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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Articles avec #temoignages

Etouffement organisé

28 Avril 2017, 04:13am

Publié par Grégoire.

« La situation dans les camps est humainement insupportable »

« La situation dans les camps est humainement insupportable »

« Les Sahraouis ? On s’en fout ! Ils sont inoffensifs  et pacifiés maintenant. On n’a plus qu’à attendre qu’ils s’éteignent tranquillement, étouffés par l’aide humanitaire dans leur désert ». Ces mots, prononcés par un fonctionnaire du Quai d’Orsay il y a déjà quelques années, reflètent à la fois le cynisme du pays dit des « Droits de l’homme » et l’instrumentalisation de l’aide humanitaire.

J’ai repensé à ces propos en tenant la main d’un vieil homme mourant sous une tente en février dernier. J’ai repensé à ces personnes disparues depuis 10 ans de fréquentation des campements Sahraouis, à ces enfants morts nés, à ceux emportés par la maladie, par le handicap, par l’injustice , à tous ceux « éteint tranquillement, étouffés par l’aide humanitaire »…

Les caravanes d’aides alimentaires continuent leurs incessantes navettes. Les négociateurs continuent de creuser la fosse commune du peuple Sahraoui comme on fait creuser leurs tombes aux condamnés. Vingt six ans qu’ils creusent, pour avoir accepté ce marché de dupe : l’arrêt des combats contre l’organisation d’un référendum dans les neuf mois à suivre. Une durée de gestation de l’espoir qui s’est transformée en une nouvelle génération née dans les camps.

Les historiens mettront en avant ce calcul qui consiste à faire en sorte qu’une absence voulue de solution politique  sous anesthésie humanitaire finisse par résoudre un problème en devenant solution finale.

Non, l’application du processus de décolonisation n’est pas négociable. Non, la libération de prisonniers injustement jugés et condamnés  n’est pas négociable. Non, l’impunité d’un Etat  qui torture n’est pas négociable. Non, l’aide humanitaire n’a pas à être le sédatif d’une désertion politique.

L’aide humanitaire est née dans l’urgence exigente des champs de bataille,  des catastrophes naturelles ou de celles le plus souvent provoquées par l’homme. Son succès devrait  se mesurer  à la fois à sa rapidité d’intervention mais aussi à sa rapidité à quitter les lieux.  Elle a appris à se développer de façon protéiforme, des plus petites associations bénévoles jusqu’à l’internationalisation professionnelle parfois lucrative d’ONGs. 

L’ONU qui s’est juridiquement ligotée par les liens de l’abstention ou du veto de ses états membres aux intérêts contradictoires a démontré une fois de plus son impuissance à organiser  le référendum d’autodétermination.  Chaque jour qui passe dresse de nouvelles pierres dans les cimetières Sahraouis sur le sol lunaire de la Hamada de Tindouf.  Une fois de plus, le 27 avril prochain,sera renouvelée cette mission fictive de la Minurso qui permet aux Nations Unies, en « gelant » la situation, et en sabordant les objectifs à atteindre, de déployer à loisir sa propre armada humanitaire, PAM ( Programme Alimentaire Mondial) UNICEF, OMS… A qui profite le crime ?

 Le dévoiement humanitaire peut alors commencer. Conçu pour l’urgence, on lui demande de gérer une situation devenue  chronique, d’empiéter sur le champ du politique, suffisamment lâche et malhonnête  pour ne pas s’attaquer aux racines du mal colonial. L’aide humanitaire alors imperceptiblement instrumentalisé doit s’interroger :  « Faut il aider les Sahraouis à survivre dans une injustice acceptable et l’absence voulue d’une solution politique ? » Si la réponse est oui, il lui faut alors accepter d’être  complice des preneurs d’otages en acceptant de continuer de nourrir les otages. 

« Faut il les aider à vaincre cette injustice » ? est une autre question qui appelle des réponses différentes, moins évidentes qu’une assistance systématique : Celle de l’arrêt de négociations stériles.  Celle d’un ultimatum à poser à l’ONU. Celle d’un arrêt de l’aide humanitaire remettant la pression sur la responsabilité politique. Celle en dernier lieu d’une reprise des armes…

Mais que cesse ce lent étouffement humanitaire, politiquement prémédité.  Que cesse cet assistanat  sauvant des vies pour les maintenir en sursis et les priver d’avenir, cette éducation ajoutant  aux  capacités inutilisées la frustration, cette distribution alimentaire conçue pour l’urgence qui finit par nourrir des maladies chroniques, cette parodie de justice qui emprisonne les défenseurs des Droits de l’Homme et décore les bourreaux…

J’ignore  quels sont les mots donnés par ce jeune Sahraoui  à cet homme dont il caresse les cheveux blancs. J’ignore si l’homme qui meurt là en s’étouffant peu à peu est suffisamment conscient pour percevoir qu’un jeune Sahraoui qui pourrait être son petit fils recueille son souffle. J’ignore si ce jeune homme pressent qu’il sera un jour ce vieillard agonisant dans ce désert, abandonné. 

Mais je sais qu’ouvertement et sans aucune humanité des hommes ( ?) qui disent s’en foutre ont souhaité cet étouffement.

Jean-François Debargue

11 avril 2017 

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On n'est jamais assez étonné du fait de vivre...

20 Décembre 2016, 05:53am

Publié par Grégoire.

On n'est jamais assez étonné du fait de vivre...

D’où vient votre foi magnifique dans la vie ?

De tout ce qui apporte une très bonne nouvelle, que mes yeux grossiers ont du mal à déchiffrer, mais dont ils reconnaissent la vérité. Le messager peut être un oiseau, la fleur de l’aubépine, la pensée d’une personne disparue, une phrase dans un livre ou un fragment de lumière. Si je cherche une source plus identifiable, je vous dirai : c’est mon père. Mon père était un sage qui ne savait pas qu’il l’était. Ouvrier dans la grande usine du Creusot, il a ensuite pu devenir enseignant de dessin technique. Je suis sans doute son seul échec scolaire ! Mais il m’a instruit comme, je crois, on instruit vraiment, c’est-à-dire par sa présence, par ce qu’il était plus que par ce qu’il disait. Et je l’ai vu grandir comme je continue à le voir grandir au-delà de sa mort car les choses ne s’arrêtent jamais. Il accueillait tout le monde comme si chacun était unique. Il était attentif aux personnes indépendamment de leur costume, de leur richesse, de leur crédit social. Il aimait les gens profondément. Il pensait aussi que le simple fait de vivre suffisait à tout. Il n’était pas quelqu’un d’écriture ou de longue parole. Pour lui, la vie répondait en silence aux questions que nous pouvions lui poser. J’ai senti sur moi le souffle d’une confiance toujours présente, en moi. Et pour lui, pour cet homme, mon père, j’ai une gratitude, une dette que j’ai la joie de voir grandir tous les jours. D’ailleurs pour moi, écrire c’est juste témoigner de ce qu’on a vu, pas plus, pas moins.

Vous parlez souvent de l’ange, une présence familière.

Ce que j’appelle ainsi, ce sont juste les moments les plus subtils de la vie qu’on peut tous connaître. Les anges sont à la pointe de la fleur de la vie, du côté le plus fin, mais parfois aussi piquant. Ils peuvent provoquer un petit retrait si on s’approche trop, mais ce sont des flux de la vie, des passages vitaux très subtils que chacun de nous connaît, comme cette délicatesse qui vient alors aux hommes. Ce que connaissent aussi à merveille les nouveaux-nés, non pas qu’ils soient des anges, mais de leur petite poigne rose ils arrivent à attraper la tunique de Dieu, tant elle est frêle cette main, tant elle est sans prétention. Quelque chose vous parle comme jamais et pourtant ça ne passe pas par des mots. Par exemple en musique, en entrant dans l’intervalle entre deux notes de Bach ou de Mozart : cet intervalle est absolument infini.

Le monde nous habitue à des expériences très grossières, pour des raisons mercantiles on force le bruit, les couleurs, les images, on force l’énergie, la vitalité devient mauvaise, la volonté se durcit. À l’opposé, on peut faire des expériences d’une incroyable finesse. Les anges passeraient là mais sans ressembler à l’imagerie habituelle ou à la peinture très belle d’un Fra Angelico. Ce sont les moments où notre cœur aune délicatesse de dentelle de Bruges, où l’on sent quelque chose d’aussi délicat et étrangement invincible. C’est ainsi que je les vois aujourd’hui. Pour Jean Grosjean, les anges sont des facteurs, ils nous amènent quelque chose, à charge pour nous de savoir le lire.

 

Votre regard plonge au cœur du simple, de l’ordinaire.

En fait c’est le seul bien que nous ayons, tout se trouve là. Je vois ici un verre d’eau sur la table et je ressens la présence incroyable, presque écrasante, de ce verre d’eau parce que

ces choses-là, si pauvres, sont les seules qui seront encore là dans les heures épuisantes. Je me souviens d’un rosier dans le noir d’une nuit d’été et d’être comme tué par son parfum. La vie ordinaire ne cesse de vouloir nous aider. Nous sommes fous de vouloir aller dans le spectaculaire, de croire qu’il faut toute une machinerie pour nous émerveiller. Rien de plus émerveillant que le vivant, que l’éphémère, que l’ordinaire.

 

Une question devant cette critique du monde moderne, vous êtes parfois aussi sévère avec l’institution religieuse. Que diriez-vous pour la défendre ?

Par exemple que sans elle on n’aurait pas les plus beaux textes du monde et grâce aux prêtres, ou aux rabbins – je pense aux trois religions du livre – on peut ajouter le bouddhisme aussi, sans ces hommes il n’y aurait pas ces choses-là. Donc, on peut dire que l’Église est lourde, fautive et essentielle. Parce que qu’est-ce que je saurais moi du Christ si le maître livre qui rapporte ses propos n’avait pas été transmis depuis deux mille ans jusqu’à moi. C’est le travail de l’Église, de nous transmettre les plus beaux textes, la réserve de nourriture essentielle, le pain sans lequel on mourrait de faim, c’est ça l’Église, juste des traces de doigts sur ce livre.

 

Entretiens avec Christian Bobin

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Damien Ricourt... hors du commun

7 Novembre 2016, 06:03am

Publié par Grégoire.

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Les chemins noirs...

4 Novembre 2016, 16:33pm

Publié par Grégoire.

Les chemins noirs...
Les chemins noirs...

REPORTAGE - Pendant des mois, Sylvain Tesson a arpenté à pied les routes de campagne entre le Mercantour et la Normandie. Avant la parution du récit de ce périple (Sur les chemins noirs, Gallimard), il déclame sa flamme pour ces hommes, ces villages et ces paysages parfois défigurés qui constituent le patrimoine éternel de la France.

 

Comme les hommes politiques contemporains manquent d'imagination! Si l'un d'eux chaussait une paire de croquenots (façon Mitterrand à Solutré) et traversait la France à pied, il décollerait dans l'opinion. Un «effet Lazare» lui garantirait de ressusciter dans les sondages. Les Français préfèrent les édiles s'envoyant un muscadet dans un bistrot plutôt que s'arrogeant des frais de bouche exorbitants. En outre, rien de mieux que le lent défilement des paysages pour savoir de quoi on parle, passer en revue les aspects de la France, croiser des visages. Parcourir les routes était la technique de Louis XI. Il cheminait incognito, humait l'air du royaume; il ne bricolait pas les horloges, lui. Il n'a pas été imité.

 

Quand je me suis lancé dans la traversée de la France à pied, du Mercantour au Cotentin, je n'étais soumis à aucun enjeu! Je sortais d'un séjour à l'hôpital. J'avais le corps branlant, le souffle court, la tête enfoncée, il me fallait reconquérir des forces. Les médecins m'avaient sauvé. A présent, ils recommandaient la «rééducation». Un mot des années soviétiques! Plutôt que de me refaire une santé dans un centre de soins, je pensais que tracer une diagonale à pied, du Mercantour au Cotentin, était une idée acceptable.

Au même moment, un rapport gouvernemental sur l'«hyperruralité» était rendu public. Il avait été commandité par Jean-Marc Ayrault et distinguait une quarantaine de «bassins de vie hyperruraux» dans le pays. Entendez là des zones mal goudronnées, pas assez connectées à internet et trop éloignées des administrations publiques. Pour moi, la définition du paradis! Des marges où échapper aux tentacules du poulpe moderne! Mais l'Etat ne l'entendait pas de cette oreille. Les aménageurs publics écrivaient (en d'autres termes, bien entendu): «Courage citoyens, nous arrivons! Nous allons coucher les ronces, arranger le territoire et bientôt vous serez reliés au centre et vous serez prémunis contre tout comportement étrange et de tout vote non conforme car vous rejoindrez le dispositif!» Il fallait donc se dépêcher.

 

J'avais mon objectif de voyage et l'Etat me fournissait la carte générale. J'allais traverser le pays sur des axes dérobés, à travers des zones dépeuplées, sur ce que j'appelais mes «chemins noirs». Ces axes sont matérialisés sur les feuilles au 1/25.000 de l'IGN, véritables œuvres d'art. Ce ne sont pas les chemins de randonnée balisés ni des petites routes asphaltées, mais des pistes rurales, des lisières forestières, des sentiers oubliés. Un réseau parfait pour se tenir à l'ombre. Comme le peuple ne va plus à pied, les broussailles ont recouvert ces voies. On y croise des crapauds, une biche, et parfois de drôles de gens qui vous disent des choses très antiques. Ils ne tirent pas leur science de l'ouverture au monde -tarte à la crème- mais de la connaissance d'un arpent du territoire. Ils n'ont pas d'opinion sur Trump mais ils sont incollables sur l'emplacement des arbres et la santé des bêtes. Qui est le vrai savant? Celui qui a ses idées sur la question de l'Orient ou celui qui connaît la carte locale des essaims sauvages?

Je partis en août de la frontière italienne. Au début, je n'allais pas fort et pas très droit non plus. Je traversais le Var, les pays du Verdon, de Valensole, de Lure et du Ventoux, je passais le Rhône à Pont-Saint-Esprit, longeais le Vivarais, montais le mont Lozère, descendais vers la Margeride, traversais l'Aubrac, gagnais la Creuse, franchissais la Loire, parcourais la Gâtine, la Mayenne, l'Avranchais et parvins, après trois mois de claudication, à la pointe du Cotentin. Là, il fallait s'arrêter ou sauter à l'eau. C'est l'avantage des frontières, naturelles ou pas: elles offrent un cadre. Elles limitent les ardeurs et prémunissent contre les débordements. Certains veulent les abolir, ils ne savent pas les lois de l'hydraulique.

Un des nombreux «visages artistiques» de la France: un bois aux allures de «vallée aux fées».

Il me fallut ces semaines passées à cueillir les mûres pour m'apercevoir que les chemins noirs se prolongent hors de la carte. Ils ne se réduisent pas à des sentes entre des murets. Ils se déploient dans notre territoire intérieur. Nos propres existences peuvent suivre des chemins de traverse et s'épanouir hors de toute soumission, derrière l'orée du monde. Vous voulez vivre libre? Fermez les écoutilles, trouvez vos chemins noirs et prenez la fuite, c'est-à-dire la première issue de secours qui se présentera à vos pas hésitants. Ensuite, la foulée s'affirmera. Dans son Traité du rebelle, l'écrivain Ernst Jünger avait nommé cette antique tentation de la dissimulation «le recours aux forêts». Il avait inventé la figure de l'anarque pour désigner celui qui ne voulait rien posséder de commun avec son époque, pas même pour s'y opposer. Un repli égoïste, le recours aux forêts? Oui, et après? Réformer le monde selon son opinion, le dynamiter pour sa foi, est-ce plus noble que lui tourner le dos?

Prendre les chemins noirs ne s'entend pas littéralement. Nul besoin pour cela de postuler à l'Office national des forêts. Certains s'enferment dans leur cabinet de travail, quelques-uns choisissent les monastères où la soupe est servie à heure fixe. Il y en a même, jadis, qui finissaient perchés sur une colonne dans le désert. Peu importe la manière, l'essentiel est de se royaumer soi-même, en son for imprenable. On refusera ainsi de se conformer à ce que le philosophe Giorgio Agamben nomme «le dispositif», cette toile où nous englue la révolution digitale, le fatras médiatique et l'entreprise de domestication de nous-mêmes par les puissances politiques et les enseignes laides. «Soyez hygiéniques!», clame le dispositif, «Vivez longtemps! Allumez vos écrans! Indignez-vous quand on vous enjoint de le faire! Admirez! Conspuez! N'employez pas tel mot! Levez le pouce! Baissez-le!» Et c'est ainsi que nous flottons en nous persuadant de vivre. Les chemins noirs -ceux de l'esprit, ou ceux de la campagne, ceux de la solitude, ceux de la pleine nature- offrent l'échappée.

Il n'y avait pas que l'allégorie du repli intérieur dans ma balade. La chute, le coma, l'hôpital m'avaient dévitalisé. La marche me rendait des forces. Elle injectait sa bonne sève dans les veines, les fibres, les cellules. En m'arrachant à tout écran -écrans de contrôle et écrans de la grande hypnotisation collective-, les chemins noirs me perfusaient leurs bonnes substances. Abattre 30 kilomètres sur des cailloux m'évitait de passer à côté de l'existence. J'échappais à ce «projet moderne» que Cynthia Fleury, dans Les Irremplaçables, désigne par «l'expropriation de l'expérience».

Pendant trois mois alternèrent sous mes yeux les visages artistiques de la campagne française. Celle de Pierre George, géographe duTemps des collines, de Giono, barde de la Provence, de Vialatte, fou des volcans, des poètes de la Loire, des peintres normands et de Barbey d'Aurevilly, prince des bocages. C'était tour à tour une marqueterie de champs, un versant du soleil, une vallée aux fées. Parfois une source coulait, un clocher sanglotait et un troupeau mouchetait un replat. Une exposition de tableaux, en somme. Ce pays avait une propension à receler la splendeur. Arthur Young, l'agronome anglais qui voyagea en France entre 1787 et 1790 le répétait dans ses célèbres souvenirs. Partout où le menaient ses pas, il s'extasiait de «la beauté de ce pays».

Mais soudain, un chancre venait tacher la toile. La colline inspirée, coiffée de sa petite église époque force tranquille, surplombait une ZAC avec hangars et pavillons, une de ces zones périurbaines qui n'appartiennent ni à la ville ni à la campagne. Bernard Maris, victime du néant islamique, appelait «néant géographique» ces taches qui gagnaient sur la carte.

Comment avait-on réussi à couvrir si promptement de métastases le pays, à le veiner si consciencieusement d'autoroutes? Même un être humain ne s'enlaidit pas à ce point en cinquante ans! La défiguration du territoire avait été orchestrée de main de maître. La Ve République s'y était appliquée. L'industrialisation des campagnes à l'après-guerre, l'urbanisation et le démembrement avaient initié le travail. Le septennat de Giscard avait orchestré l'explosion des zones pavillonnaires. Celui de Mitterrand, avec la décentralisation, l'éclosion des hypermarchés. Rocades et départementales avaient été chargées de relier les pavillons aux centres commerciaux. En France périurbaine, on passait son temps en voiture. Internet avait achevé la mutation et faisait flotter une atmosphère fantomatique dans les collectivités. Les mairies annonçaient fièrement des villages «sous vidéosurveillance» ou des programmes «voisins vigilants». Mais nous ne voulions pas de voisins vigilants! Nous voulions des voisins de tablée au banquet de la campagne pochetronne. Elle n'avait jamais existé que dans les tableaux de Bruegel, certes. Mais on a le droit d'être nostalgique de ses fantasmes, non?

J'allais donc par les allées de ce pays qui avait été insolemment beau au temps où il s'appelait la France et qui s'était mystérieusement enlaidi en devenant l'Hexagone. Il ne faudrait jamais laisser les œuvres d'art à la charge des administrateurs. Dans un musée, ils auraient cassé les porcelaines avec leurs mains pas habituées à caresser les choses.

Au détour d'un lacet, au bas d'une pente, je tombais sur des paysans. Certains me proposaient un coup à boire, d'autres me regardaient en biais. Certains m'entretenaient de leurs malheurs, d'autres répondaient à peine à mes saluts. J'étais parti naïf. Quatre mois d'hôpital et un bon coup sur le crâne m'avaient prédisposé à la rêverie romantique. Je pensais rencontrer des fils de la terre qui me parleraient de l'agriculture comme le faisait Henri de Pazzis, pionnier de la production biologique et auteur d'un superbe traité: La Part de la terre. Pour lui, le paysan s'apparentait au poète. Tous les deux, artiste et cultivateur, faisaient jaillir leurs fruits respectifs de la nuit: un alexandrin ou un rutabaga. Dans les deux cas, c'étaient des joyaux procédant de l'informe. Bref, les péquenots devaient être des voyants occupés à la prière, à l'épiphanie de l'être. Je ne rencontrai pas beaucoup de ces doubles princes de l'esprit et du labour. Pour l'instant les exploitants conventionnels étaient occupés à autre chose qu'à philosopher. Ils cultivaient avec acharnement pour alimenter le Moloch. Des années de politique bruxelloise les avaient incités à produire intensivement. Ils n'étaient plus que 500.000. Leurs exploitations, cultivées avec les méthodes de l'impérialisme américain (uniformisation et napalmisation) offraient à l'œil un paysage déprimant. Les haies, les bosquets, les marais et les talus avaient laissé la place aux grandes steppes rentables piquetées de garages et croûtées d'engrais. Aujourd'hui, la prospérité était retombée. La mondialisation avait ouvert son marché frankensteinien. Et tous ces cultivateurs souffraient de regagner leur ferme le soir, à bord de tracteurs acquis au temps où on leur expliquait qu'avant de s'enrichir il fallait d'abord s'endetter.

Alors, pour ne pas trop mélancoliser dans les fossés, je remontais vers les hauteurs afin de retrouver l'écho de la ruralité morte. Sur les plateaux, au creux des vallons, dormaient les ruines. En quelques actes, les paysans avaient déserté les hauts lieux. Les révolutions industrielles, la saignée paysanne de 1914 et le dépeuplement rural des années 1950 avaient fait refluer les paysans et rendu le territoire aux sentinelles immémoriales, loups, salamandres, vipères: personnes très fréquentables. Là, un promeneur solitaire pouvait croiser des fantômes, et un œil exercé à la cartographie détectait des chemins noirs.

Dans les alpages, avec un survivant de la mondialisation qui achève le mouvement de dépeuplement des campagnes entamé dans les années 50.

Parfois, je traversais des espaces cultivés «biologiquement». Depuis cinq décennies, certains paysans montaient au secours de la terre maltraitée. Dans les années 1960, des pionniers avaient commencé à refuser de considérer l'agriculture comme une guerre ouverte. Ils étaient aujourd'hui 70.000 à se conformer à l'appellation «bio». Il était facile de ricaner: certes, ils recouraient à des techniques agricoles vieilles comme l'antique à laquelle ils donnaient le nom d'«innovation». Mais la cause était belle, et ses fruits étaient bons et les efforts gagnaient lentement du terrain: les 30.000 fermes bio en activité couvraient aujourd'hui 5 % de la surface cultivée du pays. Les paysages de cette ruralité-là étaient faciles à distinguer: les champs n'étaient pas des dalles de ciment ni les élevages des unités de bagnards.


De qui une idée peut-elle être la patrie? D'un pur génie, d'un ectoplasme, d'un hologramme ou d'un incube? Il fallait qu'un type qui prononce pareil aphorisme n'ait jamais grelotté dans un ravin rocheux de la Tinée, essuyé ses lèvres après une lampée de vin jaune du Jura, apprécié l'explosion d'une huître de Cancale, ni pleuré, enfant, à une belle page de François le Champi. Peut-être n'avait-il pas d'appareil sensoriel, ce capitaine idéaliste, pas d'estomac, pas de palais, pas d'organes destinés à la jouissance des choses. Seulement un cerveau puissant, hégélien, capable d'ambition, d'humour et de synthèse.Tous ces cultivateurs n'avaient pas entendu le discours de Wagram de François Hollande pour la bonne raison qu'il n'avait pas encore été prononcé. En cette rentrée 2016, le Président a lancé sa définition de la France dans le but de continuer à la diriger: elle serait une «idée» et ne constituerait pas une «identité». Je ne crois pas les trahir, ces culs-terreux des chemins noirs, en disant qu'ils auraient été étonnés d'apprendre qu'ils vivaient dans une idée. Dans une idée, la taulière de Saint-Martin, près de Mayet, qui me servit un Viandox sous des trophées de chouettes empaillées en me parlant des esprits qui rôdaient dans le village? Dans une idée, cette demi-sorcière de Lure qui déplorait le recul du noyer sur le versant septentrional de sa montagne chérie et redoutée? Dans une idée, ce couvreur de Mayenne qui avait glissé de son toit et que la randonnée sur les chemins de France avait remis d'aplomb? Dans une idée, ces viticulteurs du Ventoux qui vénéraient leurs ceps sur les pentes bénies des Dentelles de Montmirail?

Une identité est une idée, certes, mais une idée ancrée sur une géologie, fécondée par une lumière, battue par une lente procession d'hommes dont les corps, pas du tout idéaux, se sont décomposés dans les strates. Sinon, c'est que l'on n'est pas dans un pays mais à l'université d'été de La Rochelle.

Sur les chemins noirs, libérés de toute obligation de précaution sémantique, certains des paysans que je rencontrais avaient des opinions sur ce mot hénaurme, ce mot dont j'avais le sentiment qu'il était réservé à tout autre qu'à un citoyen français, ce mot aussi impossible qu'un oursin: «l'identité». Jusqu'alors, je croyais que l'identité française consistait en la gloire que chacun se faisait de se refuser à en posséder une. On s'ébaubissait de l'identité tamoule, persane et inuite. Il y avait même un podium des identités. La katangaise avait eu sa gloire, la tibétaine recueillait encore des suffrages, la syrienne occupait le haut du pavé en ce moment. La française, niet. J'avais pourtant rencontré des êtres qui me parlaient de leur campagne, de leurs habitudes, de ce dont ils se nourrissaient, des paysages et des vins qu'ils aimaient, des bêtes qu'ils élevaient, des terres qu'ils travaillaient, des lieux qu'ils peuplaient depuis des siècles et qu'ils osaient appeler «chez nous». Ils ne me semblaient pas des gens moins généreux, moins humanistes, moins évangéliques que ceux qui se proclamaient universalistes et ne voulaient pas prononcer le mot identité. Ils n'étaient pas défigurés par la «haine de l'autre». Ils ne bavaient pas. Certains m'invitaient même à entrer dans la cuisine.

Marcher: le meilleur moyen de dissoudre ses idées noires, selon Sylvain Tesson.

Traversant le pays au rythme d'une foulée faible, je compris la définition de l'identité par Fernand Braudel. J'avais relu le premier tome de L'Identité de la France dans les forêts d'Ussel. (A l'époque de la parution du livre, son titre n'avait ému personne.) Braudel définissait l'identité du pays par l'acrobatie insensée qu'un effort plurimillénaire avait nécessité pour assembler, sur un petit territoire, un «émiettement obstiné» de territoires physiques et pour absorber une «invraisemblable accumulation» de passé. Ce qui aurait dû être un disharmonieux bric-à-brac avait produit un miracle. Une noce de la pierre, du temps, de la lumière et du travail. La France, pour Braudel, était cet «amalgame» (mot superbe! mot conspué!) qui imposait des «responsabilités énormes». Mais il avait fallu du temps pour cela. Du temps et un peuple pas trop étourdi par la valse récente des migrations.

Un jour de novembre, j'arrivai au nord du Cotentin. Les longues marches ont toujours des vertus médicinales: le sang m'était revenu aux joues et mes idées noires s'étaient dissoutes entre les haies. Règle de rééducation: d'abord marcher, ensuite se mettre debout.Et cette marqueterie si fragile, cet équilibre des hommes sur le sol faisait qu'on ne pouvait pas user de ce pays comme d'une plate-forme d'idées. On ne pouvait disposer légèrement de cette Histoire engluée dans le sol. On ne pouvait malmener cette géographie diffractée. Ou alors, c'est qu'on prenait le pouvoir uniquement pour se changer les idées.

Je regrettais que cinq courtes décennies aient suffi à défigurer le pays. Les chirurgiens esthétiques avaient agi sacrément vite. Mais il y avait de beaux restes, des interstices, des coulées noires, des chemins silencieux, des haies de fougères et des murs derrière lesquels bivouaquer. Tant que demeuraient des territoires de la liberté où jouer ses propres danses, tout n'était pas perdu. Il y avait de quoi pleurer, certes. Mais il n'y avait aucune raison de se plaindre.

Les Chemins noirs, de Sylvain Tesson.

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Exiland

19 Mai 2016, 05:13am

Publié par Grégoire.

Ce peuple Sahraoui a quelque chose de biblique. Treize d'entre eux sont en grève de la faim depuis le 1er mars dans les prisons marocaines....  Près de cent cinquante mille vivent dans des camps en plein désert depuis 40 ans et environ autant, restés au Sahara Occidental souffrent d'être la dernière colonie d'Afrique.

Ce peuple Sahraoui a quelque chose de biblique. Treize d'entre eux sont en grève de la faim depuis le 1er mars dans les prisons marocaines.... Près de cent cinquante mille vivent dans des camps en plein désert depuis 40 ans et environ autant, restés au Sahara Occidental souffrent d'être la dernière colonie d'Afrique.

 

Seuls ses yeux dévorent son visage. Le reste de son corps n’a pas vraiment l’occasion de dévorer quoique ce soit. Ce petit garçon de cinq ans en parait à peine trois ; ce que les pédiatres appellent ici sans rire « un retard de croissance harmonieuse ». A ses côtés, sa maman, née elle aussi dans les camps,rongée d’anémie, en attendant qu’un diabète ou un cancer ne viennent squatter « une avance de vieillesse inattendue ».

Sur une table ronde de plastique toute juste assez grande pour passer l’encadrement de porte sans porte, une coupelle est devenue enclos . « 3 vaches qui rit » y pataugent dans un peu d’huile, attendant d’être attrapées dans leur minuscule coral par quelques bouts de pain.

La jeune future vieille femme Sahraouie me tend un petit saladier rempli de lait humanitaire reconstitué. Excédent d’un autre continent, le lait de chamelle local étant devenu hors de portée...A quand leur nécessaire en place de notre excédent ? Je l’incline à peine, mouillant par plaisir le dessus de ma lèvre supérieure. Face à moi, descendant le rebord opposé, une mouche effrontée, boit, avec la même délectation.

Dehors le vent de sable s’est transformé en tempête orangée. Les tôles inquiètes tremblent sur le toit et , forçant l’hospitalité, une part fatiguée de sable se pose, drapée sur le sol. Nous nous réfugions dans la pièce la plus petite, celle qui sert de remise à quelques valises qui rêvent d’être faites depuis 40 ans.

Sur le plateau où le sable finit par s’inviter, Raïbi prépare le thé. En un étrange défilé, six verres à thé martellent le plateau transformé en Hamada, peu à peu emplis de mousse comme d’un éphémère espoir. En ce jour du quarantième anniversaire de la république Sahraouie, réfugiée dans cette toute petite pièce au milieu du Sahara, exilée dans la tempête, une jeune femme perdue dans ses songes et au milieu des valises fredonne un vieux chant Sahraoui à son fils endormi. Un vieux chant qui parle d’un pays volé. 

Les rêves se transmettent malgré tout en milieu hostile, devenant alors actes de résistance…

Jean-François Debargue
Ferme de l'Eglise 14100 St Pierre des Ifs, France

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Légèreté d'une femme handicapée...

24 Janvier 2016, 18:35pm

Publié par Grégoire.

Christelle Lamadon

Christelle Lamadon

Mails reçus de Christelle Lamadon, publiés avec sa permission. Christelle est une jeune mère de Cotignac atteinte d’une maladie qui lui paralyse progressivement le corps, les membres, la bouche, vivant au 2e étage d'un immeuble insalubre… pour laquelle j’avais demandé de l’aide sur ce blog le 22 décembre 2015.

 

« …grâce aux dons j’ai pu régler les 885 euros de dettes que j’avais de retard -sauf les frais d’huissier qui à mon sens ne sont pas à moi de régler ça; mais en contrepartie.. je n’ai plus droit à la petite épicerie solidaire du mercredi, mais peu importe…

…Dieu connait mon coeur, il sait ce que traverse, avec mon logement, ma propriétaire, mon fils handicapé, mes ex, ma maladie, la lutte que je vais affronter mardi à la coopérative pour leur dire mon état, et cette peur au ventre de découvrir que mon cerveau va empirer...

un jour sur deux on vient pour m’aider à m’habiller, mettre mes chaussures, me laver les cheveux; mercredi le neurologue m’a envoyé dans la tête des ondes et du courant pendant 20 minutes; on m’a porté ensuite dans les escaliers car mon cerveau ne commandais plus mon corps, il avait été trop fatigué par la séance, je dois rester assise chez moi, ne pas trop marcher, ne pas trop bouger, ne pas trop avoir de visite, pour ne pas avoir trop d’émotions, ni stress si je veux que mon cerveau ne me lâche pas a tous moment et me retrouve complètement à la merci de n’importe qui… je ne peut aujourd’hui rien faire contre l’évolution de cette maladie; le neurologue m’a dit jeudi que je ne pouvais être que spectatrice de cette évolution. 

Des voisins -et des amis- m’ont agressés hier, me trouvant trop ‘légère’ avec ma vie, que je me laissais aller… que répondre à ces gens qui me trouvent trop  légère, que dire en réponse à ça…?  je fais tout les efforts que je peux, et là je ne peux transmettre à personne ma tristesse et mon sentiment d‘incompréhension totale, je suis trop émotive face à ce genre de réflexion j’en ai pour des heures à m’en remettre c’est infernale à gérer, j’en ai marre… quand, quand aurais je droit a un jour de légèreté comme ils disent, Rafael -mon fils- pleure chaque jours a cause de cette voisine… est-ce que je prend ça à la légère ?

Le papa de Rafael vient de me ramener mon petit garçon à la maison, il m’a vue en pleure, avec la canne, je lui ai simplement demandé de voir a changer les weekend pour que je puisse avoir les garçons ensemble et un week end pour moi, et non je ne reçois que de la haine, de la colère : « je ne peux laisser mon fils à une handicapée, qui ne sait ni parler ni marcher… »  « crois-tu que ma vie s’arrête à mes soucis de maladie, connais-tu finalement par ou je passe sur des tas de choses de ma vie, sur les épreuves que je vis depuis des années et des années, les fugues de mon fils, ses troubles du comportement, le peurs de Rafael dans ce logement …? » et on me parle de légèreté…

Je n’ai plus de téléphone, il me reste internet pour réussir à chercher un appartement, ou quelque chose… j’avais rendez vous mardi dernier à la mairie pour parler d un logement et avoir droit a un bon alimentaire de 50 euros pour faire des courses pour ma famille ah mais non désolé on m’a annulé le rdv parce que Mr le Préfet venait à cotignac, alors ma famille et moi nous nous débrouillerons pour manger une autre semaine, tu comprend je peux conduire mais très peu sinon mes jambes me font si mal, se bloquent avec les crampes et se paralysent, c’est géniale hein… je m’éclate, oui j’essaie quand je me lève de me dire que malgré tous ses emmerdement que j’ai depuis que je suis né, je garde confiance en la vie et en Dieu et je garde le sourire.. comment peuvent ils me le reprocher et que malgré tous ces emmerdement, ces douleurs dans le corps dans l’âme, dans le coeur, je veuille donner de l’amour aux gens… est-ce cela être légère????

je ne crois pas, pourtant je t’assure que j’ai envie d’arrêter tout.. de sourire et de rire bien souvent et non il me repêche sans cesse… les mots peuvent être cruel, les suppositions peuvent être cruelles, les gens ne se rendent pas compte de la fragilité de certains…

On me reproche de croire en DIEU mais vraiment d’y croire en Vérité, on me reproche de m’abandonner, on me reproche d’être malade, on me reproche de dire la vérité, on me reproche d’être spontanée, on me reproche d’être trop gentil, on me reproche de ne pas faire de dépression, on me reproche de sourire, on me reproche de prier pour les gens qui me veulent du mal, on me reproche d'être trop forte, on me reproche de m’accrocher, on me dit être folle, on a peur de tous cette amour que j ai a donner, qui me brûle à l’intérieur pour vous tous, on me reproche mon optimisme, on ne sait pas d’où je supporte tout cela depuis tant d’années, ils sont dans le jugement, dans l’incompréhension de quelque choses qui les dépasse en me voyant. Cela les rend cruels, Cela les rends inhumain envers le monde, on me reproche de vouloir vivre dans la joie malgré tous ça, on me reproche de ne pas me demander pourquoi les gens sont comme ça.....

Tout simplement, J'AI LA FOI et on me reproche cela

oui, le soir je crois encore plus en LUI et encore davantage ce soir et pour tant j’ai mal..............dans chaque fibres de mon corps et de mon âme, de mon coeur, 

j'ai ressenti tant de feu dans le coeur ce jours où tu es venu avec cette enveloppe, je me souviens que tu as lu dans mes yeux, cet amour qui a jailli pour ces inconnus qui ont eu cette générosité et cette confiance de me donner autant, cette petite victoire face à tant d’injustices et de mensonges ce jour là, cela m’a montrée que j’avais raison de persévérer et continuer à Croire, que quoi qu’il arrive un jour la Vérité apparait à l'homme.

UNE LIBERATION, l'ESPERANCE, de L’AMOUR  de la JOIE et depuis elle ne ma pas quitté et depuis je n’ai qu’une envie c’est de la partager, de la donner, de la transmettre, d’en témoigner oui à ma manière avec LEGERETE je dirais, sans aucune arrière pensée que les gens mal intentionné pourrais m’avoir tel une enfant je n’y ai pas songé je n’ai pensé qu’a donner ce que l’on m’a donné...

alors oui je vis avec LEGERETE et je remercie DIEU et toute la création, de cette grâce,

Soyez Léger, Souriez
CHRISTELLE  

AMEN

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Ô vous frères humains

21 Avril 2014, 08:41am

Publié par Fr Greg.

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 "En vérité, je vous le dis, par pitié et fraternité de pitié et humble bonté de pitié, ne pas haïr importe plus que l'illusoire amour du prochain, imaginaire amour, mensonge à soi-même, amour dilué, esthétique amour tout d'apparat, léger amour à tous donné c'est-à-dire à personne, amour indifférent, angélique cantique, théâtrale déclaration, amour de soi et quête d'une présomptueuse sainteté, vanité et poursuite du vent, dangereux amour mainteneur d'injustice, d'injustice par ce trompeur amour fardée et justifiée, ô affreuse coexistence de l'amour du prochain et de l'injustice (...). Ô vous, frères humains, vous qui pour si peu de temps remuez, immobiles bientôt et à jamais compassés et muets en vos raides décès, ayez pitié de vos frères en la mort, et sans plus prétendre les aimer du dérisoire amour du prochain, amour sans sérieux, amour de paroles, amour dont nous avons longuement goûté au cours de siècles et nous savons ce qu'il vaut, bornez-vous sérieux enfin, à ne plus haïr vos frères en la mort. Ainsi dit un homme du haut de sa mort prochaine." 

 

  Albert Cohen, Ô vous, frères humains.

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L'orchestre philharmonique... d'une décharge !

10 Octobre 2013, 09:28am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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"Un homme doit toujours garder en lui la capacité de s'opposer et de résister".

28 Août 2013, 08:36am

Publié par Father Greg

 

Helie"Avant de nous juger, j'aimerais que les jeunes générations sachent par quelles angoisses nous sommes passés lorsque nous avons compris que, dans le conflit algérien, le général De Gaulle utilisait comme des armes courantes le mensonge, la duplicité et le cynisme. Quelque chose de vital et de définitif s'est cassé en nous qui ne vivra plus jamais (...)


Ma génération n'a pas été en reste d'une trahison. Il fallait entendre, en 1958, les roulements de tambour des salons algérois à l'arrivée du général De Gaulle ! Les épaules galonnées rivalisaient d'ardeur en faveur de l'Algérie française absolue, intégrale et glorieuse. Frétillants, ils citaient par cœur des passages entiers des articles de Michel Debré, devenu Premier ministre, ces textes hallucinants d'inconséquence qui, je l'espère, le poursuivent encore dans la tombe. Notre cohorte de capitaines et de commandants, un peu en retrait, était dépassée par tout ce qu'Alger comptait d'ambitieux et de beaux parleurs. Pourtant, après la révolte de 1961, je n'ai rencontré aucun de ces jusqu'au-boutistes dans les coursives des prisons que j'ai fréquentées.



    Lorsque j'ai répondu oui au général Challe, acceptant d'entrer dans la rébellion, je n'avais pas prémédité cette décision. Mais c'était la dernière pièce d'une sorte de puzzle fait d'engagements. Aussi contestable qu'elle puisse paraître aux yeux de certains, elle correspond à une suite logique dans ma propre vie, que je n'ai pas à regretter. Un homme doit toujours garder en lui la capacité de s'opposer et de résister. Trop d'hommes agissent selon la direction du vent. Leurs actes disjoints, morcelés, n'ont plus aucun sens. J'aime la phrase de maître Eckhart : 
"Ce ne sont pas nos gestes qui nous sanctifient, mais nous qui sanctifions nos gestes." C'est là notre seule liberté.



   Helie denoix de St MarcAu fil des heures, nous avons vu avec inquiétude nos chefs s'épuiser au téléphone. La victoire éclair du premier matin était suivie de tractations et de négociations laborieuses. Les dernières heures à Alger furent tragiques. L'atmosphère semblait magnétique. Challe, Salan, Jouhaud, Zeller étaient écrasés dans de lourds fauteuils. L'euphorie était consumée. Une foule de cent mille Algérois était autour de nous, comme une houle qui pouvait d'une minute à l'autre nous engloutir. Je me demande encore comment nous avons passé ces heures de perdition sans une fusillade ou un massacre. Je me forçais à tenir mes troupes pour contrôler la tension. Dans le chaos que nous traversions, je voulais garder la tête haute, pour ceux dont j'avais la charge et pour les miens. Demain, si nous étions encore en vie, il fallait au moins ne pas avoir honte de nous-mêmes. J'ai jeté ma fatigue dans l'action en organisant notre repli vers Zéralda. Challe décida de se rendre pour répondre de ses actes. Il voulait me dissuader de rester, m'invitant à choisir la clandestinité et la fuite vers l'étranger. Il préférait payer seul. "Je vais être fusillé. Vous êtes trop jeune pour finir ainsi."


Trois solutions s'offraient à moi : une balle de revolver dans la bouche, la fuite dans la nature ou bien assumer mon action. Je n'ai pas voulu me dérober. Les responsabilités que j'avais prises étaient trop lourdes. J'ai voulu couvrir entièrement mes subordonnés. Ils avaient agi sur mes ordres. Je ne pouvais pas les laisser seuls face à la justice.


Je me souviens de la dernière nuit africaine, ma dernière nuit d'homme libre. Je revenais inlassablement sur l'enchaînement des évènements, qui m'avaient échappé. Après quatre nuits de fièvre, j'étais devenu "un félon", "un putschiste", "un amateur de pronunciamiento". En France, la rumeur publique et le clan des aboyeurs commençaient déjà à salir nos mobiles. Je  devinais que ce n'était qu'un début. Cette nuit de Zéralda était fraîche et pure. Je regardais la lumière des étoiles, partie du temps des premiers hommes, quelques millions d'années auparavant. A l'échelle du temps, notre passage n'était rien, nos efforts paraissaient vains. J'ai pensé à Don Quichotte, à cette foi qui va au-delà de la raison, à sa certitude que l'homme se mesure à ses rêves intérieurs".

 

+ Hélie Denoix de Saint-Marc.

 

 

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"Que cherchez-vous"?

16 Avril 2013, 21:17pm

Publié par Fr Greg.

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Chers amis,

Pour quelques temps, les publications de ce blog seront en veilleuse. 

Pour les chiffres : vous êtes pratiquement 200 lecteurs quotidiens; Merci!

Pourtant, ce travail est-il nécessaire? est-il fécond...? les retour sont pauvres et les liens peu personnels...

Merci en tout cas pour ceux qui ont lu ces pages ...

Il n’y a jamais eu une priorité au politique, à la loi ou à un regard moral : ce qui me préoccupe c’est ce qui doit grandir dans chaque personne, peu importe le milieu dans lequel elle vit ; c’est le choix d’une quête gratuite, celle de la personne humaine dans toutes ses dimensions: dans ce qu’elle réalise –l’art, ses choix : l’amitié, sa quête de ce qui est caché et le dévoilement de Celui qui est Le caché, au-delà de l’aspect religieux et liturgique qui parfois nous empoisonne bien la vie…

Aujourd’hui je cherche ce qui fait le cœur de notre personne : non une mission, un projet, ni d’abord la quête d'un résultat, d'une histoire qu'on laisserait derrière soi,  mais d’accepter d’être sur terre à passer comme les nuages, à briller comme le soleil, à laisser d’autres se nourrir de nous... à ne rien faire, sinon être là, gratuitement. 

Ne rien subir, tout vivre à pleine gorgée, boire l'air, le vent, se réjouir des fleurs, ou comme les arbres paresseux lèchent le bleu du ciel... 

 fr Grégoire

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Le carême, un temps de partage...?

19 Février 2013, 00:00am

Publié par Fr Greg.

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Lettre ouverte aux Evêques d'Algérie

J'entends dire, à qui veut bien l'entendre, que le temps de carême est un temps de partage.

Alors permettez-moi de partager avec vous la proximité d’une souffrance, à défaut de partager l'immense misère du monde.

Permettez-moi de partager pendant quelques minutes de votre temps des années passées dans les camps de réfugiés Sahraouis, dans cette partie du désert évitée des nomades, où cependant trois générations se partagent presque 40 ans d'exil.

Permettez que nous partagions au moins pour information et par empathie ces conditions climatiques inimaginables si on ne les vit pas, ces maladies chroniques que les mesures alimentaires déséquilibrées d'urgence finissent par installer, cet espoir d'une solution pacifique et juridique qui s'amenuise d'années en années au point qu'il ne pourrait bientôt plus se partager ;

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Et cette souffrance, sous leur fierté cachée, tant et si bien qu'elle a sans doute tant de mal pour cela, à être partagée.

Permettez que nous partagions l'injustice d’une centaine de résolutions juridiques internationales admises mais non appliquées pour la libre détermination de leur avenir, mais également l'injustice de procès d'exceptions bafouant les mêmes résolutions et règles internationales et condamnant des militants des Droits de l'Homme de 20 ans de réclusion à perpétuité par des aveux signés de leurs empreintes, yeux bandés lorsqu'ils refusent de le faire par écrit sous la torture.

Et nous, à quel tribunal appartenons-nous pour condamner les enfants qui continuent de naître dans les camps ?

Pouvons-nous admettre et partager cette détermination de l'avenir d'un peuple?

Notre part offerte du partage n’est elle donc que cet assourdissant silence et cette lâcheté des « grands de ce monde », une part séparatrice comme ce mur et ce champ de mines qui divisent un même peuple ?

Nous avons divisé, colonisé, « dévelopillée » l’Afrique selon nos notions de partage et de profits confusément mêlées. Le Sahara Occidental, dernière colonie d’Afrique en est l’exemple. Aujourd’hui l’humanitaire tente de réparer les conséquences de ces fautes quand il n’est pas instrumentalisé par ceux qui les commettent.

Faudra t’il continuer d’échanger indifférence contre souffrance ou de partager solidarité et espoir ?

Permettez que nous partagions quelques instants d’un carême, non de 4O jours, mais de bientôt 40 années au désert.

 

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Mon amie Nuena, femme sahraouie, un jour m’a dit : « Quand tu lis, tu oublies. Quand tu entends, tu oublies. Mais si tu vois, tu n 'oublies jamais ». C'est pourquoi vous êtes les bienvenus au milieu du peuple Sahraoui, invités à découvrir et voir la vérité, invités à la déclarer ensemble. Ces quelques signes de partage sont à votre portée, à la portée de tous ; quelques jours passés dans les familles de réfugiés, témoigner de cette petite vérité vécue, rester éveillés à leurs côtés…

…Pour avoir entendu et compris que le temps de carême est un temps de partage.


 

Jean-François Debargue

Secrétaire Général de Caritas Algérie

Alger, le 18 février 2013

 

http://ap-so.blogspot.fr/

 

 

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Le danger actuel: l'indifférence amorphe...

16 Octobre 2012, 02:39am

Publié par Fr Greg.

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A.Bourdin (Zénith): "Il y a un obstacle plus difficile à abattre que le relativisme: l’indifférence de nombreux, de trop de baptisés. De ce point de vue, qu’en pensez-vous?"

 

L’indifférence est encore plus difficile à affronter que l’hostilité. Quand il y a de l’hostilité, on a un partenaire avec qui parler, on peut engager avec lui une partie de ping-pong, entrer en dialogue.

 

L’indifférence, par nature, est une sorte de masse amorphe que l’on ne peut pas saisir. Et donc, il me semble qu’une manière de réagir à cela, c’est d’être - de manière mesurée mais réelle - quand même un peu provocateur, faire des vagues… L’indifférence est molle, tandis que si l’on prend une attitude prophétique, provocatrice, audacieuse, alors on a quelque chance de secouer cette indifférence et de provoquer le débat.

Mgr Léonard, 29 sept 2012. Rome.

http://www.zenit.org

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Anniversaire du Concile Vatican II.

11 Octobre 2012, 02:21am

Publié par Fr Greg.

 

 

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Jean XXIII parlait (ainsi) du Concile, en son langage familier : "Une véritable joie pour l’Eglise universelle du Christ, voilà ce que veut être le nouveau Concile oecuménique. En fait de Concile, nous sommes tous novices. Le Saint Esprit sera là, lorsque tous les Evêques seront réunis. Et on verra bien!  Ce sera la fleur spontanée d’un printemps inattendu.


Le concile n’est pas une assemblée spéculative. C’est un organisme vivant et vibrant, qui embrasse le monde entier, une maison ornée pour une fête et resplendissant dans sa parure de printemps, l’Eglise qui appelle tous les hommes à elle.


Le Concile, disait-il, joignant le geste à la parole, c’est la fenêtre ouverte; ou encore, c’est enlever la poussière et balayer la maison, y mettre des fleurs et ouvrir la porte en disant à tous : "venez et voyez. Ici, c’est la maison du Bon Dieu". Le Concile fera monter vers le Ciel un chant printanier de jeunesse. A des architectes, il disait : le concile entend bâtir un édifice nouveau sur les fondements posés au cours de l’histoire. A un orchestre : Ce sera une puissante symphonie. Et à tous : Il suscite dans le monde entier une intense espérance. Que peut être un Concile, sinon le renouvellement de la rencontre avec le visage de Jésus Ressuscité ? Le Concile, c’est l’Eglise illuminant le monde à travers les siècles. Oui, lumière du Christ, Eglise du Christ, lumière des nations..."(Cf.Documentation catholique, T. LIX, 7 octobre 1962, n° 1385, Le Concile).


Puis ce fut à travers la place Saint-Pierre l’inoubliable procession des 2860 Pères, venant de 141 Pays, les Evêques en mitre blanche, avec le vieux Pape intensément recueilli, comme un bloc de prière, l’interminable célébration -plus de 5 heures dans la Basilique Saint - Pierre-, marquée par la longue et percutante homélie du vieux pontife à la voix étonnamment jeune, ferme et claire, fustigeant les prophètes de malheur et énonçant la distinction fameuse entre le dépôt de la foi et la forme de l’annonce, celle-ci devant conserver toutefois le même sens et la même portée.


La voix vigoureuse résonne encore à mes oreilles, ponctuée d’un geste assuré : "Il faudra attacher beaucoup d’importance à cette forme et travailler patiemment s’il le faut à cette élaboration. Et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère pastoral".


En clôturant cette première session, le 8 décembre 1962, Jean XXIII ajoutait : "Ce sera la nouvelle Pentecôte, si attendue". Mais en privé, il ajoutait : "ma part à moi, ce sera la souffrance". Et il mourait, offrant sa vie pour le Concile.

 

Cardinal Paul Poupard,Le Concile Vatican II. Une actualité surprenante

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Hommage à nos troupes !

3 Octobre 2012, 00:35am

Publié par Fr Greg.

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1912-2012: 100 ans de la naissance du Père Marie-Dominique Philippe

8 Septembre 2012, 12:46pm

Publié par Fr Greg.

Figure éminente de l'Église se renouvelant à la lumière du concile Vatican II, prêcheur inlassable, fidèle à l'ordre dominicain auquel il appartenait, fondateur de la Communauté Saint-Jean, né le 08 septembre 1912.

 

 

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C'est en 1980 - je n'avais pas encore vingt ans -lors d'une retraite dans un Foyer de Charité, à Roquefort-Les-Pins, que j'ai rencontré pour la première fois ce théologien reconnu. C'était la Semaine sainte : je découvris alors avec étonnement et admiration une compréhension des mystères de la Passion comme jamais on ne me les avait expliqués. Le père Marie-Dominique Philippe me fit toucher, comme à tant d'autres, l'importance du disciple bien-aimé, le tout jeune Jean, uni à la Vierge Marie, fidèle au pied de la Croix, celui-là même qui a vu donner le coup de lance dans le cœur du Christ, d'où ont jailli le sang et l'eau, lui qui témoigne qu'ayant vu "il sait qu'il dit vrai". Toute la vie, entièrement donnée du père Philippe, fut de nous faire entrer "toujours plus loin" dans ce grand mystère. Nous avions à être des disciples "contemporains" du cœur blessé de l'Agneau

Attentif aux plus pauvres, donnant son temps sans compter, le père Marie-Dominique Philippe est, sans conteste, en amont d'une immense œuvre. Il était farouchement attentif à l'enseignement de l'Église et particulièrement à l'enseignement lumineux et exigeant de saint Thomas d'Aquin qu'il connaissait parfaitement et qu'il enseignait avec autorité, c'est-à-dire avec la pédagogie d'un véritable maître.

Jean-Paul II fut, en particulier, un pape qu'il n'a cessé de commenter. La joie du père Philippe fut immense lors de la parution en 1998 de l'encyclique Fides et Ratio. Théologien, le père Marie-Dominique n'en était pas moins docteur en philosophie, et cette encyclique majeure du pontificat, rappelant à point nommé l'alliance fondamentale de la foi et de l'intelligence, confirmait le père Marie-Dominique dans toutes les intuitions qu'il ne cessait de développer inlassablement depuis tant d'années.

Dans La Libellule ou... le Haricot, les "Confessions sur le siècle", mémoires roboratifs, du Père Bro, o.p., j'aime relire, en ce temps de deuil, cet éloge sympathique:

"J’ai une dette de gratitude à l'égard [du père Marie-Dominique Philippe], il fut mon voisin de cellule lorsque j'enseignais dans le couvent d'études du Saulchoir. Son courage, sa ferveur religieuse, son amour de l'Église en ont fait certainement un des pionniers les plus typiques et féconds de la fin du XXe siècle[ ... ]. Son livre Les Trois sagesses montre comment le regard d'un philosophe est rendu encore plus aigu par la pratique de la théologie et comment la théologie est rendue plus vraie par la sagesse mystique. La conjonction des trois sagesses est exprimée dans ces pages d'une manière exemplaire, et contagieuse. Que de fois, me suis-je dit intérieurement, "quel bonheur, il pense cela".

J'ai beaucoup échangé avec le père Marie-Dominique Philippe lorsque pendant des années il était mon voisin de cellule au couvent d'études du Saulchoir, au moment où nous y étions tous les deux professeurs. Je me suis bien souvent confessé à lui. Il m'a inlassablement conseillé, avec magnanimité, pour ma thèse de doctorat ou pour tel cours plus difficile que j'avais à assurer le lendemain matin, ne ménageant jamais son temps. Cela me donne droit de mesurer l'étrange réaction de ceux qui s'en prennent à lui sans l'avoir parfois jamais rencontré. Je pense par exemple aux amalgames d'articles de journaux qui l'accusèrent en janvier 2001 d'introduire des sectes dans l'Église. Le père Marie-Dominique Philippe aura aidé les disciples de Thomas d'Aquin à comprendre que la philosophie et théologie de celui-ci ne se limitent pas à un envoûtement des propriétés de la "notion d'être", mais conduisent à une authentique intelligence de la personne. Le séjour de Karol Wojtyla à Fribourg, là où enseignait le père "Marie-Do" n'a pas été sans conséquences sur Jean-Paul II, ni leur amitié.


Que veulent-ils ceux qui lui jettent la pierre ou le malmènent? Peu lui importe à lui, il a déjà remis sa copie.

Elle parle au cœur de l'Église." (p. 41-42).

Lors d'un séjour au Canada en 2004, j'ai pu mesurer à quel point le rayonnement du père Philippe dépassait les frontières françaises. Alors que je parlais de la jeune Communauté Saint-Jean à un prêtre qui réalisait une thèse ardue, alors qu'il me demandait qui en était le fondateur, à la réponse que je lui donnai, ses yeux s'illuminèrent et il s'exclama: ''Ah, le grand spécialiste de la Vierge Marie !" On ne serait évidemment pas complet, si tant est qu'on puisse l'être, en ne disant pas très vite le grand amour que le père Marie-Dominique Philippe avait pour la Vierge Marie. C'était plus qu'une simple dévotion ou une piété surannée. C'était hautement théologal: la Mère de Jésus continuait d'avoir un rôle de premier plan dans ces "temps de l'Église qui sont les derniers".

Début juillet, à Saint-Jodard, lieu de formation des frères novices, j'ai assisté à la dernière session de philosophie du père Marie-Dominique Philippe. Bien qu'affaibli physiquement, son intelligence restait plus que jamais vive, son cœur jeune m'a frappée alors, son insistance sur la Bonté. Comme le vieux saint Jean, le père Philippe continuait de creuser, "intelligence ouverte", l'essentiel: Dieu est amour, Dieu est bon. Et il s'attristait de voir que la Sagesse ne fût plus aimée.

"L'homme aux mille vocations", le deuxième "homme en blanc", entre autres, de toute une génération, ma génération, celle de Jean-Paul II, est entré dans le sein du Père. Comment être fidèle à son héritage? Il est tellement immense.

Hélène Bodenez, Décryptage, Août 2006.

 

 



 

 

 

 

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Le Père Marie-Dominique, philosophe pour notre temps (II)

28 Août 2012, 01:29am

Publié par Fr Greg.

13-04-1982 - ROME - Le Saint Pere et le Pere

 

Mais c’est en philosophie première (métaphysique) que le Père Philippe a remis en lumière l’importance capitale du jugement d’existence au point de départ. C’est à partir de cette recherche de philosophie première, qui se structure par la découverte inductive des principes propres de ce-qui-est, la substance (ousia) et l’être-en-acte, et qui s’achève avec le regard sur la personne humaine, qu’il a repris du point de vue proprement philosophique le problème des voies d’accès à l’existence d’un Etre premier que les traditions religieuses appellent Dieu, pour redécouvrir ainsi ce qu’est la sagesse et ce qu’est le jugement de sagesse philosophique : la découverte par le philosophe de l’exister de l’Etre premier, de cette Personne première ; la contemplation de ses manières propres d’exister, de sa vie propre de lumière et d’amour ; le problème de la relation de cette Personne première et de l’homme (la Création) ; le regard sur l’homme comme créature et capable d’adorer (jugement de sagesse).

Face à l'homme de notre temps

A l’inverse d’une pensée systématique, ce travail de recherche sur chaque dimension de la personne humaine permet un dialogue et une confrontation vivante avec les questions de notre époque. Le retour aux sources grecques et la distinction nette entre la problématique théologique chrétienne et l’approche philosophique sont ce qui donne à la réflexion du Père Philippe la possibilité de mieux situer la philosophie contemporaine et les interrogations auxquelles elle cherche à répondre.

En effet, la philosophie post-cartésienne et a fortiori post-hégélienne n’a cessé de vouloir soit récupérer le dogmatisme théologique, soit s’y opposer, et souvent elle a fait de même par rapport à la vision chrétienne et religieuse qui fait le fond de la civilisation occidentale (comme le font les idéologies athées). Autrement dit, la plupart des problèmes de la philosophie moderne et contemporaine — de Leibniz à Feuerbach, de Freud à Heidegger — sont liés au regard chrétien ou théologique. La redécouverte du réalisme aristotélicien permet au Père Philippe, d’une part de distinguer ce qui relève des questions strictement théologiques ou de questions ultimes en philosophie réclamant un regard de sagesse auquel on n’accède qu’au terme d’un lent et long labeur d’analyse, et d’autre part de rejoindre avec acuité certaines des intuitions les plus profondes de la philosophie contemporaine lorsqu’elle cherche la vérité. La mise en lumière de l’expérience et du jugement d’existence vient converger avec le retour au réel prôné par la phénoménologie. La redécouverte de l’être en philosophie première demeure très proche des interrogations de Heidegger dans L’être et le temps, et de Merleau Ponty dans Le visible et l’invisible. Le caractère déterminant de la découverte d’autrui à travers un véritable lien personnel répond à la recherche d’Emmanuel Levinas. Et enfin, l’importance du « Je suis » dans l’expérience que la personne a d’elle-même, qui vient cristalliser la démarche métaphysique autour de la personne, croise le travail de Karol Wojtyla dans Personne et acte.

Mais l’oeuvre du Père Philippe se veut aussi à l’écoute des questions posées au philosophe par l’homme contemporain. Ainsi, la philosophie de l’activité artistique et du travail aborde, face à Nietzsche et Marx, les problèmes de la créativité, du monde de l’économie et de l’entreprise. La philosophie éthique, à partir de l’expérience de l’amour d’amitié, permet de situer les questions nouvelles posées par la bioéthique et met en lumière la responsabilité et la liberté de l’homme dans son activité, au-delà des modes éthiques. La philosophie du vivant, en rappelant la découverte de l’âme spirituelle, peut recevoir l’apport propre de la biologie à la connaissance du vivant et situer dans la croissance de l’homme l’épanouissement que la psychologie décrit au niveau qui est le sien. Enfin, la philosophie première et son aboutissement en théologie naturelle et en sagesse seront la clé d’une réflexion sur les questions existentielles dont la philosophie contemporaine se fait l’écho et qui traversent notre civilisation post-chrétienne.

Cependant, face aux angoisses de notre humanité d’aujourd’hui, dans ce moment charnière que l’Eglise vit depuis Vatican II, c’est en théologie mystique que l’apport du Père Philippe est le plus profondément en prise sur la vie humaine et chrétienne. Ayant toute sa vie travaillé les écrits johanniques (l’Evangile, la Première Epître et l’Apocalypse), formé par la rigueur du regard théologique de saint Thomas et la théologie de la miséricorde à laquelle invite sans cesse une vie d’apôtre et de contemplatif, c’est par l’élaboration d’une théologie centrée sur le mystère du Christ crucifié et glorieux et sur le mystère de Marie que, à l’ombre de saint Jean, il contribue le plus au renouveau spirituel de l’Eglise.

Frère Samuel Rouvillois, Communauté St Jean .

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Le Père Marie-Dominique, philosophe pour notre temps (I)

26 Août 2012, 11:26am

Publié par Fr Greg.

 

27-12-2003 - SAINT JODARD - Conference sur saint Jean

 

Enseignant la philosophie depuis 1939 au Saulchoir puis à l’Université de Fribourg de 1945 à 1982, enfin aux Frères et Soeurs de la Famille Saint-Jean dont il est le fondateur, le Père Marie-Dominique Philippe a consacré sa vie à la recherche de la vérité. Son approche philosophique apparaît au sein de la philosophie contemporaine un peu paradoxale : elle est à la fois un retour aux sources de la réflexion occidentale et une confrontation incessante aux questions de l’homme contemporain.

Retour aux sources

C’est face à une approche scolastique trop souvent incapable d’aborder les interrogations contemporaines et enfoncée dans le dédale d’arguties logiques et de conclusions infécondes qu’est né le désir de reprendre un travail sur les sources grecques de saint Thomas lui-même. La tentative, qui a longtemps été celle du thomisme, de dégager une philosophie de l’approche théologique de saint Thomas sans reprendre le travail de celui qu’il nomme « le Philosophe », revient à nier qu’il y a deux ordres radicalement différents : celui de l’homme croyant nourri de la Parole de Dieu, essayant d’exprimer le mystère de la foi à l’aide d’une intelligence saisie par son incapacité à parler adéquatement de ce qui le dépasse infiniment ; et celui de l’homme cherchant à comprendre l’homme à partir de l’expérience, pour découvrir progressivement ce qu’il est, dans toutes ses dimensions, et quelle est sa finalité personnelle, ce pour quoi il est.

Cette distinction — partir de la lumière divine de la Révélation ou partir de l’obscurité de l’expérience humaine — est en quelque sorte la clé de mise en oeuvre de la double recherche philosophique et théologique que mène sans cesse, en parallèle et en dialogue, le Père Philippe.

Ce retour à Aristote, dans la différence avec le regard de saint Thomas, lui a permis une redécouverte du réalisme philosophique dans ce qu’il a de plus fort et de plus riche.

L’héritage d’Aristote apparaît chez le Père Philippe d’abord par le réalisme du jugement d’existence qui accueille le réel tel qu’il est et par l’interrogation confiante sur ce qu’il est, au-delà de ce qui conditionne sa manière d’être et son comment, mais à travers cette manière d’être et ce comment. L’héritage d’Aristote apparaît ensuite dans la distinction entre la philosophie pratique — partant des expériences du travail, de l’agir en vue du bonheur, de la vie dans la communauté humaine et politique — et la philosophie dite « spéculative » qui, au-delà des expériences de l’activité humaine, cherche à saisir l’homme lui-même et débouche sur une philosophie première : celle de l’être. Cet aboutissement de la recherche de la vérité dans un travail de discernement sur ce qu’est l’être dans ce qu’il a de fondamental et d’ultime est ce qui permet d’aborder le problème de la personne et son ouverture à la question de l’Etre premier transcendant.

Les dimensions de la personne humaine

Ainsi les recherches du Père Philippe se sont développées dans tous les domaines de la philosophie :

- la découverte de l’homme capable de transformer l’univers (philosophie de l’art), à partir de l’expérience du travail, de la réalisation d’une oeuvre ;

- la découverte de l’homme capable d’aimer et d’être responsable d’un autre (philosophie éthique), à partir de l’expérience de l’amour d’amitié.

Ces deux développements pratiques de la philosophie sont, avec la philosophie politique, elle aussi pratique, et partant de l’expérience de la coopération, le point de départ de toute philosophie réaliste.

C’est à partir de là que peut se développer la philosophie dite « spéculative », qui cherche la vérité pour elle-même :

- dans une philosophie de la nature, qui cherche à connaître la matière au-delà de sa transformation par l’artiste dans le travail, et regarde l’homme comme partie de l’univers par son corps ;

- dans une philosophie du vivant, qui cherche à connaître l’homme comme vivant, au-delà de l’expérience de l’amour d’amitié qui peut être brisé par la mort.

fr Samuel Rouvillois, Communauté St Jean.

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Opinion sur celui qui n'aimait pas les riches...

24 Avril 2012, 07:49am

Publié par Father Greg

Quand les riches maigrissent.., les pauvres meurent.         Proverbe chinois.

 

meduse.jpgLa victoire de François Hollande est à peu près acquise, et elle risque d'être éclatante.

Le moment est idéal pour se déclarer sarkozyste.

La question n'est pas de savoir qui l'emportera en mai 2012.

On a longtemps été convaincu dur comme fer que ce serait M. Strauss-Kahn. On a pu croire que ce serait Mme Aubry. On a même pu imaginer que, par un coup du sort, ce serait Mme Le Pen.

Il n'est pas tout à fait exclu que M. Bayrou, M. Mélenchon, M. Montebourg se soient monté le bourrichon jusqu'à se persuader de leur chance de l'emporter. Tout sauf Sarkozy.
N'importe qui sauf Sarkozy. Ce sera M. Hollande. François Hollande est un parfait honnête homme. Il est intelligent, charmant, cultivé et même spirituel.

Il y a chez cet homme-là un mélange de doux rêveur et de professeur Nimbus égaré dans la politique qui le rend sympathique.

Il est mondialement connu en Corrèze.

Ce n'est pas lui qui irait courir les établissements de luxe sur les Champs-Élysées, ni les suites des grands hôtels à New York ou à Lille, ni les yachts des milliardaires.

Il ferait, je le dis sans affectation et sans crainte, un excellent président de la IVe République. Ou plutôt de la IIIe.

Par temps calme et sans nuages. Il n'est jamais trop bas. Mais pas non plus trop haut.
C'est une espèce d'entre-deux : un pis-aller historique.

Ce n'est pas Mitterrand : ce serait plutôt Guy Mollet. Ce n'est pas Jaurès ni Léon Blum : c'est Albert Lebrun. Ce n'est pas Clemenceau : c'est Deschanel.

Il parle un joli français. Et sa syntaxe est impeccable. On pourrait peut-être l'élire à l'Académie française. Ce serait très bien. Mais en aucun cas à la tête de la Ve République, par gros temps et avis de tempête.

C'est vrai : Sarkozy en a trop fait. Hollande, c'est l'inverse. Car n'avoir rien fait est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser. Il n'est pas exclu, il est même possible ou plus que possible que M. Hollande soit élu en mai prochain président de la République.
C'est qu'à eux deux, M. Hollande et le PS, qui sont assez loin d'être d'accord entre eux - je ne parle même pas de M. Mélenchon ni de Mme Joly dont ils ont absolument besoin pour gagner et dont les idées sont radicalement opposées à celles de M. Hollande -, ont des arguments de poids : la retraite à 60 ans (quand la durée de vie ne cesse de s'allonger), 60 000 nouveaux fonctionnaires (quand il s'agit surtout de réduire les dépenses publiques), 30 % de baisse sur les traitements du président et des ministres. Avec des atouts comme ceux-là, on a de bonnes chances de gagner.

Aussi n'est-ce pas dans la perspective de l'élection de 2012 que je me situe.
C'est avec le souci du jugement de l'histoire. M. Sarkozy, autant le reconnaître a fait pas mal d'erreurs.

À voir comment se présente la campagne d'un Parti socialiste qui semble n'avoir pas appris grand-chose des leçons de son temps, ce sera bien pire avec lui qu'avec M. Sarkozy. Les déclarations d'intention ne valent rien.

Il faut des exemples vivants. M. Zapatero, en Espagne est un homme plus qu'estimable. Il est socialiste. Le chômage en Espagne est plus du double du nôtre.

M. Papandréou en Grèce est socialiste. Est-ce le sort de la Grèce que nous souhaitons pour la France ?

M. Sarkozy a été plus attaqué, plus vilipendé, plus traîné dans la boue qu'aucun dirigeant depuis de longues années.

Il a pourtant maintenu le pays hors de l'eau au cours d'une des pires crises que nous ayons jamais connues. Il n'est même pas impossible que Mme Merkel et lui aient sauvé l'Europe et l'euro.

Pour affronter le jugement de l'histoire, je choisis le camp, à peu près cohérent, Sarkozy-Fillon-Juppé contre le camp, incohérent jusqu'à l'absurde, Hollande (Hollande président ? On croit rêver, disait Fabius) -Aubry-Joly-Mélenchon.

Bonaparte, premier consul prétendait que le seul crime en politique consistait à avoir des ambitions plus hautes que ses capacités.

Je suis sûr que François Hollande lui-même a des cauchemars la nuit à l'idée d'être appelé demain à diriger le pays avec le concours des amis de toutes sortes et étrangement bariolés que lui a réservés le destin.

Je veux bien croire - je n'en suis pas si sûr - que, pour 2012, les dés sont déjà jetés, que les handicaps du président sortant sont bien lourds pour être surmontés, que le retard est trop rude pour être rattrapé.

J'imagine très bien l'explosion d'enthousiasme sur la place de la Bastille ce soir de mai 2012 où l'élection de M. François Hollande à la magistrature suprême sera enfin annoncée.


Je me demande seulement dans quel état sera la France en 2014 ou en 2015 !

Jean d’Ormesson.

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le printemps, la vie..

20 Avril 2012, 02:20am

Publié par Father Greg

 

        

 

 

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Notre pauvreté, un levier pour Le laisser nous remettre debout !

23 Mars 2012, 04:44am

Publié par Father Greg

 

 

eugene-delacroix-le-bon-samaritain.jpgIl est une vraie vertu à tomber, et à se faire mal en tombant : celle de reconnaître notre fragilité radicale, de comprendre notre pauvreté constitutive. On se croit facilement riche de tout, c’est-à-dire n’ayant besoin de personne, autosuffisant, alors qu’un pauvre manque radicalement de tout. On aura donc grand soin de remercier lorsqu’une épreuve sérieuse viendra, telle un grain de sable dans la belle mécanique huilée de notre vie, nous faire trébucher et passer de notre riche suffisance à un état malade, ou dépendant, ou ruiné, ou affectivement blessé. On aura grand soin de remercier lorsque cette épreuve viendra nous faire échouer, même simplement tenir debout, à rester digne, à rester honnête, à rester droit, à garder l’honneur ou la reconnaissance, ou à se débarrasser de tout autre vain attachement avec lequel notre vanité ou nos anxiétés nous enchaînent. On aura soin de remercier d’autant plus que cette épreuve nous paraît insurmontable, au-delà de nos forces ou injuste, car en réalité, en nous révélant notre pauvreté radicale, cette épreuve acceptée dans l’humilité peut se transformer et devenir le levier par lequel le Tout-Puissant pourra nous remettre debout, devenir la prise par laquelle il pourra se saisir de nous pour nous tirer du fond de notre trou. Je ne résiste pas à recopier pour vous les offrir ces quelques mots magnifiques de Charles Péguy :

             « Les ‘honnêtes gens’ ne mouillent à la grâce.

C’est que précisément les plus honnêtes gens, ou simplement les honnêtes gens, ou enfin ceux qu’on nomme tels, et qui aiment à se nommer tels, n’ont points de défauts eux-mêmes dans l’armure. Ils ne sont pas blessés. Leur peau de morale, constamment intacte, leur fait un cuir et une cuirasse sans faute. Ils ne présentent point cette ouverture que fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal joint, une mortelle inquiétude, une invincible arrière-anxiété, une amertume secrète, un effondrement perpétuellement masqué, une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent pas cette entrée à la grâce qu’est essentiellement le péché. Parce qu’ils ne sont pas blessés ils ne sont pas vulnérables. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charité même de Dieu ne panse point celui qui n’a pas de plaies. C’est parce qu’un homme était par terre que le Samaritain le ramasse. C’est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l’essuya d’un mouchoir. Or celui qui n’est pas tombé ne sera jamais ramassé ; et celui qui n’est pas sale ne sera pas essuyé »

 

Voilà… Il venait de me ramasser. De m’essuyer le visage. De m’élever presque jusqu’à Lui. De me faire renaître. Parce que j’étais sale.

 

          Jean-Marc Potdevin, Les mots ne peuvent dire ce que j’ai vu.

http://www.editions-emmanuel.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=297

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Illusion...d'être quelqu'un de bien !!!

22 Mars 2012, 04:30am

Publié par Father Greg

 

 

Jean-Marc-Potdevin.jpeg Le cercle vicieux est celui dans lequel on se déteste soi-même, mais à notre insu : il est en effet intolérable pour notre propre orgueil de nous savoir misérable, donc on se cache notre propre réalité intime. Et pour mieux se mentir à soi-même et s’en abrutir, désespérément nous nous construisons la fiction de nous-mêmes – l’illusion d’être quelqu’un de bien – qui permet de fuir cette réalité qu’on connaît pourtant si bien inconsciemment pour en avoir arpenté les arcanes sinueuses pendant des années.

 

 

Les subterfuges du mensonge qui permettent cette dissimulation, on les connaît aussi : la vitesse, l’activisme et l’illusion. Grâce à la vitesse, en raccourcissant les secondes, le paysage vu de la fenêtre estompe les détails du chemin. Via l’activisme, l’agitation effrénée qui pimente nos minutes à coup d’adrénaline permet de nous faire croire qu’en brassant plus d’air on avance plus vite. L’illusion enfin, qui nous présente un faux bonheur sous la forme d’idoles de réussite, de vaine gloire, de puissance, de reconnaissance, de fortune, de séduction qu’on cherche à atteindre en se trompant lourdement de cible (j’ai appris plus tard que le mot péché en hébreu signifiait : « se tromper de cible », c’est-à-dire ici se tromper de bonheur). On a soif de cette apparente « eau fraîche » des biens les plus désirables du monde, qui ne désaltère rien, asséchant en fait l’individu jusqu’à sa mort.

 

Le processus de décomposition est trivial pourtant, et le piège grossier. Ce cocktail d’acides euphorisants finit par ronger l’âme en la corrodant. Sa surface se couvre d’une épaisse couche d’oxyde, qui la ternit et l’obscurcit progressivement sous cette tyrannie de l’ego-roi (un de nos ennemis intimes les plus puissants), enlaidie jour après jour par les serpents qu’on la force à avaler pour faire taire ses aspirations secrètes à la lumière et à la paix intérieure. Lorsqu’elle se trouve presque totalement étouffée et couverte de cette épaisse couche de poix de nos turpitudes, sa lumière intérieure ne parvient plus à rayonner, ne réchauffe plus rien, et la domination du tyran intérieur n’a désormais plus beaucoup de limite. C’est le syndrome dit du »cœur de pierre », en fait, c’est juste la couche d’oxyde qui donne cette apparence pierreuse, et non du vrai cœur de pierre… couche épaisse et impénétrable qui alourdit et sclérose l’âme emprisonnée en son sein.

Évidemment, le cercle boucle magnifiquement sur lui-même car sans ce peu de clarté intérieure, on se reconnaît plus sombre et détestable encore. Il faut donc, telle une drogue, augmenter la dose de dopamine, la dose d’activité vainement glorieuse et de vaniteuse reconnaissance extérieure, pour chercher à contrebalancer la désormais trop faible lueur du cœur, et retrouver un semblant de réconfort que l’on cherche bien malheureusement au plus mauvais endroit : à l’extérieur de soi.

 

            Tard je t’ai aimée, Beauté, si antique et si nouvelle ;

            tard je t’ai aimée.

            Et voilà, tu étais dedans et moi dehors,

            Et c’est là que je te cherchais,

            En me ruant, difforme, vers ces belles formes que tu as faites.

            Tu étais avec moi, mais moi je n’étais pas avec toi.

(St Augustin, les Confessions, X, 27)

 

   Jean-Marc Potdevin,  Les mots ne peuvent dire ce que j’ai vu.

http://www.editions-emmanuel.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=297

 

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Qui est Dieu ?

12 Mars 2012, 04:58am

Publié par Father Greg

imgres-2.jpegDepuis la catastrophe, je pense souvent à mon ami Arturo Nogueira et aux conversations que nous avions dans les montagnes au sujet de Dieu. Nombre de mes amis survivants affirment qu’ils sentaient Sa présence dans les Andes. Ils croient que dans Sa miséricorde, il nous a permis de survivre, en réponse à nos prières et ils sont persuadés que c’est Sa main qui nous a reconduits chez nous. J’ai un profond respect pour leur foi, mais très honnêtement, malgré l’intensité de mes prières, je n’ai jamais senti la présence de Dieu. Ou tout du moins, pas telle que l’imaginent la plupart des gens. J’ai senti quelque chose de plus grand que moi, quelque chose dans les montagnes, dans les glaciers et dans le ciel brillant qui, dans de rares moments, me rassurait, me donnait le sentiment que le monde était ordonné, aimant et bon. Si c’était Dieu, alors ce n’était pas Dieu en tant qu’être, esprit ou autre présence omnipotente et surhumaine. Ce n’était pas un Dieu qui choisissait de nous sauver ou de nous tourner le dos, d’intervenir pour changer notre situation d’une manière ou d’une autre. C’était juste un silence, une entité, d’une simplicité fabuleuse. J’y avais accès par le biais de mon amour, et j’ai souvent pensé que lorsque nous ressentons ce que nous appelons l’amour, c’est en réalité notre lien avec cette présence imposant que nous ressentons. Je la sens encore quand je vide mon esprit et que je me concentre. Je n’ai pas la prétention de comprendre ce qu’elle est, ou ce qu’elle attend de moi. Je ne veux pas comprendre ces choses-là. Un Dieu que l’on pourrait comprendre, qui nous parlerait à travers l’un ou l’autre des livres saints, qui dirigerait nos vies en fonction d’un plan divin, comme si nous n’étions rien d’autre que des marionnettes, ne m’intéresse pas. Comment pourrai-je accepter un Dieu qui maintiendrait une religion au-dessus de toutes les autres, qui répondrait à telle prière et ignorerait telle autre, qui ramènerait seize jeunes hommes chez eux et en laisserait vingt-neuf autres morts sur la montagne ?

A une époque, je voulais comprendre ce Dieu-là, mais j’ai fini par m’apercevoir que je désirais seulement la certitude rassurante que mon Dieu était le Dieu véritable, qu’il finirait par me récompenser de ma fidélité. A présent, je comprends que la certitude –à propos de Dieu ou d’autre chose – est impossible. Je n’éprouve plus le besoin de savoir. Lors des inoubliables conversations que j’ai eues avec Arturo avant sa mort, il m’avait dit que la meilleure façon de trouver la foi était d’avoir le courage de douter. Tous les jours je me souviens de ses paroles, je doute, j’espère, et ainsi, à ma façon, je tente de me rapprocher de la vérité. Je continue à récite les prières de mon enfance, les Notre Père, les Je vous salue Marie, mais je ne crois pas qu’un père sage et céleste soit assis à l’autre bout du fil et m’écoute patiemment. Non, j’imagine plutôt l’amour, un océan d’amour, la source même de tout amour, je m’efforce de diriger ce flot vers mes proches, en espérant ainsi les protéger et les lier à moi pour l’éternité, en nous reliant à ce qu’il y a dans le monde éternel. C’est là une chose très intime, et je n’essaye pas de l’analyser. Ce que je ressens me plaît beaucoup. Quand je prie de cette manière, j’ai le sentiment d’être relié à quelque chose de bon, d’entier et de puissant. Depuis mon expérience dans les montagnes, je sais mieux qui je suis et ce qu’être humain signifie. A présent, je suis convaincu qu’il y a quelque chose de divin dans l’univers, et je ne le trouverai que par le biais de l’amour que je porte à ma famille et à mes amis, en m’émerveillant d’être en vie. Je n’ai pas besoin d’une autre forme de sagesse ou de philosophie : mon devoir est de remplir le temps dont je dispose sur cette terre avec autant de vitalité que possible, de m’efforcer de devenir de plus en plus humain au fil des jours, et de comprendre que nous ne sommes humains que lorsque nous aimons. Je me suis efforcé d’aimer mes amis avec loyauté et générosité. J’aime mes enfants de tout mon être. Et j’aime ma femme d’un amour qui a rempli ma vie de sens et de joie. J’ai beaucoup perdu et j’ai été comblé d’immenses consolations, mais peu importe à présent ce que la vie me prendra ou me donnera, une certitude éclairera toujours ma vie : j’ai aimé passionnément, sans retenue, de tout mon cœur et de toute mon âme, et j’ai reçu de l’amour en retour. Cela me suffit.

 

                                   Miracles dans les Andes, Nando Parrado

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« A quoi cela nous sert-il d’avoir Dieu ?

8 Mars 2012, 04:31am

Publié par Father Greg

9782253123606FS« A quoi cela nous sert-il d’avoir Dieu ? lui disais-je. Pourquoi est-ce qu’il a laissé mourir ma mère et ma sœur de manière aussi absurde ? S’il nous aime tant que ça, pourquoi est-ce qu’il nous laisse souffrir ici,

Tu es en colère contre le Dieu auquel on t’a appris à croire quand tu étais enfant, me répondait Arturo. Un Dieu qui est censé te surveiller et te protéger, qui répond à tes prières et te pardonne tes péchés. Ce Dieu-là n’est qu’une fable. Les religions s’efforcent de saisir Dieu, mais Dieu est bien au-delà des religions. Dieu échappe totalement à notre compréhension. Nous ne sommes pas en mesure de comprendre Sa volonté, on ne peut pas le réduire à un livre. Il ne nous a pas abandonnés et ne nous sauvera pas. Il n’a rien à voir avec le fait que nous soyons ici. Dieu ne change pas, il est, tout simplement. Je ne prie pas Dieu pour obtenir Ses faveurs, je prie pour être près de Lui, et en priant, je remplis mon cœur d’amour. Quand je prie de cette façon, je sais que Dieu est amour. Quand je ressens cet amour, je sais bien que nous n’avons pas besoin d’anges ou de paradis, parce que nous sommes déjà une partie de Dieu ».

Je secouais la tête. « J’ai tellement de doutes. Et j’ai l’impression d’avoir mérité le droit de douter.

Fais confiance à tes doutes, me disait Arturo. Si tu as les couilles de douter de Dieu, et de remettre en cause toutes les choses qu’on t’a apprises à son sujet, alors tu trouveras peut-être Dieu pour de bon. Il est près de nous, Nando. Je le sens tout autour de nous. Ouvre les yeux, tu le verras toi aussi. »

 

      Miracles dans les Andes Nando Parrado

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Le défi de la souffrance

12 Février 2012, 09:56am

Publié par Father Greg


93px-Rouault_Qui_Ne_se_Grime_Pas.jpg« Voici un épisode, très significatif,  qu’E. Frankl racontait souvent à ses auditeurs : un homme rencontre dans la rue son médecin de famille, qui s’informe de son état de santé. Immédiatement le médecin s’aperçoit que son patient est devenu un peu dur d’oreille. « Vous buvez probablement trop ; arrêtez de boire et vous entendrez mieux », lui conseille-t-il. Quelques mois plus tard, les deux hommes se rencontrent à nouveau dans la rue et le médecin, pour demander des nouvelles sur l’état de santé du patient, hausse la voix pour se faire entendre. « Pas la peine de crier, docteur. J’entends très bien ». « Vous avez certainement arrêté de boire, m’est-ce pas? Continuez à vous soigner ». Après quelques temps, ils se rencontrent une troisième fois. Mais encore une fois le médecin doit élever sa voix pour se faire comprendre. « Vous avez probablement recommencé à boire », dit-il au patient. Et celui-ci lui explique: « Ecoutez docteur. Avant je buvais et mon ouïe n’était pas bonne. Après j’ai arrêté de boire et j’entendais mieux. Mais ce que j’entendais n’était pas aussi bon que le whisky ».

Voici comment Frankl commente cet épisode: « N’ayant pas donné de sens à sa vie, dont la réalisation aurait fait de lui un homme heureux, il a voulu atteindre un très haut sentiment de bonheur en éludant toute réalisation de sens, et s’est donc replié sur un élément biochimique. En effet, le sentiment de bonheur, qui n’est normalement jamais  proposé comme la fin des aspirations humaines, mais plutôt comme une manifestation latérale de l'arrivée au but poursuivi, un « effet » secondaire, se laisse aussi rechercher, et cela est rendu possible par l'alcool » (Frankl, 2005, p. 17).

Pour Frankl, être « homme » veut dire être fondamentalement orienté vers quelque chose qui nous transcende, vers quelque chose qui est au-delà et au-dessus de nous, quelque chose qui nous attire fortement. Seuls ceux qui croient en leur « volonté de sens » peuvent bâtir une hiérarchie de valeurs qui soit en mesure de donner au plaisir et à la puissance, à l’affirmation personnelle et à la satisfaction de ses instincts, leur vraie place, qui est celle d’être des produits latéraux, des effets d’une réalisation du sens à donner à son existence.

Aujourd’hui, parler de recherche de sens est un vrai défi, car cela renvoie aussitôt à la capacité radicale de l’homme à découvrir, dans la vie de tous les jours, le sens de chaque situation,  à prendre des décisions qui correspondent à son devoir « être », à découvrir les possibilités que cachent son existence unique.

Si la vie de l’homme est toujours spécifique, puisqu’elle se réfère à un seul individu, concret, individuel, le devoir aussi n’est pas quelque chose de général, de valable pour tous et pour chacun, de permanent dans le temps, mais qui varie d’un homme à l’autre, car il correspond au caractère unique et individuel de chacun. Néanmoins, le devoir varie d’une situation à l’autre, car le caractère unique des situations apporte avec lui un caractère différent, avec des exigences et des conditions qui lui sont propres, absolument uniques. Et donc l’homme doit observer attentivement la situation dans laquelle il se trouve, et qui n’a rien à voir avec des événements déjà vécus par lui ou par d’autres par le passé.

Grâce à la voix de sa conscience, l’homme est capable de percevoir le sens qui se cache derrière une situation, et d’agir en conséquence, de façon responsable. « A une époque où  l’on a l’impression que, pour beaucoup de personnes,  les dix commandements sont en train de perdre de leur valeur, l’homme  doit apprendre à percevoir les dix mille commandements qui découlent des dix mille situations uniques dont la vie est jalonnée » (Frankl, 1992, pp. 29-30). Cela veut dire se sentir continuellement interpellés par la réalité des situations dans lesquelles on se trouve et qui demandent une réponse. Voilà pourquoi John F. Kennedy, le 20 janvier 1961, dans son discours d’investiture à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, avait dit à ses compatriotes: « Ne vous demandez pas ce que votre pays pourra faire pour vous, mais ce que vous pourrez faire pour votre pays » (cit. dans Dallek, 2004, p. 366). Phrase sur laquelle Frankl a comme rebondi en demandant à son auditoire américain: « Après la statue de la liberté sur la côte est, il faudrait construire une statue de la responsabilité sur la côte ouest » (Frankl, 2010, p. 63).

En cette époque scientifique, le progrès humain est calculé en données faciles à mesurer, introduites dans l’ordinateur, et analysées. Pourtant, les réponses de l’ordinateur n’indiquent que la manière dont se comporte généralement l’homme et par groupes d’échantillons, mais jamais comment il devrait se comporter dans des situations précises. « Notre vie n’est pas réglée à chaque carrefour par un feu rouge qui dit de s’arrêter ou un feu vert qui dit d’avancer. Nous vivons à une époque où le feu clignote toujours à l’orange, et laisse à l’individu le poids de la décision » (Fabry, 1970, p. 80). En dernière analyse, vivre signifie avoir la responsabilité de « répondre » exactement aux problèmes vitaux, d’accomplir ce que la vie impose, réserve à chaque individu, de faire face aux exigences de l’heure.

Les tâches que l’homme est appelé à réaliser vont dans trois directions : le travail, l’amour et la souffrance. Si, dans le travail, l’homme se manifeste en donnant à la réalité son empreinte personnelle, si dans l’amour celui-ci peut vivre les expériences plus fortes et les plus intimes, dans la souffrance, c’est sa grandeur qui se manifeste, car ce n’est qu’en elle qu’il se trouve tragiquement face à lui-même, face à sa capacité non seulement de travailler et de profiter, mais  aussi de souffrir.

L’homme a droit à la vie, au travail, à la joie, à la paix ; mais il a aussi un droit fondamental que personne ne peut lui enlever, à aucun prix: le droit de souffrir, d’inonder de sens une vie même apparemment détruite, économiquement infructueuse. La souffrance «  n’est pas qu’une possibilité parmi d’autres, elle est une possibilité qui permet de mettre en œuvre la valeur suprême, l’occasion de donner un sens total, profond, à sa vie » (Frankl, 2001, p. 190).

Celle-ci renvoie à l’attitude que l’homme prend face à un destin de douleur, face aux forces adverses, face aux situations irréparables. Voilà pourquoi l’empereur autrichien François Joseph II a voulu, en 1784, que l’on mette à l’entrée de la Polyclinique de Vienne l’inscription latine: Saluti et solatio aegrorum. Qui a en charge la santé physique et psychique d’un autre est aussi appelé à l’aider à supporter, avec acceptation et compréhension, les inévitables souffrances que la vie lui réserve, et à  acquérir de nouveau non seulement la capacité de travailler et de profiter, mais aussi celle de souffrir.

Par Eugenio Fizzotti, sdb, Traduction d'Isabelle Cousturié

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Bref...

16 Décembre 2011, 05:05am

Publié par Father Greg

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