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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

temoignages

Le défi de la souffrance

12 Février 2012, 09:56am

Publié par Father Greg


93px-Rouault_Qui_Ne_se_Grime_Pas.jpg« Voici un épisode, très significatif,  qu’E. Frankl racontait souvent à ses auditeurs : un homme rencontre dans la rue son médecin de famille, qui s’informe de son état de santé. Immédiatement le médecin s’aperçoit que son patient est devenu un peu dur d’oreille. « Vous buvez probablement trop ; arrêtez de boire et vous entendrez mieux », lui conseille-t-il. Quelques mois plus tard, les deux hommes se rencontrent à nouveau dans la rue et le médecin, pour demander des nouvelles sur l’état de santé du patient, hausse la voix pour se faire entendre. « Pas la peine de crier, docteur. J’entends très bien ». « Vous avez certainement arrêté de boire, m’est-ce pas? Continuez à vous soigner ». Après quelques temps, ils se rencontrent une troisième fois. Mais encore une fois le médecin doit élever sa voix pour se faire comprendre. « Vous avez probablement recommencé à boire », dit-il au patient. Et celui-ci lui explique: « Ecoutez docteur. Avant je buvais et mon ouïe n’était pas bonne. Après j’ai arrêté de boire et j’entendais mieux. Mais ce que j’entendais n’était pas aussi bon que le whisky ».

Voici comment Frankl commente cet épisode: « N’ayant pas donné de sens à sa vie, dont la réalisation aurait fait de lui un homme heureux, il a voulu atteindre un très haut sentiment de bonheur en éludant toute réalisation de sens, et s’est donc replié sur un élément biochimique. En effet, le sentiment de bonheur, qui n’est normalement jamais  proposé comme la fin des aspirations humaines, mais plutôt comme une manifestation latérale de l'arrivée au but poursuivi, un « effet » secondaire, se laisse aussi rechercher, et cela est rendu possible par l'alcool » (Frankl, 2005, p. 17).

Pour Frankl, être « homme » veut dire être fondamentalement orienté vers quelque chose qui nous transcende, vers quelque chose qui est au-delà et au-dessus de nous, quelque chose qui nous attire fortement. Seuls ceux qui croient en leur « volonté de sens » peuvent bâtir une hiérarchie de valeurs qui soit en mesure de donner au plaisir et à la puissance, à l’affirmation personnelle et à la satisfaction de ses instincts, leur vraie place, qui est celle d’être des produits latéraux, des effets d’une réalisation du sens à donner à son existence.

Aujourd’hui, parler de recherche de sens est un vrai défi, car cela renvoie aussitôt à la capacité radicale de l’homme à découvrir, dans la vie de tous les jours, le sens de chaque situation,  à prendre des décisions qui correspondent à son devoir « être », à découvrir les possibilités que cachent son existence unique.

Si la vie de l’homme est toujours spécifique, puisqu’elle se réfère à un seul individu, concret, individuel, le devoir aussi n’est pas quelque chose de général, de valable pour tous et pour chacun, de permanent dans le temps, mais qui varie d’un homme à l’autre, car il correspond au caractère unique et individuel de chacun. Néanmoins, le devoir varie d’une situation à l’autre, car le caractère unique des situations apporte avec lui un caractère différent, avec des exigences et des conditions qui lui sont propres, absolument uniques. Et donc l’homme doit observer attentivement la situation dans laquelle il se trouve, et qui n’a rien à voir avec des événements déjà vécus par lui ou par d’autres par le passé.

Grâce à la voix de sa conscience, l’homme est capable de percevoir le sens qui se cache derrière une situation, et d’agir en conséquence, de façon responsable. « A une époque où  l’on a l’impression que, pour beaucoup de personnes,  les dix commandements sont en train de perdre de leur valeur, l’homme  doit apprendre à percevoir les dix mille commandements qui découlent des dix mille situations uniques dont la vie est jalonnée » (Frankl, 1992, pp. 29-30). Cela veut dire se sentir continuellement interpellés par la réalité des situations dans lesquelles on se trouve et qui demandent une réponse. Voilà pourquoi John F. Kennedy, le 20 janvier 1961, dans son discours d’investiture à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, avait dit à ses compatriotes: « Ne vous demandez pas ce que votre pays pourra faire pour vous, mais ce que vous pourrez faire pour votre pays » (cit. dans Dallek, 2004, p. 366). Phrase sur laquelle Frankl a comme rebondi en demandant à son auditoire américain: « Après la statue de la liberté sur la côte est, il faudrait construire une statue de la responsabilité sur la côte ouest » (Frankl, 2010, p. 63).

En cette époque scientifique, le progrès humain est calculé en données faciles à mesurer, introduites dans l’ordinateur, et analysées. Pourtant, les réponses de l’ordinateur n’indiquent que la manière dont se comporte généralement l’homme et par groupes d’échantillons, mais jamais comment il devrait se comporter dans des situations précises. « Notre vie n’est pas réglée à chaque carrefour par un feu rouge qui dit de s’arrêter ou un feu vert qui dit d’avancer. Nous vivons à une époque où le feu clignote toujours à l’orange, et laisse à l’individu le poids de la décision » (Fabry, 1970, p. 80). En dernière analyse, vivre signifie avoir la responsabilité de « répondre » exactement aux problèmes vitaux, d’accomplir ce que la vie impose, réserve à chaque individu, de faire face aux exigences de l’heure.

Les tâches que l’homme est appelé à réaliser vont dans trois directions : le travail, l’amour et la souffrance. Si, dans le travail, l’homme se manifeste en donnant à la réalité son empreinte personnelle, si dans l’amour celui-ci peut vivre les expériences plus fortes et les plus intimes, dans la souffrance, c’est sa grandeur qui se manifeste, car ce n’est qu’en elle qu’il se trouve tragiquement face à lui-même, face à sa capacité non seulement de travailler et de profiter, mais  aussi de souffrir.

L’homme a droit à la vie, au travail, à la joie, à la paix ; mais il a aussi un droit fondamental que personne ne peut lui enlever, à aucun prix: le droit de souffrir, d’inonder de sens une vie même apparemment détruite, économiquement infructueuse. La souffrance «  n’est pas qu’une possibilité parmi d’autres, elle est une possibilité qui permet de mettre en œuvre la valeur suprême, l’occasion de donner un sens total, profond, à sa vie » (Frankl, 2001, p. 190).

Celle-ci renvoie à l’attitude que l’homme prend face à un destin de douleur, face aux forces adverses, face aux situations irréparables. Voilà pourquoi l’empereur autrichien François Joseph II a voulu, en 1784, que l’on mette à l’entrée de la Polyclinique de Vienne l’inscription latine: Saluti et solatio aegrorum. Qui a en charge la santé physique et psychique d’un autre est aussi appelé à l’aider à supporter, avec acceptation et compréhension, les inévitables souffrances que la vie lui réserve, et à  acquérir de nouveau non seulement la capacité de travailler et de profiter, mais aussi celle de souffrir.

Par Eugenio Fizzotti, sdb, Traduction d'Isabelle Cousturié

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Bref...

16 Décembre 2011, 05:05am

Publié par Father Greg

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Ils attendent la bonne nouvelle!!

12 Décembre 2011, 05:30am

Publié par Father Greg

 

 


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Des fleurs pour le respect Jeudi 8 décembre 2011 à 18h

4 Décembre 2011, 15:54pm

Publié par Father Greg

rene-magritte-heureux-presage.jpgLe 8 décembre 2011, la première représentation de Golgota Picnic se jouera au Théâtre du Rond-Point (Paris). A cette occasion, le Collectif Culture et Foi : et si on se respectait ? appelle tous ceux qu’un tel spectacle blesse mais aussi tous les croyants et les non croyants qui veulent demander le respect des convictions de chacun, à déposer en silence une fleur blanche :

Jeudi 8 décembre 2011 à 18h

devant le théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées

Les chrétiens veulent ainsi manifester leur douleur de voir le Christ insulté lors de cette pièce de théâtre.

Ni slogan, ni drapeaux, ni banderoles, mais simplement ce beau geste, en silence, pour manifester de façon pacifique, sobre et juste, notre désir de voir les esprits évoluer. Nous refusons toute violence, toute agressivité et tout affrontement.

Veillée de prière à Notre-Dame de Paris

Désireux de respecter le calme de cette démarche, et d’éviter toute tension, les participants ne resteront pas devant le théâtre, mais seront invités à rejoindre la veillée de prière organisée à 20h à Notre-Dame de Paris, à l’appel du Cardinal Vingt-Trois.

Une action pérenne

Jusqu’au 17 décembre, date de la dernière représentation, ce dépôt de fleurs blanches pourra être renouvelé dans la journée. Ce sera l’occasion pour tous de partager la peine des chrétiens et de demander le respect de leur foi, élément de notre culture et de notre histoire commune.

Cette pièce n’est pas une simple critique du christianisme. Elle s’attaque à la personne du Christ en croix, présenté comme « fou », « chien de pyromane », « messie du sida », ou « putain de diable ». Elle salie de façon malsaine et violente toutes les représentations de la foi chrétienne.

Pour ceux qui croient en Jésus-Christ, cette pièce est une provocation gratuite, agressive et blessante. C’est une violence faite à la foi, une violence faite aux croyants. Cette pièce de théâtre attise l’intolérance et les divisions.

« Le Collectif Culture et Foi : et si on se respectait ? »

Se respecter pour pouvoir dialoguer

Le Collectif a été créé à l’occasion de la pièce de théâtre Golgota Picnic par des laïcs chrétiens qui respectent les artistes et la liberté d’expression. Ils demandent le même respect pour leur foi.

Pour vivre ensemble et éviter l’éclatement de la société en de multiples communautés qui s’ignorent ou pire s’agressent, cette liberté d’expression doit rester attentive à ne pas blesser ce qui donne un sens à la vie de chacun.

http://www.culture-foi-respect.fr/

 

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« QUE DIRE A UN JEUNE DE 20 ANS »

26 Novembre 2011, 05:33am

Publié par Father Greg

 

 

118-copie-1.jpgQuand on a connu tout et le contraire de tout, quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie, on est tenté de ne rien lui dire, sachant qu’à chaque génération suffit sa peine, sachant aussi que la recherche, le doute, les remises en cause font partie de la noblesse de l’existence.

Pourtant, je ne veux pas me dérober, et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci, en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain : «Il ne faut pas s’installer dans sa vérité et vouloir l’asséner comme une certitude, mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère».

A mon jeune interlocuteur, je dirai donc que nous vivons une période difficile où les bases de ce qu’on appelait la Morale et qu’on appelle aujourd’hui l’Ethique, sont remises constamment en cause, en particulier dans les domaines du don de la vie, de la manipulation de la vie, de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines, de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir.

Oui, nous vivons une période difficile où l’individualisme systématique, le profit à n’importe quel prix, le matérialisme, l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile où il est toujours question de droit et jamais de devoir et où la responsabilité qui est l’once de tout destin, tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela, il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine. Il faut savoir, jusqu’au dernier jour, jusqu’à la dernière heure,

rouler son propre rocher.

La vie est un combat, le métier d’homme est un rude métier. Ceux qui vivent sont ceux qui se battent. Il faut savoir que rien n’est sûr, que rien n’est facile, que rien n’est donné, que rien n’est gratuit.

Tout se conquiert, tout se mérite. Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur que pour ma très modeste part, je crois que la vie est un don de Dieu et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît comme l’absurdité du monde, une signification à notre existence.

Je lui dirai qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves, cette générosité, cette noblesse, cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde, qu’il faut savoir découvrir ces étoiles, qui nous guident où nous sommes plongés au plus profond de la nuit et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai que tout homme est une exception, qu’il a sa propre dignité et qu’il faut savoir respecter cette dignité.

Je lui dirai qu’envers et contre tous il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai que de toutes les vertus, la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres, de toutes les vertus, la plus importante me paraît être le courage, les courages, et surtout celui dont on ne parle pas et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.

Et pratiquer ce courage, ces courages, c’est peut-être cela «L’Honneur de Vivre».

 

Hélie de Saint Marc

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Bonne nouvelle : Le Vatican en a marre des curés "sans saveur"

14 Novembre 2011, 05:05am

Publié par Father Greg

 

 

Portrait_of_Archbishop_William_Henry_Elder_1903.jpgLes curés sont majoritairement prévisibles, ennuyeux, transparents. Ils font fuir les fidèles. Cette constatation d'une évidence, c'est Le Vatican lui-même qui la dresse, c'est-à-dire Benoît XVI. C'est donc une bonne nouvelle. Les prêches des prêtres catholiques sont devenus souvent "incolores, inodores et sans saveur, au point d'être désormais tout à fait insignifiants", vient de dénoncer le cardinal Gianfranco Ravasi, responsable de la culture au Vatican. Selon l'AFP, le cardinal italien a invité les prédicateurs à prendre en compte les nouveaux langages pour capter l'attention des fidèles et aussi à ne pas craindre "le scandale" que crée la parole de la Bible. "Nous devons retrouver cette dimension de la parole qui offense, qui inquiète, qui juge", a-t-il affirmé. Il a aussi invité les prêtres à suivre "la révolution dans la communication". Il explique: "L'information télévisée et informatique demande à être incisif, de recourir à l'essentiel, à la couleur, à la narration".

 

Cet aveu d'un conformisme ecclésiastique est évidemment bien tardif, en regard des avancées de la déchristianisation et de la lassitude de nombreux catholiques (dont je suis) face à un clergé pusillanime et politiquement correct, même si je sais qu'il abrite de belles et courageuses personnalités qui œuvrent le plus souvent dans l'ombre. Cependant, le mea culpa est désormais assumé par l'Eglise et cette contrition est un pas important qui vient d'être franchi. Il est piquant de constater que c'est sous l'influence d'un pape plutôt malhabile dans la communication de masse que Le Vatican a décidé de moderniser sa manière de s'adresser aux gens. Reste que cet appel à rendre plus consistantes les prédications dans les églises n'est qu'un retour aux sources du catholicisme et aux méthodes employées par Jésus lui-même, souvent construites sur la provocation et l'exagération.


Dans un livre remarquablement documenté sur Jésus (1), l'historien Jean-Christian Petitfils rappelle notamment ce que fut l'intransigeance du Christ, sa violence verbale parfois, et son goût pour le style apocalyptique. "On se tromperait, écrit Petitfils, en en faisant un doux missionnaire ou un débonnaire professeur de morale (le Jésus sulpicien!). C’est un prophète authentique qui crie, invective, lance de cinglantes diatribes". Jésus ne craint pas le style provoquant, quand il dit ne pas apporter la paix mais "le glaive". Il jette l'anathème sur ceux qui ont refusé son message ou pour secouer les foules de leur torpeur spirituelle. Il prend à partie ses adversaires: "Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites (...), serpents, engeance de vipères!". C'est pourtant le même Jésus qui, "compatissant, empli d'une infinie miséricorde, appelle à lui toutes les victimes, tous les blessés de la vie", note l'historien. "Il ne cherche pas à instaurer son règne par la force".

Aux prêtres et aux évêques d'être à la hauteur de leur mission, en cessant d'être des robinets d'eau tiède et des enfonceurs de portes ouvertes. Il y a urgence.

Par Ivan Rioufol  © www.lefigaro.fr

 

(1) Jésus, de Jean-Christian Petifils, Fayard

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Soyez insatiables! Soyez fous!

7 Octobre 2011, 04:26am

Publié par Father Greg

 

 

 

« C’est un honneur de me trouver parmi vous aujourd’hui et d’assister à une remise de diplômes dans une des universités les plus prestigieuses du monde. Je n’ai jamais terminé mes études supérieures. A dire vrai, je n’ai même jamais été témoin d’une remise de diplômes dans une université. Je veux vous faire partager aujourd’hui trois expériences qui ont marqué ma carrière. C’est tout. Rien d’extraordinaire. Juste trois expériences.

« Pourquoi j’ai eu raison de laisser tomber l’université »

La première concerne les incidences imprévues. J’ai abandonné mes études au Reed College au bout de six mois, mais j’y suis resté auditeur libre pendant dix-huit mois avant de laisser tomber définitivement. Pourquoi n’ai-je pas poursuivi ?


Tout a commencé avant ma naissance. Ma mère biologique était une jeune étudiante célibataire, et elle avait choisi de me confier à des parents adoptifs. Elle tenait à me voir entrer dans une famille de diplômés universitaires, et tout avait été prévu pour que je sois adopté dès ma naissance par un avocat et son épouse. Sauf que, lorsque je fis mon apparition, ils décidèrent au dernier moment qu’ils préféraient avoir une fille. Mes parents, qui étaient sur une liste d’attente, reçurent un coup de téléphone au milieu de la nuit : « Nous avons un petit garçon qui n’était pas prévu. Le voulez-vous ? » Ils répondirent : « Bien sûr. » Ma mère biologique découvrit alors que ma mère adoptive n’avait jamais eu le moindre diplôme universitaire, et que mon père n’avait jamais terminé ses études secondaires. Elle refusa de signer les documents définitifs d’adoption et ne s’y résolut que quelques mois plus tard, quand mes parents lui promirent que j’irais à l’université.


Dix-sept ans plus tard, j’entrais donc à l’université. Mais j’avais naïvement choisi un établissement presque aussi cher que Stanford, et toutes les économies de mes parents servirent à payer mes frais de scolarité. Au bout de six mois, je n’en voyais toujours pas la justification. Je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie et je n’imaginais pas comment l’université pouvait m’aider à trouver ma voie. J’étais là en train de dépenser tout cet argent que mes parents avaient épargné leur vie durant. Je décidai donc de laisser tomber. Une décision plutôt risquée, mais rétrospectivement c’est un des meilleurs choix que j’aie jamais faits. Dès le moment où je renonçais, j’abandonnais les matières obligatoires qui m’ennuyaient pour suivre les cours qui m’intéressaient.

Tout n’était pas rose. Je n’avais pas de chambre dans un foyer, je dormais à même le sol chez des amis. Je ramassais des bouteilles de Coca-Cola pour récupérer le dépôt de 5 cents et acheter de quoi manger, et tous les dimanches soir je faisais 10 kilomètres à pied pour traverser la ville et m’offrir un bon repas au temple de Hare Krishna. Un régal. Et ce que je découvris alors, guidé par ma curiosité et mon intuition, se révéla inestimable à l’avenir. Laissez-moi vous donner un exemple : le Reed College dispensait probablement alors le meilleur enseignement de la typographie de tout le pays. Dans le campus, chaque affiche, chaque étiquette sur chaque tiroir était parfaitement calligraphiée. Parce que je n’avais pas à suivre de cours obligatoires, je décidai de m’inscrire en classe de calligraphie. C’est ainsi que j’appris tout ce qui concernait l’empattement des caractères, les espaces entre les différents groupes de lettres, les détails qui font la beauté d’une typographie. C’était un art ancré dans le passé, une subtile esthétique qui échappait à la science. J’étais fasciné.

 
Rien de tout cela n’était censé avoir le moindre effet pratique dans ma vie. Pourtant, dix ans plus tard, alors que nous concevions le premier Macintosh, cet acquis me revint. Et nous l’incorporâmes dans le Mac. Ce fut le premier ordinateur doté d’une typographie élégante. Si je n’avais pas suivi ces cours à l’université, le Mac ne posséderait pas une telle variété de polices de caractères ni ces espacements proportionnels. Et comme Windows s’est borné à copier le Mac, il est probable qu’aucun ordinateur personnel n’en disposerait. Si je n’avais pas laissé tomber mes études à l’université, je n’aurais jamais appris la calligraphie, et les ordinateurs personnels n’auraient peut-être pas cette richesse de caractères. Naturellement, il était impossible de prévoir ces répercussions quand j’étais à l’université. Mais elles me sont apparues évidentes dix ans plus tard.


On ne peut prévoir l’incidence qu’auront certains événements dans le futur ; c’est après coup seulement qu’apparaissent les liens. Vous pouvez seulement espérer qu’ils joueront un rôle dans votre avenir. L’essentiel est de croire en quelque chose – votre destin, votre vie, votre karma, peu importe. Cette attitude a toujours marché pour moi, et elle a régi ma vie.

« Pourquoi mon départ forcé d’Apple fut salutaire »

Ma deuxième histoire concerne la passion et l’échec. J’ai eu la chance d’aimer très tôt ce que je faisais. J’avais 20 ans lorsque Woz [Steve Wozniak, le co-fondateur d’Apple N.D.L.R.] et moi avons créé Apple dans le garage de mes parents. Nous avons ensuite travaillé dur et, dix ans plus tard, Apple était une société de plus de 4 000 employés dont le chiffre d’affaires atteignait 2 milliards de dollars. Nous venions de lancer un an plus tôt notre plus belle création, le Macintosh, et je venais d’avoir 30 ans.


C’est alors que je fus viré. Comment peut-on vous virer d’une société que vous avez créée ? C’est bien simple, Apple ayant pris de l’importance, nous avons engagé quelqu’un qui me semblait avoir les compétences nécessaires pour diriger l’entreprise à mes côtés et, pendant la première année, tout se passa bien. Puis nos visions ont divergé, et nous nous sommes brouillés. Le conseil d’administration s’est rangé de son côté. C’est ainsi qu’à 30 ans je me suis retrouvé sur le pavé. Viré avec perte et fracas. La raison d’être de ma vie n’existait plus. J’étais en miettes.

Je restais plusieurs mois sans savoir quoi faire. J’avais l’impression d’avoir trahi la génération qui m’avait précédé – d’avoir laissé tomber le témoin au moment où on me le passait. C’était un échec public, et je songeais même à fuir la Silicon Valley. Puis j’ai peu à peu compris une chose – j’aimais toujours ce que je faisais. Ce qui m’était arrivé chez Apple n’y changeait rien. J’avais été éconduit, mais j’étais toujours amoureux. J’ai alors décidé de repartir de zéro.

Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais mon départ forcé d’Apple fut salutaire. Le poids du succès fit place à la légèreté du débutant, à une vision moins assurée des choses. Une liberté grâce à laquelle je connus l’une des périodes les plus créatives de ma vie.

Pendant les cinq années qui suivirent, j’ai créé une société appelée NeXT et une autre appelée Pixar, et je suis tombé amoureux d’une femme exceptionnelle qui est devenue mon épouse. Pixar, qui allait bientôt produire le premier film d’animation en trois dimensions, Toy Story , est aujourd’hui la première entreprise mondiale utilisant cette technique. Par un remarquable concours de circonstances, Apple a acheté NeXT, je suis retourné chez Apple, et la technologie que nous avions développée chez NeXT est aujourd’hui la clé de la renaissance d’Apple. Et Laurene et moi avons fondé une famille merveilleuse.

Tout cela ne serait pas arrivé si je n’avais pas été viré d’Apple. La potion fut horriblement amère, mais je suppose que le patient en avait besoin. Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c’est mon amour pour ce que je faisais qui m’a permis de continuer. Il faut savoir découvrir ce que l’on aime et qui l’on aime. Le travail occupe une grande partie de l’existence, et la seule manière d’être pleinement satisfait est d’apprécier ce que l’on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C’est comme en amour, vous saurez quand vous aurez trouvé. Et toute relation réussie s’améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu’à ce que vous trouviez.

« Pourquoi la mort est la meilleure chose de la vie »


Ma troisième histoire concerne la mort. A l’âge de 17 ans, j’ai lu une citation qui disait à peu près ceci : « Si vous vivez chaque jour comme s’il était le dernier, vous finirez un jour par avoir raison. » Elle m’est restée en mémoire et, depuis, pendant les trente-trois années écoulées, je me suis regardé dans la gla-ce le matin en me disant : « Si aujourd’hui était le dernier jour de ma vie, est-ce que j’aimerais faire ce que je vais faire tout à l’heure ? » Et si la réponse est non pendant plusieurs jours à la file, je sais que j’ai besoin de changement.

Avoir en tête que je peux mourir bientôt est ce que j’ai découvert de plus efficace pour m’aider à prendre des décisions importantes. Parce que presque tout – tout ce que l’on attend de l’extérieur, nos vanités et nos fiertés, nos peurs de l’échec – s’efface devant la mort, ne laissant que l’essentiel. Se souvenir que la mort viendra un jour est la meilleure façon d’éviter le piège qui consiste à croire que l’on a quelque chose à perdre. On est déjà nu. Il n’y a aucune raison de ne pas suivre son cœur.


Il y a un an environ, on découvrait que j’avais un cancer. A 7 heures du matin, le scanner montrait que j’étais atteint d’une tumeur au pancréas. Je ne savais même pas ce qu’était le pancréas. Les médecins m’annoncèrent que c’était un cancer probablement incurable, et que j’en avais au maximum pour six mois. Mon docteur me conseilla de rentrer chez moi et de mettre mes affaires en ordre, ce qui signifie : « Préparez-vous à mourir. » Ce qui signifie dire à ses enfants en quelques mois tout ce que vous pensiez leur dire pendant les dix prochaines années. Ce qui signifie essayer de faciliter les choses pour votre famille. En bref, faire vos adieux.

J’ai vécu avec ce diagnostic pendant toute la journée. Plus tard dans la soirée, on m’a fait une biopsie, introduit un endoscope dans le pancréas en passant par l’estomac et l’intestin. J’étais inconscient, mais ma femme, qui était présente, m’a raconté qu’en examinant le prélèvement au microscope, les médecins se sont mis à pleurer, car j’avais une forme très rare de cancer du pancréas, guérissable par la chirurgie. On m’a opéré et je vais bien.

Ce fut mon seul contact avec la mort, et j’espère qu’il le restera pendant encore quelques dizaines d’années. Après cette expérience, je peux vous le dire avec plus de certitude que lorsque la mort n’était pour moi qu’un concept purement intellectuel : personne ne désire mourir. Même ceux qui veulent aller au ciel n’ont pas envie de mourir pour y parvenir. Pourtant, la mort est un destin que nous partageons tous. Personne n’y a jamais échappé. Et c’est bien ainsi, car la mort est probablement ce que la vie a inventé de mieux. C’est le facteur de changement de la vie. Elle nous débarrasse de l’ancien pour faire place au neuf. En ce moment, vous représentez ce qui est neuf, mais un jour vous deviendrez progressivement l’ancien, et vous laisserez la place aux autres. Désolé d’être aussi dramatique, mais c’est la vérité.

Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n’est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. L’un et l’autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire.


Dans ma jeunesse, il existait une extraordinaire publication The Whole Earth Catalog , l’une des bibles de ma génération. Elle avait été fondée par un certain Stewart Brand, non loin d’ici, à Menlo Park, et il l’avait marquée de sa veine poétique. C’était à la fin des années 1960, avant les ordinateurs et l’édition électronique, et elle était réalisée entièrement avec des machines à écrire, des paires de ciseaux et des appareils Polaroid. C’était une sorte de Google en livre de poche, trente-cinq ans avant la création de Google. Un ouvrage idéaliste, débordant de recettes formidables et d’idées épatantes.

Stewart et son équipe ont publié plusieurs fascicules de The Whole Earth Catalog . Quand ils eurent épuisé la formule, ils sortirent un dernier numéro. C’était au milieu des années 1970, et j’avais votre âge. La quatrième de couverture montrait la photo d’une route de campagne prise au petit matin, le genre de route sur laquelle vous pourriez faire de l’auto-stop si vous avez l’esprit d’aventure. Dessous, on lisait : « Soyez insatiables. Soyez fous. » C’était leur message d’adieu. Soyez insatiables. Soyez fous. C’est le vœu que j’ai toujours formé pour moi. Et aujourd’hui, au moment où vous recevez votre diplôme qui marque le début d’une nouvelle vie, c’est ce que je vous souhaite. Soyez insatiables. Soyez fous. Merci à tous.»


Steve Jobs, CEO d’Apple, remise de diplôme de l’université américaine Stanford, 2005

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En Afghanistan, les légionnaires l'appellent "padre"...

17 Septembre 2011, 05:32am

Publié par Father Greg

 

Père Benoît Jullien de Pommerol, ex-aumônier du 2e régiment étranger de parachutistes de Calvi, était coordinateur JMJ du diocèse aux armées


 

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Veillée à Cuatro Vientos.. (II)

2 Septembre 2011, 05:14am

Publié par Father Greg

 

 

c03d7025b359fd73d9c9a37aba2f6f22.jpgEn fait, il s’en passe des choses : le vent redouble, les pompiers grimpent sur les structures situées derrière l’autel. Les nuages semblent conforter la nuit dans son obscurité croissante. Le pape, invité à plusieurs reprises par son cérémoniaire à quitter la scène pour se réfugier dans la sacristie répond : « Non, je veux rester avec les jeunes ! ». Cette fois, il ne s’agit pas de littérature : le pape l’avait écrit dans son livre Lumière du monde alors que le journaliste lui demandait s’il avait songé à démissionner au plus fort de la crise médiatique liée aux affaires de pédophilie : « Quand le danger est grand, il ne faut pas s’enfuir. (...) C’est justement dans ce genre de moments qu’il faut tenir bon et dominer la situation difficile. C’est ma conception. » avait-il répondu. Ce soir là, c’en fut la preuve. Et voici que le thème des JMJ qu’il avait lui-même proposé, il dût le vivre à son tour de façon très personnelle : enraciné sur le siège de Pierre, affermi dans la foi, le pape prie. Je ne doute pas que, dans son colloque intérieur, Benoît XVI ait posé ce soir-là un acte de confiance : « Seigneur, si tu le veux, tu le peux ! ».

 

Action de Dieu ou pas, 20 minutes après, le vent tomba et un grand calme se fit. « Après la pluie, le beau temps » diront les rationalistes. Certes. La tempête apaisée laisse place à une nouvelle exultation collective : des jeunes défient le ciel avec leur parapluie, les drapeaux retrouvent leurs orgueilleux mouvements, les slogans se font entendre à nouveau avec plus de vigueur : « Esta es la juventud del Papa ! ».

Benoît XVI va parler. Reprendra-t-il son texte comme si de rien n’était ? Non. « Chers amis, je vous remercie de votre joie et de votre résistance. Votre force est plus forte que celle de la pluie. » A ce moment, on aurait envie de lui retourner le compliment. La veillée peut reprendre son cours.

Le 20 août 2011, quelque part en terre d’Espagne, une ferveur collective a imploré le Ciel, relayée par les milliers de téléspectateurs qui depuis leur domicile ont dû s’unir à cette prière. Ce soir-là, les quatre vents se sont tus. « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » interroge Jésus après que la tempête fut apaisée. Mystérieusement, le pape reprit alors la parole en français pour dire : « Soyez fiers d’avoir reçu le don de la foi, c’est elle qui illuminera votre vie à chaque instant. Appuyez-vous sur la foi de vos proches. Sur la foi de l’Eglise. » CQFD.

 

233871221Il ne serait pas juste de spiritualiser outre mesure les phénomènes naturels. Qu’il soit permis toutefois de souligner le caractère soudain, violent et menaçant de cette tempête. Qu’il soit permis de redire les objectifs qu’elle a atteint : faire taire le pape, faire tomber la croix, rendre inutilisable les hosties à consacrer. Insistons ici sur le fait que c’est la destruction d’une ou des deux tentes-chapelles qui aurait empêché la distribution de la communion le lendemain lors de la Messe conclusive des JMJ. Ce mystère reste d’ailleurs à élucider et constitue un point noir dans le bilan de ces 26e JMJ.

 

Ce soir-là, sur l’aérodrome de Cuatro Vientos, le pape choisit de reprendre une dernière fois la parole avant de quitter les jeunes : « Nous avons vécu une aventure ensemble. Forts dans la foi dans le Christ, vous avez résisté à la pluie. (…) Avec le Christ, vous pouvez affronter les épreuves de la vie. Ne l’oubliez jamais ! »

C’est en réponse à cette dernière demande que ce texte a été écrit. N’oublions jamais.

 

Pierre Durieux

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Veillée à Cuatro Vientos.. (I)

1 Septembre 2011, 05:06am

Publié par Father Greg

 

 

GMED_5369249F-48CB-44B7-BF33-A5B3198723AE.JPGQualifier d’improbable la tempête qui s’est abattue sur cuatro vientos serait excessif : ce nom indique que le site est le théâtre des vents. Mais on peut dire sans exagérer que cet événement est l’une des pires choses qui pouvait arriver aux organisateurs. Imaginez : des mois, des années de préparation et « plouf » la pluie, le vent, les quatre vents, l’orage, la tempête ou la tornade... Le pape qui ne peut plus prendre la parole ! Outre le fait d’interrompre la veillée une vingtaine de minutes au total, il faut souligner les risques encourus par la foule massée sur l’aérodrome, foule qu’aucun plan B n’aurait permis d’évacuer.

Les images télévisées ne permettent pas vraiment de s’en rendre compte, mais sur place, la tension est palpable. Il faut préciser que les jmjistes dorment ici, parfois vêtus légèrement en raison des chaleurs écrasantes du jour. La pluie, invisible à l’écran, est abondante et les abris, lointains, sont peu nombreux. Les bourrasques font vaciller les enceintes géantes suspendues à plusieurs mètres du sol, un écran géant s’interrompt, la sono est momentanément coupée, deux tentes-chapelles s’effondrent, emportées par le vent. La Croix des JMJ tombe. L’humidité commence à imprégner le sol pourtant terriblement sec. Le pape semble comme interdit par la brusquerie de la situation. S’il esquisse parfois un léger sourire mi-amusé mi-serein, son visage semble impavide et ne peut cacher une certaine incertitude. Il semble lui-même très directement menacé par le vent et par la pluie, malgré les parapluies qui tentent de le protéger. Le décor de la scène pontificale madrilène a manifestement privilégié l’esthétique à la sécurité de son hôte éphémère…

Placé dans le carré F5 avec les Lyonnais, je regarde et j’écoute. Devant ce spectacle, l’excitation et la joie de l’après-midi coexistent désormais avec le doute. La situation est-elle dangereuse ? Peut-être. En tous cas, maintenant, c’est certain, la nuit sera mauvaise, pense-t-on. Derrière nous, des guides de France entonnent des « Je vous salue Marie ». Trois jeunes français lancent la Marseillaise à plein poumons pour se donner du baume au cœur. Ici ou là, des lèvres prient visiblement, quoiqu’à voix basse, tandis que d’autres cherchent à protéger leurs affaires. Une religieuse se met à genoux. Chacun est convoqué en son cœur à poser un acte de foi. Assurément, c’est pour Benoît XVI que la question est la plus difficile : c’est sur lui que repose la responsabilité de la suite à donner : quelle décision prendre ? Ecourter la veillée ? Se retirer ? Jouer la sécurité ? « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » doit-il se dire comme les disciples à Jésus, au cœur de la tempête.

Dans l’espace des cardinaux aussi, on prie. « Certains se mettent à genoux et récitent le chapelet avec les jeunes en charge du protocole et du service d’ordre. On invoque Jean-Paul II ». A proximité, on scande : « El Papa està con nosotros ! No pasa nada ! »

Pierre Durieux.


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Pastiche du fioretto de la Joie parfaite (1)

31 Août 2011, 05:07am

Publié par Father Greg

emil-nolde-soleil-couchantComme le bienheureux François d’Assise rentrait de sa visite aux prisonniers de Rikers Island, sur l’île du Diable, au temps d’hiver et que le froid très vif le faisait souffrir, il appela frère Luc qui marchait un peu en avant et parla ainsi : « Frère Luc, écris. » Celui-ci sortit son écritoire de dessous sa bure rapiécée et répondit :

 

- Me voici, je suis prêt.

- Ecris, lui dit-il, ce qu’est la vraie joie. Arrive un messager qui dit que tous les évêques français et américains sont entrés dans l’Ordre franciscain ; écris : « Ce n’est pas la vraie joie. »

 

Et que viennent de se convertir tous les prélats de la Curie romaine, archevêques et évêques, et non seulement eux, mais jusqu’au président des États-Unis et celui de la République française, écris : « Ce n’est pas la vraie joie. »

 

Et s’il t’arrive encore la nouvelle que mes frères sont allés chez les musulmans et les ont tous convertis à la foi catholique, ou bien que moi j’ai reçu de Dieu assez de grâces pour guérir les malades et faire quantité de miracles ; et bien, je te dis : cela non plus, ce n’est pas la vraie joie.

 

Et comme de tels propos avaient bien duré durant deux miles, frère Luc, fort étonné, l’interrogea :

- Père, mais qu’est-ce que donc que la vraie joie ?

- Voilà : comme je reviens de l’aéroport JFK, la tempête de neige fait rage sur New York. Les avenues sont tellement paralysées par les encombrements et les bourrasques que je dois abandonner ma voiture sur la 67ème Rue et continuer à pied, au milieu de la nuit et des congères, ce que nous faisons présentement.

 

En chemin, je me fais bastonner sur les docks de l’East River par une bande de voleurs qui me détroussent. Je parviens à la fraternité Saint-Crispin, par ce temps d’hiver si rigoureux qu’au bas de ma tunique il s’est formé des glaçons qui me frappent sans cesse les jambes au point qu’elles sont blessées jusqu’au sang.

 

Et moi, tout plein de boue, dans le froid et la glace, j’arrive à la porte et, après avoir longtemps frappé et appelé, je vois venir un frère qui demande : « Qui es-tu ? » Alors moi, je réponds : « Frère François. » Mais lui, il dit  « Va-t’en, tu me racontes des bobards. Et puis ce n’est pas une heure pour arriver, tu n’entreras point ». Et comme, moi, j’insiste, le frère répond : « Va-t’en, tu n’es qu’un misérable, tu n’entreras point : nous sommes assez nombreux ici et nous n’avons nul besoin de toi. » Et moi, toujours à la porte, je dis : « Pour l’amour de Dieu, accueille-moi seulement cette nuit ». Mais lui, il répond : « Que non ! Va-t’en au shelter Padre Pio et demande-leur asile, s’ils veulent bien t’accueillir. »

 

Alors que je me rends au shelter Padre Pio, des policiers en patrouille m’aperçoivent. Pensant que je suis un délinquant qui s’enfuit, ils m’interpellent et m’enferment quelques heures dans une cellule glacée : « Ça t’apprendra à voler les honnêtes gens ! »

 

Couvert de bleus, transi, le nez saignant, je rampe jusqu’au shelter Padre Pio, et je sonne longuement jusqu’à ce que le frère de garde se réveille et demande, de l’autre côté de la porte : « Qui es-tu ? » Alors moi, je réponds : « Frère François. » Mais lui, il dit : « Va-t’en, tu mens, tu n’es qu’un vagabond. De toute façon, ce n’est pas une heure pour arriver, tu n’entreras point. Il n’y a plus de lit. Laisse les pauvres dormir ! »

 

Et bien, si moi j’ai gardé ma patience et ne me suis point troublé, si j’ai supporté tout cela avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni, ô frère Luc, écris qu’en cela est la joie parfaite, la vraie vertu et le salut de l’âme.

  

                        Des fleurs en enfer Fioretti du Bronx Luc Adrian

 

(1)          Ce passage est un pastiche du chapitre VIII des Fioretti de Saint François intitulé : « Comment Saint François, cheminant avec frère Léon, lui exposa ce qu’est la joie parfaite »

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1 million de jeunes n'ont pu entrer à Cuatro Vientos

30 Août 2011, 06:00am

Publié par Father Greg

JMJ - 2011 - 2Photos impressionnantes de jeunes qui n'ont pu rentrer pour la Veillée des JMJ à Madrid !

 

Selon la police, 1 million de jeunes n'ont pu rentrer sur l'aérodrome pour la Veillée et la Messe des JMJ. Ce qui porte le nombre des participants aux JMJ de Madrid, à 3 millions de jeunes.

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http://youtu.be/U5jUi94GWyU

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Prochaine JMJ à Rio: "Même pas peur !"

23 Août 2011, 10:13am

Publié par Father Greg

 


"N’ayez pas peur d’être catholiques, d’en témoigner toujours autour de vous avec simplicité et sincérité !"

BENOIT XVI, JMJ 2011

 

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Conflits matrimoniaux...

12 Août 2011, 05:21am

Publié par Father Greg

images (17)« Le Père Karol Wojtyla a tout de suite soutenu mon initiative de créer un refuge pour jeunes filles mères qui avaient besoin d’aide pour mettre au monde leur enfant.

 

Nous prîmes l’habitude, et cela dura pendant des années, de travailler ensemble sur la même idée. Comme le destin de l’enfant dépend de ses parents, ce souci de l’enfant m’avait conduite à travailler sur la famille. Jeune médecin, j’ai commencé très vite à exercer en consultation conjugale. Ces tentatives pour sauver les mariages à risque et résoudre les conflits matrimoniaux me révélèrent toute l’impuissance de la médecine. Ce fut la base d’une collaboration toujours plus étroite avec le Père Wojtyla.

 

Je me souviens de sa première recommandation : « Essayez d’abord de réaliser un programme minimum, ne détruisez rien l’un dans l’autre ; plus tard, vous allez construire, mais pour cela, essayez de prier ensemble. Il n’y a qu’une seule manière de sortir de cette situation, qui passe par la porte de l’humilité. Que chacun de vous s’agenouille et dise : « C’est de ma faute ». Tant que vous direz : « C’est de ta faute », il n’y aura pas d’issue possible. » »

 

                        Journal d’une amitié

                        Wanda Poltawska

 

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« Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie »

11 Août 2011, 05:34am

Publié par Father Greg

4569306378_c9d7270126.jpg« Un jour, dans la salle de consultation d’un hôpital, j’avais promis à ma petite fille malade de lui transmettre tout ce que je savais de ce sentiment qui fait tourner le monde. Je m’y suis appliquée pendant un an et demi. Et durant tout ce temps, trop aspirée par l’ampleur de ma tâche, je n’ai pas vu. Je n’ai pas compris que c’était elle mon professeur d’amour. Pendant ces mois passés auprès d’elle, je n’ai pas compris parce que, en fait, à bien y réfléchir, je ne connais pas grand-chose à l’amour, le vrai.

 

Comment sait-elle ? Comment est-ce possible ? Thaïs est privée de tout. Elle ne bouge pas, elle ne parle pas, elle n’entend pas, elle ne chante pas, elle ne rit pas, elle ne voit pas. Elle ne pleure même pas. Mais elle aime. Elle ne fait que cela, de toutes ces forces. A travers ses blessures, ses infirmités, ses défaillances.

L’amour de Thaïs ne s’impose pas, il s’expose. Elle se présente à nous comme elle est, vulnérable et fragile. Sans carapace, sans armure, sans rempart. Sans peur. Bien sûr, ceux qui regardent ça de loin peuvent railler, mépriser, repousser cette fragilité. Mais ceux qui s’approchent, qui se penchent, qui cherchent à l’accompagner, ceux-là perçoivent comme moi que cette vulnérabilité n’appelle qu’une réponse : l’amour.

Près de deux ans auparavant, en apprenant l’étendue des dégâts que provoquerait sa maladie, je m’étais posé une question : « Que lui restera-t-il ? » L’amour. Il lui restera l’amour. Celui que l’on reçoit. Et celui que l’on donne aussi.

Oui, l’amour a cette faculté unique d’inverser les courants, de transformer la faiblesse en force. Privée de ses sens et dépendante physiquement, Thaïs ne peut pas grand-chose sans une aide extérieure. Elle pourrait exiger beaucoup. Pourtant, elle n’attend de nous que ce que nous voulons bien lui offrir. Rien de plus.

On pense communément qu’une existence diminuée et meurtrie est difficilement acceptable. C’est sans doute vrai. Quand on n’a pas l’amour. Ce qui est insoutenable, c’est le vide d’amour. Quand on aime et que l’on est aimé en retour, on supporte tout. Même la douleur…..

…. Ce soir, j’ose le dire : la vie de Thaïs est un trésor. Un concentré d’amour qu’elle insuffle autour d’elle avec générosité. »

 

 

                       Anne-Dauphine Julliand Deux petits pas sur le sable mouillé

                       

 

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Les yeux, reflets de l'âme...

29 Juillet 2011, 05:19am

Publié par Father Greg

Anna Sémionovna, juive et enfermée dans un ghetto d’Ukraine en 1941 par les allemands, écrit une dernière lettre à son fils.

 

 

desiree-dolron-1.jpg  « Je fais des visites aux malades. Des dizaines de personnes, vieillards presque aveugles, bébés, femmes enceintes, vivent entassées dans une pièce minuscule.

 

J’ai l’habitude de lire dans les yeux les symptômes des maladies, les glaucomes, les cataractes. Je ne peux plus regarder ainsi les yeux, je vois dans les yeux le reflet de l’âme. D’une âme bonne, Vitia ! D’une âme bonne et triste, moqueuse et condamnée, vaincue par la force mais, en même temps, triomphant de la force. Une âme forte, Vitia !

 

Si tu voyais avec quelle gentillesse de vieilles personnes m’interrogent à ton sujet ; avec quelle chaleur me consolent des gens auxquels je ne me suis pas plainte et qui se trouvent dans une situation bien plus horrible que la mienne. Avec quelle délicatesse touchante on me donne pour mes soins un morceau de pain, un oignon, une poignée de haricots.

 

Crois-moi, ce ne sont pas des honoraires pour une visite. Quand un vieil ouvrier me serre la main, glisse dans mon filet quelques pommes de terre et me dit : ‘ Allons, allons, docteur, je vous en prie », des larmes me montent aux yeux. Il y a dans tout cela quelque chose de pur, de paternel, de bon, je ne sais comment l’exprimer à l’aide de mots.

 

Je ne veux pas te consoler en te disant que ma vie a été facile ici, tu dois t’étonner que mon cœur n’ait pas éclaté de douleur. Mais ne te tourmente pas en te disant que j’ai souffert de faim, pendant tout ce temps, je n’ai pas eu faim une seule fois. Et aussi, je ne me suis jamais sentie seule.

 

Que d’enfants ici, des yeux merveilleux, des cheveux bruns et bouclés, il y sûrement parmi eux de futurs savants, des professeurs de médecine, des musiciens, des poètes peut-être.


Je les regarde quand ils courent le matin à l’école, ils ont un sérieux qui n’est pas de leur âge, et leurs yeux tragiques leur mangent le visage. Parfois ils se battent, se disputent, rient, mais cela est encore pire.

 

On dit que les enfants sont notre avenir, mais que peut-on dire de ces enfants-là ? Ils ne deviendront pas musiciens, cordonniers, tailleurs.

 

Comment finir cette lettre ? Où trouver la force pour le faire, mon chéri ? Y a-t-il des mots en ce monde capables d’exprimer mon amour pour toi ? Je t’embrasse, j’embrasse tes yeux, ton front, tes yeux.

 

Souviens-toi qu’en tes jours de bonheur et qu’en tes jours de peine l’amour de ta mère est avec toi, personne n’a le pouvoir de le tuer.

Vitenka … Voilà la dernière ligne de la dernière lettre de ta maman. Vis, vis, vis toujours … Ta maman. ».

 

Vassilly Grossman, Vie et destin.

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MÉDITATION SUR L'APOCALYPSE (I)

10 Juin 2011, 05:48am

Publié par Father Greg

 

 

Old-Italy---Ovid-banished-from-Rome-by-Joseph-Mallord-Turne.jpg« Je n'ai pas l'habitude de parler dans les églises, et je me sens bien trop profane pour ne pas être un peu gêné ... Je n'ai donc pas l'intention de faire une conférence, mais simplement de réfléchir avec vous sur ce que la révélation de l'Apocalypse signifie pour moi en tant qu'artiste. Cela explique mon audace à venir en parler ici. En fait, le motif même de ma présence est apocalyptique. Si l'on m'avait dit, il y a quelques mois, que je parlerai dans ce lieu, je ne l'aurais pas cru. Mais ces derniers temps, ma vie elle-même a pris un tour apocalyptique. Voilà sans doute qui m'amène à trouver logique cette rencontre entre nous.

 

L'Apocalypse est peut-être l'une des œuvres les plus poétiques qui ait jamais été créée sur terre. Elle est inspirée d'en-Haut et elle exprime au fond à elle seule toutes les lois qui ont été établies d'en-Haut pour l'homme. Depuis des siècles, on discute des différentes lectures de tel ou tel passage de l'Apocalypse .......On est habitué aux commentaires, aux exégèses. Or, précisément, c'est ce qu'il ne faut pas faire. L'Apocalypse est impossible à interpréter. Il n'y a pas de symbole dans l'Apocalypse;  il y a des images. Et si un symbole peut-être interprété, on ne peut pas interpréter une image. On peut déchiffrer un symbole, en tirer un sens, une formule. Alors qu'une image on ne peut pas la comprendre; on ne peut que la recevoir, la ressentir, parce que ses possibilités d'interprétation sont infinies. Une image est comme l'expression des liens infinis avec le monde, avec l'absolu... l'infini.

 

 L'Apocalypse est le dernier maillon de cette chaîne que constitue la Bible. Un maillon qui parachève, sur le plan spirituel, l'épopée humaine. Nous vivons des temps difficiles et qui se compliquent chaque année. On se souvient d'autres époques où l'on parlait aussi souvent de la venue imminente de l'Apocalypse. Et il est en effet écrit: "Heureux celui qui lit et ceux qui écoutent ces paroles prophétiques, s'ils s'en souviennent, car le Temps est proche..."(Ap 1,3). Mais le caractère conventionnel du temps est quelque chose de si évident, que nous ne pouvons déterminer ce Temps avec précision, ni la nécessité de cet avènement dont parle saint Jean. Cela peut arriver demain ou dans mille ans.

 

Et c'est là que l'état spirituel de l'homme prend tout son sens, qu'il peut ressentir qu'il est responsable de sa propre vie. On ne peut imaginer que cette révélation soit apparue à un moment où le temps de notre vie, où les possibilités humaines étaient épuisées. C'est pourquoi il est impossible de tirer de l'Apocalypse des conclusions sur le plan du temps.

 

Vous avez sans doute remarqué qu'il y a beaucoup de dates et de chiffres précis dans l'Apocalypse; par exemple le nombre des victimes ou le nombre des justes. A mon point de vue, cela signifie rien, sinon, justement un système d'images que l'homme reçoit de manière très mouvante et émotionnelle; les chiffres ou certains moments précis sont très importants dans l'appréhension que l'homme peut avoir de sa destinée; dans la connaissance qu'il peut acquérir de son avenir, mais qu'il perçoit de façon émotionnelle. Je pourrais donner un exemple personnel. Depuis mon enfance, j'aime Robinson Crusoé. Et ce qui m'a toujours particulièrement plu dans ce livre, c'est la longue énumération de tous les objets qu'il trouve échoués sur la grève et qu'il récupère peu à peu comme un butin...

 

Nous vivons matérialisés, en quelque sorte, grâce à la perception du temps et de l'espace. C'est comme si nous étions vivants, sur le plan matériel, grâce à ces deux dimensions. Nous y sommes très sensibles, parce qu'elles définissent nos limites physiques.

 

Mais, comme on sait, l'homme a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu; c'est à dire avec une volonté libre et la capacité de créer. Or, depuis très longtemps déjà, on s'est demandé si la création n'était pas un péché. Pourquoi cette question alors que l'acte de création devrait nous rappeler que nous avons un seul Père ? Pourquoi cette pensée sacrilège ? La réponse est simple. Dans la crise culturelle que nous avons vécue au cours de ce siècle, on a pensé que l'artiste pouvait se passer de références spirituelles; que l'acte créateur n'était guère plus qu'une sorte d'instinct. Or nous savons que les animaux eux-mêmes ont un certain sens esthétique, qu'ils sont capables de créer quelque chose d'achevé sur le plan formel. Prenons par exemple les abeilles et les rayons de cire qu'elles fabriquent, le miel...

 

 

L'homme en est venu à considérer le talent qui lui a été donné comme sa propriété et que ce talent ne l'obligeait en rien. C'est ce qui explique que l'art contemporain est dénué de spiritualité. Cela explique aussi les questions que se posent certains d'entre nous, comme de savoir si nous avons le droit d'exercer un art de cette manière. En ce qui nous concerne, un pareil rapport de l'artiste avec sa création et du public avec l'œuvre d'art, ne saurait nous satisfaire. Bref, il découle de cette situation, que l'art ne serait plus alors qu'une recherche formelle ou un objet mercantile. Il va sans dire que le cinéma, né à la fin du siècle dernier, représente le cas extrême de cette situation, puisqu'il est apparu au milieu des foires, avec pour seul objectif de faire des profits.

 

Je suis allé récemment au musée du Vatican, où un grand nombre de salles exposaient des  œuvres d'art religieux contemporain. C'était atroce. Il fallait vraiment les voir. Je comprenais en quoi c'était atroce mais, vous me pardonnerez, je ne comprenais pas pourquoi ces œuvres étaient accrochées aux murs du musée du Vatican. Comment pouvaient-elles satisfaire les croyants et le clergé catholique ? C'est stupéfiant...

 


ANDREÏ TARKOVSKI, MÉDITATION SUR L'APOCALYPSE,

JUILLET 1984, À LONDRES EN L'EGLISE SAINT JAMES DE PICCADILLY.

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L'Art, gardien de la noblesse de l'homme...

8 Juin 2011, 05:52am

Publié par Father Greg

 

 

320716258_77942ee444.jpg...Je pressens un avenir très sombre, si l’homme ne se rend pas compte qu’il est en train de se tromper. Mais je sais que tôt ou tard il prendra conscience. Il ne peut pas mourir comme un hémophile qui se serait vidé de son sang pendant son sommeil parce qu’il se serait égratigné avant de s’endormir. L’art doit être là pour rappeler à l’homme qu’il est un être spirituel, qu’il fait partie d’un esprit infiniment grand, auquel en fin de compte il retourne. S’il s’intéresse à ces questions, s’il se les pose, il est déjà spirituellement sauvé. La réponse n’a aucune importance. Je sais qu’à partir de ce moment-là, il ne pourra plus vivre comme avant....

 

..L’art est surtout d’esprit aristocratique. L’art musical ne peut être qu’aristocratique, parce qu’au moment de sa création il exprime le niveau spirituel des masses, ce vers quoi elles tendent inconsciemment. Si tout le monde était capable de la comprendre, alors le chef œuvre serait aussi ordinaire que l’herbe qui pousse dans les champs. Il n’y aurait pas cette différence de potentiel qui engendre le mouvement...

A. Tarkovski. Derniers témoignages.

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Le masque du pouvoir...

26 Mai 2011, 05:35am

Publié par Father Greg

 

 

peter-paul-rubens-deux-satyrs.jpgFaire partie des vaincus a au moins un avantage. On n'y trouve pas ces accommodants et ces intrigants qui foisonnent dans les parages des vainqueurs, et rarement cette fièvre de paraître qui est une maladie mortelle pour l'être humain. Par nécessité, les hommes et les femmes que l'Histoire a reniés sont souvent obligés de se tenir à la pointe d'eux-mêmes.

 

La petite notoriété que m'ont value les conférences et les livres m'a permis d'approcher quelques puissants de ce monde. J'ai le plus souvent accepté leur table et parfois leur conversation. (...) Après avoir subi durant vingt ans les conséquences de leurs actes, j'étais curieux de connaître l'autre côté du miroir. J'imaginais déjà les affres de la décision, lorsque la vie vous place au cœur de l'Histoire...

 

La déception a été à la mesure de mon attente. Ils m'ont semblé assez ordinaires et pour la plupart infatués d'eux-mêmes. J'ai souvent constaté ce phénomène étrange, presque physique. Plus un être s'élève dans l'échelon du pouvoir, surtout lorsque la renommée s'en mêle, plus la satisfaction de lui-même tend à obscurcir son jugement. La médiatisation est une des plaies de notre époque. Sous la lumière, l'être humain se gonfle et s'épanouit. Il se nourrit du regard d'autrui plus que de lui-même. Le masque du pouvoir est sans doute le plus flatteur. Il est sûrement le plus trompeur.

 

Je me rappelle l'un de nos grands hommes d'Etat. Je tairai son nom parce que le sens de ce récit dépasse sa personne. Son directeur de cabinet m'avait transmis une invitation dans un grand restaurant. J'essayais d'imaginer ce qui pouvait motiver son désir de perdre deux heures en la compagnie d'un soldat perdu. Comme je ne trouvais aucune raison valable, j'ai accepté. Ma lointaine appartenance aux services secrets de l'armée allait-elle me valoir une mission délicate? Je me voyais déjà reprendre du service.

Je l'ai retrouvé autour d'un déjeuner somptueux. Nous étions seuls. Mon hôte affectait une politesse appuyée, mais factice, trop fleurie pour être sincère. Il ignorait la véritable politesse, qui vient du cœur et s'intéresse à autrui. Je me suis rapidement tu. J'attendais qu'il aborde le sujet d'importance, encore mystérieux, qui justifiait son invitation.

 

J'ai mis de longues minutes à comprendre que l'objet de notre repas, c'était lui. Pendant deux heures, l'homme d'Etat ne m'a parlé que de ce qu'il avait pensé, de ce qu'il avait dit, de ce qu'il avait fait, sur des sujets à propos desquels je n'avais pas la moindre compétence. Il avait tout compris, tout prévu, tout su. La vérité l'habitait, et son autosatisfaction était telle qu'il cherchait, ce jour-là, un nouveau miroir pour contempler sa puissance. J'étais convoqué dans le rôle du courtisan qu'on appelle à la table du roi.

 

J'hésitai entre l'amusement et l'effroi. La presse vantait chaque matin le désintéressement de cet homme d'Etat et son dévouement au bien public. Pendant plusieurs années, il avait eu le pouvoir d'envoyer des soldats à la mort, d'approuver des actions clandestines, de signer des accords nucléaires ou monétaires engageant notre pays pour des décennies encore. Un vertige me saisissait en imaginant que, pendant un demi-siècle, des centaines de milliers d'hommes et de femmes étaient morts, pendant que s'étaient succédé au pouvoir une myriade de dirigeants à son image, aveuglés par eux-mêmes.

En deux heures, je n'ai pas prononcé plus de trois phrases. J'ai émis quelques soupirs, qui n'ont pas troublé mon hôte. Il a signé la note du restaurant avec un authentique sourire de contentement. (...)

 

La soif de paraître est une passion terrible qui détruit l'humanité dans l'homme. Elle est insatiable. Elle assèche la source intérieure. Vouloir s'extraire de la condition humaine est un leurre et un vertige... Je préfère ceux qui cherchent à s'élever, ce qui est tout autre chose. Leur chemin intérieur passe par la patience et le dénuement.

 

Si je dois rendre grâce d'une seule chose à la vie rude qui fut la mienne, c'est de m'avoir appris à considérer les hommes, quels qu'ils soient, sur le même plan. Sous l'écorce de l'apparence, on trouve un rien, une poussière, un grain de sable qui concentre tout l'humain.

 

Hélie de Saint-Marc, Les sentinelles du soir, p. 97-102.


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Le mal, obstacle à la rencontre avec notre Père... (II)

19 Mai 2011, 05:58am

Publié par Father Greg

 

 

Voici deux extraits de lettres écrites par des soldats allemands, de celles qu'emporta le dernier avion envolé de l'enfer de Stalingrad en janvier 1943.

 

 

Dans la première, un homme naguère « épris de religion», comme il le reconnait lui-même, s'adresse ainsi à son épouse :

 

desiree-dolron-1« S'il existe un Dieu dans le ciel», m'écris-tu dans ta dernière lettre, « qu'il te fasse bientôt revenir vers moi...».

 

[...] Ma chérie, si tes paroles veulent être bienveillantes et si tu les fais dépendre de l'existence de Dieu, tu te trouveras bientôt en face d'une lourde et grave décision. Je suis un homme épris de religion, tu as toujours été une croyante. Si nous examinons notre position antérieure à la lueur des circonstances qui nous obligent à rejeter tout ce à quoi nous avons cru, alors tout change.

 

[...] S'il y a un Dieu ! De l'autre côté aussi il y en a beaucoup ; en Angleterre, en France, à coup sûr des millions... Je ne crois plus en un Dieu de bonté car il n'aurait jamais laissé se perpétrer une si grande injustice... Je ne crois plus en un Dieu qui a pu illuminer l'esprit des hommes qui ont déclaré cette guerre, et parlent toujours de paix et de toute-puissance en trois langues... Je ne crois plus en Dieu, car il nous a trahis...

Je ne crois plus... et toi ? T'en sens-tu encore capable ?

 

 

La seconde lettre est celle d'un fils de pasteur, qui s'adresse ainsi à son père :

 

A Stalingrad, le choix de s'en remettre à Dieu signifie en nier l’existence.

[...] Tu es un sauveur d'âme, père, et, dans ta dernière lettre, tu ne me parles que de la Vérité ou de ce qu'on croit être la Vérité... J'ai cherché Dieu dans chaque trou d'obus, dans chaque maison détruite, à chaque coin de rue, auprès de chaque camarade, quand j'étais blotti dans un entonnoir, et je l'ai cherché même dans le ciel… Et Dieu ne s'est pas montré alors que tout mon cœur criait après lui. Les maisons étaient éventrées, les camarades aussi courageux ou aussi lâches que moi... Sur la terre ne régnaient que le meurtre et la faim; du ciel se déversaient les bombes et le feu... Seul Dieu était absent !…

 

Non, père! Dieu n'existe pas!... Ou alors, s'il y a un Dieu, il existe pour vous, dans les missels et les cantiques, dans les sermons remplis de dévotion des curés et des pasteurs; il existe peut-être dans le tintement des cloches et dans les vapeurs d'encens, mais il n'existe pas à Stalingrad !…

 

 

M.D Philippe, Liberté, vérité, amour. Fayard.


[1] Lettres de Stalingrad (Letze Briefe aus Stalingrad), trad. Ch. Billy, 6d, Buchet-Cbastel-Correa, 1957, pp. 60-61.

Ibid., pp. 67-68.

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JPII, témoin du Christ victorieux et fidèle

2 Mai 2011, 09:46am

Publié par Father Greg

 

 

 

pictureJPII.jpg« Suis-moi », dit le Seigneur ressuscité à Pierre; telle est sa dernière parole à ce disciple, choisi pour paître ses brebis. « Suis-moi » – cette parole lapidaire du Christ peut être considérée comme la clé pour comprendre le message qui vient de la vie de notre regretté et bien-aimé Pape Jean-Paul II, dont nous déposons aujourd’hui le corps dans la terre comme semence d’immortalité - avec le cœur rempli de tristesse, mais aussi de joyeuse espérance et de profonde gratitude. 


Suis-moi – depuis qu’il était jeune étudiant Karol Wojtyła s’enthousiasmait pour la littérature, pour le théâtre, pour la poésie. Travaillant dans une usine chimique, entouré et menacé par la terreur nazie, il a entendu la voix du Seigneur: Suis-moi! Dans ce contexte très particulier il commença à lire des livres de philosophie et de théologie, il entra ensuite au séminaire clandestin créé par le Cardinal Sapieha et, après la guerre, il put compléter ses études à la faculté de théologie de l’université Jagellon de Cracovie. Très souvent, dans ses lettres aux prêtres et dans ses livres autobiographiques, il nous a parlé de son sacerdoce, lui qui fut ordonné prêtre le 1 er novembre 1946. Dans ces textes, il interprète son sacerdoce en particulier à partir de trois paroles du Seigneur. Avant tout celle- ci: «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure» ( Jn 15, 16). La deuxième parole est celle- ci: «Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis» ( Jn 10, 11). Et finalement: «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour» ( Jn 15, 9). Dans ces trois paroles, nous voyons toute l’âme de notre Saint-Père. Il est réellement allé partout, et inlassablement, pour porter du fruit, un fruit qui demeure. «Levez-vous, allons! », c’est le titre de son avant-dernier livre. «Levez-vous, allons!» – par ces paroles, il nous a réveillés d’une foi fatiguée, du sommeil des disciples d’hier et d’aujourd’hui. «Levez-vous, allons! » nous dit-il encore aujourd’hui. Le Saint-Père a été ensuite prêtre jusqu’au bout, parce qu’il a offert sa vie à Dieu pour ses brebis, et pour la famille humaine tout entière, dans une donation de soi quotidienne au service de l’Église et surtout dans les épreuves difficiles de ces derniers mois. Ainsi, il s’est uni au Christ, le bon pasteur qui aime ses brebis. Et enfin, «demeurez dans mon amour »: le Pape, qui a cherché la rencontre avec tous, qui a eu une capacité de pardon et d’ouverture du cœur pour tous, nous dit, encore aujourd’hui, avec ces différentes paroles du Seigneur: en demeurant dans l’amour du Christ nous apprenons, à l’école du Christ, l’art du véritable amour. 

Suis- moi ! En juillet 1958, commence pour le jeune prêtre Karol Wojtyła une nouvelle étape sur le chemin avec le Seigneur et à la suite du Seigneur. Karol s’était rendu comme d’habitude avec un groupe de jeunes passionnés de canoë aux lacs Masuri pour passer des vacances avec eux. Mais il portait sur lui une lettre qui l’invitait à se présenter au Primat de Pologne, le Cardinal Wyszyński et il pouvait deviner le but de la rencontre: sa nomination comme évêque auxiliaire de Cracovie. Laisser l’enseignement académique, laisser cette communion stimulante avec les jeunes, laisser le grand combat intellectuel pour connaître et interpréter le mystère de la créature humaine, pour rendre présent dans le monde d’aujourd’hui l’interprétation chrétienne de notre être – tout cela devait lui apparaître comme se perdre soi-même, perdre précisément ce qui était devenu l’identité humaine de ce jeune prêtre. Suis-moi – Karol Wojtyła accepta, entendant la voix du Christ dans l’appel de l’Église. Et il a compris ensuite jusqu’à quel point était vraie la parole du Seigneur: «Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera» ( Lc 17, 33). Notre Pape – nous le savons tous – n’a jamais voulu sauvegarder sa propre vie, la garder pour lui; il a voulu se donner lui-même sans réserve, jusqu’au dernier instant, pour le Christ et de ce fait pour nous aussi. Il a fait ainsi l’expérience que tout ce qu’il avait remis entre les mains du Seigneur lui était restitué de manière nouvelle. Son amour du verbe, de la poésie, des lectures, fut une part essentielle de sa mission pastorale et a donné une nouvelle fraîcheur, une nouvelle actualité, un nouvel attrait à l’annonce de l’Évangile, même lorsque ce dernier est signe de contradiction. 

rip pope john paul 2Suis-moi ! En octobre 1978, le Cardinal Wojtyła entendit de nouveau la voix du Seigneur. Se renouvelle alors le dialogue avec Pierre, repris dans l’Évangile de cette célébration: «Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? Sois le pasteur de mes brebis !» À la question du Seigneur, Karol, m’aimes-tu ? L’Archevêque de Cracovie répond du plus profond de son cœur: «Seigneur, tu sais tout: tu sais bien que je t’aime». L’amour du Christ fut la force dominante de notre bien-aimé Saint-Père; ceux qui l’ont vu prier, ceux qui l’ont entendu prêcher, le savent bien. Ainsi, grâce à son profond enracinement dans le Christ, il a pu porter une charge qui est au-delà des forces purement humaines: être le pasteur du troupeau du Christ, de son Église universelle. Ce n’est pas ici le moment de parler des différents aspects d’un pontificat aussi riche. Je voudrais seulement relire deux passages de la liturgie de ce jour, dans lesquels apparaissent des éléments centraux qui l’annoncent. Dans la première lecture, saint Pierre nous dit – et le Pape le dit aussi avec saint Pierre: «En vérité, je le comprends: Dieu ne fait pas de différence entre les hommes; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et qui font ce qui est juste. Il a envoyé la Parole aux fils d’Israël, pour leur annoncer la paix par Jésus Christ : c’est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous» ( Ac 10, 34-36). Et, dans la deuxième lecture, – saint Paul, et avec saint Paul notre Pape défunt – nous exhorte à haute voix : «Mes frères bien-aimés que je désire tant revoir, vous, ma joie et ma récompense; tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés» ( Ph 4, 1).


Suis-moi  ! En même temps qu’il lui confiait de paître son troupeau, le Christ annonça à Pierre son martyre. Par cette parole qui conclut et qui résume le dialogue sur l’amour et sur la charge de pasteur universel, le Seigneur rappelle un autre dialogue, qui s’est passé pendant la dernière Cène. Jésus avait dit alors : «Là où je m’en vais, vous ne pouvez pas y aller». Pierre lui dit : «Seigneur, où vas-tu ?». Jésus lui répondit : « Là où je m’en vais, tu ne peux pas me suivre pour l’instant; tu me suivras plus tard» ( Jn 13, 33.36). Jésus va de la Cène à la Croix, et à la Résurrection – il entre dans le mystère pascal; Pierre ne peut pas encore le suivre. Maintenant – après la Résurrection – ce moment est venu, ce «plus tard». En étant le Pasteur du troupeau du Christ, Pierre entre dans le mystère pascal, il va vers la Croix et la Résurrection. Le Seigneur le dit par ces mots, «Quand tu étais jeune ... tu allais où tu voulais, mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller» ( Jn 21, 18). Dans la première période de son pontificat, le Saint-Père, encore jeune et plein de force, allait, sous la conduite du Christ, jusqu’aux confins du monde. Mais ensuite il est entré de plus en plus dans la communion aux souffrances du Christ, il a compris toujours mieux la vérité de ces paroles: «C’est un autre qui te mettra ta ceinture ...». Et vraiment, dans cette communion avec le Seigneur souffrant, il a annoncé infatigablement et avec une intensité renouvelée l’Évangile, le mystère de l’amour qui va jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1). 


Il a interprété pour nous le mystère pascal comme mystère de la Divine miséricorde. Il écrit dans son dernier livre la limite imposée au mal «est en définitive la Divine miséricorde» (Mémoire et identité , p. 71). Et en réfléchissant sur l’attentat, il affirme : «En souffrant pour nous tous, le Christ a conféré un sens nouveau à la souffrance, il l’a introduite dans une nouvelle dimension, dans un nouvel ordre: celui de l’amour [...]. C’est la souffrance qui brûle et consume le mal par la flamme de l’amour et qui tire aussi du péché une floraison multiforme de bien» ( ibid ., p. 201-202). 

Animé par cette perspective, le Pape a souffert et aimé en communion avec le Christ et c’est pourquoi le message de sa souffrance et de son silence a été si éloquent et si fécond. 

jp2stl-copie-1.jpgDivine miséricorde : le Saint-Père a trouvé le reflet le plus pur de la miséricorde de Dieu dans la Mère de Dieu. Lui, qui tout jeune avait perdu sa mère, en a d’autant plus aimé la Mère de Dieu. Il a entendu les paroles du Seigneur crucifié comme si elles lui étaient personnellement adressées: «Voici ta Mère». Et il a fait comme le disciple bien-aimé : il l’a accueillie au plus profond de son être (eis ta idia : Jn 19, 27) – Totus tuus. Et de cette Mère il a appris à se conformer au Christ. 

Pour nous tous demeure inoubliable la manière dont en ce dernier dimanche de Pâques de son existence, le Saint-Père, marqué par la souffrance, s’est montré encore une fois à la fenêtre du Palais apostolique et a donné une dernière fois la Bénédiction Urbi et Orbi . Nous pouvons être sûrs que notre Pape bien-aimé est maintenant à la fenêtre de la maison du Père, qu’il nous voit et qu’il nous bénit. Oui, puisses-tu nous bénir, Très Saint Père, nous confions ta chère âme à la Mère de Dieu, ta Mère, qui t’a conduit chaque jour et te conduira maintenant à la gloire éternelle de son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur. Amen

 

J.Cardinal Ratzinger, obsèques de Jean-Paul II, 8 avril 2005.


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La maladie, chemin d'initiation...

22 Février 2011, 17:19pm

Publié par Father Greg

 

" J'ai écrit un livre sur les âges de la vie. J'ai tenté de montrer ces métamorphoses de l'être au cours de la vie. Il est évident que tout cela ne vaut que si l'on a appris en cours d'existence à mourir. Et ces occasions nous sont données si souvent, toutes les crises, les séparations, et les maladies, et toutes les formes, tout, tout, tout, tout nous invite à apprendre et à laisser derrière nous ; La mort ne nous enlèvera que ce que nous avons voulu posséder. Le reste, elle n'a pas de prise sur le reste. Et c'est dans ce dépouillement progressif, se crée une liberté immense, et un espaces agrandi, exactement ce qu’on n’avait pas soupçonné. Moi j'ai une confiance immense dans le vieillissement, parce que je dois à cette acceptation de vieillir une ouverture qui est insoupçonnable quand on n’a pas l'audace d'y rentrer. "

 Christiane Singer venant d'apprendre qu'elle est atteinte d'une grave maladie et qu'il ne lui reste au plus que 6 mois à vivre.

 

 FranzVonStuck-Innocence-1889.jpg"Une maladie est en moi. C'est un fait. Mon travail va être de ne pas être, dans la maladie. Bon, je répète, il est possible qu'il y ait en moi ce qu'on nomme une maladie. Mais Christiane n'est pas contenue dans cette maladie. Elle en déborde. 

 

J'ai la sensation d'avoir plus de place en moi. Ma vie adhérait à moi, me moulait hier encore comme un fourreau. Aujourd'hui je me sens comme ces femmes mûres, opulentes qui ne portent que des vêtements très larges dans lesquels tanguent leurs corps généreux. J'ai gagné de l'espace, je gagne en liberté même si, dans le visible, je fonds. 

 

Je ne veux certes pas nier les douleurs, la souffrance que cause le détraquement des fonctions naturelles, etc., mais les espaces d'apaisement sont multiples. L'art consiste à ne pas occuper les "espaces entre" par le ruminement des douleurs traversées ou par la crainte de celles qui vont suivre. Aussi la récolte est-elle déjà riche dans ce début d'aventure. Je suis gagnante même si je perdais tout aux yeux de ceux qui ne voient qu'un côté du monde. 

 

Toujours se présentent des moments merveilleux où je suis touchée dans une profondeur inconnue. Surtout, surtout ne pas m'enfermer seule dans mon corps! 

 

Oui, ma maladie ouvre des espaces inattendus pour beaucoup d'autres et tant pour mes plus proches que pour les amis d'âme et de cœur. C’est incroyable. Une force semble se réveiller qui leur dit: désormais il n'y a plus à tergiverser ni à faire antichambre: il faut entrer en VIE et sur l'instant!!! 

 

Tout ce que je rêvais se réalise! J'étais en somme, si je peux le dire avec quelque humour, le dernier obstacle à ce bondissement de conscience. 
L'intelligence de la vie me bouleverse, et son agilité paradoxale! 

 

L'aiguille a causé une douleur vive mais il n'y avait personne pour souffrir ou sursauter; je ne sais comment exprimer cette expérience autrement. Il y avait bien tout cela mais personne pour en souffrir, c'était une conscience aiguë et joyeuse. 

 

On peut bien sûr être malade, cruellement malade pour avoir confirmation de sa malchance et toutes les raisons de se lamenter. Beaucoup vivent la maladie comme une pause douloureuse et malsaine. Mais on peut aussi monter en maladie comme un chemin d'initiation, à l'affût des fractures qu'elle opère dans tous les murs qui nous entourent, des brèches qu'elle ouvre vers l'infini. Elle devient alors l'une des plus hautes aventures de la vie. 

 

Si tant est que quelqu'un veuille me la disputer, je ne cèderais pas ma place pour un empire."

 

Christiane Singer,  Derniers fragments d'un long voyage.


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Notre monde attend des témoins de l'invisible...!!

3 Décembre 2010, 15:05pm

Publié par Father Greg

EVANGELISER?? MAIS, C’EST SIMPLE !!

 


EVANGELISER, implique d’avoir le Feu de Dieu, et de le mendier tous les jours…  Ensuite, c’est un peu d’audace, du culot, mais au fond c’est plutôt simple :

 

 

 

 

 

 

 

 

Et nous, à quand? Le monde nous attend….

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L'Eucharistie: la Bombe de l’Amour Divin... une fois irradié, vous avez aucune chance de vous en sortir sans LUI...

27 Octobre 2010, 10:00am

Publié par Father Greg

L'Eucharistie, présence secrète et silencieuse de Dieu pour moi ; ce lieu de contact immédiat avec Jésus est le cœur de notre vie d’enfant du Père. La présence réelle et agissante de Jésus-hostie réclame d’être toujours plus expérimentée. A son contact, guérisons et conversions. Exemple avec la fraternité Eucharistein, qui accueille des "blessés de la vie".

 

 

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