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La fin d’un monde et le commencement de l'autre s'est réalisé dans un secret...

4 Avril 2016, 11:10am

Publié par Grégoire.

La fin d’un monde et le commencement de l'autre s'est réalisé dans un secret...

 

« L’Annonciation peut être considérée comme la dernière des prophéties et la prophétie à la limite (et au dernier terme au dernier point au commencement même de la réalisation). Et ce n’est pas seulement la prophétie la plus imminente. Il est permis de dire que c’est aussi la plus haute et la capitale. Comme Jésus est le dernier et le plus haut des prophètes, ainsi et du même mouvement l’Annonciation est la dernière et la plus haute des prophéties. Elle vient directement de Dieu, par un ange, qui n’est plus qu’un ministre et un héraut. Non plus par un prophète qui est un homme. Et elle est vraiment dans la séquence le point merveilleux où sur la promesse vient s’articuler la tenue de la promesse.

 

Ainsi l’Annonciation est une heure unique dans l’histoire mystique et dans l’histoire spirituelle. C’est une heure culminante. C’est un moment unique et comme un point de moment, un moment ponctuel. C’est toute la fin d’un monde et tout le commencement de l’autre. Toute la fin du premier monde mystique et tout le commencement de l’autre. Et dans un de ces longs beaux jours de juin où il n’y a plus de nuit, où il n’y a plus de ténèbres, où le jour donne la main au jour, c’est le dernier point du soir et c’est ensemble le premier point de l’aube.

 

C’est le dernier point de la promesse et c’est ensemble le premier point de la tenue de la promesse.

C’est le dernier point d’hier et c’est ensemble le premier point de demain.

C’est le dernier point du passé et c’est ensemble et dans un même présent le premier point d’un immense futur.

 

Dans l’ordre des prophéties, dans la série du passé, dans la catégorie de la promesse et de l’annonce elle est en effet la dernière et la plus haute et la culminante. Elle est comme immédiate. Et en effet de toutes les manières de se faire annoncer la salutation est bien celle qui est plus que tangente et plus qu’immédiate. Car c’est qu’on est déjà là. Et dans l’ordre de la tenue de la promesse, dans la série du passé clos, dans la catégorie des Evangiles, dans la série du passé devenu présent et futur c’est le premier point d’aube et le premier point de présence. Et encore en outre et dans ce futur même c’est le point de départ, au centre et comme au creux de ce futur, c’est le point de départ de tant d’Ave Maria, la pointe de la première proue de la première nef de cette flotte innombrable, et de tous ceux que devait dire saint Louis, et de tous ceux que devait dire Jeanne d’Arc. (…)

 

Et comme un point et une pointe et une cime est étroite et fine et n’a point toute la largeur de sa base, ainsi cette large promesse, commencée à tout un monde, réduite à tout un peuple, aboutissait dans le secret et l’ombre à une humble enfant, fleur et couronnement de toute une race, fleur et couronnement de tout le monde. Cette prophétie qui avait été sur le trône avec David et Salomon, qui avait été publique pour tout un peuple, publiée pour tout le monde, proclamée pour toute une race, elle aboutissait à une cime secrète, à une fleur, à un couronnement de silence et d’ombre. Elle aboutissait à être une salutation confidente à une seule et humble fille et par le ministère d’un seul ange. Et tout un peuple avait attendu le Christ dans le temps qu’il ne venait pas. Mais nul ne l’attendait plus quand il allait venir.

(…)

Ainsi cette immense mystique d’Israël avait couvert tout un peuple et cette immense et universelle mystique de Jésus devait couvrir le monde. Mais l’une ne pouvait donner l’autre qu’en passant par un certain point d’être et de génération spirituelle.

 

Cette immense et publique race d’Israël ne pouvait donner cette immense et publique et universelle race chrétienne qu’en passant par un certain point de secret mystique, de confidence spirituelle.

 

Les immenses prophéties n’ont pu donner les immenses et universels Evangiles qu’en passant par un certain point qui fût ensemble et la plus haute prophétie et l’aube des Evangiles. Et ce point ce fut précisément le point de cette annonce faite à Marie. »

 

Charles Péguy, Notes sur Mr Descartes. 

(Ed. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres en prose complètes, tome III, pp. 1405-1407)

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