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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

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Pour faire fructifier ses talents, il faut aussi de la chance...

26 Juillet 2011, 05:15am

Publié par Father Greg

La foi ne supprime ni ne remplace tout ce que nous pouvons faire au niveau humain. C'est même une hérésie que de croire que tout va tomber du ciel!!

Ainsi, au niveau humain, pour réussir il faut du talent, pour réussir, il faut du travail, et, ce que on oublie souvent, c'est que pour réussir il faut aussi de la chance.

Philippe Gabilliet nous explique que la chance est une compétence qui se travaille..!!? Et oui!!! Voici comment se créer de la chance:


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Levez les yeux vers ce qui dure, vers ce qui est...

13 Mai 2011, 06:00am

Publié par Father Greg

 

 

 

377.jpgLa mémoire des souvenirs ordinaires nous donne bien la preuve qu’il peut y avoir une localisation tout à fait matérielle de la mémoire dans le cerveau, qu’un souvenir peut être effacé par la destruction de ces cellules, mais que, cependant, tout souvenir est par nature immatériel. On ne peut pas le localiser ; on ne peut pas lui fixer des limites ; il peut même durer fort longtemps, même après la destruction et des cellules et du souvenir proprement dit, parce qu’il se transmet à d’autres personnes, à d’autres esprits et qu’ainsi il survit. Déjà le souvenir que j’ai appelé ordinaire suggère donc l’existence de réalités qui ne sont pas matérielles et autre chose que les apparentes évidences de l’expérience.

 

  

Il en va de même des idées : elles sont liées à l’influence des uns ou des autres, elles sont liées à l’existence du langage et, comme précédemment, à l’existence matérielle de notre cerveau. Mais les idées par elles-mêmes sont de toutes évidences immatérielles et prouvent par conséquent, elles aussi, qu’il y a autre chose que les réalités matérielles ; et le monde des idées, qui se transmettent de génération en génération, se révèle aussi beaucoup plus durable que l’activité du cerveau à laquelle elles sont liées. Déjà là, il y a autre chose ! Alors, peut-être n’est-ce pas un pas aussi effarant que d’admettre que ces souvenirs, par nature immatériels, peuvent aussi se traduire, le plus souvent à notre insu, dans un monde plus lumineux et plus durable qui, en fait, échappe au temps, et ne nous est révélé que par accident. Or ce qui échappe au temps et se situe hors du temps, comment l’appeler d’un autre nom que de celui d’éternité ?


 

(…) Est-ce si difficile d’imaginer cet univers autre ? Je ne crois pas que l’on en ait encore parlé à propos de ces souvenirs si étranges que j’ai tenté de décrire dans ce livre ; mais on a soupiré après ce monde, dans tous les temps et sous toutes les formes : on y a le plus souvent cru. Le scepticisme commence avec notre époque où les rapides progrès matériels et techniques se développent avec une telle  rapidité que l’on en vient à oublier tout le reste et  à croire que l’on domine, à tous les égards, l’ensemble du monde – cela avec des résultats qui ne sont pas toujours si heureux, par exemple, lorsque apparaît le grave réchauffement de la planète ou bien les violences accrues dans les divers conflits sociaux ou nationaux. Mais, même à notre époque, même aujourd’hui, beaucoup de gens sentent que cela ne suffit pas et qu’ils ont besoin, pour continuer à être, de reconnaître l’existence d’un monde différent : obnubilés par leurs propres difficultés, ils finissent par limiter là leur horizon, au risque de créer des désastres.

 

On reconnaîtra alors qu’à côté de l’ici, il y a un ailleurs et qu’à côté du maintenant, il y a un toujours.

 

 (…) En effet, tout le monde en conviendra, il y a autre chose que les journées qui se suivent les unes après les autres, du lever au coucher, du travail à la fatigue, des protestations aux révoltes. Il y a autre chose que ces buts d’enrichissement immédiat ou de survie sans projet particulier, qui font que nos vies s’usent sans jamais viser quoi que ce soit de bon, de noble et d’important. Il y a autre chose que cette façon de marcher, les yeux au sol, avec un regard mauvais pour son voisin, sans rien entreprendre, sans rien espérer. Il y a autre chose que le sexe, et l’argent, et même la prétendue gloire de jouer un rôle à coups d’intrigues plus ou moins sordides. A partir de toutes petites surprises que vous ménage parfois l’attention au réel, on découvre qu’il y a autre chose que de vivre pour rien : il y a la possibilité d’obéir à cet élan intérieur tourné vers un monde entrevu, lumineux, durable, qui est peut-être à portée de main pour chacun de nous.

 

 

 

(…) Je crois bien avoir vécu toute ma vie en fonction d’un tel idéal et m’être entendue particulièrement bien avec ceux qui le partageaient. C’est peut-être pour cela que j’ai été prête à  accueillir les souvenirs étranges qui m’ont occupée dans ce livre. Mais les surprises qu’ils m’ont procurées ont été comme une confirmation, comme une certitude : et c’est ce qui m’a donné envie, quitte à risquer le ridicule, de les dire au lecteur en toute honnêteté. Ce serait si bien si l’on pouvait un peu plus lever les yeux vers ce qui dure, vers ce qui est !

 

  

Jacqueline de Romilly, Les révélations de la mémoire.

 

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Notre fragilité : motif de désespoir ou porte ouverte sur un autre réel ?

12 Mai 2011, 05:58am

Publié par Father Greg

 

 

girlLorsque l’on regarde le monde d’aujourd’hui, le constat est décapant : il y a notre personne apparente, celle qui va bien, celle qu’on montre aux autres et à nous-mêmes, et il y a une personne en nous -qu' on pourrait appeler notre enfant intérieur- qui, très souvent, est complètement dévastée. Ce n'est pas de l’introspection malsaine ou de l'apitoiement.  Cet enfant est semblable à ces enfants des rues qui ont grandis trop vite et qui errent dans les villes. C'est un mendiant d'amour, cet amour qu’on n'a jamais reçu pendant notre enfance parce que personne sur terre ne pouvait nous le donner, et qu’on cache aujourd’hui dans un excès de biens matériels ou d’overdose d’affectivité.

 

            Et maintenant,  est-ce trop tard ? Il semble qu’on pourrait recevoir toutes les vagues d'amour possibles, elles passeraient, trop tard, sur un corps d'enfant déjà noyé.

 

Est-ce qu'on ne vit pas tous, de manière diverse, cet abîme, cette expérience d’angoisse ? Un certaine connaissance personnelle nous révèle un autre monde derrière des masques de conventions et de politesses trop utilisées. Trop souvent, se dévoilent des odeurs de désespoir, plus ou moins cachées, rampantes, mais très présentes. Et, il faut le reconnaitre, on ne veut pas le voir. On refuse de le voir. On se le cache. Alors que très bizarrement, presque tous le portont en nous. C’est comme, quelque chose de brisé à l'intérieur... N’est-ce pas comme un lien premier avec notre père qui est perdu ? On a perdu ce lien originel avec notre source... et cette brisure fait que nous sommes tous, plus ou moins, errants, des orphelins, des hommes à doubles têtes.

 

Certains –et ils sont nombreux - sont comme des forcenés pour se le cacher : on s’est délivré de la culpabilité que produisait les avatars de notre errance, par un hédonisme et un narcissisme qui se révèle être un vice des plus exaspérants aujourd’hui– la bonne conscience. Nous sommes très contents de nous. Trop contents.

 

D'autres remplissent ce vide et ce manque par un excès de déterminations et d'activités. D’autres se durcissent ou se rattachent à une forme qui les sécurise ou qui dictent leur rapports sous forme d’une espèce d’impératif catégorique : « il faut que…»  Jusque dans notre manière d’aimer, ou dans la plus simple manière de vivre, ce drame est présent.

 

Et on se cache, on se masque, refoulant sur notre passé, notre enfance, ce manque, cette angoisse que tout notre être porte…  et refusant, dans une course en avant, dans un optimisme imaginaire, alimenté par toute sorte d’idéal et de mythes d’un grand soir politique, d’un salut tout humain, aussi affectif qu’irréel, de voir qu’on est rongé de l’intérieur, que quelque part ‘tout fout le camp’... 

 

« Tout fout le camp ? » ‘Mais, non, mais nôôn… vous plaisantez, pas pour môa…’ Nous sommes si vite satisfaits… Et on se fait des 'replâtrage' maisons, on se fait des ravalements, pour ‘sauver la face’, se rassurer… bouchant alors toutes possibilitées pour la lumière de s’insérer… on ne peut rien faire, il n'y aucune lumière qui ne peut pénétrer, et alors, on se gratifie par une espèce de langage pieux ou de discussion molle de bourgeois bien-pensants...  

 

Faut-il s’en vouloir ? Ce serait encore du désespoir… ne faut-il pas, en effet, un sacré courage pour accepter qu'on est, dans notre nature, des êtres, oui, imparfait sinon malades, qui ne peuvent se tenir debout par eux-mêmes... et, c'est peut-être ça un sage: celui qui accepte d'être un pauvre, un mendiant du réel. Celui qui n’a pas peur de ses fragilités et qui vient mendier de l’aide, qui s’en sert pour se lier, dans une dépendance inégale, d’un mendiant envers celui qui le sauve, mais qui alors permet à un autre de s’introduire dans son monde.

 

C'est toujours un peu notre lutte ici suivant le milieu dans lequel nous émergeons. Nous évoluons et grandissons dans des cultures fatalistes avec pour elles quelque chose de l’enfant, ou immatures et alors avec parfois une espèce d’innocence, ou critiques à l'excès mais avec une très grande lucidité;

Résultat: -soit on navigue à vue en craquant ou en se plaignant régulièrement que nos droits ne sont pas respectés, fuyant dans l’ironie ou dans une mauvaise humeur chronique la quête de sens que réclame notre condition de constant dépassement de soi;

-soit on devient des monstres d’efficacités, c’est aussi possible, vivant toujours un peu en tension pour ‘y arriver’, pour se prouver inconsciemment qu’on peut le faire : « oui, ça c’est moi » se dit-on intérieurement en gonflant le ‘moi’, cherchant dans une autosatisfaction à échapper à tout ce qui nous limites et qu’on refuse de voir.


Résultat, on se plante régulièrement ; on se prend régulièrement des murs, plus ou moins violents : on entretient des copinages, des mondanités, on existe en dépendance de nos relations montrant extérieurement une façade pour ne pas s’avouer que ce sont des refuges affectifs, des séductions temporaires parce que par soi-même on n’arrive pas à assumer ce réel que par ailleurs on a voulu complètement maitriser; c’est toujours plus ou moins inconscient, parce que le rythme de vie de notre monde –ou celui qu’on se donne- nous évite peut-être de faire face à ce qu’est vraiment la réalité de notre vie ;

Soit enfin, on entre dans cette nonchalance -bien présente sous les tropiques- du ‘je m’en fous’ : la spiritualité du ventre mou qui comme la limace prend la forme de la cuillère qui la ramasse…

 

Heureusement pour nous qu’il y a la misère des autres, aujourd’hui surexploité par les medias: voir des pauvres êtres, des innocents souffrirent, victimes de tsunamis, ou sinon, lorsque soi-même nous pâtissons d’un climat ou de maladies, cela réveille… dit Léon Bloy « On dirait que la douleur donne à certaines âmes une espèce de conscience. C'est comme aux huîtres le citron… »

 

Et là, on pourrait dire que cette misère qui vient habiter et déranger violement notre humanité est presque ce qui vient comme nous sauver de nous-même et de cette apathie que nous donne notre bonne conscience et de cette petite vie bien mesquine qu’on se bâtit à force de joie stupide sans lendemain.

 

Et cette misère, notre faiblesse est parfois ce qui appelle en nous  cette soif de continuer de marcher chaque jour, essayant d'être pour les plus pauvres un signe d’espérance, que tout cela n’est pas ‘en vain’… attendant du réel lui-même quelque chose qu’on ne peut se donner à soi-même. 

 

N’est-ce pas notre fragilité qui nous permet de nous réjouir, comme des enfants, de petites joies qui surgissent et qui sont comme un sourire qui nous dit de continuer de chercher ? N’est-ce pas notre fragilité qui nous permet, malgré nous d’aimer notre condition, que la porter n’est pas vain, et que quelque part une réponse existe, qu’elle nous attend dans celui à qui on se sera livré, jusque dans nos misères ?

 

Fr Grégoire. © Are you in reality?



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Qu'est-ce que le beau?

7 Mai 2011, 05:47am

Publié par Father Greg

 

 

vincent-van-gogh-amandier-en-fleurs.jpg« Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie naïve, non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau. C’est son immatriculation, sa caractéristique. Renversez la proposition et tâchez de concevoir un beau banal !

 

  Or, comment cette bizarrerie, nécessaire, incompréhensible, variée à l’infinie, descendante des milieux, des climats, des mœurs, de la race, de la religion et du tempérament de l’artiste pourra-t-elle jamais être gouvernée, amendée, redressée par les règles utopiques conçues dans un petit temple scientifique quelconque de la planète, sans danger de mort pour l’art lui-même ?

 

  Cette dose de bizarrerie qui constitue  et définit l’individualité, sans laquelle il n’y a pas de beau, joue dans l’art (que l’exactitude de cette comparaison en fasse pardonner la trivialité) le rôle du goût ou de l’assaisonnement dans les mets, les mets ne différant les uns des autres, abstraction faite de leur utilité ou de la quantité de substance nutritive  qu’ils contiennent, que par l’idée qu’ils révèlent à la langue. »

 

Baudelaire, Exposition universelle (1855).

 

 

Ainsi, il court, il cherche. Que cherche-t-il ? A coup sûr, cet homme  tel que je l’ai dépeint, ce solitaire doué d’une imagination active, toujours voyageant à travers le grand désert d’hommes, a un but plus élevé que celui d’un pur flâneur, un but plus général, autre que le plaisir fugitif de la circonstance. Il cherche ce quelque chose qu’on nous permettra d’appeler la modernité ; car il ne se présente pas de meilleur mot pour exprimer l’idée en question. Il s’agit pour lui de dégager de la mode ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, de tirer l’éternel du transitoire.

 

  […]La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel, l’immuable. Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien ; la plupart des beaux portraits qui nous restent des temps antérieurs sont revêtus des costumes de leur époque. Ils sont parfaitement harmonieux, parce que le costume, la coiffure et même le geste, le regard, le sourire (chaque époque à son port, son regard, son sourire) forment un tout d’une complète vitalité. Cet élément transitoire, fugitif, dont les métamorphoses sont si fréquentes, vous n’avez pas le droit de le mépriser ou de vous en passer. En le supprimant, vous tombez forcément dans le vide d’une beauté abstraite et indéfinissable, comme celle de l’unique femme avant le premier péché.

      03 Georges de La Tour

  En un mot, pour que toute la modernité soit digne de devenir antiquité, il faut la beauté mystérieuse que la vie humaine y met involontairement en ait été extraite. »

 

Baudelaire, « Le Peintre de la vie moderne » 1863

 


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Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas. Accusez-vous vous-même d'être aveugle...

6 Mai 2011, 05:00am

Publié par Father Greg

 

  

 

auguste-macke-jeunes-filles-sous-les-arbres.jpg « Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d'écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre cour; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s'il vous était interdit d'écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ?

 

Creusez en vous-mêmes à la recherche d'une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s'il vous était donné d'aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple "il le faut", alors bâtissez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'en son heure la plus indifférente et la plus infime, doit être le signe et le témoignage de cette impulsion. Puis vous vous approcherez de la nature. Puis vous essayerez, comme un premier homme, de dire ce que vous voyez et vivez, aimez et perdez.

 

N'écrivez pas de poèmes d'amour; évitez d'abord les formes qui sont trop courantes et trop habituelles : ce sont les plus difficiles, car il faut la force de la maturité pour donner, là où de bonnes et parfois brillantes traditions se présentent en foule, ce qui vous est propre. Laissez-donc les motifs communs pour ceux que vous offre votre propre quotidien; décrivez vos tristesses et vos désirs, les pensées fugaces et la foi en quelque beauté. Décrivez tout cela avec une sincérité profonde, paisible et humble, et utilisez, pour vous exprimer, les choses qui vous entourent, les images de vos rêves et les objets de votre souvenir.

 

Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour appeler à vous ses richesses; car pour celui qui crée il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et indifférent. Et fussiez-vous même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir à vos sens aucune des rumeurs du monde, n'auriez-vous pas alors toujours votre enfance, cette délicieuse et royale richesse, ce trésor des souvenirs ? Tournez vers elle votre attention. Cherchez à faire resurgir les sensations englouties de ce vaste passé; votre personnalité s'affirmera, votre solitude s'étendra pour devenir une demeure de douce lumière, loin de laquelle passera le bruit des autres. »

 

Seul celui qui est prêt à tout, et n'exclut rien, pas même le plus énigmatique, vivra la relation avec quelqu'un d'autre comme une chose vivante, et épuisera sa propre existence.

 

  

Si l'on se figure cette existence de l'individu comme une pièce plus ou moins grande, on voit que, pour la plupart, les gens n'apprennent à connaître qu'un coin de leur pièce, une place à la fenêtre, une bande sur laquelle ils vont et viennent. Ainsi trouvent-ils une certaine sécurité.

 

 

Et pourtant, elle est tellement plus humaine cette insécurité pleine de dangers qui, dans les histoires de Poe, pousse les prisonniers à palper les formes de leurs terrifiants cachots, et à n'être pas étrangers aux indicibles effrois de leur séjour. Mais nous ne sommes pas prisonniers.

 

 

 Nuls traquenards ni pièges ne sont autour de nous disposés; rien n'est là qui doive nous faire peur ou nous torturer. Nous sommes placés dans la vie comme dans l'élément auquel nous correspondons le mieux, et, de surcroît, grâce à cette adaptation millénaire, nous en sommes venus à ressembler à cette vie, au point que, lorsque nous restons immobiles, c'est à peine si, par un heureux mimétisme, nous nous distinguons de tout ce qui nous entoure. Nous n'avons pas de raison d'avoir de la méfiance contre notre monde, car il n'est pas contre nous. S'il est en lui des effrois, ce sont nos effrois; S'il est en lui des abîmes, ces abîmes nous appartiennent; des dangers se trouvent-ils là, nous devons essayer de les aimer.

 

  Et pour peu que nous disposions notre vie selon le principe qui nous conseille de nous tenir au plus difficile, alors ce qui nous paraît aujourd'hui encore le plus étranger nous deviendra le plus familier, le plus fidèle. Comment nous faudrait-il oublier les vieux mythes qui se trouvent au commencement de tous les peuples, ces mythes de dragons qui, à l'instant suprême, se métamorphosent en princesses?

  

 Peut-être tous les dragons de notre vie sont-ils des princesses qui attendent, simplement, de nous voir un jour beaux et vaillants. Peut-être tout l'effroyable est-il, au plus profond, ce qui, privé de secours, veut que nous le secourions."

 

 

 Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.

 

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Mystère du mal en l'homme...

16 Avril 2011, 08:00am

Publié par Father Greg

 

 

 

« Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement et n'était pas établi dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, parce qu'il est menteur et père du mensonge ».  Jn 8, 44.

 

 


 Le Christ et la femme adultèreNous touchons ici le jugement ultime de Jésus sur ceux qu’il aime. Car il les aime, autrement il ne dirait pas cela ; Il les corrige, et il veut les arracher à cette fausse filiation. Le démon dans son orgueil imite Dieu, il veut être père, alors qu’il n’a pas de fécondité et ne peut pas en avoir puisqu’il n’a plus d’amour. Or, tout son désir, c’est d’être père, c’est-à-dire de nous attirer à lui, de nous rendre semblable à lui. Nous saisissons là ce qu’est le péché : le refus de l’amour, l’orgueil : «  quand il parle, il parle de son propre fonds. »

 

L’orgueil c’est ce refus d’être relatif à autre chose que nous même. Nous sommes à nous-même notre propre mesure ! Et tout le reste est regardé en fonction de nous. Nous nous mettons comme mesure, et nous sommes séduits par cette connaissance intérieure de nous-même et des autres à partir de nous. C’est se faire juge, se poser comme premier ; de façon très subtile le plus souvent, mais non moins méprisante quant aux autres.  

Fr Grégoire.


 

 

Hieronymus Bosch 056«  Ce ne sont pas leurs péchés qui caractérisent les gens mauvais, ce sont plutôt le caractère subtil de ces péchés, leur persistance et leur consistance. La raison en est que le défaut premier du mal n’est pas le péché en soi, mais le refus de le reconnaître. 


Le problème du mal n’est pas un défaut de conscience, mais le refus d’accorder à la conscience le rôle qui lui est dû. Nous devenons mauvais en essayant de nous tromper nous-mêmes. L’individu mauvais ne commet pas le mal directement, mais indirectement en voulant se blanchir. Le mal ne provient pas de l’absence de culpabilité, mais de l’effort fait pour l’éviter.

  

L’individu mauvais renie le fardeau de sa culpabilité ; il refuse la reconnaissance douloureuse de son péché, de sa médiocrité et de son imperfection ; elle cherche à transmettre sa peine à autrui par la projection ou en faisant de lui son bouc émissaire. Or tous ceux qui sont ‘mauvais’, qu’est-ce qui les habite, les harcèle ? La réponse est simple : la peur.


(…) Les gens mauvais ont besoin de victimes à sacrifier à leur narcissisme, et leur narcissisme leur permet de fermer les yeux sur la condition humaine de leur victime. Leur narcissisme leur procure une raison de tuer et les rend insensibles à l’acte de tuer. L’aveuglement du Narcisse est plus qu’un  manque d’empathie ; le Narcisse peut ne pas « voir » les autres du tout. »

  Scott Peck,  Les gens du mensonge.

 


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Notre repos, c'est un repos contemplatif, un repos d'amour..

15 Avril 2011, 07:00am

Publié par Father Greg

 

 

L'intelligence humaine est radicalement faite pour Dieu, et elle ne peut se reposer dans sa recherche de vérité que dans la mesure où elle arrive à découvrir le mystère de Dieu dans toute sa pureté. 

M.D Philippe. Les Trois  Sagesses.

 

   

logo phpBBLe chemin vers Dieu, c'est le sommet de l'intelligence, c'est l'Everest. Mon intelligence marche vers ce but, mais elle n'est intelligence que quand elle découvre la nécessite de poser l'existence de l'Etre 1er, il est. Mon intelligence avant cela demeure toujours en devenir, imparfaite: elle chemine. Elle n'a pas de repos. Le seul repos de l'intelligence, c'est la contemplation de Dieu. Il n'y a pas d'autre repos parce qu'en tant que je n'ai pas découvert l'existence de Dieu, mon intelligence n'a pas découvert sa source.

 

Et l'intelligence à conscience de chacune de ses démarches, elle sait la valeur de chacune de ses démarches. C'est le propre de l'intelligence. Dans l'amour ce n'est pas  la même chose du tout. C'est pour cela que, presque toujours la passion est mêlée à l'amour spirituel. Et la passion, c'est dynamique, ce n'est pas le repos, c'est dynamique. C'est pour cela que dans l'ordre volontaire on ne se repose jamais, toute expérience affective est toujours très fatigant pour l'homme. C'est nécessaire, et c'est merveilleux, c'est la grande joie mais c'est fatigant, il n'y a pas de repos. Seule l'intelligence se repose, en contemplant. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle la contemplation le repos: c'est que justement il n'y a plus de devenir. 


 

M.D Philippe, conférence, 06.10.00.

 


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Nous souhaitons seulement être plaints...

14 Avril 2011, 08:00am

Publié par Father Greg

 

 Pour grandir et avancer dans la lumière, il faut identifier les obstacles qui nous retiennent et que parfois on entretient, consciemment ou non… parmi ceux-ci, le rôle que l’on se joue dans nos drames intérieurs…


 

Proprichtchine.jpg "Surtout ne croyez pas vos amis quand ils vous demanderont d’être sincère avec eux. Ils espèrent seulement que vous les entretiendrez dans la bonne idée qu’ils se font d’eux-mêmes, en les fournissant d’une certitude qu’ils puiseront dans votre promesse de sincérité. Comment la sincérité serait-elle la condition de l’amitié ? Le gout de la vérité à tout prix est une passion… c’est un vice, un confort parfois, ou un égoïsme. Si donc vous vous trouvez dans ce cas, n’hésitez pas : promettez d’être vrai et mentez le mieux possible.

 

C’est si vrai que nous nous confions que très rarement à ceux qui sont meilleurs que nous. Nous fuirions plutôt leur société. Le plus souvent, au contraire, nous nous confessons à ceux qui nous ressemblent et qui partagent nos faiblesses. Nous ne désirons pas nous corriger, ni être améliorés : il faudrait d’abord que nous fussions juges défaillants : il faudrait d’abord que nous fussions jugés défaillants.  Nous souhaitons seulement être plaints et encouragés dans notre voie. »

 

Albert Camus. La Chute.


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Vous qui entrez-ici, abandonnez toute espérance....

12 Avril 2011, 07:50am

Publié par Father Greg

 

 

Niveau de la porte de l’Enfer. 

La première troupe des damnés : Esprits neutres et lâches, harcelés par des insectes.

 

« Par moi on va de la cité dolente, Vision de Tondal de Jérome Bosch

Par moi on va de l’éternelle douleur,

Par moi on va parmi la gent perdue.

Justice a mû mon sublime artisan,

Puissance divine m’a faite,

Et la haute sagesse et le premier amour.

Avant moi rien n’a jamais été créé

Qui ne soit éternel, et moi je dure éternellement.

Vous qui entrez, abandonnez toute espérance. »

 

Ces paroles de couleur sombre,

Je les vis écrite au-dessus de la porte ;

Aussi je dis : « Maître, leur sens m’est dur. »

Et lui à moi, en homme qui savait mes pensées :

 

« Ici, il convient de laisser tout soupçon ;

Toute lâcheté ici doit être morte.

Nous sommes venus au lieu que je t’ai dit,

Où tu verras les foules douloureuses

Qui ont perdu le bien de l’intellect. »

 

Et après avoir mis la main dans la mienne

Avec un visage gai, qui me réconforta,

Il me découvrit les choses secrètes.

Là pleurs, soupirs et hautes plaintes

Résonnaient dans l’air sans étoiles,

Ce qui me fit pleurer pour commencer.

Diverses langues et horribles jargons,

Mots de douleur, accent de rage,

Voix fortes, rauques, bruits de mains avec elles,

Faisaient un fracas tournoyant

Toujours dans cet éternellement sombre,

Comme le sable où souffle un tourbillon.

Et moi, qui avais la tête entourée d’ombre,

Je dis : « maître, qu’est-ce que j’entends ?

Qui sont ces gens si défaits de souffrance ? »

 

Et lui à moi : « cet état misérable

Est celui des méchantes âmes des humains

Qui vécurent sans infamie et sans louange.

Ils sont mêlés au mauvais cœur des anges

Qui ne furent ni rebelles à Dieu

Ni fidèles, et qui ne furent que pour eux-mêmes.

Les cieux les chassent, pour n’être pas moins beaux et le profond enfer ne veut pas d’eux,

Car les damnés en auraient plus de gloire. »

 

Et moi : « Maitre, quel est le poids

Qui les fait se plaindre si fort ? »

Il répondit : « je vais te le dire en quelques mots.

Ceux-ci n’ont pas espoir de mort,

Et leur vie aveugle est si basse

Que tout autre sort leur fait envie.

Le monde ne laisse pas de renommée pour eux,

Miséricorde et justice les méprisent :

Ne parlons pas d’eux, mais regarde et passe. »

 

Et moi qui regardais, j’aperçus une enseigne

Qui en tournant courait si vite

Qu’elle semblait indigne de repos ;

Et derrière elle venait une si grande foule

D’humains, que je n’aurais pas crus

Que mort en eut défait autant.

Après que j’en eu reconnu quelques-uns

Je vis et reconnus l’ombre de celui-là

Qui fit par lâcheté le grand refus.

Aussitôt je compris et je fus certain

Que c’était bien la secte des mauvais,

Qui déplaisent à Dieu, comme à ses ennemis.

Ces malheureux qui n’ont jamais été vivants,

Etaient nus et harcelés sans cesse

Par des mouches et des guêpes qui étaient près d’eux.

Elles leur rayaient le visage de sang,

Qui mêlé de pleurs, tombait à leur pieds

Où le recueillaient des vers immondes. »


Dante, L’Enfer, Chant III.

 

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Quelle liberté spirituelle?

9 Avril 2011, 07:00am

Publié par Father Greg

 

   

 


Babel-Bruegel.jpgQuand les Etats occidentaux modernes se sont formés, fut posé comme principe que les gouvernements avaient pour vocation de servir l'homme, et que la vie de l'homme était orientée vers la liberté et la recherche du bonheur (en témoigne la déclaration américaine d'Indépendance). Aujourd'hui, enfin, les décennies passées de progrès social et technique ont permis la réalisation de ces aspirations : un Etat assurant le bien-être général. Chaque citoyen s'est vu accorder la liberté tant désirée, et des biens matériels en quantité et en qualité propres à lui procurer, en théorie, un bonheur complet, mais un bonheur au sens appauvri du mot, tel qu'il a cours depuis ces mêmes décennies.


Au cours de cette évolution, cependant, un détail psychologique a été négligé : le désir permanent de posséder toujours plus et d'avoir une vie meilleure, et la lutte en ce sens, ont imprimé sur de nombreux visages à l'Ouest les marques de l'inquiétude et même de la dépression, bien qu'il soit courant de cacher soigneusement de tels sentiments. Cette compétition active et intense finit par dominer toute pensée humaine et n'ouvre pas le moins du monde la voie à la liberté du développement spirituel.


L'indépendance de l'individu à l'égard de nombreuses formes de pression étatique a été garantie ; la majorité des gens ont bénéficié du bien-être, à un niveau que leurs pères et leurs grands-pères n'auraient même pas imaginé ; il est devenu possible d'élever les jeunes gens selon ces idéaux, de les préparer et de les appeler à l'épanouissement physique, au bonheur, au loisir, à la possession de biens matériels, l'argent, les loisirs, vers une liberté quasi illimitée dans le choix des plaisirs. Pourquoi devrions-nous renoncer à tout cela ? Au nom de quoi devrait-on risquer sa précieuse existence pour défendre le bien commun, et tout spécialement dans le cas douteux où la sécurité de la nation aurait à être défendue dans un pays lointain ?

 

Même la biologie nous enseigne qu'un haut degré de confort n'est pas bon pour l'organisme. Aujourd'hui, le confort de la vie de la société occidentale commence à ôter son masque pernicieux.


La société occidentale s'est choisie l'organisation la plus appropriée à ses fins, une organisation que j'appellerais légaliste. Les limites des droits de l'homme et de ce qui est bon sont fixées par un système de lois ; ces limites sont très lâches. Les hommes à l'Ouest ont acquis une habileté considérable pour utiliser, interpréter et manipuler la loi, bien que paradoxalement les lois tendent à devenir bien trop compliquées à comprendre pour une personne moyenne sans l'aide d'un expert. Tout conflit est résolu par le recours à la lettre de la loi, qui est considérée comme le fin mot de tout. Si quelqu'un se place du point de vue légal, plus rien ne peut lui être opposé ; nul ne lui rappellera que cela pourrait n'en être pas moins illégitime. Impensable de parler de contrainte ou de renonciation à ces droits, ni de demander de sacrifice ou de geste désintéressé : cela paraîtrait absurde. On n'entend pour ainsi dire jamais parler de retenue volontaire : chacun lutte pour étendre ses droits jusqu'aux extrêmes limites des cadres légaux.


J'ai vécu toute ma vie sous un régime communiste, et je peux vous dire qu'une société sans référent légal objectif est particulièrement terrible. Mais une société basée sur la lettre de la loi, et n'allant pas plus loin, échoue à déployer à son avantage le large champ des possibilités humaines. La lettre de la loi est trop froide et formelle pour avoir une influence bénéfique sur la société. Quand la vie est tout entière tissée de relations légalistes, il s'en dégage une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l'homme.


Et il sera tout simplement impossible de relever les défis de notre siècle menaçant armés des seules armes d'une structure sociale légaliste.

 

Alexandre Soljenitsyne, Discours d'Harvard, 8 juin 1978.

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Vous n'êtes pas le miel mais le sel de la terre...

8 Avril 2011, 07:05am

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lsbreliques.1222085820L'innocent médiocre renverse tout. Veut-on savoir comme il fulgure ? Voici.

Le XVIe siècle fut un équinoxe historique, où l'idéal bafoué par les giboulées du sensualisme s'abattit enfin, racines en l'air. Le spirituel christianisme, sabordé dans ses méninges, saigné au tronc des carotides, vidé de sa plus intime substance, ne mourut pas, hélas ! Il devint idiot et déliquescent dans sa gloire percée.

 

Le christianisme, qui n'avait su ni vaincre ni mourir, fit alors comme tous les conquis. Il reçut la loi et paya l'impôt. Pour subsister, il se fit agréable, huileux et tiède. Silencieusement, il se coula par le trou des serrures, s'infiltra dans les boiseries, obtint d'être utilisé comme essence onctueuse pour donner du jeu aux institutions et devint ainsi un condiment subalterne, que tout cuisinier politique put employer ou rejeter à sa convenance. On eut le spectacle, inattendu et délicieux, d'un christianisme converti à l'idolâtrie païenne, esclave respectueux des conculcateurs du Pauvre, et souriant acolyte des phallophores.

 

Miraculeusement édulcoré, l'ascétisme ancien s'assimila tous les sucres et tous les onguents pour se faire pardonner de ne pas être précisément la volupté, et devint, dans une religion de tolérance, cette chose plausible qu'on pourrait nommer le catinisme de la piété.

 

Saint François de Sales apparut, en ces temps-là, juste au bon moment, pour tout enduire. De la tête aux pieds, l'Église fut collée de son miel, aromatisée de ses séraphiques pommades. La Société de Jésus, épuisée de ses trois ou quatre premiers grands hommes et ne donnant déjà plus qu'une vomitive resucée de ses apostoliques débuts, accueillit avec joie cette parfumerie théologique, où la gloire de Dieu, définitivement, s'achalanda. Les bouquets spirituels du prince de Genève furent offerts par de caressantes mains sacerdotales aux explorateurs du Tendre, qui dilatèrent aussitôt leur géographie pour y faire entrer un aussi charmant catholicisme...

 

L’Art perdit ses propres ailes et devint le compagnon des reptiles et des quadrupèdes.  Les extra-corporelles Transfixions des Primitifs dévalèrent dans l'ivresse charnelle de la forme et de la couleur, jusqu'aux vierges de pétrin de Raphaël...


Léon Bloy, le désespéré. 

 

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L'art, lumière qui dévoile...

7 Avril 2011, 08:13am

Publié par Father Greg

 

 

 

A3224.jpg La période actuelle est hélas marquée par des phénomènes négatifs au niveau social et économique, mais aussi par une baisse de l’espérance, une certaine défiance dans les relations humaines, ce qui accroît les signes de résignation, d’agressivité, de désespoir. De plus le monde dans lequel nous vivons risque de changer de visage à cause de l’action parfois déraisonnable de l’homme. Celui-ci, au lieu d’en cultiver la beauté, exploite avec inconscience les ressources de la planète au profit d’un petit nombre et en détériore souvent les merveilles naturelles. En dehors de la beauté, qu’est-ce qui peut redonner de l’enthousiasme et de la confiance, encourager l’esprit humain à retrouver le chemin, à lever les yeux vers l’horizon, à rêver une vie digne de sa vocation ? Chers artistes, vous savez bien que l’expérience du beau, du beau authentique, ni éphémère ni superficiel, n’est pas quelque chose d’accessoire ou de secondaire dans la recherche du sens et du bonheur, parce que cette expérience n’éloigne pas de la réalité, mais, au contraire, amène à une confrontation serrée avec le vécu quotidien, pour le libérer de l’obscurité et le transfigurer, pour le rendre lumineux, beau.



En effet une fonction essentielle de la vraie beauté, déjà indiquée par Platon, est de donner à l’homme une "secousse" salutaire qui le fait sortir de lui-même, l’arrache à la résignation, à l’arrangement du quotidien, le fait souffrir aussi, comme un dard qui le blesse, mais qui le "réveille" justement ainsi, en lui ouvrant à nouveau les yeux du cœur et de l’esprit, en lui donnant des ailes, en le poussant vers le haut. L’expression de Dostoïevski que je vais citer est certes hardie et paradoxale, mais elle fait réfléchir : "L’humanité peut vivre - dit-il - sans la science, sans pain ; il n’y a que sans la beauté qu’elle ne pourrait plus vivre, car il n’y aurait plus rien à faire au monde. Tout le secret est là, toute l’histoire est là". Le peintre Georges Braque lui fait écho : "L’art est fait pour troubler, la science rassure". La beauté frappe, mais c’est justement ainsi qu’elle rappelle l’homme à son destin ultime, le remet en marche, le remplit d’une nouvelle espérance, lui donne le courage de vivre complètement le don unique de la vie. Evidemment, la recherche de la beauté dont je parle ne consiste en aucun cas en une fuite dans l’irrationnel ou dans le simple esthétisme.


Trop souvent, toutefois, la beauté qui est vantée est illusoire et trompeuse, superficielle et éblouissante jusqu’à l’étourdissement. Au lieu de faire sortir les hommes d’eux-mêmes et de les ouvrir à des horizons de vraie liberté en les attirant vers le haut, elle les emprisonne en eux-mêmes et les rend encore plus esclaves, privés d’espérance et de joie. Il s’agit d’une beauté séduisante mais hypocrite, qui réveille la soif, la volonté de pouvoir, de possession, de domination de l’autre ; elle se transforme bientôt en son contraire et prend les visages de l’obscénité, de la transgression ou de la provocation pour elle-même. Au contraire, la vraie beauté ouvre le cœur humain à la nostalgie, au désir profond de connaître, d’aimer, d’aller vers l’Autre, vers l’Au-delà de soi. Si nous acceptons que la beauté nous touche intimement, nous blesse, nous ouvre les yeux, alors nous redécouvrons la joie de la vision, de l’aptitude à percevoir le sens profond de notre existence, le Mystère dont nous faisons partie et dont nous pouvons tirer la plénitude, le bonheur, la passion de l’engagement quotidien...

 

Benoit XVI, lettre aux artistes, 2009.


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Rien n'est acquis...

4 Avril 2011, 11:10am

Publié par Father Greg


Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force 553.jpg
Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit 
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix 
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie 
Sa vie est un étrange et douloureux divorce 
Il n'y a pas d'amour heureux 

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes 
Qu'on avait habillés pour un autre destin 
À quoi peut leur servir de se lever matin 
Eux qu'on retrouve au soir désœuvrés incertains 
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes 
Il n'y a pas d'amour heureux 

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure 
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé 
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer 
Répétant après moi les mots que j'ai tressés 
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent 
Il n'y a pas d'amour heureux 

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard 
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson 
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson 
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson 
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare 
Il n'y a pas d'amour heureux 

 

Louis Aragon, La Diane Française.

 

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Moâ, moâ, moâ...

3 Avril 2011, 10:43am

Publié par Father Greg

 

 

 

 

giovanni-boldini-cleo-de-merode.jpg « Il faut le reconnaître humblement, mon cher compatriote, j’ai toujours crevé de vanité. Moi, moi, moi, voilà le refrain de ma chère vie, et qui s’entendait dans tout ce que je disais. Je n’ai jamais pu parler qu’en me vantant, surtout si je le faisais avec cette fracassante discrétion dont j’avais le secret. Il est bien vrai que j’ai toujours vécu libre et puissant. Simplement, je me sentais libéré à l’égard de tous pour l’excellente raison que je ne me reconnaissais pas d’égal.


Je me suis toujours estimé plus intelligent que tout le monde, je vous l’ai dit, mais aussi plus sensible et plus adroit, tireur d’élite, conducteur incomparable, meilleur amant. Même dans les domaines où il m’était facile de vérifier mon infériorité, comme le tennis par exemple, où je n’étais qu’un honnête partenaire, il m’était difficile de ne pas croire que, si j’avais le temps de m’entraîner, je surclasserais les premières séries. Je ne me reconnaissais que des supériorités, ce qui expliquait ma bienveillance et ma sérénité. Quand je m’occupais d’autrui, c’était pure condescendance, en toute liberté, et le mérite entier m’en revenait : je montais d’un degré dans l’amour que je me portais.

           

Avec quelques autres vérités, j’ai découvert ces évidences peu à peu, dans la période qui suivit le soir dont je vous ai parlé. Pas tout de suite, non, ni très distinctement. Il a fallu d’abord que je retrouve la mémoire. Par degrés, j’ai vu plus clair, j’ai appris un peu de ce que je savais. Jusque-là, j’avais toujours été aidé par un étonnant pouvoir d’oubli. J’oubliais tout, et d’abord mes résolutions. Au fond, rien ne comptait. Guerre, suicide, amour, misère, j’y prêtais attention, bien sûr, quand les circonstances m’y forçaient, mais d’une manière courtoise et superficielle. Parfois, je faisais mine de me passionner pour une cause étrangère à ma vie la plus quotidienne. Dans le fond pourtant, je n’y participais pas, sauf, bien sûr, quand ma liberté était contrariée. Comment vous dire ? Ca glissait. Oui, tout glissait sur moi.

 

            Soyons justes : il arrivait que mes oublis fussent médiocres. Vous avez remarqué qu’il y a des gens dont la religion consiste à pardonner toutes les offenses et qui les pardonnent en effet, mais ne les oublient jamais. Je n’étais pas d’assez bonne étoffe, pour pardonner aux offenses, mais je finissais toujours par les oublier. Et tel qui se croyait détesté de moi n’en revenait pas de se voir salué avec un grand sourire. Selon sa nature, il admirait alors ma grandeur d’âme ou méprisait ma pleutrerie sans penser que ma raison était plus simple : j’avais oublié jusqu’à son nom. La même infirmité qui me rendait indifférent ou ingrat me faisait alors magnanime.


            Je vivais donc sans autre continuité que celle, au jour le jour, du moi-moi-moi. Au jour le jour les femmes, au jour le jour la vertu ou le vice, au jour le jour, comme les chiens, mais tous les jours, moi-même, solide au poste. J’avançais ainsi à la surface de la vie, dans les mots en quelque sorte, jamais dans la réalité. Tous ces livres à peine lus, ces amis à peine aimés, ces villes à peine visitées, ces femmes à peine prises ! Je faisais des gestes par ennui, ou par distraction. Les êtres suivaient, ils voulaient s’accrocher, mais il n’y avait rien, et c’était le malheur. Pour eux. Car, pour moi, j’oubliais. Je ne me suis jamais souvenu que de moi-même.

 

Albert Camus, La Chute.

 

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la vie est pleine de sens dans son absurdité...

31 Mars 2011, 09:02am

Publié par Father Greg

 

 

 

Gauguin2.jpg "C'est une expérience de plus en plus forte chez moi ces derniers temps: dans mes actions et mes sensations quotidiennes les plus intimes se glisse un soupçon d'éternité. Je ne suis pas seule à être fatiguée, malade, triste ou angoissée, je le suis à l'unisson de millions d'autres à travers les siècles, tout cela c'est la vie;


la vie est belle et pleine de sens dans son absurdité, pour peu que l'on sache y ménager une place pour tout et la porter tout entière en soi dans son unité; alors la vie, d'une manière ou d'une autre, forme un ensemble parfait. Dès qu'on refuse ou veut éliminer certains éléments, dès que l'on suit son bon plaisir et son caprice pour admettre tel ou tel aspect de la vie et en rejeter tel autre, alors la vie devient en effet absurde: dès lors que l'ensemble est perdu, tout devient arbitraire. (...) 

 

Je suis surtout reconnaissance de n'éprouver ni rancœur ni haine, mais de sentir en moi un grand acquiescement qui est bien autre chose que de la résignation, et une forme de compréhension de notre époque, si étrange que cela puisse paraître! Il faut savoir comprendre cette époque comme on comprend les gens; après tout c'est nous qui faisons l'époque. Elle est ce qu'elle est, à nous de la comprendre en tant que telle, malgré l'effarement que son spectacle nous inspire parfois. (...)

 

Une chose est sûre: on doit tout accepter, être prêt à tout et savoir qu'on ne saurait nous prendre nos retranchements les plus secrets; cette pensée vous donne un grand calme intérieur et l'on se sent à même d'accomplir les démarches pratiques réclamées par les circonstances (...). Là où on est, être présent à cent pour cent. (...). Le grand obstacle, c'est toujours la représentation de non la réalité. La réalité, on la prend en charge avec toute la souffrance, toutes les difficultés qui s'y rattachent- on la prend en charge, on la hisse sur ses épaules, et c'est en la portant que l'on accroît son endurance.


Mais la représentation de la souffrance - qui n'est pas la souffrance, car celle-ci est féconde et peut vous rendre la vie précieuse- il faut la briser. Et en brisant ces représentations qui emprisonnent la vie derrière leurs grilles, on libère en soi-même la vie réelle avec toutes ses forces, et l'on devient capable de supporter la souffrance réelle, dans sa propre vie et dans celle de l'humanité. (...) Je ne pense plus en termes de projets ou de risques: advienne que pourra et tout sera bien". 

 

Etty Hillesum, une vie bouleversée.


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Sagesse bourgeoise…

29 Mars 2011, 10:30am

Publié par Father Greg

 

 

 

autorportrait rembrandt peinture « Le Bourgeois ne voulant pas et ne devant pas être un saint, il devient nécessaire que d'autres le soient à sa place, pour qu'il ait la paix, pour qu'il puisse digérer et roter en paix. »

 

« Vous l'avez tous connu, ce Sicambre [1]   du pot-au-feu, affirmant ainsi son indépendance. Il est comme saint Thomas. Pour croire, il a besoin de voir et de toucher. Car il est bien entendu, n'est-ce pas, que l'apôtre saint Thomas, surnommé le Double Abîme par l'Esprit Saint, doit être apprécié selon la jugeote contemporaine […] Mais il y a une chose très belle qu'on ne dit pas. C'est que le disciple a dépassé le maître et que le Bourgeois est beaucoup plus grand que saint Thomas. Son admirable supériorité consiste, en effet, à ne pas croire, même après avoir vu et avoir touché. Que dis-je ! À devenir incapable de voir et de toucher à force de ne pas croire. Ici on est au seuil de l'Infini. »

 


« L'argent ne fait pas le bonheur »

            Lieu Commun de premier ordre et qui nécessite le confident de la tragédie antique. Il faut quelqu'un pour ajouter immédiatement : « Mais il y contribue ». Alors c'est tout à fait beau.

 

 Cette humble contribution, qui vient tempérer si heureusement la rudesse mélancolique d'un aveu qu'on pourrait prendre pour un blasphème, doit avoir une efficacité singulière. C'est comme du sucre sur la conscience ou de la pommade sur le cœur.

 

— Oui, c'est vrai, songe profondément le Bourgeois, l'argent ne fait pas le bonheur, surtout lorsqu'il est absent. Il le fait presque, sans doute, mais pas complètement. Quelque chose manque, tout le monde est forcé d'en convenir, et c'est l'occasion d'une tristesse infinie que d'être témoin de cette impuissance de l'argent qui devrait assurer la félicité de ceux qui l'adorent, puisqu'il est véritablement un Dieu. »

 

   Léon Bloy. Exégèse des lieux communs.

 



[1] Sicambre : « Courbe la tête, fier Sicambre, abaisse humblement ton cou. Adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré » furent les deux phrases prononcées par St Rémi, lors du baptême de Clovis en 496. Le terme de « Sicambre » désignait alors les Francs.

 

 

 

 

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L'art, horizon du visible et de l'invisible...

23 Mars 2011, 08:28am

Publié par Father Greg

 

 

auguste-macke-femme-a-la-veste-verte.jpg        "Par l’œuvre d’art, il [l'artiste] représente ou il exprime, c'est-à-dire qu’il essaye de rompre une des limites que lui impose la nature. Quand il représente il lutte contre l’impossibilité où il est mis d’échapper à la fuite du temps qui abolit sans cesse ce que nous sommes ; il le confie à une matière plus stable et plus durable que la mémoire. Mais il est une autre impossibilité : celle de faire connaître à autrui ce que l’on porte en soi, le monde inconnu, inexprimable, de ce que l’on ressent, de ce que l’on imagine, de ce que l’on rêve.

L’artiste tente de faire rentrer dans le visible ce monde invisible qui n’existe que dans notre tête ou dans notre cœur. (…) matériellement parlant, l’art est donc un pacte par lequel on transporte, ou transcrit de la matière ; mais quoi ? Quelque chose de l’univers ou quelque chose de soi ; un reflet du monde extérieur ou du monde intérieur, et bien souvent les deux à la fois. Car tout ce qu’on se figure dans l’univers, on l’interprète immanquablement à sa manière ; on y imprime son propre accent. (…) par l’art, ce qui est dans l’âme prend forme, devient une réalité visible ;  par l’art, la réalité visible, jusque-là uniquement physique, prend un sens humain, acquiert une âme. Merveilleux et fécond  échange d’où naît une tierce réalité, qui est à la fois l’homme et le monde, qui participe des deux et les relie, en les portant en même temps à un degré supérieur d’existence, celui de la beauté.

Un miracle est accompli. Auparavant, l’homme se sentait uni de force à l’univers et séparé de lui par nature, comme l’âme peut l’être dans le corps. Il vivait écartelé entre deux mondes incompatibles : celui de la morale et celui de la vie physique, sans arriver à combler ni à franchir le gouffre qui les sépare. Il parvenait à agir sur ce monde physique, il parvenait même à essayer de la comprendre ; il ne parvenait pas à se confondre avec lui. L’art crée le lieu de rencontre ou les deux réalités au lieu de s’affronter comme dans tout le reste de notre existence trouvent enfin un prestigieux terrain d’entente, s’harmonisent, fusionnent même.

L’art surgit à mi-chemin de l’homme et de l’univers. L’homme se reconnait en lui, y retrouve ses pensées et ses sentiments, en même temps qu’il fait sien ce qui l’entoure et qui n’est pas lui. La dualité irréductible de sa double expérience externe et interne se trouve enfin résolue. (…) c’est la clef même de la nature de l’art, de son rôle, de sa raison d’être : c’est sa définition et ce qui fait son importance irremplaçable, indispensable dans l’équilibre humain. »

 

René Huygue, L’art et l’homme.


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nos misères, moyens divins...

18 Mars 2011, 07:52am

Publié par Father Greg

 

 

 

 

  524.jpg « Nous nous arrêtons bien souvent à de faux obstacles, à des obstacles qui sont des moyens. Nous nous arrêtons à notre faiblesse, à notre pauvreté, à notre misère, à notre manque d'intelligence, à notre manque de sainteté... telle que nous la concevons.

 

               Eh non! Tout cela est moyen pour purifier notre foi. La misère qui nous enveloppe, les plaies que nous portons, la faiblesse dont nous sommes pétrie, l'absence de vertu, le manque d'intelligence pénétrante, je dis que tout cela est moyen. La foi doit se dresser en quelque sorte sur toute cette pauvreté. Si cette pauvreté n'existait pas, il faudrait la créer, pour pouvoir s'appuyer sur elle et pénétrer en Dieu ».

 

P. Marie Eugène de l'Enfant Jésus.

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Dis-nous que nous sommes frères...

17 Mars 2011, 07:30am

Publié par Father Greg

 

titien-cain-et-abel« Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités.

Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
   

Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

 

Voltaire, Prière à Dieu.

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Moâ? mais, ça va...

15 Mars 2011, 23:48pm

Publié par Father Greg

 

 

detail_vermeer.jpg “Surtout ne croyez pas vos amis quand ils vous demanderont d’être sincère avec eux. Ils espèrent seulement que vous les entretiendrez dans la bonne idée qu’ils se font d’eux-mêmes, en les fournissant d’une certitude qu’ils puiseront dans votre promesse de sincérité. Comment la sincérité serait-elle la condition de l’amitié ? Le gout de la vérité à tout prix est une passion… c’est un vice, un confort parfois, ou un égoïsme. Si donc vous vous trouvez dans ce cas, n’hésitez pas : promettez d’être vrai et mentez le mieux possible.

 

C’est si vrai que nous nous confions que très rarement à ceux qui sont meilleurs que nous. Nous fuirions plutôt leur société. Le plus souvent, au contraire, nous nous confessons à ceux qui nous ressemblent et qui partagent nos faiblesses. Nous ne désirons pas nous corriger, ni être améliorés : il faudrait d’abord que nous fussions juges défaillants.  Nous souhaitons seulement être plaints et encouragés dans notre voie. »

 

Albert Camus. La Chute.


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Tête de carême: interdite!!!!

9 Mars 2011, 07:36am

Publié par Father Greg

 

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Bloy ou le charcutier de Dieu

2 Mars 2011, 23:02pm

Publié par Father Greg


 

leon Bloy " Les catholiques modernes, sont devenus, en France, un groupe si fétide que, par comparaison, la mofette maçonnique ou anticléricale donne presque la sensation d'une paradisiaque buée de parfums.


Il est vrai qu'on n'a pas encore abattu toutes les croix, ni remplacé les cérémonies du culte par des spectacles antiques de prostitution. On n'a pas non plus tout à fait installé des latrines et des urinoirs publics dans les cathédrales transformées en tripots ou en salles de café-concert.


Évidemment, on ne traîne pas assez de prêtres dans les ruisseaux, on ne confie pas assez de jeunes religieuses à la sollicitude maternelle des patronnes de lupanars de barrière. On ne pourrit pas assez tôt l'enfance, on n'assomme pas un assez grand nombre de pauvres, on ne se sert pas encore assez du visage paternel comme d'un crachoir ou d'un décrottoir... Sans doute.


Nous descendons spiralement, depuis quinze années, dans un vortex d'infamie, et notre descente s'accélère jusqu'à perdre la respiration. Rabâchage de séculaires rengaines, recopie sempiternelle de farces immémorialement décrépites, remâchement de salopes facéties dégobillées par d'innumérables générations de gueules identiques, parodies éculées depuis deux mille ans, on n'imagine rien de plus.


Ce qui est vraiment épouvantable, c'est l'immondicité des esprits.


Il est vrai que les catholiques ont pris eux-mêmes à forfait leur propre ignominie, et voilà ce qui supplante un nombre infini de venimeuses gueules. C'est l'enfantillage voltairien d'accuser ces pleutres de scélératesse. La surpassante horreur, c'est qu'ils sont MÉDIOCRES.

 

 

Léon Bloy, Le Désespéré.



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S'obstiner à dévoiler le réel...

10 Février 2011, 22:52pm

Publié par Father Greg

 

 

« Etudiez religieusement : vous ne pourrez manquer de trouver la beauté, parce que vous rencontrerez la vérité. Travaillez avec acharnement. »

Rodin. L’Art.

 

 

edgar-degas-deux-danseuses "La grandeur de l'art véritable, au contraire de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie.

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas «développés». Notre vie ; et aussi la vie des autres car le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini, et bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Vermeer, nous envoient encore leur rayon spécial.

Ce travail de l'artiste, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l'expérience, sous des mots quelque chose de différent, c'est exactement le travail inverse de celui que, à chaque minute, quand nous vivons détournés de nous-mêmes, l'amour propre, la passion, l'intelligence et l'habitude aussi accomplissent en nous, quand elles amassent au-dessus de nos impressions vraies, pour nous les cacher entièrement, les nomenclatures, les buts pratiques que nous appelons faussement la vie. En somme, cet art si compliqué est justement le seul art vivant. Seul il exprime pour les autres et nous fait voir à nous même notre propre vie, cette vie qui ne peut pas "s'observer", dont les apparences qu'on observe ont besoin d'être lues à rebours et péniblement déchiffrées. Ce travail qu'avaient fait notre amour propre, notre passion, notre esprit d'imitation, notre intelligence abstraite, nos habitudes, c'est ce travail que l'art défera, c'est la marche en sens contraire, le retour aux profondeurs où ce qui a existé réellement gît inconnu de nous, qu'il nous fera suivre. "

 Proust, Le Temps Retrouvé.

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Misère humaine...

7 Février 2011, 17:30pm

Publié par Father Greg

 

 

LES YEUX DES PAUVRES...

 

 

 

girl 3 Ah! vous voulez savoir pourquoi je vous hais aujourd'hui.   II vous sera sans doute moins facile de le comprendre qu'à moi de vous l'expliquer; car vous êtes, je crois, le plus bel exemple d'imperméabilité féminine qui se puisse rencontrer.  

 

Nous avions passé ensemble une longue journée qui m'avait paru courte. Nous nous étions bien promis que toutes nos pensées nous seraient communes à l'un et à l'autre, et que nos deux âmes désormais n'en feraient plus qu'une; - un rêve qui n'a rien d'original, après tout, si ce n'est que, rêvé par tous les hommes, il n'a été réalisé par aucun.

 

Le soir, un peu fatiguée, vous voulûtes vous asseoir devant un café neuf qui formait le coin d'un boulevard neuf, encore tout plein de gravois et montrant déjà glorieusement ses splendeurs inachevées. Le café étincelait.

      

Le gaz lui-même y déployait toute l'ardeur d'un début, et éclairait de toutes ses forces les murs aveuglants de blancheur, les nappes éblouissantes des miroirs, les ors des baguettes et des corniches, les pages aux joues rebondies traînées par les chiens en laisse, les dames riant au faucon perché sur leur poing, les nymphes et les déesses portant sur leur tête des fruits, des pâtés et du gibier, les Hébés et les Ganymèdes présentant à bras tendu la petite amphore à bavaroises ou l'obélisque bicolore des glaces panachées; toute l'histoire et toute la mythologie mises au service de la goinfrerie.

 

 

Droit devant nous, sur la chaussée, était planté un brave homme d'une quarantaine d'années, au visage fatigué, à la barbe grisonnante, tenant d'une main un petit garçon et portent sur l'autre bras un petit être trop faible pour marcher.   II remplissait l’office de bonne et faisait prendre à ses enfants l'air du soir.  Tous en guenilles. Ces trois visages étaient extraordinairement sérieux, et ces six yeux contemplaient fixement le café nouveau avec une admiration égale, mais nuancée diversement par l'âge.       

      

Les yeux du père disaient: « Que c'est beau! Que c'est beau! On dirait que tout l'or du pauvre monde est venu se porter sur ces murs. » - Les yeux du petit garçon: « Que c'est beau! Que c'est beau! Mais c'est une maison où peuvent seuls entrer les gens qui ne sont pas comme nous. » - Quant aux yeux du plus petit, ils étaient trop fascinés pour exprimer autre chose qu'une joie stupide et profonde.

     

Les chansonniers disent que le plaisir rend l'âme bonne et amollit le cœur. La chanson avait raison ce soir-là, relativement à moi.  Non-seulement j'étais attendri par cette famille d'yeux, mais je me sentais un peu honteux de nos verres et de nos carafes, plus grands que notre soif.  Je tournais mes regards vers les vôtres, cher amour, pour y lire ma pensée; je plongeais dans vos yeux si beaux et si bizarrement doux, dans vos yeux verts, habités par le Caprice et inspirés par la Lune, quand vous me dîtes : « Ces gens-là me sont insupportables avec leurs yeux ouverts comme des portes cochères!  Ne pourriez-vous pas prier le maître du café de les éloigner d'ici ? »   

      

Tant il est difficile de s'entendre, mon cher ange, et tant la pensée est incommunicable même entre gens qui s'aiment!

 

Charles Baudelaire -  Le spleen de Paris

 

 

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Questions vitales...

4 Février 2011, 23:30pm

Publié par Father Greg

 

 

 

 

gustave-courbet-le-braconnier « La science laisse forcément de côté les questions les plus vitales. Pour reprendre le bon mot de Galilée, la science nous dit « comment va le ciel » et non « comment on va au ciel ». En termes plus modernes, on dirait : elle nous apprend comment la nature fonctionne mais non si la vie a un sens, s’il y a quelque chose au-delà de ce qui se laisse percevoir et quels seraient nos devoirs en tant qu’êtres humains. Plus brièvement : à quoi tout cela rime-t-il, à supposer que cela rime à quelque chose ? Voilà des questions fondamentales qui obsèdent les humains sans doute depuis l’apparition de la conscience chez nos plus lointains ancêtres et sur lesquelles la science est muette.

 

Bien sûr, comme tout le monde, j’ai peur de la mort. L’idée que, dans un avenir pas très éloigné, je devrai quitter ce monde me peine et me frustre énormément. Etre privé du cycle des saisons, des floraisons précoces, des chants qui annoncent le retour des oiseaux migrateurs et des merveilleux coloris de la forêt canadienne me paraît d’une grande cruauté. Quand j’ai planté des cèdres et des séquoias, c’était, je le sens bien maintenant, pour qu’ils soient mes représentants et mes messagers dans ces temps où je ne serai plus. La nature de notre relation aux arbres est mystérieuse. Les arbres sont à la fois intensément présents mais jamais envahissants, jamais perturbants. Contrairement aux êtres humains qui nous astreignent à nous extraire de notre monde interne, à nous mettre en représentation et en interaction, ils créent une nouvelle intimité en nous-mêmes, enrichie de leurs présences.

 

Je suis partagé entre deux visions du monde bien difficiles à concilier. D’une part, la vision émergeant de la « belle histoire » que nous raconte aujourd’hui l’astronomie me réjouit profondément. Cette croissance de la complexité dans l’univers, à partir d’un Big Bang chaotique jusqu’à l’apparition de la vie et de l’intelligence, ne peut pas, me semble-t-il, être sans signification. C’est là que j’attache toute mon espérance sans pourtant en comprendre le sens.

 

L’autre vision vient de la lamentable histoire des êtres humains. Les chroniques des historiens antiques ou modernes sont désespérantes. Cette monotone succession de malheurs, de guerres, de massacres et de sang donne l’impression d’un immense ratage. Les Grecs invoquaient l’image de la fatale moïra pesant sur l’humanité, interdisant aux hommes et aux nations de vivre en harmonie. Comment réconcilier ces deux faces du monde ? C’est bien pour moi le nœud du problème.


Notre question initiale : « La nature s’intéresse-t-elle à nous ? Nous veut-elle du bien ? A-t-elle du « cœur » ? L’anthropomorphisme, s’il est reconnu comme tel, n’est pas nécessairement sans intérêt. Il peut parfois être fécond. A ces questions, les scientifiques répondent souvent : « La nature est ce qu’elle est, elle n’a que faire de nos états d’âmes et de nos angoisses. Elle n’a pas de sentiments ».

 

Pourtant, souscrire à cette position, n’est-ce-pas ignorer que la nature a engendré l’être humain qui, lui, peut avoir des sensations et des sentiments. Ce fait, on ne peut pas le gommer. En tout anthropomorphisme on peut dire que, en créant l’être humain, la nature s’est donné un cœur. La compassion n’existe peut-être pas au niveau de l’ADN, mais certainement au niveau de la personne tout entière. Ce sentiment –ne pas être indifférent à la souffrance des autres- est pour moi le plus beau sentiment humain. La compassion « est » dans la nature ; elle a engendré un être capable de compatir et d’offrir son aide. Cette constatation me paraît passible de donner un sens et une orientation à l’existence humaine.

 

La vie est dure en elle-même. « Le malheur est profond, profond », écrit Aragon, « de temps en temps, la terre tremble. » On n’y peut rien. Mais il reste une marge dans laquelle on peut augmenter le malheur ou le diminuer. Notre action sur cette marge a un sens, indépendamment du projet, l’absence de projet, ou de l’impossibilité fondamentale de savoir s’il y a un projet. Au-delà de cette attitude pratique, les grandes questions restent sans réponse. Je me sens parfois comme celui qui lit un roman policier particulièrement embrouillé et qui ne comprend rien. Il attend avec impatience le dernier chapitre où tout devrait s’éclairer. Si la mort n’est pas un anéantissement, y trouverons-nous les clefs qui nous font si cruellement défaut ? Je me prends quelquefois à le croire. Ce naïf espoir me donne du courage.

 

Ai-je une foi ? Je ne suis pas matérialiste au sens ordinaire du mot. Je ne crois pas un seul instant que l’évolution cosmique et l’apparition de la conscience humaine soient le résultat du pur hasard. Mais je ne sais pas quoi mettre à la place.

 

Mon rapport à la transcendance passe par l’art et en particulier par la musique. Les salles de concert sont mes églises. Et les quatuors de Schubert me parlent, plus éloquemment que les arguments philosophiques, d’un au-delà qui nous dépasse et nous entoure de toutes parts. Je rejoins Saint-John Perse : « Quand les mythologies s’effondrent, c’est dans la poésie que trouve refuge le divin ».

 

 

Hubert Reeves - Intimes Convictions


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