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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Articles avec #enseignement

Qu'attendre de Dieu ?

13 Mai 2017, 03:46am

Publié par Grégoire.

Qu’attendre de Dieu et des hommes ? Peut-on tout demander à Dieu ? Faut-il attendre que Dieu nous exauce, ou ne doit-on compter que sur nous ou sur nos frères ? Dans cette attente, quelle espérance doit-on fonder sur Dieu et sur l’homme ?

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Itinéraire pour un coeur amoureux

5 Mai 2017, 04:09am

Publié par Grégoire.

de Fabrice Sabolo. Collection Philosophie 288 pages - avril 2017

de Fabrice Sabolo. Collection Philosophie 288 pages - avril 2017

 

Voici l’histoire de deux amours. L’un est à la racine de toutes les séductions, de la quête effrénée d’un idéal qui le captive, le fixe et parfois le dévore. C’est l’amour qui habite le coeur de l’artiste, aspire à la beauté, à la forme parfaite et qui, pour mieux s’éprouver, ira jusqu’à rendre impossible son assouvissement.


Le second est moins bavard, moins flamboyant. Il ne désire qu’une chose : aimer l’autre. Loin de nier les aspérités de la vie réelle, il trace son chemin à travers les aléas du quotidien, luttant pour ne jamais éteindre la flamme qui l’anime : l’amour – réciproque – de la personne, qui est son secret.


Voici l’histoire de quelques questions décisives :

peut-on vraiment aimer quelqu’un ? Peut-on l’aimer pour toujours ? Peut-on dépasser le dilemme d’un amour fusionnel, intense mais fugace, ou d’une vie partagée, mais ô combien trop longue ?

Voici l’histoire d’éros et philia, deux grandes figures de l’amour qui ne cessent de renaître.


Docteur en philosophie, Fabrice Sabolo travaille dans le secteur social et enseigne en milieu universitaire. Il a notamment dirigé un centre de préformation aux métiers de l’éducation. L’amour, l’art, le travail et la personne sont ses thèmes de prédilection.

 

https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/17948/itineraire-pour-un-coeur-amoureux

 

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L'amour est-il toujours victorieux ?

26 Avril 2017, 04:15am

Publié par Grégoire.

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Quand tu donnes de ton avoir au pauvre, tu ne lui donnes pas. Tu ne fais que lui rendre ce qui lui appartient.

22 Mars 2017, 05:32am

Publié par Grégoire.

« Quand tu donnes de ton avoir au pauvre, tu ne lui donnes pas. Tu ne fais que lui rendre ce qui lui appartient. Parce que ce que tu t’es annexé ce qui a été donné en commun pour l’usage de tous. La terre est à tous et pas seulement aux riches.»

« Quand tu donnes de ton avoir au pauvre, tu ne lui donnes pas. Tu ne fais que lui rendre ce qui lui appartient. Parce que ce que tu t’es annexé ce qui a été donné en commun pour l’usage de tous. La terre est à tous et pas seulement aux riches.»

Le capitalisme, tel que nous le vivons depuis les dernières décennies, est-il à votre avis un système en quelque sorte irréversible ?

Pape François : Je ne saurais comment répondre à cette question. Je reconnais que la globalisation a aidé beaucoup de personnes à sortir de la pauvreté, mais elle en a condamné d’autres à mourir de faim. C’est vrai qu’en terme absolu, la richesse mondiale s’est accrue, mais la disparité a augmenté et de nouvelles pauvretés sont apparues. Ce que je remarque, c’est que ce système se maintient avec cette culture du rebut, dont j’ai parlé de nombreuses fois. Il y a une politique, une idéologie et aussi une attitude du rejet. Quand au centre du système, il n’y a plus l’homme, mais l’argent, quand l’argent devient une idole, les hommes et les femmes sont réduits à de simples instruments, dans un système économique et social caractérisé et même dominé par de profonds déséquilibres. Et ainsi, on « rejette » ceux qui ne servent pas cette logique : cette attitude qui rejette les enfants et les personnes âgées et touche aujourd’hui même les jeunes. J’ai été impressionné d’apprendre que dans les pays développés, il y a des millions de jeunes de moins de 25 ans qui n’ont pas de travail. Je les ai appelés les jeunes « ni-ni » parce qu’ils n’étudient pas et ne travaillent pas non plus. Ils n’étudient pas parce qu’ils n’en ont pas la possibilité et ne travaillent pas parce que le travail manque. Mais je voudrais encore rappeler cette culture du rejet qui conduit à rejeter les enfants également à travers l’avortement. Je suis marqué par les taux de natalité si bas en Italie : on perd ainsi le lien avec l’avenir. De même, la culture du rejet conduit à l’euthanasie cachée des personnes âgées, qui sont abandonnées. Au lieu d’être considérées comme notre mémoire. Le lien avec notre passé est une ressource de sagesse pour le présent. Parfois, je me demande : quel sera le prochain rejet ? Nous devons nous arrêter à temps. Arrêtons-nous, s’il vous plaît ! Et donc, pour essayer de répondre à votre question, je dirais : ne considérons pas cet état comme irréversible, ne nous résignons pas. Essayons de construire une société et une économie où l’homme et son bien soient au centre, et non l’argent. 

Un changement, une attention plus grande à la justice sociale peut-elle advenir grâce à plus d’éthique dans l’économie, ou peut-on envisager aussi des changements structuraux dans le système ?

Pape François :  Avant tout, il est bon de rappeler qu’il y a besoin d’éthique dans l’économie, et qu’il y en a également besoin en politique. Différents chefs d’état et hommes politiques, que j’ai pu rencontrer après mon élection comme évêque de Rome m’ont parlé plusieurs fois de ceci. Ils ont dit : « Vous, les leaders religieux, vous devez nous aider, nous donner des indications éthiques ». Oui, le pasteur peut faire des rappels, mais je suis convaincu, comme l’a rappelé Benoît XVI dans son encyclique Caritas in veritate, qu’il y a besoin d’hommes et de femmes aux bras levés vers Dieu pour le prier, conscients que l’amour et le partage dont dérive le développement authentique, ne sont pas un produit de nos mains, mais un don à demander. Et en même temps, je suis convaincu qu’il y a besoin que ces hommes et ces femmes s’impliquent à chaque niveau, dans la société, en politique, dans les institutions et l’économie, en mettant le bien commun au centre. Nous ne pouvons plus attendre de résoudre les causes structurelles de la pauvreté, pour guérir notre société d’une maladie qui peut seulement conduire à de nouvelles crises. Les marchés et la spéculation financière ne peuvent bénéficier d’une autonomie absolue. Sans une solution aux problèmes des pauvres, nous ne résoudrons pas les problèmes du monde. Il faut des programmes, des mécanismes et des projets au service d’une meilleure distribution des ressources, de la création d’emploi, de la promotion intégrale de celui qui est exclu.

Pourquoi les mots forts et prophétiques de Pie XI dans l’encyclique Quadragesimo anno contre l’impérialisme international de l’argent, sonnent-ils aujourd’hui pour beaucoup – même des catholiques – comme exagérés et radicaux ? 

Pape François : Pie XI semble exagéré à ceux qui se sentent concernés par ses paroles, touchés au vif par ses accusations prophétiques. Mais le Pape n’exagérait pas, il avait dit la vérité après la crise économico-financière de 1929 ; et en bon alpiniste, il voyait les choses comme elles étaient, il savait regarder loin. Je crains que ceux qui exagèrent soient plutôt ceux qui, aujourd’hui encore, se sentent remis en cause par les appels de Pie XI…

Les pages de Populorum progressio où il est dit que la propriété privée n’est pas un droit absolu, mais est subordonné au bien commun, ainsi que le catéchisme de Saint Pie X, qui énumère parmi les péchés (…) l’oppression des pauvres et la privation des ouvriers d’un salaire juste, sont-elles toujours valables ? 

Pape François :  Non seulement ces affirmations sont toujours valables, mais plus le temps passe, plus je les trouve confirmées par l’expérience.

Beaucoup ont été marqués par vos paroles sur les pauvres, « chair du Christ ». L’accusation de « paupérisme » vous dérange-t-elle ?

Pape François :  Avant l’arrivée de François d’Assise, il y avait des paupéristes. Au Moyen Âge, il y a  eu de nombreux courants paupéristes. Le paupérisme est une caricature de l’Évangile et de la pauvreté elle-même. Saint François nous a aidés au contraire à découvrir le lien profond entre la pauvreté et le chemin évangélique. Jésus affirme qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois, Dieu et la richesse. Est-ce du paupérisme ? Jésus nous dit quel est le « protocole » sur la base duquel nous serons jugés, celui que nous lisons au chapitre 25 de l’Évangile de Matthieu : « J’ai eu faim, j’ai eu soif, j’ai été en prison, j’étais malade, j’étais nu, et vous m’avez aidé, vêtu, visité, vous avez pris soin de moi ». Chaque fois que nous faisons cela à un frère, nous le faisons à Jésus. Prendre soin de notre prochain, de celui qui est pauvre, de celui qui souffre dans son corps et son esprit, de celui qui est dans le besoin. Cela c’est la pierre de comparaison. Est-ce du paupérisme ? Non, c’est l’Evangile. La pauvreté éloigne de l’idolâtrie, du sentiment d’autosuffisance. Zachée, après avoir croisé le regard miséricordieux de Jésus, a donné la moitié de ce qu’il avait aux pauvres. Le message de l’Évangile s’adresse à tous. L’Évangile ne condamne pas les riches mais l’idolâtrie de la richesse, cette idolâtrie qui rend insensible au cri du pauvre. Jésus a dit qu’avant de présenter notre offrande sur l’autel, nous devons nous réconcilier avec notre frère pour être en paix avec lui. Je crois que nous pouvons, par analogie, étendre la richesse à cet « être en paix » avec nos frères pauvres.

Vous avez souligné la continuité avec la tradition de l’Église dans cette attention aux pauvres. Pouvez-vous donner quelques exemples à ce sujet ? 

Pape François : Un mois avant l’ouverture du concile œcuménique Vatican II, le pape Jean XXIII a dit : « L’Église se présente comme elle est et veut être : comme l’Église de tous, et particulièrement celle des pauvres ». Dans les années qui ont suivi, l’option préférentielle pour les pauvres est entrée dans les documents du magistère. On pourrait penser qu’il s’agit d’une nouveauté, tandis qu’au contraire, c’est une attention qui a son origine dans l’Évangile et apparaît déjà dans les premiers siècles du christianisme. Si je reprenais quelques passages des homélies des premiers Pères de l’Église du deuxième ou du troisième siècle, sur la façon dont on doit traiter les pauvres, certains m’accuseraient de faire une homélie marxiste !

« Quand tu donnes de ton avoir au pauvre, tu ne lui donnes pas. Tu ne fais que lui rendre ce qui lui appartient. Parce que ce que tu t’es annexé ce qui a été donné en commun pour l’usage de tous. La terre est à tous et pas seulement aux riches.» Ce sont les mots de saint Ambroise, qui ont servi à Paul VI, pour affirmer dans Populorum progressio que la propriété privée ne constitue pour personne un droit inconditionnel et absolu, et que personne n’est autorisé à réserver à son usage exclusif ce qui dépasse son besoin, quand d’autres manquent du nécessaire. Saint Jean Chrysostome affirmait : « Ne pas partager ses biens avec les pauvres signifie les voler et les priver de la vie. Les biens que nous possédons sont à eux, et non à nous ». (…) Comme on peut le voir, cette attention pour les pauvres est dans l’Évangile et elle est dans la tradition de l’Église. Ce n’est pas une invention du communisme et il ne faut pas l’idéologiser, comme c’est arrivé plusieurs fois au cours de l’histoire. Quand elle arrive à vaincre ce que j’ai appelé la « globalisation de l’indifférence », l’Église est loin d’un quelconque intérêt politique et d’une quelconque idéologie : seulement mue par les paroles de Jésus, elle veut offrir sa contribution à la construction d’un monde où on s’occupe les uns des autres et où on prenne soin de l’autre.

Interview François, Pape.

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Y-a-t-il une soumission à quelque chose dans nos vies...?

12 Mars 2017, 05:01am

Publié par Grégoire.

Extraits d'une conférence de 2h00...

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Silence

7 Mars 2017, 05:48am

Publié par Grégoire.

Silence

Un vide envahit notre monde : celui du silence de la déception et de l’échec. Nous restons sidérés devant notre impuissance à rendre l’humanité heureuse, à faire de notre planète un sweet home. Un froid glacial – comme celui d’un hiver nucléaire – gagne nos regards, nos espérances et même nos désirs. C’est le silence qui suit la dévastation, celui qui fait irruption au milieu de la certitude clinquante de notre liberté, de la prétendue maîtrise de nos existences et de notre destinée.

Muets

Ce silence de mort est celui de la sécheresse du cœur, qui s’étend inexorablement comme le sable d’un désert plombé par le soleil caniculaire de notre ego collectif. Nous pensions bâtir une Babylone Nouvelle et nous sommes devenus muets, étrangers les uns aux autres ; bientôt la parole va nous manquer. Le bavardage, l’auto-affirmation idéologique ou libertaire, l’insulte et le cri de guerre couvrent le silence dans lequel nous engloutissent nos peurs et nos terreurs.

Mais il faut savoir traverser le silence de la nuit pour découvrir celui de l’amour.

Absence

C’est que nous avons peur du silence de Dieu qui nous semble impuissant ou absent de nos combats et de nos épreuves. Le silence de l’extase, de la beauté ou de ce qui est présent là tout simplement, sans bavardage ni commentaire, nous paraît alors pâle, insignifiant, inconsistant même, face au silence assourdissant du désespoir et de l’anéantissement, que notre siècle masque vainement en s’enivrant de divertissements.

Pure présence

Et si le silence de Dieu était là, présent à l’intérieur de l’échec et du bruit, de l’impuissance humaine et de l’inexprimable de la souffrance ? S’il était patience qui écoute et soin sans mots qui ne se donne que dans une tendresse trop profonde pour être perçu par nos âme endolories ?

C’est dans la part essentielle et souvent inaccessible de nos vies chaotiques et fissurées que le cœur silencieux de Dieu vient à nous en nous invitant à laisser nos blessures être visitées, ointes, baignées par le Souffle silencieux de sa miséricorde.

Car au fond du bruit et des gémissements de notre monde bat le cœur du Crucifié. En perfusion de sa Vie, trop grande pour que nous puissions la contenir, la recréation souterraine des nôtres a déjà commencé.

Samuel Rouvillois

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Du regard de Dieu sur nous...

4 Mars 2017, 05:41am

Publié par Grégoire.

Du regard de Dieu sur nous...

"Dieu seul sonde les reins et les cœurs. Il ne juge pas selon les réalisations matérielles, mais selon les intentions profondes de chacun.

Les  hommes s'habituent tellement à juger leurs frères selon leurs résultats : ‘qu'as-tu fais dans ta vie ?’ et quand cela commence à être négatif, c'est terrible. Il n'y a plus de place pour eux. Le dossier négatif fait son cheminement ! C'est terrible cette humanité d’aujourd'hui, parce qu'on ne voit que l'aspect négatif et on juge les personnes en fonction de cela, alors que Dieu remonte à la source et voit les intentions. 

En Dieu, il n'y a pas de jugement à partir des réalisations. 

Dieu nous poursuit jusqu'au bout pour qu'on redécouvre son amour de Père, sa sollicitude aimante sur nous. »

P. Marie Dominique Philippe. Retraite sur l’Apocalypse. 1995

 

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L’indestructible

1 Mars 2017, 05:53am

Publié par Grégoire.

L’indestructible

Les immeubles parisiens flottent comme des troncs d’arbres sur un fleuve de goudron noir. je cherche quelques points de repère soustraits à ce tumulte qui charrie voitures, jeunes femmes portemanteaux et assassins aux yeux clos à la cire par leur ambition. Le visage des clochards et les vitrines des librairies sont deux marques de l’éternel. Boulevard Raspail, sortant d’une librairie où j’ai repris des forces, je croise vingt mètres plus loin un clochard réfugié dans l’arrière-cour de ses yeux. Le Christ a mauvaise haleine. Il sent le vin noir.

Les mendiants se sacrifient pour nous. C’est parce qu’ils sont perdus que nous croyons réellement ne pas l’être. 

Rive-droite, dans un quartier dont les immeubles bombent le torse de colère en me voyant, une église orthodoxe. L’autopsie de Dieu vient d’y commencer. Un guide commente pour un troupeau distrait le sens du rite. Il fait gris. Un peu partout, des tentures de velours sombre, j’en sens le poids sur mes épaules. Une femme allume des bougies. Le peuple des bougies est un peuple en transe, donnant tout à son roi qui n’apparait jamais.

Les icônes brillent comme des yeux de lynx dans la nuit.

Au moyen-âge où les monastères éclosent, l’air grésillent d’anges aussi nombreux que des éphémères l’été, autour d’une lampe de jardin. Jusqu’à Jean-Sébastien Bach, croire en Dieu ou sentir le printemps ouvrir les fleurs roses de nos poumons c’est tout un. Puisqu’aujourd’hui par une grâce terrible tout a été détruit, ce livre invite à rejoindre l’élémentaire qui est l’indestructible : un feuillage à la fenêtre d’une bibliothèque. Des ombres pour abriter nos morts. Des robes glacées comme des cascades. Des paroles d’amour plongées dans des cuves de silence. La nuit dans sa première jeunesse. 

Les deux personnes les plus mystérieuses au monde sont le moine et la prostituée. Un corps qui brûle, une bible qui crie -la misère est soeur du divin.

« Je suis entré dans ce monde comme un loup et j’en sors comme un agneau » telle est la dernière parole d’un condamné à mort américain, une montagne de muscle tatouée. Aux offices les chants des moines ne monteront pas plus haut.

Au cimetière des Pères de Sainte-Croix, brillent de petites croix toutes blanches -les dents de lait de l’Eternel. 

Un livre de poésie, même oublié sur un rayon de bibliothèque, témoigne à bas bruit de la splendeur de la vie. Qu’il reste un cercle de pierre avec au milieu une poignée de contemplatifs donnant leur vie à un dieu dont rien ne les assure -préserve le monde du pire.

L’hôpital avale sa ration de souffrants. J’attends quelqu’un aux urgences. Deux policiers apparaissent, encadrant un homme menotté en survêtement noir ahuri, détenteur d’une puissance dangereuse de bébé. L’un des policiers s’adresse à lui d’une voix surnaturellement patiente, comme une mère à son enfant malade. Son collègue ricane sans bruit, moins doué de sensibilité que les briques du bâtiment. Je suis devant une parabole inédite, un Evangile dont un feuillet vole sous mes yeux.

L’image absolue, celle qui nous délivre des images, s’élabore dans la clôture d’un monastère. 

Au Carmel d’Angers une religieuse entre vivante au paradis de la peinture hollandaise. A la Grande Trappe un moine, quatre ange assis à sa gauche, deux à sa droite, patiente dans la salle d’attente de l’Eternel. A voir la porte et la croix de l’abbaye de Fontgombault on entend Wall street s’effondre. Le couloir des petites soeurs des pauvres, pour le traverser il faut des siècles. Tout au bout, nos parents disparus nous attendent.

Ces gens sont les gardiens d’une douceur intraitable. 

La chaise vide au monastère du Carmel fait face à une croix. Le vide contemple la douleur. Ce n’est pas une indifférence mais la plus grande concentration. La paille et le bois de la chaise sont pénétrés jusque dans leurs noeuds d’une pensée sans pensée. La petite chaise est une sainte. 

Le vieil instinct ruiné des hommes se rallume à la vue d’un cloître. Il ne s’agit même pas de Dieu -simplement d’une intense façon d’habiter sur Terre. « Le soleil se plaît davantage dans un réfectoire de monastère que dans un restaurant », dit Mandelstam.

Je te propose une énigme, dit le Christ : il y a quelque chose qui n’existe pas et pourtant cette chose est la seule qui existe. Tu as trouvé? 

Leurs corps sont sculptés dans du silence. Leurs gestes sont sobres, lumineux leurs habits. Parfois leurs esprit boite. Un saint qui ne boiterait pas ne serait pas un saint. 

Les ivrognes de l’absolu ont le vin doux. Leurs imperfections -malgré l’irréprochable qualité des tissus et des lumières- amène notre imperfection, degré par degré jusqu’au ciel.

Je pense à leur grand frère tout blanc, le pape François. Son sermon de Noël 2014 aux cardinaux est l’envers nécessaire du sermon sur la montagne. Il parle de « la maladie des visages mornes » et dénonce en poète un « Alzheimer spirituel » atteignant les princes de l’Eglise. C’est qu’aujourd’hui nous n’avons plus le temps de vivre -même les bébés ne l’ont plus. Il faut d’abord qu’on nous parle comme ça, qu’on reçoive une pluie d’eau de javel sur la tête. Les béatitudes viendront après., seulement après. Le cerveau des hommes a été percé. Il en jaillit jour et nuit des images qui nous mènent en enfer. Nous sommes les pères de nos diables. 

Le cerveau des hommes a été percé. Il en jaillit jour et nuit des images qui nous mènent en enfer. Nous sommes les pères de nos diables.

Une infernale efficacité est devenue notre seule prière: donnez nous nos dollars et notre alcool de vitesse. Faites que nous ne pensions plus à notre vie. c’est la maladie des visages mornes ». C’est qu’aujourd’hui nous n’avons plus le temps de vivre -même les bébés ne l’ont plus. Il faut d’abord qu’on  reçoive une pluie d’eau de javel sur la tête. 

Aux fraternités de Jérusalem une soeur adore à genoux une absence. Nos petits dieux à nous portent une étiquette de prix, brinquebalant à leur poignet.

A la chartreuse de la Verne, une fenêtre brûle. Une seule qui suffira pour tout.

Les plus belles mains peuvent se voir dans les monastères, exposées vivantes au milieu des plus chastes lumières. Que les mains des moines s’allègent et s’élancent pour une prière, ou que lourdes, croisées, elles dorment quelques instants sur leur genoux, elles sont l’intelligence absolue de l’abîme.

Au couvent des petites soeurs des pauvres en Bretagne, j’ai vu un chapelet -une friture de Jésus Christ, la douleur des enfers prête à connaitre la paix de mains aimantes, grain caramélisé par grain caramélisé.

L’enfant qui compte ses billes ne fait rien, comme la religieuse qui égrène son chapelet. Ce rien, béni soit-il, est un trésor. 

La nuit entre au monastère pour s’y laver. Les étoiles s’y refont une beauté. L’univers y revient à sa densité originelle : un seul point d’énergie dont les prières font luire les milles facettes. 

Personne jamais n’effacera les gens qui s’effacent.

Christian Bobin.

 

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Propos Intempestifs sur la Prière

28 Février 2017, 04:15am

Publié par Grégoire.

Propos Intempestifs sur la Prière

Un peu de terre nue où rien n'a vraiment poussé qui vaille une moisson, mais où toutes semailles apparaissent soudain réalisables. 
Un peu de terre nue, qui tantôt nous semble la poussière de toutes sortes de morts pécheresses et tantôt le terreau de possibles sainteté. 
Un peu de terre nue recueillie dans la main de Dieu : voilà, c'est nous. 
De s'éprouver ainsi nu et précaire dans l'éternelle et amoureuse main de Dieu, c'est le fondement de l'oraison.

Il plaît à Dieu de nous prendre là où nous sommes afin de nous conduire là où il veut.

Entre Lui et nous, il y aura tout ce temps perdu à ne pas l'aimer, et ce temps ne se peut rattraper.

Lorsque enfin nous comprenons que nous ne te posséderons jamais parfaitement ici-bas, c'est Toi qui nous possèdes trop pour que nous songions à reculer

[Ne pas se soucier] du temps qu'il fait dans notre être, lorsque nous sommes occupés avec le Seigneur. Tantôt c'est la tiédeur d'un été, tantôt l'austérité d'un hiver : nous perdrions notre sérennité et notre disponibilité à chercher à connaître les lois de ces saisons capricieuses

Quand tu t'apperçois que tu penses à autre chose qu'au Seigneur, c'est qu'à cette minute tu as pouvoir d'oublier cet autre chose et de revenir au Seigneur, fais le donc aussitôt tout simplement. Et si dix fois cela arrive, reviens dix fois au Seigneur. Alors tes distractions te rendront humble mais ne t'enlèveront pas le profit de l'oraison, car Il sait combien nous l'aimons Celui auprès duquel dix fois nous revenons après que dix fois l'on nous a entraîné ailleurs.

Faire oraison c'est faire l'expérience que Dieu t'échappe toujours davantage, mais que toi tu lui échappes de moins en moins.

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Méditation de pleine conscience : de quoi ça s'agit ?

26 Février 2017, 05:14am

Publié par Grégoire.

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L'avoir nous rend durs, inquiets et tristes...

24 Février 2017, 05:52am

Publié par Grégoire.

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Le privilège des grands, c'est de voir les catastrophes d'une terrasse...

18 Février 2017, 05:46am

Publié par Grégoire.

Le privilège des grands, c'est de voir les catastrophes d'une terrasse...

"Quand une classe dirigeante mesure ses fortunes non plus à l'arpent de terre ni au lingot d'or, mais au nombre de chiffres correspondant idéalement à un certain nombre d'opérations d'échange, elle se voue du même coup à mettre une certaine sorte de mystification au centre de son expérience et de son univers. Une société fondée sur des signes est, dans son essence, une société artificielle où la vérité charnelle de l'homme se trouve mystifiée. On ne s'étonnera pas alors que cette société ait choisi, pour en faire sa religion, une morale de principes formels, et qu'elle écrive les mots de liberté et d'égalité aussi bien sur ses prisons que sur ses temples financiers. Cependant, on ne prostitue pas impunément les mots".

Albert Camus, "L'Artiste et son Temps" (conférence du 14 décembre 1957 à Upsala/Suède)

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Arrêtez de ranger, vivez dans le désordre !

8 Février 2017, 05:32am

Publié par Grégoire.

Avis aux bordéliques indécrottables, incorrigibles du fouillis et autres désorganisés chroniques : malgré la réprobation de la société, c'est vous qui avez tout bon selon Eric Abrahamson, docteur en philosophie, professeur de management à l'université de Columbia et auteur d'un savoureux ouvrage intitulé "A perfect mess", l'ennemi, c'est l'ordre !

Avis aux bordéliques indécrottables, incorrigibles du fouillis et autres désorganisés chroniques : malgré la réprobation de la société, c'est vous qui avez tout bon selon Eric Abrahamson, docteur en philosophie, professeur de management à l'université de Columbia et auteur d'un savoureux ouvrage intitulé "A perfect mess", l'ennemi, c'est l'ordre !

Deux tiers d'entre nous se sentent coupables, voire honteux de leur propre désordre, et plus de la moitié avoue porter un jugement aussi hâtif que négatif sur ceux qui vivent, travaillent et roulent (car, quand la maison et le bureau ont tout du foutoir, le binz s'étend généralement jusque dans la voiture) au mépris des règles de rangement et de classement prônées par les gourous de la productivité, les " home organisers " qui se font payer (très cher !) pour réorganiser une maison de la cave au grenier. Sans parler de certaines émissions populaires où des Madames Musclor bombardées spécialistes de l'ordre, fondent au cri de " C'est du propre ! " sur de sympathiques crados bourrelés de complexes, pour les obliger à se débarrasser de tout ce qui les encombre.

Pour leur bien

" Comme si la pensée et la créativité s'épanouissaient mieux dans le vide ! ", commente Eric Abrahamson, qui déplore qu'aujourd'hui comme hier, la phrase la plus souvent entendue par les enfants et les adolescents soit " Range ta chambre ". " Parmi les gens que j'ai interrogés pour écrire mon livre, beaucoup ont évoqué la jubilation qu'ils éprouvaient, enfants, à être entourés d'une mer de jouets et la douloureuse incompréhension que suscitait en eux la colère de leurs parents, exaspérés par cette pagaille ! Mais quand je leur ai demandé si ces souvenirs les poussaient à se montrer plus coulants avec leurs propres enfants, la réponse a été négative : persuadés qu'eux-mêmes réussiraient mieux dans la vie s'ils étaient plus ordonnés, ils tiennent absolument à inculquer le sens de l'organisation à leurs enfants, sous pré texte que c'est 'pour leur bien'. Une femme m'a même confié : 'Je suis terriblement jalouse d'une de mes amies ! Bien qu'elle ait trois jeunes enfants, elle est merveilleusement organisée : on peut aller chez elle à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, il n'y a jamais le moindre désordre, pas même un jouet qui traîne ! "

Bureau vide ?

Résultat de cette éducation, qui plonge ses racines dans la religion (faute d'ordre, impossible de préserver l'orthodoxie de la pensée) et dans la révolution industrielle (une société organisée comme une machine, quel rêve !), la classification et la planification deviennent pour beaucoup une fin en soi. De ce fait, le désordre a mauvaise presse : au boulot, il est interprété comme une preuve d'incompétence, et à domicile comme un témoignage d'immaturité. Dans un couple divorcé sur huit, un des partenaires n'hésite pas à affirmer que le désordre de l'autre a été l'élément-clé de leur séparation, et tous les PDG du monde posent pour la photo derrière des " tables de travail " immenses et désertiques, oubliant la question célèbre d'Albert Einstein, luimême en froid avec l'ordre : " Si un bureau en désordre dénote un esprit brouillon, que dire d'un bureau vide ? " " Dans mon propre bureau, reconnaît Eric Abrahamson, la moindre surface plate est occupée par une pile. Mais comme les papiers les plus récents et les plus importants sont sur le haut, je m'y retrouve toujours ! Et je ne perds pas mon temps, et donc mon argent, à introduire dans mon désordre un ordre qui, de toute façon, ne durera pas. En fait, j'ai atteint un niveau de désordre idéal, de désorganisation optimale. Le stade où, si je m'organisais davantage, je deviendrais moins efficace ! "

" Si un bureau en désordre dénote un esprit brouillon, que dire d'un bureau vide ? " Albert Einstein

 

Aucun doute : trier, classer, ranger, étiqueter, ça prend plus de temps qu'empiler - environ un tiers de notre journée de travail ! Pourtant, selon Eric Abraham-son, les super-organisateurs qui se vantent d'avoir un bureau " impeccable " mettent plus longtemps (beaucoup plus longtemps, même, puisqu'une enquête - par internet - a montré que la différence est de 36 %) à y chercher quelque chose que ceux dont l'environnement professionnel est, de leur propre aveu, " plutôt en désordre "... et qui se contentent souvent de faire pivoter leur chaise pour retrouver le document nécessaire sur le cinquième tas à main gauche.

Le désordre, ça crée !

Et de citer, parmi bien d'autres, le chercheur Léon Heppel, qui n'aurait pas découvert l'action régulatrice des hormones sur les cellules, dans les années 1950, sans le désordre proverbial qui régnait sur son bureau, et qui lui a permis de rapprocher deux lettres de confrères décrivant deux résultats différents du même processus cellulaire. " Un bureau mal rangé met en contact des choses qui, dans un monde ordonné, cloisonné, ne se seraient pas rencontrées. " En encourageant les associations et les interactions d'idées, le désordre favorise donc l'innovation. C'est vrai pour les grandes entreprises - Microsoft, par exemple, a toujours travaillé dans le désordre - comme pour les scientifiques - si son laboratoire avait été plus en ordre, Alexander Fleming n'aurait proba blement jamais " inventé " la pénicilline - ou les artistes, Jean-Sébastien Bach, par exemple, ayant été un maître du dés ordre tout autant que de l'orgue. Normal psychologiquement, les désordonnés sont ouverts à l'imprévu et à la surprise, et capables d'improvisation. " Dans l'espace, mais aussi dans le temps, souligne Eric Abrahamson. Les personnes qui ne se laissent pas enfermer dans un horaire sont toujours prêtes à faire de la place dans leur journée pour une activité inattendue et à saisir l'occasion qui passe. Les obsédés de l'agenda électronique, par contre, sont incapables de souplesse ! " Or, sans flexibilité, pas de créativité. CQFD.

YES !

A cela s'ajoute que les adeptes du " minifoutoir ", des " gratte-ciel de papier ", du " bon débarras " ou du " chantier de fouilles archéologiques " sont, par définition, éminemment adaptables, et donc moins contrariés que les maniaques de l'ordre par les inévitables vicissitudes de l'existence : retards, annulations, modifications de dernière minute, etc. De là à les considérer comme plus doués pour le bonheur, il n'y a qu'un pas, qu'Eric Abrahamson franchit allègrement. " L'ennui, c'est qu'ils se sentent coupables, parce que, dès leur jeunesse, tout s'est ligué pour les persuader que le désordre était une tare. Il ne faut évidemment pas en abuser : si vous ne rangez jamais rien, vous finirez par être complètement submergé. Mais un désordre modéré est, sous bien des aspects, largement supérieur à un ordre parfait ! " N'hésitez donc plus à dire oui au désordre.

Par Marie-Françoise Dispa

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Instants fugitifs d'éternité...

24 Octobre 2016, 04:17am

Publié par Grégoire.

Instants fugitifs d'éternité...

"Ce jardin de l'autre côté de la fenêtre, je n'en vois que les murs. Et ces quelques feuillages où coule la lumière. Plus haut, c'est encore les feuillages. Plus haut, c'est le soleil. 

Et de toute cette jubilation de l'air que l'on sent au dehors, de toute cette joie épandue sur le monde, je ne perçois que des ombres de feuillages qui jouent sur les rideaux blancs. 

Cinq rayons de soleil aussi qui déversent patiemment dans la pièce un parfum blond d'herbes séchées. Une brise, et les ombres s'animent sur le rideau. Qu'un nuage couvre, puis découvre le soleil, et voici que de l'ombre surgit le jaune éclatant de ce vase de mimosas. 

Il suffit : cette seule lueur naissante et me voici inondé d'une joie confuse et étourdissante.

Prisonnier de la caverne, me voici seul en face de l'ombre du monde. Après-midi de janvier. Mais le froid reste au fond de l'air. Partout une pellicule de soleil qui craquerait sous l'ongle, mais qui revêt toutes choses d'un éternel sourire. 

Qui suis-je et que puis-je faire — sinon entrer dans le jeu des feuillages et de la lumière. Être ce rayon de soleil où ma cigarette se consume, cette douceur et cette passion discrète qui respire dans l'air. 

Si j'essaie de m'atteindre, c'est tout au fond de cette lumière . Et si je tente de comprendre et de savourer cette délicate saveur qui livre le secret du monde, c'est moi-même que je trouve au fond de l'univers. 

Moi-même, c'est-à-dire cette extrême émotion qui me délivre du décor. Tout à l'heure, d'autres choses et les hommes me reprendront.

Mais laissez-moi découper cette minute dans l'étoffe du temps, comme d'autres laissent une fleur entre les pages. Ils y enferment une promenade où l'amour les a effleurés. Et moi aussi, je me promène, mais c'est un dieu qui me caresse.

La vie est courte et c'est péché que de perdre son temps. Je perds mon temps pendant tout le jour et les autres disent que je suis très actif. Aujourd'hui c'est une halte et mon cœur s'en va à la rencontre de lui-même.

Si une angoisse encore m'étreint, c'est de sentir cet impalpable instant glisser entre mes doigts comme les perles du mercure. 

Laissez donc ceux qui veulent se séparer du monde. Je ne me plains plus puisque je me regarde naître. Je suis heureux dans ce monde, car mon royaume est de ce monde. 

Nuage qui passe et instant qui pâlit. Mort de moi-même à moi-même. Le livre s'ouvre à une page aimée. Qu'elle est fade aujourd'hui en présence du livre du monde.

Est-il vrai que j'ai souffert, n'est-il pas vrai que je souffre ; et que cette souffrance me grise parce qu'elle est ce soleil et ces ombres, cette chaleur et ce froid que l'on sent très loin, tout au fond de l'air.

Vais-je me demander si quelque chose meurt et si les hommes souffrent puisque tout est écrit dans cette fenêtre où le ciel déverse sa plénitude. 

Je peux dire et je dirai tout à l'heure que ce qui compte est d'être humain, simple. Non, ce qui compte est d'être vrai et alors tout s'y inscrit, l'humanité et la simplicité. Et quand suis-je plus vrai et plus transparent que lorsque je suis le monde ?

Instant d'adorable silence. Les hommes se sont tus. Mais le chant du monde s’élève et moi, enchaîné au fond de la caverne, je suis comblé avant d'avoir désiré.

L'éternité est là et moi je l'espérais. Maintenant je puis parler. Je ne sais pas ce que je pourrais souhaiter de mieux que cette continuelle présence de moi-même à moi-même. 

Ce n'est pas d'être heureux que je souhaite maintenant, mais seulement d'être conscient.

On se croit retranché du monde, mais il suffit qu'un olivier se dresse dans la poussière dorée, il suffit de quelques plages éblouissantes sous le soleil du matin, pour qu'on sente en soi fondre cette résistance. 

Ainsi de moi. Je prends conscience des possibilités dont je suis responsable. Chaque minute de vie porte en elle sa valeur de miracle et son visage d'éternelle jeunesse."

Albert Camus, Extrait de « Carnets I. — Mai 1935 – Février 1942.

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Etre poète...

22 Octobre 2016, 04:13am

Publié par Grégoire.

Etre poète...

 

C'est être poète que regarder la vie et la mort en face, et réveiller les étoiles dans le néant des cœurs.

C Bobin, l'Homme-Joie.

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Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise

20 Octobre 2016, 05:07am

Publié par Grégoire.

Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise

 

Le monde n'est si meurtrier que parce qu'il est aux mains de gens qui ont commencé par se tuer eux-mêmes, par étrangler en eux toute confiance instinctive, toute liberté donnée de soi à soi.

Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions, et la buée que cela donne, l'empêchement de vivre, d'aimer.

C Bobin, la plus que vive.

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"A quoi penses-tu ?"

18 Octobre 2016, 04:03am

Publié par Grégoire.

"A quoi penses-tu ?"

 

"A quoi penses-tu ?", demandent les importuns à celui qui renoue en lui avec le songe d'une origine. Comment dire : je ne pense à rien. Je ne pense ni à des mots, ni à des choses. Comment dire : c'est à vous que je pense, à ce qui, au contre de vous, est comme au contre de moi. C'est à la mort et à l'enfance que je pense.

 

Le silence est la plus haute forme de pensée, et c’est en développant en nous cette attention muette au jour, que nous trouvons notre place dans l’absolu qui nous entoure. Il nous appartient - quand tout nous fait défaut et que tout s’éloigne - de donner à notre vie la patience d’une oeuvre d’art, la souplesse des roseaux que la main froisse, en hommage à l’hiver.

C Bobin, le huitième jour de la semaine.

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Dans l’immen­sité lumineuse d’un silence...

16 Octobre 2016, 04:59am

Publié par Grégoire.

Dans l’immen­sité lumineuse d’un silence...

À l’enfant qui me deman­derait ce que c’est que la beauté- et ce ne pourrait être qu’un enfant, car cet âge seul a le désir de l’éclair et l’inquiétude de l’essentiel - je répon­drais ceci : est beau tout ce qui s’éloigne de nous, après nous avoir frôlés. Est beau le déséquilibre profond - le manque d’aplomb et de voix - que cause en nous ce léger heurt d’une aile blanche.
La beauté est l’ensemble de ces choses qui nous traversent et nous ignorent, aggravant soudain la légè­reté de vivre. Je lui montrerais le ciel où les anges, en s’essuyant les mains dans un nuage, donnent une peinture de Turner, et je prendrais pour lui une poignée de cette terre, sur laquelle nous allons. Je lui dirais qu’un livre c’est comme une chanson, que ce n’est rien, que c’est pour dire tout ce qu’on ne sait pas dire, et je couperais pour lui une orange. La promenade se poursui­vrait loin dans le soir.
Dans le silence, nous découvririons enfin, lui et moi, la réponse à sa question.
Dans l’immen­sité lumineuse d’un silence que les mots effleurent sans le troubler.

 

C Bobin, le huitième jour de la semaine.
 

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je vous souhaite cette solitude qu'aucun bonheur ne peut corrompre...

14 Octobre 2016, 04:49am

Publié par Grégoire.

je vous souhaite cette solitude qu'aucun bonheur ne peut corrompre...

J'ai toujours craint ceux qui ne supportent pas d'être seuls et demandent au couple, au travail, à l'amitié voire, même au diable ce que ni le couple, ni le travail, ni l'amitié ni le diable ne peuvent donner : une protection contre soi-même, une assurance de ne jamais avoir affaire à la vérité solitaire de sa propre vie. Ces gens-là sont infréquentables. Leur incapacité d'être seuls fait d'eux les personnes les plus seules au monde.

Christian Bobin, l'épuisement.
 

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Voir la vie en Rose malgré le cancer...

24 Septembre 2016, 18:39pm

Publié par Grégoire.

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La poésie ne se vend pas, ne s'est jamais vendue, ne se vendra jamais

11 Septembre 2016, 05:09am

Publié par Grégoire.

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L'Evangile du Gitan

9 Septembre 2016, 05:26am

Publié par Grégoire.

L'Evangile du Gitan

 

Et d'abord, comme au marché on vous fait goûter une cerise, cette phrase de «l'Evangile du Gitan»:

«On croit que les étoiles sont dans le ciel mais elles sont sous nos pas. On les écrase. Ce qu'on voit briller dans la nuit, ce sont leurs cris.»

L'auteur de cette phrase, Jean-Marie Kerwich, a passé son enfance au Canada, sous la neige ensevelissant la caravane familiale. Le feu des érables accusait le feu de son coeur. Il est revenu en France possédé par le rêve d'être heureux avec rien: un verre de rouge, un morceau de soleil jaune et le pain bleu des anges de l'air. Nos rêves sont plus cruels avec nous que notre mort. Loin d'une vie sans embarras, Jean-Marie Kerwich s'est vu sommé par le ciel ou par son inconscient d'écrire «l'Evangile du Gitan». On découvre un texte comme celui-ci deux ou trois fois par siècle. Dans les bons siècles.

 

Né à Paris en 1952, Jean-Marie Kerwich est l'auteur de "l'Ange qui boîte" (Temps qu'il fait) que Jean Grosjean a comparé aux prières de François d'Assise.

L'arrière-grand-père de Jean-Marie Kerwich arrive à cheval de Hongrie en 1786. Il vit en France puis en Algérie où il vole un linceul par jour. Des linceuls cousus il fait un chapiteau. Puis il continue sa cavalcade, traverse le temps, la mort, jette devant la caravane de Jean-Marie des dizaines de linceuls qui deviennent des dizaines de pages blanches sur lesquelles s'écrivent les visions extatiques de «l'Evangile du Gitan». La poésie est le Christ du langage. Un texte par page, à chaque fois un clou en or dans la main divine du réel.

 

Jean-Marie Kerwich a longtemps vécu dans le cirque de ses parents. Les coups ont ouvert son âme à toutes les compassions. La pauvreté lui a légué ses ronces. Pour gagner sa vie il a craché du feu, jonglé dans les cirques qui inquiètent les enfants et dans les cabarets où s'endorment les diables. Il est devenu ce fou pour qui tout existe - de la boîte de sardines qui brille dans l'herbe à la bague en air au doigt de Dieu. Cet homme dont le peuple s'enorgueillit de n'obéir qu'au peuple analphabète a écrit le livre qui manquait à la Bible entre les imprécations de Job et les espérances de David. Son écriture a des douceurs que ne savent avoir que les fauves, un ralenti soudain de la phrase et des silences de neige.

 

Le nom du paradis est le paradis même. Ce livre donne ce qu'il dit. A chaque coup de rame dans l'eau du papier blanc, l'âme du lecteur avance sur le grand fleuve de l'air. Yehudi Menuhin a connu et aimé l'écriture de ce Gitan. Jean Grosjean le mettait à son chevet. La rentrée littéraire est comme d'habitude sinistrement prévisible. Remarqué ou non, «l'Evangile du Gitan» illuminera de son feu de ronces la nuit des temps, quand tous les livres aujourd'hui couronnés seront devenus cendres.

 

Christian Bobin

 

«L'Evangile du Gitan», par J.-M. Kerwich, Mercure de France, 162 p.,

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Exister. Le cheval des poètes

7 Septembre 2016, 04:22am

Publié par Grégoire.

Exister. Le cheval des poètes

 

Lisant le chapitre IV de Promenades et souvenirs de Nerval, j'ai entendu le bruit sec d'une phrase - le même qu'entend le renard quand une de ses pattes vient d'être prise dans une mâchoire de fer. Il n'en sortira pas. Il mourra sur place, ou il lui faudra s'amputer de sa patte captive. Seul un nouvel amour a cette force. La phrase, je la recopie et c'est un délice de peindre la prison où je suis entré sans savoir, réentendre le claquement des mâchoires de l'encre, l'impossible guérison d'une plaie si belle : « Ce n'est pas un accident rare qu'un cheval échappé à travers une forêt. Et cependant, je n'ai guère d'autre titre à l'existence. » 

Le grand-père de Nerval avait, jeune homme, la garde de ce cheval. Il s'est assis au bord de l'eau, rêveur. Quand il s'est retourné, le cheval avait disparu dans la forêt de Compiègne. Grondé par son père, le jeune homme décida de quitter sa famille. Il partit ailleurs, loin, où il trouva sa future épouse. La mère de Nerval était née de cette union, de cette fugue, de cette bête soudain et à jamais invisible, de cette rêverie au bord de l'eau où du ciel et des nuages prenaient conscience d'eux-mêmes. Je vois ce cheval. J'entends son galop depuis la prison bienheureuse de ma lecture. La voix si douce de Nerval déchire mon coeur comme du papier : « Je n'ai guère d'autre titre à l'existence. » Il faut avoir une force terrible pour supporter de lire un seul poème. Aller au-devant d'une phrase comme au-devant de sa propre mort. Accepter de n'être plus protégé par rien et recevoir le coup de grâce d'une parole parfaite en son obscurité. 

Le cheval du songe m'a jeté bas. Ma tête et mon coeur ont éclaté. Demain j'irai chercher du pain, mais ce ne sera que la promenade du prisonnier. Le cheval des poètes est sans cavalier. Il court sur les espaces gelés du monde, assez vite pour que son poids jamais ne fasse céder la glace. Le paradis est cette course. C'est ma plus belle vie, écrire. D'ailleurs, « je n'ai guère d'autre titre à l'existence ». Cette phrase me hante. Sa douceur et sa simplicité me bouleversent. Je ne crois pas aux bruits du monde ni au mutisme des dieux. J'écoute le passage d'une brise. Trois fois rien. Ce qui compte dans une vie tient dans une main d'enfant. Il y a, dans le Concerto numéro 1 pour piano de Mozart, dirigé par Boulez, joué par Yvonne Loriod, au second mouvement, dans le mouvement lent, le chant d'un coucou. C'est furtif. Cela passe plusieurs fois. Ce n'est pas vraiment voulu par Mozart. Ce chant de coucou fait éclater mon coeur. Je passe ma vie dans l'espérance d'entendre ce chant dans un livre, un bois, une mort, partout, surprendre ce très faible et très sûr sourire du Dieu vivant tourné vers nous : car nous n'avons guère d'autre titre à l'existence. 

Christian Bobin.

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Folies...

5 Septembre 2016, 04:57am

Publié par Grégoire.

Folies...

Tout donner, tout perdre et qu'on n'en parle plus. Ne plus penser à rien, c'est commencer à bien penser.

Pourquoi grandir puisque enfants nous touchions déjà le ciel de nos petites mains d'argile rose ?

Le mimosa est entré dans la pièce comme un gros chien ruisselant de soleil qui s'ébrouait, envoyant partout ses ondes jaunes.

Aujourd'hui on n'écrit plus de lettres. C'est comme s'il n'y avait plus d'enfant pour jeter sa balle de l'autre côté du mur.

Ce que j'appelle réfléchir: je dévisse ma tête, je la mets sur une étagère et je sors faire une promenade. A mon retour la tête s'est allumée. La promenade dure une heure ou un an

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hisse-toi jusqu’au sans-souci, sans-projet, jusqu’au rien.

3 Septembre 2016, 05:03am

Publié par Grégoire.

hisse-toi jusqu’au sans-souci, sans-projet, jusqu’au rien.

 

 « Un ténor changeait mes os en cristal. Ce n’était rien, juste un chant d’oiseau dans le jardin que traversait une armée en marche des couleurs, sous le casque des fleurs. Je ne voyais pas le prophète, je n’entendais que ses leçons. Il réveillait le soleil. Dieu me rentrait par l’oreille. J’étais reconduit au paradis d’être vivant, donc immortel. Des murailles invisibles s’effondraient sous le chant d’un oiseau inconscient de son sacre, de son don, de sa race divine.

Ses notes tombaient comme une eau surnaturelle sur les flammes de l’enfer. Sois présent, disait l’oiseau : garde tes soucis, garde tes projets, garde tes liens, puisque tu as la faiblesse de tenir à tout ça. Garde tout, mais élève toi d’un cran, ne serait-ce qu’un instant. Hisse-toi sur ce tabouret de joie que je t’apporte, oui hisse-toi un instant qui ne sera plus qu’un instant jusqu’à cette note que je tiens, jusqu’au sans-souci, sans-projet, sans-lien. Jusqu’au rien. 

Chemise gonflée par le vent, l’oiseau chantait à tue-tête les amours de la lumière et du vide. Je goûtais à ce que les morts ne savent plus et que les vivants négligent : la liqueur bleutée de l’air, l’ivresse de renaître par décret solaire. La joie qui me traversait réveillait un consentement à vivre, donc à perdre.

Puis l’écriture sainte s’est envolée. Le soleil a tourné la tête. Une caravane de nuages a traversé le ciel. Je suis rentré dans mon cœur où, par grâce, plus rien n’était en ordre. J’ai cherché dans les livres quelque chose, je ne savais quoi. La bouteille me parle, dit l’ivrogne : bois-moi. Les livres me disent la même chose. Quand je lis, ma tête est coupée et je ma porte dans mes mains comme les saints des vieilles images. Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu.

Vivre, c’est gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés. Cette lumière, ce feu volant de crête en crête, de mot en mot ! (…) 

La vie est un flux de particules lumineuses dont les saints et les oiseaux aident la circulation infinie. Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je me demande pourquoi tant de livres quand un seul chant d’oiseau dit tout.»

 

Christian Bobin.

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