous rétablir dans l’ancienne Alliance, ni être un gendarme scrupuleux d’une loi religieuse ou liturgique ! Il vient nous mettre face au Père et nous en faire vivre. Tout de suite. Là. Maintenant.

 

C’est pour cela qu’il n’est pas à notre portée : rien en nous n’est adéquat ou proportionnel à son don, à sa lumière ! Et ça, on l’oublie tellement vite ! Autrement dit, Dieu est toujours de trop pour nous ! Alors que très vite, pour le croyant, Dieu fait partie des meubles, et on croit, en toute modestie, qu’on peut, par soi-même, en conscience, répondre librement à ce qu’il propose ! Mais NON ! C’est une horreur de croire que « Dieu propose, et que la personne humaine répondrait librement, si elle veut.. »

 

Pourquoi ?

 

Premièrement parce que l’amour s’impose ! L’amour ne nous laisse pas libre ! Et ça, c’est insupportable pour nos mentalités modernes, d’avoir à accepter que quelque chose s’impose à moi avant que je l’ai décidé, accepté, choisit ! Que je ne suis pas d’abord le fruit de mes choix.

 

Et, malheureusement, la petite bestiole qui, aujourd'hui, met à mal la moitié de l’humanité est un exemple criant que nous ne sommes pas premièrement décideurs de nos vies !

 

Ensuite, devant Dieu, nous ne sommes pas d'abord libre ! Il ne nous a pas demandé la permission pour savoir si on voulait où non vivre.. et apparaitre dans tel pays, à telle époque... 

 

Plus profondément, Jésus vient -et c'est une initiative gratuite- pour nous donner de vivre d’une lumière qui est, pour nous, de trop, qui nous excède et même qui nous éprouve, au point que je ne suis pas capable de la recevoir par moi-même ! Dieu n’est pas dans le prolongement de nos projets humains ou religieux; de nos désirs affectifs, matériels ou même spirituels ! 

 

Il nous fait entrer par son initiative, dans sa vie la plus intime ! C'est en cela que rien sur terre ne peut répondre à la soif qui est en nous ! Et cette vie, y répondre par oui ou non, reviendrait à dire qu'on peut mesurer son don.. Or, Dieu est de trop pour nous !!! Il nous excède ! Croire qu’on peut répondre par nous-même à son don, à sa présence, à sa lumière, c’est se croire capable de lui… c’est se croire capable de devenir Dieu, de se mettre à sa taille par nous-même !

 

Ça à l’air de rien de dire ça, mais c’est capital : on ne peut qu’être en attente de son don et aussi de sa grâce pour lui répondre !! Et là, c'est dans le choix de cette attitude de se reconnaitre pauvre, non capax, qu'on est libre ! Libre de reconnaitre notre radicale petitesse ! Notre totale incapacité de le recevoir et lui répondre ! Libre de mendier qu’il vienne non seulement nous éclairer, mais encore de ne pas faire obstacle à son don !

 

Jésus en effet vient nous entraîner dans un don auquel on ne peut pas se préparer ! C’est une oeuvre de résurrection qu’il vient opérer, pas du rafistolage ou un replâtrage ! On a facilement cette tentation de croire qu'il est venu pour qu’enfin on soit autonome, épanouie, sans plus rien de ce qui nous agace et nous empêche de vivre ce petit bonheur au sommet duquel sont nos congés payés, notre capital santé et une succession d'émotions creuses et stupides !

 

Aussi, attendre de lui des choses très précises, c’est croire le connaitre et c’est s’empêcher d’être attirer hors de soi.. C’est le problème des pharisiens,  des biens-pensants et de tout les ‘spirituels’ qui veulent y arriver par eux-même, et qui croient répondre librement : c.a.d en « connaissance de cause », comme si l’évangile était une recette de cuisine à appliquer, au terme de laquelle je ne sais quelle perfection serait acquise !

 

Et, précisément, Jésus enseigne au Temple, lieu de la rencontre avec Dieu, pour redonner le vrai sens du sacrifice offert à Dieu; on ne peut être vers Dieu, l’attendre, qu’en choisissant de tout brûler : tout nos acquis, toutes nos certitudes, tout ce qu’on croit savoir, toutes nos qualités et ce sur quoi on s’appuie ! Autrement on s’aveugle et on se rend incapable de recevoir ses initiatives d’amour ! « vous dites ‘nous voyons’ c’est pourquoi votre péché demeure ! » Jean 9

 

On ne peut se présenter devant Dieu que comme un pauvre; Mais un pauvre comme Jésus s’en fait le signe : à la croix, où il est ‘ver non point homme, objet de rebut et de mépris devant lequel on se voile la face…’

Or ça, par nous-même, on est loin d’en être capable ! Ou bien alors dans cette version doloriste qui a pu exister et qui a trop souvent été une copie très matérielle et extérieure de son don..

 

La croix est le signe d’un amour qui ne peut se dire, sinon dans le silence, pour qu'il n'y ait plus que l'attraction de sa bonté ... il est substantiellement bon, et son effet propre est de creuser en nous un abîme de pauvreté, élargir l’espace de notre tente intérieure…

 

On ne commence à le connaitre que lorsqu'on se laisse toucher, dans le secret de notre coeur par cette présence ineffable qui nous dit : « mon amour pour toi est plus silencieux que le silence… »

 

Grégoire

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La joie naît de la rencontre de notre néant avec la lumière qui nous en sauve ..

22 Mars 2020, 23:14pm

Publié par Grégoire.

La joie naît de la rencontre de notre néant avec la lumière qui nous en sauve ..

 

La joie que Jésus apporte n’est pas le fruit d’un comportement moral ou religieux, d’un suivi scrupuleux de la loi.. non ! Elle est actuellement donnée, elle nous attend, puisqu'elle est l’effet de sa parole, sa propriété.

Son amour pour moi, réclame en effet d'être dit, que j’entende dans le secret de mon coeur ce secret dont chacun peut dire en vérité qu'il n’est dit qu'a lui : « je t’aime parce que c’est toi !» L’évangile ne dit pas autre chose ! Et, lorsque cette lumière personnelle de Jésus s’empare de notre intelligence, nous sommes dans la joie !

 

Mais nous sommes aveugles ! Et c’est le grand reproche de Jésus : « C'est pour un discernement que je suis venu en ce monde, pour que ceux qui ne voient pas, voient, et que ceux qui croient voir deviennent aveugles (…) Vous dites: 'nous voyons' -nous savons, c'est pourquoi votre péché, votre tristesse, votre désespoir demeure ». Jn 9, 41.

 

Nous sommes tellement remplis de bruits, de jugements sur nous-même, de paroles vaines ou inutiles, d’opinions, de projets à notre taille ... que nous sommes incapables d’entendre Celui qui, maintenant, me parle, et qui, en se disant, se donne à moi !

 

Jamais Jésus n’a donné d’informations, de méthode à suivre ou un enseignement universel, général, abstrait. Sa parole est toujours personnelle, amicale, amoureuse. Elle est la première manière pour lui de se donner à nous et il est vulnérable à la manière dont on l’écoute. Est-ce que notre manière de l’écouter lui permet de se donner à nous jusqu’au bout ? C'est la question.

 

Il y a en chacun, cette pollution du monde, plus terrible que toutes pollutions, qui transpire spécialement dans les médias, cette nouvelle inquisition, qui déborde aujourd’hui un peu partout, celle de se comporter en pharisiens, de se croire capable de juger des choses ou des gens, de pouvoir mesurer sa vie, pleins de bon sentiments et satisfaits de nous-mêmes !

 

Cette méga-tentation ou l'homme se fait sa propre mesure, fait qu’on devient immédiatement juge et justicier des personnes ! C'est cela la faute la plus terrible; LA faute, c'est bien ce jugement ou l'on est sûr de soi-même ; cette arrogance de la bien-pensance qui se pose en mesure de ce que fait l'autre, et qui voudrait chercher par soi-même à séparer le bon grain de l'ivraie !

 

C'est le propre des bien pensants, de ceux qui se croient dans le camp du BIEN, tolérants,  'ouvert à l'autre' et à la différence... mais intolérants envers ceux qui ne pensent pas comme eux!

 

Or, la joie divine, celle qui ne passe pas, ne peut s’emparer de nous, que si l’on se reconnait pauvre, aveugle et mendiant. Ce qui, de fait, est l’état de la personne humaine face au réel comme le disaient les Grecs : « nous sommes dans le réel comme l’oiseau de nuit face à la lumière du jour.. ». Et cela c’était juste la sagesse naturelle des anciens !

 

Or le drame du monde contemporain est d'avoir réduit la connaissance à ce qu’on peut mesurer, calculer, comparer ! Comment voulez vous alors pouvoir vous réjouir d’une simple fleur ? d’un chant d’oiseau ? d'un ciel ombrageux ? Et alors, combien plus, si c’est une lumière qui vient d’au-delà de notre monde, et réclame donc un étonnement radical, celui de l’enfant qui vient de naitre : « si vous ne devenez pas comme des tout-petits, vous n’entrerez pas dans le royaume…! »

 

Ainsi, face aux luttes, aux lézardes, aux paresses que nous portons, ne pouvant en connaitre la signification, nous ne pouvons nous en remettre qu’à Dieu seul, en mendiant sa lumière !

C'est donc bien choisir la pauvreté spirituelle, celle qui fait qu'on suspend son jugement et qu'on demeure dans un état de manque, d'obscurité du coté de la connaissance qui nous permet de recevoir cette lumière.

 

C'est choisir de ne pas savoir pourquoi par nous-mêmes, et demeurer dans une obscurité certaine face à des états qui semblent parfois désespérés ou sans solution apparente...

 

Cela c'est s'en remettre à Celui qui, dans sa personne, est la lumière ! Et désirer qu'Il nous la donne ! Mais la lumière de Jésus est une vie : ce ne sont jamais des explications ou une méthode à appliquer ! Il est dans sa vie lumière du monde : cela réclame pour nous d'entrer dans cette vie, la vivre avec lui et croire qu'il nous fait être sa présence : « vous êtes la lumière du monde » 

 

Nous ne sommes pas lumière pour nous-même. Lui seul -et surtout à la croix curieusement- nous dit -en nous le faisant vivre, qui nous sommes pour lui et pourquoi nous vivons tel ou tel état; Là il est lumière pour nous, et alors nous touchons, dans la foi qui nous sommes : enfants bien-aimés du Père, appelé à le donner en faisant nôtre toutes les paroles de Jésus puisqu'elles nous sont adressées « la vie éternelle c'est de te connaitre, toi.. telle est le commandement que j'ai reçu de mon Père.. qui me voit voit le Père»

C’est en étant mendiant de sa lumière et de sa bonté substantielle, grâce précisément à nos failles qui appellent cet excès de lumière, d’amour, son don inconditionnel, que nous sommes alors fils dans Le Fils !

 

Grégoire.

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Redécouvrir qui je suis pour Lui ...

26 Février 2020, 12:01pm

Publié par Grégoire.

Redécouvrir qui je suis pour Lui ...

 

Quelle différence entre le jeûne chrétien, la prière, l'aumône, et ces mêmes actes qui existent dans d’autres traditions religieuses ?

 

Ce qui fait la particularité de la vie chrétienne, c’est de vivre en premier de l’initiative actuelle de Dieu pour nous.

 

Dieu qui vient à moi pour se dire et se donner en personne en se révélant. Pour nous donner de vivre de Lui, de ce qu’il est. Ce n’est donc pas d'abord un combat contre le péché, mais chercher à laisser Dieu lui-même s’emparer de nous, de notre vie, de notre chair, de notre temps, de nos pauvretés.

 

C’est quelqu'un : Jésus donné personnellement, substantiellement, gratuitement ! C’est donc ce don personnel d’amour que je dois m’efforcer d’inscrire dans tout ce que je suis ! Il y a là un choix qui nous est remis : pour vivre de la personne de Jésus qui se livre à moi, qui veut tout vivre avec moi, de l’intérieur, comme un ami, je coopère et m’efforce de Le recevoir en lui donnant tout : mon temps (la prière), ce qui me permet de vivre (le jeûne) et mes biens matériels: l’aumône : puisque le prochain est une terre sacrée, lieu de sa présence.

 

Déjà le Père, dans la genèse, impose comme un jeûne apparemment inutile à Adam et Eve : «vous pouvez manger de tout, mais de ce fruit, non…! » et, à chaque reprise de son alliance, il ne réclame pas d’abord que l'on raisonne ou pense, mais que l’on se donne soi-même, dans un don gratuit, excessif : « prend ton fils Isaac et va le sacrifier », « tuez l'agneau, mettez-en sur les portes, mangez en hâte » ou une attitude de dépouillement: le peuple d'Israël au désert, Jonas et ses cendres à Ninive, Isaïe marchant dans le désert, David jeunant devant son fils mourant, … etc.

 

Et par cela, le Père ne réclame pas ces gestes pour d’abord nous purifier, ou nous faire grandir ou nous faire nous reconnaitre ‘pêcheurs’, non ! C’est d’abord pour que son don s’inscrive et s’empare de notre vie ! Ces gestes sont d’abord la marque de Dieu qui est amour, don inconditionnel et total ! Ces gestes sont de petits moyens pour nous mettre personnellement en attente de son passage : La Pâque, passage de Dieu ! 

 

 

Le carême c’est inscrire et rendre manifeste ce don qui nous est fait, un don qui est de trop,  actuel, une attraction substantielle que seul les pauvres et ceux qui ont soif d’être aimés peuvent recevoir !

 

Et ces sacrifices gratuits, un peu inutiles, qui nous coûtent, c’est pour qu’on inscrive, qu’on s’approprie dans tout ce que l’on est, la vie de Fils qui nous est donnée à vivre ; c’est pour redécouvrir notre noblesse divine : Je suis fils de Dieu par son don ! Peut importe ma misère ! Que toute notre personne soit prise par ce don divin qui dépasse tout ce qu’on peut penser ; ces moyens sont donc pour nous la manière de vivre de ce don qui réclame qu’on se quitte, et d’ouvrir les yeux sur Qui je suis pour le Père !  Car je ne suis pas ce que je fais, ou pense ou acquiert, je suis ce que je reçois de Lui !

 

Et c’est ce que dit Jésus : ton aumône, ta prière, ton jeûne, c’est pour être mobilisé d’une façon unique et personnelle; c'est pour ‘voir' et ‘toucher’ celui qui t’est toujours présent : ton Père qui est là dans le secret… Le carême c’est pour vivre de Celui qui est toujours là et qui m’attend… C’est pour ouvrir les yeux sur la profondeur de notre vie, sur sa vraie réalité… c’est de quitter les apparences, ce qu’on a compris du réel -qui nous emprisonne parce que c’est encore nous la mesure- et de tout vivre avec lui, de l’intérieur ; c’est pour être possédé par Celui qui veut être notre secret et connu comme tel.

 

Le carême c’est donc ce don qui veut tout prendre en nous, et qui veut nous faire vivre à sa taille, à la hauteur de ce qu’est notre Père ; Et ces ‘sacrifices’, ces ‘rites’, c’est pour toucher cela avec notre corps, avec notre sensibilité, avec toute notre personne. L’amour réclame de s’éprouver, or, Celui qui est là, c’est Celui qui est pur don, un don qui ne peut pas se dire. Il est un silence substantiel, une présence totale.

 

Le carême c’est donc pour nous libérer de nous-même, de notre auto-satisfaction, de tout nos jugements, spécialement sur nous-mêmes, de cette tendance maléfique de tout regarder selon les résultats, ou de façon binaire, manichéenne, puritaine, pharisienne; pour nous donner de voir comme le Père nous regarde !

 

C’est Jésus à la Croix qui, acceptant de passer pour un séducteur, un abuseur, nous révèle la bonté inconditionnelle du Père qui a permis nos misères pour avoir enfin un espace où descendre en nous.

 

C’est donc, ultimement, pour que Jésus nous apprenne à dire : « Abba, Papa, Père » dans tout ces lieux en nous où nous sommes morts, moisis, perdus, et ainsi vivre de cette présence secrète de Celui qui ne me quitte jamais, de Celui qui a assumé toute notre vie et qui jamais ne nous accuse ! 

 

Grégoire.

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Le mystère de l'adoration (II)

2 Mai 2014, 09:53am

Publié par Les trois sagesses

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La rencontre du Christ et de la samaritaine nous révèle le mystère de l’adoration. Mais qu’est-ce que l’adoration en esprit et en vérité ?

L’adoration en esprit et en vérité

Comment un cœur si infidèle et blessé, si loin du cœur très pur de Jésus, peut-il revenir dans un état de vérité ? Jésus nous le révèle en lui disant ce qu’elle doit faire : « Tels sont les adorateurs que cherche le Père : Dieu est esprit, et ceux qui adorent doivent adorer en esprit et vérité » (Jn 4,23-24). L’adoration « en esprit et en vérité » est ce qui permet au pécheur enfoncé dans son péché de reprendre un contact direct et immédiat avec sa Source : c’est Jésus lui-même qui nous le dit.

L’adoration du Fils bien-aimé

L’acte d’adoration de celui qui adore en esprit et en vérité n’est pas simplement un acte religieux d’adoration ; c’est un acte d’adoration enveloppé d’amour divin, transformé par la charité et par les dons du Saint-Esprit. On peut dire : c’est un acte d’adoration tel que le Christ lui-même le réalise à l’égard de son Père bien-aimé ; cet acte, Jésus le réalise au plus intime de son cœur d’homme transformé par la plénitude de sa grâce sanctifiante de Fils bien-aimé du Père. Jésus est bien le Verbe incarné ; il est le Fils bien-aimé du Père fait chair dont la subsistence est celle-là même du Verbe. La nature humaine de Jésus, formée en Marie sa Mère, subsiste dans le Verbe et reçoit de la Très Sainte Trinité une plénitude de grâce sanctifiante qui transforme sa volonté d’homme en la faisant participer d’une manière plénière à la charité incréée, l’Esprit Saint. Celle-ci informe tous les actes des vertus infuses de l’âme de Jésus et, en premier lieu ses actes d’adoration, l’exercice de sa vertu infuse de religion dans l’adoration. Dans l’âme de Jésus, les actes d’adoration sont parfaits, « en esprit et en vérité ».

Ce sont bien de tels actes d’adoration que le Fils bien-aimé est venu nous apprendre. De tels actes purifient radicalement notre volonté humaine en nous mettant dans la vérité : ils nous font reconnaître notre dépendance totale de créature à l’égard de notre Créateur, en l’aimant, en découvrant son amour infini à notre égard : c’est bien lui qui « nous a aimés le premier » (1 Jn 4,10.19). C’est en coopérant avec le fiat de Marie à l’Annonciation que la Très Sainte Trinité a créé immédiatement en son sein l’âme humaine de Jésus. Et c’est en répondant par et dans sa volonté humaine toute divinisée par la charité que l’âme de Jésus a adoré la volonté de son Créateur. C’est bien cette adoration tout aimante de l’âme de Jésus qui est sa première réponse à son Père : « En entrant dans le monde, le Christ dit : (…) Je viens pour faire ta volonté » (Heb 10,5-9 ; cf. Ps 39,8 Vulg.). C’est en adorant que Jésus accomplit en premier lieu la volonté du Père.

Nous comprenons ici l’importance de l’adoration dans l’âme de Jésus : elle nous révèle son amour filial et radical pour son Père, amour qui est communiqué à Marie dans le secret de son cœur de petite créature de son Père. Et c’est bien cet acte qui continue de relier au Père chaque créature dans le plus profond de son cœur. Par cet acte d’adoration en esprit et en vérité, il y a bien une unité radicale d’amour qui unit le Père à chacun de ses enfants. L’acte d’adoration réalise dans le cœur de Jésus, dans son âme humaine transformée par la plénitude de grâce, une unité radicale d’amour avec son Père et son Dieu. Voilà la Nouvelle Alliance du Créateur avec l’homme, avec le Fils de l’homme ; c’est l’Alpha de la Nouvelle Alliance, et c’est aussi son Oméga (Ap 22,13 ; cf. Ap 1,8 ; 21,6), son terme, son achèvement réalisé à la Croix. Cette alliance nous montre combien le Père créateur est présent en son Fils bien-aimé à la Croix qui, en l’adorant, lui offre toute sa vie, tout ce qu’il est. Dans le cœur de Jésus, l’adoration « en esprit et en vérité », coopérant à la volonté de son Père, est déjà source de sa joie de Fils bien-aimé dans le sein de Marie, à sa naissance et durant toute sa vie cachée ; elle est présente durant toute sa vie apostolique, et elle est vraiment la source de son holocauste à la Croix. L’adoration « en esprit et en vérité » est la source cachée de l’offrande sanglante de tout lui-même à la Croix, et par là elle est ce qui permet à l’amour du Père d’être victorieux dans le silence, en brûlant tout ce qui n’est pas l’amour : par l’adoration, l’amour du Père est victorieux de tout. Voilà pourquoi la Révélation se termine par la Croix, et à la Croix par le cri de soif qui incarne d’une manière ultime l’adoration ; par là est révélé le primat de l’amour, du désir d’aimer. C’est vraiment par l’adoration que Dieu peut se révéler ultimement dans tout son absolu : « J’ai soif ! » (Jn 19,28).

Le mystère de l'adoration (II)

Dans le Ciel, l’adoration demeure toujours présente dans le cœur de Jésus glorifié, dans le cœur de Marie et dans le cœur des saints. L’Apocalypse nous le révèle (cf. Ap 21,22). Cela se comprend, puisque l’acte créateur qui se termine à l’âme de Jésus subsiste éternellement dans le Verbe, au cœur de la Très Sainte Trinité. La grâce du Christ et de la Très Sainte Trinité ne détruit pas la nature humaine de Jésus (elle ne détruit pas l’âme et le corps de Jésus), ni celle de tous ses membres. La liturgie du Ciel, de la gloire, implique l’adoration toujours en acte. Le symbolisme du buisson ardent (cf. Ex 3) est net : ce feu du ciel, la charité venant de la Très Sainte Trinité, brûle tout ce qui est créé dans la créature spirituelle et celle-ci, sans être détruite, coopère avec ce feu divin en s’ouvrant elle-même à lui par l’acte d’adoration.

(A suivre)

 

Marie-Dominique Philippe, OP

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Sagesse de Dieu

18 Avril 2014, 21:45pm

Publié par Les trois sagesses

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Sagesse de Dieu

Tous les actes de la vie du Christ, ceux que l’Écriture nous transmet (et non ceux que nous pourrions imaginer) ont force d’exemple, ils sont pour nous les modèles de notre vie chrétienne. Mais l’acte qui commande tous les autres, celui qui est le sommet, le point culminant de la vie de Jésus parmi nous, celui où Notre-Seigneur accomplit pleinement sa mission, c’est l’acte de la Croix. C’est pour l’accomplissement de cet acte unique qu’il est venu. C’est par la Croix que Jésus nous manifeste les exigences ultimes de l’unique précepte d’amour envers Dieu et le prochain. C’est le Christ crucifié qui, par la vertu de Dieu, a été établi notre « Sagesse » (cf. 1 Co 1,30).

Après la Cène et sur le point de quitter le Cénacle, Jésus déclare : « Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que j’agis comme le Père me l’a ordonné. Levez-vous ! Partons d’ici » (Jn 14,31). C’est donc bien pour accomplir la volonté du Père qu’il se rend à Gethsémani, et Gethsémani est la phase initiale du mystère de la Croix. Si Jésus se dirige vers Gethsémani, c’est à la fois pour accomplir la volonté du Père et pour se donner complètement à nous. N’avait-il pas dit : « La volonté de celui qui m’a envoyé est que je ne perde rien de ce qu’il m’a donné » (Jn 6,39) ?

L’acte de la Croix qui termine tous les autres actes de la vie terrestre du Christ a donc, du point de vue de la théologie spirituelle, une importance capitale ; il doit en être le centre puisque c’est de là que rayonne toute lumière de sagesse. Mais si la Croix reste le centre de la grande manifestation d’amour, nous ne devons pourtant jamais la séparer du mystère de la Résurrection, car du point de vue de la foi ces deux mystères sont inséparables. Le mystère de la Croix est une « Pâque », un passage, transitus ad Patrem (cf. Jn 13,1), et le mystère de la Résurrection manifeste cette entrée glorieuse dans la demeure du Père.

Certes, l’Esprit Saint peut très bien, à certains moments de notre vie et selon son bon plaisir, nous faire vivre exclusivement le mystère de l’Agonie et de la Croix, il peut nous y cacher complètement, nous engloutir dans cette absolue tristesse et cette souffrance totale ; mais notre foi ne peut exclure le mystère de la Résurrection.

Aussi bien pourrons-nous vivre, à d’autres moments, des mystères de gloire ; mais n’oublions pas que, sur terre, la grande lumière de sagesse nous vient de la Croix et que la véritable expérience de gloire – la vision béatifique – est pour le ciel.

En définitive, nos expériences divines restent toujours réglées par la foi ; elles n’en épuiseront jamais le mystère, elles doivent toujours se dépasser elles-mêmes pour adhérer plus divinement au mystère lui-même. La vie contemplative ne peut se situer qu’au niveau de la foi et de la charité ; ses expériences, si éminentes soient-elles, ne sont que des jalons sur le chemin qui mène à la plénitude de la lumière révélée, cette lumière qui est contenue dans les mystères de la foi et possédée, dès ici-bas, par la charité.

Si du point de vue de la foi nous séparions ces mystères, nous risquerions, en ne regardant que la Croix, de perdre pied et de désespérer et, en ne considérant que les mystères de gloire sans plus adhérer à la Croix, de tomber dans l’illusion ou dans toute espèce de messianisme.

Marie-Dominique Philippe, OP, Le mystère du Christ crucifié et glorifié, Préface

© Librairie Arthème Fayard

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L'Agneau et l'Epoux

17 Avril 2014, 09:08am

Publié par Les trois sagesses

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L’Agneau, c’est la miséricorde ; et c’est la passivité de l’état victimal. Etant la passivité, l’Agneau ne s’explique pas : Jésus n’a pas expliqué à Marie le chemin de la Croix. L’Agneau se tait : « Muet, il n’ouvre pas la bouche » (cf. Is 53). Et cela, c’est très rude : tant qu’il y a une explication, on s’appuie sur elle. Marie n’a aucune explication pour vivre du mystère de l’Agneau : elle est la Vierge qui suit l’Agneau partout où il va (cf. Ap 14). Elle s’appuie sur les paroles du Christ mais la parole de Dieu n’est pas une « explication ». Et le Samedi Saint, dans le mystère du sépulcre, c’est le silence le plus absolu, un silence substantiel. Il n’y a plus d’œuvre mais un état victimal radical. L’œuvre est accomplie : « Tout est achevé » (Jn 19) et il est remis à la terre, dans le sépulcre, dans cet état ultime de passivité de l’Agneau, la passivité de la mort.

Pourquoi, dans le mystère de l’Agneau, Jésus va-t-il jusqu’à se servir de la mort ? Parce qu’elle porte une passivité substantielle : il est remis à la terre pour qu’il y ait l’initiative de Marie et sa propre passivité dans l’amour. Si Marie n’était pas la Femme, celle qui est une avec l’Époux qui l’entraîne dans son mystère d’Agneau, elle ne pourrait pas le supporter. En effet, la pure passivité est inintelligible, elle fait trébucher, elle est la pierre de scandale. Pourquoi celui qui est la Force de Dieu se laisse-t-il faire de cette façon ? Pourquoi se laisse-t-il ainsi massacrer par les hommes ? « Muet, il n’ouvre pas la bouche » : il ne donne pas d’explication. Celui qui est l’Époux, qui est le prêtre, a comme ultime initiative de s’offrir lui-même comme Agneau : son sacerdoce s’achève dans un état victimal ; et il y entraîne Marie, la Femme.

Cela est vrai dans notre propre vie. La vie contemplative chrétienne, à la suite de Marie, nous entraîne dans une passivité, celle de l’Agneau, sans explication, ce qui peut nous révolter. Le mystère de la Compassion de Marie la fait entrer dans le mystère de l’Agneau, et réalise une unité dans le silence, dans une plénitude d’amour, de foi et d’espérance, sans plus aucune œuvre, d’une certaine façon. Il y a l’œuvre de la Croix ; puis il y a quelque chose d’ultime, qui comporte le dépassement de l’œuvre : cette passivité substantielle de l’Agneau, qui plonge le cœur de Marie dans un silence substantiel et dans l’adoration du dernier sabbat. Il n’y a plus que la foi et l’espérance pour que l’amour soit plénier : Marie n’a pas « compris » quelque chose, elle est entrée dans un mystère. Et sans l’amour on n’y entre pas : on en reste au scandale de la Croix et on s’arrête en chemin.

Si l’Agneau est l’achèvement du sacerdoce du Christ, il est l’acte ultime de l’Époux : la passivité ultime de l’Agneau fait donc comprendre la jalousie d’amour, la préférence d’amour de Jésus pour Marie. Il est l’Époux qui la regarde comme la Femme et l’aime d’un choix d’amour unique. La plénitude de foi de Marie fait qu’elle n’a jamais remis en cause l’amour de l’Époux, même dans le plus grand abandon, dans le délaissement apparent le plus extrême, dans le dépouillement ultime du sépulcre. Nous, quand nous oublions le choix de préférence du Christ, quand il se tait, nous commençons à demander des comptes et nous revenons au niveau de la justice. Nous oublions la gratuité de l’amitié. Le silence de Jésus Agneau n’est pas le signe qu’il ne nous aime pas : c’est au contraire le signe de sa préférence d’Époux qui nous fait totale confiance et nous choisit. L’Époux est celui qui dit : « Je t’aime à ce point que tout est unique entre nous ». « Qu’y a-t-il entre toi et moi, femme ? » (cf. Jn 2), il n’y a rien entre nous qui soit une séparation. « Qu’y a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore venue ». Jésus montre par là qu’elle est celle qui est parfaitement une avec lui et coopère donc parfaitement à son œuvre propre. Jésus ne dit pas du tout : « De quoi te mêles-tu ? », comme beaucoup l’interprètent malheureusement. C’est l’inverse : c’est la jalousie d’amour du choix de l’Époux, qui établit une totale confiance, une unité parfaite dans l’amour.

Et lorsqu’il devient l’Agneau, lorsqu’il s’efface, il n’est pas moins l’Époux : il est encore l’Époux dans sa jalousie d’amour, ce que le Cantique des cantiques montre tellement. C’est l’Époux qui a l’initiative et il s’efface, non pas parce qu’il est infidèle dans l’amour, mais pour que la Bien-aimée comprenne que l’amour va jusque-là : dans l’effacement, le silence, l’absence, – « Il est bon pour vous que je m’en aille ». C’est encore la jalousie de son amour d’Époux, qui la fait entrer dans un amour tellement gratuit qu’il porte même le silence, l’absence, et jusqu’à la mort : c’est un amour de résurrection, c’est un amour de gloire.

L’amour de l’Époux est Celui même de Dieu : il finit par être un amour glorieux, un amour victorieux de tout ; il n’y a plus que l’amour. Et si Jésus accepte cette passivité de l’Agneau, s’il se laisse mener comme l’agneau à l’abattoir (Is 53), c’est pour qu’il y ait l’initiative de l’Épouse qui coopère et découvre le secret de l’amour divin, le mystère personnel de l’Esprit Saint Paraclet, à travers la passivité la plus grande. A travers l’Agneau, à travers le geste ultime de l’Agneau, la blessure du Cœur, à travers le silence victimal ultime de l’Agneau, du Verbe devenu chair, Marie découvre l’amour de l’Époux dans ce qu’il a d’ultime. Elle y coopère en entrant pleinement dans l’intention du Père. A la Croix et dans le mystère de sa Compassion, elle vit pleinement selon l’intention du Fils qui glorifie le Père (cf. Jn 17). Elle y entre, dans une unité plénière : l’époux et l’épouse vivent l’unité dans l’amour. Elle est pleinement la bien-aimée, dans une unité parfaite.

 

M.-D. Goutierre

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