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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Cette révolte qui sourd en nous...

10 Novembre 2012, 02:38am

Publié par Fr Greg.

 

art.tears.getty

 

« Je dois t’avouer une chose, commença Ivan, je n’ai jamais pu comprendre comment on peut aimer son prochain. C’est précisément, à mon idée, le prochain qu’on ne peut aimer ; du moins ne peut-on l’aimer qu’à distance. J’ai lu quelque part, à propos d’un saint, « Jean le Miséricordieux », qu’un passant affamé et transi, vint un jour le supplier de le réchauffer ; le saint se coucha sur lui, le prit dans ses bras et se mit à insuffler son haleine dans la bouche purulente du malheureux, infecté par une horrible maladie. Je suis persuadé qu’il fit cela avec effort, en se mentant à lui-même, dans un sentiment d’amour dicté par le devoir, et par esprit de pénitence. Il faut qu’un homme soit caché pour qu’on puisse l’aimer ; dès qu’il montre son visage, l’amour disparaît.

— Le starets Zosime a plusieurs fois parlé de cela, observa Aliocha. Il disait aussi que souvent, pour des âmes inexpérimentées, le visage de l’homme est un obstacle à l’amour. Il y a pourtant beaucoup d’amour dans l’humanité, un amour presque pareil à celui du Christ, je le sais par expérience Ivan…

— Eh bien, moi, je ne le sais pas encore et ne peux pas le comprendre, beaucoup sont dans le même cas. Il s’agit de savoir si cela provient des mauvais penchants, ou si c’est inhérent à la nature humaine. À mon avis, l’amour du Christ pour les hommes est une sorte de miracle impossible sur la terre. Il est vrai qu’il était Dieu ; mais nous ne sommes pas des dieux. Supposons, par exemple, que je souffre profondément ; un autre ne pourra jamais connaître à quel point je souffre, car c’est un autre, et pas moi. De plus, il est rare qu’un individu consente à reconnaître la souffrance de son prochain (comme si c’était une dignité ! ) Pourquoi cela, qu’en penses-tu ? Peut-être parce que je sens mauvais, que j’ai l’air bête ou que j’aurai marché un jour sur le pied de ce monsieur ! En outre, il y a diverses souffrances : celle qui humilie, la faim, par exemple, mon bienfaiteur voudra bien l’admettre, mais dès que ma souffrance s’élève, qu’il s’agit d’une idée, par exemple, il n’y croira que par exception car, peut-être, en m’examinant, il verra que je n’ai pas le visage que son imagination prête à un homme souffrant pour une idée. Aussitôt il cessera ses bienfaits, et cela sans méchanceté. Les mendiants, surtout ceux qui ont quelque noblesse, ne devraient jamais se montrer, mais demander l’aumône par l’intermédiaire des journaux. En théorie, encore, on peut aimer son prochain, et même de loin : de près, c’est presque impossible. Si, du moins, tout se passait comme sur la scène, dans les ballets où les pauvres en loques de soie et en dentelles déchirées mendient en dansant gracieusement, on pourrait encore les admirer. Les admirer, mais non pas les aimer… Assez là-dessus. Je voulais seulement te placer à mon point de vue. Je voulais parler des souffrances de l’humanité en général, mais il vaut mieux se borner aux souffrances des enfants. Mon argumentation sera réduite au dixième, mais cela vaut mieux. J’y perds, bien entendu. D’abord, on peut aimer les enfants de près, même sales, même laids (il me semble, pourtant, que les enfants ne sont jamais laids). Ensuite, si je ne parle pas des adultes, c’est que non seulement ils sont repoussants et indignes d’être aimés, mais qu’ils ont une compensation : ils ont mangé le fruit défendu, discerné le bien et le mal, et sont devenus « semblables à des dieux ». Ils continuent à le manger. Mais les petits enfants n’ont rien mangé et sont encore innocents. Tu aimes les enfants, Aliocha ? Je sais que tu les aimes, et tu comprendras pourquoi je ne veux parler que d’eux. Ils souffrent beaucoup, eux aussi, sans doute, c’est pour expier la faute de leurs pères, qui ont mangé le fruit ; mais c’est le raisonnement d’un autre monde, incompréhensible au cœur humain ici-bas. Un innocent ne saurait souffrir pour un autre, surtout un petit être ! Cela te surprendra, Aliocha, mais moi aussi j’adore les enfants. Remarque que les hommes cruels, doués de passions sauvages, les Karamazov, aiment parfois beaucoup les enfants. Jusqu’à sept ans, les enfants diffèrent énormément de l’homme ; c’est comme un autre être, avec une autre nature. J’ai connu un bandit, un bagnard ; durant sa carrière, lorsqu’il s’introduisait nuitamment dans les maisons pour piller, il avait assassiné des familles entières, y compris les enfants. Pourtant, en prison, il les aimait étrangement ; il ne faisait que regarder ceux qui jouaient dans la cour et devint l’ami d’un petit garçon qu’il voyait jouer sous sa fenêtre… Tu ne sais pas pourquoi je dis tout cela, Aliocha ? J’ai mal à la tête et je me sens triste.

— Tu as l’air bizarre, tu ne me parais pas dans ton état normal, insinua Aliocha avec inquiétude.

— À propos, continua Ivan comme s’il n’avait pas entendu son frère, un Bulgare m’a récemment conté à Moscou les atrocités que commettent les Turcs et les Tcherkesses dans son pays : craignant un soulèvement général des Slaves, ils incendient, égorgent, violent les femmes et les enfants ; ils clouent les prisonniers aux palissades par les oreilles, les abandonnent ainsi jusqu’au matin, puis les pendent, etc. On compare parfois la cruauté de l’homme à celle des fauves ; c’est faire injure à ces derniers. Les fauves n’atteignent jamais aux raffinements de l’homme. Le tigre déchire sa proie et la dévore ; c’est tout. Il ne lui viendrait pas à l’idée de clouer les gens par les oreilles, même s’il pouvait le faire. Ce sont les Turcs qui torturent les enfants avec une jouissance sadique, arrachent les bébés du ventre maternel, les lancent en l’air pour les recevoir sur les baïonnettes, sous les yeux des mères, dont la présence constitue le principal plaisir. Voici une autre scène qui m’a frappé. Pense donc : un bébé encore à la mamelle, dans les bras de sa mère tremblante, et autour d’eux, les Turcs. Il leur vient une plaisante idée : caressant le bébé, ils parviennent à le faire rire ; puis l’un d’eux braque sur lui un revolver à bout portant. L’enfant tend ses menottes pour saisir le joujou ; soudain, l’artiste presse la détente et lui casse la tête. Les Turcs aiment, dit-on, les douceurs.

 

Fédor Dostoïevski, Les frères Karamazov.

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Qu'est-ce que la foi? (II)

9 Novembre 2012, 02:59am

Publié par Fr Greg.

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Mais autour de nous, nous voyons tous les jours que beaucoup sont indifférents ou refusent d’accueillir cette annonce. A la fin de l’évangile de Marc, aujourd’hui, nous avons entendu les paroles dures du Ressuscité qui disaient : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Mc 16, 16), il se perd. Je voudrais vous inviter à réfléchir là-dessus. La confiance dans l’action de l’Esprit-Saint doit toujours nous pousser à aller prêcher l’évangile, à donner le témoignage courageux de la foi ; mais, au-delà de la possibilité d’une réponse positive au don de la foi, il y a aussi le risque du refus de l’évangile, du non-accueil de la rencontre vitale avec le Christ.

 

Saint Augustin soulevait ce problème dans un de ses commentaires de la parabole du semeur : « Nous, du moins, nous parlons, disait-il, nous jetons et dispersons la semence. Parmi nos auditeurs il en est qui méprisent, il en est qui se plaignent, il en est qui rient. Si nous craignons tous ces auditeurs, il ne nous est plus possible de semer et nous devons nous attendre à mourir de faim à la moisson. Que la semence arrive donc jusqu'à la bonne terre » (De la discipline chrétienne, 13, 14). Le refus, donc, ne peut pas nous décourager. Comme chrétiens, nous sommes le témoignage de ce terrain fertile : notre foi, malgré nos limites, montre qu’il existe une bonne terre, où la semence de la parole de Dieu produit des fruits abondants de justice, de paix et d’amour, de nouvelle humanité, de salut. Et toute l’histoire de l’Eglise, avec tous ses problèmes, démontre aussi qu’il existe une bonne terre, qu’il existe du bon grain, et qu’il porte du fruit.

 

Mais posons-nous une question : d’où l’homme tient-il cette ouverture du cœur et de l’esprit pour croire en ce Dieu qui s’est rendu visible en Jésus-Christ mort et ressuscité, pour accueillir son salut, en sorte que Jésus et son évangile deviennent le guide et la lumière de son existence ? La réponse est celle-ci : nous pouvons croire en Dieu parce qu’il s’approche de nous et nous touche, parce que l’Esprit-Saint, don du Ressuscité, nous rend capables d’accueillir le Dieu vivant. La foi alors est avant tout un don surnaturel, un don de Dieu.

 

Le concile Vatican II affirme : « Pour exister, cette foi requiert la grâce prévenante et adjuvante de Dieu, ainsi que les secours intérieurs du Saint-Esprit qui touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne ‘à tous la douce joie de consentir et de croire à la vérité’ » (Const. dogm. Dei Verbum, 5). A l’origine de notre cheminement de foi, il y a le baptême, le sacrement qui nous donne l’Esprit-Saint, faisant de nous des enfants de Dieu dans le Christ, et qui marque l’entrée dans la communauté de foi, dans l’Eglise : on ne croit pas par soi-même, sans la prévenance de la grâce de l’Esprit ; et on ne croit pas tout seul, mais avec des frères. A partir du baptême, tout croyant est appelé à revivre et à faire sienne cette confession de foi, avec ses frères.

 

La foi est don de Dieu, mais c’est aussi un acte profondément libre et humain. Le Catéchisme de l’Eglise catholique le dit clairement : « Croire n’est possible que par la grâce et les secours intérieurs du Saint-Esprit. Il n’en est pas moins vrai que croire est un acte authentiquement humain. Il n’est contraire ni à la liberté ni à l’intelligence de l’homme » (n. 154). Au contraire, il les implique et les exalte, dans un pari de la vie qui est comme un exode, c’est-à-dire une sortie de soi, de ses sécurités, de ses schémas mentaux, pour se confier à l’action de Dieu qui nous indique la route pour obtenir la vraie liberté, notre identité humaine, la vraie joie du cœur, la paix avec tous. Croire, c’est se confier en toute liberté et dans la joie au dessein providentiel de Dieu sur l’histoire, comme le fit le patriarche Abraham, comme le fit Marie de Nazareth. La foi est alors un assentiment par lequel notre esprit et notre cœur disent leur « oui » à Dieu, en confessant que Jésus est le Seigneur. Et ce « oui » transforme la vie, lui ouvre le chemin vers une plénitude de sens, la rend nouvelle, riche de joie et d’une espérance sûre.

 

Chers amis, notre époque a besoin de chrétiens qui ont été saisis par le Christ, qui grandissent dans la foi grâce à leur familiarité avec l’Ecriture sainte et les sacrements. De personnes qui soient comme un livre ouvert qui raconte l’expérience de la vie nouvelle dans l’Esprit, la présence de ce Dieu qui nous soutient en chemin et nous ouvre à la vie qui ne finira jamais. Merci.

Benoit XVI.24.10.2012.

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Qu’est-ce que la foi ?

8 Novembre 2012, 03:49am

Publié par Fr Greg.

 

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Qu’est-ce que la foi ? La foi a-t-elle encore un sens dans un monde où la science et la technique ont ouvert des horizons encore impensables il y a peu de temps ? Que signifie croire aujourd’hui ? En effet, notre époque a besoin d’une éducation de la foi renouvelée qui comprenne bien sûr une connaissance de ses vérités et des événements de la foi, mais surtout qui naisse d’une véritable rencontre avec Dieu en Jésus-Christ, d’un amour pour lui, d’une confiance en lui, au point que la vie tout entière en soit impliquée.

 

Aujourd’hui, parmi tant de signes de bonté, se développe aussi autour de nous un certain désert spirituel. Parfois, en entendant tous les jours des nouvelles de certains événements, on a comme la sensation que le monde ne va pas vers la construction d’une communauté plus fraternelle et plus pacifique ; les idées mêmes de progrès et de bien-être dévoilent aussi leurs ombres. Malgré la grandeur des découvertes de la science et des succès de la technique, l’homme ne semble pas aujourd’hui être devenu plus libre, plus humain ; tant de formes d’exploitation, de manipulation, de violence, d’abus, d’injustice demeurent encore… Un certain type de culture aussi a enseigné à évoluer seulement dans l’horizon des choses, du faisable, à ne croire qu’en ce qu’on peut voir et toucher de nos mains. D’autre part aussi on constate un nombre croissant de personnes qui se sentent désorientées et qui, dans leur tentative d’aller au-delà d’une vision seulement horizontale de la réalité, sont prêtes à croire tout et son contraire. Dans ce contexte, certaines questions fondamentales émergent de nouveau, beaucoup plus concrètes qu’elles ne le semblent à première vue : quel est le sens de la vie ? Y a-t-il un avenir pour l’homme, pour nous et pour les nouvelles générations ? Dans quelle direction orienter les choix de notre liberté pour pouvoir mener une vie bonne et heureuse ? Qu’est-ce qui nous attend après la mort ?

 

On perçoit dans ces questions impérieuses combien le monde de la planification, du calcul exact et de l’expérimentation, en un mot le savoir de la science, bien qu’il soit important pour la vie de l’homme, ne suffit pas. Nous n’avons pas seulement besoin de pain matériel, nous avons besoin d’amour, de sens et d’espérance, d’un fondement sûr, d’un terrain ferme qui nous aide à donner un sens authentique à notre vie même dans les crises, dans l’obscurité, dans les difficultés et les problèmes quotidiens. La foi nous donne justement cela : c’est un abandon confiant à un « Tu » qui est Dieu, qui me donne une certitude différente, mais pas moins solide que celle qui me vient d’un calcul exact ou de la science.

 

La foi n’est pas simplement un assentiment intellectuel de l’homme à des vérités particulières sur Dieu ; c’est un acte par lequel je me confie librement à un Dieu qui est Père et qui m’aime ; c’est une adhésion à un « Tu » qui me donne espérance et confiance. Certes, cette adhésion à Dieu n’est pas privée de contenus : par elle nous sommes conscients que Dieu lui-même s’est montré à nous dans le Christ, a fait voir son visage et s’est réellement fait proche de chacun de nous. Et même, Dieu a révélé que son amour pour l’homme, pour chacun de nous, est sans mesure : sur la Croix, Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu fait homme, nous montre de la manière la plus lumineuse qui soit jusqu’où va cet amour, jusqu’au don de lui-même, jusqu’au sacrifice total.

 

Dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, Dieu descend au plus profond de notre humanité pour la ramener jusqu’à lui, pour l’élever à sa hauteur. La foi consiste à croire en cet amour de Dieu qui ne diminue pas devant la méchanceté de l’homme, devant le mal et la mort, mais qui est capable de transformer toute forme d’esclavage, en donnant la possibilité du salut. Avoir la foi, alors, c’est rencontrer ce « Tu », Dieu, qui me soutient et m’accorde la promesse d’un amour indestructible, qui non seulement aspire à l’éternité mais la donne ; c’est me confier à Dieu avec l’attitude d’un enfant qui sait bien que toutes ses difficultés, tous ses problèmes sont en sécurité dans le « tu » de sa mère.

 

Et cette possibilité de salut, à travers la foi, est un don que Dieu offre à tous les hommes. Je pense que nous devrions méditer plus souvent – dans notre vie quotidienne caractérisée par des problèmes et des situations parfois dramatiques – sur le fait que croire de manière chrétienne signifie cet abandon de moi-même, confiant dans le sens profond qui me porte et qui porte le monde, ce sens que nous ne sommes pas en mesure de nous donner, mais seulement de recevoir, et qui est le fondement sur lequel nous pouvons vivre sans peur. Et cette certitude libératrice et rassurante de la foi, nous devons être capables de l’annoncer par la parole et de la montrer par notre vie de chrétiens.

 

Benoit XVI, 24.10.2012

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Le petit René, apôtre du rationalisme, a la dent dure....

7 Novembre 2012, 01:14am

Publié par Fr Greg.

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Dieu a-t-il de l’ordre, oui ou non ? Voilà, je pense, une sacrée question, c’est le cas de le dire, et crânement posée on en conviendra.

 

Je connais des bourgeois réellement forts [...], sincèrement épris de vérité, qui déplorent de bonnes foi et avec grande tristesse le désordre effrayant de l’œuvre de Dieu. Ils voient, pour s’en affliger profondément, que rien n’est à sa place, ni les choses ni les hommes, à commencer par eux-mêmes et qu’il est infiniment regrettable que le Créateur ait négligé de les consulter. [...]

 

La Création laisse beaucoup à désirer. Elle est, disons-le, ratée et même sabotée. Dieu n’a pas fait ce qu’on attend de lui et c’est fort injustement qu’il exige un salaire d’adoration. [...] sans insister sur ces guerres calamiteuses dont il est impossible de prévoir l’issue et qui peuvent déterminer soudainement des désastres financiers ; sans rien dire non plus de certaines famines inopinées qu’on a pas eu le flair d’organiser à l’avance et qui surprennent si péniblement parfois les capitalistes engagés dans d’autres affaires  d’un rendement inférieur ; oui, même en faisant table rase de tout cela, que penser des aberrations despotiques de la prétendue morale chrétienne ?

 

[...] “Au surplus et pour couper court” dira le philosophe bourgeois, “n’est-il pas écrit dans les livres soi-disant sacrés qu’on dit inspirés de l’Esprit Saint, que le Fils de Dieu venu pour sauver le monde a choisi la folie et a enseigné la folie ?” Il ne manquera pas d’ajouter que cet aveu est concluant et que le désordre divin est  manifeste et que la question posée tout à l’heure est parfaitement oiseuse”.

 

Léon Bloy, Exégèse des Lieux Communs, 1913

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Notre monde refuse que s'impose à lui ce qu'il n'a pas décidé!

6 Novembre 2012, 01:15am

Publié par Fr Greg.

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"Ce ne serait pas le mariage pour tous, mais le mariage de quelques-uns imposés à tous"

 

"Qui va décider si et jusqu’à quand je peux vivre, jusqu’à quel seuil de handicap,

quel seuil de douleur, quel coût pour la société ?"

 

" La recherche sur des cellules souches embryonnaires restent moralement inacceptables et économiquement hasardeuses".

André, Cardinal Vingt-Trois.

 

Extrait du discours du président de la CEF.

(…)

Le concile Vatican II -pas plus qu'aucun des vingt autres conciles œcuméniques qui l'ont précédé- n'est pas derrière nous, il est devant nous ! Il est derrière nous pour les travaux qui ont été accomplis en leur temps, il est derrière nous pour les débats qui l'ont animé. Mais leconcile Vatican II est encore largement devant nous pour ses fruits. Il est devant nous pour sa fécondité. Il est devant nous pour le développement des dynamismes qu'il a suscités dans l'Église, par l'intérêt qu'il a soulevé dans le monde.

Nous ne sommes pas les gardiens nostalgiques d'un esprit du concile qui serait partout sauf précisément dans les textes du concile. Nous ne sommes pas les survivants d'une espèce de vieille armée, blanchie sous le harnais, et qui veut à tout prix entretenir les souvenirs de sa jeunesse.

Nous sommes des héritiers, nous avons hérité un patrimoine du concile comme nous avons hérité un patrimoine de l'Église. Et l'acte conciliaire qui s'est ouvert il y a cinquante ans a été un formidable travail de fond pour actualiser ce patrimoine de l'Église, pour le rendre plus accessible non seulement aux érudits, non seulement aux exégètes, non seulement aux théologiens, non seulement aux clercs, mais à tous les membres de l'Église. C'est cette diffusion du patrimoine de la tradition chrétienne telle que nous la recevons de l'Écriture et telle que nous l'interprétons dans la communion de l'Église qui devient le ferment et le dynamisme d'un renouveau missionnaire. C'est le sens de la Nouvelle Evangélisation et de l'Année de la foi.

 

Comment pourrions-nous oublier les transformations profondes que le concile a provoquées dans la capacité des chrétiens à accueillir, à partager et à annoncer la Parole de Dieu ? L'établissement d'un lectionnaire liturgique qui suit de façon continue la lecture des épîtres et des évangiles, avec des lectures de l'Ancien Testament, l'ouverture d'une réflexion profonde et structurée sur le rapport de l'Écriture à la Tradition, une meilleure évaluation théologique du dynamisme de récapitulation que le Christ opère par sa Résurrection, tout cela ouvre nos yeux et nos esprits à une approche renouvelée du monde qui nous entoure, non pas comme le symbole de la perversion et de la damnation, mais comme le terrain où Dieu lui-même est venu prendre chair, pour éveiller aux cœurs des hommes l'image divine qu'il y a déposée par son acte créateur.

Comment oublier le basculement des mentalités entraîné par l'approche non seulement théologique, mais aussi pratique, des relations avec les Églises et les communautés chrétiennes ? Comment oublier le renouvellement de notre regard sur nos frères orthodoxes, sur nos frères protestants ? Comment oublier le virage spectaculaire que Nostra Aetate a fait prendre à nos relations avec les autres religions, notamment l'Islam et le Judaïsme ? Comment oublier le discours de Jean-Paul II à Casablanca et ses démarches prophétiques à la synagogue de Rome et au Mur des Lamentations ? Mais aussi, comment ne pas souffrir de voir certains des membres de notre Église se livrer au « libre examen » et s'instaurer interprètes autorisés du concile à la place du Magistère, au mépris de la véritable tradition ?

Célébré dans un moment de grandes mutations de nos sociétés, le concile Vatican II ne doit pas être tenu pour responsable des ébranlements qui ont marqué les années 1960-1980. Au contraire, nous avons des raisons d'être fiers de ce grand événement qui préparait prophétiquement l'entrée dans le troisième millénaire.

 

2. Le synode des évêques

L'un des fruits du concile a été la mise en œuvre progressive d'une pratique concrète de la collégialité par les travaux du synode des évêques. Cette XIII° assemblée générale a montré la fécondité de l'institution. À travers les séances plénières et le travail des groupes linguistiques, nous avons vu évoluer progressivement la manière de comprendre dans sa dimension complète le thème initialement proposé. Partis d'une perspective dominée par le souci de rejoindre les chrétiens européens éloignés de l'Église, nous avons peu à peu mesuré que la nouvelle évangélisation concerne aussi les jeunes Églises et nous avons approfondi une orientation vers une évangélisation renouvelée qui pose finalement les questions fondamentales de l'annonce de l'unique foi chrétienne dans l'extrême diversité des situations à travers les cinq continents. Elle suppose une véritable conversion spirituelle pour renouveler en nous la puissance du témoignage. Plus que de stratégie et de moyens, c'est d'un recentrage sur le Christ qu'il a été question : c'est lui qui est l'Évangile de Dieu. C'est son Esprit qui nous envoie.

 

Nous avons entendu les difficultés, allant parfois jusqu'à l'agression physique, auxquelles sont confrontés les chrétiens dans le monde : entraves à la liberté de conscience, tentations d'un retour aux pratiques païennes, séduction de certains nouveaux mouvements religieux à tendance sectaire, développement d'un athéisme pratique dans la post modernité, nivellement des références culturelles par la globalisation médiatique, etc. Nous avons entendu le témoignage des Églises pour lesquelles l'annonce explicite de l'évangile est impossible. Elles proposent chaque jour le témoignage silencieux de l'évangile vécu et leur fidélité aboutit parfois au martyre. Nous avons aussi évoqué le témoignage de foi vécu dans toutes les œuvres caritatives de l'Église. Nous avons éprouvé notre communion avec ces frères et sœurs qui sont viscéralement attachés au Christ à travers le monde entier.

 

Maintenant, en entrant dans l'Année de la foi, c'est à nous de tirer quelques conséquences de cette expérience de l'Église universelle. Comment ce grand élan de la nouvelle évangélisation va-t-il relancer un dynamisme nouveau dans nos communautés particulières ? Comment les paroisses, les mouvements, les groupes de toute sorte qui sont constitués au nom du Christ vont-ils être renouvelés dans leur vocation missionnaire ? Comment notre appel à la mission va-t-il en être revigoré ?

 

Nous savons bien que, chez nous, la situation du christianisme s'est beaucoup transformée au cours des dernières décennies. Le passage d'un christianisme sociologique à un christianisme de conviction s'est accéléré et nous en retrouvons les traces dans l'éloignement pratique de beaucoup de baptisés par rapport à la vie de leur Église. Moins que d'une hostilité, qui est plutôt le fait de quelques militants, il s'agit plutôt d'une indifférence.

 

3. La loi républicaine

La crise économique atteint de plus en plus l'ensemble de notre société. Des entreprises ferment et la précarité s'étend. Des actes de violence barbares heureusement isolés, montrent l'extrême fragilité de notre tissu social et le désarroi de nombreuses familles qui ont besoin d'être soutenues et confortées dans leur mission éducative.

 

C'est dans ce contexte préoccupant que le gouvernement fait passer en urgence des mutations profondes de notre législation qui pourraient transformer radicalement les modalités des relations fondatrices de notre société. Des changements de cette ampleur imposaient un large débat national qui ne se contente pas d'enregistrer des sondages aléatoires ou la pression ostentatoire de quelques lobbies. Nous aurions été heureux, comme dans d'autres occasions, notamment pour les lois de bioéthique, d'apporter notre contribution à ce débat. L'élection présidentielle et les élections législatives ne constituent pas un blanc-seing automatique, surtout pour des réformes qui touchent très profondément les équilibres de notre société. Puisque ce débat n'a pas encore été organisé, nous voulons du moins exprimer un certain nombre de convictions et alerter nos concitoyens sur la gravité de l'enjeu.

 

Contrairement à ce que l'on nous présente, le projet législatif concernant le mariage n'est pas simplement une ouverture généreuse du mariage à de nouvelles catégories de concitoyens, c'est une transformation du mariage qui toucherait tout le monde. Ce ne serait pas le « mariage pour tous » (étrange formule qu'il ne faut sans doute pas prendre au pied de la lettre !). Ce serait le mariage de quelques-uns imposé à tous. Les conséquences qui en découlent pour l'état civil en sont suffisamment éloquentes : a-t-on demandé aux citoyens s'ils étaient d'accord pour ne plus être le père ou la mère de leur enfant et ne devenir qu'un parent indifférencié : parent A ou parent B ? La question fondamentale est celle du respect de la réalité sexuée de l'existence humaine et de sa gestion par la société. Alors que l'on prescrit la parité stricte dans de nombreux domaines de la vie sociale, imposer, dans le mariage et la famille où la parité est nécessaire et constitutive, une vision de l'être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société et instaurerait une discrimination entre les enfants.

 

Que pouvons-nous faire ? Face à ces mesures qui menacent notre société, que pouvons-nous faire ? Que devons-nous faire ? Nous devons d'abord inviter à prier puisqu'il s'agit de provoquer et soutenir la liberté de conscience de chacun. Comme pasteurs de notre Église, il nous incombe d'éclairer les consciences, de dissiper les confusions, de formuler le plus clairement possible les enjeux.

 

Nous continuons d'appeler les chrétiens, et tous ceux qui partagent notre analyse et nos questions, à saisir leurs élus en leur écrivant des lettres personnelles, en les rencontrant et en leur exprimant leurs convictions. Comme citoyens, ils peuvent, et peut-être doivent, utiliser les moyens d'expression qui sont ceux d'une société démocratique, d'une « démocratie participative », pour faire connaître et entendre leur point de vue. Les sites de la conférence épiscopale et ceux de nos diocèses présentent toutes sortes d'arguments qui sont finalement assez connus. Une chose doit être claire : nous ne sommes pas dans une défense de je ne sais quels privilèges confessionnels. Nous parlons pour ce que nous estimons le bien de tous. C'est pourquoi nous ne mettons pas en avant la question du sacrement de mariage qui est une vocation particulière, mais la fonction sociale du mariage qui ne dépend d'aucune religion.

 

1/ Aucun être humain n'a le pouvoir de disposer de la vie de son semblable, à quelque stade que ce soit de son développement ou de son itinéraire et quels que soient les handicaps dont il peut être frappé ou la détérioration de son état de santé. Chacun de nous est responsable du respect de cet interdit absolu du meurtre et notre société doit s'employer à éliminer les manquements à cette obligation. Dès lors que le respect absolu de la vie humaine ne serait plus la règle défendue par la société, les individus entreraient dans une dynamique de suspicion et d'angoisse. Qui va décider si et jusqu'à quand je peux vivre, jusqu'à quel seuil de handicap, quel seuil de douleur, quel seuil de gêne pour les autres, quel coût pour la société ?

 

2/ Tout être humain conçu a le droit de vivre à quelque moment que ce soit de son développement. Celui et celle qui l'ont appelé à la vie en sont responsables et la société doit les soutenir et les aider dans l'exercice de cette responsabilité. Le respect de l'embryon participe de cette protection que la société doit aux plus faibles de ses membres. Alors que les recherches sur les cellules souches adultes donnent déjà lieu à des applications thérapeutiques et que le prix Nobel de médecine vient d'être attribué au Professeur Yamanaka et au Professeur Gurdon pour leurs travaux sur la reprogrammation des cellules différenciées en cellules pluripotentes, certains voudraient autoriser plus largement encore la recherche sur des cellules souches embryonnaires. De telles recherches restent moralement inacceptables et économiquement hasardeuses.

 

3/ Tout enfant venu au monde a droit à connaître ceux qui l'ont engendré et à être élevé par eux, conformément à la Convention Internationale relative aux droits de l'enfant ratifiée par la France en 1990 (article 7 /1 : « L'enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d'acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux. »). Ce droit impose de ne pas légaliser les procréations anonymes qui rendent cet impératif impossible à tenir. Dans certaines situations exceptionnelles des personnes peuvent, pour le bien de l'enfant, assumer généreusement la responsabilité parentale. Elles ne peuvent jamais se substituer totalement à l'homme et à la femme qui ont engendré l'enfant.

 

4/ Tout enfant a droit à être éduqué. Cette obligation repose d'abord sur les parents qui sont les premiers responsables de l'éducation de leurs enfants. La société doit les soutenir et les aider dans cette mission, aussi bien par les aides financières, qui reconnaissent leur apport pour un meilleur avenir de l'ensemble de notre société, que par des aides pédagogiques qui sont souvent très nécessaires.

L'obligation de l'éducation repose ensuite sur l'institution scolaire qui a la charge de transmettre les savoirs nécessaires à l'exercice de la liberté personnelle, mais aussi le devoir de développer chez les jeunes la reconnaissance et le développement d'un certain nombre de qualités morales sur lesquelles reposent le consensus social et l'apprentissage de relations respectueuses et pacifiques entre les membres du corps social. Nommer le bien et le mal fait partie de cette responsabilité collective.

 

5/ Les enfants ou les jeunes délinquants, quels que soient leur statut juridique : français, étrangers, en situation régulière ou non, ne doivent pas être traités par la seule incarcération. Dans une démarche éducative, la punition peut être nécessaire. Elle doit toujours avoir pour objectif la transformation positive de celui qui l'a méritée. Elle ne doit pas éluder les responsabilités des adultes dans le déclenchement, l'organisation ou l'exploitation de la délinquance : réseaux organisés de mendicité, institution du trafic de drogues, prostitution, pornographie publique, etc.

 

Pour terminer, je voudrais évoquer un droit qui concerne directement l'exercice de notre religion et qui, à ce titre, fait partie des éléments constitutifs de la laïcité, comme l'avait très bien compris et institutionnalisé J. Ferry. Il s'agit du droit des enfants à recevoir une formation chrétienne librement choisie par leur famille comme le complément de leur formation scolaire. Il est trop clair que nous ne sommes plus dans la même situation qu'à la fin du XIX° siècle. Mais puisque le ministre de l'Éducation Nationale veut entreprendre un réaménagement de l'ensemble du temps scolaire et qu'il souhaite le faire dans une pratique de la concertation, il serait assez étrange que cette concertation exclue la consultation de l'Église qui catéchise plus du quart des enfants de France. À ce jour, nous suivons avec intérêt la liste des organisations consultées. Nous attendons toujours de savoir quand et comment nous le serons.

Pour nous, cette question est primordiale puisqu'elle touche plus particulièrement les enfants dont les familles ont le moins de possibilités concrètes d'organiser le temps libre de leurs enfants. Ce sont ces enfants qui ont aussi souvent le plus de difficultés à trouver les chemins d'une bonne insertion sociale. Ils n'y seront pas aidés si le temps de la catéchèse devient une sorte de créneau négligé dans l'organisation du temps scolaire. Les enfants catholiques, comme ceux des autres religions, ont le droit de disposer d'un temps convenable pour cette formation.

 André, Card. Vingt-Trois, archevèque de Paris. 03 Nov 2012.

 

 

http://www.eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/textes-et-declarations/discours-d-ouverture-de-l-assemblee-pleniere-de-novembre-2012-15174.html

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L'urgence de l'éducation au gout..!!

5 Novembre 2012, 02:35am

Publié par Fr Greg.

 

 

      "Tous les hommes désirent par nature connaître. L’amour des sensations en est le signe. En effet, celles-ci, en dehors de leur utilité, sont aimées pour elles-mêmes et, plus que les autres, celles [qui nous viennent] par les yeux. Car ce n’est pas seulement pour agir, mais c’est même lorsque nous ne nous apprêtons à rien faire, que nous choisissons de voir à l’encontre, pour ainsi dire, de tout le reste. La cause en est que, parmi les sensations, celle-ci [la vision] nous fait connaître le plus de [qualités] et nous montre des différences plus nombreuses.


Tous les animaux naissent en ayant par nature la sensation : de celle-ci, pour les uns, n’est engendré aucun souvenir, tandis que pour les autres naît le souvenir. Et c’est pourquoi ceux-ci sont plus prudents et plus aptes à apprendre que ceux qui ne peuvent pas se souvenir. Sont prudents sans [pouvoir] apprendre tous [les animaux] qui ne peuvent pas entendre les sons (par exemple l’abeille, et tout autre genre d’animaux qui est tel, s’il s’en trouve). Apprennent tous ceux qui, outre le souvenir, ont ce sens [l’ouïe]. Les uns donc, vivent d’images et de souvenirs, et participent peu à l’expérience. "

 

Aristote, Métaphysique, A, 1

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« Tu n’es pas loin du royaume de Dieu !» 'pas loin', c.a.d tu n'y es pas encore !

4 Novembre 2012, 01:46am

Publié par Fr Greg.

 

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Au scribe qui conclut : « aimer de Dieu et son prochain…vaut mieux que tous les sacrifices et holocaustes… » Jésus répond: tu n’es pas loin du royaume de Dieu !

 

La réponse du scribe est admirable, et en même temps il reste ‘pas loin' du Royaume, c.a.d qu'il n'y est pas…!!! Pourquoi ?

 

'Aimer Dieu et son prochain' sont dans l’Ancien.T cette rééducation de l’homme blessé par le péché originel. Rééducation pour l'aider à découvrir sa fin, son bonheur dans un autre, et non pas dans des réalités secondes ou dans ce qui vient  de lui ! La personne humaine n’est elle-même et ne peut s’achever que quand elle accepte d’être agrandit par un autre : son ami et ultimement son créateur. Et découvrir cela c’est humain ! Il n’y a rien au-dessus de l’amitié et de la quête constante de Celui qui est ‘Je suis’, présent à tout l’univers, plus présent à nous-même que nous même ;  Tout l’A.T est cette éducation pour redécouvrir et vivre de la présence de l'autre et du Tout Autre, Celui qui est « Je suis » et dont l’ami est le signe et la ‘trace’.

 

Aussi, il n’y a rien de pire que la trahison d'un ami, de mettre ses limites au-dessus de ce qu'il est, et de relativiser le lien qui nous unit à lui à une attente morale; de même qu’il n’y a rien de plus mutilant que de supprimer la quête humaine de Dieu, parce que la foi  nous donnerai -soi-disant- la réponse; ou encore de dire que c’est pas pour nous : le désir de Dieu est ce qu'il y a de plus naturel et de plus vital en nous, même si c'est caché ! Et la foi non seulement ne supprime pas cette quête incessante, mais la réclame ! Dire que la foi m'évite le besoin de chercher ma source, mon père à partir de mon experience, est source des plus grands refoulements et manifeste une foi très imaginative, comme un au delà lointain !

 

Mais si cela est le sommet de l’humain… ce n’est pas encore le Royaume de Dieu !! Pourquoi ??


Parce que le royaume c’est quelqu’un ! C’est Dieu lui-même qui ne cesse de venir à moi, et qui veut tout vivre avec moi pour me faire vivre à sa taille ! Le Royaume, c'est JE SUIS qui vient m'introduire et me faire vivre ce qu'il est! C’est d’être possédé par la personne de Jésus qui vient nous tourner vers le Père et les hommes pour les aimer comme il les aime ! Pas moins !! Le Royaume est en nous, dès qu’on a laissé la Parole de Jésus nous enfanter à la vie de Fils de Dieu ! Le royaume, c'est une naissance nouvelle ! Non pas des efforts, mais une mort à tous nos schèmes de perfections stoïcienne ou de charité respectueuse et pharisienne ! Le Royaume, c’est entrer -pas demain mais maintenant- dans l’initiative actuelle de Jésus, qui vient nous posséder pour que tous nos actes, même les plus simples et les plus banals, aient une dimension éternelle, une fécondité divine: son efficacité ! Le royaume, c’est le laisser nous mettre à sa taille, « en lui » !


Et pour cela il faut ECOUTER, « Ecoute Israël, écoute race choisie, écoute toi son élu » écoute, c.a.d : reçois Celui qui veut te prendre en lui, demeure dans ce contact immédiat et personnel avec Lui qui est là pour toi; soit possédé seulement par le regard qu’il a sur toi, Lui qui te donne tout en se donnant à toi, et  qui, en te parlant, te transforme ; de même que les paroles sacramentelles réalise une présence efficace de Jésus, Lui nous parlant nous transforme réellement !


Mais le royaume reste Loin parce que nous, nous n’écoutons pas ! On ramène Celui qui nous parle à ce qu’on en a compris, à nos raisonnements plutôt qu'adhérer, de mendier ce contact premier avec Jésus qui ne cesse de vouloir m'introduire dans quelque chose de tout autre ! A-t-on mendier à Jésus qu'il vienne nous faire dire 'notre Père'? qu'il vienne nous dire son don? Qu'il vienne nous dire toute ses parole, à nous?


On préfère Louer, avoir du ressenti, du vécu, des trucs qui nous font mousser, des résultats visibles, tangibles... on préfère s’accrocher à ce qu’on fait, à ce qu'on peut gérer, être à l'aise et s'y retrouver, être de bons raisonneurs, des gens prudents et respectables, que d'entrer dans quelque chose qui nous dépasse et qui nous laisse toujours pauvre! C'est vrai, faut pas exagérer! Au 21e siècle, ou tout est informatisé, comment accepter de ne pas s'y retrouver...? Comment accepter de ne pas comprendre, ni mesurer ou possèder...?? Insupportable pour des esprits 'avancés' et dont l'image de soi ne peut plus souffrir le 'non-gérable'! 

 

Et puis nous, on veut du « concret » ! Du visible, du résultat, des gains, accumuler des miles ! On ne veut que ce qui est dans notre prolongement et dont on ne pourra nous faire aucun reproche ; on veut des vertus et des règles, des lois… !!! On ne veut pas de quelqu’un qui nous laisse pauvre, nu, mendiant ! On préfère le chant de communion au silence de l’eucharistie, on ne veut pas d'un amour qui est de trop, qui pardonne tout, qui nous devance et qui prend la place de celui qui est le dernier aux yeux des hommes!

 

Le silence et l’inefficacité apparente de Jésus sont de trop pour nous ! ca nous éprouve nécessairement: le plus grand don dans l'obscurité la plus radicale! Et, c’est impossible de rester à mendier la certitude de son don et de son action sans lui mendier de nous garder mendiant !

 

 

Il n'y a pas de place en nous pour un amour excessif, blessant parce que de trop, crucifiant car il fait de nous des agneaux, extrême dans sa gratuité, inutilisable, inefficace et impuissant à résoudre nos problèmes existentiels…Il n'y a pas de place, parce qu'on refuse d'être par un autre, d'être des créatures, des êtres seconds qui existons par pure gratuité... On REFUSE que l'amour s'impose à nous: on veut être les maîtres de notre vie: être comme des Dieux!

 

Fr Grégoire

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LES DEUX AMIS

3 Novembre 2012, 02:40am

Publié par Fr Greg.

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Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :
L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre :
            Les amis de ce pays-là 
            Valent bien, dit-on, ceux du nôtre. 
Une nuit que chacun s'occupait au sommeil, 
Et mettait à profit l'absence du soleil, 
Un de nos deux Amis sort du lit en alarme ;
Il court chez son intime, éveille les Valets : 
Morphée avait touché le seuil de ce palais. 
L'ami couché s'étonne, il prend sa bourse, il s'arme ; 
Vient trouver l'autre, et dit : Il vous arrive peu 
De courir quand on dort ; vous me paraissez homme 
A mieux user du temps destiné pour le somme : 
N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ? 
En voici. S'il vous est venu quelque querelle, 
J'ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point 
De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle 
Était à mes côtés ; voulez-vous qu'on l'appelle ? 
Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point : 
            Je vous rends grâce de ce zèle. 
Vous m'êtes en dormant un peu triste apparu ; 
J'ai craint qu'il ne fût vrai, je suis vite accouru. 
            Ce maudit songe en est la cause.
Qui d'eux aimait le mieux ? Que t'en semble, lecteur ? 
Cette difficulté vaut bien qu'on la propose. 
Qu'un ami véritable est une douce chose! 
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ; 
            Il vous épargne la pudeur
            De les lui découvrir vous-même.
            Un songe, un rien, tout lui fait peur 
            Quand il s'agit de ce qu'il aime. 

LA FONTAINE

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Quittez vos projets et entrez dans Sa joie : Il aime nos pauvretés et notre rien !

2 Novembre 2012, 02:53am

Publié par Fr Greg.

 

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La Toussaint ?! Pourquoi cette fête de la Toussaint ? A quoi ça sert??

Pourquoi ? Car les saints du Ciel n’ont pas besoin comme tel qu’on les loue. Cette fête c’est pour nous !! Est-ce que donc la Toussaint est vraiment une fête pour nous ? Est-ce que vraiment cela nous rend heureux ? Est-ce que ce matin en vous levant vous vous êtes dit : « Whao, c’est la Toussaint ! C’est énorme !!! »

 

Or, tout l’évangile de ce jour, Jésus ne cesse de nous dire qu’on est heureux d’être ce qu’on est ! On est heureux d’être pauvres !! Pauvres physiquement, psychiquement, moralement, et Bienheureux même dans cette pauvreté! Qu’il faut tressaillir d’allégresse ! Et qu’est-ce qui nous empêche d’entendre cette parole jusqu’au bout ? Pourquoi n’est-on pas heureux, ou pourquoi n’entendons-nous pas Jésus nous dire combien nous sommes bienheureux ?

 

Nous sommes tristes, parce que trop souvent nous sommes prisonniers d’un projet idéal sur nous-mêmes. On a décidé –on a imaginé- comment nous devions être ; on s’est fait un film de notre vie, de comment cela devait être ; et on est prisonnier de projets d’une perfection aussi débile qu’orgueilleuse, aussi étriqué qu’esthétique ! On s’est créé son propre film dont on est le héros, adaptant l’histoire à chaque déconvenue, attendant qu’enfin on nous regarde comme un super héros pour les hommes, ou un truc plus romantique pour les femmes.

 

Et, malgré que le réel, nos pauvretés, nos misères et ceux qui nous entourent font toujours échouer tous nos scénarios, on s’agrippe obstinément à tous ces fantasmes d’une perfection aussi idéal que désespérante. Et notre grande misère, c’est notre obstination maladive à tous ces projets petits formats ! Le péché ainsi, n’est pas tant de tomber, mais de s’obstiner à vouloir tout de même réaliser notre scénario dans lequel nous mettons notre bonheur, notre représentation de la perfection ou de la ‘sainteté’.  Et nous restons malheureux tant que nous attendons secrètement la réalisation de ces fantasmes cachés et idéalisés.

 

Qu’est-ce qui peut nous rendre heureux alors ? Comment pourrait-on être Saints maintenant, et vivre de la joie des saints ? Déjà en brulant tous nos scénarios et projets d’une perfection ou d’une grandeur ou l’on domine tout efficacement ! La sainteté et le bonheur ce n’est pas un état, un truc à faire, ou un résultat à atteindre suivant une méthode certaine.

 

Mais surtout, Jésus nous crie de vivre en bienheureux, parce que Lui s’engage à nous faire aller jusqu’au bout de la grandeur qu’il veut pour nous ! On est heureux parce que Jésus s’engage à être omniprésent à tout ce que l’on vit ! Il s’engage à ne jamais se résigner à nos petits côtés, et il nous promet de ne pas nous lâcher !

 

Ce qui nous rend heureux c’est quelqu’un ! C’est Jésus qui est pour nous dans tout ce qu’il est. Notre béatitude, c’est celle que Jésus nous donne à chaque instant !  Qu’est-ce que cela veut dire ?

 

C’est « bienheureux les pauvres » : c’est-à-dire que Lui promet de se servir de nos pauvretés comme du lieu où il se donne à nous ! Tous les lieux où l’on touche nos misères, ou l’on est perdu, mort, ou l’on est plus rien : cela devient, pour Lui, le chemin, le lieu où il se donne ! « Bienheureux les pauvres » : c’est-à-dire : « ta pauvreté ? Eh bien, je viens l’habiter, je viens m’en servir ; ce lieu où tu ne domines plus, ou tu meurs à tout tes rêves idéaux et tes projets de super héros, c’est là où tu dois m’attendre ! Ta limite n’est plus une limite ! »

 

C’est cela « la grande épreuve » : accepter que des lieux qui me diminuent humainement deviennent le lieu de son don ! Et mendier la certitude qu’il s’en sert ! La grande épreuve, c’est accepter et choisir que tous les lieux où l’on est éprouvé, ou l’on est plus rien, tous ces lieux que l’on ne peut reprendre, croire qu’ils ont une fécondité divine, qu’ils sont des lieux où l’on est bienheureux, parce qu’on les lui donne et qu’Il vient les habiter ! Nos pauvretés deviennent le chemin pour Lui de nous rendre Bienheureux !

 

« Bienheureux les doux » : le doux c’est celui qui s’adapte au rythme de l’autre, qui respecte la lenteur de l’enfant, de l’handicapée, du médiocre. Jésus ne nous tyrannise pas : il n’a pas un projet d’efficacité maximale sur nous. Et, il réalisera son désir, nous fera entrer dans ce qu’il veut pour nous, en respectant notre lenteur, en épousant ce devenir qui tend souvent au ridicule. C’est pour cela qu’on ne peut se comparer ! Notre itinéraire est complétement unique, et la manière pour lui de nous conduire dépend de Lui et de nous, point !

 

Et tous nos pleurs, tous nos repliements inutiles deviennent des lieux que Jésus veut habiter ! Tout devient chemin pour lui. Il n’y a plus de drame, il n’y a plus « d’histoire entre les hommes », sinon l’Histoire sainte ! Parce que nous avons cette assurance actuelle que Jésus se rend omniprésent et vient se servir de tout notre quotidien, surtout ce qu’on a de plus nul, là où on ne domine plus, pour nous obliger à tout vivre avec lui, à tout lui donner !

 

C’est ce que dit la petite Thérèse : « ce qui plait au bon Dieu dans ma petite âme, c’est que j’aime ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde ! » Le jour où l’on pourra dire que l’on aime nos pauvretés et nos misères parce que c’est le lieu privilégié de son don, on sera des géants !

 

Et toutes l’éducation de Jésus, son don dans l’eucharistie par exemple, c’est un don caché, ridicule pour une intelligence rationnelle, pour briser nos idoles et nos scénarios, nos images idéales de nous-mêmes ou l’on voudrait tout dominer !

 

On a rien de plus que les gens du monde, pas plus de vertus ou de force, de générosité ou de patience, par contre, on n’est plus jamais seul : il est présent à tout ce qu’on vit, omniprésent, et il nous habite d’une manière telle, qu’on est déjà enfant du Père, certain de son don transformant ! Alors, réjouissons-nous de sa joie et mendions la, car Il habite tout ce que nous sommes !

 

Fr Grégoire.

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AU HASARD BALTHAZAR

1 Novembre 2012, 02:06am

Publié par Fr Greg.

 

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Le cinéma de Robert Bresson n’existe plus. Ces jeux d’acteurs monocordes et décalés sublimés par des images d’un autre temps, posés avec une attention à nulle autre pareille, n’existent plus. On peut voir dans Balthazar un anthropomorphisme du Christ pour évoquer l’avidité des hommes. On peut aussi voir en Balthazar l’œil muet de la caméra de Bresson qui regarde les passions des hommes se déchainer autour de lui et sur lui. L’âne est à la fois le témoin et le vecteur des passions et tente sans cesse de fuir leur folie, leurs obsessions dans lesquels tous s’enferment jusqu’à se perdre. Mais se contenter de l’histoire serait passer à côté de la magie du film qui repose tout entier sur sa mise en scène et le non-jeu des acteurs. Ses plans ciselés, ses lumières, ses mouvements… Chaque image semble pensée, posée là pour faire sens. On est forcément attrapé par cette puissance et cette intelligence-là.

 

Bresson filme des sentiments avec la distance exacte : sans porter de jugement d'adulte attendri ou ironique, sans mettre non plus le spectateur à la place des personnages comme dans un mélo. De cet équilibre, de la sensation que grâce à cet équilibre le film s'approche au plus près de la vérité des sentiments, naît une émotion inattendue.

 

L'émotion prend d'autres formes dans la suite du film. Les films de Bresson sont, parmi tous les films de cinéma, ceux qui se rapprochent le plus des arts dits "beaux". Parfois un plan ralentit, s'arrête sur une porte, ou peut-être ne s'arrête-t-il pas vraiment. Mais la composition du plan, amenée par les plans précédents, paraît inexplicablement belle. Indépendamment de l'histoire et des personnages, suspendus l'espace d'un instant. Puis apparaît le visage d'Anne Wiazemsky qui, lui, a plutôt la texture du marbre, dure et lisse, luisante comme la Pieta de Michel-Ange, à Saint-Pierre de Rome. D'ailleurs, le personnage s'appelle Marie. Mais sa destinée est plus proche de Marie-Madeleine.

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Marie et Balthazar, l'âne, grandissent parallèlement. Le film suit Balthazar, et retrouve Marie de temps en temps. Elle découvre avec un jeune garçon bon, près de Balthazar. Plus tard, c'est encore près de Balthazar qu'elle cède à un autre garçon, violent. C'est encore à un propriétaire de Balthazar, cupide, qu'elle se prostitue. Balthazar appartient aussi à un ivrogne qui est peut-être un assassin, à des contrebandiers, ainsi qu'à un homme honnête et orgueilleux : victime de son honnêteté mais coupable de son orgueil. Balthazar est présent à tous les moments importants de la vie des hommes. Il les contemple en silence, impassible comme le monolithe de "2001". Mais, contrairement au monolithe, il n'est pas inaltérable. Les hommes se vengent sur lui de leurs échecs et de leurs frustrations, l'abandonnent à la première occasion. Il supporte le poids des fautes des hommes et des malheurs du monde. Y compris des animaux, comme le montre un échange de regard extraordinaire entre Balthazar et les animaux en cage d'une ménagerie. A force de souffrir, il tombe malade, se relève, tombe à nouveau.

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AU HASARD BALTHAZAR...

31 Octobre 2012, 01:53am

Publié par Fr Greg.

 

AU HASARD BALTHAZAR - Robert Bresson – 1966

 

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La vie de l'âne Balthazar, plongé au milieu des drames humains et qui en meurt.

"Je voulais que l'âne traverse un certain nombre de groupes humains qui représentent les vices de l'humanité. Il fallait aussi, étant donné que la vie d'un âne est très égale, très sereine, trouver un mouvement, une montée dramatique. C'est à ce moment que j'ai pensé à une fille, à la fille qui se perd." Robert Bresson.


Quelques années auparavant, en 1959, tout comme le cinéma français, Robert Bresson s'innovait lui-même avec Pickpocket et commençait ainsi, une quête vers la forme la plus dépouillée qui soit. Ainsi donc, quatre années après le Procès de Jeanne d’ Arc qui suivait dans la même veine, Au Hasard Balthazar est l'apogée de la magie bressonienne. Ce film est l'un des témoins de la quête stylistique de Bresson qui s'achèvera avec l'Argent en 1983, dernier film de ce génie, d'un style très radical. Pickpocket, le Procès de Jeanne d'Arc Au Hasard Balthazar annoncent la forme pure et extrême de Lancelot du Lac, le Diable Probablement... et l'Argent.

 

On peut discerner deux intentions précises et évidentes de la part de l'auteur dans Au Hasard Balthazar : suggérer les étapes de la vie d'un âne, de l'enfance à la mort ; et évoquer, au travers des portraits des différents maîtres successifs de Balthazar, les vices humains. Bresson s'impose comme un peintre de l'univers animal pour faire l'évocation la vie de Balthazar, palpitante de vérité : l'émotion vient d'un simple regard de l'âne Balthazar. Dès le début du film, surgissent l'atmosphère de la fraîcheur infinie de l'enfance, ébats, jeux, rires, caresses, la description y est juste et sensible. Mais les années passent, l'univers de l'enfance est balayée par l'univers des hommes, brutal et violent, sadique et méchant : coups de poings, coups de pieds, chaises et fouets s'abattent sur le dos de l'innocent âne (Gérard ira jusqu'à le torturer en lui enflammant la queue.) Marie, elle aussi, jeune victime innocente dont l'existence dure et triste est semblable à celle de Balthazar, se fait déshabillée, frappée et enfermée par le même Gérard. L'atmosphère poignante du film naît de la confrontation de ces trois univers qui s'arrachent en lambeaux tout au long du film. Mais ce monde plein de souffrance est aussi presque celui de la Bible.

 

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L'âne de la crèche (et baptisé au début du film) meurt, comme un martyr, témoin de la cruauté du monde. Un berger voit finalement en lui un saint réincarné qui aurait porté tous les péchés des hommes. L'âne, symbole de pureté et de vertu, est la triste victime de l'homme et de ses passions. Au Hasard Balthazar s'insère dans un moule esthétique spécifiquement bressonien. En travaillant avec soin le rythme, Bresson est parvenu à une plénitude esthétique qui donne l'impression que son film a été touché par la grâce. La mise en scène est d'une épaisseur indiscutable et fascinante, d'une part dans le parallélisme du destin de l'âne et des personnages et enfin dans l'abstraction de cette allégorie (Gérard, la luxure, le sadisme ; le père de Marie, l'orgueil et l'avarice ; Arnold, la paresse et l'ivrognerie, etc.) Bresson regarde l'humanité pécheresse avec lucidité. Il n'y a plus de place pour l'espoir dans ce constat terrible, une étude de sainteté et une sombre allégorie sur les penchants destructeurs de l'Homme où tout le malheur et toute la cruauté du monde peu rassurant des hommes semblent se refléter dans le regard de l'âne qu'on croit souvent bête. Résultat du long cheminement vers la perfection, Au Hasard Balthazar n'est pas de ces films dont il y a à s'attarder car ce film demande surtout beaucoup de sensibilité de la part du spectateur et car il fait partie des films dont les mots ne font pas le poids, surtout lorsque l'émotion y est pure. 

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La foi: vivre de Celui qui en nous aimant nous fait être quelqu'un pour Lui! (II)

30 Octobre 2012, 01:39am

Publié par Fr Greg.

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Les Pères conciliaires entendaient présenter la foi de façon efficace. Et s’ils se sont ouverts dans la confiance au dialogue avec le monde moderne c’est justement parce qu’ils étaient sûrs de leur foi, de la solidité du roc sur lequel ils s’appuyaient. En revanche, dans les années qui ont suivi, beaucoup ont accueilli sans discernement la mentalité dominante, mettant en discussion les fondements même du depositum fidei qu’ils ne ressentaient malheureusement plus comme leurs dans toute leur vérité.

Si aujourd’hui l’Église propose une nouvelle Année de la foi ainsi que la nouvelle évangélisation, ce n’est pas pour célébrer un anniversaire, mais parce que c’est une nécessité, plus encore qu’il y a 50 ans ! Et la réponse à donner à cette nécessité est celle voulue par les Papes et par les Pères du Concile, contenue dans ses documents. L’initiative même de créer un Conseil Pontifical destiné à promouvoir la nouvelle évangélisation, que je remercie pour les efforts déployés pour l’Année de la foi, entre dans cette perspective. Les dernières décennies ont connu une « désertification » spirituelle. Ce que pouvait signifier une vie, un monde sans Dieu, au temps du Concile, on pouvait déjà le percevoir à travers certaines pages tragiques de l’histoire, mais aujourd’hui nous le voyons malheureusement tous les jours autour de nous. C’est le vide qui s’est propagé. Mais c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre ; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative. Et dans le désert il faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’espérance. La foi vécue ouvre le cœur à la Grâce de Dieu qui libère du pessimisme. Aujourd’hui plus que jamais évangéliser signifie rendre témoignage d’une vie nouvelle, transformée par Dieu, et ainsi indiquer le chemin. 

 

La première Lecture nous a parlé de la Sagesse du voyageur (cf. Sir 34,9-13) : le voyage est une métaphore de la vie et le voyageur sage est celui qui a appris l’art de vivre et est capable de le partager avec ses frères – comme c’est le cas pour les pèlerins sur le Chemin de Saint-Jacques ou sur les autres voies qui ont connu récemment, non par hasard, un regain de fréquentation. Comment se fait-il que tant de personnes ressentent le besoin de parcourir ces chemins ? Ne serait-ce pas parce qu’il trouvent là, ou au moins y perçoivent quelque chose du sens de notre être au monde ? Voici alors la façon dont nous pouvons penser cette Année de la foi : un pèlerinage dans les déserts du monde contemporain, au cours duquel il nous faut emporter seulement ce qui est essentiel : ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent et n’ayez pas deux tuniques – comme dit le Seigneur à ses Apôtres en les envoyant en mission (cf. Lc 9,3) – mais l’Évangile et la foi de l’Église dont les documents du Concile Œcuménique Vatican II sont l’expression lumineuse, comme l’est également le Catéchisme de l’Église catholique, publié il y a 20 ans maintenant.

Benoit XVI, ouverture année de la Foi.

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La foi: vivre de Celui qui, en nous aimant, nous fait être quelqu'un pour Lui!

29 Octobre 2012, 01:28am

Publié par Fr Greg.

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À 50 ans de l’ouverture du Concile Œcuménique Vatican II, c’est avec une joie profonde que nous inaugurons l’Année de la foi.  Le mouvement spirituel qui a caractérisé Vatican II, fut et demeure la foi en Christ, la foi apostolique, animée par l’élan intérieur qui pousse à annoncer le Christ à chaque homme et à tous les hommes pendant le pèlerinage de l’Église sur les chemins de l’histoire.

Jésus est le centre de la foi chrétienne. Le chrétien croit en Dieu par Jésus qui nous en a révélé le visage. Il est l’accomplissement des Écritures et leur interprète définitif. Jésus-Christ n’est pas seulement objet de la foi mais, comme le dit la Lettre aux Hébreux, il est « celui qui donne origine à la foi et la porte à sa plénitude » (He 12,2).

L’Évangile nous dit que Jésus, consacré par le Père dans l’Esprit-Saint, est le sujet véritable et pérenne de l’évangélisation. « L’Esprit du Seigneur est sur moi pour cela il m’a consacré par l’onction et m’a envoyé annoncer aux pauvres une bonne nouvelle » (Lc 4,18).Cette mission du Christ, ce mouvement, se poursuit dans l’espace et dans le temps, il traverse les siècles et les continents. C’est un mouvement qui part du Père et, avec la force de l’Esprit, porte la bonne nouvelle aux pauvres de tous les temps, au sens matériel et spirituel. L’Église est l’instrument premier et nécessaire de cette œuvre du Christ parce qu’elle est unie à Lui comme le corps l’est à la tête. « Comme le Père m’a envoyé, moi-aussi je vous envoie » (Jn 20, 21). C’est ce qu’a dit le Ressuscité aux disciples et, soufflant sur eux, il ajouta : « Recevez l’Esprit Saint » (v. 22).C’est Dieu le sujet principal de l’évangélisation du monde, à travers Jésus-Christ ; mais le Christ lui-même a voulu transmettre à l’Église sa propre mission, il l’a fait et continue de le faire jusqu’à la fin des temps en répandant l’Esprit-Saint sur les disciples, ce même Esprit qui se posa sur Lui et demeura en Lui durant toute sa vie terrestre, Lui donnant la force de « proclamer aux prisonniers la libération et aux aveugles la vue », de « remettre en liberté les opprimés » et de « proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18-19).

Le Concile Vatican II n’a pas voulu consacrer un document spécifique au thème de la foi. Pourtant, il a été entièrement animé par la conscience et le désir de devoir, pour ainsi dire, s’immerger à nouveau dans le mystère chrétien, afin d’être en mesure de le proposer à nouveau efficacement à l’homme contemporain. A cet égard, le Serviteur de Dieu Paul VI déclarait deux ans après la clôture de l’Assise conciliaire : « Si le Concile ne traite pas expressément de la foi, il en parle à chaque page, il en reconnait le caractère vital et surnaturel, il la répute entière et forte et établit sur elle toutes ses affirmations doctrinales. Il suffirait de rappeler quelques affirmations conciliaires […] pour se rendre compte de l’importance essentielle que le Concile, en cohérence avec la tradition doctrinale de l’Église, attribue à la foi, à la vraie foi, celle qui a pour source le Christ et pour canal le magistère de l’Eglise (Catéchèse de l’Audience générale du 8 mars 1967). Ainsi s’exprimait Paul VI.


Durant le Concile il y avait une tension émouvante face au devoir commun de faire resplendir la vérité et la beauté de la foi dans l’aujourd’hui de notre temps, sans pour autant sacrifier aux exigences du moment présent ni la confiner au passé : dans la foi résonne l’éternel présent de Dieu, qui transcende le temps et qui pourtant ne peut être accueillie par nous que dans notre aujourd’hui qui est unique. C’est pourquoi je considère que la chose la plus importante, surtout pour un anniversaire aussi significatif que celui-ci, est de raviver dans toute l’Église cette tension positive, ce désir d’annoncer à nouveau le Christ à l’homme contemporain. 

 Mais afin que cet élan intérieur pour la nouvelle évangélisation ne reste pas seulement virtuel ou ne soit entaché de confusion, il faut qu’il s’appuie sur un fondement concret et précis, et ce fondement est constitué par les documents du Concile Vatican II dans lesquels il a trouvé son expression. Pour cette raison, j’ai insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de revenir, pour ainsi dire, à la “lettre” du Concile – c’est-à-dire à ses textes – pour en découvrir aussi l’esprit authentique, et j’ai répété que le véritable héritage du Concile réside en eux. La référence aux documents protège des excès ou d’une nostalgie anachronique et ou de courses en avant et permets d’en saisir la nouveauté dans la continuité. Le Concile n’a rien produit de nouveau en matière de foi et n’a pas voulu en ôter ce qui est antique. Il s’est plutôt préoccupé de faire en sorte que la même foi continue à être vécue dans l’aujourd’hui, continue à être une foi vivante dans un monde en mutation.

Benoit XVI, ouverture année de la Foi.

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Regard sur Vatican II

28 Octobre 2012, 03:26am

Publié par Fr Greg.

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Qui est Dieu ? Quel rapport entretient-il avec l’humanité ? Pourquoi reste-t-il silencieux ?

27 Octobre 2012, 02:44am

Publié par Fr Greg.

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Qui est Dieu ? Quel rapport entretient-il avec l’humanité ? Pourquoi reste-t-il silencieux ?

 

« Derrière le silence de l’univers, derrière les nuages de l’histoire, y a-t-il oui ou non un Dieu ? S’il existe, nous connaît-il ? Il a quelque chose à voir avec nous ? Ce Dieu est-il bon et la réalité du bien a-t-elle oui ou non un pouvoir dans ce monde ? Cette question est aujourd’hui aussi actuelle qu’elle l’était autrefois, répond le pape. Tellement de gens se demandent : Dieu est-il ou non une hypothèse ? Est-il ou non une réalité ? Pourquoi ne se fait-il pas entendre ? ».

 

 « L’‘Evangile’ veut dire que Dieu a rompu le silence : Dieu a parlé, Dieu existe (…). Dieu nous connaît, Dieu nous aime, il est entré dans l’histoire. Jésus est sa Parole, le Dieu-avec-nous, le Dieu qui nous montre qu’il nous aime, qui souffre avec nous jusqu’à la mort et ressuscite ».

Mais une autre question surgit : « Dieu a parlé, il a vraiment rompu le grand silence, il s’est montré. Mais comment pouvons-nous faire parvenir cette réalité à l’homme d’aujourd’hui afin qu’elle devienne salut ? »

 

La réponse de l’homme

Trois moyens.

- La prière. Car les apôtres n’ont pas bâti l’Eglise en « élaborant une constitution », mais en se rassemblant pour prier dans l’attente de la Pentecôte : « Nous ne pouvons pas faire l’Eglise, a dit le pape : nous pouvons seulement faire connaître ce que Lui a fait. L’Eglise ne commence pas par notre « faire », mais par le « faire » et le « parler » de Dieu. (…) Dieu seul peut créer son Eglise. Si Dieu n’agit pas, nos « choses » ne sont que les nôtres et elles sont insuffisantes. Dieu seul peut témoigner que c’est lui qui parle et qui a parlé ».

Ce n’est donc pas une simple « formalité », si chaque session du synode commence par la prière : cela manifeste la conscience du fait que « l’initiative » vient toujours de Dieu, même si l’on peut l’implorer, car l’Eglise peut seulement « coopérer » avec Dieu.

 

-Deuxième moyen : la « confessio », la confession publique de la foi. Cet acte signifie plus que professer la foi dans le Christ : c’est une authentique « confession », comparable à celle que l’on ferait avec courage devant un tribunal, aux yeux du monde, quel qu’en soit le prix.

« Ce mot « confession », qui, dans le langage chrétien latin a remplacé le mot « profession », porte en lui l’élément du martyre, l’élément du témoignage devant des instances ennemies de la foi, témoigner même dans des situations de passion et de danger de mort », a fait observer le pape.


La flamme d’amour

C’est une question de « crédibilité » : « Cela garanti justement, la crédibilité : "La « confessio » n’est pas n’importe quelle chose que l’on pourrait aussi laisser tomber. La « confessio » implique la disponibilité à donner ma vie, à accepter la passion".

 

-Or, cette « confession » a besoin d’un « habit » qui la rende visible : la charité, c’est-à-dire « la plus grande force » qui doit "brûler dans le cœur du chrétien, la flamme qui doit déclencher le brasier de l’Evangile".

 

 « Notre passion doit grandir dans la foi, doit se transformer en feu de la charité. (…) Le chrétien ne doit pas être tiède. (…) La foi doit devenir en nous flamme d’amour : flamme qui, réellement, embrase mon être, devient la grande passion de mon être et ainsi embrase mon prochain. Voilà l’essence de l’évangélisation ».

 

Benoit XVI, ouverture du synode sur la nouvelle évangélisation. 

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Education...

26 Octobre 2012, 02:21am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

 

 

 


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La femme, secret de la création...

25 Octobre 2012, 02:04am

Publié par Fr Greg.

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«Tu es venue pour un instant à mes côtés, et tu m’as fait sentir le grand mystère de la femme qui palpite au cœur même de la création.
C’est elle qui toujours retourne à Dieu les flots débordants de sa douceur ; elle est la beauté toujours fraîche et la jeunesse dans la nature ; elle danse dans les eaux courantes et chante dans la lumière du matin ; avec de bondissantes vagues elle étanche la soif de la terre ; et c’est en elle que l’Unique et l’Eternel s’est incarné pour jaillir en une joie qui ne peut plus se contraindre, et s’épanche dans la douleur de l’amour.»

"O femme tu n’es pas seulement le chef-d’œuvre de Dieu, tu es aussi celui des hommes : ceux-ci te parent de la beauté de leurs cœurs.
Les poètes tissent tes voilent avec les fils d’or de leur fantaisie ; les peintres immortalisent la forme de ton corps.
La mer donne ses perles, les mines leur or, les jardins d’été leurs fleurs pour t’embellir et te rendre plus précieuse.
Le désir de l’homme couvre de gloire ta jeunesse.
Tu es mi-femme et mi-rêve."

«Tes yeux m’interrogent, tristes, cherchant à pénétrer ma pensée; de même la lune voudrait connaître l’intérieur de l’océan. 
J’ai mis à nu devant toi ma vie tout entière, sans en rien omettre ou dissimuler. C’est pourquoi tu ne me connais pas. 
Si ma vie était une simple pierre colorée, je pourrais la briser en cent morceaux et t’en faire un collier que tu porterais autour du cou. 
Si elle était simple fleur, ronde, et petite, et parfumée, je pourrais l’arracher de sa tige et la mettre sur tes cheveux. 

Rabindranath Tagore

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Le grand évènement d’Eglise qu’a été le Concile (II)

24 Octobre 2012, 01:13am

Publié par Fr Greg.

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« En effet, dit le pape, il a eu lieu à une époque où tout le monde reconnaît que les hommes sont davantage absorbés par le royaume de la terre que par le royaume des cieux ; à une époque où l’oubli de Dieu devient habituel, quasiment suscité par le progrès scientifique ; une époque où l’acte fondamental de la personne humaine, rendue plus consciente d’elle-même et de sa liberté, tend à revendiquer son autonomie absolue, s’affranchissant de toute loi transcendante ; une époque où le « laïcisme » est considéré comme la conséquence légitime de la pensée moderne et la norme la plus sage pour l’ordonnancement temporel de la société… C’est à cette époque-là qu’a été célébré notre concile à la louange de Dieu, au nom du Christ, sous l’inspiration de l’Esprit-Saint ». Paul VI concluait ainsi, indiquant dans la question de Dieu le point central du concile, ce Dieu qui « existe réellement, qui est vivant, qui est une personne, qui pourvoit à tout, qui est infiniment bon ; et il est non seulement bon en lui-même, mais aussi immensément bon pour nous, il est notre créateur, notre vérité, notre bonheur au point que l’homme, quand il essaie de fixer son esprit et son cœur en Dieu dans la contemplation, accomplit l’acte le plus élevé et le plus parfait de son esprit, un acte qui, encore aujourd’hui, peut et doit être le sommet de toute l’activité humaine et qui lui donne toute sa dignité ».


Nous voyons combien l’époque dans laquelle nous vivons continue d’être marqué par un oubli de Dieu et une surdité à son égard. Je pense que nous devons donc retenir la leçon la plus simple et la plus fondamentale du concile qui est que le christianisme, dans son essence, consiste dans la foi en Dieu, qui est amour trinitaire, et dans la rencontre, personnelle et communautaire, avec le Christ qui oriente et guide notre vie : tout le reste en découle. L’important, aujourd’hui – c’était aussi le désir des pères conciliaires – est que l’on voit, encore une fois, très clairement, que Dieu est présent, qu’il nous regarde, qu’il nous répond. Et qu’en revanche, lorsque la foi en Dieu est absente, l’essentiel s’écroule parce que l’homme perd sa dignité profonde et ce qui fait la grandeur de son humanité, contre tout réductionnisme. Le Concile nous rappelle que l’Eglise, dans toutes ses composantes, a le devoir, le mandat de transmettre la parole de l’amour de Dieu qui sauve, pour que soit écouté et accueilli cet appel divin qui contient en lui-même notre béatitude éternelle.

En regardant dans cette lumière la richesse contenue dans les documents de Vatican II, je voudrais simplement évoquer les quatre Constitutions, pour ainsi dire les quatre points cardinaux de la boussole capable de nous orienter. La Constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium nous indique comment, dans l’Eglise, au commencement, il y a l’adoration, il y a Dieu, il y a la centralité du mystère de la présence du Christ.

Et l’Eglise, Corps du Christ et peuple en pèlerinage dans le temps, a comme tâche fondamentale de glorifier Dieu, comme l’exprime la Constitution Lumen gentium. Le troisième document que je voudrais citer est la Constitution sur la révélation divine, Dei Verbum : la Parole vivante de Dieu convoque l’Eglise et la vivifie tout au long de son chemin dans l’histoire. Enfin, la manière dont l’Eglise apporte au monde entier la lumière qu’elle a reçue de Dieu pour qu’il soit glorifié constitue le thème de fond de la Constitution pastorale Gaudium et spes.

Le concile Vatican II est pour nous un appel fort à redécouvrir chaque jour la beauté de notre foi, à la connaître plus en profondeur pour avoir une relation plus intense avec le Seigneur, à vivre jusqu’au bout notre vocation chrétienne. Que la Vierge Marie, Mère du Christ et de toute l’Eglise, nous aide à réaliser et à porter à son achèvement ce que les pères conciliaires, animés par l’Esprit-Saint, gardaient dans leur cœur : le désir que tous puissent connaître l’évangile et rencontrer le Seigneur Jésus qui est le chemin, la vérité et la vie. Merci.

 

Benoit XVI. Synode Nouvelle Evangélisation. Octobre 2012.

© Libreria Editrice Vaticana

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Le grand événement d’Eglise qu’a été le Concile...

23 Octobre 2012, 01:07am

Publié par Fr Greg.

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Le grand évènement d’Eglise qu’a été le Concile, événement dont j’ai été un témoin direct, (…) apparaît sous nos yeux, si l’on peut dire, comme une grande fresque, peinte dans toute la multiplicité et la variété de ses éléments, sous la conduite de l’Esprit-Saint. Et, comme devant un tableau, nous continuons à recueillir l’extraordinaire richesse de ce moment de grâce, à en redécouvrir des passages, des fragments, des morceaux particuliers.


Le bienheureux Jean-Paul II, au seuil du troisième millénaire, avait écrit : « je sens plus que jamais le devoir d'indiquer le Concile comme la grande grâce dont l'Église a bénéficié au vingtième siècle : il nous offre une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence » (Lettre apostolique Novo millennio ineunte, 57). Je pense que cette image est éloquente. Il faut retourner aux documents du concile Vatican II, en les libérant de la masse de publications qui les ont souvent cachés au lieu de les faire connaître. Ils sont, pour notre temps aussi, une boussole qui permet au bateau de l’Eglise d’avancer en pleine mer, au milieu des tempêtes ou sur des eaux calmes et tranquilles, de naviguer en sécurité et d’arriver à bon port.


Je me souviens bien de cette époque : j’étais un jeune professeur de théologie fondamentale à l’université de Bonn et c’est l’archevêque de Cologne, le cardinal Frings, qui était pour moi une référence humaine et sacerdotale, qui m’a emmené à Rome avec lui pour être son conseiller théologique ; j’ai été ensuite nommé expert conciliaire. Cela a été pour moi une expérience unique : après toute la ferveur et l’enthousiasme de la préparation, j’ai pu voir une Eglise vivante – presque trois mille pères conciliaires venus de tous les coins du monde, réunis sous la conduite du successeur de l’apôtre Pierre – se mettre à l’école de l’Esprit-Saint, véritable moteur du concile. Rarement a-t-on pu dans l’histoire, comme cette fois-là, « toucher » presque concrètement l’universalité de l’Eglise, au moment de la grande réalisation de sa mission d’apporter  l’évangile en tous temps et jusqu’aux limites de la terre. Ces jours-ci, à la télévision ou à travers d’autres moyens de communication, si vous revoyez les images de l’ouverture de ces grandes assises, vous pourrez vous aussi percevoir la joie, l’espérance et l’encouragement qu’ont pu éprouver ceux d’entre nous qui ont pris part à cet événement de lumière qui rayonne encore aujourd’hui.


Dans l’histoire de l’Eglise, comme vous le savez sûrement, divers conciles ont précédé Vatican II. En général, ces grandes assemblées ecclésiales ont été convoquées pour définir des éléments fondamentaux de la foi, surtout en corrigeant les erreurs qui la mettaient en danger. Pensons au concile de Nicée en 325, pour contrer l’hérésie arienne et redire clairement la divinité de Jésus Fils unique de Dieu le Père ; ou à celui d’Ephèse, en 431, qui a défini Marie comme la Mère de Dieu ; ou encore à celui de Chalcédoine, en 451 qui a affirmé l’unique personne du Christ en deux natures, la nature divine et la nature humaine. Un peu plus proche de nous, il faut citer le concile de Trente, au XVIème siècle, qui a clarifié des points essentiels de la doctrine catholique face à la réforme protestante ; ou bien Vatican I, qui a commencé à réfléchir sur des thématiques diverses mais qui n’a eu le temps de produire que deux documents, un sur la connaissance de Dieu, la révélation, la foi et son rapport avec la raison, et l’autre sur la primauté du pape et sur l’infaillibilité ; il a été, en effet, interrompu par l’occupation de Rome en septembre 1870.


Si nous regardons le concile œcuménique Vatican II, nous voyons qu’à cette période du cheminement de l’Eglise, il n’y avait pas d’erreurs particulières sur la foi, à  corriger ou à condamner, ni de questions de doctrine ou de discipline spécifiques à clarifier. On peut alors comprendre la surprise du petit groupe de cardinaux présents dans la salle capitulaire du monastère bénédictin à Saint-Paul Hors-les-Murs, quand, le 25 janvier 1959, le bienheureux Jean XXIII a annoncé le synode diocésain pour Rome et le concile pour l’Eglise universelle. La première question qui s’est posée dans la préparation de ce grand événement fut précisément de savoir comment le commencer, quel rôle lui attribuer.

 

Le bienheureux Jean XXIII, dans son discours d’ouverture, le 11 octobre il y a cinquante ans, a donné une indication générale : la foi devait parler d’une façon « renouvelée », plus incisive – parce que le monde changeait rapidement – mais en gardant intacts tous ses contenus pérennes, sans renoncer à rien ni faire de compromis. Le pape désirait que l’Eglise réfléchisse sur sa foi, sur les vérités qui la guident. Mais à partir de cette réflexion sérieuse et approfondie sur la foi, devait se dessiner de manière nouvelle le rapport de l’Eglise avec l’ère moderne, du christianisme avec certains éléments essentiels de la pensée moderne, non pas pour s’y conformer mais pour présenter à notre monde, qui tend à s’éloigner de Dieu, l’exigence de l’Evangile dans toute sa grandeur et dans toute sa pureté (cf. Discours à la curie romaine pour la présentation des vœux de Noël, 22 décembre 2005). Le serviteur de Dieu Paul VI l’exprime très bien dans son homélie à la fin de la dernière session du concile, le 7 décembre 1965, par des paroles extraordinairement actuelles, quand il affirme que, pour bien évaluer cet événement, « il faut le voir dans l’époque où il s’est réalisé ».

 

Benoit XVI. Synode Nouvelle Evangélisation. Octobre 2012.

© Libreria Editrice Vaticana

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Esquisse...

22 Octobre 2012, 01:51am

Publié par Fr Greg.

 

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Le maître est celui que l'on aime. Auprès de lui s'apprend la pauvreté d'un incessant désir de pénétrer plus simplement le secret. Ne rien arracher, recevoir. C'est la rosée. Apprendre à voir en le regardant faire, sans craindre les longues heures de silence. Elles ne sont pas inutiles. Comment découvrir autrement l'inlassable recommencement du métier et sa nécessaire solitude ? On ne s'approprie pas l'expérience d'une vie, on ne peut que guetter les touches posées, reprises, jusqu'à l'hallucination. Jamais je n'ai ressenti aussi fort le prix et l'importance du travail, qu'au cours de ces longs après-midi d'été que mon maître épuisait sur une toile toujours trop petite pour contenir tout son désir. Je n'ai su le prix des nuances, la valeur d'un ton, son importance, qu'à travers cette lutte interminable et muette. Nous avions quitté depuis longtemps le temps des théories et des mots. Naît alors, au fond de soi, plus précieux que tout, l'exigence de cette taille sans concession. La qualité attire et essouffle. Le regard se concentre sur l'instant jamais atteint, comme l'horizon lumineux qui semble fuir le marcheur.

 

Un jour le maître s'en va. Au vertige de l'amour orphelin s'ajoute l'incommensurable vertige de cette somme d'expérience et de savoir que le silence va enfouir. On mesure le temps gagné auprès de lui, tout en recevant dans un éclair le testament d'une quête personnelle qu'il nous faut poursuivre. La source ne se perd pas, elle rejaillit. Recevoir le secret d'un père, c'est aussi le porter au-delà, dans un grand respect. Travail de durée et de longue patience au rythme d'une reconnaissance intérieure. Il a été celui qui nous a ouvert la porte. On ne lui dira jamais assez merci. Sa quête devient notre quête. On ne refait pas. Il faut apprendre à renaître chaque jour.

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L'urgence précipite les instants. On ne peut tout saisir. Mais ce que l'on n'a pas pu voler au vent demeure enfoui, ce que l'on n'a pas pu arracher à la beauté, à la douleur, au silence, demeure une expérience personnelle, cachée comme l'humus. Le peintre porte en lui ces émerveillements qu'il n'a jamais pu dire. Les plus beaux voyages n'ont pas le prix de cette seconde transfigurée pour laquelle il donnerait tout. Troubadour des couleurs, il ne se repose que dans cette quête, contraint de travailler pour mieux voir, mieux recevoir, contraint d'épier encore à l'instant où. il ne voit plus. La lumière serait-elle un peu sa contraignante liberté ? Elle qui joue et s'envole, elle qui effleure puis disparaît, avec quelle rigueur elle se joue de celui qui la poursuit !

 

II n'y a pas deux quêtes. S'il n'est pas toute sa vie, le travail de l'artiste s'enracine dans sa vie même comme l'exigence qui creuse d'autres exigences. Cet appel suscite un autre appel. Pour le peintre, chaque matin est le début du monde. Si la lumière fugitive n'était que le reflet d'un éblouissement plus mystérieux ?

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ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

@communauté St Jean.

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« Ouvre large ta bouche, Moi je l’emplirai »

21 Octobre 2012, 01:49am

Publié par Fr Greg.

 

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« Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande. » Il leur dit : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? »  Ils lui disaient : « Nous le pouvons. » Il répond : « La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. »  Marc 10, 35-45.

 

Extraordinaire grandeur de Jacques et Jean ! Alors que très souvent nous réagissons comme les disciples qui s’indignent devant une telle demande, avec en arrière-fond une espèce de fausse humilité pieusarde qui voudrait, dans un orgueil -caché- qu’on soit loué pour notre rien du tout..., au contraire Jésus attend nos désirs, et de grands désirs ! Jésus nous veut grand, debout, avec des désirs très large et des audaces folles !

 

Parce que Jésus a des désirs croyables sur nous, qui réclament de s’emparer de nos attentes : « vous ne savez pas ce que vous demandez » autrement dit : « Je vais vous dire ce que vous cherchez derrière ce désir encore humain, que vous exprimez maladroitement, ou avec plein de mélanges, mais parce que c'est votre désir, et que vous le donnez, cela révèle votre taille, votre attente, votre noblesse ! Et je vais m'en servir, et vous dire ce que vous attendez jusqu'au bout.."

 

Et cela c’est l’espérance : découvrir ce que signifient nos désirs pour Jésus ! Laisser Jésus s’emparer de tous nos désirs pour qu’il les mette à sa taille ! Derrière des désirs qui aux yeux des puritains, des moralistes ou de faiseurs de leçons seraient ‘animaux’ ou vils, rempli de  grandeurs ou de désirs de pouvoir, Jésus lui ne refuse aucun de nos désirs, aucun !! Tout nos désirs sont en nous quelque chose de l'attraction actuelle qu'il exerce sur nous ! 


C'est pour cela que Jésus nous regarde toujours selon ce qu'il veut nous donner; jamais en fonction de la pureté ou non de ce qu'on véhicule en nous; le ménage et la serpillère de nos désirs, c'est pour les petits épiciers en manque de perfection et attaché à leur image propre !

 

Cela ne signifie pas que Jésus réponde selon notre attente..!  Jésus répond toujours! Mais, parce que sa réponse est selon son don, un don divin, substantiel, à la taille de Dieu, cela nous éprouve, cela nous appauvrit et creuse toujours d'une certaine manière en nous un état de manque radical! 


Et pour cela Jésus répond d’abord dans un don silencieux, parce que son don ne nous est pas extérieur : c’est de l'intérieur la coupe des noces, une union intime avec lui, qui fait de nous l'unique pour Lui! C'est toujours une nouvelle naissance : venant s’emparer de toutes nos attentes, il vient élargir l’espace de notre tente et nous mettre à sa taille !

 

Et Jésus éclaire le comment sa conduite sur nous ; cette conduite parfois si scandaleuse au regard de ce qu’il peut nous demander de porter, c’est pour nous faire désirer comme il désire, nous faire régner en Maitre, c’est-à-dire comme le Père, être introduit tout de suite dans la fécondité de la croix : cette offrande gratuite de Jésus au Père, qui nous fait être source avec Lui, témoin de cet amour gratuit, sans condition, qui nous fait être quelqu'un pour Lui !

Fr Grégoire

 

 

« ... il nous est très avantageux de ne point ralentir nos désirs » Thérèse d’Avila.

« Ah ! Pardonne-moi Jésus, si je déraisonne en voulant redire mes désirs, mes espérances qui touchent à l'infini. (…)  Ah ! le Seigneur... toujours Il m'a donné ce que j'ai désiré ou plutôt Il m'a fait désirer ce qu'Il voulait me donner »  Thérèse de l’enfant Jésus.

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Esquisse... (III)

20 Octobre 2012, 00:47am

Publié par Fr Greg.

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La lumière « retravaillée » n'est plus le premier éblouissement. Elle est remodelée. Elle devient comme l'architecture du tableau et la durée qui la compose lui donne alors une autre densité, cette fragile épaisseur d'une immobile succession. L'instant du tableau lui est antérieur. Il contient le si long geste du peintre. Mais il dure encore et renaît sans «'épuiser dans chaque vrai regard qui le reçoit. C'est l'instant qui se déroule, comme au delà de la durée, musique figée dans le silence. Les siècles n'éteindront jamais le halo qui cerne le regard du vieillard de Rembrandt. Est-ce encore un trait ou est-ce l'intangible rencontre de la lumière ?

 

Dans sa quête incertaine et qui le rend fragile, le peintre s'il veut grandir doit s'affronter à quelque chose qui le dépasse. Le risque sinon est de s'essouffler dans la fade reproduction, la quête d'une originalité à la mode, ou la fidélité béate à son seul imaginaire. La rude fréquentation des grands maîtres éclaire les balbutiements et corrige l'errance. Seule l'exigeante présence de ceux qui ont fait le chemin permet de se « mesurer ». On n'improvise pas, on ne devient pas peintre parce qu'un jour on s'est éveillé revêtu de l'Inspiration ! On peut devenir peintre, peut être, parce que l'on a rencontré un jour le regard d'un vrai peintre. Du regard on est passé à l'œuvre. De l'œuvre on est retourné au regard. Et ce long va-et-vient a duré toute une vie.

 

Choisir ou reconnaître un maître ? Le reconnaître plutôt, parce qu'on 'avait choisi déjà, à l'intérieur de son propre désir. La peinture, l'art ne s'invente pas. On demeure celui qui ne sait rien encore. Le torrent bondit, mais il faut des berges pour qu'il soit torrent. Les infinis possibles appellent une taille. Le maître est ce milieu. Il est celui qui reçoit, éveille et porte dans un climat de confiance et de respect. Il attire dans une admiration. Il n'est pas la peinture apprise à l'école, le savoir technique ou historique qui, détaché de la vie propre de l'art, donne naissance à ces vedettes, blessantes caricatures dont notre monde pullule. Le maître est là, vivant chaque jour au rythme de ses doutes et de ses folles joies. Le regarder « voir », tenter de comprendre de l'intérieur l'enracinement de la peinture. Référence vivante que l'on imite dans ses premiers balbutiements, à la manière de l'enfant qui refait le geste du père sans aucun souci de sa propre originalité. Il faut assurer le pas : le regard d'abord, le dessin, le volume, et la couleur, à travers la saisie de leurs rapports. Ecouter, recevoir encore, recommencer jusqu'à l'oubli de la technique, jusqu'à l'instant rare où le geste est habité. Rien n'est plus simple, difficile, et banal, qu'un apprentissage.

 

 

ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

@communauté St Jean.

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Esquisse... (II)

19 Octobre 2012, 00:43am

Publié par Fr Greg.

 

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Tout est peinture. L'eau et le feu, le vent dans l'air doré et ce bleu froid qui borde l'incendie d'un ocre. L'arête d'ardoise, diagonale de lumière, griffe là-haut les chutes violettes de l'abîme. Il suffit de voir, il suffit de s'émerveiller. Peindre, c'est tenter d'arracher le secret d'un rapport - rapport des tons, valeurs et rythmes entre eux - qui ne s'impose qu'à l'instant où on le perçoit. Fulgurante évidence d'une unique possibilité dans la rencontre d'une lumière et du regard. La lumière construit mais il faut savoir lire, et rapidement. Le choix de cet instant porte la marque de chaque peintre. La structure des troncs de Cézanne n'a rien à voir avec le velouté d'un bosquet de Lorrain. Tout se conjugue : valeur, couleur, matière, dans un miracle intérieur à la peinture et qui essoufflera toute tentative d'explication. Personne ne peut prétendre entrer avec des mots dans cette saisie totale et rapide. C'est cela « voir » pour un peintre. Affiner le regard jusqu'à ne prendre du détail que ce qui sera indispensable à l'ensemble. Tout contenir dans l'essentiel, ce n'est pas avant tout « simplifier et dépouiller », c'est porter à sa pointe ultime tout au long du travail, dans une décision constante, le miracle entrevu.

 

L'évidence est si impérieuse qu'elle habite le pinceau. Le travail lui- même est source de découvertes. Torrent aride ou tumultueux, il emporte, de surprises en surprises, ce paysage nouveau-né des difficultés de la technique, des caprices de la matière, des impatiences ou des longs entêtements du peintre.

 

La simplification n'est pas le fruit d'un a priori, geste aussi vain que le verbiage justificateur qui l'accompagne. On ne cherche pas avant tout à simplifier pour être à la mode, pour « faire de l'abstrait ». La vraie simplicité explose dans un silence. Elle naît d'un élagage patient et maîtrisé. J'entends encore mon maître fulminer : « Pour dépouiller, il faut avoir quelque chose à dépouiller ! » Si le silence ne peut être le fruit que de l'amour, l'espace dans le tableau ne peut vivre que de l'invisible palpitation d'une présence des choses. Quelle plénitude abandonne la montagne Sainte-Victoire dans la seule limpidité d'une ligne ; quelle force dans le gris décliné d'un mur de Nicolas de Staël ! Le peintre s'y cache, labouré d'avoir été toute une vie mendiant de la lumière.

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La peinture est faite de temps et de lumière... De ces longs temps d'incertitude qui mûrissent l'œuvre, de ces temps de désert ou de recherche sans but apparent, de ces temps de patience qu'exige la matière. Fulgurance et éternité. La vraie lumière naît d'un temps que l'on ne compte plus. La lumière de Rembrandt, ourlant un plissé de nuit, et que l'on devine plus qu'elle n'éclate, est modulée avec l'insistance d'un regard aiguisé. Elle surgit de vertigineux affrontements avec l'ombre, alors que Tintoret la sculpte et la drape, tournoyant abîme qui fait éclater le mystère. Captée et analysée par Vermeer, elle poudroie dans de subtiles couleurs qui emprisonnent le temps.

 ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

@communauté St Jean.

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Esquisse...

18 Octobre 2012, 00:34am

Publié par Fr Greg.

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Demander au peintre pourquoi il peint, c'est demander au vent le secret de ses tourbillons, c'est demander à la mer quand elle cessera de creuser, d'étendre et d'ourler inlassablement ses vagues. Parler de la peinture, c'est déjà arrêter le regard, tenter de s'emparer de cet insaisissable qui justement ne peut être dit que par la peinture.

 

A-t-on appris à voir pour peindre, ou peint-on pour voir ? Quel est cet essentiel d'une réalité qui touche au silence et à la lumière des choses, qui échappe à toute analyse et demeure la fugitive expression d'une éternité ? Quelle est l'urgence qui, dans la seconde où elle a brûlé le regard, devient capable de vous mobiliser tout entier ? Quelle est cette attention qui retient dans l'instant le geste et la respiration du peintre?

 

Permanence et fulgurance... On ne choisit pas de peindre pour se distraire : « quel joli passe-temps ! », me dit-on souvent. La peinture s'impose avec une force grave comme une lutte nécessaire pour que survive l'éblouissement. Je me souviens de ces matins si transparents, si fragiles dans leur beauté, quand la lumière révèle les formes en les éveillant dans un miracle. S'impose alors avec acuité la certitude d'un mystère, d'un instant qui ne se reproduira plus. La joie, voisine de la douleur, demande de s'approprier ce réel. Commence alors ce long mouvement de va-et-vient entre ce que je vois et la nouvelle présence d'une réalité recréée par le travail. Cet échange est si profond qu'il n'a d'autres mesures que lui-même. Il ne s'agit pas bien sûr de reproduire ce réel avec une précision toute photographique, mais plutôt de se laisser aspirer. Supprimer la distance, devenir l'ombre, la lumière, ou le reflet, c'est tendre, au risque de tout perdre, à ce point ultime qui est limite et délivrance.

Quelle folie et quelle difficulté de vivre cet instant avec le seul contrôle de l'éblouissement ! C'est sans doute dans cette subtile correspondance qu'est la vérité du peintre. La réalité - source – nous dépasse toujours, et façonner ce qui déjà existe c'est choisir, dans l’alchimie des couleurs, la musique qui a éveillé le désir. Une étincelle émergera, peut-être une œuvre, correspondance transfigurée de l'émotion et de la réalité. Elle surprend toujours, acidulée comme une trahison ou libre comme l'envol du papillon. Il est vrai qu'à un moment donné l'œuvre s'impose. Le regard du peintre s'est posé sur un visage, puis sur le portrait en train de naître et là, par sa propre nécessité intérieure, l'œuvre guide la main jusqu'à l'instant où ce portrait est peut-être devenu le visage.

 

ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

@communauté St Jean.

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De la nécessité pour tout croyant de se mettre à l'école du réel !

17 Octobre 2012, 00:01am

Publié par Fr Greg.

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Au moment où Benoît XVI tient à ce que l’Eglise propose aux non-croyants de dialoguer avec elle (le Parvis des gentils), il semble que la philosophie retrouve ses lettres de noblesse en terre catholique, après une période de délaissement où elle était parfois réduite à un « instrument » de passage pour pouvoir accéder à la théologie. Partagez-vous cette analyse ?

 

 

En fait, la formule selon laquelle la philosophie aurait été la servante de la théologie—ancilla theologiae—traduit peut-être le rêve de certains théologiens, mais n’a jamais correspondu à la réalité.

 

Même au Moyen Age, les facultés des « arts » et de théologie étaient distinctes, et les « artiens » élaboraient des échafaudages de concepts qui n’avaient pas toujours une pertinence théologique. Et les mêmes personnes pouvaient écrire de la philosophie et de la théologie sans mélanger les genres. Regardez Thomas d’Aquin quand il commente Aristote. Ou même, dans sa Somme (pourtant) théologique, par exemple quand il traite des passions ou des vertus…

 

Il est vrai que nous avons connu et connaissons encore deux écueils. Commençons par nous en garder.

 

D’une part, l’idée qu’il existerait une orthodoxie en philosophie. Il y en a une quant au dogme, et c’est très bien. Mais en philosophie, il n’existe que le vrai et le faux. Or, on a voulu régler des questions philosophiques à coup de condamnations, ce qui a paralysé pas mal de penseurs au XIXe et encore au XXe siècle.  

 

D’autre part, l’anti-intellectualisme. Pas chez les gens simples, qui savent bien qu’il faut parfois un vocabulaire technique : ils ne comprennent pas toujours leur médecin, moins encore celui qui répare leur portable… Ce qui est agaçant, c’est l’anti-intellectualisme de gens qui ont fait des études. Ils disent : « tout cela, c’est cérébral » pour faire passer leur pensée, pas moins cérébrale, mais simplement plus faible…

 

Rémy Brague, 03.10.2012.

http://www.zenit.org/article-32045?l=french

 

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