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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Articles avec #priere - meditations..

Cette victoire dans l'obscurité ..

11 Avril 2020, 13:16pm

Publié par Grégoire.

Cette victoire dans l'obscurité ..

* Samedi Saint *

 

 

Condamnation

 

Jésus a été condamné, rejeté par les grands prêtres ! 

 

Pourquoi ? Il est coupable de trop d’amour : il ne respecte pas les Lois, il n'obéit pas aux autorités en charge, s'engage trop dans la vie des personnes, les accompagne sans respecter la juste distance, ... !

 

C'est nécessairement un manipulateur,  un séducteur, un abuseur que la populace semble canoniser un peu vite .. !

 

Son amour est insupportable pour des yeux étriquement religieux, médiocrement puritains et pas assez humains. 

 

Et, il dérange : cet amour excessif n'est-ce pas du relativisme face à l’absolu de la loi ?! Faisons respecter l'ordre ! Il faut quand même éduquer les gens bon sang !!

 

Un homme, ami des pécheurs, mangeant avec les publicains et les prostituées ?? mais voyons, n'aurait-il pas .. une double vie ? C'est trop louche... faisons une enquête !

 

 

 

 

 

 

Et cela demeure toujours. L’humanité d’aujourd’hui condamne Jésus. Les opinions des hommes, la conscience éveillée des experts et les jugements des grands prêtres qui, eux, 'savent', ont le prestige et le pouvoir spirituel, tous ont bien discerné son petit jeu !

 

Et puis, dame : il n’y a pas de fumée sans feu : s’il est condamné, c’est qu’il y a faute .. ! Mêmes les médias le disent : ça ne peut donc être que vrai !

 

 

 

Silence

 

Jésus a accepté de se taire et de prendre la dernière place pour montrer, dévoiler  l'attraction silencieuse, substantielle qu'est Le Père, source actuelle tout ce qui existe. 

 

Jésus accepte d'être présumé coupable, de passer pour un tordu, un pervers, et d'être crucifié pour révéler -en creux- Celui dont il se reçoit et en qui il trouve son repos : le Père, pure bonté, Celui qui est LA Réalité, plus présent à nous même que nous même et caché derrière les apparences.

 

Le pardon, la miséricorde ne sont qu'un moyen en vue de dire Celui qui est Amour. Mais on ne peut s'arrêter à la miséricorde. L'amour seul est la cause et le 'ce en vue de quoi' s'exerce le pardon !

 

Et Jésus choisit de disparaitre. Il se sert du jugement des grands prêtres et de la trahison  de ses apôtres. Il donne alors à la mort, à toutes violences, une nouvelle signification.

 

 

 

Compassion

 

Mort, le cadavre de Jésus est alors remis, confié à la terre. Il n’y a plus de corps visible, plus de souffrance pour compatir. Il n’y a plus rien. C’est l’absence, le vide.

 

Séparée du cadavre de son Fils, Marie vit cette absence, cette négation mortelle, cette échec total. Elle vit cette brisure, cet état cadavérique, ce silence de mort.

 

Il n’y a plus que l’abandon, il n’y a plus que la brutalité des faits : c’est la violence de la mort, de la mise au tombeau, qui plongent ceux qui restent dans une solitude totale : être là, comme inutile, dans un pâtir à l’état pur.

 

 

 

 

 

Chacun vit ce moment du sépulcre : c’est l'ultime étape. Cette étape, on peut dire que le monde l’a toujours vécu, comme il a toujours vécu l’Agonie et la Croix. 

 

Mais il y aura un moment - et nous y sommes peut-être - où l’Église, corps mystique- devra vivre, d’une manière toute particulière, de ce moment du Sépulcre.

 

 

 

Actualité

 

Cette séparation de l'âme et du corps de Jésus, ne serait ce pas aujourd'hui cette absence de tout culte, ces églises vides, ce corps de Jésus confiné dans les maisons,  les hôpitaux et les ehpad ? C'est le corps séparé de son âme, de sa vie propre, de cette communion vitale avec le reste du monde.

 

Et, Jésus, ce cadavre divin qui repose, c'est mystérieusement qu'est réalisé le salut et que s'opère la recréation : car alors, dans le cadavre, le corps subsiste directement dans le Verbe ! c'est à la mort, la séparation de l'âme et du corps, que le Verbe est devenu CHAIR ! 

 

La chair est alors habitée par le Verbe -et même elle est, à ce moment là, devenue le Verbe, Dieu !! La chair du Christ est Dieu. Cette matière inerte qu'est le cadavre de Jésus est divinisé..  

 

La passivité du cadavre de Jésus dit alors immédiatement l'amour substantiel, cette attraction substantielle qu'est Dieu !

 

 

 

 

"Et la terre vint au secours de la Femme " apoc 12.

 

C'est la Chair devenu verbe qui fait que Marie, que tout ceux qui veulent -consciemment ou inconsciemment,  être à l'école de Jésus, qui cherchent la lumière, vivent alors comme le secret du Père dans le monde !

 

Nous sommes faits dans notre corps Terre Sainte, Terre promise, Temple nouveau, Arche d'alliance.. dans notre personne, dans notre chair avec tout ce qu'elle comporte de lourdeur et d'obscurité.. nous le sommes fais à ce moment là !

 

Ce n'est pas manifeste, mais cela est ! Gratuitement ! Cela s'impose à nous ! Nous sommes recréés, là, maintenant, comme sa chair est alors imbibé par le  Verbe éternel !

 

Et là, il nous faut alors tout réapprendre : comment vivre de cette victoire cachée , non encore manifestée ? Comment les jugements actuels sont-ils là pour permettre de toucher  ce que Lui fais de nous ? Comment dans une active passivité, laisser toujours plus cette attraction silencieuse Père s'exercer sur nous ?

 

Lui qui, maintenant nous a pris en Lui, et ne cesse de nous secréter, au plus intime de Lui-même, comme son unique, son secret, son bien-aimé !

 

 

Grégoire +

 

 

 

 

 

 

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Seul le silence permet à l’amour de se dire jusqu'au bout

9 Avril 2020, 14:00pm

Publié par Grégoire.

Seul le silence permet à l’amour de se dire jusqu'au bout

 

Dieu, Celui qui, depuis toujours, est, lumière et pur amour, se fait matière : pain et vin ! Solide et liquide ! la détermination du pain et la passivité du liquide ! Tel est l’Eucharistie ! L’abaissement de Dieu devant moi, se faisant mon esclave, se mettant à mon service pour m’introduire en Lui, et me faire vivre ce qu'il a en propre ! Directement ! sans préparation ! 

 

Et ce don est la règle de vie toute simple, la nouvelle loi : être tendu vers lui, offert comme le pain, et en même temps passif, liquide, pure réceptivité comme le vin !

 

Car le terme de l'Eucharistie, ce pour quoi Jésus l'invente, c'est de nous faire devenir Lui ! Pas moins ! Et c'est immédiat !! actuellement réalisé ! Et toute notre vie chrétienne c'est d'apprendre à vivre en Fils, comme un Dieu, découvrir le rythme et l'attente propre, personnelle, du Père sur nous, qui veut que l'on continue et achève l'oeuvre de Jésus ! Pas moins ! Et ça, c'est vrai pour chacun ! C'est donné ! Gratuitement !

 

C’est pour cela que ce don est tellement inouïe qu’on veut l’enfermer dans des codes, des lois, des rites, un culte. Parce que c'est too much pour nous !! C'est éprouvant, on met même tellement de temps à y croire !! Pourquoi? Parce qu'on se regarde trop, et surtout par nos petits cotés ! Et pour un marxiste -c'est à dire quelqu'un qui ne voit que ce qui est extérieur, matériel, mesurable- l'amour, don personnel gratuit, c'est juste insupportable !  « Dieu qui se donne à vivre ?! Mon Dieu, où va-t-on ?? » 

 

Par son don, je suis introduit en Lui, dans ce qu'il a de plus intime, pour vivre ce qu'est Dieu ! Or, l’amour, qui en Dieu est son être même, ce qu’il est, ne peut-être dit dans un rite, un culte, des chants. Il ne peut que se vivre. Et dans un abîme de pauvreté spirituelle : notre désir de connaitre butte complètement sur ce truc ! C’est pour ça que Jean n’en dit rien dans son évangile ! Rien !

 

La parole permet de nommer les choses, mais elle garde un caractère universel, abstrait : on peut la répéter. Or l’eucharistie, cette offrande réalisé à la croix et dont la victoire est manifestée dans la résurrection c’est en tout premier lieu un don radicalement personnel, unique, qui ne peut se dire. Qui ne peut que se vivre : c’est Dieu pour moi, relatif à moi, qui veut m’introduire en Lui, au plus intime de ce qu’il est !

 

Je suis totalement incapable d’entrer dans ce don : « là où moi je vais vous ne pouvez venir » Notre nature humaine explose face à ce don, et c’est bien ce qui est montré à la Croix. Sauf, nos misères qui nous rendent assez pauvres pour être introduit dans cette vie qui est Dieu même !

 

 

Et c'est bien de cela qu'il s'agit : par son don, nous sommes déjà, là maintenant, introduits dans la vie intime même de Dieu ! Nous en vivons dans l'obscurité de la foi, mais c'est réel ! et ce, grâce à ces blessures qui sont sa porte d'entrée ! sans condition !

 

Ô Bienheureuse pauvreté alors ! Ô Bienheureuses fautes, chantons-nous durant la Vigile pascale ! Et peut-être devrions nous le chanter tout les jours pour sortir définitivement de ce puritanisme maladif, ce pharisaïsme hypocrite qui ronge tant d’ecclésiastiques ou paroissiens satisfaits d’eux-mêmes ! Ce regard moralisant de petits juges est bien plus destructeur que tout ce qui ronge la nature ou pollue notre monde !

 

La pollution spirituelle, le pharisaïsme des bien-pensants, de ceux qui s'auto-proclament juges de leurs frères est la pire des pollutions ! mais malheureusement on s'en accommode très bien. C'est pour celle-là que Jésus est mort.

 

 

Ce don c’est l’invention géniale de que Jésus laisse à chacun… Le testament de Dieu, de l’ami divin et humain, l’héritage qui m’est remis, dont je peux user comme bon me semble;

 

Ce qui est définitivement acquis pour moi, qui est ma propriété, mon bien propre : c’est Jésus –le Verbe- livré au Père et à chacun comme chacun attend d’être aimé ! Et ça c’est mien comme quelque chose d’acquis ! Sans aucune justification à donner de ma part pour avoir accès à ce don ! Celui qui est La Réalité se fait relatif à moi dans tout ce qu’il est, pour se donner à vivre, et me permettre dès maintenant de répondre à son don avec toutes mes ingéniosités !

 

Ce que Jésus réalise n’est pas dans le prolongement de l’Ancien testament, de nos désirs d’homme religieux, prudents, morals, pour l’épanouissement de ce qui est le plus humain en nous, ou pour épanouir nos capacités. C’est quelque chose qui vient d’en haut, quelque chose de complètement nouveau et c’est pour cela que nous sommes perdus, déroutés et même scandalisés : gratuité pure !

 

Comment dire à chacun ce secret personnel ? pure attraction divine, substantielle, qu’aucun culte rite liturgique ou vécu intérieur ne pourra manifester ?

 

Et, parce que c’est un pur don d’amour, il est silencieux. Il est là pour moi comme un nouveau soleil ou un nouveau ciel qui n’aurait pas de but en soi sinon d’être là! Rien de séduisant non plus : l’amour ne peut-être compris que de ceux qui aiment : les enfants, les simples, les amoureux et les handicapés…

 

C’est une rupture que Jésus réalise et qu’il réalise à travers un geste : «  Au cours d’un repas, Jésus sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et, prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint ».

 

Jésus –qui est Dieu, se fait le serviteur et il lave les pieds à ses disciples. C’est un passage, « la Pâque », celui d’une nouvelle ‘connaissance’, personnelle, intime, de Dieu dans ce geste de Jésus. Dieu qui se fait l’esclave ! Voici le nouveau passage de Dieu ! C’est Dieu qui se fait totalement relatif à nous !

 

Le geste manifeste un lien que l’on voudrait personnel. L'amour réclame cette sortie de soi, de nos schèmes d'homme prudent, de nos raisonnements. Ne faut-il pas découvrir là -d’une façon tangible- que l’amour est au-dessus de tout ordre, règles et lois ?Parce que Dieu est amour : rien n’est au-dessus de l’amour ! Il n’y a pas de « juste place » « juste respect » Il faut aimer point barre ! Et on commence toujours maladroitement, en aveugle et en mode handicapé ! Mais l’amour est au-dessus de tout ! C’est l’amour qui fait connaitre, c’est l’amour qui nous fait voir Dieu, c’est l’amour qui réalise l’unité !

 

Il y a là quelque chose que l’on doit regarder avec crainte et qui révèle la grandeur de tout amour : l’amour humain est toujours l’appel, l’attente du don personnel de Dieu pour nous ! On ne peut donc jamais formaliser, juger de l’extérieur, ou donner un ordre d’obéissance à propos d’un lien personnel ! Il n’y a rien au-dessus, car tout lien dans l’amour est un appel et touche déjà quelque chose d’éternel !

 

Et c’est le lavement des pieds a ouvert Jean à cette nouvelle relation auprès de Jésus. Dans le lavement des pieds, Jésus fait le geste de l’esclave, donc du serviteur par excellence. C’est le geste qui conduit à l’Eucharistie, ou Jésus nous donne son Corps comme aliment sous le signe du Pain. L’aliment le plus simple, le plus commun. L’aliment c’est le serviteur du vivant. Serviteur d’une façon radicale, puisque il perd ce qu’il est, pour celui qui s’en nourrit.

 

 

Et donc, Jésus veut nous crier là combien Il se met à notre service. C’est vrai, ce n’est plus du pain, c’est son corps, sa chair,  Lui : « Ceci est mon Corps ». On comprend que c’est aller jusqu’au bout, on ne peut aller plus loin. Dieu se donne comme pain. C’est le don que seul Dieu peut faire ! C’est sa toute puissance qui est au service de son amour, et elle est toujours au service de son amour.

 

 

Jean veut mettre en pleine lumière cet ordre nouveau : que Celui qui est le Maître, Celui qui est le seigneur, n’hésite pas de faire le geste de l’esclave. Donc de bouleverser cet ordre hiérarchique et de faire comprendre qu’il y a un ordre d’amour beaucoup plus profond, beaucoup plus radical, ce qui au niveau hiérarchique ce n’est pas compréhensible ;

 

Et on comprend la réaction de tous les talibans de l’ordre hiérarchique, adorateurs de traditions ou culte : non, non et non ! Ne fais pas ce geste-là, il faut que tu restes, vraiment Maître et Seigneur ! Or, Jésus nous demande de dépasser cet ordre-là, humain, pour être pris par son don. La nouvelle alliance, c'est une reprise totale dans l’amour, ou chacun, petites créatures, êtres seconds qui trouvons avec peine ce qui est à notre portée, sommes élevés à la dignité de Dieu ! Dieu se fait pain pour qu’introduit en Lui, on vive à son rythme, à sa taille !

 

 

Marie, est celle qui a reçu chaque initiative de Dieu comme un secret, dans l'amour, et qui nous montre comment en vivre : par l'amour et la pauvreté. L'amour nous fait être accueil et don, et la pauvreté nous cache, nous garde de tout retour sur nous mêmes, nous empêche de posséder l'amour, et nous fait accepter de pouvoir être comme ignoré.

 

 

L’Eucharistie, silence d’amour de Dieu pour nous, réclame cela. C’est le geste éternel -actuel- de Dieu qui est don dans tout ce qu'il est; cela c’est -au-delà des apparences extérieures- ce que nous devenons substantiellement, réellement. 

 

Grégoire

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 Vous me connaissez ? Vous savez d’où je suis ? 

28 Mars 2020, 11:06am

Publié par Grégoire.

 Vous me connaissez ? Vous savez d’où je suis ? 

 

« Vous me connaissez ? Vous savez d’où je suis ? » Jean 7, 28

 

Ces interpellations de Jésus à ceux qui l’écoutent, face à leurs murmures, c’est un cri, une tristesse, une blessure qu’il manifeste. Ces interrogations adressées à ceux qui sont ses frères, son peuple, ses apôtres, il faut les laisser descendre en nous.. et essayer de toucher la manière dont il interrompt son enseignement pour dire sa vulnérabilité face aux jugements hâtifs dans lesquels ils l’enferment.

 

C’est au Temple, à l’occasion d’un enseignement donné avec autorité que Jésus interroge ainsi les siens, manifestant là l’obstacle premier qui les empêche de le recevoir : croire le connaitre ! Juger de l'extérieur ce qui anime sa vie, ramener son intention profonde à un résultat visible et mesurable !

 

Parce qu’ils sont pris par le quand dira-t-on, l’opinion commune, ce qu’en disent les médias de l’époque, il n’y a plus chez ces juifs d’attente.. ou plutôt ils n’attendent plus qu’un salut humain, à leur taille, selon un regard juridique, s’empêchant ainsi d’aller plus loin qu’eux mêmes !

 

Or, Jésus ne vient pas d’abord résoudre nos problèmes terrestres, ni nous rétablir dans l’ancienne Alliance, ni être un gendarme scrupuleux d’une loi religieuse ou liturgique ! Il vient nous mettre face au Père et nous en faire vivre. Tout de suite. Là. Maintenant.

 

C’est pour cela qu’il n’est pas à notre portée : rien en nous n’est adéquat ou proportionnel à son don, à sa lumière ! Et ça, on l’oublie tellement vite ! Autrement dit, Dieu est toujours de trop pour nous ! Alors que très vite, pour le croyant, Dieu fait partie des meubles, et on croit, en toute modestie, qu’on peut, par soi-même, en conscience, répondre librement à ce qu’il propose ! Mais NON ! C’est une horreur de croire que « Dieu propose, et que la personne humaine répondrait librement, si elle veut.. »

 

Pourquoi ?

 

Premièrement parce que l’amour s’impose ! L’amour ne nous laisse pas libre ! Et ça, c’est insupportable pour nos mentalités modernes, d’avoir à accepter que quelque chose s’impose à moi avant que je l’ai décidé, accepté, choisit ! Que je ne suis pas d’abord le fruit de mes choix.

 

Et, malheureusement, la petite bestiole qui, aujourd'hui, met à mal la moitié de l’humanité est un exemple criant que nous ne sommes pas premièrement décideurs de nos vies !

 

Ensuite, devant Dieu, nous ne sommes pas d'abord libre ! Il ne nous a pas demandé la permission pour savoir si on voulait où non vivre.. et apparaitre dans tel pays, à telle époque... 

 

Plus profondément, Jésus vient -et c'est une initiative gratuite- pour nous donner de vivre d’une lumière qui est, pour nous, de trop, qui nous excède et même qui nous éprouve, au point que je ne suis pas capable de la recevoir par moi-même ! Dieu n’est pas dans le prolongement de nos projets humains ou religieux; de nos désirs affectifs, matériels ou même spirituels ! 

 

Il nous fait entrer par son initiative, dans sa vie la plus intime ! C'est en cela que rien sur terre ne peut répondre à la soif qui est en nous ! Et cette vie, y répondre par oui ou non, reviendrait à dire qu'on peut mesurer son don.. Or, Dieu est de trop pour nous !!! Il nous excède ! Croire qu’on peut répondre par nous-même à son don, à sa présence, à sa lumière, c’est se croire capable de lui… c’est se croire capable de devenir Dieu, de se mettre à sa taille par nous-même !

 

Ça à l’air de rien de dire ça, mais c’est capital : on ne peut qu’être en attente de son don et aussi de sa grâce pour lui répondre !! Et là, c'est dans le choix de cette attitude de se reconnaitre pauvre, non capax, qu'on est libre ! Libre de reconnaitre notre radicale petitesse ! Notre totale incapacité de le recevoir et lui répondre ! Libre de mendier qu’il vienne non seulement nous éclairer, mais encore de ne pas faire obstacle à son don !

 

Jésus en effet vient nous entraîner dans un don auquel on ne peut pas se préparer ! C’est une oeuvre de résurrection qu’il vient opérer, pas du rafistolage ou un replâtrage ! On a facilement cette tentation de croire qu'il est venu pour qu’enfin on soit autonome, épanouie, sans plus rien de ce qui nous agace et nous empêche de vivre ce petit bonheur au sommet duquel sont nos congés payés, notre capital santé et une succession d'émotions creuses et stupides !

 

Aussi, attendre de lui des choses très précises, c’est croire le connaitre et c’est s’empêcher d’être attirer hors de soi.. C’est le problème des pharisiens,  des biens-pensants et de tout les ‘spirituels’ qui veulent y arriver par eux-même, et qui croient répondre librement : c.a.d en « connaissance de cause », comme si l’évangile était une recette de cuisine à appliquer, au terme de laquelle je ne sais quelle perfection serait acquise !

 

Et, précisément, Jésus enseigne au Temple, lieu de la rencontre avec Dieu, pour redonner le vrai sens du sacrifice offert à Dieu; on ne peut être vers Dieu, l’attendre, qu’en choisissant de tout brûler : tout nos acquis, toutes nos certitudes, tout ce qu’on croit savoir, toutes nos qualités et ce sur quoi on s’appuie ! Autrement on s’aveugle et on se rend incapable de recevoir ses initiatives d’amour ! « vous dites ‘nous voyons’ c’est pourquoi votre péché demeure ! » Jean 9

 

On ne peut se présenter devant Dieu que comme un pauvre; Mais un pauvre comme Jésus s’en fait le signe : à la croix, où il est ‘ver non point homme, objet de rebut et de mépris devant lequel on se voile la face…’

Or ça, par nous-même, on est loin d’en être capable ! Ou bien alors dans cette version doloriste qui a pu exister et qui a trop souvent été une copie très matérielle et extérieure de son don..

 

La croix est le signe d’un amour qui ne peut se dire, sinon dans le silence, pour qu'il n'y ait plus que l'attraction de sa bonté ... il est substantiellement bon, et son effet propre est de creuser en nous un abîme de pauvreté, élargir l’espace de notre tente intérieure…

 

On ne commence à le connaitre que lorsqu'on se laisse toucher, dans le secret de notre coeur par cette présence ineffable qui nous dit : « mon amour pour toi est plus silencieux que le silence… »

 

Grégoire

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L'INSTANT

10 Octobre 2018, 00:36am

Publié par Grégoire.

L'INSTANT

Dieu n'a rien de plus en abomination que le conventionnel, rien, ni l'hérésie ni le péché. Et tu peux le comprendre sans peine : en effet, comme Dieu est une personne, tu conçois combien il lui répugne de voir qu'on veut lui fermer la bouche à coups de formules, en le régalant d'officielles solennités, de formules conventionnelles, etc. En vérité, justement parce que Dieu est une personne, au sens plein du mot, il lui est infiniment plus répugnant d'être l'objet de l'officiel qu'il ne l'est à une femme de voir qu'on la demande en mariage en suivant la formule des convenances.

Sôren Kierkegaard

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Les honnêtes gens ne mouillent pas à la grâce...

22 Septembre 2018, 01:24am

Publié par Grégoire.

Les honnêtes gens ne mouillent pas à la grâce...

" Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C’est d’avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée.

On a vu les jeux incroyables de la grâce pénétrer une mauvaise âme et même une âme perverse et on a vu sauver ce qui paraissait perdu. Mais on n’a pas vu mouiller ce qui était verni, on n’a pas vu traverser ce qui était imperméable, on n’a pas vu tremper ce qui était habitué.

Les cures et les réussites et les sauvetages de la grâce sont merveilleux et on a vu gagner et on a vu sauver ce qui était perdu. Mais les pires détresses, les pires bassesses, les turpitudes et les crimes même sont souvent les défauts de l’armure de l’homme, les défauts de la cuirasse par où la grâce peut pénétrer dans la cuirasse de la dureté de l’homme. Mais sur cette inorganique cuirasse de l’habitude tout glisse, et tout glaive est émoussé.

Ou si l’on veut dans le mécanisme spirituel les pires détresses, bassesses, crimes, turpitudes, le péché même sont précisément les points d’articulation des leviers de la grâce. Par là elle travaille. Par là elle trouve le point qu’il y a dans tout homme pécheur. Par là elle appuie sur le point douloureux. On a vu sauver les plus grands criminels. Par leur crime même. Par le mécanisme, par l’articulation de leur crime. On n’a pas vu sauver les plus grands habitués par l’articulation de l’habitude, parce que précisément l’habitude est celle qui n’a pas d’articulation.

On peut faire beaucoup de choses. On ne peut pas mouiller un tissu qui est fait pour n’être pas mouillé. On peut y mettre autant d’eau que l’on voudra, car il ne s’agit point ici de quantité, il s’agit de contact. Il ne s’agit pas d’en mettre. Il s’agit que ça prenne ou que ça ne prenne pas. Il s’agit que ça entre ou que ça n’entre pas en un certain contact. C’est ce phénomène mystérieux que l’on nomme mouiller. […] Les honnêtes gens ne mouillent pas à la grâce.

C’est pour cela que rien n’est contraire à la grâce que ce qu’on nomme la morale. La morale enduit l’homme contre la grâce.

Et rien n’est aussi sot, que de mettre comme ça ensemble la morale et la grâce. Rien n’est aussi niais. On peut presque dire au contraire que tout ce qui est pris par la grâce est pris sur la morale. Et que tout ce qui est recouvert par la nommée morale est en cela même recouvert de cet enduit que nous avons dit impénétrable à la grâce."

 

Charles Péguy.

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Les féeries de la vie ordinaire ne se donnent qu'à celui qui ne cherche rien....

14 Septembre 2018, 01:40am

Publié par Grégoire.

Les féeries de la vie ordinaire ne se donnent qu'à celui qui ne cherche rien....

"Le monde nous habitue à des expériences très grossières, pour des raisons mercantiles on force le bruit, les couleurs, les images, on force l’énergie, la vitalité devient mauvaise, la volonté se durcit.

À l’opposé, on peut faire des expériences d’une incroyable finesse. Les anges passeraient là mais sans ressembler à l’imagerie habituelle ou à la peinture très belle d’un Fra Angelico. Ce sont les moments où notre cœur a une délicatesse de dentelle de Bruges, où l’on sent quelque chose d’aussi délicat et étrangement invincible. C’est ainsi que je les vois aujourd’hui."

Bobin (entretien)

 

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L’éternité reçue

25 Août 2018, 00:34am

Publié par Grégoire.

L’éternité reçue
Le fil rouge qui traverse ce livre tient en quelques lignes. La mort est inéluctable, mais c’est la vie qui est première. Comment alors y donner sens à la mort? Les «petites morts» qui jalonnent la vie – échecs, maladies, limites de toutes sortes – peuvent être le lieu d’une croissance, d’un surplus de vie, d’une ouverture à un réel qui nous dépasse. Et la mort, par laquelle notre vie s’achève, peut alors être comprise comme le franchissement de la limite ultime, au-delà de laquelle nous pouvons recevoir ce que Dieu seul peut donner: la vie en plénitude.
 
Cependant, résumer ainsi le propos de l’auteur, c’est perdre la riche réflexion à travers laquelle il nous conduit. Essayons de voir comment, en quatre étapes, il propose «une autre lecture de notre finitude». La démarche de Martin Steffens est philosophique, inspirée par la phénoménologie, mais elle est aussi éclairée par la foi en un Dieu-amour. Il cite ou évoque de nombreux auteurs, en particulier Simone Weil, dont les intuitions trouvent chez lui un large écho.
 
Vivre d’abord
 
Un constat, au départ: «La mort est pour la vie chose impossible, certes, mais elle est. Nous n’avons d’autre choix que d’apprendre ce que nous pouvons en faire». Aussi, pour pouvoir dire quelque chose de la mort, il faut «vivre d’abord», mais sans évacuer cette «impossibilité» de la mort. Dans la première partie du livre, Martin Steffens évoque diverses attitudes possibles face à la mort, et il en montre les limites. La sagesse «stoïcienne» des philosophes pas plus que la «sagesse de camomille (…) que les hommes concoctent pour obtenir, dès cette vie, un sommeil (…) pour s’habituer à mourir et laisser pénétrer la mort au cœur de la vie» ne sont une vraie réponse. Car, «de même que justifier le mal, c’est contaminer le bien, de même tenter de comprendre la mort, cela ne se peut sans prendre le risque de contaminer la vie».
 
Aux consolations un peu faciles de certains discours pieux, il faut préférer la douleur révoltée de Rachel, «qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée» (Jr 31,15 et Mt 2,18). Martin Steffens récuse également les pensées qui voient dans la mort d’une personne une sorte de mécanisme «naturel», qui s’inscrit dans un «Tout» cohérent. «Puisque ce n’est jamais une partie du Tout qui meurt, mais toi, lui, moi, alors toute mort est unique (…) La mort révèle le caractère insubstituable de la personne. A la lettre, chaque mort est inconsolable».
 
Mourir parfois
 
Ayant ainsi «marché à reculons» devant diverses manières insatisfaisantes d’expliquer ou comprendre la mort, Martin Steffens fait vers elle «un premier pas qui [est] celui d’un vivantOr, ce que le vivant va rencontrer, bien avant la mort qui le tuera, ce sont des ‘petites morts’, épreuves et blessures. Le paradoxe étant que, plus il est vivant, moins les épreuves lui seront épargnées». Dans cette deuxième étape, l’auteur se demande ce que l’homme, qui est «fait pour la vie» peut faire de ces «petites morts», en repérant, dans notre vie, «ces épreuves qui, n’étant certes pas encore la mort, ont d’elle le trait distinctif d’être ‘comme une chose impossible’».
 
Cet impossible, nous le rencontrons d’abord dans le rapport à autrui et, en particulier, dans l’amour. «Quand, par exemple, j’aime un être de toute ma force, je le veux pour moi (…) tout entier… mais l’absorption de cet être par l’amour que je lui porte serait aussi sa négation (…) Aimer, c’est en même temps aspirer et renoncer à posséder». De sorte que la relation avec l’être aimé est sans cesse, bien qu’inconsciemment, «travaillée par le deuil de sa perte».
 
C’est aussi dans notre rapport au monde que nous sommes mis face à nos «petites morts». Ainsi «le désir de faire de sa vie quelque chose rencontrera l’imprévu qui, indésirable et inconnaissable comme tel, est pourtant déjà inscrit dans le projet». En effet, le réel «résiste à ce qu’on veut en faire». Cette limite se manifeste de manière particulièrement évidente dans le projet politique. Enfin, le rapport à soi-même n’échappe pas à ses limites. L’auteur cite ici le mystique rhénan Angelus Silesius qui écrit: «Ce que je suis, je ne le sais pas. Ce que je sais, je ne le suis pas».
 
Ainsi, l’homme est confronté à de continuels renoncements, à des contradictions, à des obstacles, qui sont autant de «petites morts». «La question n’est pas de savoir comment [les] éviter, mais ce qu’on peut en faire…». Car ces impossibilités auxquelles se heurte notre désir sont «l’occasion d’une plus grande ouverture de la vie au réel». Mais la Modernité, dont nous sommes partie prenante, ne voit en la vie qu’une lutte pour l’existence, une affirmation de soi. Au contraire, «l’usage de la contradiction» nous fait percevoir qu’il y a dans notre vie plus que ce que nous nous efforçons d’y enfermer.
 
Nous ne sommes pas tout, et en prendre conscience est «un bienfait». Faire l’expérience de la beauté, par exemple, est consentir à se laisser traverser par plus grand que soi, «à recevoir, mais sans jamais pouvoir posséder ce qu’on a reçu». Ou, dans un autre registre, «patienter au cœur de la souffrance – ce qui ne signifie pas se rendre insensible à elle –, c’est faire dans le ‘moi’ une incise pour qu’il lui arrive autre chose que soir ».
 
Mourir
 
Nos «petites morts» sont donc l’occasion de s’ouvrir à un réel que nous ne comprenons pas mais que nous pouvons apprendre à aimer. Alors, «la mort n’est-elle pas aussi, elle surtout, l’avènement à une vie d’autant plus parfaitement donnée qu’elle sera plus radicalement déprise d’elle-même?» Prendre ce chemin, c’est, pour Martin Steffens, «posséder par la dépossession», car «on ne reçoit que ce qui ne nous appartient pas». Evoquant Maître Eckhart, il ajoute: «Si donc, d'une part, aimer c'est laisser être une chose pour elle, ou bien savoir que la jouissance que j'ai d’elle ne m’est jamais ni acquise ni due; si d'autre part mourir, c'est être empêché de toute jouissance et laisser le monde aller sans moi; alors peut-être y a-t-il un lien entre l'amour et cette mort ultime qui nous enlèvera tout».
 
Mourir serait donc être vide pour tout recevoir, «posséder la totalité de l’objet aimé, parce qu’on le reçoit d’ailleurs». Les petits renoncements, les petites morts, sont de «petites grâces» qui nous préparent au dessaisissement total, qui sera une «grâce parfaite». «Quand ma vie ne m’appartiendra plus, elle pourra m’être absolument redonnée. Je pourrai ressusciter (…) je serai pour Dieu l’occasion de faire de moi ce qu’Il veut. Or, ce que Dieu veut, c’est ce qu’Il est. Et ce qu’Il est, c’est la Vie».
 
Ressusciter
 
Accueillir la résurrection comme une promesse, c’est aussi découvrir que l’éternité commence «à l’instant où nous commençons de distinguer ce qui, en notre vie ne mourra pas». Mais en quoi consistera notre résurrection? On peut d’abord dire ce qu’elle ne sera pas: «ni un commencement absolu, ni la parfaite continuité de la vie présente, ni l’advenue d’un monde totalement différent de notre ici-bas». Martin Steffens développe alors ce qui constitue la partie la plus originale de l’ouvrage. Pour lui, le «jugement» par lequel s’inaugure la résurrection n’est autre que le «récit que Dieu fera de la vie que, par ma mort, je lui ai remise». Cette mort, il l’a accueillie comme un cri que je lui adresse. Alors, «me ferait-il ressurgir de la mort si c’était seulement pour mettre au jour mes secrets minables?» Car le jugement de Dieu est un jugement de salut. Il sera «rencontre de moi-même à travers l’écoute de Celui qui me sauve».
 
Refermons le livre sur ce que nous dit l’auteur du regard nouveau que nous ouvre la résurrection: «Quand alors on sera définitivement libéré de cette peur de perdre, quand devant soi il n’y aura plus que la vie reçue en Dieu, on prendra doucement le temps d’y regarder de plus près: ces liens invisibles qu’on appelle amitié, amour, affection, confiance, on verra comme ils soutenaient discrètement le monde. On s’émerveillera. Voyant enfin à l’endroit ce qu’on voit ici-bas à l’envers, on s’étonnera: malgré tout le mal qu’on introduit dans le monde, comme tout cela est bien fait!»
 
Fiodor

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Ile aux Moines : entre autel et planches, Frère Grégoire bouscule les codes de l'Eglise

10 Août 2018, 16:26pm

Publié par Grégoire.

Ile aux Moines : entre autel et planches, Frère Grégoire bouscule les codes de l'Eglise

A midi, il célèbre la messe. Le soir venu, il revêt ses habits de comédien. En quête du pourquoi de la vie, de la mort ou du mal, Frère Grégoire, vicaire de l'Ile-aux-Moines, bouscule avec succès le formalisme dans l'Église. 
 

Par SANDRA FERRER/ AFP

Publié le 10/08/2018 à 14:31 Mis à jour le 10/08/2018 à 14:34

Cheveux bouclés, nez droit, lèvres charnues, menton volontaire: le prêtre semble tout droit venu de la Grèce antique. La sérénité qu'il dégage est de celle des kalos kagathos, ces athlètes représentant le citoyen grec beau de corps et sain d'esprit. De nos jours, on dirait de lui que c'est un beau gosse. Vêtu d'un bermuda beige, d'une chemise noire en lin et de sandales, c'est en vélo qu'il arrive en ce début d'août caniculaire à l'église de la petite île du Golfe du Morbihan où il dit la messe.

 

"Si tous les curés étaient comme lui, il y aurait plus de monde dans les églises"

"Il m'a ramené à l'Église, comme il ramène beaucoup de gens", assure Ponové Saliga, originaire de Nouvelle-Calédonie. "Ses sermons sont extraordinaires. Il sort du carcan et puis on rigole", enchaîne Maurice Bellego, son mari, natif de l'île. "Il est de son temps, vivant, naturel. Si tous les curés étaient comme lui, il y aurait plus de monde dans les églises", poursuit ce non-croyant. 

 

De la messe à la scène

La célébration eucharistique terminée, Frère Grégoire enfourche à nouveau son vélo pour revenir au presbytère, où, le soir venu, il joue les textes du poète, romancier et essayiste Christian Bobin, chaque année un nouveau qu'il prépare longuement. Car si l'homme a décidé sa vocation religieuse il y a 23 ans, il n'est acteur que depuis 2012. "Je me suis formé avec un ami comédien", explique-t-il, savourant un tartare, avant une courte sieste et un bain de mer.

 

De l'ennui des études à l'Église   

Grégoire Plus naît en 1971 à Lisieux, d'un père graphiste et d'une mère au foyer. Avec ses sept frères et sœurs, il reçoit une éducation catholique classique qui forge son caractère "rebelle".  A l'école il s'ennuie, et à 14 ans est envoyé en internat. Après le bac, il étudie les relations internationales, sort, voyage, mais s'ennuie encore. Alors qu'il

prépare des concours de la fonction publique dans le calme de la communauté Saint-Jean --qu'il fréquentait étant enfant-- il est frappé par "l'extrême liberté" des frères qu'il y côtoie. 

 

Enseignement de la philosophie

Avide de la "lumière" qui "éclaire les questions existentielles", ce "cherchant-Dieu", comme il se définit, décide de "tout lâcher", alors qu'il n'a jamais imaginé devenir un jour prêtre. "Je suis assez rebelle par rapport au formalisme dans le monde chrétien qui détourne les gens de Dieu", explique-t-il. Six ans plus tard, il prononce ses vœux perpétuels.

Il va étudier la philosophie qu'il enseignera pendant une dizaine d'années en France, Pologne, Allemagne, Etats-Unis, Philippines et Malaisie, dans des universités, séminaires ou congrégations.

 

Découverte de "l'Homme-joie" de Christian Bobin

Puis, dans un aéroport, il y a six ans, il découvre l'oeuvre de Christian Bobin et son "Homme-joie". Il remplace alors ses cours de philo par des seuls en scène, au festival d'Avignon notamment, et depuis un an à l'Ile-aux-Moines. "La seule tristesse qui se rencontre dans cette vie vient de notre incapacité de la recevoir sans l'assombrir par le sentiment que quelque chose en elle nous est dû. Rien ne nous est dû dans cette vie, pas même l'innocence d'un ciel bleu", déclame le religieux à la lumière d'une bougie, sa voix entrecoupée de silences méditatifs. 

 

  

Des textes qui parlent à tout le monde

Dans la petite salle à manger du presbytère aménagée en théâtre, une vingtaine de personnes, jeunes et moins jeunes, boivent ses paroles. "On peut rester dix ans célibataire dans un mariage, on peut parler des heures sans dire un mot, on peut coucher avec la terre entière et rester vierge", enchaîne le comédien, pieds nus, dans une mise en scène épurée intitulée: "Cette vie merveilleusement perdue à chaque seconde qui va". Les textes de l'auteur du "Très-Bas" "parlent à tout le monde", assure le comédien, reconnaissant se cacher derrière les mots du poète. 

Annie Bourgoin, 71 ans, sort "bouleversée" par l'"incroyable profondeur"qui se dégage du comédien qu'elle dit vouloir désormais voir lors d'une messe à l'église ou sur une plage, où il a également l'habitude de célébrer. L'Ile-aux-Moines, où n'aurait en réalité jamais vécu aucun moine, porte enfin bien son nom.

 

https://www.lexpress.fr/actualites/1/styles/entre-autel-et-planches-frere-gregoire-bouscule-les-codes-de-l-eglise_2030272.html

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/morbihan/ile-aux-moines-entre-autel-planches-frere-gregoire-bouscule-codes-eglise-1524770.html

 

 

QUESTIONS AU FRERE GREGOIRE PLUS

interview du Journal La Savoie.

 

1/Comment devient-on moine et ensuite comédien ?

 

Je vais vous faire un aveu: je ne sais pas ce que c’est un moine… D’abord, on ne devient pas moine comme on devient boulanger ou médecin ! Puisque c’est se cacher pour vivre de l’attraction d’une personne complètement cachée -Jésus- et se laisser toujours plus prendre par lui. ça prends donc des formes extrêmement diverses. 

Et le comédien, c’est tout sauf jouer un rôle ! C’est être porteur d’une parole qui nous dépasse, que moi je redécouvre de plus en plus en la disant, et la ‘vivre’ en étant le plus vrai, le plus simple possible; cela suppose donc de l’avoir mangé et d’avoir été porté par elle longtemps. C’est pour moi être allaité par une parole vivante, qui vient nous façonner de l’intérieur, qui imprime sa vie propre et qui rejoint nécessairement notre vie la plus intime… 

 

2/ Etre moine suppose un lourd accès au silence, avec la nécessité de la prière et du retrait, un peu l’inverse justement du comédien qui lui doit faire face à un public en s’exposant ?

 

Oui, mais le silence n’est pas nécessairement matériel : c’est d’abord une question d’amour : il faut beaucoup aimer pour être silencieux et se laisser rencontrer par le Tout-Autre; comme pour le comédien : il ne quitte pas son intériorité ni son silence intérieur en donnant son texte; c’est pour cela qu’on peut très bien en fait « jouer un rôle » dans son monastère ou sur scène si on est pas pris par un amour fervent, un amour d’enfant, actuel, qui nous creuse, qui nous blesse et qui fait que même sur scène on n’est pas quitté par celui qui mystérieusement qui nous attire de partout.

 

3/ Dans quelles circonstances avez-vous rencontré l’œuvre de Christian Bobin. Et pourquoi justement cet auteur ?

 

Après des années d’enseignement de la philo à l’étranger, je cherchais des paroles adaptées aux français qui ont un esprit extrêmement critique et corrosif : on a des opinions sur tout ! Et même chez les cathos et le clergé ! Et ça, ça tue la rencontre avec l’autre, ça fait de nous en apparences des petits morts incapables de s’étonner… 

En achetant par hasard « l’homme-joie » de Christian B, j’ai été porté et comme sentie une guérison intérieure qui se faisait par rapport à cet esprit intempestif de jugement; Et je vois de plus en plus combien Christian a porté et touché ce qu’il y a de plus humain en nous : l’émerveillement, la lenteur, l’esprit d’enfance, se laisser déborder par le réel, en côtoyant et en ne fuyant pas le banal de nos journées et les expériences les plus rudes: la mort d’un ami, la maladie d’un parent. Christian est un lutteur qui nous lègue un trésor inestimable qui devrait beaucoup contribuer à la guérison de notre pays….

 

4/ Les mots de l’écrivain sont-ils toujours compatibles avec la Parole de Dieu ou bien encore avec les Evangiles. Est-ce toujours une affaire de foi, ou d’interprétation ?

 

La Parole de Dieu étant aussi large que Dieu, étant une parole de feu et en aucun cas une morale ou du prêchi-prêcha; les mots de Christian sont pour moi une disposition incroyable à cette rencontre avec nous-même, avec le quotidien, avec l’ami, avec la mort dans lesquels Celui qu’on appelle Dieu -mais qui a des milliers de noms- se cache… Dieu c’est d’abord une question d’attention à ce qui est, c’est une question de quitter les wagons de nos projets pour se laisser rencontrer par Celui qui est l’ordinaire et le rien, le silence et la solitude, le rire  atomique d’un vieillard et le regard fixe d’un nouveau né qui nous dévisage sans pudeur un peu étonné de nous voir là….

 

5/ Vous m’avez dit un jour que Christian Bobin, était un mystique. Mais qu’est-ce qu’un mystique au fond ? Quelqu’un d’éprouvé ?

 

Définir un mystique, c’est un peu comme vouloir mettre la main sur le chant d’un oiseau, le rire d’un bébé… hmmm… c’est quelqu’un qui fréquente tellement Dieu dans la splendeur des jours sans histoires qu’il a finit par lui ressembler : il est devenu aussi frais qu’un nouveau-né, un amoureux, un hyper-vulnérable, un trop sensible, un écoutant, un doux, un naïf, un lent, un patient, un clown, bref tout sauf quelqu’un de sérieux ou qui vivrait avec un rétroviseur permanent sur lui-même ! C’est quelqu’un qui se laisse déborder par le réel, envahir par lui jusqu’à si noyer d’extase !

 

6/ Plus spécifiquement qu’est-ce que signifie pour vous croire en Dieu aujourd’hui ?

Croire en Dieu s’est mendier tout les jours à Celui qui est là, caché, de venir me dire qu’il est là, de venir me dire qui je suis pour lui, de venir me prendre dans tout ce que je vis, c’est de lui remettre très simplement tout mes échecs, tout mes murs, c’est me laisser rencontrer et rechercher par Lui sans que je ne puisse jamais mettre là main sur lui ou sa lumière ! c’est, comment dire, une espèce d’abandon confiant qui passe par le fait de prendre la main de celui qui est sur le même chemin que moi, celle de Christian par exemple.

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Détacher le destin

24 Juillet 2018, 00:25am

Publié par Grégoire.

Détacher le destin

Le destin est patient comme une ânesse attachée dans une ruelle. La présence d’un ânon à ses côtés ajoute à sa sérénité. Ils mettent leurs oreilles en berne, bloquent leurs articulations et sommeillent aussi longtemps qu’il le faut, derrière leurs yeux de velours. Comme l’ânesse le destin a de la mémoire ; une mémoire anticipée ; Il se souvient de ce qui doit arriver ; il sait, et il est donc obstinément patient. C’est écrit. Et s’il arrivait quelque chose, l’ânon enseigné prendrait la suite, sans état d’âme, portant le bât avec persévérance et modestie à son tour.

Le destin a choisi l’ânesse pour sa patience. Attendre dans la ruelle n’est qu’un prologue. Et tout va se jouer dans un geste, un seul. Ce geste est l’engagement d’une suite inéluctable, c’est le début d’une passion, l’origine d’une espérance. « Défaire le nœud de la longe de l’ânesse », dénouer ce lien qui retient la patience et le vieux monde. La patience s’arrête à ce moment précis où une main, d’un petit geste sec tire sur la corde et libère l’ânesse d’un simple nœud de pêcheur.

Le dénouement signe une fin mais aussi dans ce cas un commencement irréversible. A partir de là tout s’enchaîne. Les oreilles de l’ânesse se dressent, ses articulations se débloquent, elle et son ânon trottinent à la suite du destin qui tient la longe, qui jettera des palmes sous ses sabots et hissera sur son dos Celui que sa mère ânesse avait porté, comme pour une répétition, avant qu’il ne naisse une première fois, Celui qui lui laissera, pour tout remerciement de L’avoir porté et réchauffé, une croix noire sur l’échine. Cette main qui détache, c’est le big bang du nouveau monde, c’est la même main qui lâche chaque matin un ballon rouge derrière l’horizon, celle qui délivre en caressant le visage de celui ou de celle dont on attend déjà le retour… Il nous est demandé une fois, une fois dans notre vie, d’aller tirer sur la corde, dans la ruelle où le hasard qui n’en est pas un nous aura conduits, pour oser notre destin.

 Jésus envoya deux disciples : « Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les et amenez-les moi." Matthieu 21,1-11

Jean-François Debargue

Ghardaïa-Algérie

 

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Comment naître à l'Amour ?

8 Juillet 2018, 01:11am

Publié par Grégoire.

Comment naître à l'Amour ?
La connaissance de soi s’acquiert dans la nudité, attentive à refuser toute pensée susceptible d’accueillir l’égoïsme et toutes ses manifestations. Indifférent à la louange comme aux injures, le connaissant marche seul dans un désert aride. Heureux des rencontres, il ne les sollicite point ; il n’a pas à être rassuré sur l’importance de sa démarche, aucun encouragement ne lui est nécessaire. La lumière dont il entend l’appel lui suffit : le reste est bourdonnement.
(...)
A son sommet la philosophie est mystique. Elle plonge dans le mystère obscur par excès de lumière. Ce qui est caché se révèle. Les voiles se déchirent et les yeux voient tandis que les oreilles entendent murmurer les secrets que les autres seraient incapables d'ouïr. Les sens de l'homme intérieur, c'est-à-dire du véritable philosophe, se déploient et un univers nouveau se découvre dans sa splendeur. Il convient alors de déchiffrer les signes, de traduire les symboles, de transposer au plan de la métahistoire le contenu de ce qui est intraduisible du fait de son ineffabilité. Devant les visionnaires, il s'opère des percées soudaines d'une extrême brièveté.
 
(...)
 
Qu’est-ce que le désert ? Une terre de feu, un domaine sans piste. Il faut y chercher les symboles, signes d’une Présence absente.

Le désert n’est pas un lieu, ni un espace, c’est le fond de nous-mêmes, le fond intemporel, le point d’éternité que chacun porte en lui.

 

À l'égard de mon itinéraire, je me pose la question : quel fut mon initiateur, mon véritable maître spirituel ? Je réponds sans la moindre hésitation : la solitude. Elle est un abîme ! Une profondeur ! Une béance ! Dès ma jeunesse, j'ai perçu son appel. Et j'ai été séduite. Depuis, je n’ai jamais regretté l'union de nos amours.

J'ai épousé la solitude comme d'autres prennent un compagnon de route.

Chaque matin, chaque soir, et durant des années, j'ai célébré les multiples anniversaires de nos noces. Noces festives ! Noces secrètes !

Dans la solitude se dévoile quelque chose, une expérience secrète, personnelle, qui ne se partage pas, qui ne peut se dire, qui ne peut se murmurer.

Parfois, je lui étais infidèle en lui tournant le dos. Tentée de la quitter, je cherchais ailleurs ma subsistance. Privée de sa présence, je devenais aussitôt une épouse stérile. Alors, j'allais vers elle en claudiquant. Patiente, elle m'accueillait ; généreuse, elle m'offrait le pardon de mes adultères. Et nous recommencions à vivre ensemble avec une tendresse décuplée. 

« Repentante, je lui disais : solitude, Entraine-moi, après toi ; courons ! » (Ct 1,4).

Marie-Madeleine Davy, Chemins de la profondeur & Traversée en solitaire.

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Silence...

26 Juin 2018, 00:27am

Publié par Grégoire.

Silence...
 
Si nous nous méfions tant du silence et nous ingénions à le combler par toutes sortes de bruitages, dont le langage alors réduit à du bavardage, aussi raffiné puisse-t-il être en apparence, c’est parce que nous sentons qu’il recèle un pouvoir singulier, inquiétant : celui de nous dévoiler, à nous-mêmes et aux autres, dans notre fragilité.
Le silence nous dépouille, il nous « simplifie », il nous éclaire furtivement de l’intérieur en nous reconduisant à notre seul souffle, et à celui des autres, nos interlocuteurs mis pareillement à nu par l’éclosion d’un silence imprévu. Le souffle : pure expression de vie, signature à la fois si délicate et si pénétrante, infime et bouleversante, de la présence d’un vivant. Comme la lumière, il frémit à la lisière de la matière et de l’immatériel, entre mystère et merveille. Le souffle des vivants, en écho à celui du Vivant, en lien organique avec lui, qui est sa source. Dieu : un souffle, une voix du fin silence – ainsi se révéla-t-il à Élie au mont Horeb. Mais Élie n’aurait pas pu le percevoir, ce soupir très ténu, s’il n’avait pas au préalable fait taire les bruits autour de lui, et surtout les tumultes tapis en lui, grondant au fond de lui.
 
Ce n’est pas par voie de « puissance » que son Seigneur, précisément, va se manifester à lui, tout au contraire, c’est en finesse, en douceur, dans un ténu bruissement de silence, lui signifiant ainsi qu’il préfère un cœur humble et attentif à un cœur trop ardent et guerrier.
 
Sylvie Germain

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Swamiji, un voyage intérieur.

22 Juin 2018, 00:30am

Publié par Grégoire.

Seul est libre celui qui n'a plus rien, qui n'attend rien, qui ne cherche rien à atteindre...

Seul est libre celui qui n'a plus rien, qui n'attend rien, qui ne cherche rien à atteindre...

Demeurer dans le silence total des sens et du mental, et rester simplement là… Telle est ma seule vocation. So’ham, je suis Cela ! Il n’y a rien au-delà. Chercher refuge là, et seulement là…

— Swami Ajatananda Saraswati

En 1948, a trente-huit ans, Henri Le Saux, moine de l'abbaye bénédictine de Kergonan rejoint, dans le sud de l'Inde, le père Monchanin. Ils fondent un ermitage, un ashram (Shantivanam) appelé dans leur esprit à devenir le lieu d'une rencontre entre le christianisme et les grands courants mystique de l'Inde. Mais Henri Le Saux s'éloigne peu à peu de l'ashram pour répondre à un appel intérieur plus radical qui le conduit vers l'Himalaya et les sources du Gange.

En février 1998, j'ai eu la chance de vivre quelque temps dans la hutte du Père Le Saux, devant ce large fleuve asséché durant cette période de l'année. De sa vie et a travers l'obscur du quotidien, il a fait de lui-même un pont entre les religions de l'Inde et la révélation du Christ.

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Quand l’âme n’a plus rien que Dieu...

20 Juin 2018, 02:00am

Publié par Grégoire.

Quand l’âme n’a plus rien que Dieu, quand elle n’a plus de vouloir que Sa volonté simple, qu’elle est anéantie et veut tout ce que Dieu veut avec Sa volonté, quand elle est engloutie et réduite à rien [...] l’âme devient avec Lui totalement cela même qu’Il est. (Lettre XIX)

Quand l’âme n’a plus rien que Dieu, quand elle n’a plus de vouloir que Sa volonté simple, qu’elle est anéantie et veut tout ce que Dieu veut avec Sa volonté, quand elle est engloutie et réduite à rien [...] l’âme devient avec Lui totalement cela même qu’Il est. (Lettre XIX)

Ce que l’Amour a de plus doux, ce sont ses violences; son abîme insondable est sa forme la plus belle; se perdre en lui, c’est atteindre le but; être affamé de lui c’est se nourrir et se délecter; l’inquiétude d’amour est un état sûr; sa blessure la plus grave est un baume souverain; languir de lui est notre vigueur; c’est en s’éclipsant qu’il se fait découvrir; s’il fait souffrir, il donne pure santé ; s’il se cache, il nous dévoile ses secrets ; c’est en se refusant qu’il se livre ; il est sans rime ni raison et c’est sa poésie ; en nous captivant il nous libère ; ses coups les plus durs sont ses plus douces consolations; s’il nous prend tout, quel bénéfice ! c’est lorsqu’il s’en va qu’il nous est le plus proche ; son silence le plus profond est son chant le plus haut; sa pire colère est sa plus gracieuse récompense ; sa menace nous rassure et sa tristesse console de tous les chagrins : ne rien avoir, c’est sa richesse inépuisable.

Mais de l'amour on peut dire aussi que sa plus haute assurance nous fait faire naufrage, et son état le plus sublime nous coule à fond; son opulence nous appauvrit et ses bienfaits sont nos malheurs; ses consolations agrandissent nos blessures; son commerce est mainte fois mortel; sa nourriture est famine, sa science égarement; son école nous apprend à nous perdre; son amitié est cruelle et violente; c'est quand il nous est fidèle qu'il nous fuit, sa manifestation consiste à se cacher sans laisser de traces et ses dons, à nous voler encore davantage; ses promesses sont séductrices, sa parure nous dénude, sa vérité nous déçoit et son assurance est mensonge.

Voilà le témoignage que moi-même et bien d'autres nous pouvons porter à toute heure, à qui l'amour a souvent montré des merveilles, dont nous reçûmes dérision, ayant cru tenir ce qu'il gardait pour lui. Depuis qu'il m'a joué ces tours et que j'ai appris à connaître ses façons, je me comporte toute autrement avec lui : ses menaces, ses promesses, tout cela ne me trompe plus : je le veux tel qu'il est, peu importe qu'il soit doux ou cruel, ce m'est tout un. "

Hadewijch d’Anvers, Poèmes spirituels.

 

 

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« Que cherchez-vous ? » 

14 Janvier 2018, 01:06am

Publié par Grégoire.

« Que cherchez-vous ? » 

« Bizarre ? Dans Jean, la première parole de Jésus, de Dieu lui-même qui -après 2000 ans d’attente- a pris chair pour nous parler en direct et vivre au milieu de nous, en nous, et bien, il dit ça : « Que cherchez-vous ? » 

Aucune politesse, ni déférence, aucune présentation, ni explication, mais brutalement : « Vous cherchez-quoi ? » curieux non ?  

Cette interrogation, toujours actuelle « Que cherchez-vous ? » manifeste que c’est lui qui nous cherche, et qu'il est ce dont nous manquons. Cet amour -cette folie furieuse- qui désespérément manque à nos vies qui se voudraient tellement bien maitrisées ! 

Notre vie commence à être 'chrétienne' -ou humaine en fait- quand on réalise que tous nos désirs -tous !- c’est Jésus qui en nous, nous devance, nous bouscule  et nous attire.. et nos désirs les plus cachés sont incompréhensibles si ils ne sont pas pour recevoir Jésus qui réalise -déjà- un don qui nous dépasse totalement : il est tellement pour nous que nous devenons -chacun- comme une seule personne avec lui. Lui, se faisant Agneau, responsable de nous devant le Père. 

Alors, « Que cherches-tu ? » c’est-à-dire : Quel est ton attente ? de quoi tes désirs sont-ils l'attente ? Est-ce de quelque chose qui vient autrement de tout ce que tu as compris ? Veux-tu croire que le Tout-autre te fait déjà vivre autre chose que toi-même ? Veux-tu demeurer dans ce don qui te mets en Lui ? ou bien essayer par toi-même de satisfaire des désirs qui te dépassent ? Well.... Que veux-tu ? 

frG.

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Heureux qui espère et qui dort...

10 Janvier 2018, 04:42am

Publié par Grégoire.

Heureux qui espère et qui dort...

 

« Je n’aime pas celui qui ne dort pas, dit Dieu. 

Le sommeil est l’ami de l’homme.

Le sommeil est l’ami de Dieu.

Le sommeil est peut-être ma plus belle création.

Et moi-même je me suis reposé le septième jour.

Celui qui a le cœur pur, dort,

Et celui qui dort a le cœur pur.

C’est le grand secret d’être infatigable comme un enfant.

D’avoir comme un enfant cette force dans les jarrets.

Ces jarrets neufs, ces âmes neuves.

Et de recommencer tous les matins, toujours neuf,

Comme la jeune, comme la neuve Espérance.

Or on me dit qu’ il y a des hommes

Qui travaillent bien et qui dorment mal.

Qui ne dorment pas.

Quel manque de confiance en moi.

C’est presque plus grave que s’ils travaillaient mal mais dormaient bien.

Que s’ils ne travaillaient pas mais dormaient, car la paresse

N’est pas un plus grand péché que l’inquiétude

Et même c’est un moins grand péché que l’inquiétude.

Et que le désespoir et le manque de confiance en moi.

Je ne parle pas, dit Dieu, de ces hommes

Qui ne travaillent pas et qui ne dorment pas.

Ceux-là sont des pécheurs, c’est entendu.

C’est bien fait pour eux.

Des grands pécheurs.

Ils n’ont qu’à travailler.

Je parle de ceux qui travaillent et qui ne dorment pas.

Je les plains.

Je parle de ceux qui travaillent, et qui ainsi

En ceci suivent les commandements, les pauvres enfants

Et d’autre part n’ont pas le courage, n’ont pas la confiance, ne dorment pas.

Je les plains.

Je leur en veux.

Un peu.

Ils ne me font pas confiance.

Comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère ainsi ils ne se couchent point.

Innocents dans les bras de ma Providence.

Ils ont le courage de travailler.

Ils n’ont pas le courage de ne rien faire.

Ils ont la vertu de travailler.

Ils n’ont pas la vertu de ne rien faire.

De se détendre.

De se reposer.

De dormir.

Les malheureux ils ne savent pas ce qui est bon.

Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour.

Mais ils ne veulent pas m’en confier le gouvernement pendant la nuit.

Comme si je n’étais pas capable d’en assurer le gouvernement pendant une nuit.

Celui qui ne dort pas est infidèle à l’Espérance.

 

Charles Péguy. Le porche du Mystère de la deuxième vertu.

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Les voies de Dieu...

8 Janvier 2018, 13:49pm

Publié par Grégoire.

Les voies de Dieu...

L’Épiphanie ou Théophanie, c’est cet événement incroyablement étrange où Dieu choisit des non-juifs, des païens, des étrangers à la révélation.. Et ces mages, aux croyances païennes, Dieu choisit de se manifester à eux, en les conduisant par un signe naturel, qui touche leur recherche scientifique, leur quête propre, humaine…

Que signifie donc que Dieu prenne d’autres moyens que ceux qu'avaient reçus Israël et qu'ils ne devaient pas transgresser parce que donnés par Dieu lui-même ? Que signifie qu’Il conduit  directement à lui ces personnes qui ont une autre religion ? Et ce, sans préparation préalable, sans s’être servi d’un missionnaire ou d’un envoyé du peuple élu, sinon à travers ce qui a dû être un voyage long, périlleux, appauvrissant…?
Pourquoi ceux qui avaient reçu la révélation n’ont pas su dévoiler ou voir les signes qui leur étaient donnés? Pourquoi n'attendaient-ils plus, ou d'où vient leur léthargie et cécité spirituelle? Ou, qu’avaient-ils comme rêve ou schémas idéal qui a pu leur faire louper la présence de l’enfant de Bethléem... ?

fr.G.

" Aussi, je vous le dis: Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit. Matthieu 21, 43."

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Cet enfant-là, donné, c'est ce que l'on attend toute la vie...

27 Décembre 2017, 04:37am

Publié par Grégoire.

Cet enfant-là, donné, c'est ce que l'on attend toute la vie...

Il marche. Sans arrêt il marche. Il va ici et puis là. Il passe sa vie sur quelque soixante kilomètres de long, trente de large. Et il marche. Sans arrêt. On dirait que le repos lui est interdit. Ce qu’on sait de lui, on le tient d’un livre.

Avec l’oreille un peu plus fine, nous pourrions nous passer de ce livre et recevoir de ses nouvelles en écoutant le chant des particules de sable, soulevées par ses pieds nus.

Rien ne se remet de son passage et son passage n’en finit pas. Ils sont d’abord quatre à écrire sur lui. Ils ont, quand ils écrivent, soixante ans de retard sur l’événement de son passage. Soixante ans au moins. Nous en avons beaucoup plus, deux mille.

Tout ce qui peut être dit sur cet homme est en retard sur lui. Il garde une foulée d’avance et sa parole est comme lui, sans cesse en mouvement, sans fin dans le mouvement de tout donner d’elle-même. Deux mille ans après lui, c’est comme soixante. Il vient de passer et les jardins d’Israël frémissent encore de son passage, comme après une bombe, les ondes brûlantes d’un souffle. Il va tête nue. La mort, le vent, l’injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas.

A croire que ce qui le tourmente n’est rien en regard de ce qu’il espère.

A croire que la mort n’est guère plus qu’un vent de sable.

A croire que vivre est comme il marche... sans fin

L’humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi. Et le premier venu est plus grand que nous: c’est une des choses que dit cet homme. C’est l’unique chose qu’il cherche à nous faire entrer dans nos têtes lourdes. Le premier venu est plus grand que nous : il faut détacher chaque mot de cette phrase et le mâcher, le remâcher. La vérité, ça se mange. Voir l’autre dans sa noblesse de solitude, dans la beauté perdue de ses jours. Le regarder dans le mouvement de venir, dans la confiance à cette venue. C’est ce qu’il s’épuise à nous dire, l’homme qui marche: ne me regardez pas, moi. Regardez le premier venu et ça suffira, et ça devrait suffire. Il va droit à la porte de l’humain. Il attend que cette porte s’ouvre. La porte de l’humain, c’est le visage. Voir face à face, seul à seul, un à un.

Dans les camps de concentration, les nazis interdisaient aux déportés de les regarder dans les yeux sous peine de mort immédiate. Celui dont je n’accueille plus le visage---et pour l’accueillir, il faut que je lave mon propre visage---celui-là, je le vide de son humanité et je m’en vide moi-même. Il est juif par sa mère, juif par son père, éternellement juif par cette façon d’aller partout sans trouver nulle part un abri, merveilleusement juif par son amour enfantin des devinettes---comme l’oiseau qui interroge par son chant et reçoit pour toute réponse une pierre et chante encore, même mort chante, encore, encore, encore, bien après que la pierre qui l’a tué est redevenue friable, poussière, silence, moins que silence, rien, et toujours cette vibration du chant pur dans le rien manifesté du monde. 

La mort est économe, la vie est dépensière. Il ne parle que de la vie, avec ses mots à elle: il saisit des morceaux de la terre, les assemble dans sa parole, et c’est le ciel qui apparaît, un ciel avec des arbres qui volent, des agneaux qui dansent et des poissons qui brûlent, un ciel infréquentable, peuplé de prostituées, de fous et de noceurs, d’enfants qui éclatent de rire et de femmes qui ne rentrent plus à la maison, tellement de monde oublié par le monde et fêté là, tout de suite, maintenant, sur la terre autant qu’au ciel.

C’est une pesanteur des sociétés marchandes et toutes les sociétés sont marchandes, toutes ont quelque chose à vendre que de penser les gens comme des choses, que de distinguer les choses suivant leur rareté, et les hommes suivant leur puissance. Lui, il a ce coeur d’enfant de ne rien savoir des distinctions. Le vertueux et le voyou, le mendiant et le prince, il s’adresse à tous de la même voix limpide, comme s’il n’y avait ni vertueux, ni voyou, ni mendiant, ni prince, mais seulement, à chaque fois, deux vivants face à face, et la parole dans le milieu des deux, qui va, qui vient.

Ce qu’il dit est éclairé par des verbes pauvres; prenez, écoutez, venez, partez, recevez, allez. Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière d’amour. Ce qu’il veut, ce n’est pas pour lui qu’il le veut. Ce qu’il veut, c’est que nous nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas: aimez-moi. Il dit: aimez-vous. Il y a un abîme entre ces deux paroles. Il est d’un côté de l’abîme et nous restons de l’autre. C’est peut-être le seul homme qui ait jamais vraiment parlé, brisé les liens de la parole et de la séduction, de l’amour et de la plainte. C'est un homme qui va de la louange à la désaffection et de la désaffection à la mort, toujours allant, toujours marchant. Il ne fait pas de l’indifférence une vertu.

Christian Bobin

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Noël, c'est Dieu qui vient nous rendre la vie impossible...

25 Décembre 2017, 00:37am

Publié par Grégoire.

Noël, c'est Dieu qui vient nous rendre la vie impossible...

"J'éprouve de la méfiance vis-à-vis d'un imaginaire un peu trop chaleureux, romantique, "sucré". Noël n'est pas une jolie histoire, un joli rêve.

A Noël, je vois venir à ma rencontre un nouveau-né qui, déjà, est mon maître. Un enfant qui va me donner à manger comme on donne à manger à un nourrisson. Un enfant qui va m'apprendre des vérités élémentaires et pourtant tellement essentielles.

Il va m'apprendre que d'un côté il y a les stratégies, les calculs, la force la puissance, l'argent, la jalousie. Et que, de l'autre, il y a l'attention à l'autre, l'oubli de soi, le don, l'ouverture, la bonté.

A Noël arrive un enfant qui va nous rendre la vie impossible, mais sans cet impossible, il n'y a rien."

Christian Bobin. croire.com

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Dieu s'est fait le très-bas, silence de mort, passivité du cadavre...

15 Avril 2017, 09:29am

Publié par Grégoire.

Dieu s'est fait le très-bas, silence de mort, passivité du cadavre...

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Un jour, je saurai voir en chacun le suaire de Turin, l'ombre du Dieu couché

14 Avril 2017, 05:29am

Publié par Grégoire.

Un jour, je saurai voir en chacun le suaire de Turin, l'ombre du Dieu couché

Le Christ s’est servi du langage comme d’une hache de lumière pour fendre le bois mort de nos âmes puis il a jeté cette hache au fin fond des étoiles où St Jean l’a reprise pour écrire son évangile. Certaines de ses paroles me sont insupportables. Je refuse d’y entrer car je sais qu’alors il me faudra quitter beaucoup de choses. C’est surtout rien de plus que le parfait récit d'une vie humaine qui se déploie et qui échoue.

Le Christ, par son échec plus glorieux que toutes les réussites, est ce qui a jamais été vécu de mieux sur terre : une inlassable quête des âmes vivantes, un soleil traversant des épaisseurs de mort. Il est le fleurissant par surprise, l’attaquant par grâce, l’incroyable insurrection du rouge de l’esprit dans notre coeur éteint. Le spirituel est une guerre et une paix – les deux indissolublement.

Le Christ est un guerrier sans armes. Un tigre de douceur, aussi frêle qu’un coquelicots que pour leur profit, les hommes veulent arracher de la terre. Ceux qui entrevoient sa pureté ne comprennent pas sa faiblesse.  Ce n'est pas un modèle ni un idéal. Les modèles sont décourageants, les idéaux sont des fantômes. C'est un soleil voilé par les nuages de nos ambitions et de nos soucis. Il suffit d'être humain pour entrer dans le royaume dont le Christ est le gardien bienveillant. Ses yeux ont la fièvre des yeux des pauvres. Un soleil qui n'attend que notre regard pour courir toute la vie d'un seul coup. Il veut traverser nos vies comme un feu de forêt.

Aucune intelligence n’égale la sienne, sa pensée fait des bonds de tigre. Elle renverse tous les sages comme si ils étaient des quilles. Et c’est parce qu’ils ne pouvaient pas lui répondre qu’ils l’ont tués. Ce qu’il leur refuse, il le donne sans compter aux timides.

C’est le feu de l’esprit. Il n’a besoin pour prendre que d’un bois sec, c’est-à-dire d’un cœur ferme. La lumière du monde ne vient pas du monde : elle vient de l’embrasement de ces cœurs purs, épris plus que d’eux-mêmes de la simplicité radicale du ciel bleu, d’un geste généreux ou d’une parole fraîche. Le Christ est comme un amour qu’on attend et qui est déjà là, dans cette attente qu’on en a.

Je pense à toi, Christ guérisseur

A ta salive lumineuse pleine de soleil, lucioles et autres fées

Remèdes contre la lassitude

Prends dans ta bouche, Christ sorcier, ma maigre vie 

Et le peu d’amour qui y grelotte

Serre la petite herbe de mon âme

Entre tes dents de feu

Et apprends-moi à rire dans ta langue maternelle

Christian Bobin.

 

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Apprendre à aimer

20 Mars 2017, 06:41am

Publié par Grégoire.

"Comme notre vie serait plus belle si elle baignait dans cette joie de s'ouvrir à l'autre et aux autres en découvrant la joie d'aimer et de se laisser aimer, la joie d'expérimenter la miséricorde de notre Père, et de la donner à notre tour à nos frères."

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L'évangile, seule réponse à nos maux, un refus de la fatalité... mais impossible à vivre par soi.

5 Mars 2017, 05:38am

Publié par Grégoire.

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Appelez le bonheur sur Jérusalem : Paix à ceux qui t’aiment !

2 Juin 2014, 07:09am

Publié par Fr Greg.

Appelez le bonheur sur Jérusalem : Paix à ceux qui t’aiment !

 

Ô Seigneur, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
Dieu de Jésus le Nazaréen,
du cœur de cette Cité Sainte,
patrie spirituelle des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans,
je fais mienne l’invocation des pèlerins
qui montaient vers ton temple, débordant de joie :
« Appelez le bonheur sur Jérusalem :
Paix à ceux qui t’aiment !
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais !
À cause de mes frères et de mes proches,
je dirai : ‘‘Paix sur toi !’’.
À cause de la maison du Seigneur notre Dieu,
je désire ton bien » (Ps 122, 6-9

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La fermeture à la lumière rend toujours plus agressif

8 Avril 2014, 06:58am

Publié par Fr Greg.

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l’épisode de l’homme aveugle de naissance, auquel Jésus donne la vue s’ouvre par un aveugle qui commence à voir et se ferme – cela est curieux – avec des voyants présumés qui continuent à rester aveugles dans leur âme. Le miracle est raconté par Jean en deux versets à peine, car l’évangéliste veut attirer l’attention non pas sur le miracle en soi, mais sur ce qui arrive ensuite, sur les discussions qu’il suscite ; sur les bavardages aussi : si souvent, une bonne oeuvre, une œuvre de charité suscite des médisances et des discussions, car certains ne veulent pas voir la vérité. L’évangéliste Jean veut attirer l’attention sur ce qui arrive aussi de nos jours lorsque l’on fait une bonne œuvre. L’aveugle guéri est d’abord interrogé par la foule étonnée – ils ont vu le miracle et l’interrogent – puis par les docteurs de la loi ; ces derniers interrogent aussi ses parents. A la fin l’aveugle guéri parvient à la foi, et c’est la grâce la plus grande qui lui est faite par Jésus : non seulement de voir, mais de Le connaître, de Le voir comme « la lumière du monde » (Jn 9,5).

Alors que l’aveugle s’approche graduellement de la lumière, les docteurs de la loi au contraire s’enlisent toujours plus dans leur cécité intérieure. Enfermés dans leurs présomptions, ils croient déjà avoir la lumière; à cause de cela ils ne s’ouvrent pas à la vérité de Jésus. Ils font tout pour nier l’évidence. Ils mettent en doute l’identité de l’homme guéri ; puis ils nient l’action de Dieu dans la guérison, en prenant comme excuse que Dieu n’agit pas le samedi ; ils en arrivent même à douter que l’homme soit né aveugle. Leur fermeture à la lumière devient agressive et aboutit à l’expulsion de l’homme guéri du temple.


Le chemin de l’aveugle au contraire est un parcours à étapes, qui part de la connaissance du nom de Jésus. Il ne connaît rien de Lui; en effet il dit : « L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, il m'en a frotté les yeux » (v.11). Après les questions pressantes des docteurs de la loi, il le considère d’abord comme un prophète (v.17) et puis un homme proche de Dieu (v.31). Après qu’il ait été éloigné du temple, exclu de la société, Jésus le trouve de nouveau et lui "ouvre les yeux" pour la seconde fois, en lui révélant son identité : « Je suis le Messie », lui dit-il. A ce moment-là celui qui avait été aveugle s’exclame : « Je crois, Seigneur ! » (v.38), et se prosterne devant Jésus. C’est un passage de l’Evangile qui montre le drame de la cécité intérieure de tant de personnes, y compris la nôtre car parfois nous avons des moments de cécité intérieure.


Notre vie est parfois semblable à celle de l’aveugle qui s’est ouvert à la lumière, qui s’est ouvert à Dieu, qui s’est ouvert à sa grâce. Parfois malheureusement elle est un peu comme celle des docteurs de la loi : du haut de notre orgueil nous jugeons les autres, et même le Seigneur ! Aujourd’hui, nous sommes invités à nous ouvrir à la lumière du Christ pour porter du fruit dans notre vie, pour éliminer les comportements qui ne sont pas chrétiens ; nous tous sommes chrétiens, mais nous tous, tous, nous avons parfois des comportements non chrétiens, des comportements de péché. Nous devons nous en repentir, éliminer ces comportements pour marcher résolument sur la voie de la sainteté. Elle prend son origine dans le Baptême. Nous aussi en effet nous avons été "éclairés" par le Christ dans le Baptême, afin que, comme nous le rappelle saint Paul, nous puissions nous comporter comme « des enfants de lumière » (Eph 5,8), avec humilité, patience, miséricorde. Ces docteurs de la loi n’avaient ni humilité, ni patience, ni miséricorde !

Je vous suggère, aujourd’hui, quand vous rentrerez chez vous, de prendre l’Evangile de Jean et de lire ce passage du chapitre 9. Cela vous fera du bien, car vous verrez cette route de la cécité à la lumière et l’autre mauvaise route vers une plus profonde cécité. Demandons-nous comment est notre cœur. Ai-je un cœur ouvert ou un cœur fermé ? Ouvert ou fermé envers Dieu ? Ouvert ou fermé envers le prochain ? Nous avons toujours en nous quelque fermeture née du péché, des fautes, des erreurs. Nous ne devons pas avoir peur ! Ouvrons-nous à la lumière du Seigneur, Il nous attend toujours pour nous aider à mieux voir, pour nous donner plus de lumière, pour nous pardonner. N’oublions pas cela ! Confions notre chemin du carême à la Vierge Marie, afin que nous aussi, comme l’aveugle guéri, avec la grâce du Christ, nous puissions "venir à la lumière", aller plus avant vers la lumière et renaître à une vie nouvelle.

François, Pape.

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« Il nous a faits et nous sommes à lui, nous son peuple, son troupeau » (Ps 100, 3)

2 Février 2014, 10:00am

Publié par Fr Greg.

 

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« C'est Jacob que le Seigneur a choisi, Israël dont il a fait son bien » (Ps 135, 4). Eh bien, nous sommes la "propriété" de Dieu non pas au sens de la possession qui rend esclaves, mais d’un lien fort qui nous unit à Dieu et entre nous, selon un pacte d’alliance qui demeure pour l’éternité «car éternel est son amour» (Ps 136). Dans la vocation du prophète Jérémie, Dieu rappelle qu’il veille continuellement sur chacun, afin que sa Parole se réalise en nous. L’image est celle de la branche d’amandier qui fleurit avant tous les autres, annonçant la renaissance de la vie au printemps (cf. Jr 1, 11-12). Tout provient de lui et est don de lui ; le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir, mais — rassure l’apôtre — « vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu » (1 Co 3, 23). Voilà expliquée la modalité d’appartenance à Dieu: à travers le rapport unique et personnel avec Jésus, que le Baptême nous a conféré dès le début de notre renaissance à une vie nouvelle. C’est donc le Christ qui nous interpelle sans cesse par sa Parole afin que nous mettions notre confiance en lui, en l’aimant «de tout notre cœur, de toute notre intelligence et de toute notre force» (cf. Mc 12, 33). C’est pourquoi chaque vocation, malgré la pluralité des voies, demande toujours un exode de soi-même. C’est un exode « qui nous conduit à un chemin d’adoration du Seigneur et de service à lui dans nos frères et sœurs». C’est pourquoi nous sommes tous appelés à adorer le Christ dans nos cœurs (cf. 1 P 3, 15), pour nous laisser rejoindre par l’impulsion de la grâce contenue dans la semence de la Parole, qui doit croître en nous et se transformer en service concret de notre prochain. Nous ne devons pas avoir peur : Dieu suit avec passion et habileté l’œuvre sortie de ses mains, à chaque saison de la vie. Il ne nous abandonne jamais! Il a à cœur la réalisation de son projet sur nous, mais il entend cependant l’obtenir avec notre assentiment et notre collaboration.

 

 Aujourd’hui aussi, Jésus vit et chemine dans les réalités de la vie ordinaire pour s’approcher de tous, à commencer par les derniers, et nous guérir de nos infirmités et de nos maladies. Je m’adresse à présent à ceux qui sont bien disposés à se mettre à l’écoute de la voix du Christ qui retentit dans l’Église, pour comprendre quelle est leur vocation propre. Je vous invite à écouter et à suivre Jésus, à vous laisser transformer intérieurement par ses paroles qui « sont esprit et sont vie » (Jn 6, 63). Marie, la Mère de Jésus et la nôtre, nous répète à nous aussi: « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). Cela vous fera du bien de participer avec confiance à un chemin communautaire qui sache libérer en vous et autour de vous les meilleures énergies. La vocation est un fruit qui mûrit dans le champ bien cultivé de l’amour réciproque qui se fait service mutuel, dans le contexte d’une authentique vie ecclésiale. Aucune vocation ne naît toute seule ou ne vit pour elle-même. La vocation jaillit du cœur de Dieu et germe dans la bonne terre du peuple fidèle, dans l’expérience de l’amour fraternel. Jésus n’a-t-il peut-être pas dit: « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35)?

 

FRANÇOIS, pape.

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