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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

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Chercher la vérité...

3 Février 2011, 11:12am

Publié par Father Greg

 

 

mahatma-gandhi « Décrire la vérité, telle qu’elle m’est apparue, et de la façon exacte dont je l’ai atteinte, voilà quel a été mon effort incessant. A cet exercice mon esprit a puisé une paix ineffable ; car mon espoir bien-aimé a été que les hésitants retrouveraient ici foi en la Vérité. L'uniformité de mon expérience m'a convaincu qu'il n'est d'autre Dieu que la Vérité.

Il existe d’innombrables définitions de Dieu, parce que Ses manifestations sont innombrables. Elles me terrassent d’étonnement, de respect et de peur, et pour un moment me laissent tout muet. Mais j’adore Dieu comme Vérité seulement. Je ne L’ai pas encore trouvé, mais je Le cherche sans relâche. Je suis prêt à sacrifier ce que j’ai de plus cher à la poursuite de cette quête. Dût ce sacrifice réclamer ma vie même, j’espère être prêt à le consentir.

Ce que je voudrais mener à bien – ce que j’ai tenté laborieusement, langui de mener à bien, ces trente années — c’est d’atteindre à l’accomplissement de soi, de voir Dieu face à face, de parvenir au Moksha (délivrance). Je ne vis, je ne me meus, je n’ai d’être que dans la poursuite de cette fin. Tout ce que j’accomplis par le moyen de la parole ou de l’écrit, comme toutes mes aventures dans le domaine de la politique, tend vers cette même fin. Mais comme je n’ai pas cessé de croire, tout au long de ma route, que ce que peut faire un homme, tous le peuvent, mes expériences n’ont pas été menées dans le secret du cabinet mais aux yeux de tous, et je ne pense pas que ce fait trahisse ou diminue leur valeur spirituelle ».

 

M K. Ghandi,  Autobiographie ou mes expériences de vérité.


 

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L’obstination de la lumière d’un amour conjugal…

31 Janvier 2011, 23:30pm

Publié par Father Greg

 

 

« Si on ne renonce à rien, on ne préfère rien, on ne fait rien, on n’est rien. À quoi sert d’être libre pour rien ? Nos choix nous créent et nous libèrent. »

 J. Bourbon Busset.

 

claude-monet-la-femme-au-parasol.jpg "Qu'y avait-il de particulier dans le lien qui nous unissait? Cela ne peut se réduire à une formule abstraite, à une suite de mots et pourtant cela doit pouvoir s'exprimer. Il me paraît difficile d'éviter le mot lumière. Ce qui se passait entre nous n'était pas de l'ordre des forces mécaniques, ni même organiques, mais de l'ordre de la lumière, d'une lumière familière, quotidienne dont la présence était sans cesse espérée, l'absence sans cesse redoutée. Nous vivions dans, de et par cette lumière. Si elle nous avait manqué, tout nous aurait manqué. 
 

 

Nous ne nous éclairions pas l'un l'autre. C'était la même lumière qui nous éclairait. Elle ne venait pas de nous, elle venait d'ailleurs mais nous avons su l'accueillir, lui ménager, entre nous deux, un lieu, lui faire un espace. Notre chance était de vivre dans cet espace de lumière. 

 

Tout le monde pense que l'amour du couple offre le meilleur modèle de la relation, qui est alliance dans le respect de la différence. Pourquoi alors tant d'échecs? Sans doute parce que la différence n'est  respectée que du bout des lèvres, et parce que l'alliance n'est pas considérée comme une alliance à toute épreuve (...). 

 

C'est dans ton âme intrépide que je dois chercher l'explication de ce qui est né et a grandi entre nous. C’est ton âme qui m'a vaincu. Certes j'admirais ton intelligence, ta sensibilité, ton énergie, mais que m'auraient importées ces qualités si elles n'avaient été rassemblées, unifiées par une force plus forte qu'elles toutes, par une exigence inconditionnelle? J’ai entendu battre dans ton âme la passion de l'absolu et j'ai compris que jamais je n'écouterai aucune musique plus intense que celle-là. (...) l'âme est la basse continue, la note fondamentale. " 

 

 

Jacques de Bourbon Busset, Lettre à Laurence,

(Lettre à sa femme, écrite après sa mort)


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Voyage au bout de la nuit...

27 Janvier 2011, 16:29pm

Publié par Father Greg

  

Nuit obscure de l'âme en ce monde...

 

      « Certainement, ses livres resteront dans un futur qui dépassera l’imagination, les seules marques profondes, hagardes, de l’horreur moderne. Isolé, moins coupable que d’autres aujourd’hui couronnés ou en place, Céline n’a pas cessé de crier une vérité dont nous mourrons tous. Il n’a pas cédé aux commandes tièdes ; il a refusé d’être l’homme pseudo-moral dont la dégradation béate a fini de nous amuser. » 

Philippe Sollers 

 

 

 

searchfor nothingnessdali165  "Toi, n'est-ce pas, qui te laisses vivre ! Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu t'en fous au maximum des conséquences universelles que peuvent avoir nos moindres actes, nos pensées les plus imprévues !... Tu t'en balances !... Tu restes hermétique n'est-ce pas ? Calfaté !... Bien sanglé au fond de ta substance !... Tu ne communiques avec rien... Rien, n'est-ce pas ? Manger ! Boire ! Dormir...!"

 

"La terre poursuit... Comment ? Pourquoi ? Effrayant miracle ! Son périple... extraordinairement mystérieux... vers un but immensément imprévisible... dans un ciel tout éblouissant de comètes... toutes inconnues... d'une giration sur une autre... et dont chaque seconde est l'aboutissant et d'ailleurs encore le prélude d'une éternité d'autres miracles... d'impénétrables prodiges, par milliers !"

 

"Ah ! C'est bien terrible quand même... on a beau être jeune quand on s'en aperçoit pour le premier coup... comme on perd des gens sur la route... des potes qu'on reverra plus... plus jamais... qu'il ont disparu comme des songes... que c'est terminé... évanoui... qu'on s'en ira soi-même se perdre aussi... un jour très loin encore... mais forcément... dans tout l'atroce torrent des choses, des gens... des jours... des formes qui passent... qui s'arrêtent jamais..." 

L .- F Céline. Mort à crédit.


 

 

" Quand vous lisez Céline, le choc est plus que rare, inoubliable. C'est surtout dans ses tares, ses faiblesses, son incurable maladie de vivre qu'il nous est révélé. C’est l'homme malade d’une civilisation, chargé jusqu'à crever des iniquités sociales, le romancier de tous les pauvres types que la guerre a broyés et, après l'armistice, l'après-guerre avec ses vomissures, son chaos, sa famine, son désespoir. Il souffrait, il avait parcouru sous un ciel noir des kilomètres de douleur, il nous crache son mal en pleine figure. "

René Trintzius, 1932.


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Apprendre à voir...

25 Janvier 2011, 14:00pm

Publié par Father Greg

 

 

 

« Pour l'artiste digne de ce nom, tout est beau dans la nature, parce que ses yeux, acceptant intrépidement toute vérité extérieure, y lisent sans peine, comme à livre ouvert, toute vérité intérieure. Pour lui la vie est une infinie jouissance, un ravissement perpétuel, un enivrement éperdu. Il est même le confident de la nature insensible. Les arbres, les plantes lui parlent comme des amis... »

Auguste Rodin. L’art.

 

 

 

La Maison devant le Monde

 

  auguste-renoir-l-estaqueLa maison s’accrochait au sommet d’une colline d’où on voyait la baie. Dans le quartier on l’appelait la maison des trois étudiantes. On y montait par un chemin très dur qui commençait dans les oliviers.

 

Tout entière ouverte sur le paysage, elle était comme une nacelle suspendue dans le ciel éclatant au-dessus de la danse colorée du monde. Depuis la baie à la courbe parfaite tout en bas, une sorte d’élan brassait les herbes et le soleil, et portant les pins et les cyprès, les oliviers poussiéreux et les eucalyptus jusqu’au pied de la maison.

 

Au cœur de cette offrande fleurissaient suivant les saisons, des églantines blanches et des mimosas, ou ce chèvrefeuille qui des murs de la maison laissait monter ses parfums dans les soirs d’été. Linges blancs et toits rouges, sourires de la mer sous le ciel épinglé sans un pli d’un bout à l’autre de l’horizon, la Maison devant le Monde braquait ses larges baies sur cette foire des couleurs et des lumières.

 

Mais, au loin, une ligne de hautes montagnes violettes rejoignait la baie par sa pente extrême et contenait cette ivresse dans son destin lointain. Alors, personne ne se plaignait du chemin raide et de la fatigue. On avait chaque jour à conquérir sa joie.

 

Albert Camus. La mort heureuse.


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Abandonnez-vous, dit Dieu...

19 Janvier 2011, 23:14pm

Publié par Father Greg

 

 

 

Heureux qui espère et qui dort.

 

 

 

« Je n’aime pas celui qui ne dort pas, dit Dieu. panneau-dormir

Le sommeil est l’ami de l’homme.

Le sommeil est l’ami de Dieu.

Le sommeil est peut-être ma plus belle création.

Et moi-même je me suis reposé le septième jour.

Celui qui a le cœur pur, dort,

Et celui qui dort a le cœur pur.

C’est le grand secret d’être infatigable comme un enfant.

D’avoir comme un enfant cette force dans les jarrets.

Ces jarrets neufs, ces âmes neuves.

Et de recommencer tous les matins, toujours neuf,

Comme la jeune, comme la neuve Espérance.

Or on me dit qu’ il y a des hommes

Qui travaillent bien et qui dorment mal.

Qui ne dorment pas.

Quel manque de confiance en moi.

C’est presque plus grave que s’ils travaillaient mal mais dormaient bien.

Que s’ils ne travaillaient pas mais dormaient, car la paresse

N’est pas un plus grand péché que l’inquiétude

Et même c’est un moins grand péché que l’inquiétude.

Et que le désespoir et le manque de confiance en moi.

Je ne parle pas, dit Dieu, de ces hommes

Qui ne travaillent pas et qui ne dorment pas.

Ceux-là sont des pécheurs, c’est entendu.

C’est bien fait pour eux.

Des grands pécheurs.

Ils n’ont qu’à travailler.

Je parle de ceux qui travaillent et qui ne dorment pas.

Je les plains.

Je parle de ceux qui travaillent, et qui ainsi

En ceci suivent les commandements, les pauvres enfants

Et d’autre part n’ont pas le courage, n’ont pas la confiance, ne dorment pas.

Je les plains.

Je leur en veux.

Un peu.

Ils ne me font pas confiance.

Comme l’enfant se couche innocent dans les bras de sa mère ainsi ils ne se couchent point.

Innocents dans les bras de ma Providence.

Ils ont le courage de travailler.

Ils n’ont pas le courage de ne rien faire.

Ils ont la vertu de travailler.

Ils n’ont pas la vertu de ne rien faire.

De se détendre.

De se reposer.

De dormir.

Les malheureux ils ne savent pas ce qui est bon.

Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour.

Mais ils ne veulent pas m’en confier le gouvernement pendant la nuit.

Comme si je n’étais pas capable d’en assurer le gouvernement pendant une nuit.

Celui qui ne dort pas est infidèle à l’Espérance.

 

Charles Péguy. Le porche du Mystère de la deuxième vertu.

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Dans quel état j’erre ?

18 Janvier 2011, 23:32pm

Publié par Father Greg

 


 De l’absurdité contemporaine…

 


    loversmagritte.jpg «La vie en occident est devenue longue et stupide. Elle n’a plus de sens, elle n’est souvent qu’une suite d’émotions mises bout à bout. Tout est source d’angoisse, plus rien n’a de sens. On est même face à un abîme de non-sens. La ‘liberté’ de penser comme on veut et le surdéveloppement des techniques ont fait de nous des errants ! On n’est plus occupé qu’à gérer son capital santé ou à entretenir son confort. La seule liberté que nous ayons gagnée est le choix de notre lieu de vacance! 

 

On est arrivé à une totale insignifiance de notre vie. Nos actes n’ont plus aucuns liens entre eux. On passe son temps à se fuir. Transportant avec soi ce rapport univoque à un monde plat et source d’ennui, on se réfugie dans ses petits plaisirs. Et tous les jours on a la même image insignifiante et monotone d’un même jour universel.

 

L’homme déchoit à sa vocation. Rester jeune’ devient le sens de sa vie : avoir tous les jours 15 ans. Bientôt, le bonheur sera de ne jamais être né ! Et on façonne sa conscience en évitant l’absurde, l’ennui et l’angoisse en remplissant ses heures creuses par l’industrie des loisirs, qui agissent sous forme de stimuli saturant les sens. […]

 

On a abolie le temps, le sujet et l’espace par un réseau sans centre : internet. Le langage n’est plus qu’une estimation numérique gratuite : 60%, 90%... car le chiffre est devenu le garant du réel. Ou encore un pure outil : depuis l’ONU, le SIDA, jusqu'à soi-même qui n’est plus qu’une ADN. On est entré dans une pensée on ne peut plus binaire du ‘j’aime, j’aime pas’.

 

Avant on distinguait l’homme de l’animal par la raison. Maintenant on distingue l’homme de la machine par ses désirs individuels et ses comportements pulsionnels : on s’éclate, on craque pour…, on zappe… Tout est anticipé et manipulé : on se personnalise avec des produits vendus à des millions d’exemplaires. L’homme est devenu un souriant crétin. »

 


Olivier Rey. Itinéraire de l’égarement.

 

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Sagesse Bourgeoise...

13 Janvier 2011, 20:15pm

Publié par Father Greg

 

 

Invectives contre "l'auge à cochons de la sagesse bourgeoise"

  

 

« Le vrai Bourgeois, c'est à dire, dans un sens moderne et aussi général que possible, l'homme qui ne fait aucun usage de la faculté de penser et qui vit ou paraît vivre sans avoir été sollicité un seul jour, par le besoin de comprendre quoi que ce soit.  L'authentique Bourgeois est nécessairement borné... »                     

 Léon Bloy.

 

 

Gros-plan-sur-le-portrait-de-Louis-Francois-Bertin-1832-par  « Soyons raisonnables, n’est-ce pas ? Je suis forcé de penser à mes affaires, d’abord; ensuite aux affaires des autres, pour les fourrer dedans, s’il est possible ; enfin à mes plaisirs. Où diable voulez-vous que je prenne le temps de penser à autre chose ? Vous me parlez de Dieu, c’est bien gentil de votre part ; mais sérieusement, qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse de votre bon Dieu ?

Jamais je n’y pense, jamais je n’y ai pensé et quand je serai sur le point de crever, je vous prie de croire que je n’y penserai pas davantage. Les prêtres le disent eux-mêmes, on est poussière et on retourne en poussière. Alors pourquoi s’embarrasser de toutes ces blagues ? Vous êtes vraiment bien rigolo de vous intéresser à mon âme, comme si je m’intéressais à la vôtre, moi ! Oh ! là ! là ! on voit bien que vous n’êtes pas dans le commerce. Si vous y étiez, vous sauriez que, loin de pouvoir penser à tout, on a bien assez et même trop, quelquefois, de penser à son livre de caisse. Tenez, mon cher monsieur, voulez-vous que je vous dise ? Je demande un bon Dieu qui soit dans les affaires. Alors on pourrait s’entendre. Il n’aurait pas le temps, lui non plus, de penser à tout. Il ouvrirait le dimanche, pour sûr, et il nous ficherait la paix, je vous en réponds… »

 

Léon Bloy. Exégèse des lieux communs.

 

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Prière...

4 Janvier 2011, 12:21pm

Publié par Father Greg

À une heure du matin

 

philosophe.jpg Enfin! Seul! On n'entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés. Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enfin! La tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même.


Enfin! Il m'est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres! D'abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent actuellement du monde. 


Horrible vie! Horrible ville! Récapitulons la journée:

-avoir vu plusieurs hommes de lettres, dont l'un m'a demandé si l'on pouvait aller en Russie par voie de terre (il prenait sans doute la Russie pour une île);

-avoir disputé généreusement contre le directeur d'une revue, qui à chaque objection répondait: "- C'est ici le parti des honnêtes gens", ce qui implique que tous les autres journaux sont rédigés par des coquins;

-avoir salué une vingtaine de personnes, dont quinze me sont inconnues;

-avoir distribué des poignées de main dans la même proportion, et cela sans avoir pris la précaution d'acheter des gants;

-être monté pour tuer le temps, pendant une averse, chez une sauteuse qui m'a prié de lui dessiner un costume de Vénustre;

-avoir fait ma cour à un directeur de théâtre, qui m'a dit en me congédiant: "- Vous feriez peut-être bien de vous adresser à Z...; c'est le plus lourd, le plus sot et le plus célèbre de tous mes auteurs, avec lui vous pourriez peut-être aboutir à quelque chose. Voyez-le, et puis nous verrons";

-m'être vanté (pourquoi?) de plusieurs vilaines actions que je n'ai jamais commises, et avoir lâchement nié quelques autres méfaits que j'ai accomplis avec joie, délit de fanfaronnade, crime de respect humain; avoir refusé à un ami un service facile, et donné une recommandation écrite à un parfait drôle; ouf! Est-ce bien fini? 


   Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m'enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Âmes de ceux que j'ai aimés, âmes de ceux que j'ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde, et vous, Seigneur mon Dieu! Accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise!

Charles Baudelaire.

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Lettre à des prisonniers.

26 Décembre 2010, 11:01am

Publié par Father Greg

woonbo-kim-ki-chang-coree-nativite.1261589871.jpg « Vous avez le droit d’exiger qu’on vous montre la Crèche. La voici.

  Voici La Vierge et voici Joseph et voici l’enfant Jésus. L’artiste a mis tout son amour dans ce dessin mais vous le trouverez peut-être un peu naïf. Voyez, les personnages ont de beaux atours mais ils sont tout raides : on dirait des marionnettes. Ils n’étaient sûrement pas comme cela. Si vous étiez comme moi, dont les yeux sont fermés… Mais écoutez: vous n’avez qu’à fermer les yeux pour m’entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi.


La Vierge est pâle et elle regarde l’enfant. Ce qu’il faudrait peindre sur son visage, c’est un émerveillement anxieux qui n’a paru qu’une fois sur une figure humaine. Car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles. Elle l’a porté neuf mois et elle lui donnera le sein et son lait deviendra le sang de Dieu. Et par moments, la tentation est si forte qu’elle oublie qu’il est Dieu. Elle le serre dans ses bras et elle dit: mon petit! Mais à d’autres moments, elle demeure tout interdite et elle pense : Dieu est là – et elle se sent prise d’une horreur religieuse pour ce Dieu muet, pour cet enfant terrifiant. Car toutes les mères sont ainsi arrêtées par moments devant ce fragment rebelle de leur chair qu’est leur enfant et elles se sentent en exil devant cette vie neuve qu’on a fait avec leur vie et qu’habitent des pensées étrangères. Mais aucun enfant n’a été plus cruellement et plus rapidement arraché à sa mère car il est Dieu et il dépasse de tous côtés ce qu’elle peut imaginer.

Et c’est une dure épreuve pour une mère d’avoir honte de soi et de sa condition humaine devant son fils.


Mais je pense qu’il y a aussi d’autres moments, rapides et glissants, où elle sent à la fois que le Christ est son fils, son petit à elle, et qu’il est Dieu. Elle le regarde et elle pense : " Ce Dieu est mon enfant. Cette chair divine est ma chair. Il est fait de moi, il a mes yeux, et cette forme de sa bouche c’est la forme de la mienne. Il me ressemble. Il est Dieu et il me ressemble. "


Et aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule. Un Dieu tout petit qu’on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, une Dieu qu’on peut toucher et qui vit. Et c’est dans ces moments-là que je peindrais Marie, si j’étais peintre, et j’essaierais de rendre l’air de hardiesse tendre et de timidité avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce petite peau de cet enfant-Dieu dont elle sent sur les genoux le poids tiède et qui lui sourit. Et voilà pour Jésus et pour la Vierge Marie.


Et Joseph ? Joseph, je ne le peindrai pas. Je ne montrerai qu’une ombre au fond de la grange et deux yeux brillants. Car je ne sais que dire de Joseph et Joseph ne sait que dire de lui-même. Il adore et il est heureux d’adorer et il se sent un peu en exil.


Je crois qu’il souffre sans se l’avouer. Il souffre parce qu’il voit combien la femme qu’il aime ressemble à Dieu, combien déjà elle est du côté de Dieu. Car Dieu a éclaté comme une bombe dans l’intimité de cette famille. Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cet incendie de clarté. Et toute la vie de Joseph, j’imagine, sera pour apprendre à accepter. »

Jean-Paul Sartre, Bariona, 1940. 

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Pourquoi l'Islam??

24 Novembre 2010, 00:00am

Publié par Father Greg

 

QUELLE EST LA PLACE DE L’ISLAM

DANS LE PLAN DE DIEU ?

 

 

Devant une modernité qui aurait souvent tendance à oublier qu'elle ne peut effacer Dieu de l'horizon des hommes, y-t-il un rôle confié à l'islam dans le plan du salut ?

 

De quelle manière pouvons-nous insérer la naissance et la diffusion de l'islam à l'intérieur du plan salvifique?

Père Samir : Ceci est une question délicate, mais légitime. Nous pouvons l'exprimer ainsi : « Pour autant qu'il nous est donné à nous les hommes de le savoir, l'islam a-t-il une place dans le plan de Dieu ? ».

 

Au fil de l'histoire, les chrétiens d'Orient se sont souvent posé cette question. La réponse des théologiens arabes chrétiens était : « Dieu a permis la naissance de l'islam pour punir les chrétiens de leur infidélité ». Je pense que la vérité sur l'islam est à renvoyer à la question de la division entre les chrétiens orientaux, une division souvent due à des motifs nationalistes et culturels cachés derrière des formules théologiques.

 

L'islam a servi à réaffirmer la foi en un seul Dieu, à réitérer l'appel à nous consacrer totalement à Lui, à modifier notre vie pour l'adorer. Il s'agissait d'une réaction saine, dans le prolongement de la tradition biblique juive et chrétienne. Mais en réalité pour arriver à cela, l'islam a éliminé tout ce qui créait un peu de difficulté, en particulier : la nature à la fois humaine et divine du Christ; le Dieu Un et trine, qui est dialogue et amour; et le fait que le Christ se soit montré obéissant jusqu'à sa mort sur la croix, qu'il se soit vidé de lui-même comme dit saint Paul, par amour pour nous !

 

C'est donc une religion qui s'est rationalisée, non pas dans le sens rationnel par rapport à Dieu, mais dans le sens qu'elle a voulu simplifier ces aspects que la raison humaine ne peut accepter. L'islam se présente alors comme la troisième et dernière religion révélée... et pour nous elle ne l'est évidemment pas. Après le Christ, que le Coran reconnaît comme Parole de Dieu, Verbe de Dieu, il est incompréhensible que Dieu ait envoyé un autre Verbe qui est le Coran.

 

Si le Coran était en accord avec l'Évangile et servait à le rendre plus clair, je dirais pourquoi pas ? Comme les saints qui apportent un éclairage sur l'Évangile et sur la personne de Jésus. Mais ici ce n'est pas le cas : c'est contradictoire. C'est pourquoi je ne peux pas dire que Dieu a envoyé un prophète (qui serait Muhammad) avec une nouvelle révélation. Je peux encore moins dire de lui qu'il est « le sceau des prophètes », comme affirme le Coran, autrement dit qui complète et corrige, accomplit jusqu'au bout la révélation du Christ.

 

Mais alors quelle est la place de l'islam dans le plan de Dieu?

Père Samir : Je crois que pour nous chrétiens il est un stimulant pour nous ramener au fondement de tout : Dieu est l'Unique, la Réalité Ultime ! Que représente l'affirmation juive et chrétienne fondamentale, reprise par le Coran dans la belle Sourate 112 : « Di': Dieu est l'Unique! Dieu est l'impénétrable! » Une affirmation que la vie moderne risque de nous faire oublier.

 

Interview du père Samir Khalil Samir, jésuite à ZENIT.  Docteur en théologie orientale et islamologie, le père Samir est professeur de sciences religieuses à l'université Saint-Joseph de Beyrouth et professeur d'études islamo-chrétiennes à l'Institut pontifical oriental à Rome.

 

 

 


Blague Palestinienne...

 

 

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Toutes ressemblances avec des situations existantes seraient purement fortuites…

22 Octobre 2010, 14:38pm

Publié par Father Greg


“Ma paroisse est dévorée par l’ennui, voilà le mot. Comme tant d’autres paroisses ! L’ennui les dévore sous nos yeux et nous n’y pouvons rien. Quelque jour peut-être la contagion nous gagnera, nous découvrirons en nous ce cancer. On peut vivre très longtemps avec ça. […]

Je me disais donc que le monde est dévoré par l’ennui. Naturellement, il faut un peu réfléchir pour se rendre compte, ça ne se saisit pas tout de suite. C’est une espèce de poussière. Vous allez et venez sans la voir, vous la respirez, vous la mangez, vous la buvez, et elle est si fine, si ténue qu’elle ne craque même pas sous la dent. Mais que vous vous arrêtiez une seconde, la voilà qui recouvre votre visage, vos mains. Vous devez vous agiter sans cesse pour secouer cette pluie de cendres. Alors, le monde s’agite beaucoup.

 

On dira peut-être que le monde est depuis longtemps familiarisé avec l’ennui, que l’ennui est la véritable condition de l’homme. Possible que la semence en fût répandue partout et qu’elle germât çà et là, sur un terrain favorable. Mais je me demande si les hommes ont jamais connu cette contagion de l’ennui, cette lèpre ? Un désespoir avorté, une forme turpide du désespoir, qui est sans doute comme la fermentation d’un christianisme décomposé...

(A propos de sa paroisse) J’ai un troupeau, un vrai troupeau, je ne peux pas danser devant l’arche avec mon troupeau – du simple bétail – ; à quoi je ressemblerais, veux-tu me dire ? Du bétail, ni trop bon ni trop mauvais, des bœufs, des ânes, des animaux de trait et de labour. Et j’ai des boucs aussi. Qu’est-ce que je vais faire de mes boucs ? Pas moyen de les tuer ni de les vendre. Boucs ou brebis, le maître veut que nous lui rendions chaque bête en bon état. Ne va pas te mettre dans la tête d’empêcher un bouc de sentir le bouc, tu perdrais ton temps, tu risquerais de tomber dans le désespoir. Les vieux confrères me prennent pour un optimiste, un Roger Bontemps, les jeunes de ton espèce me trouvent trop dur avec mes gens, trop militaire, trop coriace. Les uns et les autres m’en veulent de ne pas avoir mon petit plan de réforme, comme tout le monde, ou de le laisser au fond de ma poche. Tradition ! grognent les vieux. Évolution ! chantent les jeunes. Moi, je crois que l’homme est l’homme, qu’il ne vaut guère mieux qu’au temps des païens. La question n’est d’ailleurs pas de savoir ce qu’il vaut, mais qui le commande.

[…] Un peuple de chrétiens n’est pas un peuple de saintes-nitouches. L’Église a les nerfs solides, le péché ne lui fait pas peur, au contraire. Elle le regarde en face, tranquillement, et même, à l’exemple de Notre-Seigneur, elle le prend à son compte, elle l’assume. Quand un bon ouvrier travaille convenablement, les six jours de la semaine, on peut bien lui passer une ribote, le samedi soir. Tiens, je vais te définir un peuple chrétien par son contraire. Le contraire d’un peuple chrétien, c’est un peuple triste, un peuple de vieux. Tu me diras que la définition n’est pas trop théologique. D’accord. Mais elle a de quoi faire réfléchir les messieurs qui bâillent â la messe du dimanche. Bien sûr qu’ils bâillent ! Tu ne voudrais pas qu’en une malheureuse demi-heure par semaine, l’Église puisse leur apprendre la joie ! Et même s’ils savaient par cœur le catéchisme du Concile de Trente, ils n’en seraient probablement pas plus gais.

  D’où vient que le temps de notre petite enfance nous apparait si doux, si rayonnant? Un gosse a des peines comme tout le monde, et il est, en somme, si désarmé contre la douleur, la maladie ! L’enfance et l’extrême vieillesse devraient être les deux grandes épreuves de l’homme. Mais c’est du sentiment de sa propre impuissance que l’enfant tire humblement le principe même de sa joie. Il s’en rapporte à sa mère, comprends-tu ? Présent, passé, avenir, toute sa vie, la vie entière tient dans un regard, et ce regard est un sourire. Hé bien, mon garçon, si l’on nous avait laissés faire, nous autres, l’Église eût donné aux hommes cette espèce de sécurité souveraine. Retiens que chacun n’en aurait pas moins eu sa part d’embêtements. La faim, la soif, la pauvreté, la jalousie, nous ne serons jamais assez forts pour mettre le diable dans notre poche, tu penses ! Mais l’homme se serait su le fils de Dieu, voilà le miracle ! Il aurait vécu, il serait mort avec cette idée dans la caboche – et non pas une idée apprise seulement dans les livres, – non. Parce qu’elle eût inspiré, grâce à nous, les mœurs, les coutumes, les distractions, les plaisirs et jusqu’aux plus humbles nécessités. Ça n’aurait pas empêché l’ouvrier de gratter la terre, le savant de piocher sa table de logarithmes ou même l’ingénieur de construire ses joujoux pour grandes personnes. Seulement nous aurions aboli, nous aurions arraché du cœur d’Adam le sentiment de sa solitude.

Avec leur ribambelle de dieux, les païens n’étaient pas si bêtes : ils avaient tout de même réussi à donner au pauvre monde l’illusion d’une grossière entente avec l’invisible. Mais le truc maintenant ne vaudrait plus un clou. Hors l’Église, un peuple sera toujours un peuple de bâtards, un peuple d’enfants trouvés. Évidemment, il leur reste encore l’espoir de se faire reconnaître par Satan. Bernique ! Ils peuvent l’attendre longtemps, leur petit Noël noir ! Ils peuvent les mettre dans la cheminée, leurs souliers ! Voilà déjà que le diable se lasse d’y déposer des tas de mécaniques aussi vite démodées qu’inventées, il n’y met plus maintenant qu’un minuscule paquet de cocaïne, d’héroïne, de morphine, une saleté de poudre quelconque qui ne lui coûte pas cher. Pauvres types ! Ils auront usé jusqu’au péché. Ne s’amuse pas qui veut. La moindre poupée de quatre sous fait les délices d’un gosse toute une saison, tandis qu’un vieux bonhomme bâillera devant un jouet de cinq cents francs. Pourquoi ? Parce qu’il a perdu l’esprit d’enfance. 

ste-Therese-enfant.jpgHé bien, l’Église a été chargée par le bon Dieu de maintenir dans le monde cet esprit d’enfance, cette ingénuité, cette fraîcheur. Le paganisme n’était pas l’ennemi de la nature, mais le christianisme seul l’agrandit, l’exalte, la met à la mesure de l’homme, du rêve de l’homme. Je voudrais tenir un de ces savantasses qui me traitent d’obscurantiste, je lui dirais : « Ce n’est pas ma faute si je porte un costume de croque-mort. Après tout, le Pape s’habille bien en blanc, et les cardinaux en rouge. J’aurais le droit de me promener vêtu comme la Reine de Saba, parce que j’apporte la joie. Je vous la donnerais pour rien si vous me la demandiez. L’Église dispose de la joie, de toute la part de joie réservée à ce triste monde. Ce que vous avez fait contre elle, vous l’avez fait contre la joie.»      Extraits du “Journal d’Un Cure de Campagne” de George Bernanos.

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