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Ce soir : "du minuscule et de l'imprévisible" Création festival Off 2014

5 Juillet 2014, 07:05am

Publié par Fr Greg.

Ce soir : "du minuscule et de l'imprévisible"                         Création festival Off 2014
à diffuser !

à diffuser !

  Au festival OFF 2014 du 05 au 27 Juillet, une création entièrement réalisée à partir d'interviews et textes de Christian Bobin, intitulée "du minuscule et de l'imprévisible".
 
Ce monologue se veut une redécouverte de la vocation humaine première: s'émerveiller de ce qui est vivant, un éloge de la vie lente et amoureuse qui veut se garder de tomber dans le mièvre, le fade ou le gentil, un réapprentissage à voir, à s'arracher de cet empêchement de trop connaitre, à cette illusion ou l'on croit connaitre, un chant d’espérance humaine sur nos luttes banales, nos morts quotidiennes, sur la joie d'être vivant malgré la dureté du monde qui est parfois comme disait Robert d'Antelme un 'grand camp de concentration invisible'... bref, un rafraîchissement de la vie et du regard qu'on pose sur notre quotidien: "le baiser d'une lumière sur notre cœur gris"....
 
Merci de diffuser.
du minuscule et de l'imprévisible
du 05 au 27 Juillet,
chapelle de l'Oratoire, 16h45. 
Monologue de 55min.
Résa: 0786556762

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L'Homme violoncelle, Pablo Casals ou la musique sauvera le monde

20 Juillet 2013, 09:13am

Publié par Fr Greg.

 

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Juliana Laska et Michel Sigalla ressuscitent la figure du grand violoncelliste Pablo Casals, dans toute son humanité, sa générosité. Quand l'expression musicale rencontre le plaisir de la parole vécus dans un même élan, transmettre et recevoir se révèlent être un grand bonheur.

Immense violoncelliste qui reçut l'hommage de ses contemporains tels que Jean Sibelius, Mstislav Rostropovitch ou Thomas Mann, Pablo Casals fut avant tout un humaniste qui rêvait d'un monde de fraternité, à l'image du concert, où artistes et public communient dans le même amour de la beauté. À l'initiative de la violoncelliste Juliana Laska qui partage dans un geste semblable le désir de servir la musique, et en étroite communion avec le comédien Michel Sigalla en qui, à la scène, transparaissent quelques traits du modèle, L'Homme violoncelle offre un pur moment de bonheur où musique et théâtre ne font qu'un.

Foisonnant d'extraits musicaux, le spectacle donne un florilège du répertoire pour violoncelle. Les Suites de Jean-Sébastien Bach, son maître spirituel dont l'œuvre l'accompagna toute sa vie durant, puis Mozart, Beethoven, Brahms, l'Élégie de Fauré ou la Pavane de Ravel, Bartók... Les principes d'une certaine musique contemporaine, caricaturés dans leur inexpressivité, donnent prises, sinon à un moment de franc éclat de rire, à une réflexion sur la confusion artistique qui règne à notre époque. 

Plaisir des yeux et des oreilles, L'Homme violoncelle a le mérite de ne pas s'empêcher de parler musique comme entre connaisseurs, animé par un élan de transmission passionnante. On pénètre au cœur des problématiques de la maîtrise de l'instrument comme de l'interprétation. De manière didactique et ludique sont abordés l'aspect technique, les différents modes de jeu et la recherche de souplesse au service d'une liberté dans le geste musical. De même que le philosophe Bergson qu'il a rencontré parle de l'intuition, Casals cherche le naturel en musique. Le son parle, vibre, exprime, suit la courbe d'un phrasé dont tout l'art réside dans le rubato. Se fait ressentir ce que l'instrument incombe de sacrifices et de souffrances dans la vie de l'interprète, serviteur et esclave du violoncelle. De même l'angoisse, perpétuelle, et toute la magie du concert.

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Catalan né en 1876 et mort en 1973, Pablo Casals fut le témoin de l'histoire tragique du XXème siècle : son engagement au service de l'association ouvrière des concerts de Barcelone, son exil à Prades en 1939, sa fuite et sa protestation face au régime franquiste. L'évocation de la Seconde Guerre mondiale, illustrée par des extraits radicalement différents du Concerto n° 1 de Chostakovitch et de la bande originale de La Liste de Schindler, suscite l'émotion aux larmes... 


D'une grande richesse, L'Homme violoncelle met surtout en présence deux interprètes dont le dialogue, verbe et son s'écoulant dans un même élan, rythmés par un même souffle (à l'évidence fruit d'un sérieux travail !), est naturel et vivant. C'est une humble générosité qui se dégage de ce moment, et que seuls rendent possible la vie intérieure et le don de soi lors d'un chant expressif et émerveillé.


http://www.ruedutheatre.eu/article/2153/l-homme-violoncelle-pablo-casals-ou-la-musique-sauvera-le-monde/

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Nous avons dans l'Eglise de talentueux artistes !

18 Juillet 2013, 22:35pm

Publié par Fr Greg.

Annuntio vobis gaudium magnum...

publié le 17/07/2013 à 16:57

Nous avons dans l'Eglise de talentueux artistes !

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Au Festival, 17 spectacles fédérés sous l'appellation "Présence chrétienne" occupent trois lieux magnifiques dans Avignon : chapelle de l'Oratoire, chapelle Saint-Louis et chapelle Notre-Dame de la Conversion.

 

Dans la chapelle Saint-Louis, le frère Grégoire Plus, de la communauté saint Jean, interprète "La plus que vive" de Christian Bobin. Un texte très émouvant dans lequel Bobin évoque la mémoire de Ghislaine sa compagne morte subitement à 44 ans. Un texte où il s'adresse à celle qui continue mystérieusement de l'aider à vivre et à aimer la vie. Nous avons interrogé le frère Grégoire Plus au sujet de cette pièce.

 

Comment es-tu arrivé au Festival avec cette création?

En fait, c'est plus Bobin et le Festival qui m'ont choisi plutôt que l'inverse. Les circonstances ont beaucoup joué. Il y a 15 ans, j'avais fait une première expérience de théâtre mais la question ensuite était restée au niveau philosophique puisque c'est ma spécialité universitaire. Puis trois événements ont provoqué le déclic : mon arrivée en septembre à Avignon chez les frères, la lecture de ce livre de Bobin en Pologne en février dernier qui m'a porté pendant plusieurs semaines et mes amis qui m'ont propulsé de la simple lecture à la véritable création théâtrale.

Quelles sont tes premières impressions après deux semaines de jeu?

Je ressens une vraie fragilité et une vraie vulnérabilité en me donnant sur scène. Un vrai exercice d'humilité. Et une vraie joie en voyant comment le texte est reçu à travers mon interprétation. Ce texte m'a apporté notamment des réponses sur le manque et la déchirure que provoque la mort.

As-tu fait des rencontres marquantes au Festival?

En tractant dans les rues, j'ai rencontré providentiellement une amie de Ghislaine, la femme évoquée dans la pièce, ainsi qu'une amie de Clémence, la fille de Bobin. Or il est question de Clémence dans une scène très émouvante où elle entre longuement dans une cabine téléphonique pour parler à sa mère défunte. Et cela constituera un tournant pour Bobin dans son deuil.

 

Autre chapelle et encore de brillants talents.

Coup de cœur et de projecteur pour "Je serai avec vous jusqu'à la fin des temps" où Lorenzo Bassotto, accompagné en musique par Francesco Agnello, incarne le texte de l'évangile selon Saint Matthieu avec un talent extraordinaire, dans la lignée de la comedia dell'arte : plein d'humour, d'évocations poétiques et d'intensité dramatique.

Excellente innovation cette année : ils jouent avec la porte de la chapelle de l'Oratoire ouverte en permanence sur la rue.

Dès lors, dans la fournaise d'Avignon, la fraîcheur de l'évangile se révèle. Des personnes entrent timidement, puis s'installent charmés, interrogés, bouleversés par la Parole. Francesco nous témoigne ainsi que "nous vivons avec le public une rencontre providentielle : cette parole se déploie alors non comme un patrimoine, une texte ancien mais comme une réalité vivante et inattendue pour tous ceux qui franchissent le seuil de la chapelle. Aussi inattendue qu'une rencontre avec Jésus sur les chemins de Palestine."

 

Quand on voit tant de talents, on se dit que Dieu finalement ne choisit pas que des incapables!

Et nous, nous prions très fort pour qu'Il nous rende capables d'un truc, un jour...

Frères Thierry et Nicolas

 

La plus que vive

Gregoire Plus

Chapelle Saint Louis à 16h30. Durée 1h

 

 http://www.lavie.fr/sso/blogs/blog.php?id=13348

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La misère: un métastase incurable...?

26 Juin 2013, 20:08pm

Publié par Fr Greg.

 

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Je veux vous parler d’une cause qui dépasse les clivages idéologiques et les vulgaires querelles. J’attends avec grande espérance, et peut-être une certaine naïveté, que l’on me donne raison sur un point : le peuple français n’est pas un troupeau de pigeons pour lesquels il est plus important de converser en se grattant les couilles de sous-sujets idéologiques que d’agir véritablement pour ce qui en vaut la peine.

Il semblerait qu’il persiste en France un fléau aussi majeur que négligé : la pauvreté. Est-ce la force de l’habitude qui nous pousse à prendre pour chose commune les amas de mendiants étalés sur les quais au petit matin ?

S’il est vrai que la pauvreté se propage furieusement, elle est loin d’être une métastase incurable. Et s’il est vrai que les banques et les gouvernements nous mènent la vie dure, rien ne nous empêche de nous affranchir de leur pénible égide et de ne pas toujours compter sur leur secours pour parfaire le monde dans lequel il nous faut vivre.

Ceux qui papillonnent parfois sur Facebook le savent, les pages d’accueil regorgent de publications massivement diffusées : faits cachés sur les guerres, photos d’animaux en attente d’adoption, atrocités de France et du tiers-monde, initiatives individuelles qui ne demandent qu’à devenir collectives.

Récemment, je fus séduite par quelques-unes d’entre elles.

La première était la tradition du « café en attente » (« suspended coffee ») : Paul décide d’aller boire un café avec Jean. Ils en commandent quatre. Deux pour eux, deux en attente. Ces deux cafés déjà payés seront mis de côté pour des gens dans le besoin. Plus tard, un SDF pourra venir demander un café en attente et être gratuitement servi. Le principe vaut aussi pour les sandwichs et les repas. Cette initiative, née à Naples, s’est propagée dans le monde mais demeure marginale. Pourquoi ne pas tenter de souffler un mot au gérant des établissements dans lesquels vous vous rendez ?

 

La seconde initiative a eu lieu en Turquie. Un boulanger a choisi de faire confiance à l’honnêteté populaire. Il tient sa boutique mais a placé dehors un petit étal sur lequel il a déposé du pain avec l’indication suivante : « Si vous êtes dans le besoin, servez-vous… » Que les esprits perplexes le sachent : l’homme n’a jamais été pillé par des hordes malhonnêtes et certains se rappelleront peut-être qu’en 2007, le groupe anglais Radiohead avait ouvert une brèche en décidant de sortir l’album « In Rainbows » sur Internet, laissant aux gens le libre choix du prix qu’ils souhaitaient payer : jamais un album ne leur a rapporté autant d’argent.

 

Comme il est vrai que tout mal est puni et tout bien récompensé, heureux sont les candides qui ne prennent pas la cruauté du monde comme prétexte à l’infirmité décomplexée ou au cynisme le plus sinistre. Nul ne peut être insensible à la bonté. Contagieuse, elle désarme souvent, et fait fléchir, parfois, l’homme qui se veut cruel ou indifférent.

Propageons ces initiatives. Mieux encore, réfléchissons ensemble à celles que nous pourrions organiser à notre tour. Et tâchons d’avoir la vertu, dans le tumulte du monde, de réserver toujours aux âmes vulnérables une pensée constructive.

Altana Otovic

 

 

http://www.bvoltaire.fr

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Vie et Destin...

21 Mai 2013, 01:40am

Publié par Fr Greg.

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Anna Sémionovna, juive et enfermée dans un ghetto d’Ukraine en 1941 par les allemands, écrit une dernière lettre à son fils.

 

« Je fais des visites aux malades. Des dizaines de personnes, vieillards presque aveugles, bébés, femmes enceintes, vivent entassées dans une pièce minuscule.

J’ai l’habitude de lire dans les yeux les symptômes des maladies, les glaucomes, les cataractes. Je ne peux plus regarder ainsi les yeux, je vois dans les yeux le reflet de l’âme. D’une âme bonne, Vitia ! D’une âme bonne et triste, moqueuse et condamnée, vaincue par la force mais, en même temps, triomphant de la force. Une âme forte, Vitia !

 

Si tu voyais avec quelle gentillesse de vieilles personnes m’interrogent à ton sujet ; avec quelle chaleur me consolent des gens auxquels je ne me suis pas plainte et qui se trouvent dans une situation bien plus horrible que la mienne. Avec quelle délicatesse touchante on me donne pour mes soins un morceau de pain, un oignon, une poignée de haricots.

 

Crois-moi, ce ne sont pas des honoraires pour une visite. Quand un vieil ouvrier me serre la main, glisse dans mon filet quelques pommes de terre et me dit : ‘ Allons, allons, docteur, je vous en prie », des larmes me montent aux yeux. Il y a dans tout cela quelque chose de pur, de paternel, de bon, je ne sais comment l’exprimer à l’aide de mots.

 

Je ne veux pas te consoler en te disant que ma vie a été facile ici, tu dois t’étonner que mon cœur n’ait pas éclaté de douleur. Mais ne te tourmente pas en te disant que j’ai souffert de faim, pendant tout ce temps, je n’ai pas eu faim une seule fois. Et aussi, je ne me suis jamais sentie seule.

 

Que d’enfants ici, des yeux merveilleux, des cheveux bruns et bouclés, il y sûrement parmi eux de futurs savants, des professeurs de médecine, des musiciens, des poètes peut-être.

Je les regarde quand ils courent le matin à l’école, ils ont un sérieux qui n’est pas de leur âge, et leurs yeux tragiques leur mangent le visage. Parfois ils se battent, se disputent, rient, mais cela est encore pire.

 

On dit que les enfants sont notre avenir, mais que peut-on dire de ces enfants-là ? Ils ne deviendront pas musiciens, cordonniers, tailleurs.

 

Comment finir cette lettre ? Où trouver la force pour le faire, mon chéri ? Y a-t-il des mots en ce monde capables d’exprimer mon amour pour toi ? Je t’embrasse, j’embrasse tes yeux, ton front, tes yeux.

 

Souviens-toi qu’en tes jours de bonheur et qu’en tes jours de peine l’amour de ta mère est avec toi, personne n’a le pouvoir de le tuer.

Vitenka … Voilà la dernière ligne de la dernière lettre de ta maman. Vis, vis, vis toujours … Ta maman. ».

 

 

Vassilly Grossman, Vie et destin.

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LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE VIENT AU SECOURS DES CHRÉTIENS

17 Mai 2013, 08:11am

Publié par Fr Greg.

 

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« Je n’ai reçu aucun soutien des élus locaux. Pas un mail, pas un texto, pas un coup de fil » , se désole le père Grégoire, violemment agressé lundi soir, dans le quartier Saint-Ruf, pour s’être défendu alors qu’on lui volait son portable. Seuls les députés Jacques Bompard et Marion Maréchal-Le Pen m’ont envoyé un mail…" 

"Ce silence nous blesse, nous sommes à 500 mètres de la mairie de quartier, personne n’est venu", renchérit le père Marie-Christophe, responsable de la communauté de Saint-Jean. 

La communauté musulmane d’Avignon aussi a été choquée par cette absence de réaction officielle. Alors, elle a spontanément apporté son soutien au prêtre jeudi et avait tenu à le faire savoir dans le hall de la mairie, place de l’Horloge. "Toucher à un homme d’église et de paix, c’est intolérable, on a franchi un cap. Une société sans foi ni loi, c’est la porte ouverte à l’anarchie. Mais après le désordre risque de venir un grand ordre", s’alarme Abderrahmane Bouaffad, porte-parole de la communauté des musulmans du Grand Avignon, faisant allusion aux tentations extrémistes facilement ravivées par ce genre d’agression.


Un appel au ministre de l'intérieur

Khalid Belkhadir, président du conseil régional du culte musulman avait tenu à venir de Marseille "pour soutenir notre frère agressé par des voyous, pas par des musulmans. Nous devons réfléchir au bien-vivre ensemble pour éviter les amalgames faciles." "La démission des élus a entraîné la création de ghettos, la marginalisation des jeunes, l’insécurité ambiante, on appelle le ministre de l’Intérieur, qui est aussi celui des cultes, à venir nous rencontrer tous ensemble à Avignon", lance Abderrahmane Bouaffad qui suggère d’aller jusqu’au bureau du maire.

Les frères rackettés

Pas la peine. "Le Bon Dieu fait bien les choses", voilà Marie-Josée Roig qui traverse le hall et se retrouve bientôt interpellée par le petit groupe. "Je rentre juste de Paris, s’excuse l’élue qui assure avoir contacté l’évêque dès qu’elle a appris la nouvelle. Pour le père Grégoire, cette agression doit servir à aider les autres, "tous ceux qui se font attaquer et dont on n’entend pas la voix." "Je suis d’accord, j’irai dans votre paroisse", promet le maire avant de s’éclipser. "Elle nous a joué un morceau de flûte", réagit, désabusé, le père Marie-Christophe dont la paroisse est régulièrement la cible des petits malfrats. Régulièrement, le tronc de l’église est pillé, scooters et ordinateurs sont volés. "Le Jeudi saint, des jeunes en planque m’ont dit : “Si tu ne veux pas être volé, tu paye”. On ne supporte plus ce racket permanent."

Une marche inter-religieuse

Un portable volé, c’est tragiquement la banalité quotidienne de la petite délinquance opportuniste. "Il faut que les élus réfléchissent à l’irrespect, la violence, l’éducation, à la zone de non-droit, qui se développent", lancent les hommes de foi. Eux, imaginent une marche inter-religieuse pour la paix par exemple. "Il faut sacraliser le vivre ensemble, dit Abderrahmane Bouaffad. À la mosquée ou à l’église, nous sommes avec nos frères en religion, mais dans la rue, nous sommes tous avec nos frères et sœurs en humanité."

Certains le savent déjà qui, non croyant et n’habitant même pas Avignon, ont spontanément contacté le père Grégoire pour lui donner un téléphone, de l’argent pour un nouveau forfait. Un petit geste de solidarité pour croire encore en l’homme.

 

 http://www.midilibre.fr/2013/05/16/les-musulmans-d-avignon-soutiennent-le-pere-gregoire,697982.php

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Éblouissement...

20 Décembre 2012, 02:58am

Publié par Fr Greg.

 

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Puis tout à coup je rencontrai la femme qui devait aiguillonner sans cesse mes ambitieux désirs, et les combler en me jetant au coeur de la Royauté. Trop timide pour inviter une danseuse, et craignant d'ailleurs de brouiller les figures, je devins naturellement très grimaud et ne sachant que faire de ma personne. Au moment où je souffrais du malaise causé par le piétinement auquel nous oblige une foule, un officier marcha sur mes pieds gonflés autant par la compression du cuir que par la chaleur. Ce dernier ennui me dégoûta de la fête. Il était impossible de sortir, je me réfugiai dans un coin au bout d'une banquette abandonnée, où je restai les yeux fixes, immobile et boudeur. Trompée par ma chétive apparence, une femme me prit pour un enfant prêt à s'endormir en attendant le bon plaisir de sa mère, et se posa près de moi par un mouvement d'oiseau qui s'abat sur son nid. Aussitôt je sentis un parfum de femme qui brilla dans mon âme comme y brilla depuis la poésie orientale. Je regardai ma voisine, et fus plus ébloui par elle que je ne l'avais été par la fête; elle devint toute ma fête. Si vous avez bien compris ma vie antérieure, vous devinerez les sentiments qui sourdirent en mon coeur. 

 

Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j'aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. Ces épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d'une gaze, mais dont les globes azurés et d'une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle. Les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies: le brillant des cheveux lissés au-dessus d'un cou velouté comme celui d'une petite fille, les lignes blanches que le peigne y avait dessinées et où mon imagination courut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre l'esprit.

 

Après m'être assuré que personne ne me voyait, je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère, et je baisai toutes ces épaules en y roulant ma tête. Cette femme poussa un cri perçant, que la musique empêcha d'entendre; elle se retourna, me vit et me dit: "Monsieur?" Ah! si elle avait dit: "Mon petit bonhomme, qu'est-ce qui vous prend donc?" je l'aurais tuée peut-être mais à ce monsieur! des larmes chaudes jaillirent de mes yeux. Je fus pétrifié par un regard animé d'une sainte colère, par une tête sublime couronnée d'un diadème de cheveux cendrés, en harmonie avec ce dos d'amour. Le pourpre de la pudeur offensée étincela sur son visage que désarmait déjà le pardon de la femme qui comprend une frénésie quand elle en est le principe, et devine des adorations infinies dans les larmes du repentir. Elle s'en alla par un mouvement de reine. Je sentis alors le ridicule de ma position; alors seulement je compris que j'étais fagoté comme le singe d'un Savoyard. J'eus honte de moi. Je restai tout hébété, savourant la pomme que je venais de voler, gardant sur mes lèvres la chaleur de ce sang que j'avais aspiré, ne me repentant de rien, et suivant du regard cette femme descendue des cieux. Saisi par le premier accès charnel de la grande fièvre du coeur, j'errai dans le bal devenu désert, sans pouvoir y retrouver mon inconnue. Je revins me coucher métamorphosé.

 

Balzac,  Le lys dans la vallée 

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Vous êtes français? Alors allez vous faire soigner..

30 Novembre 2012, 01:03am

Publié par Fr Greg.

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Selon une étude du département de santé publique de Créteil, les autorités françaises ont très largement sous-estimé le nombre de Français souffrant d’une pathologie mentale qui toucherait en fait 12 millions de personnes sur 69 millions. Le coût total des pathologies mentales en France s'élève à 110 milliards d’euros par an. Les Français sont-ils fous ou trop hygiénistes concernant leur santé mentale ?

 

Jean-Paul Mialet : Si on avait fait cette étude dans les années 70, on n’aurait certainement pas trouvé les mêmes chiffres, avec  12 millions de Français qui se portent mal. Les critères de pathologie n’étaient pas les mêmes que ceux d’aujourd’hui.

Il y a une trentaine d’années, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a donné une définition de la santé : « un état de bien-être physique, moral et social ». Si on désigne la santé comme état de bien-être, tout ce qui n’est pas un état de bien-être n’est pas la santé, et c’est donc la maladie. Peuvent donc se prétendre malade tous ceux qui ne sont pas dans cet état de bien-être. Cette évolution de la notion de maladie revient à englober beaucoup d’états qui correspondent à un mal être et dont la limite est discutable.

 

Parallèlement, la psychiatrie a développé des concepts discutables. Elle a d’abord été organisée autour de maladies bien repérables, comme la schizophrénie ou la psychose, les dépressions sévères… Puis, en plus de ces maladies bien répertoriées, elle a repéré une autre dimension : les personnalités pathologiques. Ce sont des dimensions de tempéraments, de caractères, qui ne sont plus de l’ordre de la maladie, mais qui servent de supports pour mieux comprendre certaines pathologies. Un glissement se fait à ce niveau-là, et on a tôt fait de se dire que telle personne ne va pas bien car elle présente une personnalité défaillante.

 Peut-on prendre pour exemple de ce glissement la schizoïdie, dont le Dr Philip Manfield estime qu’elle pourrait représenter jusqu’à 40% des cas de troubles mentaux, mais qui n’est pas une pathologie portant à conséquence ?

La schizoïdie est un excellent exemple, dans la mesure où c’est un trouble du caractère.

Le repérage des troubles mentaux s’est développé selon plusieurs axes. Le premier est l’axe morbide proprement dit, qui correspond aux maladies classiques, et l’autre axe qui est celui des troubles de la personnalité.  Ces troubles peuvent être appliqués à un très grand nombre de gens.


Une recherche a été faite en prenant des sujets « normaux » et en leur faisant passer les critères de classification : on s’est aperçu que 80% des gens pouvaient être classés dans une des catégories des troubles de la personnalité. En attaquant ce phénomène, on a attiré la psychiatrie vers un champ étendu et flou où on peut intégrer énormément de gens.

 Dans ce cas, ce chiffre impressionnant de 12 millions de Français atteints de troubles mentaux n’a donc pas de sens ? L’étude parle aussi d’1,8 millions de personnes atteintes de troubles sévères.

Il y a certainement 1,8 millions de personnes atteintes de troubles sévères. Cela correspond à 2,5% de la population. Les 10 millions de plus représentent la possibilité qu’on a d’étendre des interprétations psychiatriques à un grand nombre de gens.

 

D’où notre première interrogation, les Français sont-ils malades ou trop poussés à dépenser pour leur santé ?

Nous sommes dans une culture – qui n’est pas seulement française – où on pousse les gens à une quête de bien être sans fin. Et en France, on a un soutien social qui encourage cette quête. Si en Angleterre, les gens se retrouvent dans cette quête de bien-être, et que les dispositifs de soin les limitent, alors les gens ne vont pas aussi loin. Ils rencontrent une résistance, que ça soit le porte-monnaie, une longue liste d’attente, etc. Ils vivent donc avec leurs problèmes.

On sait déjà que les Français sont les plus grands consommateurs d’anxiolytiques au monde. Est-ce lié ?

Il est possible que la consommation record d’anxiolytiques en France soit due à la rencontre de ces deux facteurs : une culture qui veut absolument qu’on soit dans la non-souffrance, et un système social qui incite les gens à aller plus loin dans cette illusion.

La prise en charge médicale de ces troubles coûte 13,4 milliards d’euros, soit 8% des dépenses nationales de santé. Le coût des médicaments atteint 2,2 milliards d’euros. S’il s’agit d’une illusion, faut-il mettre un frein à ces dépenses ?

J’imagine qu’il y a des phénomènes qui aggravent la situation. Les médecins généralistes disposent de traitements très efficaces pour aider les gens à se sentir moins mal, les tranquillisants par exemple. Alors dès que quelqu’un exprime une inquiétude quelconque, il est tentant de répondre par un médicament. Essayer de comprendre pourquoi ils ne vont pas bien prend du temps et risque d’être mal perçu par le patient. Il est tellement plus facile de se débarrasser de la difficulté en prescrivant un traitement.

Ce dernier est devenu une facilité permettant au médecin d’éviter le dialogue et au patient de penser qu’on prend au sérieux son mal-être et qu’on ne se contente pas de lui apporter une réponse psychologique ou de lui dire « il faut accepter de vivre avec cela. »

 

La dépense la plus importante est le coût des services psychiatrique des hôpitaux publics, qui atteint 6,4 milliards d’euros (11% de la dépense nationale des hôpitaux publics). Est-ce la même dynamique ?

Je pense qu’on ne trouve que des troubles sévères dans les hôpitaux, et qu’ils sont difficilement compressibles. Les 11% de la dépense totale sont sans doute impossible à réduire, car les troubles qui aboutissent dans les hôpitaux sont sévères et il faut bien les soigner. La part hospitalière n’est pas due à une demande excessive de soins des patients.

La perte de productivité liée aux pathologies psychiatrique coute un peu plus de 24 milliards d’euros, selon l’étude. Est-il possible de concilier travail et maladie ?

Avec les troubles sévères, non. Avec les troubles non-sévères, peut-être plus.

Mais il y a aujourd’hui un acharnement des gens à être bien et un acharnement des médecins à tout soigner. La psychiatrie n’a peut-être pas suffisamment fermé les portes à des états moraux qui ont une définition floue. La normalité, en psychiatrie, est indéfinissable. Elle ne peut être statistique comme, par exemple, la tension artérielle : on ne peut pas dire qu’un comportement qui n’est pas le comportement moyen est anormal. Aussi, elle se prête à l'idéalisation : disposer d'un fonctionnement psychologique qui mettrait à l'abri de toute souffrance, alors que l'anxiété et la tristesse ou des moments d'abattement font partie de la vie. Malheureusement, de plus en plus, on attend du système de soin qu’il fournisse un bien être parfait. Et les médecins ne savent pas toujours dire non à cette demande.

 

Mais il faut admettre que cette extension de la demande tient aussi au fait que nous vivons dans une époque qui favorise le mal être, par l’absence de repères et la précarité sociale et affective auxquelles sont confrontés les gens.

 Jean Paul Mialet, 21 sept 2012.

www.atlantico.fr

 

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Cette révolte qui sourd en nous... (III)

12 Novembre 2012, 03:47am

Publié par Fr Greg.

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— Non, je veux souffrir, moi aussi. Continue.

— Encore un petit tableau caractéristique. Je viens de le lire dans les Archives russes ou l’Antiquité russe, je ne sais plus. C’était à l’époque la plus sombre du servage, au début du XIXème siècle. Vive le Tsar libérateur ! Un ancien général, avec de hautes relations, riche propriétaire foncier, vivait dans un de ses domaines dont dépendaient deux mille âmes. C’était un de ces individus (à vrai dire déjà peu nombreux alors) qui, une fois retirés du service, étaient presque convaincus de leur droit de vie et de mort sur leurs serfs. Plein de morgue, il traitait de haut ses modestes voisins, comme s’ils étaient ses parasites et ses bouffons. Il avait une centaine de piqueurs, tous montés, tous en uniformes, et plusieurs centaines de chiens courants. Or, voici qu’un jour, un petit serf de huit ans, qui s’amusait à lancer des pierres, blessa à la patte un de ses chiens favoris. Voyant son chien boiter, le général en demanda la cause. On lui expliqua l’affaire en désignant le coupable. Il fit immédiatement saisir l’enfant, qu’on arracha des bras de sa mère et qui passa la nuit au cachot. Le lendemain, dès l’aube, le général en grand uniforme monte à cheval pour aller à la chasse, entouré de ses parasites, de ses veneurs, de ses chiens, de ses piqueurs. On rassemble toute la domesticité pour faire un exemple et la mère du coupable est amenée, ainsi que le gamin. C’était une matinée d’automne, brumeuse et froide, excellente pour la chasse. Le général ordonne de déshabiller complètement le bambin, ce qui fut fait ; il tremblait, fou de peur, n’osant dire un mot. « Faites-le courir, ordonne le général. — Cours, cours, lui crient les piqueurs. » Le garçon se met à courir. « Taïaut ! » hurle le général, qui lance sur lui toute sa meute. Les chiens mirent l’enfant en pièces sous les yeux de sa mère. Le général, paraît-il, fut mis sous tutelle. Eh bien, que méritait-il ? Fallait-il le fusiller ? Parle, Aliocha.

— Certes ! proféra doucement Aliocha, tout pâle, avec un sourire convulsif.

— Bravo ! s’écria Ivan enchanté ; si tu le dis, toi, c’est que… Voyez-vous l’ascète ! Tu as donc aussi un diablotin dans le cœur, Aliocha Karamazov ?

— J’ai dit une bêtise, mais…

— Oui, mais… Sache, novice, que les bêtises sont nécessaires au monde ; c’est sur elles qu’il est fondé : sans ces bêtises, il ne se passerait rien ici-bas. On sait ce qu’on sait.

— Que sais-tu ?

— Je n’y comprends rien, poursuivit Ivan comme en rêve ; je ne veux rien comprendre maintenant, je m’en tiens aux faits. En essayant de comprendre, j’altère les faits…

— Pourquoi me tourmentes-tu ? fit douloureusement Aliocha. Me le diras-tu, enfin ?

— Certes, je me préparais à te le dire. Tu m’es cher et je ne veux pas t’abandonner à ton Zosime. »

Ivan se tut un instant et son visage s’attrista soudain.

« Écoute, je me suis borné aux enfants pour être plus clair. Je n’ai rien dit des larmes humaines dont la terre est saturée, abrégeant à dessein mon sujet. J’avoue humblement ne pas comprendre la raison de cet état de choses. Les hommes sont seuls coupables : on leur avait donné le paradis ; ils ont convoité la liberté et ravi le feu du ciel, sachant qu’ils seraient malheureux ; ils ne méritent donc aucune pitié. D’après mon pauvre esprit terrestre, je sais seulement que la souffrance existe, qu’il n’y a pas de coupables, que tout s’enchaîne, que tout passe et s’équilibre. Ce sont là sornettes d’Euclide, je le sais, mais je ne puis consentir à vivre en m’appuyant là-dessus. Qu’est-ce que tout cela peut bien me faire ? Ce qu’il me faut, c’est une compensation, sinon je me détruirai. Et non une compensation quelque part, dans l’infini, mais ici-bas, une compensation que je voie moi-même. J’ai cru, je veux être témoin, et si je suis déjà mort, qu’on me ressuscite ; si tout se passait sans moi, ce serait trop affligeant. Je ne veux pas que mon corps avec ses souffrances et ses fautes serve uniquement à fumer l’harmonie future, à l’intention de je ne sais qui. Je veux voir de mes yeux la biche dormir près du lion, la victime embrasser son meurtrier. C’est sur ce désir que reposent toutes les religions, et j’ai la foi. Je veux être présent quand tous apprendront le pourquoi des choses. Mais les enfants, qu’en ferai-je ? Je ne peux résoudre cette question. Si tous doivent souffrir afin de concourir par leur souffrance à l’harmonie éternelle, quel est le rôle des enfants ? On ne comprend pas pourquoi ils devraient souffrir, eux aussi, au nom de l’harmonie. Pourquoi serviraient-ils de matériaux destinés à la préparer ? Je comprends bien la solidarité du péché et du châtiment, mais elle ne peut s’appliquer aux petits innocents, et si vraiment ils sont solidaires des méfaits de leurs pères, c’est une vérité qui n’est pas de ce monde et que je ne comprends pas. Un mauvais plaisant objectera que les enfants grandiront et auront le temps de pécher, mais il n’a pas grandi, ce gamin de huit ans, déchiré par les chiens. Aliocha, je ne blasphème pas. Je comprends comment tressaillira l’univers, lorsque le ciel et la terre s’uniront dans le même cri d’allégresse, lorsque tout ce qui vit ou a vécu proclamera : « Tu as raison, Seigneur, car tes voies nous sont révélées ! », lorsque le bourreau, la mère, l’enfant s’embrasseront et déclareront avec des larmes : « Tu as raison, Seigneur ! » Sans doute alors, la lumière se fera et tout sera expliqué. Le malheur, c’est que je ne puis admettre une solution de ce genre. Et je prends mes mesures à cet égard, tandis que je suis encore sur la terre. Crois-moi, Aliocha, il se peut que je vive jusqu’à ce moment ou que je ressuscite alors, et je m’écrierai peut-être avec les autres, en regardant la mère embrasser le bourreau de son enfant : « Tu as raison, Seigneur ! » mais ce sera contre mon gré. Pendant qu’il est encore temps, je me refuse à accepter cette harmonie supérieure. Je prétends qu’elle ne vaut pas une larme d’enfant, une larme de cette petite victime qui se frappait la poitrine et priait le « bon Dieu » dans son coin infect ; non, elle ne les vaut pas, car ces larmes n’ont pas été rachetées. Tant qu’il en est ainsi, il ne saurait être question d’harmonie. Or, comment les racheter, c’est impossible. Les bourreaux souffriront en enfer, me diras-tu ? Mais à quoi sert ce châtiment puisque les enfants aussi ont eu leur enfer ? D’ailleurs, que vaut cette harmonie qui comporte un enfer ? Je veux le pardon, le baiser universel, la suppression de la souffrance. Et si la souffrance des enfants sert à parfaire la somme des douleurs nécessaires à l’acquisition de la vérité, j’affirme d’ores et déjà que cette vérité ne vaut pas un tel prix. Je ne veux pas que la mère pardonne au bourreau ; elle n’en a pas le droit. Qu’elle lui pardonne sa souffrance de mère, mais non ce qu’a souffert son enfant déchiré par les chiens. Quand bien même son fils pardonnerait, elle n’en aurait pas le droit. Si le droit de pardonner n’existe pas, que devient l’harmonie ? Y a-t-il au monde un être qui ait ce droit ? C’est par amour pour l’humanité que je ne veux pas de cette harmonie. Je préfère garder mes souffrances non rachetées et mon indignation persistante, même si j’avais tort ! D’ailleurs, on a surfait cette harmonie ; l’entrée coûte trop cher pour nous. J’aime mieux rendre mon billet d’entrée. En honnête homme, je suis même tenu à le rendre au plus tôt. C’est ce que je fais. Je ne refuse pas d’admettre Dieu, mais très respectueusement je lui rends mon billet.

Fédor Dostoïevski, Les frères Karamazov.

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Cette révolte qui sourd en nous... (II)

11 Novembre 2012, 03:41am

Publié par Fr Greg.

 

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— Frère, à quoi bon tout cela ?

— Je pense que si le diable n’existe pas, s’il a été créé par l’homme, celui-ci l’a fait à son image.

— Comme Dieu, alors ?

— Tu sais fort bien « retourner les mots », comme dit Polonius dans Hamlet, reprit Ivan en riant. Tu m’as pris au mot, soit ; mais il est beau, ton Dieu, si l’homme l’a fait à son image. Tu me demandais tout à l’heure : à quoi bon tout cela ? Vois-tu, je suis un dilettante, un amateur de faits et d’anecdotes ; je les recueille dans les journaux, je note ce qu’on me raconte, cela forme déjà une jolie collection. Les Turcs y figurent, naturellement, avec d’autres étrangers, mais j’ai aussi des cas nationaux qui les surpassent. Chez les Russes, les verges et le fouet sont surtout en honneur ; on ne cloue personne par les oreilles, parbleu, nous sommes des Européens, mais notre spécialité est de fouetter, et on ne saurait nous la ravir. À l’étranger, on dirait que cette pratique a disparu, par suite de l’adoucissement des mœurs, ou bien parce que les lois naturelles interdisent à l’homme de fouetter son semblable. En revanche, il existe là-bas comme ici une coutume à ce point nationale qu’elle serait presque impossible en Russie, bien qu’elle s’implante aussi chez nous, surtout à la suite du mouvement religieux dans la haute société. Je possède une charmante brochure traduite du français, où l’on raconte l’exécution à Genève, il y a cinq ans, d’un assassin nommé Richard, qui se convertit au christianisme avant de mourir, à l’âge de vingt-quatre ans. C’était un enfant naturel, donné par ses parents, quand il avait six ans, à des bergers suisses, qui l’élevèrent pour le faire travailler. Il grandit comme un petit sauvage, sans rien apprendre ; à sept ans, on l’envoya paître le troupeau, au froid et à l’humidité, à peine vêtu et affamé. Ces gens n’éprouvaient aucun remords à le traiter ainsi ; au contraire, ils estimaient en avoir le droit, car on leur avait fait don de Richard comme d’un objet, et ils ne jugeaient même pas nécessaire de le nourrir. Richard lui-même raconte qu’alors, tel l’enfant prodigue de l’Évangile, il eût bien voulu manger la pâtée destinée aux pourceaux qu’on engraissait, mais il en était privé et on le battait lorsqu’il la dérobait à ces animaux : c’est ainsi qu’il passa son enfance et sa jeunesse, jusqu’à ce que, devenu grand et fort, il se mît à voler. Ce sauvage gagnait sa vie à Genève comme journalier, buvait son salaire, vivait comme un monstre, et finit par assassiner un vieillard pour le dévaliser. Il fut pris, jugé et condamné à mort. On n’est pas sentimental dans cette ville ! En prison, il est aussitôt entouré par les pasteurs, les membres d’associations religieuses, les dames patronnesses. Il apprit à lire et à écrire, on lui expliqua l’Évangile, et, à force de l’endoctriner et de le catéchiser, on finit par lui faire avouer solennellement son crime. Il adressa au tribunal une lettre déclarant qu’il était un monstre, mais que le Seigneur avait daigné l’éclairer et lui envoyer sa grâce. Tout Genève fut en émoi, la Genève philanthropique et bigote. Tout ce qu’il y avait de noble et de bien-pensant accourut dans sa prison. On l’embrasse, on l’étreint : « Tu es notre frère ! Tu as été touché par la grâce ! » Richard pleure d’attendrissement : « Oui. Dieu m’a illuminé ! Dans mon enfance et ma jeunesse, j’enviais la pâtée des pourceaux ; maintenant, la grâce m’a touché, je meurs dans le Seigneur ! — Oui, Richard, tu as versé le sang et tu dois mourir. Tu n’es pas coupable d’avoir ignoré Dieu, lorsque tu dérobais la pâtée des pourceaux et qu’on te battait pour cela (d’ailleurs, tu avais grand tort, car il est défendu de voler), mais tu as versé le sang et tu dois mourir. » Enfin le dernier jour arrive. Richard, affaibli, pleure et ne fait que répéter à chaque instant : « Voici le plus beau jour de ma vie, car je vais à Dieu ! — Oui, s’écrient pasteurs, juges et dames patronnesses, c’est le plus beau jour de ta vie, car tu vas à Dieu ! » La troupe se dirige vers l’échafaud, derrière la charrette ignominieuse qui emmène Richard. On arrive au lieu du supplice. « Meurs, frère, crie-t-on à Richard, meurs dans le Seigneur ; sa grâce t’accompagne. » Et, couvert de baisers, le frère Richard monte à l’échafaud, on l’étend sur la bascule et sa tête tombe, au nom de la grâce divine. — C’est caractéristique. Ladite brochure a été traduite en russe par les luthériens de la haute société et distribuée comme supplément gratuit à divers journaux et publications, pour instruire le peuple.


« L’aventure de Richard est intéressante parce que nationale. En Russie, bien qu’il soit absurde de décapiter un frère pour la seule raison qu’il est devenu des nôtres et que la grâce l’a touché, nous avons presque aussi bien. Chez nous, torturer en battant constitue une tradition historique, une jouissance prompte et immédiate. Nékrassov raconte dans l’un de ses poèmes comment un moujik frappe de son fouet les yeux de son cheval. Qui n’a vu cela ? c’est bien russe. Le poète montre le petit cheval surchargé, embourbé avec sa charrette qu’il ne peut dégager. Alors, le moujik le bat avec acharnement, frappe sans comprendre ce qu’il fait, les coups pleuvent dans une sorte d’ivresse. « Tu ne peux pas tirer, tu tireras tout de même ; meurs, mais tire. » La rosse sans défense se débat désespérément, cependant que son maître fouette ses « doux yeux » où roulent des larmes. Enfin, elle arrive à se dégager et s’en va tremblante, privée de souffle, d’une allure saccadée, contrainte, honteuse. Chez Nékrassov, cela produit une impression épouvantable. Mais aussi, ce n’est qu’un cheval, et Dieu ne l’a-t-il pas créé pour être fouetté ? C’est ce que nous ont expliqué les Tatars, et ils nous ont légué le knout. Pourtant, on peut aussi fouetter les gens. Un monsieur cultivé et sa femme prennent plaisir à fustiger leur fillette de sept ans. Et le papa est heureux que les verges aient des épines. « Cela lui fera plus mal », dit-il. Il y a des êtres qui s’excitent à chaque coup, jusqu’au sadisme, progressivement. On bat l’enfant une minute, puis cinq, puis dix, toujours plus fort. Elle crie ; enfin, à bout de forces, elle suffoque : « Papa, mon petit papa, pitié ! » L’affaire devient scandaleuse et va jusqu’au tribunal. On prend un avocat. Il y a longtemps que le peuple russe appelle l’avocat « une conscience à louer ». Le défenseur plaide pour son client : « L’affaire est simple ; c’est une scène de famille, comme on en voit tant. Un père a fouetté sa fille, c’est une honte de le poursuivre ! » Le jury est convaincu, il se retire et rapporte un verdict négatif. Le public exulte de voir acquitter ce bourreau. Hélas ! je n’assistais pas à l’audience. J’aurais proposé de fonder une bourse en l’honneur de ce bon père de famille !… Voilà un joli tableau ! Cependant, j’ai encore mieux, Aliocha, et toujours à propos d’enfants russes. Il s’agit d’une fillette de cinq ans, prise en aversion par ses père et mère, « d’honorables fonctionnaires instruits et bien élevés ». Je le répète, beaucoup de gens aiment à torturer les enfants, mais rien que les enfants. Envers les autres individus, ces bourreaux se montrent affables et tendres, en Européens instruits et humains, mais ils prennent plaisir à faire souffrir les enfants, c’est leur façon de les aimer. La confiance angélique de ces créatures sans défense séduit les êtres cruels. Ils ne savent où aller, ni à qui s’adresser, et cela excite les mauvais instincts. Tout homme recèle un démon en lui : accès de colère, sadisme, déchaînement des passions ignobles, maladies contractées dans la débauche, ou bien la goutte, l’hépatite, cela varie. Donc, ces parents instruits exerçaient maints sévices sur la pauvre fillette. Ils la fouettaient, la piétinaient sans raison ; son corps était couvert de bleus. Ils imaginèrent enfin un raffinement de cruauté : par les nuits glaciales, en hiver, ils enfermaient la petite dans les lieux d’aisances, sous prétexte qu’elle ne demandait pas à temps, la nuit, qu’on la fit sortir (comme si, à cet âge, une enfant qui dort profondément pouvait toujours demander à temps). On lui barbouillait le visage de ses excréments et sa mère la forçait à les manger, sa propre mère ! Et cette mère dormait tranquille, insensible aux cris de la pauvre enfant enfermée dans cet endroit répugnant ! Vois-tu d’ici ce petit être, ne comprenant pas ce qui lui arrive, au froid et dans l’obscurité, frapper de ses petits poings sa poitrine haletante et verser d’innocentes larmes, en appelant le « bon Dieu » à son secours ? Comprends-tu cette absurdité ? a-t-elle un but, dis-moi, toi mon ami et mon frère, toi le pieux novice ? On dit que tout cela est indispensable pour établir la distinction du bien et du mal dans l’esprit de l’homme. À quoi bon cette distinction diabolique, payée si cher ? Toute la science du monde ne vaut pas les larmes des enfants. Je ne parle pas des souffrances des adultes, ils ont mangé le fruit défendu, que le diable les emporte ! Mais les enfants ! Je te fais souffrir, Aliocha, tu as l’air mal à l’aise. Veux-tu que je m’arrête ?

 

Fédor Dostoïevski, Les frères Karamazov.

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Cette révolte qui sourd en nous...

10 Novembre 2012, 02:38am

Publié par Fr Greg.

 

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« Je dois t’avouer une chose, commença Ivan, je n’ai jamais pu comprendre comment on peut aimer son prochain. C’est précisément, à mon idée, le prochain qu’on ne peut aimer ; du moins ne peut-on l’aimer qu’à distance. J’ai lu quelque part, à propos d’un saint, « Jean le Miséricordieux », qu’un passant affamé et transi, vint un jour le supplier de le réchauffer ; le saint se coucha sur lui, le prit dans ses bras et se mit à insuffler son haleine dans la bouche purulente du malheureux, infecté par une horrible maladie. Je suis persuadé qu’il fit cela avec effort, en se mentant à lui-même, dans un sentiment d’amour dicté par le devoir, et par esprit de pénitence. Il faut qu’un homme soit caché pour qu’on puisse l’aimer ; dès qu’il montre son visage, l’amour disparaît.

— Le starets Zosime a plusieurs fois parlé de cela, observa Aliocha. Il disait aussi que souvent, pour des âmes inexpérimentées, le visage de l’homme est un obstacle à l’amour. Il y a pourtant beaucoup d’amour dans l’humanité, un amour presque pareil à celui du Christ, je le sais par expérience Ivan…

— Eh bien, moi, je ne le sais pas encore et ne peux pas le comprendre, beaucoup sont dans le même cas. Il s’agit de savoir si cela provient des mauvais penchants, ou si c’est inhérent à la nature humaine. À mon avis, l’amour du Christ pour les hommes est une sorte de miracle impossible sur la terre. Il est vrai qu’il était Dieu ; mais nous ne sommes pas des dieux. Supposons, par exemple, que je souffre profondément ; un autre ne pourra jamais connaître à quel point je souffre, car c’est un autre, et pas moi. De plus, il est rare qu’un individu consente à reconnaître la souffrance de son prochain (comme si c’était une dignité ! ) Pourquoi cela, qu’en penses-tu ? Peut-être parce que je sens mauvais, que j’ai l’air bête ou que j’aurai marché un jour sur le pied de ce monsieur ! En outre, il y a diverses souffrances : celle qui humilie, la faim, par exemple, mon bienfaiteur voudra bien l’admettre, mais dès que ma souffrance s’élève, qu’il s’agit d’une idée, par exemple, il n’y croira que par exception car, peut-être, en m’examinant, il verra que je n’ai pas le visage que son imagination prête à un homme souffrant pour une idée. Aussitôt il cessera ses bienfaits, et cela sans méchanceté. Les mendiants, surtout ceux qui ont quelque noblesse, ne devraient jamais se montrer, mais demander l’aumône par l’intermédiaire des journaux. En théorie, encore, on peut aimer son prochain, et même de loin : de près, c’est presque impossible. Si, du moins, tout se passait comme sur la scène, dans les ballets où les pauvres en loques de soie et en dentelles déchirées mendient en dansant gracieusement, on pourrait encore les admirer. Les admirer, mais non pas les aimer… Assez là-dessus. Je voulais seulement te placer à mon point de vue. Je voulais parler des souffrances de l’humanité en général, mais il vaut mieux se borner aux souffrances des enfants. Mon argumentation sera réduite au dixième, mais cela vaut mieux. J’y perds, bien entendu. D’abord, on peut aimer les enfants de près, même sales, même laids (il me semble, pourtant, que les enfants ne sont jamais laids). Ensuite, si je ne parle pas des adultes, c’est que non seulement ils sont repoussants et indignes d’être aimés, mais qu’ils ont une compensation : ils ont mangé le fruit défendu, discerné le bien et le mal, et sont devenus « semblables à des dieux ». Ils continuent à le manger. Mais les petits enfants n’ont rien mangé et sont encore innocents. Tu aimes les enfants, Aliocha ? Je sais que tu les aimes, et tu comprendras pourquoi je ne veux parler que d’eux. Ils souffrent beaucoup, eux aussi, sans doute, c’est pour expier la faute de leurs pères, qui ont mangé le fruit ; mais c’est le raisonnement d’un autre monde, incompréhensible au cœur humain ici-bas. Un innocent ne saurait souffrir pour un autre, surtout un petit être ! Cela te surprendra, Aliocha, mais moi aussi j’adore les enfants. Remarque que les hommes cruels, doués de passions sauvages, les Karamazov, aiment parfois beaucoup les enfants. Jusqu’à sept ans, les enfants diffèrent énormément de l’homme ; c’est comme un autre être, avec une autre nature. J’ai connu un bandit, un bagnard ; durant sa carrière, lorsqu’il s’introduisait nuitamment dans les maisons pour piller, il avait assassiné des familles entières, y compris les enfants. Pourtant, en prison, il les aimait étrangement ; il ne faisait que regarder ceux qui jouaient dans la cour et devint l’ami d’un petit garçon qu’il voyait jouer sous sa fenêtre… Tu ne sais pas pourquoi je dis tout cela, Aliocha ? J’ai mal à la tête et je me sens triste.

— Tu as l’air bizarre, tu ne me parais pas dans ton état normal, insinua Aliocha avec inquiétude.

— À propos, continua Ivan comme s’il n’avait pas entendu son frère, un Bulgare m’a récemment conté à Moscou les atrocités que commettent les Turcs et les Tcherkesses dans son pays : craignant un soulèvement général des Slaves, ils incendient, égorgent, violent les femmes et les enfants ; ils clouent les prisonniers aux palissades par les oreilles, les abandonnent ainsi jusqu’au matin, puis les pendent, etc. On compare parfois la cruauté de l’homme à celle des fauves ; c’est faire injure à ces derniers. Les fauves n’atteignent jamais aux raffinements de l’homme. Le tigre déchire sa proie et la dévore ; c’est tout. Il ne lui viendrait pas à l’idée de clouer les gens par les oreilles, même s’il pouvait le faire. Ce sont les Turcs qui torturent les enfants avec une jouissance sadique, arrachent les bébés du ventre maternel, les lancent en l’air pour les recevoir sur les baïonnettes, sous les yeux des mères, dont la présence constitue le principal plaisir. Voici une autre scène qui m’a frappé. Pense donc : un bébé encore à la mamelle, dans les bras de sa mère tremblante, et autour d’eux, les Turcs. Il leur vient une plaisante idée : caressant le bébé, ils parviennent à le faire rire ; puis l’un d’eux braque sur lui un revolver à bout portant. L’enfant tend ses menottes pour saisir le joujou ; soudain, l’artiste presse la détente et lui casse la tête. Les Turcs aiment, dit-on, les douceurs.

 

Fédor Dostoïevski, Les frères Karamazov.

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LES DEUX AMIS

3 Novembre 2012, 02:40am

Publié par Fr Greg.

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Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :
L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre :
            Les amis de ce pays-là 
            Valent bien, dit-on, ceux du nôtre. 
Une nuit que chacun s'occupait au sommeil, 
Et mettait à profit l'absence du soleil, 
Un de nos deux Amis sort du lit en alarme ;
Il court chez son intime, éveille les Valets : 
Morphée avait touché le seuil de ce palais. 
L'ami couché s'étonne, il prend sa bourse, il s'arme ; 
Vient trouver l'autre, et dit : Il vous arrive peu 
De courir quand on dort ; vous me paraissez homme 
A mieux user du temps destiné pour le somme : 
N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ? 
En voici. S'il vous est venu quelque querelle, 
J'ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point 
De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle 
Était à mes côtés ; voulez-vous qu'on l'appelle ? 
Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point : 
            Je vous rends grâce de ce zèle. 
Vous m'êtes en dormant un peu triste apparu ; 
J'ai craint qu'il ne fût vrai, je suis vite accouru. 
            Ce maudit songe en est la cause.
Qui d'eux aimait le mieux ? Que t'en semble, lecteur ? 
Cette difficulté vaut bien qu'on la propose. 
Qu'un ami véritable est une douce chose! 
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ; 
            Il vous épargne la pudeur
            De les lui découvrir vous-même.
            Un songe, un rien, tout lui fait peur 
            Quand il s'agit de ce qu'il aime. 

LA FONTAINE

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L'Eglise dans le monde de ce temps...

15 Octobre 2012, 01:30am

Publié par Fr Greg.

Anniversaire Concile Vatican II


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  L’Eglise n’est pas un ilot isolé du monde. Le Concile avait voulu aller au monde pour lui partager la bonne nouvelle de l’Évangile.

 

      Mais le monde a fait irruption dans l’Église, et ce monde où l’Eglise ne cesse d’accomplir sa mission est aujourd’hui « un monde, attestait un témoin d’exception, le cardinal Garrone, au Synode des évêques de 1985, dont les transformations déconcertent notre réflexion ».


Car, pour le dire en peu de mots, « le monde du Concile » a disparu. Mon vieux père, angevin, paysan et vigneron, me confiait au terme d’une longue existence heureuse et  laborieuse, qu’il avait vu plus de changements au cours de sa vie que tous ses ancêtres au long d’un millénaire.

 

Nous vivons une crise de civilisation dont Mai ‘68 a été la manifestation spectaculaire, le vide d’une société sans âme, la remise en cause des piliers sur lesquels reposait la société, l’autorité contestée aussi bien dans l’Eglise que dans la famille et dans la cité. L’effondrement démographique de l’Europe, l’expansion de l’Islam, l’ampleur des mouvements migratoires, ont profondément bouleversé les équilibres séculaires et remis en cause les modèles de croissance et d’équilibre social. La crise, d’abord bancaire, puis financière, économique et sociale, n’a pas fini de faire sentir ses effets dans un monde où la globalisation de l’information instantanée ne cesse de bouleverser des équilibres devenus fragiles.


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L’optimisme des sixties, cher aux Américains, a fait place à un pessimisme généralisé. L’équilibre des pouvoirs, cher à Montesquieu, entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire, a volé en éclat sous la poussée irrésistible du médiatique. La vie elle-même se trouve menacée, de l’avortement à l’euthanasie.

La transmission des valeurs, sans lesquelles une société se défait, peine à rejoindre les nouvelles générations, cette planète des jeunes qui évolue sur une orbite que les Pères du Concile, non seulement ne connaissaient pas, mais ne pouvaient même pas imaginer, notamment l’internet qui se joue diamétralement des voies millénaires de l’éducation, en famille, en école et en société.  

 

  

Cardinal Paul Poupard, Le Concile Vatican II. Une actualité surprenante

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Le règne de l'émotion...

25 Septembre 2012, 02:07am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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L'orgueil chrétien !

16 Juillet 2012, 01:22am

Publié par Fr Greg.

 

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Et les révélations que j'ai reçues sont tellement exceptionnelles que, pour m'empêcher de me surestimer, j'ai dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour m'empêcher de me surestimer.  Par trois fois, j'ai prié le Seigneur de l'écarter de moi. 


Mais il m'a déclaré : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » Je n'hésiterai donc pas à mettre mon orgueil dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi. 


C'est pourquoi j'accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort.

St Paul, Cor 12,7 - 10

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Vous êtes en crise..?

1 Mai 2012, 19:52pm

Publié par Father Greg

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Simplement magnifique!

17 Avril 2012, 17:14pm

Publié par Father Greg

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Jeanne ne faisait jamais aucun retour sur elle-même!!

17 Avril 2012, 03:11am

Publié par Father Greg

 

Ste-Jeanne-d-arc--1412--2012.jpgVous faites de Jeanne d’Arc un maître spirituel. Comment nous aide-t-elle à faire grandir en nous ce qu’il y a d’Éternel ?

 

Tout d’abord par sa disponibilité à Dieu, dans le service de l’autre et dans le silence de la prière, qui sont les lieux où ne manifeste sa présence. Sans doute est-ce cette transparence à la Lumière qui lui a permis d’entendre l’appel qui lui était adressé et d’y répondre sans tergiverser.

Très important, Jeanne ne faisait jamais aucun retour sur elle-même. Elle était tout élan, accueil et don dans le même mouvement. La première leçon qu’elle nous donne, c’est qu’il faut vivre à chaque instant à l’Eternel présent.

 

Son combat intime pour obéir à la volonté de Dieu – elle va mettre quatre ans à quitter le foyer familial et confiera : « Je préférerais rester chez ma mère… » -, n’est-ce pas un peu le nôtre, à chacun ?

 

Oui, bien sûr. En Jeanne comme en chacun de nous, il y a toujours des résistances. À commencer par la crainte de n’être pas à la hauteur de ce que Dieu nous demande. Lorsqu’elle prend connaissance de la mission qui lui est confiée (lever le siège d’Orléans et mener le roi se faire sacrer à Reims), celle-ci lui apparaît sans commune mesure avec la petite paysanne qu’elle est. Mais si elle ne se fait pas confiance, devant l’insistance de son appel, elle finit par s’oublier elle-même pour faire confiance entièrement à Dieu.

À partir de ce moment-là, rien ne l’arrêtera plus. Comme le dit l’Évangile, « à Dieu, rien n’est  impossible », et il n’est nul obstacle qu’Il ne donne la force de surmonter à celui qui s’élance pour faire sa volonté.

 

« À une époque où la vocation naturelle des femmes était de se marier ou d’aller au couvent, écrivez-vous, Jeanne, forte de sa virginité et de ses voix, avait revêtu le bouclier de la foi, le casque du salut, l’épée de l’Esprit et l’armure du chevalier. » Elle suit Saint Paul à la lettre ?

C’est en effet à dessin que j’ai paraphrasé Saint Paul (Ép 6, 14-17). Car ce qu’il disait, en employant une rhétorique guerrière, du combat spirituel, Jeanne le porte en actes jusque dans l’ordre temporel. Et c’est ce qui fait sa spécificité, ce que j’ai appelé la « sainteté casquée ».

« Agissez et Dieu agira, avait-elle coutume de dire à ses soldats, mais aussi : « Sans Dieu, je ne saurais rien faire ». Mettant tout son génie personnel au service de la grâce dans une collaboration de chaque instant avec Dieu, elle a cherché à faire advenir le Royaume céleste dans le royaume terrestre, l’un dans l’autre et l’un par l’autre. Sachant que le Royaume de Dieu ne sera jamais totalement de ce monde – sa mort sur le bûcher, comme celle du Christ sur la croix, étant la pour nous le rappeler. C’est la raison pour laquelle Benoît XVI en a fait « un exemple de sainteté pour les laïcs engagés dans la vie politique ».

 

Vous écrivez également : « L’ennemi à combattre était tout autant intérieur qu’extérieur ». C’est-à-dire ?

 

Au temps de Jeanne, on avait tendance à considérer que la guerre était non seulement un mal à réduire, mais aussi un fléau envoyé par Dieu pour punir les péchés des hommes, les dérèglements intérieurs étant la principale cause des dérèglements extérieurs.

Cette guerre contre les Anglais, qui était une guerre de libération, devait donc aussi passer par une libération de l’emprise du péché. Et la paix ne se gagnerait pas seulement par les armes, mais par la purification de soi. En commençant par la tête, puisqu’il est bien connu que le poisson pourrit d’abord par la tête. Jeanne demanda donc au roi d’être assidu dans la prière et de se comporter de manière exemplaire. Elle incitait aussi les soldats à se confesser et à communier, à renoncer aux blasphèmes et aux prostituées, et ordonnait une procession au chant du Veni Creator pour faire descendre sur eux l’Esprit de Dieu avant chaque combat.

 

Quelles furent, au cours de sa fulgurante carrière – un an de combat, un an de prison -, ses principales tentations ?

 L’orgueil, sans aucun doute. Ce que j’aime chez Jeanne, c’est qu’elle n’est pas une sainte à l’eau de rose. La modestie n’était pas son fort et l’assurance que lui donnait ses voix la rendait extrêmement intransigeante. Mais pendant la phase des combats, c’est plutôt une force qui lui permet de mobiliser et de projeter toutes les énergies autour d’elle dans une direction claire.

Jeanne se retrouve seule face aux « obscurantistes » comme aux « tenants de fausses lumières ». N’est-ce pas un peu l’image du chrétien dans le monde ?

Jeanne, en effet, est celle qui a le courage, détachée de tout intérêt personnel, d’être rebelle aux idéologies de son temps par fidélité à l’Éternel. Si nous avions trois mots à retenir d’elle, c’est « Dieu premier servi », en toutes choses, à temps et à contretemps. Elle nous donne le plus bel exemple qui soit de cette vertu d’insolence dont nous avons le plus grand besoin aujourd’hui !

 Pourquoi fascine-t-elle toujours autant ?

 Il y a la fascination pour la magnifique héroïne qu’elle fut, évidemment, en plus de la sainte. Il y a aussi la fascination pour cette vie totalement consumée par sa mission. Où il ne faut pas exclure que les hommes de notre temps, aussi éloignés se croient-ils de la foi, perçoivent encore obscurément un peu de la lumière du mystère de la Croix. Et où se manifeste, en creux et par-delà l’épanouissement personnel, la quête plus profonde d’une vérité qui rend libre.

                                  

Pauline de Préval, ‘Jeanne d’Arc, la sainteté casquée ‘

Propos recueillis par Luc Adrian

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Journal d’un Cure de Campagne (II)

2 Août 2011, 05:33am

Publié par Father Greg

 

 

vache_holstein_98x130_1988_1.jpg J’ai un troupeau, un vrai troupeau, je ne peux pas danser devant l’arche avec mon troupeau – du simple bétail – ; à quoi je ressemblerais, veux-tu me dire ? Du bétail, ni trop bon ni trop mauvais, des bœufs, des ânes, des animaux de trait et de labour. Et j’ai des boucs aussi. Qu’est-ce que je vais faire de mes boucs ? Pas moyen de les tuer ni de les vendre. Boucs ou brebis, le maître veut que nous lui rendions chaque bête en bon état. Ne va pas te mettre dans la tête d’empêcher un bouc de sentir le bouc, tu perdrais ton temps, tu risquerais de tomber dans le désespoir. Les vieux confrères me prennent pour un optimiste, un Roger Bontemps, les jeunes de ton espèce me trouvent trop dur avec mes gens, trop militaire, trop coriace. Les uns et les autres m’en veulent de ne pas avoir mon petit plan de réforme, comme tout le monde, ou de le laisser au fond de ma poche. Tradition ! grognent les vieux. Évolution ! chantent les jeunes. Moi, je crois que l’homme est l’homme, qu’il ne vaut guère mieux qu’au temps des païens. La question n’est d’ailleurs pas de savoir ce qu’il vaut, mais qui le commande.

 


[…] Un peuple de chrétiens n’est pas un peuple de saintes-nitouches. L’Église a les nerfs solides, le péché ne lui fait pas peur, au contraire. Elle le regarde en face, tranquillement, et même, à l’exemple de Notre-Seigneur, elle le prend à son compte, elle l’assume. Quand un bon ouvrier travaille convenablement, les six jours de la semaine, on peut bien lui passer une ribote, le samedi soir. Tiens, je vais te définir un peuple chrétien par son contraire. Le contraire d’un peuple chrétien, c’est un peuple triste, un peuple de vieux. Tu me diras que la définition n’est pas trop théologique. D’accord. Mais elle a de quoi faire réfléchir les messieurs qui bâillent â la messe du dimanche. Bien sûr qu’ils bâillent ! Tu ne voudrais pas qu’en une malheureuse demi-heure par semaine, l’Église puisse leur apprendre la joie ! Et même s’ils savaient par cœur le catéchisme du Concile de Trente, ils n’en seraient probablement pas plus gais.

 

 

George Bernanos, Journal d’Un Cure de Campagne.

 

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Journal d’un Cure de Campagne

1 Août 2011, 05:30am

Publié par Father Greg

 

320Ma paroisse est dévorée par l’ennui, voilà le mot. Comme tant d’autres paroisses ! L’ennui les dévore sous nos yeux et nous n’y pouvons rien. Quelque jour peut-être la contagion nous gagnera, nous découvrirons en nous ce cancer. On peut vivre très longtemps avec ça. […]

 

Je me disais donc que le monde est dévoré par l’ennui. Naturellement, il faut un peu réfléchir pour se rendre compte, ça ne se saisit pas tout de suite. C’est une espèce de poussière. Vous allez et venez sans la voir, vous la respirez, vous la mangez, vous la buvez, et elle est si fine, si ténue qu’elle ne craque même pas sous la dent. Mais que vous vous arrêtiez une seconde, la voilà qui recouvre votre visage, vos mains. Vous devez vous agiter sans cesse pour secouer cette pluie de cendres. Alors, le monde s’agite beaucoup.

 

On dira peut-être que le monde est depuis longtemps familiarisé avec l’ennui, que l’ennui est la véritable condition de l’homme. Possible que la semence en fût répandue partout et qu’elle germât çà et là, sur un terrain favorable. Mais je me demande si les hommes ont jamais connu cette contagion de l’ennui, cette lèpre ? Un désespoir avorté, une forme turpide du désespoir, qui est sans doute comme la fermentation d’un christianisme décomposé ...

 

George Bernanos, Journal d’Un Cure de Campagne.

 

 

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Pour faire fructifier ses talents, il faut aussi de la chance...

26 Juillet 2011, 05:15am

Publié par Father Greg

La foi ne supprime ni ne remplace tout ce que nous pouvons faire au niveau humain. C'est même une hérésie que de croire que tout va tomber du ciel!!

Ainsi, au niveau humain, pour réussir il faut du talent, pour réussir, il faut du travail, et, ce que on oublie souvent, c'est que pour réussir il faut aussi de la chance.

Philippe Gabilliet nous explique que la chance est une compétence qui se travaille..!!? Et oui!!! Voici comment se créer de la chance:


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Levez les yeux vers ce qui dure, vers ce qui est...

13 Mai 2011, 06:00am

Publié par Father Greg

 

 

 

377.jpgLa mémoire des souvenirs ordinaires nous donne bien la preuve qu’il peut y avoir une localisation tout à fait matérielle de la mémoire dans le cerveau, qu’un souvenir peut être effacé par la destruction de ces cellules, mais que, cependant, tout souvenir est par nature immatériel. On ne peut pas le localiser ; on ne peut pas lui fixer des limites ; il peut même durer fort longtemps, même après la destruction et des cellules et du souvenir proprement dit, parce qu’il se transmet à d’autres personnes, à d’autres esprits et qu’ainsi il survit. Déjà le souvenir que j’ai appelé ordinaire suggère donc l’existence de réalités qui ne sont pas matérielles et autre chose que les apparentes évidences de l’expérience.

 

  

Il en va de même des idées : elles sont liées à l’influence des uns ou des autres, elles sont liées à l’existence du langage et, comme précédemment, à l’existence matérielle de notre cerveau. Mais les idées par elles-mêmes sont de toutes évidences immatérielles et prouvent par conséquent, elles aussi, qu’il y a autre chose que les réalités matérielles ; et le monde des idées, qui se transmettent de génération en génération, se révèle aussi beaucoup plus durable que l’activité du cerveau à laquelle elles sont liées. Déjà là, il y a autre chose ! Alors, peut-être n’est-ce pas un pas aussi effarant que d’admettre que ces souvenirs, par nature immatériels, peuvent aussi se traduire, le plus souvent à notre insu, dans un monde plus lumineux et plus durable qui, en fait, échappe au temps, et ne nous est révélé que par accident. Or ce qui échappe au temps et se situe hors du temps, comment l’appeler d’un autre nom que de celui d’éternité ?


 

(…) Est-ce si difficile d’imaginer cet univers autre ? Je ne crois pas que l’on en ait encore parlé à propos de ces souvenirs si étranges que j’ai tenté de décrire dans ce livre ; mais on a soupiré après ce monde, dans tous les temps et sous toutes les formes : on y a le plus souvent cru. Le scepticisme commence avec notre époque où les rapides progrès matériels et techniques se développent avec une telle  rapidité que l’on en vient à oublier tout le reste et  à croire que l’on domine, à tous les égards, l’ensemble du monde – cela avec des résultats qui ne sont pas toujours si heureux, par exemple, lorsque apparaît le grave réchauffement de la planète ou bien les violences accrues dans les divers conflits sociaux ou nationaux. Mais, même à notre époque, même aujourd’hui, beaucoup de gens sentent que cela ne suffit pas et qu’ils ont besoin, pour continuer à être, de reconnaître l’existence d’un monde différent : obnubilés par leurs propres difficultés, ils finissent par limiter là leur horizon, au risque de créer des désastres.

 

On reconnaîtra alors qu’à côté de l’ici, il y a un ailleurs et qu’à côté du maintenant, il y a un toujours.

 

 (…) En effet, tout le monde en conviendra, il y a autre chose que les journées qui se suivent les unes après les autres, du lever au coucher, du travail à la fatigue, des protestations aux révoltes. Il y a autre chose que ces buts d’enrichissement immédiat ou de survie sans projet particulier, qui font que nos vies s’usent sans jamais viser quoi que ce soit de bon, de noble et d’important. Il y a autre chose que cette façon de marcher, les yeux au sol, avec un regard mauvais pour son voisin, sans rien entreprendre, sans rien espérer. Il y a autre chose que le sexe, et l’argent, et même la prétendue gloire de jouer un rôle à coups d’intrigues plus ou moins sordides. A partir de toutes petites surprises que vous ménage parfois l’attention au réel, on découvre qu’il y a autre chose que de vivre pour rien : il y a la possibilité d’obéir à cet élan intérieur tourné vers un monde entrevu, lumineux, durable, qui est peut-être à portée de main pour chacun de nous.

 

 

 

(…) Je crois bien avoir vécu toute ma vie en fonction d’un tel idéal et m’être entendue particulièrement bien avec ceux qui le partageaient. C’est peut-être pour cela que j’ai été prête à  accueillir les souvenirs étranges qui m’ont occupée dans ce livre. Mais les surprises qu’ils m’ont procurées ont été comme une confirmation, comme une certitude : et c’est ce qui m’a donné envie, quitte à risquer le ridicule, de les dire au lecteur en toute honnêteté. Ce serait si bien si l’on pouvait un peu plus lever les yeux vers ce qui dure, vers ce qui est !

 

  

Jacqueline de Romilly, Les révélations de la mémoire.

 

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Notre fragilité : motif de désespoir ou porte ouverte sur un autre réel ?

12 Mai 2011, 05:58am

Publié par Father Greg

 

 

girlLorsque l’on regarde le monde d’aujourd’hui, le constat est décapant : il y a notre personne apparente, celle qui va bien, celle qu’on montre aux autres et à nous-mêmes, et il y a une personne en nous -qu' on pourrait appeler notre enfant intérieur- qui, très souvent, est complètement dévastée. Ce n'est pas de l’introspection malsaine ou de l'apitoiement.  Cet enfant est semblable à ces enfants des rues qui ont grandis trop vite et qui errent dans les villes. C'est un mendiant d'amour, cet amour qu’on n'a jamais reçu pendant notre enfance parce que personne sur terre ne pouvait nous le donner, et qu’on cache aujourd’hui dans un excès de biens matériels ou d’overdose d’affectivité.

 

            Et maintenant,  est-ce trop tard ? Il semble qu’on pourrait recevoir toutes les vagues d'amour possibles, elles passeraient, trop tard, sur un corps d'enfant déjà noyé.

 

Est-ce qu'on ne vit pas tous, de manière diverse, cet abîme, cette expérience d’angoisse ? Un certaine connaissance personnelle nous révèle un autre monde derrière des masques de conventions et de politesses trop utilisées. Trop souvent, se dévoilent des odeurs de désespoir, plus ou moins cachées, rampantes, mais très présentes. Et, il faut le reconnaitre, on ne veut pas le voir. On refuse de le voir. On se le cache. Alors que très bizarrement, presque tous le portont en nous. C’est comme, quelque chose de brisé à l'intérieur... N’est-ce pas comme un lien premier avec notre père qui est perdu ? On a perdu ce lien originel avec notre source... et cette brisure fait que nous sommes tous, plus ou moins, errants, des orphelins, des hommes à doubles têtes.

 

Certains –et ils sont nombreux - sont comme des forcenés pour se le cacher : on s’est délivré de la culpabilité que produisait les avatars de notre errance, par un hédonisme et un narcissisme qui se révèle être un vice des plus exaspérants aujourd’hui– la bonne conscience. Nous sommes très contents de nous. Trop contents.

 

D'autres remplissent ce vide et ce manque par un excès de déterminations et d'activités. D’autres se durcissent ou se rattachent à une forme qui les sécurise ou qui dictent leur rapports sous forme d’une espèce d’impératif catégorique : « il faut que…»  Jusque dans notre manière d’aimer, ou dans la plus simple manière de vivre, ce drame est présent.

 

Et on se cache, on se masque, refoulant sur notre passé, notre enfance, ce manque, cette angoisse que tout notre être porte…  et refusant, dans une course en avant, dans un optimisme imaginaire, alimenté par toute sorte d’idéal et de mythes d’un grand soir politique, d’un salut tout humain, aussi affectif qu’irréel, de voir qu’on est rongé de l’intérieur, que quelque part ‘tout fout le camp’... 

 

« Tout fout le camp ? » ‘Mais, non, mais nôôn… vous plaisantez, pas pour môa…’ Nous sommes si vite satisfaits… Et on se fait des 'replâtrage' maisons, on se fait des ravalements, pour ‘sauver la face’, se rassurer… bouchant alors toutes possibilitées pour la lumière de s’insérer… on ne peut rien faire, il n'y aucune lumière qui ne peut pénétrer, et alors, on se gratifie par une espèce de langage pieux ou de discussion molle de bourgeois bien-pensants...  

 

Faut-il s’en vouloir ? Ce serait encore du désespoir… ne faut-il pas, en effet, un sacré courage pour accepter qu'on est, dans notre nature, des êtres, oui, imparfait sinon malades, qui ne peuvent se tenir debout par eux-mêmes... et, c'est peut-être ça un sage: celui qui accepte d'être un pauvre, un mendiant du réel. Celui qui n’a pas peur de ses fragilités et qui vient mendier de l’aide, qui s’en sert pour se lier, dans une dépendance inégale, d’un mendiant envers celui qui le sauve, mais qui alors permet à un autre de s’introduire dans son monde.

 

C'est toujours un peu notre lutte ici suivant le milieu dans lequel nous émergeons. Nous évoluons et grandissons dans des cultures fatalistes avec pour elles quelque chose de l’enfant, ou immatures et alors avec parfois une espèce d’innocence, ou critiques à l'excès mais avec une très grande lucidité;

Résultat: -soit on navigue à vue en craquant ou en se plaignant régulièrement que nos droits ne sont pas respectés, fuyant dans l’ironie ou dans une mauvaise humeur chronique la quête de sens que réclame notre condition de constant dépassement de soi;

-soit on devient des monstres d’efficacités, c’est aussi possible, vivant toujours un peu en tension pour ‘y arriver’, pour se prouver inconsciemment qu’on peut le faire : « oui, ça c’est moi » se dit-on intérieurement en gonflant le ‘moi’, cherchant dans une autosatisfaction à échapper à tout ce qui nous limites et qu’on refuse de voir.


Résultat, on se plante régulièrement ; on se prend régulièrement des murs, plus ou moins violents : on entretient des copinages, des mondanités, on existe en dépendance de nos relations montrant extérieurement une façade pour ne pas s’avouer que ce sont des refuges affectifs, des séductions temporaires parce que par soi-même on n’arrive pas à assumer ce réel que par ailleurs on a voulu complètement maitriser; c’est toujours plus ou moins inconscient, parce que le rythme de vie de notre monde –ou celui qu’on se donne- nous évite peut-être de faire face à ce qu’est vraiment la réalité de notre vie ;

Soit enfin, on entre dans cette nonchalance -bien présente sous les tropiques- du ‘je m’en fous’ : la spiritualité du ventre mou qui comme la limace prend la forme de la cuillère qui la ramasse…

 

Heureusement pour nous qu’il y a la misère des autres, aujourd’hui surexploité par les medias: voir des pauvres êtres, des innocents souffrirent, victimes de tsunamis, ou sinon, lorsque soi-même nous pâtissons d’un climat ou de maladies, cela réveille… dit Léon Bloy « On dirait que la douleur donne à certaines âmes une espèce de conscience. C'est comme aux huîtres le citron… »

 

Et là, on pourrait dire que cette misère qui vient habiter et déranger violement notre humanité est presque ce qui vient comme nous sauver de nous-même et de cette apathie que nous donne notre bonne conscience et de cette petite vie bien mesquine qu’on se bâtit à force de joie stupide sans lendemain.

 

Et cette misère, notre faiblesse est parfois ce qui appelle en nous  cette soif de continuer de marcher chaque jour, essayant d'être pour les plus pauvres un signe d’espérance, que tout cela n’est pas ‘en vain’… attendant du réel lui-même quelque chose qu’on ne peut se donner à soi-même. 

 

N’est-ce pas notre fragilité qui nous permet de nous réjouir, comme des enfants, de petites joies qui surgissent et qui sont comme un sourire qui nous dit de continuer de chercher ? N’est-ce pas notre fragilité qui nous permet, malgré nous d’aimer notre condition, que la porter n’est pas vain, et que quelque part une réponse existe, qu’elle nous attend dans celui à qui on se sera livré, jusque dans nos misères ?

 

Fr Grégoire. © Are you in reality?



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Qu'est-ce que le beau?

7 Mai 2011, 05:47am

Publié par Father Greg

 

 

vincent-van-gogh-amandier-en-fleurs.jpg« Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie naïve, non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau. C’est son immatriculation, sa caractéristique. Renversez la proposition et tâchez de concevoir un beau banal !

 

  Or, comment cette bizarrerie, nécessaire, incompréhensible, variée à l’infinie, descendante des milieux, des climats, des mœurs, de la race, de la religion et du tempérament de l’artiste pourra-t-elle jamais être gouvernée, amendée, redressée par les règles utopiques conçues dans un petit temple scientifique quelconque de la planète, sans danger de mort pour l’art lui-même ?

 

  Cette dose de bizarrerie qui constitue  et définit l’individualité, sans laquelle il n’y a pas de beau, joue dans l’art (que l’exactitude de cette comparaison en fasse pardonner la trivialité) le rôle du goût ou de l’assaisonnement dans les mets, les mets ne différant les uns des autres, abstraction faite de leur utilité ou de la quantité de substance nutritive  qu’ils contiennent, que par l’idée qu’ils révèlent à la langue. »

 

Baudelaire, Exposition universelle (1855).

 

 

Ainsi, il court, il cherche. Que cherche-t-il ? A coup sûr, cet homme  tel que je l’ai dépeint, ce solitaire doué d’une imagination active, toujours voyageant à travers le grand désert d’hommes, a un but plus élevé que celui d’un pur flâneur, un but plus général, autre que le plaisir fugitif de la circonstance. Il cherche ce quelque chose qu’on nous permettra d’appeler la modernité ; car il ne se présente pas de meilleur mot pour exprimer l’idée en question. Il s’agit pour lui de dégager de la mode ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, de tirer l’éternel du transitoire.

 

  […]La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel, l’immuable. Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien ; la plupart des beaux portraits qui nous restent des temps antérieurs sont revêtus des costumes de leur époque. Ils sont parfaitement harmonieux, parce que le costume, la coiffure et même le geste, le regard, le sourire (chaque époque à son port, son regard, son sourire) forment un tout d’une complète vitalité. Cet élément transitoire, fugitif, dont les métamorphoses sont si fréquentes, vous n’avez pas le droit de le mépriser ou de vous en passer. En le supprimant, vous tombez forcément dans le vide d’une beauté abstraite et indéfinissable, comme celle de l’unique femme avant le premier péché.

      03 Georges de La Tour

  En un mot, pour que toute la modernité soit digne de devenir antiquité, il faut la beauté mystérieuse que la vie humaine y met involontairement en ait été extraite. »

 

Baudelaire, « Le Peintre de la vie moderne » 1863

 


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Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas. Accusez-vous vous-même d'être aveugle...

6 Mai 2011, 05:00am

Publié par Father Greg

 

  

 

auguste-macke-jeunes-filles-sous-les-arbres.jpg « Cherchez en vous-mêmes. Explorez la raison qui vous commande d'écrire; examinez si elle plonge ses racines au plus profond de votre cour; faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s'il vous était interdit d'écrire. Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit; me faut-il écrire ?

 

Creusez en vous-mêmes à la recherche d'une réponse profonde. Et si celle-ci devait être affirmative, s'il vous était donné d'aller à la rencontre de cette grave question avec un fort et simple "il le faut", alors bâtissez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'en son heure la plus indifférente et la plus infime, doit être le signe et le témoignage de cette impulsion. Puis vous vous approcherez de la nature. Puis vous essayerez, comme un premier homme, de dire ce que vous voyez et vivez, aimez et perdez.

 

N'écrivez pas de poèmes d'amour; évitez d'abord les formes qui sont trop courantes et trop habituelles : ce sont les plus difficiles, car il faut la force de la maturité pour donner, là où de bonnes et parfois brillantes traditions se présentent en foule, ce qui vous est propre. Laissez-donc les motifs communs pour ceux que vous offre votre propre quotidien; décrivez vos tristesses et vos désirs, les pensées fugaces et la foi en quelque beauté. Décrivez tout cela avec une sincérité profonde, paisible et humble, et utilisez, pour vous exprimer, les choses qui vous entourent, les images de vos rêves et les objets de votre souvenir.

 

Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour appeler à vous ses richesses; car pour celui qui crée il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et indifférent. Et fussiez-vous même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir à vos sens aucune des rumeurs du monde, n'auriez-vous pas alors toujours votre enfance, cette délicieuse et royale richesse, ce trésor des souvenirs ? Tournez vers elle votre attention. Cherchez à faire resurgir les sensations englouties de ce vaste passé; votre personnalité s'affirmera, votre solitude s'étendra pour devenir une demeure de douce lumière, loin de laquelle passera le bruit des autres. »

 

Seul celui qui est prêt à tout, et n'exclut rien, pas même le plus énigmatique, vivra la relation avec quelqu'un d'autre comme une chose vivante, et épuisera sa propre existence.

 

  

Si l'on se figure cette existence de l'individu comme une pièce plus ou moins grande, on voit que, pour la plupart, les gens n'apprennent à connaître qu'un coin de leur pièce, une place à la fenêtre, une bande sur laquelle ils vont et viennent. Ainsi trouvent-ils une certaine sécurité.

 

 

Et pourtant, elle est tellement plus humaine cette insécurité pleine de dangers qui, dans les histoires de Poe, pousse les prisonniers à palper les formes de leurs terrifiants cachots, et à n'être pas étrangers aux indicibles effrois de leur séjour. Mais nous ne sommes pas prisonniers.

 

 

 Nuls traquenards ni pièges ne sont autour de nous disposés; rien n'est là qui doive nous faire peur ou nous torturer. Nous sommes placés dans la vie comme dans l'élément auquel nous correspondons le mieux, et, de surcroît, grâce à cette adaptation millénaire, nous en sommes venus à ressembler à cette vie, au point que, lorsque nous restons immobiles, c'est à peine si, par un heureux mimétisme, nous nous distinguons de tout ce qui nous entoure. Nous n'avons pas de raison d'avoir de la méfiance contre notre monde, car il n'est pas contre nous. S'il est en lui des effrois, ce sont nos effrois; S'il est en lui des abîmes, ces abîmes nous appartiennent; des dangers se trouvent-ils là, nous devons essayer de les aimer.

 

  Et pour peu que nous disposions notre vie selon le principe qui nous conseille de nous tenir au plus difficile, alors ce qui nous paraît aujourd'hui encore le plus étranger nous deviendra le plus familier, le plus fidèle. Comment nous faudrait-il oublier les vieux mythes qui se trouvent au commencement de tous les peuples, ces mythes de dragons qui, à l'instant suprême, se métamorphosent en princesses?

  

 Peut-être tous les dragons de notre vie sont-ils des princesses qui attendent, simplement, de nous voir un jour beaux et vaillants. Peut-être tout l'effroyable est-il, au plus profond, ce qui, privé de secours, veut que nous le secourions."

 

 

 Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.

 

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