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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Articles avec #enseignement

Pour donner à la vie son goût le plus amer, il suffit de la remettre entre les mains des bien-pensants

2 Juillet 2020, 11:43am

Publié par Grégoire.

Pour donner à la vie son goût le plus amer, il suffit de la remettre entre les mains des bien-pensants

L’historien Pierre Chaunu1 a montré combien l’excessive spiritualisation des théologiens de la fin du moyen-âge a engendré un retour de bâton matérialiste et faussement libérateur au temps de la dite Renaissance, qui s’est épanoui et a fleuri avec la Réforme, puis la Révolution française et l’athéisme des Lumières. Descartes en est le trop clair exemple ; lui qui -et c’est une bêtise qui n’a pas beaucoup d’égale dans l’histoire de la pensée- voulut prouver mathématiquement que Dieu existe, d’une manière telle qu’après lui plus personne ne soit athée2.

On a tendance à oublier que ce généreux monsieur était d’abord un théologien, qui comme chacun sait, cherche la certitude de la foi et non l’évidence de l’expérience. Ensuite, le raisonnement mathématique ne fait que déduire des choses qui y sont déjà présentes. Bref, juste la pétition de principe qui a abouti à l’effet inverse : un refus généralisé de la question de Dieu. 

Ensuite, la formalisation morale des mœurs, la culpabilisation à outrance de la chair et le faux renouveau spirituel au XIXe dérivé de certaines formes du jansénisme catholique ou des doctrines puritaines protestantes a donné naissance aux idéologies matérialistes du XXe siècle, des systèmes totalitaires ou du capitalisme fondu dans l’eau tiède démocratique qui perdure aujourd’hui. L’exaltation de l’esprit pour lui-même –sous couvert d’élévation spirituelle- a appelé des vengeances sans concession de la matière : « Pas de race plus inhumaine sous le soleil que celle qui croit représenter le Bien. Pour donner à la vie son goût le plus amer, il suffit donc de la remettre entre les mains des bien-pensants3. » 

 

Grégoire Plus, Pérégrinations d'un cherchant-Dieu.

 

 1/ Pierre Chaunu, historien et théologien protestant français, dans Le Temps des Reformes. ed Fayard, 1976. Sans pour autant tomber dans une vision univoque, on ne peut pas ne pas voir dans  les prémices des différentes idéologies du travail du monde contemporain : « Toute théologie fidèle à la Réforme est nécessairement impérialiste, puisqu’elle a regard sur tout ce qu’éclaire la Parole de Dieu, la totalité en fait de la pensée et de la connaissance ! » 

 2/ Plutôt que de partir de l’expérience et d’interroger le réel, il a cherché à convaincre, autrement dit, toutes ses ‘méditations’ sont relatives à ce que lui croyait comprendre de Dieu. Kant en Allemagne n’a pas fait autre chose pour l’agir moral et notre capacité de comprendre: il les a soumis à un loi divine à laquelle tout un chacun ne pouvait que se soumettre. L’histoire a largement réfuté sa thèse… Cf. R Descartes. Méditations Métaphysiques. E Kant. Critique de la raison pratique et Métaphysique des mœurs.

3/  « Pour toujours, je me suis institué l'interprète du déchet humain, du résidu qui croupit dans les prisons, sous les ponts, au fond de la puante pourriture des villes.»  Lydie Dattas, La chaste vie de Jean Genet. Gallimard.

 

 

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Du vide sidéral de notre monde où l’on peut tout dire, mais où « cela ne sert à rien ».

23 Juin 2020, 10:01am

Publié par Grégoire.

Du vide sidéral de notre monde où l’on peut tout dire, mais où « cela ne sert à rien ».

Lorsqu’à 59 ans, après quatre années de proscription, Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne est invité à prononcer un discours à l’université de Harvard en 1978, les auditeurs s’attendent à une critique en règle de la société soviétique, de la part d’un célèbre dissident. Contre toute attente, l’écrivain met l’Occident face à ses propres contradictions et prononce un véritable réquisitoire contre le monde moderne. Venu d’un monde où il est interdit de parler, il arrive dans un monde où l’on peut tout dire, et où « cela ne sert à rien ».

Le déclin du courage, aux éditions Belles Lettres.

Sous une pluie battante, l’écrivain dénonce dans sa langue natale les faiblesses de l’Occident, l’amollissement du caractère, le déclin de la volonté et du courage. L’idéologie du « bonheur » et du « bien-être » ont mis à la disposition du plus grand nombre un « confort dont nos pères et nos grands-pères n’avaient aucune idée ». Cette mortelle course aux biens matériels a suscité un épanouissement physique inégalé, une liberté de jouissance presque illimitée, un bond de l’Esprit à la Matière, foulant aux pieds notre nature spirituelle.

Un non-modèle

En critiquant le système occidental, Soljenitsyne ne vise aucunement à mettre en avant le système socialiste, ce léviathan totalitaire dont la finalité est « l’anéantissement de l’essence spirituelle de l’homme ». Non, le système libéral, comme le système socialiste, est un non-modèle.

La prosternation devant l’homme et devant ses besoins matériels est le symptôme d’un épuisement spirituel, de la chute morale de l’Occident. De plus, un système dont l’unique tâche est l’acquisition du bonheur terrestre, sans aucune référence supérieure, est particulièrement fragile : « Aucun armement, si grand soit-il, ne viendra en aide à l’Occident tant que celui-ci n’aura pas surmonté sa perte de volonté. Lorsqu’on est affaibli spirituellement, cet armement devient lui-même un fardeau pour le capitulard. Pour se défendre, il faut être prêt à mourir, et cela n’existe qu’en petite quantité au sein d’une société élevée dans le culte du bien-être terrestre ».

L’existence de l’homme occidental plonge l’écrivain russe dans un profond chagrin. La perte du sacré, l’écœurante pression de la publicité et le déferlement de la pornographie ont favorisé l’émergence d’une masse d’individus faibles et bancals. Le vernis moral de la civilisation occidentale disparaît après quelques heures de privation d’électricité : « voici que soudain jaillissent des foules de citoyens américains, pillant et violant. Telle est la minceur de la pellicule ! Telles sont la fragilité de votre structure sociale et son absence de santé interne ».

La liberté de faire quoi ?

Alexandre Soljenitsyne (1918-2008).

La liberté dénudée a finalement dégénéré en licence. Le système libéral se révèle incapable de défendre les citoyens contre les « abîmes de la déchéance humaine », comme « ces films pleins de pornographie, de crimes ou de satanisme » dont est abreuvée la jeunesse d’Occident, exerçant une violence morale malfaisante. La vie conçue selon le mode libéral se révèle par conséquent « incapable de se défendre elle-même contre le mal, et se laisse ronger peu à peu ».

La presse dépasse désormais en puissance les pouvoirs régaliens de l’État. La capacité de suggestion des médias en font la force la plus importante des États occidentaux. Et pourtant, la presse tend à une certaine uniformité.  Ses sympathies sont systématiquement dirigées du même côté, ses jugements « maintenus dans certaines limites acceptées par tous ». Enfin, malgré sa capacité à contrefaire l’opinion, voire à la pervertir par des informations contradictoires, elle dispose d’une prodigieuse irresponsabilité morale : « En vertu de quoi a-t-elle été élue ? À qui rend-elle compte de son activité ? »

Contre le flot pléthorique d’informations abrutissantes, Soljenitsyne revendique « le droit de ne pas savoir », le droit de ne pas encombrer son âme créée par Dieu avec « des ragots, des bavardages et des futilités ». Cette exigence rappelle celle d’un autre penseur radical, Julius Evola, qui reprochait à la culture libérale moderne d’adresser tous les messages possibles à tous les individus, bien qu’ils soient incapables de les analyser et de les critiquer. « Jamais il n’y a eu, autant qu’aujourd’hui, d’individus amorphes, ouverts à toutes les suggestions et à toutes les intoxications idéologiques, au point qu’ils deviennent les succubes, sans s’en douter le moins du monde, des courants psychiques et des manifestations engendrées par l’ambiance intellectuelle, politique et sociale dans laquelle nous vivons. » (Les hommes au milieu des ruines)

La racine du mal

Selon Soljenitsyne, la racine du mal est la conception du monde née de la Renaissance. Il est proche en cela du penseur traditionaliste René Guénon. Pour ce dernier, la Renaissance et la Réforme consomment la rupture définitive avec l’esprit traditionnel, l’une dans le domaine des sciences et des arts, l’autre dans le domaine de la religion. De la même manière, Soljenitsyne attribue l’origine du mal à l’humanisme, à l’anthropocentrisme né de la Renaissance et importé en Russie depuis Pierre le Grand. Le matérialisme sans bornes, les libertés prises par rapport à la religion, l’humanisme areligieux des Lumières, formeront le lit du socialisme, confirmant l’intuition de Karl Marx : « Le communisme est un humanisme naturalisé ».

Soljenitsyne poursuivra en 1979 sa dénonciation de l’Occident moderne, en la personne de l’homme libéral. À ses yeux, le libéral est un destructeur des traditions nationales. Il est ce « tiède » dont parle l’Apocalypse et que vomit Soljenitsyne. Paradoxalement, le vrai coupable selon lui de la révolution d’octobre 1917 est justement la révolution de février 1917, « révolution libérale » dont l’issue ne pouvait être que l’anarchie. À la Russie moderne, influencée par les Occidentaux, introduits comme le cheval de Troie par les libéraux, l’écrivain oppose la Russie pré-pétrine, une Russie « slavophile », celle des chevaliers et des moujiks.

La force d’un prophète

Dénoncé par les uns comme un « fanatique », ou un « mystique orthodoxe », encensé par les autres comme un nouvel Isaïe, Soljenitsyne exprime dans son discours de Harvard un solennel et sévère avertissement au monde occidental, qui suscitera de nombreuses polémiques. En 1979, l’éditorialiste du New Yorker fera un rapprochement judicieux entre Soljenitsyne et l’ayatollah Khomeiny, et soulignera leur refus commun de l’Occident athée.

Avec la force d’un prophète, l’écrivain russe dénonce la « catastrophe de la conscience humaine antireligieuse ». Dans son discours de 1978, il rappelle la primauté de la vie intérieure, le bien le plus précieux de l’homme : « Si l’homme, comme le déclare l’humanisme, n’était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette Terre n’en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d’acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l’accomplissement d’un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l’expérience d’une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n’y étions entrés. ». Blaise Pascal ne s’exprimait pas autrement : « Entre nous et le ciel, l’enfer ou le néant, il n’y a que la vie, qui est la chose du monde la plus fragile. »

 

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Il y a la vie qui est là, miraculeusement là ...

12 Mai 2020, 00:49am

Publié par Grégoire.

Il y a la vie qui est là, miraculeusement là ...

"Le mot confinement contient l’adverbe finement. Le confinement pourrait donc signifier « être ensemble finement », voire « vivre ensemble finement ». Inutile de consulter un dictionnaire : qui dit finement veut dire penser ou faire des choses avec finesse. Quelles sont les choses qu’on peut et doit faire avec plus de finesse ? Notre réponse : mais tout ! Nous n’oublions pas que nous sommes venus au monde en parfait ignorant et que nous avons dû apprendre les usages terrestres à partir de zéro. À commencer par apprendre à nous tenir debout, puis à avancer pas à pas vers l’espace qui s’ouvre devant nous. Sauf chez les plus doués d’entre nous, d’une façon générale, nos postures et nos comportements, autrement dit notre manière d’être, sont empreints de gaucherie et de maladresse ; il y manque trop de la grâce pour que nous soyons à même d’entrer en résonance avec l’invisible Souffle rythmique qui anime l’univers vivant. Nous sommes en quelque sorte d’éternels apprentis, d’éternels amateurs. Il y a toujours lieu d’améliorer notre approche de la vie, avec plus de lucidité et de finesse. Le confinement obligatoire nous en donne l’occasion.


D’abord, dans notre rapport avec les choses qui nous entourent. Il fut un temps où l’humanité était plus humble, plus patiente. Elle chérissait les choses qui étaient à son service. Elle en connaissait le prix, éprouvait à leur égard de la gratitude. Il s’établissait entre les humains et les choses un lien de sympathie, pour ne pas dire de connivence. On gardait les choses le plus longtemps possible, même quand elles étaient rongées d’usure. On rapiéçait les chaussettes, on ravaudait les chemises, on réparait les porcelaines fêlées, on entretenait avec vénération les meubles légués par les aïeux. Ainsi traitées, les choses prenaient un aspect personnel, revêtaient un coloris intime.


Mais depuis une ou deux générations, nous assistons à l’avènement du jetable. Du coup, nous n’entretenons plus le même rapport avec les choses. Les traitant de haut, nous ne leur portons ni attachement ni affection. Elles sont usées par nous, dans l’indifférence. Arrive le moment où elles se montrent moins efficaces, nous les fourrons sans ménagement dans le sac-poubelle. Hop là, un bon débarras ! Ni vu, ni connu. Tout cela ne nous éduque pas dans le sens de l’attention du respect, encore moins de la douceur et de l’harmonie. Il arrive bien souvent qu’inconsciemment, aux heures de nos désœuvrements, nous nous agacions de la présence des choses, parce qu’elles nous renvoient l’image de nos propres désarrois.


Le confinement est l’occasion de réapprendre la valeur des choses qui nous entourent. Celles-ci, nous le savons, ont une âme, même un bout de ruban, même une épingle. Elles ont acquis une âme, pour avoir été les témoins de notre vie. Elles conservent précieusement nos souvenirs, que nous avons relégués aux oubliettes. Elles peuvent nous être d’un soutien secourable si nous consentons à en faire des interlocuteurs valables. Elles sont là, pour nous rappeler que la vie n’est pas forcément un gâchis total. Elles sont là pour nous appeler à la fidélité.


Après notre rapport avec les choses, venons-en à celui, plus complexe, que nous entretenons avec les êtres. Le confinement crée des conditions pour vivre en compagnie des êtres qui nous sont chers, nuit et jour, sans une seconde de séparation. Au lieu de nous en réjouir, nous voilà paniqués. Jusqu’ici en effet, nous n’avons pas conçu la vie ainsi ; chacun a ses occupations, jouit des possibilités d’évasion. On découvre, effarés, qu’un tête-à-tête permanent est un casse-tête, que trop de promiscuité tue la vraie intimité. On en vient à avoir la nostalgie d’une certaine distanciation. Or, justement, en même temps que le confinement, on nous recommande de garder une « distance sociale », et si possible de ne pas se toucher. Cette situation, apparemment contradictoire, nous incite à une réflexion plus fine. Dans notre société, les sentiments d’affection s’expriment par un ensemble de paroles et de gestes très démonstratifs, une effusion ignorant les barrières. On s’adore, on s’embrasse, on baigne sans répit dans une mare de sentimentalité. C’est certes tout ce qu’il y a de positif. Sauf qu’en vase clos, pour peu que survienne un accroc, ces mêmes paroles et gestes, prononcées, effectués machinalement, ou devenus trop envahissants, étouffants, dégénèrent en chamailleries, quand ce n’est pas en violence.


Me revient alors en mémoire l’injonction de Confucius qui prônait dans les relations humaines, le « li », terme qu’on peut traduire par « le rituel du respect mutuel », un rituel fondé sur le principe de la distance juste. Selon le sage, seul ce principe permet de rendre durable l’attachement le plus profond. À partir de ce principe d’ailleurs, ses disciples conseillaient d’introduire dans le lien conjugal une forme d’amour courtois où chaque conjoint traite l’autre en hôte d’honneur. Les circonstances actuelles, pleines de paradoxe, me poussent ici à rappeler ce que Confucius avait proposé, 2 500 ans auparavant ; mais je mesure parfaitement ce qu’il peut y avoir d’inconcevable pour les gens d’aujourd’hui.


Après le rapport avec les choses et les êtres, comment ne pas aborder enfin le rapport avec soi-même. Dans le confinement, le sentiment qui domine chez chacun est la peur de se trouver seul à seul avec son ombre. Inévitablement, nous pensons à notre cher Pascal qui déplore que l’homme ne sache pas demeurer dans une chambre ; en proie au divertissement, il cherche à se fuir pour ne pas dévisager le destin, le sien. Entre quatre murs où rien d’inespéré ne peut advenir, quel mortel ennui ! Pourtant, la chambre peut contenir plus de présence et de richesse qu’on imagine. Il y a la mémoire de notre passé chargé d’orages, de remords, mais également de moment de félicité, il y a le présent à méditer et à métamorphoser, un présent bouleversé cette fois-ci par les actes héroïques des soignants et de tous ceux qui aident ; par les SMS reçus, qui donnent lieu à un authentique partage dans l’épreuve ; il y a le futur à préparer, un futur ouvert qui ne sera plus comme avant.


À ce point de réflexion, l’idée me vient d’évoquer un épisode dans la vie de Jakob Böhme, le grand mystique du XVIIe siècle. Un après-midi de solitude dans son sombre logis, il voit un rayon de lumière qui entre par la fenêtre et qui s’attarde sur un ustensile en étain. L’humble objet renvoie des reflets irisés. Soudain, il est ému jusqu’aux larmes et, empli de gratitude, il tombe à genoux. Un matérialiste pur et dur viendrait nous expliquer doctement que tout cela relève de la loi physique, qu’il n’y a vraiment pas de quoi s’émouvoir là-dessus. Mais Böhme voit autre chose, il voit qu’au sein de l’éternité, en ce coin perdu de l’immense univers apparemment muet et indifférent, un instant de miracle a lieu, ce rayon de lumière qui vient iriser l’après-midi terrestre où un humain anonyme, poussière d’entre les poussières, a pu capter la scène et, avec son œil ouvert et son cœur battant, être submergé par l’émotion. Qui peut expliquer cet insondable mystère ? Il n’y a peut-être rien à expliquer. Il y a la vie qui est là, miraculeusement là, à recevoir comme un don inouï. Chacun dans sa chambre, à sa manière unique, doit se tenir prêt à accueillir le rayon de vie qui se donne là, comme un ange annonciateur, comme un hôte d’honneur."

FRANÇOIS CHENG

 

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Que rien ne te trouble ..

10 Mai 2020, 00:16am

Publié par Grégoire.

Que rien ne te trouble ..

« Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. »

En nous parlant, Jésus se dit, se donne à vivre, actuellement. Et Jésus ne cesse de nous dire « Que votre cœur ne se trouble pas ! Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. » Il veut qu’aucun trouble, qu’aucune angoisse, qu’aucune agitation ne nous ébranle ! Et pour cause : il dit ceci après avoir annoncé à Pierre sa trahison : "tu vas me trahir, mais surtout ne t'en trouble pas, je le sais, je le porte, et je l'assume ! " Tel est le regard de Jésus sur nos trahisons, nos médiocrités et nos crimes ! Jamais celui d'un juge inquisiteur ou d'un accusateur ! Jamais ! C'est l'oeuvre du démon que de remuer la boue, répandre dans les médias et à la meute des chacals les supposés actes déviants de tel ou tel, relus à l'aune des théories freudiennes ! 

Que votre cœur ne se trouble pas ! Cette parole est tellement importante, qu'elle est devenu la prière quotidienne de Thérèse d’Avila « Que RIEN ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout, celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit ! ». 

Et le grand moyen de ne plus être troublé, c’est de croire en lui; c’est-à-dire revenir et demeurer dans ce contact actuel, immédiat avec lui : car il n’y a jamais aucune distance entre lui et moi !

Et dans ce contact, mendier qu'il nous donne de recevoir jusqu'au bout ce qu'il nous dit là : « Je te prépare une place… et de nouveau je viens pour te prendre près de moi ». Il nous faut le lui mendier que lui-même nous donne de ne pas réduire ses paroles, car le premier drame humain c'est de soi-même se faire mesure, et d'écouter selon nos petits désirs, nos petites attentes, et donc de réduire l'ambition actuelle de Dieu sur nous. 

Entendre -Je vais te préparer une place… c’est cela qui nous permet de ne pas être troublé, délivré de toutes angoisses : Jésus se sert de tout ce qui nous arrive : rien de notre vie ne lui échappe ; et il se  sert de tout pour nous faire entrer dans son repos, nous faire monter à la première place, à cette place de choix que Lui veut pour moi : La sienne ! Jésus n'a pas d'autres ambitions sur moi que de me donner à vivre ce que Lui vit, sa place ! On dépasse toutes inquiétudes, angoisses, repliements sur soi en cherchant à vivre de cette place unique que Jésus nous a acquis. Cette place c'est « là où moi je suis » c'est à dire : sa place !

Jésus nous aime bien plus que nous-même : Il nous aime à sa mesure, selon son don. Il nous regarde, chacun, comme celui à qui il donne tout, puisqu’il est totalement pour moi ! Et c'est pour cela que Le Père est à nous : « Qui me voit, voit le Père ! » Celui qui est TOUT, Celui qui est LA REALITE est à nous, personnellement, immédiatement !!! Et le chemin qui nous fait déjà vivre de ce terme, c’est Jésus !

Ne plus être atteins par aucun trouble, c’est donc inscrire dans sa vie cet amour qui assume tout, pour lequel rien n’est vain, dépendre radicalement de Celui qui m’unit à lui dans sa personne, en m’attirant. 

L’amour qui, naturellement nous rend accueil, attente, relatif, nous fait, là, être radicalement dépendant. Le chemin c'est d’être obstinément relatif à Jésus, de chercher à vivre de Lui en tout, de ne pas lâcher sa main. Et Jésus nous donne la charité fraternelle, ces liens personnels privilégiés, pour nous apprendre concrètement à vivre de lui, par ceux qu’il met auprès de nous. 

Le trouble vient toujours de ce qu’on est relatif à notre efficacité, aux résultats, à nous-même. La grande libération c’est d’aimer, de toucher qu’un autre est pour nous dans tout ce qu’il est, et alors de tout attendre de lui : que notre joie soit l’autre dans sa personne !

Jésus, c’est l’ami divin qui déjà me prend près de lui, et est en attente que je m’éveille à ce don qu’il me fait de lui-même. Il veut qu’on donne tout ce qui est encore nous, nos œuvres, nos grandeurs, nos qualités, nos jugements, nos tristesses, nos soucis, et tout nos trucs pétés, tordus, bizarres, pour leur donner une nouvelle signification, une nouvelle dimension, une nouvelle existence : « Maintenant je viens et je vous prend près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez »

Grégoire +

 

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Divinisé ?

19 Avril 2020, 02:58am

Publié par Grégoire.

Divinisé ?

 

 

Absence 

 

À Pâques, la joie manifestée empêche souvent d’être face à ce qui apparait de prime abord : l’absence. Absence de témoins, de signes ou de traces visibles. Rien d’éclatant ! Rien de manifeste ! Plus de présence physique ! Bref, apparemment un non-évènement : le monde continu comme il était, avec ses cruautés, ses guerres, ses épidémies …

 

Et pour les femmes qui, dans l’évangile, couraient au tombeau, c’est la claque : « Vous cherchez Jésus ? Il n’est pas ici ! » 

 

La résurrection n’est pas une victoire éclatante, ni un évènement manifeste. Jésus ressuscité n’est plus de ce monde : il n’est pas visible ou localisable, et en même temps, il est comme encore plus de ce monde : il est présent à tout l'univers ! Il n’est plus à un certain endroit dans le monde physique : il échappe au lieu et au temps ! Il n’est donc plus selon notre conditionnement ou notre psychologie à la recherche d’équilibre ou de guérison intérieure, ou la réalisation d’un état de paix, d’amour et de joie idéale, atteint au terme de célébration religieuse ou de pratique spirituelle !

 

 

Absorbé

 

La résurrection, c’est quelqu’un ! C’est Jésus, qui jusque dans sa chair divinisée s’impose à tout l’univers ! Jésus ressuscité, c’est donc cette chair subtile, divinement délicate qui comme un parfum, un souffle, une brise, imbibe tout ce qui existe : il se donne à vivre, à sentir, à respirer depuis l’absorption en Dieu de cette chair et de tout ce qu’elle a vécu de violence, de trahison, de mort. Sa chair brisée et martyrisée, s’unie, épouse et imprègne tout ce qui existe sans aucune conscience de notre part : il échappe à notre conscience. Mais, par la foi -cette lumière d’en haut qui éclaire notre réel- nous savons que nous sommes introduits en lui, immédiatement, sans distance aucune.

 

S’il nous imprègne, cela signifie que nous sommes devenus autres que ce que nous voyons de nous-même ! C’est à dire, nous sommes en Lui comme une seule personne : ce qu’il a acquis est nôtre, son héritage nous appartient de facto ! Et cela c’est tout de suite ! Sans préparation !

 

Sa résurrection, c’est donc déjà maintenant la mienne : LA REVELATION N’EST PAS UNE VITRINE : la résurrection c’est Jésus, plus réel que tout le réel qui m’entoure et m’appartenant !

Ne respirant plus que du Jésus, je peux dire que malgré les apparences extérieures, je suis ressuscité ! Toutes mes petites morts, trahisons, inhumanités sont assumés, reprises, utilisées !

 

 

Imprégné

 

Tout l’univers est imprégné de sa présence. Chacun, là où il est, est marqué par Celui qui est jusque dans sa chair La Vie Éternelle. On ne peut plus faire sans. Et c’est pour cela que rien sur terre ne peut combler cette empreinte qui nous marque.

 

Aussi tout les petits prêchi-prêcha, sermonages et volonté de reprise en main à coup d’efforts, d’efficiences et de nouvelles déterminations, sont du temps perdu, du désespoir organisé et une hypocrisie sans nom ! Se mobiliser, faire des efforts etc… c’est encore me faire passer devant ! Moi, moi, moi ! Ce n’est pas le laisser s’imposer jusqu’au bout en cherchant à ouvrir les yeux sur ce que Lui a fait pour moi !

 

C’est tellement plus facile de remettre un coup d’efficience : au moins on se sent vivre, au moins on prouve qu’on vaut quelque chose par nous-mêmes !

 

Et, précisément, c’est la pire attitude, celle qui fait le plus obstacle à son don et à sa victoire ! Car la victoire : c’est la sienne ! Et elle réclame d’accepter que Lui s’impose à nous, et qu’il ressuscite tout nos lieux inhumains.

 

Sinon, c’est du replâtrage, du rafistolage qui entrainera toujours violences et trahisons; car rien de notre activité ne peut être adéquat à la noblesse reçue, à la signification que notre vie à pour lui, à l’abîme creusé en nous et auquel Lui seul peut répondre.

 

 

Émerveillé

 

La résurrection, c’est donc taire toutes critiques, tout regards réflexifs, tout ces faux espoirs de résultats que nous attendons de nous-même.

 

La résurrection, c’est croire en sa victoire qui s'impose malgré le retard complet de toute l'humanité sur cet apparent non-événement. Que l'humanité soit en retard n’est pas un drame : il suffit qu'une seule personne y adhère pleinement, accepte d'être débordée par ce mystère, et cela c'est Marie. Marie répond pour nous : sa réponse est mienne, elle m’appartient !

 

C'est ça la joie de Pâques : Lui est victorieux et sa victoire s’empare même de nos retards, nos sommeils et nos absences.

 

Aussi, on ne peut plus se regarder de la même manière : on doit tout réapprendre auprès de Lui. Nous sommes déjà habitants du ciel tout en étant sur la terre.

Nous sommes en Lui et Il veut, dès maintenant, nous apprendre à vivre cette vie de Fils qui coule en nous, pour se l’approprier, la vivre de façon personnelle, la marquer de notre touche propre.

 

 

Secret

 

C’est cela que les femmes qui ont courus au tombeau doivent annoncer. Comment ? Pas par des mots, des consolations, des raisonnements ou des chocolats !  C'est vrai, on aimerait tellement prouver aux autres -et en fait à soi-même- qu'on a ‘raison’ de croire à la résurrection ! Et pourtant, même Jésus n'a pas cherché à le prouver. Il aurait pu apparaitre à Hérode, à Pilate ou aux grands-prêtres au matin de Pâques: imaginez ces grands prêtres, dormant avec leurs phylactères, plein de leurs projets liturgiques bien pieux, de quête de perfection toute humaine et bien moralisante, réveillés par une apparition de Jésus ressuscité: la cata pour eux...!  Non, Jésus ne s'impose pas de l’extérieur, il ne vient pas nous faire des reproches ou la morale. 

 

La résurrection, cette présence victorieuse qui réordonne tout, cette attraction substantielle qui nous a recréé, est une victoire cachée. Sans aucune évidence.

 

Elle ne nous rend donc pas d’abord fort mais encore plus dépendant, puisque devant vivre d’un don tellement gratuit qu’on doit réapprendre tout les jours que nous sommes recréés, divinisé et sans aucune possibilité de jamais mettre la main sur cet état nouveau. 

 

 

Vivre du terme

 

C'est une victoire réclame d’être vécue comme ce qui transfigure nos liens personnels, nos liens fraternels : Jésus est présent dans chacun de ceux qui me sont donnés ! Ce qui signifie que tout ce qui est en dehors de liens personnels est faux, contraire à ce qu’est la résurrection. L’humanité de Jésus, vivant la vie du Verbe, est devenue secret du Père : jusque dans sa chair, il est au plus intime du Père. Il est silence qui coule vers lui. Et nous aussi avec Lui.

 

On est encore mort lorsqu’on en reste à notre générosité, à ce que l'on fait, à ce qui vient de nous, nos méthodes, nos trucs, et de ce que l'on ne n’a pas accepté d’apparaitre avec nos brisures, nos fragilités, nos pauvretés, nos états d’échecs permanents ! La résurrection est une nouvelle vie,  donnée et dont on est incapable ! 

 

Accepter tout nos états de pauvretés, par lesquels il s’empare de nous, le laisser être la solution de nos échecs, nos loupés, nos morts, c’est s’interdire définitivement de se juger, se critiquer, se regarder. Parce qu’il a déjà tout achevé. Tout. 

 

« Il a fait toutes choses nouvelles » Même si ce n’est pas manifesté, c’est fait.

 

Tout est achevé.

 

Grégoire +

 

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Cette victoire dans l'obscurité ..

11 Avril 2020, 13:16pm

Publié par Grégoire.

Cette victoire dans l'obscurité ..

* Samedi Saint *

 

 

Condamnation

 

Jésus a été condamné, rejeté par les grands prêtres ! 

 

Pourquoi ? Il est coupable de trop d’amour : il ne respecte pas les Lois, il n'obéit pas aux autorités en charge, s'engage trop dans la vie des personnes, les accompagne sans respecter la juste distance, ... !

 

C'est nécessairement un manipulateur,  un séducteur, un abuseur que la populace semble canoniser un peu vite .. !

 

Son amour est insupportable pour des yeux étriquement religieux, médiocrement puritains et pas assez humains. 

 

Et, il dérange : cet amour excessif n'est-ce pas du relativisme face à l’absolu de la loi ?! Faisons respecter l'ordre ! Il faut quand même éduquer les gens bon sang !!

 

Un homme, ami des pécheurs, mangeant avec les publicains et les prostituées ?? mais voyons, n'aurait-il pas .. une double vie ? C'est trop louche... faisons une enquête !

 

 

 

 

 

 

Et cela demeure toujours. L’humanité d’aujourd’hui condamne Jésus. Les opinions des hommes, la conscience éveillée des experts et les jugements des grands prêtres qui, eux, 'savent', ont le prestige et le pouvoir spirituel, tous ont bien discerné son petit jeu !

 

Et puis, dame : il n’y a pas de fumée sans feu : s’il est condamné, c’est qu’il y a faute .. ! Mêmes les médias le disent : ça ne peut donc être que vrai !

 

 

 

Silence

 

Jésus a accepté de se taire et de prendre la dernière place pour montrer, dévoiler  l'attraction silencieuse, substantielle qu'est Le Père, source actuelle tout ce qui existe. 

 

Jésus accepte d'être présumé coupable, de passer pour un tordu, un pervers, et d'être crucifié pour révéler -en creux- Celui dont il se reçoit et en qui il trouve son repos : le Père, pure bonté, Celui qui est LA Réalité, plus présent à nous même que nous même et caché derrière les apparences.

 

Le pardon, la miséricorde ne sont qu'un moyen en vue de dire Celui qui est Amour. Mais on ne peut s'arrêter à la miséricorde. L'amour seul est la cause et le 'ce en vue de quoi' s'exerce le pardon !

 

Et Jésus choisit de disparaitre. Il se sert du jugement des grands prêtres et de la trahison  de ses apôtres. Il donne alors à la mort, à toutes violences, une nouvelle signification.

 

 

 

Compassion

 

Mort, le cadavre de Jésus est alors remis, confié à la terre. Il n’y a plus de corps visible, plus de souffrance pour compatir. Il n’y a plus rien. C’est l’absence, le vide.

 

Séparée du cadavre de son Fils, Marie vit cette absence, cette négation mortelle, cette échec total. Elle vit cette brisure, cet état cadavérique, ce silence de mort.

 

Il n’y a plus que l’abandon, il n’y a plus que la brutalité des faits : c’est la violence de la mort, de la mise au tombeau, qui plongent ceux qui restent dans une solitude totale : être là, comme inutile, dans un pâtir à l’état pur.

 

 

 

 

 

Chacun vit ce moment du sépulcre : c’est l'ultime étape. Cette étape, on peut dire que le monde l’a toujours vécu, comme il a toujours vécu l’Agonie et la Croix. 

 

Mais il y aura un moment - et nous y sommes peut-être - où l’Église, corps mystique- devra vivre, d’une manière toute particulière, de ce moment du Sépulcre.

 

 

 

Actualité

 

Cette séparation de l'âme et du corps de Jésus, ne serait ce pas aujourd'hui cette absence de tout culte, ces églises vides, ce corps de Jésus confiné dans les maisons,  les hôpitaux et les ehpad ? C'est le corps séparé de son âme, de sa vie propre, de cette communion vitale avec le reste du monde.

 

Et, Jésus, ce cadavre divin qui repose, c'est mystérieusement qu'est réalisé le salut et que s'opère la recréation : car alors, dans le cadavre, le corps subsiste directement dans le Verbe ! c'est à la mort, la séparation de l'âme et du corps, que le Verbe est devenu CHAIR ! 

 

La chair est alors habitée par le Verbe -et même elle est, à ce moment là, devenue le Verbe, Dieu !! La chair du Christ est Dieu. Cette matière inerte qu'est le cadavre de Jésus est divinisé..  

 

La passivité du cadavre de Jésus dit alors immédiatement l'amour substantiel, cette attraction substantielle qu'est Dieu !

 

 

 

 

"Et la terre vint au secours de la Femme " apoc 12.

 

C'est la Chair devenu verbe qui fait que Marie, que tout ceux qui veulent -consciemment ou inconsciemment,  être à l'école de Jésus, qui cherchent la lumière, vivent alors comme le secret du Père dans le monde !

 

Nous sommes faits dans notre corps Terre Sainte, Terre promise, Temple nouveau, Arche d'alliance.. dans notre personne, dans notre chair avec tout ce qu'elle comporte de lourdeur et d'obscurité.. nous le sommes fais à ce moment là !

 

Ce n'est pas manifeste, mais cela est ! Gratuitement ! Cela s'impose à nous ! Nous sommes recréés, là, maintenant, comme sa chair est alors imbibé par le  Verbe éternel !

 

Et là, il nous faut alors tout réapprendre : comment vivre de cette victoire cachée , non encore manifestée ? Comment les jugements actuels sont-ils là pour permettre de toucher  ce que Lui fais de nous ? Comment dans une active passivité, laisser toujours plus cette attraction silencieuse Père s'exercer sur nous ?

 

Lui qui, maintenant nous a pris en Lui, et ne cesse de nous secréter, au plus intime de Lui-même, comme son unique, son secret, son bien-aimé !

 

 

Grégoire +

 

 

 

 

 

 

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Seul le silence permet à l’amour de se dire jusqu'au bout

9 Avril 2020, 14:00pm

Publié par Grégoire.

Seul le silence permet à l’amour de se dire jusqu'au bout

 

Dieu, Celui qui, depuis toujours, est, lumière et pur amour, se fait matière : pain et vin ! Solide et liquide ! la détermination du pain et la passivité du liquide ! Tel est l’Eucharistie ! L’abaissement de Dieu devant moi, se faisant mon esclave, se mettant à mon service pour m’introduire en Lui, et me faire vivre ce qu'il a en propre ! Directement ! sans préparation ! 

 

Et ce don est la règle de vie toute simple, la nouvelle loi : être tendu vers lui, offert comme le pain, et en même temps passif, liquide, pure réceptivité comme le vin !

 

Car le terme de l'Eucharistie, ce pour quoi Jésus l'invente, c'est de nous faire devenir Lui ! Pas moins ! Et c'est immédiat !! actuellement réalisé ! Et toute notre vie chrétienne c'est d'apprendre à vivre en Fils, comme un Dieu, découvrir le rythme et l'attente propre, personnelle, du Père sur nous, qui veut que l'on continue et achève l'oeuvre de Jésus ! Pas moins ! Et ça, c'est vrai pour chacun ! C'est donné ! Gratuitement !

 

C’est pour cela que ce don est tellement inouïe qu’on veut l’enfermer dans des codes, des lois, des rites, un culte. Parce que c'est too much pour nous !! C'est éprouvant, on met même tellement de temps à y croire !! Pourquoi? Parce qu'on se regarde trop, et surtout par nos petits cotés ! Et pour un marxiste -c'est à dire quelqu'un qui ne voit que ce qui est extérieur, matériel, mesurable- l'amour, don personnel gratuit, c'est juste insupportable !  « Dieu qui se donne à vivre ?! Mon Dieu, où va-t-on ?? » 

 

Par son don, je suis introduit en Lui, dans ce qu'il a de plus intime, pour vivre ce qu'est Dieu ! Or, l’amour, qui en Dieu est son être même, ce qu’il est, ne peut-être dit dans un rite, un culte, des chants. Il ne peut que se vivre. Et dans un abîme de pauvreté spirituelle : notre désir de connaitre butte complètement sur ce truc ! C’est pour ça que Jean n’en dit rien dans son évangile ! Rien !

 

La parole permet de nommer les choses, mais elle garde un caractère universel, abstrait : on peut la répéter. Or l’eucharistie, cette offrande réalisé à la croix et dont la victoire est manifestée dans la résurrection c’est en tout premier lieu un don radicalement personnel, unique, qui ne peut se dire. Qui ne peut que se vivre : c’est Dieu pour moi, relatif à moi, qui veut m’introduire en Lui, au plus intime de ce qu’il est !

 

Je suis totalement incapable d’entrer dans ce don : « là où moi je vais vous ne pouvez venir » Notre nature humaine explose face à ce don, et c’est bien ce qui est montré à la Croix. Sauf, nos misères qui nous rendent assez pauvres pour être introduit dans cette vie qui est Dieu même !

 

 

Et c'est bien de cela qu'il s'agit : par son don, nous sommes déjà, là maintenant, introduits dans la vie intime même de Dieu ! Nous en vivons dans l'obscurité de la foi, mais c'est réel ! et ce, grâce à ces blessures qui sont sa porte d'entrée ! sans condition !

 

Ô Bienheureuse pauvreté alors ! Ô Bienheureuses fautes, chantons-nous durant la Vigile pascale ! Et peut-être devrions nous le chanter tout les jours pour sortir définitivement de ce puritanisme maladif, ce pharisaïsme hypocrite qui ronge tant d’ecclésiastiques ou paroissiens satisfaits d’eux-mêmes ! Ce regard moralisant de petits juges est bien plus destructeur que tout ce qui ronge la nature ou pollue notre monde !

 

La pollution spirituelle, le pharisaïsme des bien-pensants, de ceux qui s'auto-proclament juges de leurs frères est la pire des pollutions ! mais malheureusement on s'en accommode très bien. C'est pour celle-là que Jésus est mort.

 

 

Ce don c’est l’invention géniale de que Jésus laisse à chacun… Le testament de Dieu, de l’ami divin et humain, l’héritage qui m’est remis, dont je peux user comme bon me semble;

 

Ce qui est définitivement acquis pour moi, qui est ma propriété, mon bien propre : c’est Jésus –le Verbe- livré au Père et à chacun comme chacun attend d’être aimé ! Et ça c’est mien comme quelque chose d’acquis ! Sans aucune justification à donner de ma part pour avoir accès à ce don ! Celui qui est La Réalité se fait relatif à moi dans tout ce qu’il est, pour se donner à vivre, et me permettre dès maintenant de répondre à son don avec toutes mes ingéniosités !

 

Ce que Jésus réalise n’est pas dans le prolongement de l’Ancien testament, de nos désirs d’homme religieux, prudents, morals, pour l’épanouissement de ce qui est le plus humain en nous, ou pour épanouir nos capacités. C’est quelque chose qui vient d’en haut, quelque chose de complètement nouveau et c’est pour cela que nous sommes perdus, déroutés et même scandalisés : gratuité pure !

 

Comment dire à chacun ce secret personnel ? pure attraction divine, substantielle, qu’aucun culte rite liturgique ou vécu intérieur ne pourra manifester ?

 

Et, parce que c’est un pur don d’amour, il est silencieux. Il est là pour moi comme un nouveau soleil ou un nouveau ciel qui n’aurait pas de but en soi sinon d’être là! Rien de séduisant non plus : l’amour ne peut-être compris que de ceux qui aiment : les enfants, les simples, les amoureux et les handicapés…

 

C’est une rupture que Jésus réalise et qu’il réalise à travers un geste : «  Au cours d’un repas, Jésus sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et, prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint ».

 

Jésus –qui est Dieu, se fait le serviteur et il lave les pieds à ses disciples. C’est un passage, « la Pâque », celui d’une nouvelle ‘connaissance’, personnelle, intime, de Dieu dans ce geste de Jésus. Dieu qui se fait l’esclave ! Voici le nouveau passage de Dieu ! C’est Dieu qui se fait totalement relatif à nous !

 

Le geste manifeste un lien que l’on voudrait personnel. L'amour réclame cette sortie de soi, de nos schèmes d'homme prudent, de nos raisonnements. Ne faut-il pas découvrir là -d’une façon tangible- que l’amour est au-dessus de tout ordre, règles et lois ?Parce que Dieu est amour : rien n’est au-dessus de l’amour ! Il n’y a pas de « juste place » « juste respect » Il faut aimer point barre ! Et on commence toujours maladroitement, en aveugle et en mode handicapé ! Mais l’amour est au-dessus de tout ! C’est l’amour qui fait connaitre, c’est l’amour qui nous fait voir Dieu, c’est l’amour qui réalise l’unité !

 

Il y a là quelque chose que l’on doit regarder avec crainte et qui révèle la grandeur de tout amour : l’amour humain est toujours l’appel, l’attente du don personnel de Dieu pour nous ! On ne peut donc jamais formaliser, juger de l’extérieur, ou donner un ordre d’obéissance à propos d’un lien personnel ! Il n’y a rien au-dessus, car tout lien dans l’amour est un appel et touche déjà quelque chose d’éternel !

 

Et c’est le lavement des pieds a ouvert Jean à cette nouvelle relation auprès de Jésus. Dans le lavement des pieds, Jésus fait le geste de l’esclave, donc du serviteur par excellence. C’est le geste qui conduit à l’Eucharistie, ou Jésus nous donne son Corps comme aliment sous le signe du Pain. L’aliment le plus simple, le plus commun. L’aliment c’est le serviteur du vivant. Serviteur d’une façon radicale, puisque il perd ce qu’il est, pour celui qui s’en nourrit.

 

 

Et donc, Jésus veut nous crier là combien Il se met à notre service. C’est vrai, ce n’est plus du pain, c’est son corps, sa chair,  Lui : « Ceci est mon Corps ». On comprend que c’est aller jusqu’au bout, on ne peut aller plus loin. Dieu se donne comme pain. C’est le don que seul Dieu peut faire ! C’est sa toute puissance qui est au service de son amour, et elle est toujours au service de son amour.

 

 

Jean veut mettre en pleine lumière cet ordre nouveau : que Celui qui est le Maître, Celui qui est le seigneur, n’hésite pas de faire le geste de l’esclave. Donc de bouleverser cet ordre hiérarchique et de faire comprendre qu’il y a un ordre d’amour beaucoup plus profond, beaucoup plus radical, ce qui au niveau hiérarchique ce n’est pas compréhensible ;

 

Et on comprend la réaction de tous les talibans de l’ordre hiérarchique, adorateurs de traditions ou culte : non, non et non ! Ne fais pas ce geste-là, il faut que tu restes, vraiment Maître et Seigneur ! Or, Jésus nous demande de dépasser cet ordre-là, humain, pour être pris par son don. La nouvelle alliance, c'est une reprise totale dans l’amour, ou chacun, petites créatures, êtres seconds qui trouvons avec peine ce qui est à notre portée, sommes élevés à la dignité de Dieu ! Dieu se fait pain pour qu’introduit en Lui, on vive à son rythme, à sa taille !

 

 

Marie, est celle qui a reçu chaque initiative de Dieu comme un secret, dans l'amour, et qui nous montre comment en vivre : par l'amour et la pauvreté. L'amour nous fait être accueil et don, et la pauvreté nous cache, nous garde de tout retour sur nous mêmes, nous empêche de posséder l'amour, et nous fait accepter de pouvoir être comme ignoré.

 

 

L’Eucharistie, silence d’amour de Dieu pour nous, réclame cela. C’est le geste éternel -actuel- de Dieu qui est don dans tout ce qu'il est; cela c’est -au-delà des apparences extérieures- ce que nous devenons substantiellement, réellement. 

 

Grégoire

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La crainte du très-bas

7 Avril 2020, 00:19am

Publié par Grégoire.

La crainte du très-bas

 

«Aucune divinité, nul autre qu’un envieux ne se réjouit de mon impuissance et de ma peine, et nul autre ne tient pour vertu nos larmes, nos sanglots, notre peur, et toutes ces manifestations qui sont le signe d’une impuissance de l’âme. » Spinoza a toujours décapé ma conception trop étriquée de Dieu. Mais de là à intégrer cette liberté d’esprit dans la vie, il y a un pas que je n’ai jamais franchi. Le bonheur me fait peur, le plaisir m’est souvent un tantinet suspect et, quand tout va bien, je m’attends presque toujours à ce qu’une tuile me tombe sur la gueule. En bref, je crois servir Dieu uniquement en serrant les dents et en traversant les épreuves tant bien que mal.


Il y a peu, je séjournais dans un monastère près de Jérusalem. Une fois par jour, je me promenais accompagné d’un moine qui me prêchait une retraite sur mesure. Il a eu l’audace de me comparer à Dieu, suggérant que lui comme moi étions toujours pris pour un autre. Et que dans cette fragilité, je pouvais me rapprocher du très-bas – pour le dire avec les mots de Christian Bobin. Pour la première fois, je me suis découvert un point commun avec le divin créateur. Il n’était pas un potentat inflexible ni un juge intransigeant, mais un être infiniment proche. Peut-être est-ce là son absolue transcendance. Être si proche et d’une manière telle qu’elle dépasse toutes catégories et pulvérise l’entendement. Tandis que nous nous baladions sur les collines de Sion, je m’ouvrais à lui de la peur d’être jugé, de ma culpabilité à être heureux. Auparavant, j’avais entendu à la messe du matin une expression qui me terrorisait: la crainte de Dieu. Je n’avais pas encore compris que la crainte signifie le respect et la confiance en Dieu qui précisément congédient toute peur. Et mon jeune frère de dire: « La crainte de Dieu, c’est ne pas prendre Dieu pour un con. »


Dès lors, une conversion a vu le jour. J’ai perdu peu à peu cette illusion que le Roi du Ciel et de la Terre va me rattraper au contour pour m’infliger mille supplices si je défaille. La crainte de Dieu, c’est l’émerveillement devant ce qui me dépasse et ce que je veux figer. Je prends Dieu pour un idiot lorsque je joue un rôle devant lui, quand, tels Adam et Ève, je dissimule mes travers pour faire le beau. Je le crois imbécile lorsque je pense qu’il épie chacun de mes actes, qu’il cherche en moi la faille et qu’il désire à tout prix me punir. Dès lors, la crainte de Dieu, c’est cesser de l’enfermer dans une psychologie à dix sous, dans mes névroses. Depuis, je crains de ne réduire le Père Céleste autant qu’autrui. Je crains de m’enliser dans des rôles. Mais loin de me terrifier, cette crainte m’allège et me pousse à laisser là toute affectation.


À côté de ce frère, j’ai appris à ne pas avoir peur de Dieu ni de soi, à découvrir véritablement ce que je suis, à voir que je dépasse largement toutes ces blessures psychologiques. Dieu est neuf à chaque instant, comme mon prochain et moi d’ailleurs.Souvent, à cause de mon insistance, de mes petits manquements, j’avais peur de décevoir le frère. Sa réponse m’aide encore: « Tu ne peux pas, quoi que tu fasses, me décevoir. » L’idolâtrie, c’est peut-être avoir l’outrecuidance de croire pouvoir décevoir Dieu, le fâcher. La crainte de Dieu, c’est peut-être quitter la peur d’être jugé comme je juge. Depuis mon retour, je veux nourrir et transmettre cette crainte de Dieu à ma famille, à mes enfants. Comment? En jugeant moins et en montrant à mes proches un amour inconditionnel

 

Alexandre Jollien 

 

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 Vous me connaissez ? Vous savez d’où je suis ? 

28 Mars 2020, 11:06am

Publié par Grégoire.

 Vous me connaissez ? Vous savez d’où je suis ? 

 

« Vous me connaissez ? Vous savez d’où je suis ? » Jean 7, 28

 

Ces interpellations de Jésus à ceux qui l’écoutent, face à leurs murmures, c’est un cri, une tristesse, une blessure qu’il manifeste. Ces interrogations adressées à ceux qui sont ses frères, son peuple, ses apôtres, il faut les laisser descendre en nous.. et essayer de toucher la manière dont il interrompt son enseignement pour dire sa vulnérabilité face aux jugements hâtifs dans lesquels ils l’enferment.

 

C’est au Temple, à l’occasion d’un enseignement donné avec autorité que Jésus interroge ainsi les siens, manifestant là l’obstacle premier qui les empêche de le recevoir : croire le connaitre ! Juger de l'extérieur ce qui anime sa vie, ramener son intention profonde à un résultat visible et mesurable !

 

Parce qu’ils sont pris par le quand dira-t-on, l’opinion commune, ce qu’en disent les médias de l’époque, il n’y a plus chez ces juifs d’attente.. ou plutôt ils n’attendent plus qu’un salut humain, à leur taille, selon un regard juridique, s’empêchant ainsi d’aller plus loin qu’eux mêmes !

 

Or, Jésus ne vient pas d’abord résoudre nos problèmes terrestres, ni nous rétablir dans l’ancienne Alliance, ni être un gendarme scrupuleux d’une loi religieuse ou liturgique ! Il vient nous mettre face au Père et nous en faire vivre. Tout de suite. Là. Maintenant.

 

C’est pour cela qu’il n’est pas à notre portée : rien en nous n’est adéquat ou proportionnel à son don, à sa lumière ! Et ça, on l’oublie tellement vite ! Autrement dit, Dieu est toujours de trop pour nous ! Alors que très vite, pour le croyant, Dieu fait partie des meubles, et on croit, en toute modestie, qu’on peut, par soi-même, en conscience, répondre librement à ce qu’il propose ! Mais NON ! C’est une horreur de croire que « Dieu propose, et que la personne humaine répondrait librement, si elle veut.. »

 

Pourquoi ?

 

Premièrement parce que l’amour s’impose ! L’amour ne nous laisse pas libre ! Et ça, c’est insupportable pour nos mentalités modernes, d’avoir à accepter que quelque chose s’impose à moi avant que je l’ai décidé, accepté, choisit ! Que je ne suis pas d’abord le fruit de mes choix.

 

Et, malheureusement, la petite bestiole qui, aujourd'hui, met à mal la moitié de l’humanité est un exemple criant que nous ne sommes pas premièrement décideurs de nos vies !

 

Ensuite, devant Dieu, nous ne sommes pas d'abord libre ! Il ne nous a pas demandé la permission pour savoir si on voulait où non vivre.. et apparaitre dans tel pays, à telle époque... 

 

Plus profondément, Jésus vient -et c'est une initiative gratuite- pour nous donner de vivre d’une lumière qui est, pour nous, de trop, qui nous excède et même qui nous éprouve, au point que je ne suis pas capable de la recevoir par moi-même ! Dieu n’est pas dans le prolongement de nos projets humains ou religieux; de nos désirs affectifs, matériels ou même spirituels ! 

 

Il nous fait entrer par son initiative, dans sa vie la plus intime ! C'est en cela que rien sur terre ne peut répondre à la soif qui est en nous ! Et cette vie, y répondre par oui ou non, reviendrait à dire qu'on peut mesurer son don.. Or, Dieu est de trop pour nous !!! Il nous excède ! Croire qu’on peut répondre par nous-même à son don, à sa présence, à sa lumière, c’est se croire capable de lui… c’est se croire capable de devenir Dieu, de se mettre à sa taille par nous-même !

 

Ça à l’air de rien de dire ça, mais c’est capital : on ne peut qu’être en attente de son don et aussi de sa grâce pour lui répondre !! Et là, c'est dans le choix de cette attitude de se reconnaitre pauvre, non capax, qu'on est libre ! Libre de reconnaitre notre radicale petitesse ! Notre totale incapacité de le recevoir et lui répondre ! Libre de mendier qu’il vienne non seulement nous éclairer, mais encore de ne pas faire obstacle à son don !

 

Jésus en effet vient nous entraîner dans un don auquel on ne peut pas se préparer ! C’est une oeuvre de résurrection qu’il vient opérer, pas du rafistolage ou un replâtrage ! On a facilement cette tentation de croire qu'il est venu pour qu’enfin on soit autonome, épanouie, sans plus rien de ce qui nous agace et nous empêche de vivre ce petit bonheur au sommet duquel sont nos congés payés, notre capital santé et une succession d'émotions creuses et stupides !

 

Aussi, attendre de lui des choses très précises, c’est croire le connaitre et c’est s’empêcher d’être attirer hors de soi.. C’est le problème des pharisiens,  des biens-pensants et de tout les ‘spirituels’ qui veulent y arriver par eux-même, et qui croient répondre librement : c.a.d en « connaissance de cause », comme si l’évangile était une recette de cuisine à appliquer, au terme de laquelle je ne sais quelle perfection serait acquise !

 

Et, précisément, Jésus enseigne au Temple, lieu de la rencontre avec Dieu, pour redonner le vrai sens du sacrifice offert à Dieu; on ne peut être vers Dieu, l’attendre, qu’en choisissant de tout brûler : tout nos acquis, toutes nos certitudes, tout ce qu’on croit savoir, toutes nos qualités et ce sur quoi on s’appuie ! Autrement on s’aveugle et on se rend incapable de recevoir ses initiatives d’amour ! « vous dites ‘nous voyons’ c’est pourquoi votre péché demeure ! » Jean 9

 

On ne peut se présenter devant Dieu que comme un pauvre; Mais un pauvre comme Jésus s’en fait le signe : à la croix, où il est ‘ver non point homme, objet de rebut et de mépris devant lequel on se voile la face…’

Or ça, par nous-même, on est loin d’en être capable ! Ou bien alors dans cette version doloriste qui a pu exister et qui a trop souvent été une copie très matérielle et extérieure de son don..

 

La croix est le signe d’un amour qui ne peut se dire, sinon dans le silence, pour qu'il n'y ait plus que l'attraction de sa bonté ... il est substantiellement bon, et son effet propre est de creuser en nous un abîme de pauvreté, élargir l’espace de notre tente intérieure…

 

On ne commence à le connaitre que lorsqu'on se laisse toucher, dans le secret de notre coeur par cette présence ineffable qui nous dit : « mon amour pour toi est plus silencieux que le silence… »

 

Grégoire

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Les contemplatives, «maîtresses de la vie cachée et heureuse»

24 Mars 2020, 15:28pm

Publié par Grégoire.

Les contemplatives, «maîtresses de la vie cachée et heureuse»

Dans une lettre adressée aux religieuses contemplatives italiennes, l'évêque d'Avellino rappelle leur rôle essentiel dans cette période difficile de confinement, même si elles vivent loin des regards.

 

 

Lettre écrite depuis le désert

 

«Nous nous tournons vers vous, sœurs « en clôture », pour demander votre prière, pour soutenir vos bras levés, comme ceux de Moïse sur la montagne, en ce temps particulièrement dangereux et pénible pour nos communautés éprouvées : notre résilience et la victoire future dépendent de votre résistance dans l’intercession.

 

Vous êtes les seules Italiennes à ne pas remuer un muscle facial devant la pluie de décrets et de dispositions restrictives qui nous tombent dessus en ces jours parce que ce qui nous est demandé pour quelque temps, vous le faites déjà depuis toujours et ce que nous subissons vous l’avez choisi.

 

Enseignez-nous l’art de vivre contentes de rien, dans un petit espace, sans sortir, et cependant engagées dans des voyages intérieurs qui n’ont pas besoin d’avions ni de trains.

« Donnez-nous de votre huile » pour comprendre que l’esprit ne peut pas être emprisonné, et que plus l’espace est étroit, plus large s’ouvre le ciel. Rassurez-nous : on peut vivre de peu et être dans la joie, rappelez-nous que la pauvreté est la condition inéluctable de chaque être parce que, comme disait Don Primo Mazzolari, « il suffit d’être homme pour être un pauvre homme ».

 

Redonnez-nous le goût des petites choses, vous qui souriez en voyant un lilas fleuri devant la fenêtre de votre cellule et saluez une hirondelle qui vient annoncer que le printemps est de retour, vous qui êtes émues face à une douleur et qui exultez encore devant le miracle d’un pain qui dore au four.

 

Dites-nous qu’il est possible d’être ensemble sans être amassés, de correspondre de loin, de s’embrasser sans se toucher, de s’effleurer par la caresse d’un regard ou d’un sourire, simplement… de se regarder.

 

Rappelez-nous que la parole est importante si elle est pensée, tournée et retournée dans le cœur, si elle a pris le temps de lever dans la huche à pain qu’est notre âme, si on l’a vue fleurir sur les lèvres d’un autre, dite à voix basse sans être criée et aiguisée pour blesser.

 

Mais, encore plus, enseignez-nous l’art du silence, de la lumière qui se pose sur le rebord de la fenêtre, du soleil qui se lève « comme un époux qui sort de la chambre nuptiale » ou qui se couche « en colorant le ciel de feu », l’art de la quiétude du soir, de la bougie allumée qui projette de l’ombre sur les murs du chœur.

 

Racontez-nous qu’il est possible d’attendre pour se serrer dans les bras même toute la vie car « il y a un temps pour s’embrasser et un temps pour s’abstenir » dit Qohélet.

 

Le Président Conte a dit qu’à la fin de ce temps de dangers et de restrictions, nous nous embrasserons encore dans un climat de fête… pour vous il y a encore peut-être vingt, trente, quarante ans à attendre !

 

Apprenez-nous à faire les choses lentement, avec solennité, sans courir, en faisant attention aux détails  car chaque jour est un miracle, chaque rencontre un don, chaque pas une avancée majestueuse vers la salle du trône, un mouvement de danse ou une symphonie.

 

Murmurez-nous qu’il est important d’attendre, de remettre à plus tard un baiser, un don, une caresse, une parole, parce que l’attente d’une fête en augmente la lumière et « le meilleur doit encore advenir ».

 

Aidez-nous à comprendre qu’un accident peut être une grâce et qu’une contrariété peut cacher un don, qu’un départ peut accroître l’affection et qu’un éloignement peut finalement préparer une rencontre.

 

A vous, maîtresses de la vie cachée et heureuse, nous confions notre embarras, nos peurs, nos remords, nos rendez-vous manqués avec Dieu qui nous attend toujours, vous prenez tout dans votre prière et nous le rendez en joie, en bouquets de fleurs et en jours de paix.

Amen »

 

Mgr Arturo Aiello

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La joie naît de la rencontre de notre néant avec la lumière qui nous en sauve ..

22 Mars 2020, 23:14pm

Publié par Grégoire.

La joie naît de la rencontre de notre néant avec la lumière qui nous en sauve ..

 

La joie que Jésus apporte n’est pas le fruit d’un comportement moral ou religieux, d’un suivi scrupuleux de la loi.. non ! Elle est actuellement donnée, elle nous attend, puisqu'elle est l’effet de sa parole, sa propriété.

Son amour pour moi, réclame en effet d'être dit, que j’entende dans le secret de mon coeur ce secret dont chacun peut dire en vérité qu'il n’est dit qu'a lui : « je t’aime parce que c’est toi !» L’évangile ne dit pas autre chose ! Et, lorsque cette lumière personnelle de Jésus s’empare de notre intelligence, nous sommes dans la joie !

 

Mais nous sommes aveugles ! Et c’est le grand reproche de Jésus : « C'est pour un discernement que je suis venu en ce monde, pour que ceux qui ne voient pas, voient, et que ceux qui croient voir deviennent aveugles (…) Vous dites: 'nous voyons' -nous savons, c'est pourquoi votre péché, votre tristesse, votre désespoir demeure ». Jn 9, 41.

 

Nous sommes tellement remplis de bruits, de jugements sur nous-même, de paroles vaines ou inutiles, d’opinions, de projets à notre taille ... que nous sommes incapables d’entendre Celui qui, maintenant, me parle, et qui, en se disant, se donne à moi !

 

Jamais Jésus n’a donné d’informations, de méthode à suivre ou un enseignement universel, général, abstrait. Sa parole est toujours personnelle, amicale, amoureuse. Elle est la première manière pour lui de se donner à nous et il est vulnérable à la manière dont on l’écoute. Est-ce que notre manière de l’écouter lui permet de se donner à nous jusqu’au bout ? C'est la question.

 

Il y a en chacun, cette pollution du monde, plus terrible que toutes pollutions, qui transpire spécialement dans les médias, cette nouvelle inquisition, qui déborde aujourd’hui un peu partout, celle de se comporter en pharisiens, de se croire capable de juger des choses ou des gens, de pouvoir mesurer sa vie, pleins de bon sentiments et satisfaits de nous-mêmes !

 

Cette méga-tentation ou l'homme se fait sa propre mesure, fait qu’on devient immédiatement juge et justicier des personnes ! C'est cela la faute la plus terrible; LA faute, c'est bien ce jugement ou l'on est sûr de soi-même ; cette arrogance de la bien-pensance qui se pose en mesure de ce que fait l'autre, et qui voudrait chercher par soi-même à séparer le bon grain de l'ivraie !

 

C'est le propre des bien pensants, de ceux qui se croient dans le camp du BIEN, tolérants,  'ouvert à l'autre' et à la différence... mais intolérants envers ceux qui ne pensent pas comme eux!

 

Or, la joie divine, celle qui ne passe pas, ne peut s’emparer de nous, que si l’on se reconnait pauvre, aveugle et mendiant. Ce qui, de fait, est l’état de la personne humaine face au réel comme le disaient les Grecs : « nous sommes dans le réel comme l’oiseau de nuit face à la lumière du jour.. ». Et cela c’était juste la sagesse naturelle des anciens !

 

Or le drame du monde contemporain est d'avoir réduit la connaissance à ce qu’on peut mesurer, calculer, comparer ! Comment voulez vous alors pouvoir vous réjouir d’une simple fleur ? d’un chant d’oiseau ? d'un ciel ombrageux ? Et alors, combien plus, si c’est une lumière qui vient d’au-delà de notre monde, et réclame donc un étonnement radical, celui de l’enfant qui vient de naitre : « si vous ne devenez pas comme des tout-petits, vous n’entrerez pas dans le royaume…! »

 

Ainsi, face aux luttes, aux lézardes, aux paresses que nous portons, ne pouvant en connaitre la signification, nous ne pouvons nous en remettre qu’à Dieu seul, en mendiant sa lumière !

C'est donc bien choisir la pauvreté spirituelle, celle qui fait qu'on suspend son jugement et qu'on demeure dans un état de manque, d'obscurité du coté de la connaissance qui nous permet de recevoir cette lumière.

 

C'est choisir de ne pas savoir pourquoi par nous-mêmes, et demeurer dans une obscurité certaine face à des états qui semblent parfois désespérés ou sans solution apparente...

 

Cela c'est s'en remettre à Celui qui, dans sa personne, est la lumière ! Et désirer qu'Il nous la donne ! Mais la lumière de Jésus est une vie : ce ne sont jamais des explications ou une méthode à appliquer ! Il est dans sa vie lumière du monde : cela réclame pour nous d'entrer dans cette vie, la vivre avec lui et croire qu'il nous fait être sa présence : « vous êtes la lumière du monde » 

 

Nous ne sommes pas lumière pour nous-même. Lui seul -et surtout à la croix curieusement- nous dit -en nous le faisant vivre, qui nous sommes pour lui et pourquoi nous vivons tel ou tel état; Là il est lumière pour nous, et alors nous touchons, dans la foi qui nous sommes : enfants bien-aimés du Père, appelé à le donner en faisant nôtre toutes les paroles de Jésus puisqu'elles nous sont adressées « la vie éternelle c'est de te connaitre, toi.. telle est le commandement que j'ai reçu de mon Père.. qui me voit voit le Père»

C’est en étant mendiant de sa lumière et de sa bonté substantielle, grâce précisément à nos failles qui appellent cet excès de lumière, d’amour, son don inconditionnel, que nous sommes alors fils dans Le Fils !

 

Grégoire.

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Pourquoi Joseph, cet homme dont on ne sait rien ?

19 Mars 2020, 12:33pm

Publié par Grégoire.

Pourquoi Joseph, cet homme dont on ne sait rien ?

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Chers cousins français,

15 Mars 2020, 02:06am

Publié par Grégoire.

Chers cousins français,

Chers cousins français,

 

Si on arrive à survivre, le problème, en Italie, sera de comprendre si les couples, avec ou sans enfants, les femmes et les hommes seuls, résisteront à l’enfermement dans leur maison, s’ils réussiront à rester ensemble, à jouir encore de la compagnie réciproque ou de la solitude choisie, après une convivance forcée et ininterrompue d’un mois entier. Le décret du gouvernement dit que nous pouvons sortir pour faire une promenade, mais seulement avec ceux qui vivent déjà avec nous, pas d’amis ou d’amies, pas même de visites à des parents qui vivent dans d’autres maisons. Seule la famille proche, ou personne si nous sommes seuls. Pas de cinémas, pas de théâtres, pas de concerts, musées, restaurants, bureaux, écoles, universités. Seul un membre de la famille peut aller faire les courses. Devant les supermarchés, il y a des queues silencieuses de gens portant le masque, chaque personne doit être à 1 mètre de distance d’une autre, qui attend la sortie de quelqu’un pour pouvoir entrer à son tour. Même chose devant les pharmacies. Dans la rue, on fait un écart quand on croise un autre passant.

 

Beaucoup d’entre nous ont pensé au Décaméron de Boccace. Vers l’an 1350, fuyant la peste, un groupe de jeunes, sept femmes et trois hommes, se réfugient hors les murs de Florence, et, pour passer le temps, se racontent des nouvelles, substituent un monde imaginé au monde réel, en train de s’écrouler. D’autres relisent la Peste d’Albert Camus ou les pages des Fiancés d’Alessandro Manzoni qui décrivent une autre épidémie de peste, celle de 1630, au cours de laquelle tous les nobles qui pouvaient le faire fuyaient Milan, comme cela s’est passé ces jours-ci, dès que la ville a été classée «zone rouge». Comme si on pouvait fuir sans apporter les dégâts dans les lieux où l’on se réfugie, ou en considérant que le sort des autres nous est indifférent.

 

Les journalistes écrivent qu’il ne faut pas nous plaindre et nous rappellent ce qu’ont subi nos parents durant la guerre. D’autres accusent les jeunes de ne pas respecter les règles parce qu’ils sortent le samedi soir, n’ont pas peur, sont jeunes et pensent que les vieux sont les seuls qui tomberont malades. Un acteur italien d’un certain âge leur a demandé s’il était juste de faire mourir tous les grands-pères en même temps. On voudrait qu’un poète vînt à la maison pour nous raconter des histoires, et amuser nos enfants. Jamais Internet n’a été aussi important. Les tchats en ligne entre amies, sœurs, membres de la famille, sont très fréquentés. Dans les jours qui ont précédé la fermeture de tout, on s’échangeait des milliers de gifs et d’images amusantes sur le virus, des vidéos désopilantes tirées de vieux films. A présent l’atmosphère est plus lourde, nous restons dans le silence – avec l’ordre intimé par le gouvernement : ne bougez pas ! Ça a l’air facile. Dans l’un des posts drôles qui circulent, on lit : «Ça n’arrive pas tous les jours de sauver l’Italie en restant en pyjama.» On rit – mais jaune.

 

Est arrivé le moment de la vérité, pour les couples qui ne se supportent pas, pour ceux qui disent s’aimer, ceux qui vivent ensemble depuis une vie entière, ceux qui s’aiment depuis peu de temps, ceux qui ont choisi de vivre seuls par goût de la liberté ou parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix, pour les enfants qui n’ont plus école, pour les jeunes qui se désirent mais ne peuvent pas se rencontrer… Nous sommes tous appelés à nous inventer une nouvelle vie, à nous sentir proches même si nous sommes éloignés, à régler nos comptes avec un sentiment que nous évitons à tout prix : l’ennui. Et la lenteur aussi, le silence, les heures vides – ou pleines des cris des enfants enfermés à la maison. Nous avons en face de nous la vie que nous nous sommes choisie, ou que le sort nous a donnée, notre «foyer» – non celui de la maladie mais celui que nous avons construit au cours des années. Je nommerais cela une épreuve de vérité. Ces jours-ci, ce qui gagne, c’est aussi la vie virtuelle, étant donné que nous ne pouvons pas nous toucher. Les films à la télé, les séries, Netflix, Amazon, Google… Nous passons encore plus d’heures devant nos ordinateurs, ou la tête penchée sur nos portables.

 

Mais de temps en temps, on sature, on n’en peut plus de ça, on lève la tête et on découvre plein de choses. Le fils qu’on pensait être encore un enfant est devenu un jeune homme, et on ne s’en était pas aperçu ; il nous dit, en souriant : «Maintenant, t’es bien obligée de rester avec nous, hein ?» On fait frénétiquement le ménage dans les maisons, on nettoie le frigo, on met en ordre les livres – puis on fait une pause, et on remarque que dans la cour le cerisier est en fleurs, on reste une demi-heure à le regarder et on a l’impression qu’on ne l’avait jamais vu. On envoie de façon compulsive des messages pour ne pas se sentir seul, et un coup de fil peut durer une demi-heure, comme lorsqu’on était jeunes et que les temps n’étaient pas ceux d’aujourd’hui, qu’on faisait l’amour au téléphone. Il arrive aussi qu’une amie te dise : «Peut-être demain on peut faire une promenade ensemble, en se tenant à distance, qu’est-ce que tu en penses ?» Et l’idée te fait venir un frisson de plaisir interdit. Nous sommes en train de vivre de façon différente des moments de notre vie de toujours, et elle nous paraît nouvelle parce qu’elle est la même mais renversée : les objets, les personnes sont devenus visibles, et l’habitude s’est dissipée, l’«habitude abêtissante, comme l’appelle Proust, qui cache à peu près tout l’univers» (1).

 

Chers cousins, je souhaite de tout cœur que tout ça ne vous arrive pas, ou, si ça devait arriver, que ce soit une expérience à ne pas oublier. Demain, lorsque la porte de la maison se rouvrira, que nous courrons à la rencontre du temps rapide, des fragments de choses et de personnes seulement effleurées, et que les rêves, l’art, seront la seule et unique partie renversée de notre vie, souvenons-nous qu’une autre couche peut recouvrir les jours et les révéler dans le bien comme dans le mal – une fois surmontés le vide, l’ennui et la peur.

 

(1) En français dans le texte.

Le nouveau roman de Cristina Comencini, Quatre amours, traduit par Dominique Vittoz, paraît mercredi aux éditions Stock.

Traduit de l’italien par Robert Maggiori.

 

Cristina Comencini

 

https://next.liberation.fr/livres/2020/03/12/coronavirus-chers-cousins-francais-par-cristina-comencini_1781454

 

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Redécouvrir qui je suis pour Lui ...

26 Février 2020, 12:01pm

Publié par Grégoire.

Redécouvrir qui je suis pour Lui ...

 

Quelle différence entre le jeûne chrétien, la prière, l'aumône, et ces mêmes actes qui existent dans d’autres traditions religieuses ?

 

Ce qui fait la particularité de la vie chrétienne, c’est de vivre en premier de l’initiative actuelle de Dieu pour nous.

 

Dieu qui vient à moi pour se dire et se donner en personne en se révélant. Pour nous donner de vivre de Lui, de ce qu’il est. Ce n’est donc pas d'abord un combat contre le péché, mais chercher à laisser Dieu lui-même s’emparer de nous, de notre vie, de notre chair, de notre temps, de nos pauvretés.

 

C’est quelqu'un : Jésus donné personnellement, substantiellement, gratuitement ! C’est donc ce don personnel d’amour que je dois m’efforcer d’inscrire dans tout ce que je suis ! Il y a là un choix qui nous est remis : pour vivre de la personne de Jésus qui se livre à moi, qui veut tout vivre avec moi, de l’intérieur, comme un ami, je coopère et m’efforce de Le recevoir en lui donnant tout : mon temps (la prière), ce qui me permet de vivre (le jeûne) et mes biens matériels: l’aumône : puisque le prochain est une terre sacrée, lieu de sa présence.

 

Déjà le Père, dans la genèse, impose comme un jeûne apparemment inutile à Adam et Eve : «vous pouvez manger de tout, mais de ce fruit, non…! » et, à chaque reprise de son alliance, il ne réclame pas d’abord que l'on raisonne ou pense, mais que l’on se donne soi-même, dans un don gratuit, excessif : « prend ton fils Isaac et va le sacrifier », « tuez l'agneau, mettez-en sur les portes, mangez en hâte » ou une attitude de dépouillement: le peuple d'Israël au désert, Jonas et ses cendres à Ninive, Isaïe marchant dans le désert, David jeunant devant son fils mourant, … etc.

 

Et par cela, le Père ne réclame pas ces gestes pour d’abord nous purifier, ou nous faire grandir ou nous faire nous reconnaitre ‘pêcheurs’, non ! C’est d’abord pour que son don s’inscrive et s’empare de notre vie ! Ces gestes sont d’abord la marque de Dieu qui est amour, don inconditionnel et total ! Ces gestes sont de petits moyens pour nous mettre personnellement en attente de son passage : La Pâque, passage de Dieu ! 

 

 

Le carême c’est inscrire et rendre manifeste ce don qui nous est fait, un don qui est de trop,  actuel, une attraction substantielle que seul les pauvres et ceux qui ont soif d’être aimés peuvent recevoir !

 

Et ces sacrifices gratuits, un peu inutiles, qui nous coûtent, c’est pour qu’on inscrive, qu’on s’approprie dans tout ce que l’on est, la vie de Fils qui nous est donnée à vivre ; c’est pour redécouvrir notre noblesse divine : Je suis fils de Dieu par son don ! Peut importe ma misère ! Que toute notre personne soit prise par ce don divin qui dépasse tout ce qu’on peut penser ; ces moyens sont donc pour nous la manière de vivre de ce don qui réclame qu’on se quitte, et d’ouvrir les yeux sur Qui je suis pour le Père !  Car je ne suis pas ce que je fais, ou pense ou acquiert, je suis ce que je reçois de Lui !

 

Et c’est ce que dit Jésus : ton aumône, ta prière, ton jeûne, c’est pour être mobilisé d’une façon unique et personnelle; c'est pour ‘voir' et ‘toucher’ celui qui t’est toujours présent : ton Père qui est là dans le secret… Le carême c’est pour vivre de Celui qui est toujours là et qui m’attend… C’est pour ouvrir les yeux sur la profondeur de notre vie, sur sa vraie réalité… c’est de quitter les apparences, ce qu’on a compris du réel -qui nous emprisonne parce que c’est encore nous la mesure- et de tout vivre avec lui, de l’intérieur ; c’est pour être possédé par Celui qui veut être notre secret et connu comme tel.

 

Le carême c’est donc ce don qui veut tout prendre en nous, et qui veut nous faire vivre à sa taille, à la hauteur de ce qu’est notre Père ; Et ces ‘sacrifices’, ces ‘rites’, c’est pour toucher cela avec notre corps, avec notre sensibilité, avec toute notre personne. L’amour réclame de s’éprouver, or, Celui qui est là, c’est Celui qui est pur don, un don qui ne peut pas se dire. Il est un silence substantiel, une présence totale.

 

Le carême c’est donc pour nous libérer de nous-même, de notre auto-satisfaction, de tout nos jugements, spécialement sur nous-mêmes, de cette tendance maléfique de tout regarder selon les résultats, ou de façon binaire, manichéenne, puritaine, pharisienne; pour nous donner de voir comme le Père nous regarde !

 

C’est Jésus à la Croix qui, acceptant de passer pour un séducteur, un abuseur, nous révèle la bonté inconditionnelle du Père qui a permis nos misères pour avoir enfin un espace où descendre en nous.

 

C’est donc, ultimement, pour que Jésus nous apprenne à dire : « Abba, Papa, Père » dans tout ces lieux en nous où nous sommes morts, moisis, perdus, et ainsi vivre de cette présence secrète de Celui qui ne me quitte jamais, de Celui qui a assumé toute notre vie et qui jamais ne nous accuse ! 

 

Grégoire.

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Pas de plus grande gloire que de vivre seul et ignoré

28 Janvier 2020, 01:36am

Publié par Grégoire.

Pas de plus grande gloire que de vivre seul et ignoré

15 septembre

Au cloître de San Francesco à Fiesole, une petite cour bordée d’arcades, gonflée de fleurs rouges, de soleil et d’abeilles jaunes et noires. Dans un coin, un arrosoir vert. Partout, des mouches bourdonnent. Recuit de chaleur, le petit jardin fume doucement. Je suis assis par terre et je pense à ces franciscains dont j’au vu les cellules tout à l’heure, dont je vois maintenant les inspirations, et je sens bien que, s’ils ont raison, c’est avec moi qu’ils ont raison. Derrière ce mur où je m’appuie, je sais qu’il ya a la colline qui dévale la ville et cette offrande de tout Florence avec ces cyprès. Mais cette splendeur du monde est comme la justification de ces hommes. Je mets tout mon orgueil à croire qu’elle est aussi la mienne et celle de tous les hommes de ma race (qui savent qu’un point extrême de pauvreté rejoint toujours le luxe et la richesse du monde). S’ils se dépouillent, c’est pour une plus grande vie (et non pour une autre vie). C’est le seul sens que je consente à entendre dans le mot « dénuement ». « Etre nu » garde toujours un sens de liberté physique et cet accord de la main et des fleurs, cette entente amoureuse de la terre et de l’homme délivré de l’humain, ah, je m’y convertirais bien si elle n’était déjà ma religion.

            Aujourd’hui je me sens libre à l’égard de mon passé et de ce que j’ai perdu. Je ne veux que ce resserrement, cet espace clos (cette lucide et patiente ferveur). Et comme le pain chaud qu’on presse et qu’on fatigue, je veux seulement tenir ma vie entre mes mains, pareils à ces hommes qui ont su renfermer leur vie entre des fleurs et des colonnes. Ainsi encore de ces longues nuits de train où l’on peut se parler et se préparer à vivre, soi devant soi, et cette admirable patience à reprendre ses idées, à les arrêter dans leur fuite, puis à avancer encore. Lécher la vie comme un sucre d’orge, la former, l’aiguiser, l’aimer enfin, comme on cherche le mot, l’image, la phrase définitive, celui ou celle qui conclut, qui arrête, avec quoi on partira et qui fera désormais toute la couleur de notre regard. Je puis bien m’arrêter là, trouver enfin le terme d’un an de vie effrénée et surmenée. Cette présence de moi-même à moi-même, mon effort est de la mener jusqu’au bout, de la maintenir devant tous les visages de ma vie (même au prix de la solitude que je sais maintenant si difficile à supporter). Ne pas céder : tout est là. Ne pas consentir, ne pas trahir. Toute ma violence m’y aide et le point où elle me porte mon amour m’y rejoint et avec lui la furieuse passion de vivre qui fait le sens de mes journées.

            Chaque fois que l’on (que je) cède à ses vanités, chaque fois que l’on pense et vit pour « paraître », on trahit. A chaque fois, c’est toujours le grand malheur de vouloir paraître qui m’a diminué en face du vrai. Il n’est pas nécessaire de se livrer aux autres mais seulement à ceux qu’on aime. Car alors ce n’est plus se livrer pour paraître mais seulement pour se donner. Il y a beaucoup plus de force dans un homme qui ne paraît que lorsqu’il le faut. Aller jusqu’au bout, c’est savoir garder son secret. J’ai souffert d’être seul, mais pour avoir gardé mon secret, j’ai vaincu la souffrance d’être seul. Et aujourd’hui je ne connais pas de plus grande gloire que de vivre seul et ignoré. Ecrire, ma joie profonde ! Consentir au monde et au jouir (mais seulement dans le dénuement). Je ne serais pas digne d’aimer la nudité des plages si je ne savais demeurer nu devant moi-même. Pour la première fois, le sens du mot bonheur ne me paraît pas équivoque. Il est un peu le contraire de ce qu’on entend par l’ordinaire « je suis heureux ».

            Une certaine continuité dans le désespoir finit par engendrer la joie. Et les mêmes hommes qui, à San Francesco, vivent devant les fleurs rouges, ont dans leur cellule le crâne de mort qui nourrit leurs méditations, Florence à leur fenêtre et la mort sur la table. Pour moi, si je me sens à un tournant de ma vie, ce n’est pas à cause de ce que j’ai acquis, mais de ce que j’ai perdu. Je me sens des forces extrêmes et profondes. C’est grâce à elles que je dois vivre comme je l’entends. Si aujourd’hui me trouve si loin de tout, c’est que je n’ai d’autre force que d’aimer et d’admirer (…).

 

                                                                                              Albert Camus, Carnets, 1917

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Des morts on ne dit que du bien..

26 Janvier 2020, 07:31am

Publié par Grégoire.

Des morts on ne dit que du bien..

 

 

C'est une antique sagesse : " des morts, il ne faut dire que du bien". Et si jamais on ne trouve aucun mérite aux trépassés qui se présentent assez régulièrement à nous, alors on se maintient dans le silence. C'est l'attitude qui convient le mieux à tout homme en toutes circonstances et sous toutes les latitudes : fermer sa gueule est le début de la sagesse. Se taire devant la mort, les Romains l'ont hérité des Grecs. Au VIe siècle avant l'ère commune, Chilon de Sparte, l'un des Sept sages, priait déjà ses contemporains de ne point médire des défunts.

 

Evidemment, vous me rétorquerez qu'il est quand même des morts qui abusent, morts célèbres, morts infâmes, et que, ma petite dame, on a encore le droit, nom de Dieu, de dire du mal d'Hitler, de Staline, de Pol Pot ou Pinochet. Sauf que non. Le monsieur Hitler, c'est de son vivant qu'il fallait le critiquer et le combattre. Il fallait être René Capitant pour le faire (lire d'urgence le recueil de ses textes anti-nazis, "Face au nazisme" paru en 2004 aux Presses universitaires de Strasbourg). Vouer Hitler aux gémonies aujourd'hui part certainement d'une bonne intention ; cela accuse seulement un léger retard de quatre-vingt-six ans. Arriver en retard reste un crime aux yeux des Grecs, eux qui nous ont appris le καιρός, le temps du moment opportun. 
 

Médire des morts est, de très loin, la forme la plus absolue de lâcheté humaine. C'est une activité à laquelle se livrent quelques souffreteux dont le courage les limite à provoquer en duel des hommes qui plus jamais n'auront les moyens de venir au Pré-aux-Clercs. "De mortuis nil nisi bonum." Ne dites pas du mal des morts. Ce sont les vivants, si tant est qu'ils soient critiquables, qui attendent vos critiques.

 

 

 

« Des morts on ne dit que du bien ». En grec : « τὸν τεθνηκóτα μὴ κακολογεῖν ». lat.« de mortuis nihil nisi bonum » 

Chilon de Sparte, l’un des sept sages présocratique, -600 av JC.

 

 

Les Grecs ont consacrés en lettres d'or, à Delphes, trois des maximes de Chilon de Sparte, que voici : "Connais-toi toi-même ; Ne désire rien de trop ; La misère est la compagne des dettes et des procès. » (Pline l'Ancien, Hist. Nat., VII, 32)

 

 

"Si les morts ne reviennent pas, c'est peut-être qu'ils ont trouvé une merveille plus grande que toute leur vie passée. "

Christian Bobin, La lumière du monde.

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A-t-on déjà tout en soi ou a-t-on besoin d'être enseigné .. ?

16 Janvier 2019, 01:18am

Publié par Grégoire.

A-t-on déjà tout en soi ou a-t-on besoin d'être enseigné .. ?

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C’est le bordel mais il n’y a pas de problème ! 

19 Décembre 2018, 01:18am

Publié par Grégoire.

à s'offrir de toute urgence !! pour guérir de l’idée de guérison... et faire la peau à la bien-pensance qui nous impose un modèle ou idéal de vie...

à s'offrir de toute urgence !! pour guérir de l’idée de guérison... et faire la peau à la bien-pensance qui nous impose un modèle ou idéal de vie...

Dans la Sagesse espiègle, j’ai eu à coeur d’explorer un grand chantier de l’existence : l’attachement, la dépendance. Accueillir, dire oui au chaos, à ce qui nous dépasse sans couler, sans devenir amers, voilà l’immense défi qui nous est lancé d’instant en instant.

Je suis parti à la recherche d’un art de vivre allègre, d’un gai savoir apte à nous aider à danser au milieu du chaos, au sein même du tragique. Que faire des tenaces blessures, des traumatismes qui résistent? A côté d’une orthopédie de l’âme, d’une discipline stérile et vaine existent mille et une voies pour se délivrer de la dictature du « on », pour s’éloigner des passions tristes et des tiraillements intérieurs et descendre joyeusement au fond du fond.

 
Ce périple qui m’a conduit bien des fois à emprunter des chemins imprévus, j’ai eu la chance de l’entreprendre en compagnie de Chögyam Trungpa, des Stoïciens, de Rousseau, Spinoza, Bukowski et de bien d’autres. Sans oublier bien sûr le bon Nietzsche qui, précisément, écrit, dans Ainsi parlait Zarathoustra : « Il faut encore porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse ».
 
Ce livre propose une sorte de traité de sagesse espiègle tout en rapportant, sous la forme d’un journal intime, le récit d’une dépendance, d’un itinéraire chaotique vers un détachement. Car tout peut conduire à la grande santé, au dire oui, à la déprise de soi. Un mantra parcourt ce texte. Il aurait pu en être le titre : « C’est le bordel mais il n’y a pas de problème! » Oui, sur le tragique de l’existence se greffent les psychodrames, les tourments de l’âme. C’est à eux qu’il s’agit de gentiment s’attaquer pour goûter à la paix et se donner inconditionnellement aux autres.
 
Bonne route, bonne lecture !

Alexandre

« A mes yeux, l'essentiel consiste vraiment dans l'intuition que le bonheur n'est pas de l'ordre de l'accumulation mais du dépouillement, du lien à l'autre au-delà des attachements et dans la solidarité. C'est peut-être cela la révolution, la douce rébellion à opposer à l'individualisme : contrecarrer le repli narcissique, l'égoïsme, pour vivre librement ces mille et une rencontres que nous donne la vie pour en faire autant d'occasions au don de soi, à la liberté intérieure et à la générosité. »

Alexandre Jollien.

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L'ego dans tous ses états

24 Octobre 2018, 03:02am

Publié par Grégoire.

L'ego dans tous ses états

Le 23 avril dernier, le Centre des Jeunes Dirigeants d’Entreprise de Rouen avait invité Samuel Rouvillois, titulaire d’un doctorat de philosophie, à leur parler de l’ego dans le monde de l’entreprise.

“L’ego, qu’il soit surdimensionné ou inexistant, est omniprésent dans notre vie !”

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la sensation d'une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien...

18 Octobre 2018, 01:44am

Publié par Grégoire.

la sensation d'une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien...

C’est toujours très délicat de trouver un titre à un livre, surtout à une époque où les livres sont en danger de disparaitre. Le titre c’est le visage, et pour trouvez le titre la plus part du temps je vais chercher à l’intérieur du manuscrit.

Un assassin blanc comme neige, c’est tout simplement le nom de baptême que j’ai donné à Dieu c’est à dire à celui auquel je pense quand je découvre un oiseau mort, à  celui aussi auquel je pense quand me revienne en tête les visages de mon père disparu, d’une amie sous la terre depuis une 15aine d’années, et ainsi de suite.. parce que celui qui a fait le monde, et qui n’arrête pas de le faire, de le tenir à bout de bras, à chaque seconde qui passe, c’est aussi celui qui le défait, qui le détricote; l’auteur de la vie est aussi l’auteur de la mort, et en tant que tel, il mérite aussi le nom d’assassin, mais pour être aussitôt disculpé, je le qualifie de blanc comme neige, c’est à dire, on pourrait résumé en disant c’est un assassin innocent, on pourrait dire en allant un peu plus loin, qu’il n’y a pas de mal dans la mort. 

ça va très loin de dire ça, l’intérêt de l’écriture c’est d’aller très très très loin, et d’être comme défait par sa propre pensée, ou par la saisie de quelque chose qui n’était pas prévu.. et je redis ce que je viens de dire : il n’y a aucun mal dans la mort, et aucune peur a en avoir… plus le temps passe avec son jeu d’épreuve si je puis dire, plus j’entrevois un fond d’extrême bienveillance dans le cours des choses, dessous le temps, dessous la douleur, dessous la dureté, dessous le mal, je vois, un peu comme quelqu’un qui marche dans un sous-bois, et qui n’aurait plus accès direct au soleil, mais qui en percevrait la petite monnaie de tache d’or sur les feuilles, sur le chemin, un peu partout, voir même sur ses mains ou sur son visage, je vois l’or qui est au fond, qui fait le fond même de cette vie, la substance dorée, lumineuse, qui fait le fond de cette vie, une substance, au fond qui me semble tenir en 1 seul mot, c’est celui de Bonté  … par bonté j’entend quelque chose de très précis, de très ferme, de non sentimental, de perpétuellement agissant, alors qu’on peut dans cette vie, chacun de nous peut se penser abandonné. 

Christian Bobin.

 

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Les migrants : quoi entre un accueil généreusement naïf et la peur d'une conquête religieuse par ces arrivées massives ?

12 Octobre 2018, 02:55am

Publié par Grégoire.

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La pléthorite abrutissante zappogène autocentrée et stressante

8 Octobre 2018, 02:33am

Publié par Grégoire.

La pléthorite abrutissante zappogène autocentrée et stressante

 

Nous avons souligné combien nous fonctionnons sur les modes du bougisme, de l'hyperactivité et de l'hyperconsommation, Les conséquences négatives sont largement démontrées. Non seulement elles se manifestent dès à présent, mais elles amendent l'avenir de nos sociétés. Elles sont économiques, écologiques et sociales ; mais pas seulement. Elles fragilisent aussi et mettent en danger notre vie intérieure. Car ces modes de vie contribuent à fragiliser cet équilibre esprit-âme-corps, à rompre l'unité de cet axe par la dispersion et l'épuisement qu'ils entraînent.

La logique de perturbateurs/ distracteurs/ déviateurs de l'orientation naturelle de l'âme, telle que nous la proposent les Sages du désert, reste à cet égard très éclairante. À ce stade, et à l'instar des perturbateurs endocriniens qui modifient notre homéostasie biologique intime, nous pouvons utiliser aujourd'hui le terme de «perturbateurs de notre intériorité». Christophe André parle de «psychotoxiques». 

Au XXIe siècle, ce sont le bruit, les images, la publicité, la multiplication des plans à la télévision, le marketing, la surabondance matérielle, l'érotisation massive des relations, l'hypervalorisation du narcissisme, les démesures financières, les appels téléphoniques et sms incessants, la dictature de la disponibilité permanente, la dispersion digitale, les renforcements narcissiques, Nous sommes saturés de bruits et de paroles. Nous en sommes envahis dans les rues, supermarchés, le métro par l'omniprésence des messages publicitaires et des chansons. 

Dans nos foyers -tous sommes inondés d'informations voire de verbiages par le biais de la télévision, de la radio et d'Internet. Le monde est celui d’un flux continu d'informations, de désirs et de consommation. Comme dit Barak Obama devant des étudiants : « Avec les Ipod et les ipad, les Xbox et les Playstations, l'information devient une distraction, une diversion, plutôt qu'un moyen d'autonomisation. » Un ancien stratège de Google, James Williams, résume la situation en ciblant les géants d'Internet comme responsables de «la forme la plus importante, standardisée et centralisée de contrôle de l'attention dans l'histoire de l'humanité ».

Il n'y a pas que certaines espèces animales qui sont en voie d'extinction. L'accès au silence et à l'écoute aussi. C'est ce que démontre le bioacousticien américain Gordon Hempton, fondateur et vice-président de One Square Inch of Silence. Depuis 35 ans, il répertorie les zones de notre planète encore à l'abri des nuisanceS sonores humaines. Selon ses recherches, à peine une cinquantaine d'endroits restent intouchés par des bruits de nature humaine, comme le bruit des avions de la production industrielle ou des autoroutes. 

L'Organisation Mondiale de la Santé place la pollution sonore au deuxième rang des menaces sur la santé publique, après la pollution de l'air. Aujourd'hui, les espaces de silence se sont réduits comme peau de chagrin. On parle partout et tout le temps. Il n'y a plus de moments d'interruption silencieuse, en particulier chez les plus jeunes. Mais ne nous y trompons pas, l'ennemi du silence, ce n'est pas seulement le bruit, c'est aussi la peur du silence. La connexion permanente, l'incessant flux de paroles imposé par les nouvelles technologies, la dépendance au téléphone portable, conduisent à le redouter. On se force parfois à parler pour éviter les « blancs ». Mais où est le problème ? Parfois, on n'a rien à dire. C'est un fait, et ce n'est pas un mal. Et parler pour ne rien dire peut, au contraire, revenir à noyer des paroles qui elles ont de l'importance. Pourtant, le silence est cet état dans lequel nous faisons retour sur nous-mêmes, nous approfondissons notre être ; un état dans lequel nous  méditons, rêvons, créons, réfléchissons, pleurons, prions. 

Alain Corbin, dans un ouvrage nécessaire, distingue plusieurs types de silence. Le silence absolu est d'abord religieux, c'est celui décrit par Bossuet, au XVIIe siècle, qui revient sans cesse sur la grandeur et la nécessité du silence pour entendre la voix de Dieu, Ensuite, les romantiques du 19e siècle, en consacrant l'âme sensible, ont loué les silences de la nature, du désert et des mers, de la montagne et de la campagne. Cette quête silencieuse demeure, à la marge, dans notre société contemporaine, avec, par exemple, la pratique des retraites en monastère, celle des randonnées solitaires en pleine nature ou encore de la méditation. Et enfin le silence de l'amour, si magnifiquement dépeint par le dramaturge Maurice Maeterlinck:  « Ce que vous vous rappellerez avant tout d'un être aimé profondément, ce ne sont pas les paroles qu'il a dites ou les gestes qu'il a faits, mais les silences que vous avez vécus ensemble ; car c'est la qualité de ces silences qui seule a révélé la qualité de votre amour et de vos âmes. »

Nos modes de vie altèrent en profondeur notre perception du temps. Nicole Aubert, sociologue et psychologue, professeur émérite à l'ESCP Europe, démontre comment la métaphore traditionnelle du temps qui passe et s'écoule a succédé depuis peu à celle d'un temps qui se comprime et s'accélère, d'un temps qui nous échappe sans cesse et dont le manque nous obsède. L'avènement de la communication instantanée et la dictature du temps réel et du fameux « ASAP » sont en train de changer radicalement notre culture temporelle. L'urgence a envahi nos vies : il nous faut réagir « dans l'instant », sans plus avoir le temps de différencier l'essentiel de l'accessoire. D'une certaine façon, même notre temps libre est considéré comme un temps de travail par la pression de la société de consommation et du marketing, Le temps devient donc un défi permanent voire un adversaire, On ressent de plus en plus le besoin de le ralentir, Et il y a là quelque chose de paradoxal : nous en avons beaucoup plus que nos aïeuls et pourtant avons le sentiment aigu d'en manquer toujours.

La multiplication des opportunités de relations, de d'informations et de connaissances est en voyages, réalité source d'angoisse. Elle nous entretient dans l'illusion que tout est possible, alors que dans le meilleur des cas, on ne peut en réaliser à chaque instant qu'une seule. Nous sommes poussés volontairement au zapping permanent.

Christophe André résume ces effets collatéraux de la modernité en quatre points : externalité, pléthore, vitesse et interruption. Autrement dit éloignement de notre intériorité, surabondance, fonctionnement en mode réactionnel permanent et discontinuité.

Avec des mots crus, le cardinal Sarah souligne les  effets de ces perturbateurs sur notre vie intérieure : « Le monde moderne transforme celui qui écoute en un être inférieur. Avec une funeste arrogance, la modernité exalte l'homme ivre d'images et de slogans bruyants, tuant l'homme intérieur [...l. Dans les prisons lumineuses du monde moderne, l'homme s'éloigne de lui-même. II est rivé à l'éphémère, de plus en plus loin de l’essentiel. »

Tous ces perturbateurs diminuent nos capacités intellectuelles, affectives et physiques. Ils nous tournent vers du futile, du superficiel et de l'inutile, flattant notre animalité, flétrissant notre humanité. Christophe André estime, avec un humour sérieux, que nous sommes en train de devenir des « imbéciles  impulsifs » atteint d'une maladie grave : la pléthorite abrutissante zappogène autocentrée et stressante. Ce mode d'être-au-monde appauvrit la réflexion, nous rend instables, handicapés de l'introspection, incapables d'être dans la non-action. Ils nous carencent en calme, en continuité, en lenteur, en neutralité visuelle ou sonore. Comme leurs homologues endocriniens, les perturbateurs de l'intériorité s'accumulent silencieusement dans nos âmes. Ils accomplissent en nous, lentement mais sûrement, leur œuvre délétère rompant notre unité et notre alignement corps-âme-esprit. Un Père du désert l'avait dit « ce qui est immodéré et à contretemps ne dure pas et est plus nuisible qu'utile. »

Jean Guilhem Xerri, Prenez soin de votre âme. petit traité d'écologie intérieure, p337-342.

 

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L'hyperconnexion, une addiction et perte de contrôle de sa vie..?

6 Octobre 2018, 00:51am

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Naissance de l'amour..

30 Septembre 2018, 00:20am

Publié par Grégoire.

Naissance de l'amour..

A la naissance de Vénus, il y eut chez les dieux un grand festin où se trouvait entre autres Poros (l'Abondance), fils de Métis (la Prudence). Après le repas, Pénia (la Pauvreté) s'en vint mendier quelques restes et se tint auprès de la porte. En ce moment, Poros, enivré de nectar (car on ne faisait pas encore usage du vin), sortit de la salle et entra dans le jardin de Jupiter, où le sommeil ne tarda pas à fermer ses yeux appesantis. Alors, Pénia, poussée par son état de pénurie, imagina d'avoir un enfant de Poros. Elle alla donc se coucher auprès de lui, et devint mère de l'Amour.

C'est pourquoi l'Amour devint le compagnon et le serviteur de Vénus, ayant été conçu le jour même où elle naquit ; outre que de sa nature il aime la beauté, et que Vénus est belle.

Et maintenant comme fils de Poros et de Pénia, voici quel fut son partage : d'abord il est toujours pauvre, et, loin d'être beau et délicat, comme on le pense généralement, il est maigre, malpropre, sans chaussures, sans domicile, sans autre lit que la terre, sans couverture, couchant à la belle étoile auprès des portes et dans les rues ; enfin, comme sa mère, toujours dans le besoin. Mais, d'autre part, selon le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon ; il est mâle, hardi, persévérant, chasseur habile, toujours machinant quelque artifice, désireux de savoir et apprenant avec facilité, philosophant sans cesse, enchanteur, magicien, sophiste.

De sa nature il n'est ni mortel ni immortel ; mais, dans le même jour, il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, puis il s'éteint, pour revivre encore par l'effet de la nature paternelle. Tout ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, en sorte qu'il n'est jamais ni riche ni pauvre. Il tient aussi le milieu entre la sagesse et l'ignorance : car aucun dieu ne philosophe ni ne désire devenir sage, puisque la sagesse est le propre de la nature divine ; et, en général, quiconque est sage ne philosophe pas. Il en est de même des ignorants, aucun d'eux ne philosophe ni ne désire devenir sage ; car l'ignorance a précisément le fâcheux effet de persuader à ceux qui ne sont ni beaux, ni bons, ni sages, qu'ils possèdent ces qualités : or nul ne désire les choses dont il ne se croit point dépourvu. (…)

Platon, le Banquet.

 

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Ne naît-on qu'une fois ?

24 Septembre 2018, 00:31am

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